Département du développement des entreprises et des coopératives

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Avant-propos 1
I. Les structures mutualistes d'épargne et de crédit dans l'UMOA 3
II. La situation des structures mutualistes d'épargne et de crédit:
pays par pays 5
III. Les COOPEC 9
IV. Les caisses villageoises d'épargne et de crédit autogérées (CVECA) 19
V. Éléments d'une stratégie d'appui 25
Liste des abbréviations 29
Notes 31
Avant-propos
Cette note de discussion présente les résultats d'une enquête des coopératives d'épargne
et de crédit et de caisses villageoises d'épargne et de crédit dans les pays de l'UMOA (Bénin,
Burkina Faso, Côte-d'Ivoire, Mali, Niger, Sénégal, Togo). L'objectif de l'étude était
d'inventorier ce qui existe, d'apprécier les performances de ces structures et d'identifier les
faiblesses.
Le terme «structures mutualistes d'épargne et de crédit» (SMEC) regroupe «coopératives
d'épargne et de crédit» et «banques/caisses villageoises». Ces deux types d'organisations
se distinguent par le principe d'association (résident villageois vs. membre d'une coopérative),
l'étendue et la structuration des réseaux, le rôle de l'épargne (préalable au crédit ou non),
l'importance accordée aux coutumes traditionnelles de gestion collective et le degré de
formalisation. Par ailleurs, les COOPEC sont plutôt un phénomène en milieu urbain, alors
que les banques villageoises ne se trouvent, naturellement, qu'en milieu rural. L'intérêt d'une
comparaison était de faire ressortir les caractéristiques communes, les problèmes de fonds
dans l'intermédiation financière à petite échelle, indépendamment des choix particuliers de
tel ou tel modèle organisationnel.
L'enquête a été confiée à M. Ibrahima CAMARA (Dakar) et réalisée au cours des premiers
mois de 1991. Les résultats ont amené le Bureau international du Travail à définir,
conjointement avec la Banque Centrale des États de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO) et les
organisations de base intéressées, un programme d'appui aux structures mutualistes
d'épargne et de crédit dans la région (le «PA-SMEC»).
La première phase de ce programme est opérationnelle depuis septembre 1992. Il bénéficie d'un financement de la République fédérale d'Allemagne.
I. Les structures mutualistes d'épargne
et de crédit dans l'UMOA
Données générales
Dans l'UMOA, l'agriculture reste l'activité dominante sur le plan économique.(1) Le
secteur informel, à dominante urbaine, a une importance variable selon les pays. Les
données sont parfois incomplètes en ce qui concerne sa taille.(2) L'évolution de l'activité
économique a présenté dans l'ensemble des pays de l'Union un profil pratiquement
identique et un constat similaire. Après une phase de démarrage post-indépendance
caractérisée par d'ambitieux programmes d'investissement et un alourdissement
conséquent de la dette extérieure, tous ces pays se sont retrouvés confrontés à une
crise grave, profonde et durable, caractérisée par de multiples distorsions affectant
leurs économies (secteur des entreprises publiques vaste et inefficace, politiques
économiques inappropriées), justifiant des programmes d'ajustement plus ou moins
draconiens selon les cas de figure avec une composante incontournable, celle de
l'ajustement du secteur financier.
Intermédiation financière formelle et informelle
La totalité des systèmes bancaires de l'UMOA est en restructuration, avec des niveaux
variables et un aspect notable, celui de la disparition des structures de crédit agricole
dans trois pays de l'Union (Bénin, Niger, Togo), la situation difficile des institutions dont
la viabilité n'est pas encore remise en cause (CNCA-Sénégal et Burkina Faso; BNDA-Mali). Cette situation pose avec acuité le problème du crédit agricole aux populations
en milieu rural.
En 1990, au plan du financement bancaire tous crédits confondus (court, moyen et long
termes) et toutes branches d'activité confondues, conformément aux données de la
Banque centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO), le secteur agricole ne
représentait que: 14,6 pour cent pour le Bénin; 5 pour cent pour le Burkina Faso; 3 pour
cent pour la Côte d'Ivoire; 7 pour cent pour le Mali; 3,5 pour cent pour le Niger; 5 pour
cent pour le Sénégal; 0,8 pour cent pour le Togo.
Ainsi, et malgré l'importance du secteur agricole, son financement est demeuré très
insuffisant. Le secteur urbain est également, au plan des activités économiques
informelles, pratiquement délaissé par le système bancaire. Ce secteur tire ses
ressources des divers opérateurs de la finance informelle et de quelques projets d'appui
financés par des bailleurs de fonds (Banque mondiale, Caisse centrale de coopération
(CCCE), PNUD) et exécutés par des agences comme le BIT.
Le secteur financier informel qui présente partout les mêmes profils (usuriers, gardes-monnaies, associations d'entraide, systèmes de tontines), avec une forte proportion
de la tontine dans les pays de la côte (Togo, Bénin), ne semble pas pour le moment
pouvoir se substituer au secteur financier formel pour répondre aux besoins de
financement de la majeure partie de la population.
Pour les besoins de l'étude, les structures mutualistes d'épargne et de crédit ont été
rangées sous la rubrique informelle, malgré le fait que certaines d'entre elles n'aient
pas légalement un caractère informel, car elles ont adopté des statuts d'associations,
de groupements d'intérêt économique, de précoopératives ou de coopératives. A
l'exception du Bénin qui a sur ce plan une législation spécifique, elles ont été jugées
informelles en raison de l'absence de réglementation de leurs activités financières. Du
reste, plusieurs réseaux ont justement souhaité bénéficier d'une réglementation
spécifique adaptée à leur mode de fonctionnement pratique, dérogatoire à la loi-cadre
bancaire de l'UMOA.
Relations entre systèmes financiers formel et informel
En termes de crédits, les relations entre les deux systèmes financiers formel et informel
sont très ténues, voire inexistantes, à l'exception de quelques cas particuliers. En effet,
dans la mesure où ils dégagent des surliquidités, plusieurs réseaux ont effectué des
placements (dépôts) dans les banques. En ce qui concerne cependant les crédits, la
CNCA au Sénégal fait exception avec les opérations réalisées pour le volet épargne-crédit de la Fédération des ONGs du Sénégal (FONGS) et les prêts au réseau CICM
de Kaolack. Il en est de même pour la BNDA-Mali pour le refinancement des CVECA
en pays dogon, la Banque of Africa Mali-BOA pour le refinancement des caisses du
projet MIEN (amélioration de la nutrition et de la santé par le crédit), et la CNCA-Burkina
pour le refinancement des CVECA de l'Oudalan.
Les interventions en matière d'épargne et de crédit sont assez diverses, surtout en
milieu rural. Ces interventions émanent aussi bien des projets de développement que
des SMEC. Elles sont également le résultat de quelques expériences en cours du type
GRAMEEN BANK.(3)
L'examen des zones d'intervention des SMEC montre une forte concentration en milieu
rural. Seuls les réseaux appuyés par la FUCEC/Togo et le CONAPSEC au Togo ont
une concentration importante en milieu urbain dans la mesure où le secteur urbain a
une acception restrictive (villes principales).
En dehors de quelques réseaux, la plupart des expériences ont peu d'ancienneté, ce
qui explique le niveau relatif de leurs performances en matière d'épargne et de crédit
(Sénégal, Mali, Niger, par exemple).
II. La situation des structures mutualistes
d'épargne et de crédit: pays par pays
Bénin
-- Bien que doté d'un statut juridique, le réseau CRCAM/CLCAM n'est pas considéré
comme une banque au titre de la réglementation bancaire. Les caisses mutuelles
d'épargne et de crédit ne sont pas encore reconnues juridiquement, même si elles
présentent un caractère associatif. Les caisses agricoles mutuelles relèvent des
dispositions de l'ordonnance no 59 du 28.12.1966 portant statut général de la
Coopération et du décret d'application no 516 du même jour. Par ailleurs, les caisses
sont soumises à des dispositions particulières: loi no 89-014 du 12 mai 1989 et décret
no 90-82 du 9 mai 1990 (organisant l'autonomie financière et organisationnelle du
réseau).
-- Le réseau des Caisses régionales de crédit agricole mutuel - CRCAM - et des Caisses
locales de crédit agricole mutuel - CLCAM ou réseau CRCAM/CLCAM. (Au 30.09.90:
2 728,2 millions de FCFA d'épargne, 498 millions de crédits, 150,4 millions de capital
social, 30 306 sociétaires pour six CRCAM et 36 CLCAM).
-- Le réseau appuyé par le Comité national pour la promotion des sociétés coopératives
d'épargne et de crédit - CONAPSEC. (Au 31.12.90: 5 400 adhérents pour 15 caisses;
399,5 millions d'épargne; 358,9 millions de prêts; 2,1 millions de capital social).
-- Les Mutuelles d'épargne et de crédit des artisans. (Au 30.03.91: 1 200 sociétaires pour
44 mutuelles; 9 millions d'épargne; 4,5 millions de prêts).
Burkina Faso
-- Le statut juridique des caisses (pour celles qui ont réussi à l'obtenir) est le statut
coopératif prévu par le Zatu no 35 du 16 novembre 1990.
-- Le réseau des Unions régionales des Caisses populaires du Burkina appuyé par la
Société de développement international DESJARDINS-SDID. (A fin 1990: 25 960
sociétaires pour 25 caisses; 654,8 millions d'épargne; 277,2 millions de prêts; 68,1
millions de réserve; 643,6 millions d'actif).
-- Le réseau de l'Union des Caisses d'épargne et de crédit du Burkina - UCECB. (Au
31.12.1989: 57 caisses, avec 7 358 membres; et 26 clubs d'épargne, avec 1 277
membres; 373,7 millions d'épargne; 127 millions de prêts).
