Département du développement des entreprises et des coopératives
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Services Financiers et Allègement de
la Pauvreté
Document de Travail N 5
|
du crédit au Sénégal Leçons pour le système bancaire |
Boubacar HANE
Mouhamadou Lamine GAYE
Département du Développement des Entreprises et Coopératives
Bureau international du Travail - Genève
Table des matières
Page
Avant-propos 1
Introduction 3
1. Pourquoi un marché parallèle de crédit au Sénégal? 5
1.1 La banque jugée par la PME 5
1.2 Considérations socio-économiques 6
2. Les crédits accordés sur le «marché parallèle» 9
2.1 Crédits fournisseurs et clients 9
2.2 Le prêt d'argent 9
2.2.1 Le prêt usuraire 9
2.2.2 Le prêt d'argent avec partage des bénéfices 11
2.2.3 Le prêt d'argent - démarrage 11
2.2.4 Le prêt d'argent - commerce extérieur 12
2.2.5 Le prêt acompte ou de solidarité 12
2.2.6 Le prêt d'argent adossé à une tontine 12
3. Les modalités d'octroi de crédit 15
3.1 Les montants des crédits 15
3.2 La durée des crédits 15
3.3 Les critères socio-religieux 15
3.4 Le parrainage 16
3.5 L'ancienneté des relations commerciales 16
3.6 Les garanties 16
3.7 Le taux d'intérêt 17
4. Le remboursement des crédits et le traitement des impayés 19
5. Le marché parallèle - A supprimer ou à encourager? 21
5.1 Les avantages du marché parallèle 21
5.2 Les inconvénients du système 22
6. Recommandations: vers une amélioration des relations banques-PME 23
6.1 La réorganisation des services d'engagements de la banque 23
6.2 La réadaptation de l'approche générale 23
6.3 La réadaptation des critères d'évaluation des risques 24
6.4 La création de véritables produits PME 25
Annexe: Tableaux résultant du dépouillement des questionnaires 27
Avant-propos
Ce document de travail présente les résultats d'une enquête
auprès de 45 commerçants et artisans opérant dans
les marchés traditionnels de la région de Dakar et de Saint-Louis.
L'enquête, réalisée au printemps 1989, avait été
confiée à Boubacar Hane et Mouhamadou Gaye. Le but de cette
petite enquête était d'en savoir plus sur la maîtrise
du risque de crédit tel qu'elle est pratiquée dans l'informel.
L'étude permet de nuancer un peu quelques idées reçues
sur le secteur financier informel: les prêteurs d'argent, bien que
misant sur la connaissance de l'emprunteur, ne sont pas pour autant crédules;
il y a aussi des instruments de contrôle et de suivi. Confiance et
contrôle ne s'excluent pas, au contraire. Ces deux soubassements
du crédit informel se complètent.
Le deuxième enseignement de l'enquête est le degré
élevé de personnalisation des rapports contractuels. Ceci
fait la force et la faiblesse du secteur financier informel: la force,
parce que les rapports financiers personnalisés permettent d'intégrer
tout le contexte social, religieux, économique entourant prêteur
et emprunteur; la faiblesse, parce que la personnalisation renforce la
fragmentation du marché financier informel; l'absence d'instruments
abstraits d'échange et de normes généralement reconnues
pour déterminer et sanctionner la défaillance dans le remboursement
d'une dette rend impossible une véritable intermédiation
financière.
Devant les complexités de l'informel, Hane et Gaye recommandent
aux banques d'étudier et d'observer davantage ce qui se fait sur
le marché financier informel.
En effet, cet apprentissage institutionnel se fait de plus en plus,
comme le démontrent les modes d'opérations de plusieurs banques
innovatrices (Grameen Bank, Banco Sol, BRI, etc.)(1).
La présente étude espère contribuer à ce
débat.
Introduction
Les banquiers au Sénégal sont connus pour avoir une opinion
assez critique vis-à-vis des PME en mettant en relief leurs faiblesses
(personnalisation du pouvoir, comptabilité peu fiable, organisation
défectueuse, secteurs d'intervention vulnérables, garanties
insuffisantes, etc.) qui sont de nature à susciter certains préjugés
plus ou moins fondés.
Pour leur part, les promoteurs de PME sont assez critiques vis-à-vis
des banques, soulignant leur manque de souplesse, la lenteur des transactions
et une inadéquation des services financiers offerts par rapport
à leurs besoins.
On peut donc se poser la question pourquoi certains entrepreneurs ont
choisi d'intervenir épisodiquement ou constamment dans le secteur
dit informel? Est-ce parce que le secteur conventionnel n'est pas en mesure
de répondre à leurs besoins? Les chefs de PME boudent-ils
volontairement les banques ou sont-ils éjectés du système
bancaire au point d'être obligés de trouver des solutions
ailleurs? Est-ce parce que le secteur parallèle est un complément
indispensable du secteur bancaire ou un substitut en gestation? Ces questions
sont à l'origine de la présente enquête.
La population que nous avons pu cibler porte sur 45 sujets répartis
entre le marché Sandaga et ses alentours, les marchés de
Thiaroye, de Pikine, de Guédiawaye, le domaine industriel de Dakar
et le marché Guet-N'Dar à Saint-Louis.
Dans le souci de le rendre plus représentatif possible, nous
avons bâti cet échantillon à partir des données
qu'on retrouve sensiblement sur le plan national en ce qui concerne les
petites et moyennes entreprises, à savoir:
-- prédominance du secteur commercial sur les secteurs artisanal
et industriel;
-- concentration de l'activité économique dans la région
de Dakar et autour du marché Sandaga;
-- importance de la population musulmane;
-- prédominance au sein de cette population musulmane de deux
principales sectes tidiane et mouride;
-- prédominance de l'ethnie ouolof;
-- importance numérique des entreprises individuelles.
Néanmoins, dans cet échantillon de PME, nous avons inclu
des étrangers: trois libanais intervenant dans des secteurs différents
afin de cerner le maximum possible les caractéristiques du marché
informel dont rien ne prouve a priori que les acteurs sont exclusivement
des nationaux. Notre échantillon comprend aussi trois artisans et
des industriels (industries de transformation, de confection et d'impression).
Parmi les sujets, nous retrouvons des affaires de différentes
tailles (de 4 milliards à moins de 100 millions de francs
CFA de chiffre d'affaires) et des entrepreneurs d'origines régionales
diverses. Nous avons interrogé des entrepreneurs en quasi-cessation
de paiement parmi tant d'autres dont les affaires florissent plus ou moins.
Il a fallu faire preuve de beaucoup de souplesse pour obtenir des éléments
sur le chiffre d'affaires traité par chacun des sujets. Le chiffre
d'affaires global connu (84 pour cent des sujets) porte sur 16.572 millions
de francs CFA, soit une moyenne de 368 millions de francs CFA qui semble
attester de la taille relativement importante des entreprises sondées.
Un seul sujet traite un peu plus de 4 milliards de chiffre d'affaires.
L'âge moyen des sujets de notre population est de 44 ans,
ce qui démontre leur relative jeunesse et partant leur dynamisme,
sans que leur expérience ne fasse défaut (plus de 10 ans
de métier en moyenne).
