Département du développement des entreprises et des coopératives

Services Financiers et Allègement de
la Pauvreté
Document de Travail N 6
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Ibrahima BA
Département du Développement des Entreprises et Coopératives
Bureau international du Travail - Genève
Table des Matières
Page
Avant-propos 1
I. Introduction 3
II. Historique 5
III. Comparaison entre les institutions islamiques et
les banques classiques 7
1. Caractéristiques des institutions financières islamiques
7
2. Cadre juridique 7
3. Réglementation bancaire 8
4. Fonctionnement 9
IV. PME et institutions financières islamiques 13
1. Caractéristiques des PME africaines 13
2. Impact des politiques de crédit en faveur des PME 14
3. Besoins financiers des PME et financement islamique 14
4. Marché des PME pour les institutions financières islamiques
16
5. Demande des PME 19
6. Adéquation entre l'offre et la demande 21
V. Mesures susceptibles de faciliter le financement des PME
par les banques islamiques 23
1. La politique fiscale et réglementaire 23
2. La politique monétaire 24
3. Le dialogue entre banques islamiques et banques classiques 24
Glossaire 25
Références 27
Avant-propos
A l'origine de ce document de travail était la réflexion
que les produits offerts par les banques islamiques pourraient être
particulièrement adaptés aux besoins des petites et moyennes
entreprises, notamment en Afrique, ceci principalement pour quatre raisons:
1. la faiblesse des PME en fonds propres est bien connue et constitue
en effet un obstacle majeur à l'accès au crédit bancaire;
or, le financement islamique n'exige pas d'apport en fonds propres; et
moins en matière de garanties par rapport aux banques classiques;
2. l'endettement excessif, résultant de cette faiblesse en fonds
propres, entraîne des frais financiers importants et met en péril
l'équilibre financier de la PME toute entière; or, le financement
islamique ne permet pas l'imposition d'intérêts fixes, il
est basé sur le principe d'un partage de pertes et profits, après
coup;
3. une PME toute seule ne fait pas le poids sur les marchés;
or, il existe précisément un type de contrat de financement
islamique où la banque achète des matières premières,
etc. pour le compte d'un client (PME) pour les revendre à ce client
avec une marge bénéficiaire; la banque peut donc faire jouer
son poids et ses relations, alors qu'une PME seule doit souvent subir des
fluctuations importantes dans l'approvisionnement des inputs;
4. la gestion dans bon nombre de PME est loin de créer la confiance
dans une banque; or, le financement islamique conçoit la relation
banque-PME plutôt à long terme, dans un partenariat, avec
- notamment dans le cadre de la MUSHARAKAH - un rôle actif de la
banque dans la gestion de l'affaire.
Pour ces différentes raisons, nous avons invité Ibrahima
Ba, qui a travaillé durant de longues années pour la SONEPI
(organisme public de promotion de la PME au Sénégal) et pour
la Dar al Maal al Islami à Dakar, de faire la lumière sur
l'importance des PME pour les banques islamiques et - inversément
- sur l'importance des banques islamiques en tant que partenaire financier.
De manière plus générale, le financement islamique
revêt un intérêt particulier pour une organisation comme
l'OIT car il cherche systématiquement à mettre le capital
humain et le capital financier à égalité.
Bernd Balkenhol
I. Introduction
Il est loisible à l'homme musulman de légiférer
comme bon lui semble et en toutes choses. Mais il est tenu, en tout lieu
et à toute époque, de se référer à des
règles de base: la Charia, ou droit de base qui est l'ensemble des
règles fondamentales telles qu'édictées par le Coran
ou fixées par des hadiths dûment authentifiés. De la
Charia, il faut différencier le figh ou jurisprudence, qui est le
résultat d'un effort rationnel et technique de juristes pour interpréter
la Charia pour une meilleure compréhension. Des sujets aussi variés
que la fiscalité, les dépenses publiques, l'intérêt,
la propriété foncière, les ressources naturelles,
le taux de salaire, les finances ont fait l'objet de commentaires soit
dans le "Saint Coran" ou encore dans la Sunnah.
L'intérêt ainsi que la rente fournie par les terres vierges
ou des ressources naturelles sont considérés par l'Islam
comme un Riba (interdit). Cette position de l'Islam s'explique par le fait
que l'intérêt et l'usure favorisent la concentration de la
richesse et de ce fait réduisent la considération à
porter à ses semblables. Cette prospérité de l'individu
ne doit pas résulter d'un "enrichissement sans cause"
mais il doit être le résultat d'une transaction, donc d'une
activité personnelle, et d'efforts. L'Islam reconnaît le droit
à la propriété privée à condition que
le propriétaire de ces ressources naturelles les utilise de façon
productive.
Ainsi la banque, dans la société islamique, doit se limiter
à son rôle essentiel de débouché pour l'épargne
et de concepteur d'investissement. La banque islamique préférera
s'associer systématiquement avec ses clients dans des opérations
rentables plutôt que de leur prêter ses fonds. De la sorte,
si l'entreprise prospère, les déposants auprès de
la banque se verront affecter une partie des bénéfices, mais
qui ne sauraient être garantis au préalable. L'accent mis
sur la prise de participation affecte la nature même des techniques
utilisées par la banque islamique. C'est pourquoi le département
chargé de l'évaluation des projets joue un rôle essentiel
dans cette institution.
La particularité du financement des institutions financières
islamiques par rapport aux besoins des PME réside essentiellement
dans trois aspects:
-- les institutions islamiques favorisent la participation;
-- ce système de partenariat oblige les deux parties à
courir ensemble les risques en partageant les pertes et les profits;
-- les institutions financières islamiques utilisent des méthodes
de financement très peu connues par les banques classiques et très
rarement expérimentées par les PME.
Compte tenu des difficultés des PME africaines d'accéder
aux crédits bancaires, on peut donc se poser la question si le marché
des PME est viable pour ces institutions financières islamiques
et si la rentabilité des PME correspond au taux de rentabilité
minimal exigé par les institutions islamiques. Les risques que présentent
ces PME valent-ils la peine de s'intéresser à ce secteur?
II. Historique
Les premières tentatives de création d'institutions financières
islamiques remontent à 1962, date de création de la première
banque islamique à Mit Gham, en Egypte. Cinq ans après,
elle connaît un million de clients, mais elle sera dissoute par la
suite pour des raisons politiques. Il faudra attendre les années
soixante-dix pour assister à la création de nouvelles institutions
islamiques, suite à l'accroissement des recettes pétrolières
de certains pays arabes exportateurs de ce produit. Ainsi sera créée,
en 1973, la Banque islamique de développement (BID) avec un capital
autorisé de 2.277 millions de dollars. Après 1975, la
création des banques islamiques dans les pays du Golfe s'accélère;
ainsi naquirent inter alia, la Dubai Islamic Bank, la Faisal Islamic
Bank au Caire, la Faisal Islamic Bank à Khartoum, la Kuwait Finance
House, la Jordan Islamic Bank for Finance and Investment, la Bahrain Islamic
Bank.