-- Les Banques traditionnelles d'épargne et de crédit - BTEC. (Au 31.12.1990, les six
BTEC totalisaient 3,5 millions d'épargne).
-- L'Association pour le développement de la région de Kaya Adrk. (Au 31.12.90, les
131 sections d'épargne et de crédit comptaient 6 712 membres, une épargne de 59,1
millions et des crédits de 193,6 millions).
-- L'Association pour le développement de la région de Toma - ADRTOM. (Au 30.06.1990:
9 000 membres, une épargne de 50,9 millions, et des crédits d'un montant de 57,5
millions de FCFA).
-- Les Caisses villageoises d'épargne et de crédit autogérées - CVECA. (En 1990, les 17
caisses totalisaient 1 470 membres, des dépôts de 5,6 millions, un encours moyen de
crédits de 3,7 millions).
Côte d'Ivoire
-- Au plan légal, les CREP sont régies par la loi no 77-332 du 1er juin 1977. Aucun décret
d'application de cette loi ne définit, à ce jour, les dispositions spécifiques d'organisation
et de fonctionnement des CREP, malgré l'élaboration en 1984 d'un projet de décret,
toujours en cours d'examen. Aux termes des dispositions de la loi no 77-332, les CREP
sont des coopératives, c'est-à-dire des groupements de personnes physiques ou
morales, de type particulier, à capital et personnel variables.
-- Le réseau des Caisses rurales d'épargne et de prêt - CREP. (Au 30.09.1991, les 78
CREP comptaient 15 376 sociétaires, un capital social total de 41,6 millions, des dépôts
de 642,5 millions et des prêts de 289,2 millions de FCFA).
Mali
-- Le problème du cadre réglementaire des activités des organisations reste posé. Le
réseau KAFO JIGINEW ne s'est doté d'un statut associatif que très récemment (octobre
1990), deux ans après sa constitution. Le réseau n'a donc pas cherché à bénéficier des
dispositions de l'article 15, cinquième alinéa, de la loi no 88-62 du 10 juin 1988 sur les
coopératives.
-- Le réseau des Caisses populaires d'épargne et de crédit - KAFO JIGINEW. (Au
30.09.1990, 25 caisses comptaient 5 108 sociétaires, 24 millions de capital, 73,5
millions de dépôts, 61 millions de crédits).
-- Les Caisses villageoises d'épargne et de crédit autogérées - CVECA du pays dogon.
(Au 30.09.1990, 26 caisses totalisaient 3 760 membres, 7,3 millions de dépôts et 7,3
millions de crédits).
-- Le projet des coopératives d'épargne et de crédit appuyé par la SDID dans la région
de Segou (le démarrage des caisses est prévu en 1991).
Niger
-- Au plan juridique, le statut de caisses d'épargne et de crédit relève de l'informalité. Elles
ne sont pas soumises pour le moment aux dispositions de l'ordonnance no 89 010 du
7 avril 1989 portant régime des organismes ruraux à caractère coopératif et mutualiste
et à celles du décret no 89.074 du 7 avril 1989 portant modalités d'application de
l'ordonnance précitée. Des projets de textes relatifs à l'organisation et aux attributions
des sociétés coopératives d'épargne et de crédit de même que des statuts types de
caisse d'épargne et de crédit sont en cours d'examen.
-- Le projet de promotion des caisses populaires d'épargne et de crédit de Zinder. (En
janvier 1991, les cinq caisses comptaient 512 membres et des ressources de 2,2
millions de FCFA).
-- Les caisses villageoises d'épargne et de crédit autogérées - CVECA, appuyées par la
Coopération allemande - GTZ. (Ces caisses sont en période de démarrage.)
Sénégal
-- Les statuts des caisses du réseau CICM seraient soumis aux dispositions de la loi
no 83-07 du 28 janvier 1993 portant statut général des coopératives et de celles de son
décret d'application no 83-320 du 25 mars 1983. Les caisses animées par le CONACAP
sont pour le moment dans l'informel. La Caisse des femmes de Grand-Yoff qui a choisi
un statut de Groupement d'intérêt économique, relève des dispositions du Code des
obligations civiles et commerciales du Sénégal.
-- Le réseau des caisses populaires d'épargne et de crédit promues par le CICM. (Au
31.03.1991, les 28 caisses comptaient 7 261 sociétaires, une épargne de 34,4 millions
de FCFA, des crédits de 37,5 millions de FCFA (au 31.05.1990 pour les crédits), et 21,8
millions de capital social. Le réseau appuyé par le Conseil national pour la promotion
et le développement des Caisses d'épargne et de prêts au Sénégal -- CONACAP. (Au
30.11.1990, les 12 caisses encadrées comptaient 1 442 membres; 3 millions de parts
sociales; 68,2 millions d'épargne et 71,6 millions de prêts).
-- La Caisse d'épargne et de crédit des femmes de Grand-Yoff. (A fin 1990, la caisse
comptait 103 membres; 5 millions d'épargne; 8,1 millions de crédits; et environ 1 million
de FCFA de capital social).
Togo
-- Au Togo, c'est l'ordonnance no 13 du 12 avril 1967 qui définit le statut des coopératives.
Cependant, le décret d'application no 171-167 du 3 septembre 1971 de cette
ordonnance n'est pas spécifique aux activités de la FUCEC. Si les CPDE et les caisses
de la FUCEC sont soumises à cette ordonnance, le statut juridique des autres caisses
reste indéterminé (CECA, Caisse du GIPATO, Caisse du projet Champagne-Ardennes).
Au surplus, la FUCEC trouve cette réglementation inadaptée à sa situation.
-- Le réseau appuyé par la Fédération des Unions de coopératives d'épargne et de crédit
-- FUCEC/Togo. (Au 30.09.1990: les 122 COOPEC comptaient 22 508 adhérents; 1,4
milliards de dépôts; 1,2 milliards de crédits, et un capital social de 52 millions de FCFA.)
-- Le projet des Caisses populaires pour le développement de l'entraide socio-économique
-- CPDE. (Au 30.09.1990, le mouvement comptait 1 412 membres dont 40 pour cent
de membres; des dépôts de 40,3 millions de FCFA et des prêts de 33,4 millions.)
-- L'Association Village Entreprise - AVE. (A fin 1990, l'épargne était de 3 millions de
FCFA et les crédits de 2,5 millions.)
-- Les Caisses d'épargne et de crédit du groupement interprofessionnel des artisans du
Togo-GIPATO à Lomé et à Sokodé. (A fin 1990, la caisse de Lomé avait 1,2 millions
de dépôts pour 44 adhérents. Elle ne faisait pas de crédit. La caisse de Sokodé
comptait 2,6 millions d'épargne pour 30 adhérents et 8 millions de crédits.)
-- Le projet de coopération décentralisée de la région Champagne-Ardenne à Sokodé.
(A fin 1990, la caisse comptait 350 membres, 4 millions de dépôts, 10,9 de crédits.)
-- La Coopérative d'épargne et de crédit des artisans - CECA du projet de promotion de
l'artisanat. (A fin 1990 et sur 8 mois d'activités, la COOPEC avait accordé 4,3 millions
de prêts, recueilli 2,3 millions de dépôts et comptait 100 adhérents.)
III. Les COOPEC
La philosophie des coopératives d'épargne et de crédit est simple: puisque les petits
opérateurs économiques n'ont pas véritablement accès au système bancaire classique, il
faut qu'ils collectent leur propre épargne pour pouvoir en distribuer une partie sous forme de
crédits aux membres de la coopérative. Les principes d'organisation des COOPEC sont les
suivants: la liberté d'adhésion; la solidarité des membres; le principe démocratique «un
homme, une voix»; le bénévolat de l'exercice du pouvoir; le territoire restreint et l'autonomie
de gestion pour chaque caisse; l'affiliation à l'Union qui accueille les surplus de liquidités,
contrôle et assiste les coopératives de base. Le principe des COOPEC est de collecter
l'épargne, d'en assurer la sécurité vis-à-vis des déposants et d'en prêter ensuite une partie
(de l'ordre de 30 à 80 pour cent) aux membres. L'épargne doit donc être collectée au
préalable. Elle est en principe rémunérée, et les bénéficiaires de crédit doivent présenter des
garanties.
Historique
Les COOPEC tirent leur filiation du mouvement coopératif qui s'est développé au
moment de l'indépendance. Ce mouvement apparaissait à l'époque comme un moyen
d'impliquer les populations rurales, en particulier dans la perspective des stratégies de
développement retenues par la quasi-totalité des pays nouvellement indépendants.
L'évolution ultérieure du mouvement coopératif a cependant déçu les espérances. Cette
situation a laissé des traces qui illustrent, à certains égards, les difficultés de
pénétration des COOPEC dans leur environnement.
Les premières COOPEC datent de la période 1969-1975 au Burkina Faso et en Côte
d'Ivoire. Les autres structures répertoriées dans le cadre de la présente étude sont plus
récentes, particulièrement au Niger, au Sénégal et au Mali. Cette situation explique en
grande partie le niveau de développement inégal de ces structures mutualistes par
pays. Ainsi, le Burkina Faso et le Togo se présentent comme des pays à réseaux
développés, même si, le plus souvent, un ou deux réseaux s'avèrent dominants dans
chaque pays.
Méthodologie et moyens mis en oeuvre
De façon générale, la méthodologie et les moyens mis en oeuvre pour la création et
le développement des réseaux se rapportent aux éléments suivants:
-- études préalables;
-- mise en place;
-- structuration du mouvement.