Le présent rapport est organisé en cinq parties: le premier
chapitre s'intéressera à l'origine du secteur financier informel
au Sénégal. Les deux chapitres suivants cerneront les types
de crédits et produits financiers offerts au marché parallèle,
ainsi que leurs modes de mise en place. Il est souvent dit que les circuits
financiers informels ont moins de problèmes pour faire honorer les
engagements contractés. Pour cette raison, nous nous intéresserons,
dans le chapitre 4, au remboursement des crédits. Le rapport
conclura par une appréciation globale du marché parallèle
et formulera des recommandations visant à une plus grande efficience
des transactions au bénéfice des acteurs du marché
parallèle.
1. Pourquoi un marché parallèle de crédit au
Sénégal
1.1 La banque jugée par la PME
Notre enquête révèle un taux élevé
de bancarisation des PME puisque la majeure partie d'entre elles ont des
relations avec les banques (97,8 pour cent) dont 57,8 pour cent
entretiennent des comptes dans plusieurs banques.
Les chefs d'entreprise jouissent d'une riche expérience dans
leurs relations avec les banques au point de pouvoir les juger valablement:
-- le premier reproche porte sur les contacts jugés difficiles
surtout à un haut niveau, celui des véritables décideurs.
Cet état de fait ne permettrait pas une bonne communication avec
les PME à qui l'on n'accorde pas toute l'attention requise pour
comprendre leurs problèmes;
-- dans le même ordre d'idées, les PME regrettent que les
gestionnaires de leurs dossiers ne leur rendent pas fréquemment
visite. Ils se contentent plutôt de jugement à partir de documents
comptables ou de statistiques portant sur le fonctionnement de leurs comptes,
approche dans laquelle les chefs d'entreprise sans scrupules les induisent
souvent en erreur et provoquent chez eux des réflexes négatifs
à l'endroit de ceux qui devraient mériter leur aide;
-- ce manque de contacts suivis aurait pour conséquence l'insuffisance
des crédits accordés qui sont souvent fractionnés
sans aucune référence sérieuse et revêtent des
formes qui ne conviennent pas toujours aux PME: peu de crédits pour
financer l'expansion, pas de crédits appropriés pour les
importateurs et les exportateurs (lettres de crédit, escompte documentaire,
obligations cautionnées, etc.);
-- l'insuffisance de l'effort de connaître la clientèle
PME se traduit par des comportements abusifs: rupture de crédit
en phase d'expansion, diminution unilatérale du montant et des types
de crédit à partir d'informations non vérifiées
et trop hâtivement exploitées;
-- un autre reproche concerne la lenteur avec laquelle les banques répondraient
aux sollicitations des PME, leur faisant souvent rater des opportunités
commerciales décisives pour leur avenir. Les études sont
longues et souvent mal conduites car reprises plusieurs fois et une fois
les crédits accordés, leur mise en place tarde;
-- les garanties sont jugées exorbitantes par la moitié
des sujets. Ils estiment que les banques demandent des garanties hypothécaires
portant sur des immeubles dont la valeur dépasse très largement
(deux à trois fois) le montant des crédits consentis. Elles
obligent les PME à procéder à des expertises qui coûtent
cher et dont elles ne tiennent pas compte, finalement estimant que les
experts ont surévalué les valeurs des immeubles. Quand, pour
toutes ces raisons, l'on ne peut fournir un bien immobilier de valeur suffisante,
l'on se trouve dans l'obligation de s'adresser à un propriétaire
foncier prêt à se porter caution hypothécaire moyennant
une rémunération. Ainsi, le crédit destiné
à financer l'actif circulant ou les immobilisations sert en partie
à rémunérer le risque pris par celui qui a bien voulu
aider à constituer la garantie;
-- souvent, disent encore les entrepreneurs, la banque oblige la PME
à constituer des déposits importants en garantie d'opérations
de crédit documentaire, d'escompte commercial, d'aval ou de cautionnement
entamant dangereusement leurs fonds de roulement. Cette pratique a pour
conséquence que la PME ne peut plus autofinancer le reste des charges,
par exemple les frais d'approche dans les importations (frêt transit,
douane, surestaries, magasinage, etc.), elle a pour conséquence
aussi de compromettre le remboursement à bonne échéance
des concours bancaires accordés;
-- enfin, le non-respect de la parole donnée de la part de certains
interlocuteurs bancaires quand des engagement seraient déjà
pris par les chefs d'entreprise sur la base d'accords de principe verbaux.
Justifiés ou pas, exagérés ou réalistes,
ces reproches signalent qu'il existe une perception de la part des promoteurs
PME, que le secteur bancaire est incapable de satisfaire pleinement et
avec diligence les besoins exprimés par les PME.
1.2 Considérations socio-économiques
A entendre les opérateurs économiques évoquer leurs
problèmes avec les banques, tout porterait à croire que seule
la défaillance des banques a favorisé la création
du «marché parallèle du crédit». En effet,
ils considèrent que les actions menées par le Fisc, le Trésor,
la Douane et le Contrôle économique ressemblent à de
véritables parties de chasses à l'homme. Les visites intempestives
des agents du Contrôle économique, qui débouchent sur
des procès-verbaux aux fins de sanctions, sont décriées.
Même s'ils ne l'avouent pas, il est aisé d'en déduire
qu'ils ne ménagent aucun effort pour éviter ce qu'ils appellent
les tracasseries de l'administration: le personnel qu'emploient ces opérateurs
économiques est rarement déclaré et ne bénéficie
donc pas de protection sociale. La sous-facturation est monnaie courante
car ils ne partagent pas les méthodes de taxation des douaniers
ni la complexité de leurs procédures.
On peut donc admettre que la dissimulation puisse être utilisée
comme une arme contre l'administration. Une telle stratégie pourrait
être retenue comme un des fondements du «marché parallèle»,
même si cela n'apparaît pas explicitement dans le discours
des acteurs de notre marché. En d'autres termes, les contraintes
liées à l'application des obligations légales et réglementaires
de la part des PME sont aussi parties prenantes dans l'avènement
et le développement du «marché parallèle du
crédit».
Une autre raison expliquant ce marché parallèle est le
fait que la quasi-totalité des chefs d'entreprise ne soit pas alphabétisée
dans la langue officielle du Sénégal, le français,
qui est utilisée dans la rédaction des documents employés
dans le secteur conventionnel. Certains opérateurs économiques
préfèrent alors s'exprimer dans un secteur où les
relations humaines sont moins froides, où les procédures
sont moins compliquées et l'excès de bureaucratie inexistant.
Il y a aussi que l'instinct de solidarité est très développé
dans certaines communautés. Cette solidarité devant souvent
se manifester spontanément et sans contrainte, certains chefs d'entreprise
rechignent à transformer leur entreprise individuelle en société
déclarée de crainte de ne pouvoir disposer immédiatement
et à leur guise de ce qu'ils pensent être leur patrimoine
sans avoir de compte à rendre à qui que ce soit.
Enfin, le facteur religieux est loin d'être absent des préoccupations
de certains chefs d'entreprise que gêne la pratique du taux d'intérêt
dans le secteur bancaire classique. Ce réflexe de rejet des services
bancaires se manifeste surtout quand on dispose de liquidités car
l'aspect sécurité n'est pas encore assez déterminant
pour inciter à les placer en banque.