En mars 1981 se créait une association d'investisseurs musulmans
sous forme de holding, dénommée "Dar Al Maal Al Islami"
(DMI), qui fixe son siège en juin 1981 à Genève. Devenue
très vite un puissant groupe financier islamique installé
dans plusieurs pays du monde, elle fera sa pénétration en
Afrique en 1983 avec la création de trois banques (Massraf Faysal
Al Islami) et trois sociétés d'investissement dans trois
pays d'Afrique de l'Ouest à majorité musulmane (Sénégal,
Niger, Guinée). Les objectifs assignés à ces institutions
financières se résument en trois points:
-- promouvoir et encourager le respect des principes, lois et traditions
islamiques dans les milieux de la finance, de la banque et des branches
d'activité similaires par la création et la gestion de Modarabas(1)
d'investissement;
-- offrir à tous les musulmans de la sous-région des services
financiers modernes leur permettant de réaliser des transactions
financières tout en respectant les prescriptions de la Charia islamique
et sans enfreindre les interdictions coraniques de la "Riba"
(usure);
-- aider la communauté islamique de la sous-région dans
la collecte et l'utilisation des ressources financières nécessaires
à un vrai développement économique tout en respectant
les principes islamiques.
C'est au terme d'un long processus que les institutions financières
islamiques de la sous-région ont démarré leurs activités
en mai 1983, avec un capital, au Sénégal, de 1.750.000.000
FCFA ($E.U. 6 millions au taux de change de l'époque) pour la banque,
et 875.000.000 FCFA ($E.U. 3 millions) pour la société
d'investissement.
III. Comparaison entre les institutions islamiques et les banques
classiques
1. Caractéristiques des institutions financières islamiques
A la place de l'intérêt prohibé par le Coran et
les hadiths(2) , le système bancaire
islamique a adopté le concept de participation aux risques financiers
de l'entreprise, conformément au principe qui veut que ceux qui
réalisent des profits doivent être à même de
subir des pertes.
Il existe diverses sortes de placement dont la rentabilité varie
en fonction des risques à subir, de manière à satisfaire
les exigences des musulmans face aux besoins d'épargne et d'investissement.
La banque islamique propose deux formes d'investissement:
-- l'investissement direct par lequel la banque se charge du
placement des capitaux dans des projets qui lui rapportent un dividende;
-- l'investissement par la participation où la banque
participe au capital d'une entreprise de production en tant qu'associée
aussi bien dans l'investissement que dans la gestion. Dans ce cas précis,
la banque partage les risques avec le client en participant selon un pourcentage
convenu dans les profits comme dans les pertes.
Ces investissements directs ou par participation doivent remplir les
conditions ci-après:
a) l'investissement est orienté vers la production de biens et
services qui répondent à des besoins sains;
b) le produit doit être licite;
c) toutes les phases de production (financement, industrialisation,
achat, vente) doivent être licites;
d) tous les facteurs de production (salaires, système de travail,
etc.) doivent être conformes à ce qui est licite.
De plus, comme la banque islamique estime tout développement
économique en isolation du développement social incompatible
avec l'Islam, les besoins de la société et l'intérêt
de la communauté ont, dans l'évaluation d'un projet, une
priorité sur le revenu du capital.
2. Cadre juridique
Les banques islamiques sont généralement constituées
sous forme de sociétés anonymes avec un capital variable,
mais souvent très élevé, souscrit à la majorité
des membres fondateurs ou par les actionnaires généralement
de religion musulmane et enregistré dans un document signé,
dénommé Acte constitutif. Un cas plus connu en Afrique est
celui de Dar Al Maal Al Islami(DMI); il s'agit d'un trust régi par
les lois du Commonwealth des Bahamas et bénéficiant des avantages
fiscaux accordés par cet Etat. Ce trust est administré par
un Conseil de surveillance de 18 membres élus pour six ans
par les porteurs de certificats de participation. Ses affaires sont gérées,
sous la direction du Conseil de surveillance, par Dar Al Maal Al Islami
SA, société anonyme régie par les lois du canton de
Genève en Suisse où lui sont assurées les meilleures
garanties de sécurité et les plus grandes facilités
de fonctionnement. Les organes dirigeants de DMI sont donc:
a) le Conseil de surveillance;
b) le Conseil religieux: toutes les opérations de DMI
sont soumises au contrôle d'un Conseil religieux, composé
d'environ cinq membres choisis parmi des chefs religieux représentés,
experts de la Charia (loi islamique), et nommés par le Conseil de
surveillance. Aucun placement, aucune activité commerciale ne peuvent
être entrepris sans avoir été auparavant approuvés
par ce Conseil religieux;
c) la Direction: elle est chargée d'assurer le fonctionnement
de l'institution suivant le système financier islamique.
3. Réglementation bancaire
Après la signature des protocoles d'accord entre les autorités
des pays africains concernés et les fondateurs de Dar Al Maal Al
Islami, un accord de principe avait été donné pour
la constitution, sous forme de société anonyme, des Massrafs
et sociétés d'investissements islamiques avec un capital
souscrit à hauteur de 51 pour cent par DMI et 45 pour
cent par les partenaires locaux. Il restait entendu que la réalisation
de ces sociétés était soumise aux décisions
des autorités compétentes de l'Union Monétaire Ouest-Africaine
(UMOA).
En septembre 1982, le Conseil des ministres de l'UMOA autorisait la
dérogation portant sur les dispositions de la loi bancaire telles
que:
-- le régime des taux d'intérêt: les banques
islamiques ne peuvent, conformément aux principes de la Charia,
percevoir ni servir de taux d'intérêt; la rémunération
du déposant et de la banque est basée sur le système
du partage des pertes et profits;
-- la conduite d'opérations autres que bancaires: la banque
islamique, en plus des opérations bancaires, est amenée à
effectuer, de manière régulière et permanente, des
opérations commerciales, immobilières et d'investissements
financiers.
Les dérogations à l'article 2 de la loi bancaire
sont accordées par le ministre des Finances après avis de
la Banque centrale. Hormis ces dérogations, toutes les autres dispositions
de la réglementation bancaire appliquées à la banque
classique l'étaient aussi pour la banque islamique, notamment les
ratios techniques, l'obligation de fournir régulièrement
des informations à la Banque centrale et, enfin, la compétence
de la Commission de contrôle des banques.
Par contre, en matière de politique monétaire et de crédit,
le recours au refinancement de la Banque centrale, au marché monétaire,
au système de prêts interbancaires ne sera pas ouvert à
la banque islamique en raison des implications du taux d'intérêt.
4. Fonctionnement
La banque islamique rend les mêmes services que les banques classiques.
Elle est un intermédiaire entre les détenteurs de capitaux
et les emprunteurs. Elle s'engage dans la collecte des dépôts
(à vue, à terme et dépôt d'épargne) et
l'utilise dans des opérations à caractère bancaire
(crédit-bail, location, Modaraba, etc.) et dans d'autres opérations
déterminées, tout en s'interdisant l'intérêt
dont le substitut est la participation.