Selon la qualité de l'opérateur (agence de promotion, comme le Crédit Mutuel, la SDID,
le WOCCU, etc.), ces études peuvent être plus ou moins approfondies. Il peut s'agir
d'études préliminaires ou de véritables évaluations. Elles sont, dans tous les cas où
l'opérateur (assistant extérieur) intervient, confiées systématiquement à celui-ci. Le
contenu de ces études reflète en général les caractéristiques du site d'implantation visé,
notamment les divers aspects de l'économie locale, sa structure sociologique, la nature
des services financiers disponibles, les contraintes, risques et impacts. Ces études
concluent à des profils d'experts (assistance technique) fournis par l'opérateur, de
concert le plus souvent avec le ou les bailleurs de fonds. Les coûts des études peuvent
être importants (jusqu'à, parfois, 20 millions ou, pour un projet comme le projet
CREP/CEAO, 120 millions de FCFA).
La mise en place est alors programmée en fonction des conclusions de l'étude et des
circonstances tenant à la concrétisation des modalités de décaissement de la part des
bailleurs de fonds et à la passation d'accords spécifiques avec les autorités nationales.
Une phase d'animation-sensibilisation est observée dans la totalité des cas. Elle est
destinée à assurer un minimum d'adhésion des futurs sociétaires. Cette phase
enregistre des sessions importantes de formation et d'élaboration des principaux
supports techniques de gestion et de participation du sociétariat. Les premières
créations de caisses génèrent les premiers investissements financés sous forme de
subventions et des coûts d'assistance (personnel, etc.).
La structuration du réseau s'effectuera en fonction de son développement. L'expérience
capitalisée sur le terrain montre que cette structuration varie en fonction des difficultés
de pénétration du milieu, des conditions de gestion et du sérieux de l'opérateur.
L'apparition de structures centrales survient plus ou moins rapidement selon les
réseaux. Ces structures de deuxième ou troisième niveau génèrent des coûts
importants. Selon les situations, leur utilité est diversement appréciée. Elles témoignent
cependant de la vitalité et de la capacité d'organisation dont les réseaux peuvent faire
preuve.
Organisation et fonctionnement
L'organisation et le fonctionnement varient en fonction du degré de structuration des
réseaux. Les réseaux les mieux structurés ont généralement trois niveaux: à la base,
les caisses locales; au niveau intermédiaire, les caisses régionales ou les unions; au
niveau national, la fédération ou l'unité centrale du projet qui organise le réseau.
Quelques réseaux ont par ailleurs institué une caisse centrale.
Certains réseaux présentent une organisation pyramidale ou faîtière du type «APEX»
avec constitution d'une caisse centrale: réseau CRCAM/CLCAM où les caisses
régionales s'apparentent à des unions; réseaux SDID et UCECB au Burkina Faso;
réseau KAFO JIGINEW au Mali; réseau de la FUCEC au Togo. Un réseau a institué
une caisse centrale sans créer d'unions, le réseau CREP en Côte d'Ivoire. Les réseaux
qui ont constitué une caisse centrale chargée de recueillir et de placer les surliquidités
des caisses de base font obligation à celles-ci de placer une partie, variable selon les
réseaux (25 à 35 pour cent) de leurs liquidités dans la caisse centrale.
Les organisations non dotées d'une caisse centrale ni structurées en unions sont, pour
le moment, les suivantes: au Bénin, les mutuelles d'épargne et de crédit des artisans
et le CONAPSEC; au Burkina Faso, les BTEC; au Niger, les caisses populaires
d'épargne et de crédit à Zinder; au Sénégal, le réseau CICM (qui est toutefois doté d'un
bureau central qui est appelé à constituer très rapidement une caisse centrale) et le
CONACAP (qui envisage également la constitution d'unions et d'une fédération); au
Togo, les CPDE.
Plusieurs structures, par contre, ont la particularité d'être réduites à une unité, voire
deux, sans appartenance à un réseau; c'est le cas, au Sénégal, de la Caisse d'épargne
et de crédit des femmes de Grand-Yoff et, au Togo, de la CECA, des CEC du GIPATO
et de la Caisse d'épargne et de crédit des femmes promue par le projet de coopération
décentralisée de la région Champagne-Ardennes. L'ADRK et l'ADRTOM, au Burkina
Faso, constituent des cas assez particuliers. Elles se sont certes dotées, pour l'ARDK
tout au moins, de sections d'épargne et de crédit regroupées en RSEC, l'ADRTOM
étant de ce point de vue dans une phase de sensibilisation. Il n'y a cependant pas, pour
l'heure, à leur niveau, de véritables caisses d'épargne et de crédit.
La majorité des réseaux ou des unités de caisses visées ci-dessus organisent leur
fonctionnement à travers des statuts en se référant aux principes de la coopération.
Chaque caisse définit ses modalités de constitution, son objet, son capital social, son
sociétariat, ses organes d'administration et de gestion, les droits et obligations de ses
membres, les dispositions relatives à l'épargne et aux crédits, les cas de dissolution.
Dans les petits réseaux, ces statuts sont de fait établis par les bureaux de promotion,
les organisations plus structurées ayant établi des statuts types.
Les attributions des organes d'administration (assemblée générale, conseil d'administration) sont classiques, en dehors des dispositions spécifiques à chaque cas de figure
(contrôle des adhésions et des demandes de crédit, délégation d'attributions à des
comités pour des missions particulières, etc.). Certains statuts prévoient des organes
de contrôle (commissariat aux comptes ou conseil de surveillance, le rôle du
commissaire aux comptes étant bien entendu distinct de celui prévu par les lois sur les
sociétés).
Dans les structures à plusieurs niveaux, il s'ajoute aux fonctions classiques susvisées
des fonctions d'assistance aux caisses de base et/ou aux caisses régionales ou unions
(centralisation comptable et statistiques, promotion, éducation, contrôle et inspection).
Le degré d'intensification de l'assistance, donc de son contenu, varie en fonction du
profil du réseau: pour les réseaux en réhabilitation comme les réseaux CRCAM/CLCAM
au Bénin et le mouvement CREP en Côte d'Ivoire, des projets centraux exercent des
attributions assez diversifiées, avec un accent mis en particulier sur les problèmes de
réorganisation et les questions d'assainissement des portefeuilles. Pour des projets en
phase de démarrage, comme celui du CICM au Sénégal, la stratégie de développement
confère au Bureau central du projet toutes les fonctions liées aux questions
d'implantation, de développement et de consolidation du réseau.
L'analyse du fonctionnement des réseaux montre de multiples difficultés: lien associatif
très distendu, base sociale (sociétariat) non homogène, détournements et corruption,
problème du bénévolat à l'origine d'un taux de rotation élevé des gestionnaires ou, pire,
entraînant une compensation sous forme de crédits auto-octroyés au niveau des
administrateurs, centralisation excessive du pouvoir au niveau des unions ou des
fédérations, conflits de génération ou ethniques, etc. Le degré de participation des
sociétaires est très faible dans certains réseaux.
Activités et résultats
Ressources propres
Les montants des fonds propres, et en particulier du capital social, varient
considérablement d'un réseau à l'autre et, même au sein du même réseau, d'une caisse
à l'autre. Par ailleurs, les caisses qui ne font pas partie d'un réseau ont une très faible
capitalisation. Cette caractéristique n'est cependant pas propre à ces petites unités.
En effet, pour les réseaux, les montants ne sont significatifs qu'à cause de leur
agrégation, ce qui ne rend pas compte du niveau de capitalisation des caisses prises
individuellement. Selon les informations disponibles, la capitalisation des divers réseaux
varierait ainsi (année 1990):
-- au Bénin, de 2,1 millions de FCFA (CONAPSEC) à 150,4 millions (réseau
CRCAM);
-- au Burkina Faso, le réseau SDID totalisait 68,1 millions de FCFA de réserves;
-- en Côte d'Ivoire, les CREP totalisaient 41,6 millions de capital social;
-- au Mali, le réseau KAFO JIGINEW comptait 24 millions de capital social;
-- au Sénégal, la variation est de 1 million (Caisse de Grand-Yoff) à 21,8 millions
de FCFA pour le CICM;
-- au Togo, la variation est de 3,2 millions pour les CPDE à 146,1 millions pour la
FUCEC (dont 52 millions de capital social).
Considérée globalement, la capitalisation apparaît relativement insuffisante, même pour
les réseaux les plus performants, compte tenu de leur ancienneté et de leur
structuration.
Épargne
Les COOPEC sont en premier lieu des caisses d'épargne. Pour accéder au crédit, il
faut d'abord avoir constitué une épargne (dépôt) pendant une période déterminée (en
général six mois ou plus selon que les expériences démarrent ou ont quelque
ancienneté). La constitution et la progression de l'épargne sont plus importantes au
niveau des caisses opérant dans des zones de cultures de rente où la monétarisation
des revenus est plus significative que dans les zones difficiles qui connaissent, par
contre, d'autres formes d'épargne (par exemple capitalisation dans le cheptel).
A l'examen des situations des diverses caisses, on constate que l'épargne constituée
est faible en montant unitaire, mais variable selon les pays. Plusieurs facteurs
expliquent ce phénomène. Plusieurs caisses sont de création récente (par exemple
caisses de ZINDER au Niger, caisses du Sénégal) et, même pour les anciennes
caisses (celles du Burkina Faso, du Togo, de la Côte d'Ivoire), les résultats
apparaissent de ce point de vue assez mitigés. Par pays et selon les réseaux, les
montants unitaires varient comme suit:
-- au Bénin, de 7 600 FCFA à 74 074 FCFA;
-- au Burkina Faso, de 5 655 FCFA à 51 233 FCFA;
-- en Côte d'Ivoire, 14 412 FCFA (mouvement CREP);
-- au Mali, 14 412 FCFA (KAFO JIGINEW);
-- au Niger, 4 400 FCFA (caisses de ZINDER);
-- au Sénégal, de 485 FCFA à 48 714 FCFA;
-- au Togo, de 11 428 FCFA à 63 155 FCFA.