L'existence du «marché parallèle» semble donc
trouver son fondement dans la recherche du chef d'entreprise de la sécurité,
de la discrétion, de la simplicité, de la célérité,
de la considération et de la chaleur. C'est à partir de ces
besoins que va fonctionner le «marché parallèle».
2. Les crédits accordés sur le «marché
parallèle»
Trois sortes de crédits sont pratiqués sur le «marché
parallèle» qu'on rencontre d'ailleurs aussi dans le «secteur
conventionnel»: le crédit fournisseurs, le crédit clients
et le prêt d'argent. Le présent chapitre tente de mettre en
relief les spécificités de ces crédits tels qu'ils
sont utilisés sur le «marché parallèle»,
en même temps qu'il insiste sur ce qui les rend complémentaires
ou substitutifs d'un marché à un autre.
2.1 Les crédits fournisseurs et clients
Le crédit fournisseurs est une pratique très courante
chez la PME et notamment chez les commerçants. Il semble que les
fournisseurs étrangers accordent moins de facilités que les
locaux, cela s'explique par le fait qu'ils sont plus exigeants dans la
couverture de leurs risques et font nécessairement appel à
l'intervention des banques.
Quant au crédit clients, nous constatons que les artisans en
accordent très peu contrairement aux commerçants qui, lorsqu'ils
sont grossistes ou demi-grossistes, sont presque obligés d'en accorder.
Ce qui n'est pas le cas du petit détaillant qui travaille au comptant
sauf quand il peut obtenir des cessions de salaires de la part des clients
fonctionnaires. Aux clients étrangers, on ne fait pratiquement pas
de crédit, les contraintes en matière de commerce extérieur
n'y incitent pas. Il faut souligner que les facilités accordées
sur le «marché parallèle» par le fournisseur
et pour le client dépendent aussi de celles qu'on peut obtenir auprès
des banques. Le support habituel de ces types de crédits dans le
secteur conventionnel est la lettre de change. Sur le «marché
parallèle», ce support ne constitue pas la forme de matérialisation
privilégiée des transactions commerciales à tempérament.
Quand la lettre de change y est utilisée, c'est pour servir de trait
d'union entre les deux marchés. Elle est alors mobilisée
par la technique de l'escompte auprès d'une banque. Il est en effet
rare que les opérateurs économiques sénégalais
tirent des traites acceptées par leurs débiteurs pour les
nourrir ou les confier à la banque aux fins uniquement d'encaissement
à l'échéance. Le «marché parallèle»
ignore pratiquement le système de transmission des effets de commerce
par endos. On dirait que faire reconnaître sa dette par un document
écrit sur lequel il appose sa signature constitue une marque de
défiance à l'endroit du débiteur. La tradition orale
marque encore la vie sociale dans le milieu informel où l'on se
contente de la parole donnée quand tous les éléments
devant susciter la confiance sont réunis. On peut s'arranger pour
qu'un témoin soit présent au moment de la transaction et
on se contente de la signature du bon de commande.
2.2 Le prêt d'argent
Cette partie du questionnaire a suscité le plus de réticence
de la part des interlocuteurs. Dans le secteur du commerce surtout, les
sujets interrogés acceptent d'avouer qu'ils en sont les auteurs
(un tiers de prêteurs et un sixième de bénéficiaires).
Ces prêts d'argent se font sous diverses formes:
2.2.1 Le prêt usuraire
Les prêteurs sont soit des hommes d'affaires relativement riches
(en général de gros propriétaires fonciers vivant
de rentes ou des commerçants prospères), soit des opérateurs
économiques bénéficiant de la part des banques de
crédits par caisse qu'ils utilisent dans leurs opérations
de prêts en jouant sur la grande différence qui existe entre
les taux.
Ces prêteurs ne s'embarrassent pas de considérations d'ordre
social ou religieux mais se cachent en raison du caractère illégal
de leurs pratiques. C'est pourquoi très souvent, quand le manque
de confiance ne permet pas encore les contacts directs, ils se servent
d'intermédiaires discrets qui perçoivent au passage une double
commission aussi bien du prêteur que de l'emprunteur.
Nous avons rencontré deux types de prêt usuraire:
«Le prêt usuraire journalier»
Il est pratiqué dans certains marchés de Dakar. Les emprunteurs
se comptent davantage chez les petits revendeurs de poissons. Les sommes
prêtées portent en général sur 50.000 à
100.000 de francs CFA par personne. Les prêts se font très
tôt le matin et sont remboursés aux alentours de 15 heures
l'après-midi moyennant des intérêts aux taux variant
entre 5 à 10 pour cent le jour. Il semble que les marges bénéficiaires
tirées des opérations par les emprunteurs peuvent justifier
économiquement l'acceptation de tels taux. Il s'agit de prêts
«revolving» accordés au départ par le truchement
d'un démarcheur périodiquement rémunéré,
avant que les contacts ne se fassent directement. Aucune garantie n'est
exigée, l'intermédiaire connaît bien l'emprunteur,
son fournisseur et les endroits précis où il écoule
sa marchandise. A l'heure indiquée, le débiteur vient verser
le capital et l'intérêt dus avant que l'opération ne
se renouvelle le lendemain. Par ailleurs, les sommes ne sont pas très
importantes et le risque est divisé sur des dizaines de débiteurs.
«Le prêt usuraire classique»
Il porte sur des sommes plus importantes mais qui dépassent rarement
les cinq millions de francs CFA. La durée est d'une à quelques
semaines à plusieurs mois (moins de six mois). Les emprunteurs sont
soit des salariés, soit des hommes d'affaires devant régler
sans tarder des problèmes tels que: autre dette échue, cérémonies
familiales imminentes non préparées ou imprévues,
remboursement de deniers détournés, levée de marchandises
périssables bloquées au port ou à l'aéroport,
opération commerciale à très forte marge bénéficiaire,
etc.
Les taux très élevés, 20 à 25 pour cent
sur la durée du prêt, sont acceptés pour deux raisons
principales:
-- soit que l'on risque de perdre son honneur et sa dignité ou
la totalité de ses marchandises et, dans ces conditions, l'on est
prêt à tous les sacrifices;
-- soit que l'opération que l'on veut traiter engendre des bénéfices
qui couvrent largement les intérêts à payer.
En cas de retard de paiement, il est admis que les taux d'intérêt
arrêtés soient progressifs: ils augmentent par période
correspondant en général à la durée initiale
du crédit (par exemple 5 pour cent tous les mois) jusqu'au parfait
remboursement.
En outre, les précautions suivantes sont prises:
-- cession volontaire de salaire pour les fonctionnaires;
-- mise en gage de bijoux chez les femmes par engagement écrit
dont la signature est légalisée;
-- dépôt de livret de pension pour les fonctionnaires en
retraite, ce qui oblige le débiteur à se faire accompagner
d'un représentant de son créancier pour percevoir sa pension
et rembourser en même temps sa dette;
-- dépôt d'un titre de propriété (titre foncier
de préférence) assorti d'un acte sous seing privé
dont la signature est aussi légalisée et dans lequel le montant
de la dette est reconnu et la volonté de céder l'immeuble
en cas d'impayé manifesté.