Les déposants sont considérés comme "actionnaires"
de la banque et, en conséquence, ne sont assurés d'aucune
valeur nominale garantie, ni d'aucun rendement prédéterminé
de leurs dépôts. Si la banque réalise un bénéfice,
le déposant a droit à en recevoir une certaine partie; en
revanche, si la banque subit une perte, le déposant est censé
la partager et, de ce fait, recevoir un taux de rendement négatif.
Sources financières des banques islamiques
Outre leur capital et leurs fonds propres, les banques islamiques trouvent
leurs principales ressources dans les opérations ci-après:
a) Les dépôts. Les dépôts à
des fins de transactions sont directement liés à des opérations
d'échange et à des paiements et peuvent de ce fait être
considérés comme équivalant à des dépôts
à vue dans un système bancaire classique. Ils concernent
essentiellement les comptes courants payables à vue et pouvant faire
l'objet de débit par virement ou par chèque bancaire.
Les banques islamiques assument à ce niveau tous les risques.
Les détenteurs de ces comptes par contre ne perçoivent ni
bénéfice ni revenus, quel qu'en soit le solde du compte.
En conséquence, les banques sont censées faire payer des
frais de fonctionnement aux déposants pour couvrir le coût
de l'administration de ce type de compte.
b) Les comptes d'épargne. Ce type de compte est régi
par les mêmes règles que le compte courant islamique. Cependant,
le titulaire du compte d'épargne dispose d'un carnet d'épargne
et non d'un chéquier. Par ailleurs, il peut avoir un caractère
spécifique (épargne logement, épargne équipement,
etc.).
c) Les comptes d'investissements. Les dépôts à
des fins d'investissements constituent la principale source de fonds pour
les banques et ils ressemblent bien plus à des actions d'une entreprise
qu'à des dépôts à terme ou d'épargne.
La banque proposant des dépôts à des fins d'investissements
ne donne aucune garantie quant à leur valeur nominale et ne verse
aucun taux de rendement fixe. Les déposants sont traités
comme s'ils étaient des actionnaires et à ce titre ont droit
à une part des profits réalisés ou des pertes subies
par la banque. Le seul accord contractuel passé entre le déposant
et la banque est la proposition sur la répartition entre profits
et pertes. Le ratio de partage des profits ou des pertes doit être
convenu avant la transaction entre la banque et les déposants et
ne peut être modifié au cours de la durée de vie du
contrat, sauf par consentement mutuel. Ces comptes sont à terme
fixe ou avec préavis. Les institutions financières islamiques
offrent aux clients la possibilité d'ouvrir des comptes d'investissements
à terme fixe de 90, 180 ou 360 jours ou des comptes à
échéance indéterminée avec préavis d'une
semaine à trente jours.
d) La Zakat ou compte de service social. Les fonds collectés
sont dépensés conformément à la loi islamique.
Ces fonds ont pour fonction réelle de permettre au pauvre de se
suffire à lui-même par ses propres moyens de telle sorte qu'il
ait une source de revenu fixe qui le dispense de recourir à l'aide
d'autrui.
e) Les autres services bancaires rémunérés.
La banque islamique offre à la clientèle tous les autres
services bancaires classiques tels que: opérations de change, d'encaissement,
de certification de chèque, d'aval, de caution, d'achat et de revente
de chèques de voyages, d'ouverture ou de confirmation de crédits
documentaires, etc. La location d'une utilité, déterminée
en échange d'une contrepartie telle que la location de coffres ou
de dépôts, est une procédure reconnue légale
par les banques islamiques. La banque a également le droit d'acheter
et de vendre des devises étrangères pour le compte des clients,
en échange d'une commission à condition qu'elle soit au comptant.
La banque islamique peut accepter des locations conjointes en s'associant
avec plusieurs clients à la fois. Elle peut acheter ou vendre des
titres, des actions et encaisser les coupons contre un salaire ou une commission.
Elle a la possibilité d'agir comme intermédiaire ou commissionnaire
moyennant un prix ou commission; elle peut donner des consultations et
assumer des expertises financières, gérer des caisses privées
ou des caisses placées sous son contrôle, conformément
aux conditions de la gérance. Pour toutes ces opérations,
elle veille à percevoir des commissions en rémunération
de son service et elle exclut toute perception d'intérêts.
Emploi des fonds par la banque islamique
Les différentes ressources collectées par la banque islamique
sont employées essentiellement dans des opérations de financement
en faveur de:
-- l'investissement direct pour la création de sociétés
ou d'entreprises ayant une activité économique spécifique
commerciale, industrielle ou agricole;
-- l'investissement pour la participation dans des projets en utilisant
les différents types de financement reconnus par l'institution.
a) La Morabaha. La Morabaha est un contrat par lequel un client
qui souhaite acquérir des produits ou des biens d'équipement
demande à la banque islamique de les lui acheter au prix coûtant
augmenté d'une marge bénéficiaire raisonnable exprimée
soit sous forme d'une somme brute, soit sous forme de pourcentage par rapport
au prix de revient. Le contrat précise, en plus de la marge bénéficiaire,
les conditions de livraison et de règlement du prix global. Dans
les filiales africaines, on peut dire que 80 à 90 pour cent
des financements sont accordés sur la base des contrats de Morabaha.
b) La Musharaka. Dans ce type de contrat, la banque et le client
participent ensemble au financement d'une opération et assument
conjointement le risque au prorata de leur participation. Cette participation
peut se faire soit par un apport numéraire par les deux parties,
ou par un apport en nature par l'une des deux parties. Les profits et les
pertes sont répartis entre le client et la banque sur des bases
fixées à l'avance d'accord parties. Quant au partage des
profits, deux thèses sont développées:
-- le bénéfice peut être déterminé
selon la convention (thèse de l'Ecole Hambalite ou Hanafite);
-- le bénéfice peut être déterminé
en fonction de la mise de chacun (thèse de l'Ecole Malékité
et Chafïte).
Par contre, la perte est déterminée selon la mise de chacun.
Ce type de financement comporte plus de risques que la Morabaha et ne peut
être utilisé qu'après une connaissance parfaite du
marché et des clients futurs associés.
c) La Modaraba. Elle consiste en l'association d'un capital avec
un apport industriel (travail) en vue de partager les bénéfices
et les pertes qui peuvent en résulter. Dans ce cas, le client apporte
son expertise et la banque apporte le financement nécessaire à
la réalisation de l'opération. La gestion incombe uniquement
au modareb (le client qui utilise l'argent dans le travail). En cas de
profit, le client est rémunéré par son travail et
son expertise, alors que la banque est rémunérée par
son apport en capital. En cas de perte, le client perd son travail s'il
n'est pas prouvé que la perte est due à une négligence
de gestion de sa part et la banque perd ses fonds. En cas de négligence
de gestion par le client, la perte est supportée par les deux parties.