Selon les caisses, l'épargne est ou non rémunérée. Les taux d'intérêt créditeurs varient
de 3 pour cent à 10 pour cent par an.(4) Plusieurs caisses expliquent l'absence de
rémunération ou sa faiblesse par le souci de maîtriser les charges d'exploitation. Dans
certaines caisses, la rémunération de l'épargne s'est révélée un élément non
négligeable d'incitation dans la mobilisation de l'épargne.
La situation des réseaux montre également un autre aspect du profil de l'épargne, à
savoir la prépondérance de certaines caisses. Ainsi, pour le mouvement CREP, la
caisse de Bonoua représentait, en 1988, 44,5 pour cent du total des dépôts de
l'ensemble du réseau. En 1990, les CRCAM/CLCAM du Borghou au Bénin
enregistraient la plus grande part de l'épargne (39 pour cent) des CRCAM/CLCAM des
six régions. Au niveau national, certains réseaux sont nettement plus performants. Au
Burkina Faso, par exemple, le réseau SDID est le plus important, avec 57 pour cent
du montant total de l'épargne de toutes les structures mutualistes d`épargne-crédit
répertoriées, pour ne citer que cet exemple.
Dans les réseaux avec caisse centrale, les COOPEC doivent déposer une partie de
leur épargne dans la caisse centrale (par exemple 60 pour cent pour l'URCPB au
Burkina Faso, 25 pour cent pour la FUCEC au Togo). Les dépôts sont rémunérés (3
à 8 pour cent).
Par pays et par réseaux, en considérant le total de l'épargne constituée, le Bénin vient
en tête avec les CRCAM/CLCAM (3,1 milliards de FCFA); suivent ensuite le Togo (1,5
milliard), le Burkina Faso (1,1 milliard), la Côte d'Ivoire (642,5 millions de FCFA), le
Sénégal (108,2 millions de FCFA), le Mali (73,5 millions), le Niger, enfin (2,2 millions).
Crédit
La gamme des crédits octroyés par les COOPEC est assez large. Elle varie bien
évidemment en fonction des besoins des bénéficiaires. En milieu rural, ces crédits ont
des objets aussi divers que l'amélioration de l'habitat, les besoins sociaux, le
financement de la production agricole ou les crédits d'embauche. En milieu urbain, les
petits métiers sont la source principale des demandes de crédit. Les montants unitaires
(rapport des crédits/sociétaires) sont également faibles et variables selon les pays:
-- au Bénin, de 45 000 FCFA à 66 463 FCFA;
-- au Burkina Faso, de 6 389 à 28 895 FCFA;
-- en Côte d'Ivoire, l8 779 FCFA (mouvement CREP);
-- au Mali, 11 961 FCFA (KAFO JIGINEW);
-- au Sénégal, de 7 500 à 78 641 FCFA;
-- au Togo, de 23 857 à 53 333 FCFA.
Pour relatives qu'elles soient, ces données montrent que les montants unitaires ne
dépassent pas 70 000 FCFA. Les réseaux les plus anciens ont globalement réalisé les
montants les plus importants en crédits mais, en termes unitaires, la performance est
faible: 26 000 FCFA environ pour les CLCAM; 10 66l FCFA pour le réseau SDID; 18
779 FCFA pour les CREP en Côte d'Ivoire; 53 333 FCFA pour la FUCEC.
Les conditions de crédit varient également selon les pays et les réseaux. Les réseaux
les plus développés ont des politiques de prêts. Les prêts sont souvent plafonnés en
volume et par rapport aux montants épargnés. Des garanties sont exigées. Les taux
d'intérêt vont de 12 à 24 pour cent selon les réseaux. Dans les réseaux à caisse
centrale, des prêts sont consentis aux caisses de base mais parfois directement à des
sociétaires, c'est-à-dire en concurrence avec les caisses de base.
Par ailleurs, la part des crédits productifs est faible et la qualité des crédits est variable
selon les réseaux et les institutions qui les composent, les deux extrêmes étant les
caisses, nouvelles surtout, comme celle des femmes de Grand-Yoff au Sénégal où le
taux de recouvrement est de 100 pour cent et les caisses du mouvement CREP en
Côte d'Ivoire où les prêts douteux représentent 80 pour cent du portefeuille. Les
réseaux les plus anciens (SDID, UCECB au Burkina Faso, FUCEC au Togo, par
exemple) font bien évidemment face à des problèmes d'impayés dont l'importance
oblige une institution comme la FUCEC à entreprendre d'importantes actions
d'assainissement de portefeuille. Les prêts douteux sont plus ou moins approvisionnés
selon les institutions (URCPB au Burkina Faso, FUCEC au Togo).
Au titre des concours octroyés, le Togo vient en tête (1 251,2 millions). Suivent ensuite
le Bénin (861,4 millions), le Burkina Faso (655,7 millions), la Côte d'Ivoire (289,2
millions), le Sénégal (117,2 millions); le Mali ferme la marche avec 61 millions. (Au
Niger, les caisses de Zinder ne font pas de crédit actuellement.)
Autres activités
En dehors de l'épargne et du crédit, plusieurs autres activités sont à l'actif des caisses,
plus spécialement de leurs unions ou fédérations. Ces actions peuvent être très
diversifiées: sensibilisation et formation des administrateurs et gérants des caisses de
base; harmonisation des méthodes et procédures de gestion entre les caisses;
inspection des caisses et établissement de leur comptabilité; suivi des transferts de
fonds; gestion des liquidités excédentaires; émission de normes générales concernant
les politiques en matière d'épargne et de crédit; préparation et application des normes
de recrutement et de rémunération; contrôle des dépenses; correction des
dysfontionnements du système de gestion.
Impact
Sociétariat
Les motivations des sociétaires vis-à-vis des COOPEC sont bien connues: besoins de
mise en sécurité de l'épargne; liquidité de l'épargne déposée et disponibilité de celle-ci;
proximité physique des COOPEC; confidentialité concernant les dépôts; rémunération
des dépôts; accès au crédit. A l'égard de ces motivations, les performances des
COOPEC apparaissent en pratique assez mitigées.
La fonction épargne connaît quelque réussite, bien que les montants unitaires soient
relativement faibles. Cette réussite montre sans contestation possible que les petits
agents économiques ont une capacité d'épargne. Certains réseaux ont réussi de ce
point de vue des résultats non négligeables. Par ailleurs, la mesure de l'effort de
collecte s'avère assez difficile dans la mesure où son rapport à l'ensemble des revenus
monétaires des sociétaires n'est pas déterminé. On peut cependant soutenir que
l'épargne mobilisée par ces COOPEC est probablement très inférieure aux retenus
monétaires disponibles des sociétaires, particulièrement dans les zones de
commercialisation des principales cultures. Au surplus, les sociétaires des COOPEC
ne représentent qu'une faible proportion du potentiel de sociétaires envisageable dans
l'environnement.
La structure de l'épargne est variable selon les réseaux au double plan des zones
d'attraction et des catégories de sociétaires. Pour plusieurs réseaux qui ne couvrent
très souvent qu'une partie du territoire national, on constate en effet, à titre d'exemples,
que, pour les CRCAM/CLCAM, le Borghou (Bénin) est la province où l'épargne est le
plus fortement concentrée (48 pour cent au 30.09.90, soit 1 319 millions de FCFA) et,
pour l'UCECB, au Burkina Faso, la région de Kongoussi a réalisé à elle seule, en 1989,
58,5 pour cent de l'épargne totale. Plusieurs réseaux comportent une gamme diverse
de sociétaires, mais souvent certaines catégories, comme les fonctionnaires et les
salariés, ont des crédits sans rapport avec leur capacité d'épargne.
En outre, pour des réseaux comme la FUCEC/Togo, la structure des dépôts est
déséquilibrée au détriment des ruraux (100 millions d'épargne en 1989, soit 10 pour
cent du montant total, le principal provenant des dépôts des salariés).
Au niveau du crédit, les montants unitaires, qui ne représentent que des moyennes,
ne permettent pas d'apprécier la structure des bénéficiaires des concours. Dans la
mesure de leur disponibilité, les informations recueillies sur certains réseaux montrent
que les fonctionnaires, salariés et commerçants ont été les principaux bénéficiaires de
crédits (URCPB du réseau SDID au Burkina Faso et réseau FUCEC. Ce réseau
compte, du reste, une très importante proportion de salariés par rapport au nombre des
sociétaires).
Par ailleurs, les besoins en crédit restent dans quelques cas peu satisfaits. Ainsi, le
réseau KAFO JIGINEW au Mali note que si deux ans et demi se sont écoulés depuis
l'origine, les dépôts ont permis d'octroyer des crédits pour un montant total de 100,6
millions de FCFA, mais ce montant ne concerne que 3 891 bénéficiaires. De même,
pour les CRCAM/CLCAM, au Bénin, les crédits mis en place pour la campagne 1990-91, d'un montant de 296 millions, n'ont concerné que 8 193 bénéficiaires, alors que le
réseau compte 30 316 sociétaires. Parmi ces bénéficiaires, la province du Borghou en
comptait à elle seule 5 516, soit 67,3 pour cent de l'ensemble.
Environnement
Au plan de la couverture géographique, l'inventaire des COOPEC montre une
implantation variable selon les pays et les réseaux. Les réseaux plus développés sur
le plan national sont, à cet égard, les CRCAM/CLCAM au Bénin, le réseau URCPB
appuyé par la SDID et le réseau UCECB au Burkina Faso, le réseau CREP en Côte
d'Ivoire, le réseau de la FUCEC et le réseau des CPDE au Togo. Parmi ces réseaux,
seules les CRCAM/CLCAM ont une couverture véritablement nationale, suivies du
mouvement CREP pour une bonne partie du territoire national. Les autres réseaux sont
limités soit à des zones urbaines ou rurales, soit à des catégories professionnelles
déterminées.