Il faut souligner qu'aucun des documents signés ne fait allusion
aux intérêts, tout se présente comme s'il s'agissait
de prêt sans intérêt, celui-ci étant intégré
au principal. Ces prêts ne sont pas en général «revolving».
2.2.2 Le prêt d'argent avec partage des bénéfices
Cette pratique ressemble à la «Morabakha», technique
de financement utilisée par les banques islamiques.(2)
Une fois que le bénéfice à tirer de l'affaire est
connu et présente un intérêt pour le futur prêteur,
celui-ci avance les fonds et suit, tel un associé, l'opération
du début à la fin depuis l'achat de la marchandise jusqu'à
la livraison aux clients et à l'encaissement du prix de vente. Il
supervise toutes les dépenses intermédiaires (les frais de
transport, de manutention et de dédouanement, etc.).
En général, la rémunération porte sur la
moitié du bénéfice réalisé. Mais il
arrive que le contrat porte sur un montant fixé d'avance à
payer par l'emprunteur quel que soit le bénéfice réalisé.
Il arrive aussi, dans le secteur du commerce de détail (marchandises
diverses) et de la pêche artisanale (pirogues à moteur) que
les partenaires avertis et engagés pour des opérations renouvelables
décident de partager le bénéfice en trois parties
égales: l'une est destinée au prêteur, la seconde à
l'emprunteur et la troisième est remise dans l'affaire en guise
de fonds de roulement ou de provision pour investissement futur (par exemple
achat d'une senne tournante, d'une cantine, etc.).
Ces prêts peuvent porter sur des petites sommes ou sur des montants
importants mais ne dépassant pas 15 millions. Aucune garantie n'est
prise.
2.2.3 Le prêt d'argent - démarrage
Certains gros commerçants acceptent de financer le voyage à
l'étranger d'un fils sans travail ou d'un parent plus ou moins éloigné
se trouvant à leur charge. L'assisté se rend en Europe ou
aux États-Unis. Les fonds avancés permettent d'acheter le
billet, de couvrir les frais de séjour et les marchandises à
commercialiser (en général des objets d'art ou des produits
exotiques).
L'opération peut être renouvelée plusieurs fois
si le bénéficiaire se fait refouler pour défaut de
papiers en règle jusqu'au moment où celui-ci, ayant régularisé
sa situation d'immigré, arrive à se constituer un petit capital
lui permettant de s'autofinancer. Le remboursement peut revêtir plusieurs
formes:
-- remboursement sans intérêt du capital de départ
prêté sur une certaine période en général
assez longue;
-- envois réguliers de sommes inutilisées au prêteur
qui les emploie à sa guise pendant une période plus ou moins
longue (quelques mois à plusieurs années) jusqu'au moment
où l'envoyeur voudra s'en servir pour acquérir une maison
pour lui-même ou ses parents ou pour fonder un foyer. Le recyclage
par le prêteur de l'épargne constituée progressivement
par le débiteur compense le remboursement des sommes préalablement
prêtées. Il n' y a donc pas de remboursement du prêt
initial. Les instructions concernant l'utilisation de cette épargne
sont parfois enregistrées dans une bande cassette qui est remise
au dépositaire à l'occasion du voyage au Sénégal
d'un compatriote. Cette pratique est à mettre au passif de l'analphabétisme
et de la tradition orale;
-- le prêteur, à l'occasion de ses voyages d'affaires dans
le pays où s'est installé son protégé, paye
ses commandes avec l'épargne de ce dernier et, une fois rentré
et après avoir rendu les marchandises, exécute ses instructions.
2.2.4 Le prêt d'argent - commerce extérieur
Dans le but d'éviter de passer par les banques, de se soumettre
aux procédures complexes de la réglementation de change,
il y a quelques années, les importateurs du secteur informel voyageaient
à l'étranger avec des espèces ou des chèques
de voyage en monnaies facilement convertibles. Devant le contrôle
de plus en plus sévère de la douane, une autre pratique a
vu le jour. On ne transporte plus des espèces, mais l'on règle
ses fournisseurs étrangers avec de l'argent que les compatriotes
mettent à disposition sur place. Il s'agit bien évidemment
de compatriotes connus de longue date et avec lesquels la confiance s'est
établie. Une fois revenu au Sénégal et après
écoulement des marchandises achetées, on procède au
remboursement selon les instructions des prêteurs.
Il ne s'agit pas à proprement parler de prêt d'argent.
En général, un compte de non-résident est ouvert dans
une banque de la ville concernée si les achats sont différés
ou alors - et l'on revient quelque peu au prêt - les produits
des ventes non utilisés immédiatement sont laissés
à la disposition d'un compatriote sûr jusqu'au moment des
achats.
Il faut cependant souligner que de plus en plus, les pratiquants de
ce système se heurtent aux exigences de la douane d'un numéro
de domiciliation bancaire lors des formalités de dédouanement,
à moins qu'ils arrivent à introduire plus ou moins frauduleusement
leurs marchandises. On comprend aussi la réticence des banques à
accepter la domiciliation de dossier dont l'apurement pose problème.
2.2.5 Le prêt acompte ou de solidarité
Plusieurs hommes d'affaires financent un des leurs pour l'acquisition
de marchandises:
-- soit ces marchandises sont réservées aux prêteurs
pour les besoins de leur commerce et le financement constitue une sorte
d'acompte client;
-- soit le bénéficiaire du prêt rembourse en espèces
et sans intérêt après la vente: c'est le prêt
solidarité car à chacun son tour d'être financé
dans les mêmes conditions.
C'est une pratique moins fréquente que les précédentes.
Très souvent, on préfère ne donner des acomptes que
lorsqu'on a la preuve de l'existence des marchandises et de leur conformité
avec ce que l'on veut. Le montant du prêt acompte ne dépasse
pas en général 5 millions francs CFA.
2.2.6 Le prêt d'argent adossé à une tontine
Comme dans le cas du crédit fournisseurs, un opérateur
économique participant à une tontine sérieusement
gérée peut recevoir un prêt d'argent dont le remboursement
est garanti par le produit de cette tontine qui est versé directement,
totalement ou partiellement au bénéficiaire désigné
par le participant quand arrive son tour de percevoir sa cagnotte.
Parmi nos sujets, quelques-uns participent ou ont participé à
des tontines. L'organisation tourne autour d'un responsable qui jouit d'une
excellente réputation dans le milieu où il évolue
(le milieu des chefs d'entreprise, le milieu des salariés dans une
même entreprise, le quartier, le cercle de famille, etc.). Ce responsable
est chargé de la collecte des cotisations de chaque participant
et répond des incidents.
En général, les participants sont soigneusement choisis
(amis, parents, collègues sérieux). Les cotisations peuvent
être journalières, hebdomadaires ou mensuelles. Elles varient
de 1.000 à 10.000 par jour, à 300.000 francs par mois. Le
nombre moyen des participants est de 10 sauf dans les tontines de marché
où le nombre peut atteindre la cinquantaine ou plus. En général,
le tirage se fait au départ et chaque participant sait à
quelle période il touchera le lot. Le retrait est en général
mensuel et peut rapporter dans les marchés plus de 10 millions.