Ce type de financement très délicat n'a pas été
expérimenté en Afrique.
d) Ijara: (Location simple). La Ijara consiste pour la banque
à acquérir des biens qu'elle met à la disposition
du client en location simple.
e) Ijara Wa Iktina (ou location-vente). Dans un tel contrat,
la banque finance pour le client un équipement, un immeuble ou une
usine clé en main moyennant paiement d'un loyer convenu d'accord
parties avec l'engagement du client de verser les loyers dans un compte
d'investissement qui lui permettra éventuellement d'acheter le bien
financé. Les profits générés par les loyers
déposés dans ce compte d'investissement sont au bénéfice
du client. S'agissant des immeubles, des difficultés rencontrées
par la banque résident dans le coût élevé des
frais au titre de la double mutation.
f) Khard Hassan. Il s'agit d'un prêt gratuit exceptionnel
accordé en général à un client fidèle
qui rencontre des difficultés. La banque ne prend pas de profits
et le client ne rembourse, par conséquent, que le principal qui
lui a été accordé. Ce produit ne représente
qu'à peine 1% des emplois des banques islamiques.
Secteurs d'intervention
La banque islamique finance tous les secteurs de l'économie pourvu
qu'ils soient conformes à la Charia. Exclus sont donc les projets
relatifs à la création de brasseries, de charcuteries (à
base de porc) ou à la construction de lieux (restaurants, hôtels)
où sont utilisés ces produits. Elle prend des participations
au capital de ces projets ou entreprises ou rachète des actions
d'autres sociétés. Elle utilise la Modaraba dans des transactions
déterminées en versant tout ou partie du capital. Elle participe
de façon dégressive dans des projets comme le transport et
la construction pour permettre à la clientèle l'accès
à la propriété privée, ou utilise des types
de financements du genre Musharaka. Elle permet des opérations de
renflouement à sa clientèle pour acquérir des marchandises
dont elle a besoin avant de pouvoir réunir le prix.
IV. PME et institutions financières islamiques
1. Caractéristiques des PME africaines
Pour les fins de cette étude, la PME est comprise dans une fourchette
de:
-- 5 à 200 millions FCFA d'investissements bruts ($E.U. 16.700
à 670.000 au taux de change au moment de la rédaction du
rapport);
-- 5 à 300 emplois permanents;
-- 5 à 500 millions de FCFA de chiffres d'affaires.
Ces chiffres étant très variables d'un pays à un
autre en fonction du niveau du développement économique,
les PME ont une caractéristique commune: c'est le caractère
personnel et familial de l'entreprise. C'est la persistance de ce caractère
personnel qui constitue à la fois l'atout et la difficulté
essentiels de cette catégorie d'entreprises.
Malgré toute une panoplie de textes législatifs, administratifs
et la création, dans les années soixante et soixante-dix,
de plusieurs institutions chargées de la promotion et du financement
des PME, les problèmes de financement demeurent et l'accès
des PME au système bancaire pose des problèmes, comme l'illustre
le tableau ci-après.
Crédits octroyés aux PME de 1976 à 1986
(en milliards de francs CFA)
Année Montant Crédits Part des PME dans
ordinaires les crédits ordinaires
1976 4,8 111,9 4,3
1977 6,3 133,7 4,7
1978 7,9 183,7 4,3
1979 9,2 204,5 4,5
1980 16,1 247,5 6,5
1981 15,1 290,9 5,3
1982 17,3 319,2 5,4
1983 18,2 347,0 5,2
1984 19,8 360,1 5,5
1985 20,1 369,6 5,4
1986 20,1 366,7 5,5
Source: BCEAO. On peut déduire de ce tableau que:
1. En 10 ans, les crédits accordés aux PME sont passés
de 4,18 à 20,1 milliards, soit un taux de progression de plus
de 300 pour cent.
2. La part des crédits accordés aux PME reste toujours faible par rapport à l'ensemble des crédits ordinaires débloqués: il n'a jamais dépassé les 6,5%, taux record réalisé en 1980, alors que pour les autres années, il est compris entre 4,3 et 5,5%.
Il y a celles qui bénéficient des préférences
bancaires et disposent d'un taux de financement élevé et
celles qui sont marginalisées et dont les taux de financement sont
faibles ou nuls. Toutes les PME n'envisagent pas identiquement l'intervention
de la banque. Pour certaines, cette dernière est indispensable.
C'est le cas des PME à croissance rapide qui suivent un marché
à fort développement ou des PME en difficulté de croissance
qui ont besoin d'un soutien externe pour se restructurer. Pour d'autres,
l'intervention de la banque est moins indispensable ou n'est pas souhaitée
du tout. Elles manifestent un fort désir d'autonomie et d'indépendance,
d'autant plus facile à sauvegarder qu'elles disposent d'une bonne
liquidité financière.
2. Impact des politiques de crédit en faveur des PME
La demande de financement des PME naissantes nécessite des crédits
longs car il s'agit de financer des investissements qui s'amortissent sur
un long ou moyen terme. Donc le développement des PME ne peut se
faire qu'avec une politique d'emplois basée sur des ressources longues.
Pour cette raison, les autorités monétaires, en 1975, ont
rendu admissible le refinancement de la BCEAO des crédits d'investissement
consentis par les banques aux PME à concurrence de 90 pour
cent du coût du projet. Cette règle n'a pas fonctionné
dans la mesure où les banques commerciales ont toujours préféré
s'intéresser au financement à court terme ou demander des
garanties avec des fonds propres équivalant à 35 pour
cent au lieu de 10 pour cent. Cela s'explique pour certaines banques
commerciales par le fait que la plupart de leurs ressources proviennent
des dépôts à vue, ou dépôts à terme,
et donc ont plus intérêt à privilégier le court
terme.
La situation de non-liquidité fait que les banques qui sont les
plus appropriées pour financer les PME rencontrent d'énormes
difficultés de trésorerie qui les empêchent de faire
face à la demande des PME en matière de financement. Une
note de la BCEAO sur "la situation du portefeuille des banques et
l'évolution des crédits aux PME" fait ressortir que
le taux moyen de dégradation des banques dans un pays ouest-africain
avoisinerait 56,6 pour cent. Ainsi, il convient de trouver des mesures
adéquates pour restaurer une situation de confiance en trouvant
les moyens permettant aux banques de refaire leur trésorerie et,
après, définir une nouvelle politique du crédit pour
les PME.
3. Besoins financiers des PME et financement islamique
Les besoins financiers des PME se situent à deux niveaux:
-- le financement de leurs investissements;
-- le financement de leurs fonds de roulement ou cycle commercial (achats,
fabrication, ventes).
Investissements
En règle générale, tout investissement est financé
d'abord par un apport en fonds propres constitués par le capital
fourni par les actionnaires et, éventuellement, s'il s'agit d'une
entreprise déjà existante, par les bénéfices
mis en réserve (autofinancement), et si ces fonds ne sont pas suffisants
par des crédits bancaires remboursables sur les cash-flow futurs
dégagés par l'exploitation. La banque islamique, outre ces
critères relatifs au marché, aux aspects techniques, économiques
et financiers, privilégie avant tout la confiance envers le client
surtout quand il s'agit de financer un investissement sous forme de Modaraba
ou de Musharaka. Dans ce cas, la première des garanties est la qualité,
puis la gestion et le contrôle. Certes, ce n'est qu'une garantie
morale, mais on pense que c'est la garantie par excellence parce que c'est
elle qui établit le support fondamental des relations entre la banque
et son client.