L'impact des divers réseaux sur les économies locales n'est cependant pas forcément
lié à leur taille. Si au Bénin, au Burkina Faso, en Côte d'Ivoire et au Togo, l'effet de taille
joue en ce qui concerne les volumes financiers (épargne-crédit) pour les
CRCAM/CLCAM, les réseaux URCPB et UCECB, les CREP et la FUCEC et encore
de façon relative compte tenu de l'ancienneté de certains réseaux et des difficultés
majeures qu'ils connaissent (CRCAM/CLCAM, CREP, FUCEC en partie par exemple),
au Mali en revanche, le réseau KAFO JIGINEW, datant au plus de quatre ans et de
taille réduite, est remarquablement intégré dans sa zone (CMDT) et son impact y est
déterminant. Il en est de même des associations régionales de développement pour
le Burkina Faso (Kaya et Toma).
Au niveau du paysage financier, les réseaux qui comptent le plus et dont on ne peut
par conséquent négliger l'impact sont les suivants: au Bénin, les CRCAM/CLCAM; au
Burkina Faso, les réseaux URCPB et UCECB; en Côte d'Ivoire, les CREP; au Mali,
KAFO JIGINEW; au Togo, la FUCEC.
Sur le plan institutionnel, les rapports avec l'administration et les banques se présentent
de façon différente selon les réseaux avec une constante cependant, celle d'une logique
de concurrence ou, au mieux, d'une cohabitation sans synergie opérationnelle en
termes de crédits. Avec l'administration, les réseaux qui entretiennent le plus de
rapports avec les ministères de tutelle sont les CRCAM/CLCAM au Bénin, le réseau
SDID au Burkina Faso, les CREP en Côte d'Ivoire et les réseaux à caractère
professionnel intégrés à des projets particuliers (mutuelles d'épargne et de crédit des
artisans au Bénin et Caisses d'épargne et de crédit des groupements professionnels
au Togo). Pour ces réseaux, le problème des rapports avec l'administration ne se pose
pas en termes conflictuels, mais plutôt en termes de soutien avec, cependant, des
difficultés notables en ce qui concerne les CREP de Côte d'Ivoire. Les ministères de
tutelle sont, dans la majeure partie des cas, les ministères chargés de l'encadrement
coopératif, entre autres, ou de l'artisanat pour les mutuelles d'artisans. Les relations
étroites et fructueuses entre ces réseaux et leurs ministères de tutelle poseront à terme
le problème de la tutelle lorsqu'il s'agira de mettre l'accent sur l'aspect financier des
activités des COOPEC pour confier la tutelle de ces réseaux aux ministères de
l'Economie et des Finances.
S'agissant des relations avec les banques, le problème d'un partenariat institutionnel
suppose au prélable que les SMEC et les banques se découvrent mutuellement. Le
plus souvent les banques, à l'exception du Burkina Faso et du Mali, ne connaissent pas
ces institutions et encore, pour ces deux pays, il s'agit surtout des CVECA. Pour les
banques, les SMEC sont des clients (déposants) comme les autres et tant qu'elles ne
sollicitent pas de crédit, et le cas ne s'est produit qu'exceptionnellement, ces COOPEC
leur demeurent quasi inconnues. Ce cas exceptionnel concerne le réseau CICM de
Kaolack (Sénégal) qui a accepté le refinancement des caisses populaires par une ligne
de crédit extérieure pour des opérations spécifiques d'achat et de stockage de
semences d'arachides entrant dans le cadre du programme autonome semencier.
Au surplus, plusieurs réseaux font face à des difficultés réelles de pénétration des
populations cibles dans les pays où la disparition des banques agricoles ou, dans le
cas de la BNDA-Côte d'Ivoire, le gel de ses activités avait entraîné d'importants gels
de dépôts en provenance du monde rural. Cette situation continue d'entraver fortement
les efforts de collecte de l'épargne notamment.
Autonomie
Autonomie technique
Pratiquement tous les réseaux connaissent à des degrés divers une assistance
technique de la part d'opérateurs extérieurs. La forme d'assistance technique varie en
fonction de l'ancienneté des réseaux, de leurs difficultés et de leurs programmes
stratégiques de développement. Selon les pays et les réseaux, l'assistance technique
extérieure développe ou non une politique de formation de l'assistance technique
nationale (cas, par exemple, du réseau SDID au Burkina Faso). Il convient de noter,
enfin, une forme d'assistance technique interréseaux, celle que la FUCEC administre
à la demande et au profit de réseaux plus jeunes et moins structurés. Globalement,
toutefois, aucun réseau n'est indépendant de l'assistance technique extérieure. Celle-ci
dure en principe jusqu'à ce que le réseau parvienne à son autofinancement.
Autonomie juridique
Le problème de l'autonomie juridique apparaît assez complexe. En effet, au regard de
la réglementation en vigueur, la situation des divers réseaux paraît contrastée à maints
égards. Pour certains réseaux (CRCAM/CLCAM au Bénin et SDID au Burkina Faso,
par exemple), la réglementation existante sur les coopératives est un cadre
parfaitement adapté à leurs activités. Pour d'autres, cette réglementation devrait être
aménagée pour tenir compte de leurs activités, mais sans forcément rejeter le statut
coopératif (CREP en Côte d'Ivoire, caisses de Zinder au Niger). Pour quelques réseaux,
par contre (KAFO JIGINEW, Mali), le statut coopératif doit être dépassé pour
encourager une réglementation spécifique aux COOPEC en tenant compte de leurs
activités financières, en vue de leur donner un label de qualité, et pour d'autres réseaux,
enfin, il n'y a pas urgence à légiférer (réseau CICM-Sénégal). Ce faisceau d'opinions
contradictoires ou diverses dans tous les cas pose le problème de l'appui aux activités
des COOPEC dans son aspect réglementaire.
En attendant, force est de constater que dans tous les pays de l'UMOA, existent des
législations sur les coopératives plus ou moins récentes qui ont eu pour effet de tirer
de l'informalité les réseaux dont les caisses ont bénéficié d'un agrément à titre de
coopératives ou de précoopératives. Par ailleurs, on constate, à l'examen des divers
statuts, que certaines caisses ou structures centrales ont opté pour les associations
ou les GIE au lieu du statut coopératif. Toutefois, plusieurs réseaux ou caisses uniques
restent encore dans l'informel. Le problème à leur niveau est donc celui d'une
reconnaissance juridique à condition bien entendu que ces structures en émettent le
souhait.
Autonomie financière
Le constat immédiat qui peut être fait à ce niveau est qu'aucun réseau n'a réussi à ce
jour à être autonome sur le plan financier. Le problème ne se pose même pas pour les
réseaux naissants (Niger, Sénégal, Mali); au Burkina Faso, au Togo et au Bénin, les
réseaux les plus anciens et les mieux structurés (CRCAM/CLCAM, réseaux SDID et
UCECB, FUCEC) n'ayant pas encore réussi cette performance de façon générale. Il
y a certes des cas particuliers où l'autonomie financière est quasiment à la portée du
réseau, au moins dans l'une de ses composantes, à l'exemple de l'Union régionale des
caisses populaires de la Bougouriba-URCPB. Pour cette union, le taux d'autonomie
financière avoisine 90 pour cent, suivi de loin par le réseau FUCEC pour lequel ce taux
tournait autour de 35 pour cent en 1990.
En réalité, le problème qui se pose à tous les réseaux est celui du passage de la
situation de projet à celle de réseaux constitués de caisses rentables à l'image de
véritables entreprises saines et viables.
IV. Les caisses villageoises d'épargne
et de crédit autogérées (CVECA)
Historique
Les Caisses villageoises d'épargne et de crédit autogérées -- CVECA -- existent au
Burkina Faso, au Mali et plus récemment au Niger pour ce qui concerne l'UMOA. Le
concept de Caisse villageoise d'épargne et de crédit autogérée -- CVECA -- est assez
récent (1988-89). Il exprime la capitalisation d'expériences diverses, mais
complémentaires, menées au Mali, en pays dogon, et hors de l'UMOA, en Gambie,
dans la région de Jahally-Pacharr. C'est une approche qui s'est progressivement
élaborée en partant des constats d'inadéquation des instruments existants pour
répondre aux besoins en crédit des populations rurales pauvres. Cette recherche-action, associant étroitement le Centre international de développement et de recherche,
l'opérateur et les populations locales, a principalement porté sur les alternatives qui
pourraient leur être offertes pour maîtriser, à leur niveau, les mécanismes économiques
et financiers nécessaires pour soutenir leurs efforts d'autopromotion et de
développement social et économique.
La Caisse villageoise d'épargne et de crédit autogérée se veut une «banque de
développement» qui mobilise l'épargne du village et la réinjecte dans le financement
des activités des villageois. Cette institution se distingue d'une coopérative d'épargne
et de crédit, à certains égards. A la différence de la COOPEC, en effet, la CVECA ne
fait pas référence à un modèle extérieur (système Raiffeisen, CICM, SDID, etc.). Elle
s'inspire plutôt des pratiques d'épargne et de crédit préexistantes dans le milieu paysan,
qu'elle cherche à améliorer en vue d'une plus grande efficacité. La CVECA est une
réponse aux besoins de crédit des populations villageoises pauvres qui n'ont, a priori,
qu'une capacité d'épargne faible ou aléatoire. Ainsi, l'accès au crédit n'est pas
conditionné de façon systématique à une épargne préalable. De même, les montants
des crédits ne sont pas liés à ceux des dépôts effectués, à la différence des COOPEC.
Alors que les COOPEC se placent dans une logique de concurrence avec les banques,
les CVECA recherchent une articulation financière avec celles-ci.