Lorsqu'un participant a des besoins pressants d'argent et ne peut attendre
son tour, il peut négocier avec le prochain bénéficiaire
afin de se substituer à lui. Cette substitution peut se faire gratuitement
ou moyennant une rémunération de 10 pour cent (cas rare pour
des motifs religieux).
Comme dans le cas des crédits fournisseurs et clients, le prêt
d'argent est basé sur la solvabilité et la confiance. Cela
est d'autant plus vrai que la garantie n'est exigée que dans le
cas où la connaissance de l'emprunteur n'est pas possible ou souhaitée,
c'est celui des prêts usuraires classiques.
3. Les modalités d'octroi de crédit
Sur le «marché parallèle», l'approche qui
prévaut en matière d'évaluation et d'atténuation
du risque encouru en matière de crédit est bien différente
de l'approche conventionnelle. Nous allons passer en revue tous les éléments
entrant dans l'appréciation de l'opportunité d'accorder un
crédit.
3.1 Les montants des crédits
L'importance des crédits informels est sans commune mesure avec
celle des crédits conventionnels. Les premiers portent en général
sur des sommes relativement faibles: entre quelques dizaines de milliers
de francs à 15 ou 20 millions maximum. Il est vrai que
les moyens manquent et que les difficultés économiques n'incitent
pas aux libéralités mais il faut ajouter que la base sur
laquelle se fait le crédit (presque exclusivement la confiance)
ne favorise pas non plus sa prolifération.
Les montants accordés sont appréciés à partir
des potentialités réelles du marché, des rythmes de
ventes connus plutôt qu'à partir de la surface générale
du client, c'est-à-dire ses capacités à rembourser
toutes activités confondues.
3.2 La durée des crédits
La durée des crédits informels est relativement courte
tous types de crédits considérés. Elle va de quelques
heures (prêts usuraires journaliers) à quelques mois (prêts
usuraires classiques). Elle va d'une semaine à deux mois pour les
crédits fournisseurs et clients locaux dont la moyenne est de 30 jours.
La durée n'est que très rarement explicitement arrêtée.
Elle dépend là aussi des rythmes d'écoulement des
marchandises. Dans le cas de certains prêts d'argent, elle dépend
plutôt de la production de certains événements ou des
possibilités de l'emprunteur (prêt d'argent démarrage
par exemple).
3.3 Les critères socio-religieux
Les considérations d'ordre social ou religieux ne semblent pas
influer sur la décision de crédit. Les crédits contractés
sur la base de ce genre de critère ne sont que de l'ordre de 67 millions,
6 pour cent seulement de nos sujets accordant des crédits fournisseurs
avouent y avoir été sensibles.
L'amitié, la parenté, l'appartenance à la même
ethnie, au même terroir, à la même religion, à
la même secte ou à la même caste semblent être
des éléments neutres dans l'octroi de crédit. On n'en
tient compte que dans le cadre des aides et de la solidarité sociale.
Ce qui importe, c'est le sérieux et la solvabilité: un «musulman
libanais chiite» avoue avoir bénéficié des crédits
d'un «chrétien maronite». Un commerçant, grand
érudit en Islam, a déclaré que le commerce est béni
par Allah dans le cadre de son attribut «El Rahmane»,
c'est-à-dire celui qui étend sa clémence sur tous
les êtres humains, quelle que soit leur religion.
3.4 Le parrainage
Parrainage ne veut pas dire recommandation. Dans une banque, il arrive
que sur simple recommandation de la part d'un excellent client, l'on envisage
d'octroyer un crédit à un tiers en faisant quelque peu fi
des critères classiques d'évaluation dans «l'intérêt
de clientèle» ou «l'intérêt d'exploitation».
Dans le secteur informel, parrainage rime avec engagement personnel.
Le parrain s'implique sans hésitation en cas d'incident dans le
remboursement pour rechercher les solutions et, en cas de nécessité,
se substituer à son protégé en cas d'insolvabilité.
L'engagement est réel.
3.5 L'ancienneté des relations commerciales
L'on n'a cessé de nous répéter que, souvent, le
banquier se laisserait impressionner par le chef d'entreprise bien habillé,
portant un attaché-case, possédant une voiture impressionnante
et ayant le verbe facile. Il se laisse impressionner par un versement initial
important à l'ouverture du compte et des mouvements créditeurs
non moins importants les mois suivants. Le scénario est si bien
ficelé que souvent le délai de mise en observation se raccourcit
et les concours demandés sont allègrement mis en place surtout
lorsqu'un «bilan bancaire», c'est-à-dire un type de
bilan respectant les ratios classiques, est produit et quand, de surcroît,
il est proposé la caution hypothécaire d'une malheureuse
victime attirée par l'appât de la rémunération.
Dans le secteur informel, lorsqu'une réputation de bon payeur
partout reconnue ne précède pas la sollicitation, l'octroi
de crédit est plutôt fonction de l'ancienneté des relations
commerciales (87 pour cent des sondés pour le crédit
fournisseurs et 98 pour cent pour le crédit clients s'en réclament).
Pendant une période suffisamment longue, au moins deux ans en général,
le créancier observe le chiffre d'affaires, le respect presque strict
des échéances, l'environnement et la clientèle.
Passé ce délai d'observation plus ou moins long, le montant
du crédit accordé est raisonnable au départ, en général
inférieur à celui des achats au comptant pour une même
période, puis progresse au fur et à mesure que la bonne impression
laissée antérieurement se confirme. C'est ainsi que des chefs
d'entreprise entretiennent actuellement des relations de crédit
avec des grossistes possédant boutiques et entrepôts alors
qu'ils les ont connus comme marchands ambulants. Le critère «ancienneté
des relations commerciales» est, à n'en pas douter, l'élément
d'appréciation le plus sûr, le plus infaillible qui facilite
l'appréhension de la solvabilité et permet d'éviter
les incidents de paiement. Un homme d'affaires nous dit que lorsque ses
employés qui sont chargés «d'espionner» ses clients
(marché existant et méthodes de vente) lui apprennent que
tel client a des difficultés à écouler dans les délais
raisonnables ses marchandises et continue de payer à bonne échéance,
il lui arrive souvent de couper les crédits de crainte d'être
en face de quelqu'un qui brade ses marchandises pour payer et qui tôt
ou tard connaîtra des problèmes de rentabilité qui
se traduiront par des incidents de paiement.
3.6 Les garanties
En raison de la complexité et la cherté des procédures
de prise des garanties formelles (hypothèque, nantissement, cautionnement,
etc.), il est logique que, mis à part les usuriers classiques, le
crédit sans garantie dite légale soit la pratique la plus
répandue. Elle est utilisée par 82 pour cent des fournisseurs
et par 97 pour cent des clients.
Un type nouveau de garantie parfaitement illégal, c'est ce qu'on
appelle communément dans le secteur informel le «chèque
de garantie», est utilisé par 33 pour cent de nos sujets
bénéficiant de crédits fournisseurs et acceptés
par 44 pour cent de nos sujets accordant des crédits clients.