Dans les institutions financières islamiques, les experts chargés
de l'évaluation du projet, outre l'analyse de la rentabilité
financière du projet sur la base de l'étude de faisabilité,
doivent également montrer dans quelle mesure les objectifs et les
résultats du projet s'accordent avec le plan de développement
du pays, et dans quelle mesure le projet apporte une activité et
un bien-être social aux populations de la région et améliore
ou résout les problèmes de chômage.
Fonds de roulement
Pour financer l'exploitation courante, la PME peut utiliser ses fonds
propres disponibles ou alors des ressources provenant des crédits
bancaires, des crédits fournisseurs ou des avances consenties par
la clientèle lors de la commande. Les crédits servant à
financer le cycle commercial, contrairement à ceux de l'investissement,
sont utilisés en permanence et remboursés également
en permanence à partir du chiffre d'affaires. Compte tenu de son
utilisation en permanence, l'orthodoxie financière serait de le
financer par des ressources à longue durée au même
titre que les investissements, mais dans la pratique les banques commerciales
classiques très souvent n'accordent que des crédits à
court terme ou, au mieux, tolèrent le dépassement chronique
du plafonds d'un découvert.
Le cycle commercial financé par du court terme fait appel aux
gammes de produits utilisés par la banque classique, à savoir:
-- découvert en compte, durée un an;
-- escompte commercial;
-- crédit en compte;
-- crédit documentaire.
Au niveau de la banque islamique, les deux premières opérations
sont exclues de ses interventions. La banque islamique exclut le financement
par découvert, car elle tient à savoir ce qu'elle finance,
et a mis en place la forme par intervention, à savoir: Musharaka,
Modaraba, Morabaha, etc. L'escompte commercial ou rachat de créance
s'éloigne de la Charia islamique, bien qu'il s'agisse d'une technique
particulièrement souple qui s'applique aussi bien aux effets commerciaux
qu'aux effets à l'exportation.
Le crédit en compte dont le principe repose sur le fait de mettre
les fonds à la disposition du client se matérialise par la
Modaraba ou la Musharaka, où la banque islamique est obligée
de tenir le capital à disposition du client. Les crédits
documentaires sont généralement utilisés par les banques
islamiques pour les opérations de Morabaha par lesquelles la banque
achète la marchandise pour la mettre à la disposition du
client moyennant une marge bénéficiaire déterminée
d'un commun accord.
Difficultés d'accès
Les difficultés des PME à accéder aux ressources
bancaires résultent en grande partie de la subordination du financement
à des conditions telles que:
-- l'exigence d'un minimum d'autofinancement;
-- la production de documents comptables fiables;
-- l'exigence de garanties solides;
-- les conditions de taux d'intérêt élevés
qui s'expliquent par le risque très grand encouru auprès
des PME.
Le niveau très faible de l'apport en fonds propres comparé
au financement demandé à la banque fait que cette dernière
a tendance à surestimer le risque et à sous-estimer la rentabilité
du projet. Effectivement, très souvent, le petit entrepreneur qui
arrive à obtenir un crédit auprès de sa banque ne
fait parfois que compromettre la rentabilité de son projet par un
coût excessif du crédit et le contrôle de son entreprise,
par l'importance des garanties qu'il doit céder à la banque
compte tenu du fait que la PME est considérée comme un secteur
à haut risque.
4. Marché des PME pour les institutions financières
islamiques
Si l'importance de la PME est reconnue pour le développement
économique et social d'un pays, et à terme un marché
très intéressant pour les institutions financières
en général, les difficultés qu'elle pose font que
la plupart des banques ne sont pas très disposées à
lui ouvrir l'accès au crédit.
La viabilité du marché des PME aussi pour les institutions
financières islamiques sera analysée en tenant compte des
problèmes pouvant se poser au niveau:
-- des investissements;
-- de la rentabilité de ces PME; et
-- des risques que pose le financement des PME.
a) Les investissements
La banque islamique exige de tout promoteur d'un projet la présentation
d'une étude de faisabilité qui lui permet de juger de l'importance
du projet, de sa viabilité, des risques à courir et, éventuellement,
des garanties à offrir pour couvrir ces risques (en cas de financement
du type Morabaha). Cette appréciation ne peut se faire qu'à
travers une étude qui fait ressortir tous les aspects financier,
économique, commercial, technique et organisationnel. La plupart
du temps les dossiers présentés par ces PME ne renferment
pas tous les éléments d'appréciation du fait de leur
manque de qualifications pour réaliser eux-mêmes ces études
ou du manque de moyens financiers pour s'adresser à des bureaux
spécialisés.
Quelquefois le coût très faible des investissements n'incite
pas les banques, notamment classiques, à détacher un expert
pour reprendre le dossier. Or, si elle devait le faire, l'importance des
frais de dossier évalués à 4 pour cent au niveau
des banques classiques entraînerait une augmentation substantielle
des coûts de crédit qui risquerait de peser sur la rentabilité
du projet.
Les banques islamiques, pour répondre à l'attente de leur
clientèle, se sont dotées de départements d'études
de projets et de suivi pour aider les promoteurs à présenter
des projets répondant aux critères exigés. Il reste
entendu que le niveau très faible des coûts des investissements
fait que la banque islamique est obligée d'utiliser un modèle
plus approprié pour l'évaluation du dossier, ce qui a l'avantage
de réduire les faux frais qui viennent s'ajouter au crédit
accordé. Ainsi, tout entrepreneur ne possédant que son projet
d'investissement et son expérience peut obtenir auprès de
la banque islamique un financement, conformément à la formule
de Modaraba.
Dans ce cas, la banque se charge du financement total de l'investissement
mais est propriétaire du capital investi. Le promoteur, présentant
uniquement son expérience, verra ses efforts et son travail et les
profits générés par l'exploitation partagés
ainsi: une partie pour le financement du projet destinée à
la banque, une autre partie pour le travail destinée au client.
Ce type de financement convient parfaitement aux PME qui démarrent
pour obtenir les fonds nécessaires à la mise en place de
l'investissement.
Le promoteur doit alors présenter une étude qui renseigne
sur:
-- le type de matériel nécessaire à la réalisation
de l'investissement, les spécifications, les conditions d'exportation,
l'adresse des fournisseurs;
-- les factures proforma;
-- le curriculum vitae de l'emprunteur;
-- la prestation de la société avec ses états financiers.