Méthodologie et moyens mis en oeuvre
Les études préalables sont effectuées de manière très approfondie en veillant à ce que
le début de réalisation du programme intervienne dans un délai relativement bref, dans
un contexte socio-économique relativement stable. Ces études visent à examiner les
conditions-cadres existantes, la situation socio-économique des villages, à évaluer
l'opportunité de la mise en place d'un réseau de caisses dans un tel contexte et à
déterminer les réactions du milieu. Les études sont menées en deux missions
consécutives de durée variable. La première mission vise à tester les réactions du
milieu et, en cas de réussite, la seconde procède à une évaluation en profondeur sur
la base d'enquêtes participatives, au cours desquelles les populations concernées
jouent un rôle majeur, et de collecte de données qui sont par la suite systématisées
et évaluées en présence de tous les partenaires en vue de déterminer les modalités
de réalisation. L'étude de faisabilité devient par conséquent celle des villageois eux-mêmes. Selon les barèmes appliqués par l'opérateur pour le détachement de son
personnel sur le terrain, les coûts d'une étude d'opportunité en 1990 pour deux à trois
semaines sur le terrain s'élevaient à 6 millions de FCFA et une étude de faisabilité
revenait à 15 millions de FCFA environ.
La phase de mise en place est cruciale en raison des multiples interrogations liées à
l'introduction d'un nouvel instrument financier dans un environnement caractérisé par
la méfiance et l'attentisme. Dans la phase pilote, l'approche est nécessairement
prudente et progressive. A l'expérience, il faut mener environ une vingtaine d'enquêtes
villageoises durant la première année de réalisation pour pouvoir sélectionner dans de
bonnes conditions cinq à six villages «pilotes». Ces villages sélectionnés doivent
manifester leur engagement en demandant au projet d'ouvrir une caisse. Suivent alors
l'élaboration des règlements intérieurs, la formation initiale des caissiers, la construction
du bâtiment de la caisse et son équipement, l'ouverture de la caisse, la formation au
crédit avec la création du comité de gestion, l'aphabétisation fonctionnelle
(connaissance et utilisation des formulaires par usage de couleurs différentes), le suivi
et le contrôle. Ces diverses activités sont menées de façon concomitante dans certains
cas, à l'exemple de la formation. Le personnel nécessaire au projet est constitué
d'expatriés et de membres locaux. Le personnel expatrié est formé avant son
détachement dans un centre de formation situé à Autrèches (France) pour une durée
de trois à six mois.
Structuration et fonctionnement des CVECA
Les organes d'administration et de gestion des caisses de base épousent les contours
des structures classiques avec quelques variantes (assemblée générale, conseil
d'administration, comité de crédit ou de gestion, comité de surveillance, commissaires
aux comptes, trésorier-gérant ou gérants simples), selon qu'il s'agisse du Burkina Faso,
du Mali ou du Niger.
Le mouvement de structuration des CVECA en organisation faîtière présente des
contrastes selon les pays. D'ores et déjà, on notera qu'il n'y a pas à ce jour
d'organisation faîtière au Niger où l'expérience des CVECA démarre à peine. Au
Burkina Faso, dans l'Oudalan, la fondation de l'ACECO est intervenue dès la deuxième
année (octobre 1986). Elle a connu plusieurs étapes de développement de 1987 à 1990
(élaboration des statuts, développement d'un programme d'activités propre visant son
autonomie financière et son indépendance, élaboration de son propre budget et de ses
méthodes de gestion, développement d'échanges avec l'extérieur, mise en place de
la caisse centrale et de l'assistance technique burkinabé, reconnaissance juridique,
préparation du retrait de l'assistance technique expatriée). Au Mali, en pays dogon, la
création de l'Association des caisses d'épargne et de crédit de Koro a eu lieu au cours
de la troisième année qui a suivi le démarrage du projet. Elle est donc toute récente
(1989). Le processus a été plus long que celui enregistré dans l'Oudalan et, à la
différence de l'Oudalan, l'Association EJIBE des caisses de Koro ne regroupait que 11
membres sur 16 en septembre 1990.
Problèmes liés au fonctionnement et à la gestion
Au Burkina Faso, plusieurs caisses ont rencontré des difficultés au démarrage, liées
à l'incompréhension des villageois. De même, plusieurs conseils d'administration sont
restés inactifs pendant une certaine période. Quelques caisses procèdent au
remplacement de membres de bureaux défaillants. La fonction «contrôle interne» n'est
pas encore assurée faute d'un nombre suffisant de lettrés dans de nombreux villages,
bien que, par ailleurs, les programmes d'alphabétisation se développent de plus en plus
dans l'Oudalan. Certaines caisses n'ont pas de secrétaire et d'autres ont fonctionné
la plupart du temps en l'absence de secrétaire, bien qu'une personne ait été formée
à ce poste. La rémunération des gérants est un problème qui demeure posé. Le projet
semble s'orienter de ce point de vue vers un système d'intéressement aux résultats de
la gestion.
Au Mali, les comités de gestion, qui se résument dans la plupart des cas à des comités
de crédit, manquent souvent de responsabilités. C'est le constat fait pour plusieurs
caisses (Koro, Bandiagara, notamment). Les gestionnaires sont, dans nombre de cas,
assez laxistes. Le phénomène est aggravé par ailleurs par un exode massif des
meilleurs gérants. Dans une caisse (Daga, cercle de Bandiagara), l'activité crédit a
démarré avant la formation du comité. Pour amenuiser l'exode des bons gestionnaires,
quelques caisses (Daidourou, cercle de Koro) se proposent d'accorder aux
gestionnaires des crédits de six à neuf mois qui leur permettraient de mener des
activités économiques dans les villages.
Activités et résultats
Évolution des ressources propres
Les informations ne sont disponibles à ce niveau que pour les caisses de l'Oudalan;
elles donnent cependant une idée assez précise de l'ordre de grandeur des ressources
propres de réseaux de CVECA en phase de démarrage.(5)
En Oudalan, le capital et les réserves des CVECA ont évolué de la façon ci-après:
1985/86 1986/87 1987/88 1988/89 1989/90
Montants
FCFA 357 000 430 000 795 000 1 030 000 1 710 000
Ces montants apparaissent assez faibles. En prenant l'exercice 1989-90 comme
exemple, on constate que la moyenne par caisse (17 caisses) est de 100 588 FCFA.
La capitalisation des caisses est par conséquent très minime. La situation est
cependant différente selon les caisses: quatre caisses seulement dépassent 150 000
FCFA de ressources propres, les autres ayant de très faibles montants (moins de 50
000 FCFA). Il convient de noter par ailleurs que le capital proprement dit est encore
plus faible, les montants visés ci-dessus étant pour la plupart gonflés par les excédents
réalisés sur les opérations de crédit.
Épargne
Au Burkina Faso, les montants épargnés par adhérent sont relativement faibles: 1 773
FCFA en 1987-88, 2 357 FCFA en 1989-90. Ces moyennes masquent cependant la
situation contrastée des diverses caisses. C'est surtout dans les nouvelles caisses et
les petits villages que les adhérents s'intéressent le plus à leur caisse alors que, dans
les gros villages, seule une minorité fait vivre la caisse. Par ailleurs, tous les adhérents
n'effectuent pas de dépôts. Ainsi, le rapport déposants/adhérents a évolué de 53 pour
cent en 1986 à 58 pour cent en 1990. L'encours moyen de l'épargne réalisée par caisse
est également faible (de 183 000 FCFA en 1987-88 à 332 353 FCFA en 1989-90). Les
facteurs explicatifs sont multiples (inexistence de dépôts dans certaines caisses,
manque d'intérêt des sociétaires, etc.). A fin 1990, l'encours moyen des dépôts était
de 5,6 millions et l'épargne rémunérée à 20 pour cent par an.
Au Mali, l'encours moyen d'épargne réalisé par caisse a été de 281 800 FCFA en 1987,
304 100 en 1988, 283 692 en 1990. Cette évolution montre que, malgré la croissance
en volume de 1987 à 1990 (1,4 à 7,3 millions), la moyenne par caisse est restée
pratiquement stable. Ici également plusieurs facteurs explicatifs peuvent être avancés:
stagnation ou baisse des dépôts dans plusieurs caisses, situation que masquent
toujours des moyennes, faible participation des villageois à la vie de leur caisse,
fermeture de quelques caisses, insuffisance de l'épargne individuelle, faiblesse du
rapport épargnant/adhérents (29 pour cent en 1988).
Par adhérent, le profil de l'épargne se présente comme suit: 2 021,5 FCFA en 1987,
2 207 FCFA en 1988, 1 960, FCFA en 1990. Ces données montrent une baisse du
montant unitaire moyen entre 1988 et 1990. Comme dans l'Oudalan, l'épargne est
rémunérée à 20 pour cent, s'agissant bien entendu des dépôts à terme.
Crédit
Au Burkina Faso, les montants unitaires de crédit apparaissent relativement faibles.
(Ces montants ont varié de 32 000 FCFA en 1987 à 21 000 FCFA en 1990.) Tous les
adhérents ne bénéficient pas de prêts, ni même tous les déposants. La structure des
crédits par destination montre la faible part de l'agriculture et de l'élevage à l'inverse
des crédits sociaux et commerciaux. Globalement, cependant, les prêts productifs ont
une importance majeure. Le différentiel de taux d'intérêt entre crédit (40 pour cent) et
épargne (20 pour cent) ou le refinancement par la structure centrale (ACECO) autorise
de confortables marges pour les caisses qui maîtrisent leur échéancier de crédit. Le
taux de transformation des ressources en emplois était de 50 pour cent en 1990, les
taux de recouvrement de 97 pour cent à cette date. Il y a des retards de paiement, mais
aucun crédit n'a été enregistré en impayé depuis le début des opérations de crédit.
L'encours moyen des crédits était de 3,7 millions de FCFA en 1990.