Il s'agit de chèque antidaté - alors que celui-ci est
un instrument de paiement à vue - à l'échéance
souhaitée et remis en guise de garantie à son créancier
lors d'une transaction commerciale. Le «chèque de garantie»
n'est en général pas déposé en banque, même
«à échéance» il est restitué à
l'émetteur contre un paiement en espèces. On ne tente de
le présenter qu'en cas de non-respect de paiement.
3.7 Le taux d'intérêt
Nous n'avons rencontré aucun cas de crédits fournisseurs
ou clients dans lequel un taux d'intérêt est appliqué
si ce n'est lorsque le débiteur a accepté une traite qui
est escomptée auprès d'une banque par le tireur. Le cas échéant,
le montant des agios défalqués par le banquier est répercuté
au tiré sur sa facture puisque la pratique d'escompte «frais
au tiré» n'est pas admis par les banques.
En revanche, dans les prêts usuraires, des taux d'intérêts
exorbitants dépassant le taux légal sont habituellement imposés
aux emprunteurs.
L'originalité de l'appréciation du risque dans le secteur
informel repose dans l'absence de documents, la simplification des procédures,
le refus des généralisations et des «standardisations»
et la prédominance des relations commerciales suivies.
4. Le remboursement des crédits et le traitement des impayés
Le secteur informel n'est pas le lieu de prédilection de la monnaie
scripturale. Les espèces sont préférées aux
chèques, utilisés par moins du quart (24 pour cent)
des sujets en matière de crédit fournisseurs et acceptés
par seulement 13 pour cent des chefs d'entreprise qui accordent des
crédits à leurs clients. La domiciliation bancaire d'effets
acceptés est bien appréciée par les fournisseurs étrangers.
Les fournisseurs étrangers exigent une échéance
unique alors que les locaux acceptent des échéances multiples:
on vient encaisser au fur et à mesure de l'écoulement des
marchandises. L'ancienneté des relations commerciales favorise une
telle pratique. En matière de prêt d'argent, les usuriers
exigent une échéance unique, sauf complication.
Il arrive, mais ce n'est pas une pratique courante que les remboursements
se fassent par compensation de créances ou par marchandises quand
le débiteur possède une gamme variée de marchandises.
Dans les deux cas, ces artifices sont acceptés parce que le débiteur
n'arrive pas à s'acquitter de sa dette dans les délais, en
espèces.
Pour la quasi-totalité de nos sondés, c'est le client
qui doit se déplacer pour payer ses échéances, sauf
dans de rares cas rencontrés chez les vendeurs de tissus au détail
où les demi-grossistes se présentent toutes les semaines
chez leurs clients pour faire le point des ventes et encaisser leur dû.
Le déplacement est en général indispensable, car c'est
à cette occasion que le client renouvelle sa commande et entre en
possession de ses marchandises. Le caractère «revolving»
du crédit informel constitue un des piliers du système en
ce qui concerne les transactions commerciales. Sa rupture du fait du créancier
peut compromettre le remboursement. Le débiteur ne voudra payer
que lorsqu'il sera persuadé qu'il recevra d'autres marchandises.
Lors de nos enquêtes, nous avons interviewé des opérateurs
économiques dont les affaires ont prospéré dans le
temps et qui ont pratiquement cessé leurs activités actuellement.
Certains d'entre eux expliquent leur situation par un changement de comportement
de leurs banques qui ont arrêté les concours, ce qui ne leur
a plus permis d'honorer les commandes de leurs clients. La rupture de la
chaîne n'étant pas imputable à leurs clients, ils sont
obligés de faire preuve de compréhension à leur égard.
Pour d'autres, la récession économique n'a pas épargné
certains de leurs clients sérieux qu'ils essaient de ménager.
Un commerçant nous a avoué qu'il apporte chaque mois de l'aide
(sacs de riz et bouteilles d'huile) à un de ses clients en difficulté
qui ne lui doit pas moins de 12 millions, en attendant qu'il revienne
à une meilleure fortune. L'on tient compte des bonnes relations
commerciales passées et l'on fait preuve de patience et de compréhension.
Malgré toutes les précautions prises pour ne prêter
qu'à ceux qu'on connaît, les incidents sont inévitables.
Mais ils ne connaissent pas la même ampleur que ceux enregistrés
dans le secteur conventionnel auprès des banques et des établissements
financiers spécialisés, notamment dans le crédit automobile
et le petit équipement des ménages.
La réaction face à ces incidents dans le secteur informel
répond à une autre logique qui trouve son fondement dans
la façon dont les crédits ont été accordés:
à partir d'une confiance méritée. Ce n'est donc pas
étonnant que les créanciers soient obligés de faire
preuve de compréhension et de patience, de souplesse. Report d'échéances,
règlements partiels, intervention auprès des parrains, reprise
des marchandises invendues, recherches de débouchés, toutes
les solutions sont envisagées avant d'entamer d'autres procédures.
L'huissier, le policier et le gendarme ne sont vraiment sollicités
que lorsqu'on décèle une réelle mauvaise volonté
de la part des débiteurs. Les garanties réelles étant
quasi inexistantes, le recours judiciaire est presque inconnu.
L'inconvénient du système de crédits sans garanties
c'est lorsque, malgré toutes les précautions prises, des
incidents arrivent, il est difficile de recouvrer sa créance. L'avantage
c'est que, basé sur la parfaite connaissance du client, il atténue
la prolifération des incidents.
5. Le marché parallèle - A supprimer ou à encourager?
Selon les opérateurs économiques des PME, le «marché
parallèle du crédit» doit continuer d'exister en raison
de la spécificité des besoins qu'on y satisfait et de l'incapacité
du secteur conventionnel à se substituer à lui. De même,
certains chefs d'entreprise pensent que le système informel étale
ses insuffisances quand il s'agit d'apporter la solution à certains
problèmes que le secteur bancaire a l'habitude de résoudre.
Vu par ces commerçants et entrepreneurs, les deux systèmes
sont complémentaires, leur coexistence est nécessaire.
5.1 Les avantages du «marché parallèle»
Le système informel a élaboré des mécanismes
qui conviennent à ses acteurs tenant compte de leurs traditions,
croyances, culture et niveau d'instruction, de leur degré d'intégration
dans la «modernité». Les contacts sont plus faciles
et plus humains, les temps de réaction aux sollicitations sont moins
longs, les modes d'investigation sont plus compréhensifs, les procédures
sont simplifiées, la compréhension est de rigueur, les règles
sont moins figées et s'adaptent plus rapidement aux nouvelles circonstances,
les gains sont plus substantiels, les réflexes de solidarité
sont plus développés, le partenariat n'est pas un vain mot.
Par ailleurs, la taille du marché est telle que tous les incidents
se savent rapidement et une fin de non-recevoir est rapidement opposée
par les autres au mauvais payeur qui est ainsi isolé.
Il s'avère que tout le système du «marché
parallèle» repose sur un des piliers les plus solides du monde
des affaires: la confiance qui est en fait la base de tout crédit
même bancaire. Sur le «marché parallèle»,
les acteurs se connaissent, surtout ils font l'effort de se connaître,
ce qui leur évite de faire appel à une kyrielle de garanties
légales dont l'inefficacité est de plus en plus démontrée
dans le secteur conventionnel. Il n'est de secret pour personne que réaliser
une hypothèque par exemple est une véritable gageure. Les
procédures sont longues et compliquées et, une fois la vente
autorisée, l'acquéreur raisonnable fait défaut, ce
qui a tendance à faire des banques des PME de gros propriétaires
fonciers possédant un énorme patrimoine immobilier, dont
le seul entretien grève les comptes d'exploitation sans trouver
solution aux problèmes de trésorerie.