Au niveau des filiales africaines de la DMI, il n'existe aucune limite
(plancher ou plafond) exigée pour le montant des investissements,
le seul critère avancé étant le sérieux du
promoteur, la rentabilité du projet et, éventuellement, les
garanties selon le type de financement choisi.
b) La rentabilité
Selon une étude sur les contraintes du système bancaire
sénégalais qui limitent l'octroi des crédits aux PME
sénégalaises(3) , il semblerait
que le taux d'intérêt d'équilibre en matière
de prêts au PME atteindrait 15,5 pour cent, pour tenir compte:
-- du coût moyen des ressources empruntées: 6,5 pour
cent
-- du coût administratif: 4 pour cent
-- du risque d'impayés: 4 pour cent
Au niveau des banques islamiques, ce qui importe le plus c'est la rentabilité
de la PME à financer dans la mesure où la rémunération
de la banque dépend de cette rentabilité. Ce partage des
profits entre la PME et la banque s'explique par le fait que le bénéfice
n'est que le fruit de deux éléments intimement liés:
le travail et le capital.
c) Les risques
La banque est toujours plus disposée à financer les opérations
de PME déjà existantes, ayant atteint un niveau de croissance,
que celles qui sont en cours de démarrage. En outre, l'engagement
des banques est plus marqué à l'égard des PME en transition
vers la grande entreprise qu'envers les autres catégories de PME.
C'est donc dans un environnement financier hostile et défavorable
à tous égards que se posent les problèmes d'accès
des PME au crédit bancaire. Tant que la situation du système
bancaire n'est pas assainie, l'octroi de crédits à des PME
sera de plus en plus difficile, pour ne pas dire impossible, car le risque
encouru est d'autant plus élevé. Des informations, tirées
d'une enquête, sur le portefeuille malsain des banques par la BCEAO
révèlent que la part des PME représenterait environ
25 pour cent des affaires contentieuses. On rencontre ce même
phénomène dans les banques islamiques avec un taux plus important
du contentieux.
Le risque d'impayés est de 2 à 2,5 fois plus élevé
chez les PME que chez les autres catégories d'entreprises. Au niveau
de la MFI-SENEGAL, le taux d'impayés avoisinerait les 60 pour
cent des financements en cours. Pour cette raison, les institutions financières
islamiques s'orientent de plus en plus vers les projets dont le risque
peut être cerné plus aisément. La politique des institutions
financières islamiques en matière de risques consiste à
classifier les projets en fonction de trois types de risques:
1) Financements à bas risques
Il s'agit de:
-- Sociétés bien gérées, rentables qui peuvent
avoir un besoin de financement pour:
-- une expansion verticale ou horizontale;
-- une extension d'activités;
-- une introduction de nouvelles technologies.
-- Sociétés dont les garanties sont réelles et
couvrent largement le financement (Morabaha).
-- Sociétés ayant un besoin de financement de fonds de
roulement. A ce niveau, les 90 pour cent de la valeur de la matière
première seront obtenus localement afin d'augmenter la valeur ajoutée
du projet.
2) Financements à risques moyens
Il s'agit de financements relatifs à:
-- une nouvelle activité ayant un besoin de rallonge financière.
L'activité est rentable et le besoin est clairement identifié
par une étude de faisabilité;
-- une activité d'import substitution où plus de 30 pour
cent de la matière première est importée. Le taux
de change n'est présentement pas cerné et le contrôle
monétaire existe;
-- des garanties tangibles, mais ne concernant pas la totalité
de l'investissement désiré.
3) Financements à hauts risques
Il s'agit alors:
-- d'une activité ayant trait à une nouvelle technologie
pour la PME;
-- d'une activité dont la faisabilité n'est pas réellement
prouvée;
-- d'une activité existante non rentable;
-- de matières premières à majorité importées
par la PME;
-- d'un contrôle monétaire sévère tant pour
l'importation que l'exportation de la production de l'activité.
C'est donc en fonction de ces différents types de risques que
la banque islamique aura à se prononcer pour le financement d'un
projet. A côté de ces risques définis en fonction du
niveau d'activité, s'ajoutent également pour toutes les banques
aussi bien classiques qu'islamiques:
4) Le risque d'insolvabilité
Les garanties des PME ne permettent pas toujours à la banque
de rentrer dans ses fonds en cas de sinistres, quand il s'agit de nantissement
(le matériel n'étant pas entretenu convenablement pendant
la période d'exploitation, il s'amortit très vite et ne couvre
pas le risque en cas de liquidation) et d'hypothèques. L'expertise
des bâtiments est souvent gonflée pour permettre, d'une part,
à l'expert d'avoir des commissions importantes (car ses honoraires
sont fonction de la valeur du bâtiment) et, d'autre part, à
l'entrepreneur de donner une valeur supérieure à celle du
crédit. A cela s'ajoutent les longues procédures juridiques
en cas de réalisation d'une garantie. Les fonds de garantie des
sociétés de promotion ne sont pas toujours faciles à
mobiliser car ils exigent, la plupart du temps, de poursuivre d'abord les
biens du promoteur avant de réaliser la garantie de la société
de promotion.
5. Demande des PME
Concours des institutions islamiques en faveur des PME
Le montant global des financements islamiques mis en place par la Massraf
dans un pays ouest-africain au cours des cinq premiers exercices sociaux
s'est établi à 20,7 milliards de FCFA, en moyenne entre
3 et 4 pour cent des crédits ordinaires faits par le système
bancaire de ce pays. Ces financements ont fait l'objet de remboursements
partiels qui ont permis de ramener l'encours à 4,5 milliards
au 30 septembre 1988. Comme par le passé, l'essentiel des financements
islamiques consentis par la Massraf continue d'être constitué
par des Morabahas (achat-revente) remboursables à court terme. Les
autres types de financements islamiques représentent encore une
part modeste du portefeuille.
La répartition sectorielle des financements de la MFIS couvre,
d'une manière générale, toutes les activités
conformes à la Charia islamique: commerce: 50 pour cent; agriculture:
10 pour cent; industries: 20 pour cent; autres secteurs: 20 pour
cent.
Les financements accordés par les banques islamiques de la sous-région
s'adressent principalement aux PME de l'ensemble des secteurs économiques.
Les faibles moyens financiers disponibles par rapport à la demande
globale des PME, l'impossibilité de bénéficier d'un
refinancement auprès de la Banque centrale font que la priorité
est accordée aux secteurs de PME de type commercial, avec des financements
remboursables dans le court terme. Environ 20 pour cent des financements
accordés reviennent aux PME industrielles et concernent essentiellement
l'agro-industrie et l'industrie alimentaire.
La banque, dans sa politique de prospection de nouvelles cibles, peut
financer des entreprises considérées comme risquées
mais présentant des perspectives de rentabilité à
moyen terme. La banque islamique, par la variété des produits
mis à la disposition de la clientèle, peut assurer à
elle seule le risque financier en collaboration avec un promoteur qui dispose
d'un bon projet mais ne possède pas de capitaux ou de garanties
à offrir (c'est le cas des financements par Modaraba ou Ijara Wa
Iktina). Les principales garanties du partenaire sont sa moralité,
son sérieux, sa compétence et son savoir-faire. Ce partenariat
implique une participation de la banque au capital de la société
de production, ainsi elle devient associée à cette entreprise
dans la gestion et le contrôle et, de ce fait, partage profits et
pertes avec l'entreprise. La banque peut revendre ses actions à
la PME ou à autrui au prix convenu dans l'acte de vente, qu'il soit
inférieur ou supérieur au capital investi.