Au Mali, les montants unitaires moyens par bénéficiaire étaient faibles et relativement
stables sur la période 1987-1990 (11 à 12 000 FCFA). Tous les adhérents ne
bénéficient pas de prêts comme au Burkina Faso. La structure des crédits montre la
marginalisation des crédits sociaux, la part prépondérante des crédits commerciaux
et l'insuffisance des crédits à l'agriculture et à l'élevage. Le taux d'intérêt débiteur est
de 40 pour cent. Le taux de transformation des ressources en emplois est passé de
70 pour cent en 1987 à 104 pour cent en 1989 en raison du refinancement. Le taux de
recouvrement était de 99 pour cent en 1989, aucun crédit n'étant enregistré en impayé.
L'encours moyen des crédits était de 7,1 millions de crédit en 1990.
Impact
Les performances des CVECA en matière d'intermédiations financières sont mitigées.
Sociétariat
L'évolution des effectifs, dans les deux cas (Oudalan et pays dogon), témoigne des
difficultés de pénétration du milieu. Le total des adhérents (1 470 dans l'Oudalan pour
15 caisses et 3 762 en pays dogon pour 26 caisses) est sans doute loin du potentiel
de sociétaires que recèlent ces deux régions en termes de population active. Les
facteurs explicatifs sont, entre autres: l'enclavement entraînant une faible circulation
de l'information et une évolution lente des mentalités; la persistance de l'épargne en
bétail et du prestige qui y est lié et le refus des caisses pour des motifs religieux dans
certains villages; la méfiance des villageois face à un instrument financier nouveau. A
noter également la faible participation des femmes, surtout dans l'Oudalan.
Environnement
En Oudalan, les CVECA ont déjà enregistré d'importants résultats en matière de
formation et de responsabilisation des emprunteurs car les crédits sont intégralement
remboursés. Il en est de même en pays dogon. Et, même si l'impact structurel des
caisses sur l'économie locale apparaît limité, les services rendus par les caisses aux
populations revêtent un caractère fondamental pour l'enracinement du système dans
les réalités sociales et culturelles locales. Concrètement, tous les villages de l'Oudalan
connaissent de près ou de loin l'existence des CVECA qui couvrent géographiquement
et sociologiquement toute la province. La diffusion de l'information s'est opérée
progressivement tant au niveau de la province qu'auprès d'autres expériences similaires
au Burkina Faso. L'impact des CVECA sur l'économie de la province reste cependant
très limité en raison des faibles volumes financiers concernés par leurs activités.
Sur le plan institutionnel, les deux partenaires les plus directs des CVECA sont les
ministères de tutelle et les deux banques agricoles. Les relations de partenariat avec
les deux banques agricoles constituent un trait marquant des CVECA par rapport aux
COOPEC. Ces deux banques, CNCA au Burkina Faso et BNDA au Mali, sont les plus
viables parmi les quatre banques agricoles encore existantes dans l'UMOA. Outre un
appui en matière de réflexion et d'élaboration de supports techniques de gestion pour
les caisses de base et en matière de formation, ces banques contribuent à la recherche
d'un montage institutionnel adapté au développement des caisses et surtout se révèlent
comme des partenaires privilégiés au plan du refinancement.
Autonomie
L'originalité, à ce niveau, des deux projets épargne-crédit (Oudalan et pays dogon)
provient du fait que c'est l'opérateur lui-même, le CIDR, qui pose le problème de son
retrait, du moins en ce qui concerne la forme d'assistance technique permanente. Les
informations disponibles sur ce plan ne concernent cependant que les CVECA de
l'Oudalan. Une mission d'évaluation du CIDR effectuée du 9 au 20 janvier 1991 dans
les CVECA de l'Oudalan a ainsi conclu au retrait de l'assistance technique permanente
au profit de missions d'appui ponctuelles en fonction des besoins et compte tenu des
lacunes persistantes.
Le problème de l'autonomie juridique reste toujours posé pour les CVECA. Les caisses
de l'Oudalan ont partiellement bénéficié d'un statut précoopératif. En pays dogon, les
CVECA n'ont pas encore de statut juridique précis.
Les produits financiers des caisses leur assurent actuellement une autonomie
financière. Mais cette situation ne tient compte ni de la couverture du coût des
investissements et des frais de formation ni des charges salariales et d'assistance
technique. Par contre, les produits financiers perçus par les structures centrales de
même que les cotisations (s'agissant par exemple de l'ACECO) ne couvrent qu'un
certain pourcentage des dépenses estimées (20 pour cent dans l'Oudalan).
L'autofinancement n'est donc pas assuré.
V. Éléments d'une stratégie d'appui
Finalité et objectifs du programme d'appui
La finalité du programme d'appui est de contribuer à la promotion des structures
mutualistes d'épargne et de crédit - «SMEC» - en vue de leur permettre de favoriser
l'accès des populations jusqu'ici marginalisées à des produits et services financiers
adaptés et de développer le phénomène de la mutualisation basé sur la solidarité et
l'esprit d'auto-promotion. Les objectifs immédiats du programme sont d'appuyer la
consolidation et le développement de réseaux de caisses d'épargne et de crédit, en
milieu rural comme en milieu urbain, au triple plan réglementaire, institutionnel et de
la formation/gestion.
Concrètement, un programme d'appui devrait répondre aux besoins identifiés, à savoir:
-- renforcement de la capacité organisationnelle et technique des réseaux:
appui aux activités des structures centrales ou de coordination des divers réseaux dans leur fonction d'assistance aux caisses de base;
développement de la capacité de gestion à tous les niveaux;
appui financier pour la formation et la gestion;
-- organisation et financement de séminaires d'échanges d'expériences;
-- constitution de banques de données exploitables par les diverses expériences
nationales;
-- développement de l'appui institutionnel et amélioration de l'environnement aux
niveaux national et sous-régional;
-- nécessité d'une assistance financière sous forme de subvention;
-- détermination d'un cadre réglementaire souple et incitatif qui prenne en compte
le mode de fonctionnement et les spécificités des structures mutualistes d'épargne
et de crédit et leur niveau de développement inégal par pays et par type de
structure mais surtout en privilégiant une démarche participative.
L'analyse de l'aspect réglementaire de l'appui conclut à une démarche prudentielle et
participative. L'étude recommande sur ce plan une stratégie fondée sur la recherche
d'un consensus autour d'une réglementation adaptée au mode de fonctionnement des
SMEC, en tenant compte de leurs forces et faiblesses et de leurs perspectives. La
stratégie proposée consiste à former dans les pays ou elles n'existent pas des
structures même informelles chargées de réfléchir sur un cadre réglementaire approprié
en faisant intervenir les opérateurs et les bénéficiaires des programmes d'épargne et
de crédit dans chaque pays. Cette proposition tire sa raison du fait que, s'il y a un
certain vide juridique constaté en ce qui concerne les activités financières des SMEC,
les positions sont très nuancées sur l'opportunité d'abandonner le cadre de la législation
sur les coopératives. En outre, certaines lois sont trop récentes pour être modifiées à
très court terme.
Appui institutionnel
Niveau réseaux
S'agissant de l'appui institutionnel, la stratégie du programme d'appui consistera
essentiellement à appuyer les réseaux à travers leurs structures centrales ou de
coordination et à la demande de celles-ci, en fonction d'une évaluation des besoins de
ces structures et selon la nature de l'appui souhaité. L'appui direct sera envisagé pour
les expériences naissantes.
Cette démarche est fondée sur le respect des principes qui soustendent l'organisation
et le fonctionnement des SMEC et le souci d'appuyer les efforts des structures
centrales des réseaux. Elle s'effectuera, le cas échéant, sur la base des programmes
d'activité des réseaux.
L'appui aux réseaux qui bénéficient déjà de l'assistance d'un projet d'appui exécuté par
un opérateur extérieur, se fera en fonction des modalités d'exécution de ce projet
d'appui. Il s'agira là de satisfaire des besoins complémentaires exprimés par les
réseaux et non couverts par l'opérateur sus-visé.
De ce fait, le programme d'appui gagnerait à opérer une sélection de projets par
réseaux et de possibilités d'interventions directes pour élaborer avec l'accord des
partenaires retenus un programme d'interventions-test dont la réalisation pourrait faire
l'objet d'un appui de bailleurs de fonds. Un accent particulier devrait être alors mis sur
la création de SMEC en milieu urbain.
Niveau national
Au niveau national, la stratégie d'appui institutionnel porterait dans un premier temps
sur l'accentuation des efforts de création de structures de coordination dans les pays
suivants: Bénin, Burkina Faso, Côte d'Ivoire, Mali, Niger, Togo. Ces structures seraient
chargées de la coordination et de la cohérence des diverses interventions en matière
d'épargne et de crédit. Les modalités d'application de cette stratégie varieront en
fonction de l'état d'avancement des efforts de structuration dans chaque pays.
L'un des éléments clés du projet de programme d'appui est l'aide qui devrait être
apportée à la formulation de projets d'appui nationaux qui mettent l'accent d'une part
sur la promotion des initiatives d'épargne et de crédit décentralisées en veillant à
l'adéquation des programmes d'épargne-crédit aux besoins des populations rurales et
urbaines, en matière de services financiers de proximité et de financement de la
production agricole et, d'autre part, sur la recherche de cohérence et de
complémentarité entre les divers services financiers, en particulier entre les systèmes
bancaires nationaux et les divers programmes d'épargne et de crédit mutualistes.
L'échange d'expériences, aux niveaux national et sous-régional, constituera un autre
point clé du programme d'appui. Des séminaires nationaux et sous-régionaux devraient
être organisés ainsi que des visites tournantes sur le terrain orientées vers la
capitalisation d'expériences et leurs possibilités d'exploitation au profit des autres
réseaux.