Se connaître, c'est s'approcher, se fréquenter, se localiser
géographiquement et socialement, se tester mutuellement, connaître
les forces et les faiblesses, les limites et les ambitions justifiées
ou démesurées, les capacités réelles et les
fantasmes de l'un et de l'autre, les problèmes et les difficultés,
etc.
La confiance plonge ses piliers aussi dans le contrôle. Le contrôle
est encore plus fondamental quand la confiance s'est établie et
a contribué à tisser des relations de crédit. Sur
le «marché parallèle», on va s'assurer que les
marchandises livrées à crédit sont vendues ou encore
stockées. Si elles sont vendues, on s'évertue à savoir
si la vente s'est effectuée au comptant ou à tempérament.
Si c'est à tempérament, on n'hésitera pas à
connaître les clients et à s'assurer que les marchandises
sont écoulées ou non par le client de son client, etc. Donc
à chaque occasion, la réalité de la solvabilité
est vérifiée.
La souplesse doublée de conseils permet au créancier en
cas d'incident plus ou moins durable de rentrer dans ses fonds. L'intervention
d'une personne moralement influente est sollicitée. Il peut s'agir
du marabout, de l'aîné de la famille, de celui qui a aidé
le débiteur à démarrer dans les affaires, etc. Ce
n'est que contraint et forcé et la mort dans l'âme que l'on
s'adresse au policier ou au gendarme. Et quand on en arrive là,
c'est parce qu'on est entré en commerce avec un «solitaire»,
c'est-à-dire quelqu'un qui s'est extirpé de son milieu social
volontairement ou par des agissements qui ont suscité le détachement
ou l'indifférence des autres. Un sujet nous disait que lorsqu'on
demande des renseignements sur un commerçant et qu'on se heurte
à un silence, ce silence est assez éloquent pour prouver
que personne ne veut répondre de ce commerçant. Quand il
est prouvé que le débiteur n'a pas organisé son insolvabilité,
qu'il est honnête et la somme est peu importante, un abandon de créance
peut être envisagé avant même que le groupe ne cherche
à trouver une solution qui consisterait à rembourser sa dette.
5.2 Les inconvénients du système
Le système informel ne peut se perpétuer et se développer
que s'il possède assez de ressources financières, si celles-ci
présentent un caractère plutôt structurel, si ceux
qui offrent ces ressources sont connus et enfin si elles sont autonomes,
c'est-à-dire engendrées même par le système.
Malheureusement toutes ces conditions ne sont pas remplies.
Dans les milieux urbains, il semble que les liquidités se raréfient.
Il semble aussi que ces ressources proviennent souvent des facilités
accordées par le système bancaire et que l'offre et la demande
ne se rencontrent pas facilement pour plusieurs raisons: on veut dissimuler
ses richesses qui ne sont pas souvent déclarées, on veut
se cacher car on pratique l'usure, l'insécurité incite à
la sortie des capitaux. La conséquence est que les moyens commerciaux
font défaut.
Aussi les opérateurs économiques ne trouvent-ils pas sur
le «marché parallèle» la totalité des
concours sollicités, les durées de crédit y sont très
courtes. Le système parallèle est le domaine du court terme.
Il n'offre pas les capitaux d'investissement remboursables sur une plus
longue durée et permettant de développer les affaires et
de rendre plus performants les outils de travail. Dans le domaine du moyen
et long terme excellent les banques plus outillées en la matière.
Un autre inconvénient du système est qu'il est bâti
de telle sorte que le débiteur reste constamment l'obligé
de son prêteur par le biais du crédit «revolving».
Vous ne recevez d'autres facilités que si vous vous acquittez des
dettes précédentes. Mais il faut dire aussi que le prêteur
doit de son côté constamment disposer des moyens de continuer
à accorder des facilités (stocks suffisants et visibles,
argent disponible) s'il ne veut être confronté à des
impayés. En effet, tout se sachant facilement, le débiteur
discourtois, voire contraint à agir de la sorte pour assurer la
continuité de ses activités, sera tenté d'aller acheter
comptant les marchandises chez d'autres fournisseurs au lieu de régler
son fournisseur habituel et de rester sans stocks.
Enfin, un dernier inconvénient peut être souligné:
ce sont les difficultés que les autorités ont à faire
figurer dans les statistiques nationales toutes ces données économiques
du secteur informel qui leur échappent et qui font grandement défaut
à l'élaboration d'une bonne politique de planification.
Certaines pratiques en vigueur sur le «marché parallèle»
telles que les tontines, les chèques de garanties, les opérations
sur devises, les achats collectifs de billets d'avion, les règlements
internationaux informels doivent retenir l'attention des autorités
non pas dans le sens uniquement de la sanction ou règlementation
mais dans celui de l'analyse des causes de leur apparition et de leur développement
aux fins de les mieux organiser.
6. Recommandations: Vers une amélioration des relations banques-PME
Les échecs enregistrés dans le financement des PME poussent
les banques, comme cela semble être la tendance actuellement, à
changer d'orientation dans la distribution des crédits. Un des objectifs
principaux des banques est de financer l'économie. Mais peut-on
imaginer dans la situation actuelle de nos pays une économie sans
PME? Certaines pratiques et mécanismes en vigueur au marché
financier informel pourraient aviser les banques sur la manière
d'adopter leur mode d'opérations et produits à la demande
des PME.
6.1 La réorganisation des services d'engagements de la
banque
La clientèle des petites et moyennes entreprises est considérée
par les banques comme une clientèle à haut risque. Pour cette
raison, il est nécessaire qu'elles organisent leurs services d'engagements
en fonction des spécificités de la PME. Les banques d'une
certaine taille pourraient, par exemple, créer un «département
gestion des PME» rattaché comme les départements «grandes
entreprises» ou «clientèle privée» à
une «direction de l'exploitation» ou à la «direction
générale».
Ce département «gestion des PME» doit être
doté d'un nombre suffisant d'exploitants à vocation réellement
itinérante. Pour être performante, chaque exploitant ne devrait
pas gérer plus de 150 dossiers de crédit PME. Au département
«gestion des PME» devront être affectés des «agents
de recouvrement» employés de la banque, chargés périodiquement
pour chaque client d'aller encaisser la part du chiffre d'affaires destinée
à la banque. Le fonctionnement d'un département ainsi organisé
engendre des charges supplémentaires à la banque, mais en
même temps la banque pourrait économiser sur ses règlements
d'honoraires aux avocats, frais de poursuite aux huissiers et charges de
trésorerie.