Garanties exigées des PME
Au niveau des banques islamiques, le problème des garanties se
pose avec moins d'acuité que pour les banques classiques.
Dans le cadre d'un prêt de Morabaha, il est fréquent que
des garanties soient exigées sous forme d'hypothèques, d'aval,
de nantissement et surtout de tierce détention, etc. pour couvrir
le risque encouru au niveau de l'achat-revente avec marge brute, car le
client est obligé de rembourser le principal et une partie du profit
fixé d'un commun accord, conformément aux termes du contrat
de financement.
Dans d'autres types de financements, la banque est généralement
propriétaire et cède sous forme de crédit simple ou
crédit-bail l'affaire ou le bien. C'est le cas de l'Ijara et de
l'Ijara Wa Iktina, mais il faut reconnaître que ce type de prêt
n'est que très peu utilisé. Il en est de même du contrat
de Modaraba où la banque finance le projet et le partenaire apporte
son savoir-faire. A ce niveau, aucune sûreté réelle
n'est exigée, mais c'est plutôt la garantie morale qui est
de rigueur.
Exigence des fonds propres
Les banques classiques exigent un apport en fonds propres à hauteur
environ de 25 à 35 pour cent pour financer une PME. L'insuffisance
chronique des fonds propres entraîne un lourd endettement traduit
par des frais financiers très élevés. Ces facteurs
aggravent le risque et expliquent la méfiance des banques. C'est
pourquoi au niveau de la banque islamique, mise à part la Musharaka
(joint-venture) où les partenaires sont obligés d'apporter
des fonds propres et le reste complété par un crédit
bancaire, aucune autre forme de financement islamique n'exige forcément
des apports en fonds propres.
Prenant le cas de la Modaraba, il est exigé du partenaire un
apport en industrie, c'est-à-dire son savoir-faire (par exemple
en matière de gestion), et la banque se charge de financer entièrement
l'opération. Il en est de même de l'Ijara ou de l'Ijara Wa
Iktina où la banque est propriétaire de l'affaire ou du bien
et le partenaire ou client s'engagent à la prendre en location simple
ou location-vente. La seule exigence est l'ouverture d'un compte d'investissement
rémunéré à terme échu. Concernant la
Morabaha, la banque peut prendre, elle seule, le risque ou exiger un déposit
aux clients au moment du financement.
6. Adéquation entre l'offre et la demande
De façon générale, les problèmes liés
au financement bancaire des PME restent similaires d'une institution à
l'autre, qu'elle soit classique ou islamique.
Au niveau de l'appréciation des risques, toute institution financière
doit, avant de prendre une décision, essayer de cerner l'ensemble
des risques relatifs à un projet, et qui sont essentiellement:
-- la confiance;
-- l'environnement économique et social;
-- les aspects techniques liés à la vie du projet et à
l'exploitation de l'entreprise;
-- la faiblesse des moyens financiers.
Très souvent, il y a des lacunes sérieuses dans l'évaluation
d'un projet: par exemple, dans une étude de marché, les données
sont présentées de façon trop globale, ce qui ne permet
pas d'apprécier correctement le niveau de la production de la PME
en question et le montant de son chiffre d'affaires.
De plus, le diagnostic bancaire fait appel à une analyse plutôt
rétrospective que prospective de l'entreprise. Ainsi les PME qui,
en phase de démarrage, ne permettent pas l'exécution de l'analyse
du passé sont sources de difficultés pour la banque. Il en
va de même des entreprises qui, du fait des incertitudes pesant sur
leur avenir, dépassent les capacités de prospection de la
banque.
Parmi les risques externes souvent associés aux PME sont les
aspects techniques liés au projet et à l'exploitation:
-- le risque de surcoût des investissements (dont l'un des buts
est de permettre au promoteur de bénéficier de trésorerie
auprès de son fournisseur pour compléter son apport en capital);
-- le risque de livraison de matériels et d'équipements
non adaptés ou ne répondant pas aux normes définies
par le projet; et
-- le risque de défaillance du débiteur.
Ces risques sont difficiles à apprécier par une banque,
qu'elle soit classique ou islamique. En outre, l'indisponibilité
des informations comptables nécessaires à l'évaluation
et au suivi de la PME constitue une autre source de difficultés
pesant dans l'appréciation du risque. Même quand ces documents
existent la fiabilité n'est pas toujours assurée, de peur
de l'administration fiscale. C'est pourquoi la banque islamique est obligée,
comme d'ailleurs les autres banques classiques, de fonder son jugement
à travers les mouvements de son compte courant. Cette méthode
pénalise fortement les PME qui ne domicilient pas toutes leurs recettes
auprès d'une seule banque, et parfois même les recettes payées
en espèces ne sont pas versées mais réutilisées
dans le cadre de l'exploitation.
Pour ce qui est de la faiblesse des moyens financiers, le niveau des
capitaux apportés par les promoteurs constitue un frein à
l'intervention des bailleurs de fonds. Cette faiblesse limite les possibilités
de multiplication de crédit, car tout bailleur de fonds extérieur
à la PME accorde une attention particulière au ratio d'endettement
pour évaluer le risque encouru. Il revient ainsi au promoteur de
trouver les fonds nécessaires à chaque fois que l'équilibre
financier de sa PME est jugé insatisfaisant. Ainsi, la réticence
des dirigeants de PME à procéder à des augmentations
de capital dans de pareils cas est aggravée par la faible couverture
du capital de la PME, car les dirigeants préfèrent toujours
l'endettement à la prise de participation.
Au niveau du suivi et du recouvrement, la qualité de l'information
fournie par les PME constituant un obstacle à l'intervention des
intermédiaires africains, il s'avère nécessaire, une
fois le crédit accordé, de mettre en place un système
de suivi pour contrôler les travaux relatifs à la réalisation
de l'investissement, d'une part, et à l'exploitation proprement
dite de la PME, d'autre part. En outre, il doit exister une collaboration
étroite entre les institutions financières, islamiques ou
non, avec les structures chargées de la promotion des PME.
V. Mesures susceptibles de faciliter le financement des PME par les
banques islamiques
Compte tenu de tous les problèmes évoqués et qui
constituent une entrave pour la facilitation de l'accès au financement
des PME, il serait nécessaire que d'autres actions soient expérimentées
en vue d'une amélioration de l'environnement. Ces actions seront
étudiées sous trois angles:
1. au niveau de la politique fiscale et réglementaire;
2. au niveau de la politique monétaire;
3. au niveau du dialogue entre banques islamiques et banques classiques.
1. La politique fiscale et réglementaire
Cette politique fiscale et réglementaire est un facteur important,
tant au niveau de la PME que de l'institution financière, classique
en général et islamique en particulier, en vue d'attirer
et de stimuler les investissements. La mise en place des politiques économiques
visant à renforcer l'ajustement structurel, avec une libération
totale des secteurs, fait que les PME sont de moins en moins protégées
et donc exposées à des difficultés croissantes.