A terme, les activités du programme d'appui pourraient initier un processus de réflexion
orienté vers la formulation d'une politique sous-régionale en matière d'épargne et de
crédit décentralisée et la création d'un centre sous-régional de prestation de services
en faveur des SMEC.
Appui à la formation et à la gestion
L'objectif de l'appui à la formation et à la gestion est d'aider les réseaux à développer
des programmes et des outils de formation et de sensibilisation, ainsi que des politiques
de procédures des outils de gestion et de contrôle. L'examen des activités de formation
de divers réseaux montre une extrême variété de situations allant de programmes de
formations ponctuelles à une stratégie bien élaborée.
Les points clés de l'appui à la formation concernent: l'élaboration de programmes de
formation aux activités d'épargne et de crédit décentralisées, la formation des
formateurs et des bénéficiaires, l'élaboration de supports écrits en langue nationale en
particulier.
Les activités de formation devraient être couplées à des activités d'information de façon
à permettre une amélioration du cycle d'activités des caisses de base et des structures
centrales et une réflexion poussée sur les possibilités de standardisation des données
ou statistiques relatives aux structures mutualistes, aux niveaux national et sous-régional. L'objectif visé est de constituer des banques de données susceptibles de
constituer la base d'un système d'informations fiables sur le développement du secteur
mutualiste d'épargne et de crédit dans l'UMOA.
Des actions prioritaires sont envisagées pour chaque volet d'appui (réglementaire,
institutionnel, formation/gestion).
Complémentarité avec les expériences sous-régionales
La complémentarité avec d'autres expériences sous-régionales est possible pour ce
qui concerne le projet CREP/CEAO, le projet d'appui régional aux initiatives
décentralisées d'épargne et de crédit de la Caisse Centrale de Coopération
Économique (France), le projet BAD/PNUD d'appui pour l'accès des femmes au crédit,
le programme ÉPARGNE/CRÉDIT de l'IRED, organisme basé à Genève (Suisse) et
les conclusions de l'étude IRAM/BOAD sur les perspectives et les modalités de
création, dans l'UMOA, de nouvelles institutions bancaires de type mutualiste et
coopératif.
Partenaires potentiels du programme d'appui
Les partenaires potentiels du programme d'appui sont les réseaux répertoriés dans la
partie Inventaire de l'Étude, 5 banques dans 6 pays de l'Union (Bénin, Burkina Faso,
Mali, Niger, Sénégal), 4 opérateurs extérieurs (CCCE, IRED-SEAG, SDID, CICM,
CIDR, Association Française des Volontaires du Progrès), 7 organismes nationaux
dans 3 pays de l'Union (Mali, Burkina Faso, Sénégal), 8 agences internationales.
Structure d'exécution du programme d'appui
La structure d'exécution du programme d'appui dépendra du contenu définitif qui sera
arrêté après concertation avec les partenaires les plus intéressés à sa réalisation. Sans
préjuger de sa nature, la structure sus-visée devrait être légère et constituée d'une
équipe pluridisciplinaire hautement qualifiée en matière d'épargne-crédit et de promotion
de structures mutualistes. De ce point de vue, la collaboration BIT/BCEAO devrait être
élargie à d'autres intervenants afin de donner au programme le maximum de chances
de réussite.
Conditions critiques
Les conditions de réussite visent essentiellement l'adhésion des représentants des
réseaux, des opérateurs, des banques, des agences nationales ou internationales
intéressées et leur appui ainsi que la production de résultats concrets sur le terrain et
sa capacité d'impulsion pour la définition de politiques nationale et sous-régionale en
matière d'épargne et de crédit.
Les facteurs défavorables sont principalement le rejet du programme d'appui par les
partenaires potentiels contactés, l'aggravation des conditions économiques et sociales
des populations bénéficiaires, l'absence de volonté au niveau national de créer des
structures de coordination ou de projet d'appui en matière d'épargne/crédit, une
règlementation hâtive et mal adaptée.
Impact du programme d'appui
Les résultats escomptés du programme d'appui sont:
-- prise en compte des besoins des populations concernées en matière de services
financiers;
-- développement des services offerts par les SMEC;
-- formulation de plans stratégiques de développement en faveur des SMEC;
-- connaissance des situations réelles sur le terrain;
-- amélioration des conditions de gestion et de la rentabilité des SMEC;
-- détermination d'un cadre juridique et institutionnel adéquat;
-- formation et responsabilisation accrue des bénéficiaires;
-- constitution de banques de données exploitables aux niveaux national et sous-régional et élaboration d'un système d'informations fiables sur les SMEC;
-- cohérence dans l'approche des problèmes relatifs aux SMEC aux niveaux national
et sous-régional;
-- contribution à la définition de politiques nationale et sous-régionale en matière
d'épargne-crédit;
-- création à terme d'un centre sous-régional de prestations de services en faveur
des structures mutualistes d'épargne et de crédit.
Liste des abbréviations
ADRTOM Association pour le Développement de la région de Kaya ADRK
AVE Association Village Entreprise
BCEAO Banque Centrale des États de l'Afrique de l'Ouest
BIT Bureau international du Travail
BNDA Banque Nationale de Développement Agricole
BTEC Banques Traditionnelles d'Épargne et de Crédit
CCCE Caisse Centrale de Coopération Économique
CECA Coopérative d'Épargne et de Crédit des Artisans
CICM Centre International du Crédit Mutuel
CLCAM Caisses Locales de Crédit Agricole Mutuel
CONACAP Conseil National pour la Promotion et le Développement des Caisses
d'Épargne et de Crédit
CONAPSEC Comité National pour la Promotion des Sociétés Coopératives d'Épargne et
de Crédit
COOPEC Coopérative d'Épargne et de Crédit
CPDE Caisses Populaires pour le Développement de l'Entraide socio-économique
CRCAM Caisses Régionales de Crédit Agricole Mutuel
CREP Caisses Rurales d'Épargne et de Prêts
CVECA Caisse Villageoise d'Épargne et de Crédit Auto-gérée
FUCEC Fédération des Unions des Coopératives d'Épargne et de Crédit
GIPATO Groupement Interprofessionnel des Artisans du Togo
GTZ Gesellschaft für Technische Zusammenarbeit
ONG Organisation non-gouvernementale
PIB Produit Intérieur Brut
PNB Produit National Brut
PNUD Programme des Nations Unies pour le Développement
SDID Société de Développement Internationale Desjardins
SMEC Structures Mutualistes d'Épargne et de Crédit
UCECB Union des Caisses d'Épargne et de Crédit du Burkina
UMOA Union Monétaire Ouest-Africaine
Notes
1. 1 Au Bénin, elle emploie environ 75 pour cent de la population active et représente 45 pour cent du PIB. Au Burkina Faso, le secteur agricole emploie 90 pour cent de la population active, fournit environ 80 pour cent des exportations et près de 40 pour cent du PIB. En Côte d'Ivoire, le secteur agricole représente 35 pour cent du PIB et 8 pour cent des recettes d'exportation et occupe 55 pour cent de la population. Au Mali, le secteur primaire représente le tiers du PNB, le coton et le bétail constituant 80 pour cent des exportations. Au Niger, le secteur agricole représente 32,4 pour cent du PIB (1989). Au Sénégal, la population rurale représente 63 pour cent de la population totale et l'agriculture est l'activité dominante (22,4 pour cent du PIB en 1986). Au Togo, 80 pour cent de la population tirent leurs revenus du secteur rural qui contribue pour 33 pour cent au PIB (1989).
2. 2 Au Bénin, le secteur informel occupait (1986) 140 000 individus, regroupés dans 87 000 entreprises. Au Burkina Faso, selon le plan directeur pour la promotion de l'artisanat, 122 000 personnes exerçaient des petits métiers très divers (artisanat de production et de services, petit commerce, etc.). En Côte d'Ivoire, le secteur informel urbain est très développé. En 1990, 1 200 000 emplois, soit 18 pour cent de la population active, étaient enregistrés dans ce secteur qui contribuerait pour 12 à 20 pour cent au PIB (1986). Au Mali, la population économiquement active au niveau urbain était estimée en 1986 à 841 500 habitants. En 1983, la contribution de l'artisanat au PIB était estimée à 3,5 pour cent. Au Niger, l'économie est caractérisée par son informalisation croissante. Le secteur informel représentait, en 1989, 34 pour cent du PIB, c'est-à-dire davantage que le secteur moderne. En 1987, 110 000 micro-entreprises étaient recensées, avec 200 000 emplois. Au Sénégal, en 1988, 30 000 micro-unités étaient recensées à Dakar et sa périphérie, ces micro-entreprises employant 57 000 individus. Au Togo, le secteur informel urbain concernerait plus de 20 pour cent de la population active et contribuerait pour près de 20 pour cent au PIB (1989).
3. 3 Ces dernières sont les suivantes:
Au Burkina Faso: la «Banque» de BAHN promue par l'ONG Sahel Action.
En Côte d'Ivoire: le projet d'accès au crédit des femmes de Bounoua et le projet d'appui au secteur
urbain.
Au Mali: le projet MIEN.
Au Togo: la Caisse de Nyile.
Si ces expériences novatrices sont signalées dans l'inventaire, elles ne sont pas pour autant des SMEC qui constituent l'objet spécifique de la présente étude. L'analyse ultérieure ne les prendra donc pas en compte.
4. 4 De ce point de vue, les caisses d'épargne-crédit villageoises offrent des conditions supérieures (20 pour cent).
5. 5 Au demeurant, les caisses en pays dogon totalisaient en 1990 un capital social de 2 millions de FCFA.
Pour de plus amples informations, prière de contacter
le Département du développement des entreprises et des coopératives
(ENTREPRISE), BIT, 1211 GENEVE 22, Suisse Tél: +41.22.799.8319 or
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