Le règlement des Taxes sur prestations de service (TPS) exigé
par les banques devrait être revu quand il s'agit surtout d'une PME
ayant bénéficié des avantages du code des investissements,
car cette TPS de 17 pour cent, calculée en sus sur les intérêts,
peut peser lourdement dans les frais financiers de la PME, et donc sur
sa rentabilité. Ainsi ces PME accumulent des arriérés
de taxes, d'impôts du genre: PBE, taxes sur les véhicules,
patentes, qui, à la longue, pèsent lourdement quand il s'agit
de les payer au fisc. Le système de paiement de la TVA et de la
TPS pénalise exclusivement les PME dans la mesure où les
marchés exécutés pour le compte de l'Etat sont honorés
bien après les délais requis, alors que l'entrepreneur paie
ces taxes un mois après exécution. Dans ce cas, la TVA est
surtout payée sur découvert bancaire et par des moyens grevant
fortement la trésorerie de l'entreprise.
Par ailleurs, il y a lieu d'examiner le statut fiscal des banques islamiques.
Dans les pays de l'UMOA, la situation des banques islamiques ne correspond
pas nécessairement à la législation. La banque islamique
ne peut ni verser ni recevoir des intérêts; il s'ensuit que
sur le plan fiscal ni la banque islamique, ni la clientèle ne peuvent
être imposées au titre de l'impôt sur les revenus des
créances. Il convient d'éviter que les banques islamiques
soient imposées au titre de certains impôts qui sont contraires,
dans leurs principes, à ceux en vigueur dans la Charia, d'une part,
et que les clients qui traitent avec ces banques dans le cadre des comptes
de participation se trouvent désavantagés par une imposition
en cascade par rapport à ceux qui traitent avec les banques islamiques,
d'autre part.
La banque islamique est également soumise à l'aumone prescrite
par la Charia, à savoir: Al Zakat, partie importante de la politique
financière et de l'organisation économique islamique. Les
fonds provenant de la Zakat peuvent être utilisés en vue de
la création d'usines, ou de la bonification et de l'achat des terres
agricoles, de la création d'entreprises commerciales ou de tout
autre projet qui serait l'entière propriété des pauvres
afin de leur assurer un revenu régulier qui conviendrait à
leurs besoins. Ainsi, l'Islam fait obligation de verser la Zakat dans un
fonds autonome et spécial, désigné par la banque sous
le nom de "Compte de Al Zakat et de service social". La Charia
islamique stipule la Zakat à concurrence de 2,5 pour cent sur
toute l'épargne du pays (aussi bien personne physique que morale),
sur les recettes du commerce, de 5 à 10 pour cent sur les récoltes,
de 20 pour cent sur certains minéraux, sur quelques têtes
de bétail selon le nombre de bêtes du troupeau.
La banque islamique est tenue de s'acquitter de cette aumone Al Zakat
en prélevant sur ses bénéfices nets d'impôts
(après paiement du BIC). La Zakat est prélevée sur
les profits de la banque, conformément à la loi islamique,
alors que l'impôt provenant des revenus du BIC ou autre est une décision
de l'Etat. De ce fait, la banque islamique est soumise à une double
imposition.
2. La politique monétaire
Les banques islamiques sont considérablement désavantagées
face à la concurrence des autres banques classiques car elles n'ont
pas véritablement accès au marché monétaire.
Les banques classiques ont toujours la possibilité d'avoir recours
aux autres banques et à la Banque centrale lorsqu'elles ont des
difficultés de liquidités. Il faudrait donc trouver une solution
contournant le problème du paiement des intérêts pour
que les banques islamiques puissent, elles aussi, recevoir l'assistance
financière requise dans de telles conditions.
Les banques centrales des pays islamiques appliquant la Charia devraient
également encourager la mise au point d'instruments financiers non
assortis d'intérêts afin de permettre aux banques islamiques
de répondre avec satisfaction à leurs prescriptions statutaires
en matière de liquidités, en plaçant leurs liquidités
excédentaires dans des opérations rentables. Il serait en
outre souhaitable d'étendre aux déposants des banques islamiques
les mêmes avantages en matière de partage de profits que ceux
dont jouissent les déposants des banques classiques, comme les exonérations
fiscales et les mesures d'encouragement dont sont assortis les dépôts
dans les banques non islamiques.
3. Le dialogue entre banques islamiques et banques classiques
Les banques classiques pourraient, dans le cadre de la diversification
de leurs produits, adopter de nouveaux instruments financiers déjà
expérimentés par les banques islamiques. Ainsi, à
côté du crédit ordinaire des banques, il serait nécessaire
d'instituer la pratique du partenariat sous forme de joint-venture en couplant
une PME nationale à une entreprise étrangère qui l'aiderait
à acheter du matériel à une banque qui prendrait une
participation au capital et financerait le fonds de roulement nécessaire
au démarrage de l'exploitation. On pourrait également encourager
la pratique du leasing ou crédit-bail correspondant à l'Ijara
Wa Iktina. Inversement, la banque islamique pourrait trouver un moyen lui
permettant d'utiliser des opérations utilisées dans les banques
classiques telles que l'escompte ou le découvert bancaire selon
des modalités conformes à la Charia.
Glossaire
Chariah Lois islamiques.
Figh Jurisprudence islamique dont les écoles les plus
connues sont les tendances hanifite, malikite, shafiite et hambalite.
Ijara Location vente.
Mudarabah Un type de contrat de financement islamique par lequel
un contractant met à disposition l'argent, l'autre de son travail;
le but du contrat est de se partager le profit de l'opération, établi
d'un commun accord préalablement; le prêteur d'argent assume
le risque d'une perte éventuelle; l'idée derrière
ce type de contrat est de mettre à égalité le capital
humain et le capital financier.
Murabahah Un autre type de contrat de financement islamique;
la banque achète pour le compte d'un client des matières
premières ou des équipements et les vend à ce même
client avec une marge bénéficiaire.
Musharakah Un type de contrat de financement islamique dans lequel
plusieurs parties investissent dans des proportions variables et où
les pertes et profits sont distribués selon les proportions de participation.
Qard-Hassan Prêt sans intérêt.
Riba Usure.
Zakat Imposition islamique d'un certain taux sur certaines activités
(commerce, exploitation minérale, récoltes agricoles, épargne,
etc.).
Références
Michel Galloux, Environnement juridico-politique et performances
financières des banques islamiques: Les cas égyptien et jordanien,
Notes de recherche UREF/AUPELF N 93-35, 1993.
Mohsin S. Khan et Abbas Mirakhor, Les pratiques bancaires islamiques,
Finances et développement, sept. 1986, vol. 23, N 3 (pp. 32-36).
Stanislas Ordody, Le financement de l'entrepreneuriat (le modèle du système financier islamique), Notes de recherche UREF/AUPELF N 89-4, 1989.
1. Contrat financier expliqué plus bas (p. 10).
3. 3 Etude de l'USAID réalisée en 1989 par Charbel Zarour.
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