6.2 La réadaptation de l'approche générale
Les banques se plaignent souvent de ne pas contrôler l'essentiel
du chiffre d'affaires des PME qui payent en espèces leurs fournisseurs
hors du compte bancaire ou ne domicilient pas à leurs guichets les
opérations de commerce extérieur. Les entrepreneurs PME et
commerçants qui ainsi boudent les services bancaires ont leurs raisons
à eux, aussi: parfois les promoteurs PME sont victimes de rejets
intempestifs de leurs chèques ou effets, ou on ne prend pas le soin
de les aviser, de vérifier s'il existe ou non des remises pas encore
passées au crédit de leurs comptes ou de conserver dans les
délais normaux les appoints non compensés, le temps qu'ils
viennent approvisionner leurs comptes. Ces PME ont plus besoin d'être
avisées que les grandes entreprises en raison de l'imperfection
de leur organisation. Le même effort doit être fait pour les
mettre au courant du non-paiement des appoints qu'elles peuvent confier
aux banques aux fins d'encaissement pour leur permettre de contacter les
clients défaillants et de donner des instructions à leur
banque (représentation, retour ou protêt).
L'on peut, par ailleurs, envisager de rédiger en langues nationales
transcrites en arabe - puisque la plupart des chefs d'entreprise non
alphabétisés en français le sont en arabe -,
les contrats, les documents d'informations et les correspondances qui leur
sont adressées. Enfin, des séminaires en langues nationales
peuvent être organisés à l'intention des chefs d'entreprise
en collaboration avec les organismes classiques d'encadrement pour leur
inculquer les rudiments indispensables de la gestion moderne et leur faire
découvrir les produits bancaires qu'ils ignorent.
6.3 La réadaptation des critères d'évaluation
des risques
L'évaluation d'une PME se fait davantage par la présence
sur le terrain que l'analyse de documents et du fonctionnement des comptes.
Il serait tout à fait erroné en effet de penser que la même
approche en matière d'évaluation du risque et le suivi des
engagements peut être réservée au marchand de poissons
de Rungis dans la banlieue parisienne et à celui du marché
de la Gueule Tapée à Dakar.
En effet, les exploitants de banque doivent être trois jours sur
cinq dans la semaine dans les entreprises et les marchés permanents
ou périodiques (certains centres dans les régions) pour évaluer
de façon permanente les risques déjà pris et à
prendre. Ils doivent aller chez les clients pour:
-- apprécier les installations et les machines;
-- évaluer les stocks;
-- consulter les documents comptables et extra-comptables dans le but
de «les démystifier»;
-- établir des situations comptables succinctes;
-- discuter avec le personnel d'encadrement;
-- donner des conseils dans la conception des projets sans prétendre
se substituer aux cabinets chargés d'en faire les études,
suggérer des améliorations dans la gestion, des stratégies
commerciales et financières;
-- apprécier la nature et l'évolution de la valeur des
garanties réelles proposées ou déjà recueillies.
C'est en fait par une ingérence acceptée dans la gestion
que le banquier devient un véritable partenaire assimilable à
un associé ne cherchant que l'intérêt de l'entreprise,
et arrive à bâtir des relations basées sur la confiance,
telle qu'elle est tissée sur le «marché parallèle»,
c'est-à-dire avec ses deux corollaires: la parfaite connaissance
et le contrôle.
Le contrôle doit s'exercer aussi en dehors de l'entreprise, dans
son environnement. C'est ainsi que l'exploitant doit:
-- contacter les clients et les fournisseurs de la PME afin de mieux
cerner sa politique commerciale;
-- visiter les administrations concernées pour connaître
la situation des marchés et la disponibilité des financements;
-- se renseigner sur le marché pour se faire une idée
de la concurrence, de l'ampleur du phénomène du «mimétisme
commercial», de l'apparition de produits de substitution plus compétitifs,
etc.;
-- connaître les notables (régions), les chefs de quartier,
les chefs religieux, en un mot toutes les personnalités susceptibles
de donner des renseignements dignes de foi ou d'avoir une certaine ascendance
sur les chefs d'entreprise.
Si toutes ces précautions sont prises dès le début
et non seulement quand les crédits sont en voie de se compromettre,
la prise de garantie ne sera qu'accessoire, voire inutile. C'est d'ailleurs
ce manque d'intérêt manifesté à la PME que les
chefs d'entreprise sérieux reprochent aux banquiers. Ils ne redoutent
pas le comportement inquisiteur du banquier pourvu que cela permette de
satisfaire correctement leurs besoins.
Si ces précautions sont prises, le banquier pourra en cas d'incident
durable de paiement faire preuve de patience pour éventuellement
permettre au client sous son contrôle de réaliser lui-même
les parties de son actif dont il pourra se dessaisir sans compromettre
totalement la survie de son entreprise. En effet, les ventes aux enchères
dévaluent les biens saisis et n'arrangent aucune des deux parties.
Par ailleurs, souvent les acquéreurs potentiels rechignent à
acheter des immeubles ou des biens mobiliers ayant fait l'objet de saisie
pour des raisons d'ordre social ou relevant de la superstition. Ils n'y
mettent pas alors le prix.
6.4 La création de véritables produits PME
On peut se poser la question si les crédits mis en place en faveur
des PME sont appropriés à la nature de leurs activités
et à leur taille. Très souvent, les banques mettent en place
des facilités de caisse ou des découverts en faveur des PME
sans qu'on puisse enregistrer pendant de longues années, un seul
jour un solde créditeur. Dans ces conditions, les crédits
à court terme sont détournés de leur objet pour financer
des immobilisations et les banquiers ne sont pas étrangers à
cette situation pour avoir souvent refusé de mettre en place des
crédits d'investissements demandés par le client.
Face à ce risque de détournement, on pourrait bâtir
dans les banques un système d'octroi de crédit qui s'inspirerait
de ce qui existe sur le «marché parallèle»:
-- progressivité des montants de crédits;
-- rupture de crédit («revolving»);
-- durée indexée sur le rythme des ventes.
Un tel système aura le mérite d'éviter beaucoup
de contentieux. On pourrait penser aux types de crédits de fonctionnement
suivants:
1) Le crédit détaillant
-- bénéficiaires: petits revendeurs de tissus,
de poissons, de produits cosmétiques, etc., possédant un
étal dans un ou plusieurs marchés, petits artisans; ce client
est plutôt préoccupé à se constituer un confortable
«cash flow» qui lui permettra de développer son affaire;
les versements s'effectuent spontanément ou lors du passage de l'agent
de recouvrement aux marchés;
-- montant: 100 à 500.000 de francs CFA maximum progressivement;
-- durée: 10 jours. Renouvellement après remboursement;
-- garanties: sans, mais localisation et identification sans
faille.
2) Le crédit demi-grossiste
-- bénéficiaires: petites entreprises possédant
boutiques ou cantines dans les marchés avec parfois un petit magasin
de dépôt, entreprises de service;
-- montant: plus de 500.000 à 5.000.000 de francs CFA
maximum, progressivement;
-- garantie: dépôts en espèces, caution.
En raison du montant plus important, l'exploitant essaiera de bâtir
une situation comptable et accordera le crédit dans les conditions
décrites plus haut.
3) Le crédit moyenne entreprise industrielle ou commerciale
-- bénéficiaires: toute entreprise de moyenne importance
intervenant dans les secteurs industriel, artisanal, commercial ou de service;
-- montant: plus de 5 millions à 30 millions
de francs CFA, progressivement;
-- durée: trois mois maximum renouvelable après
remboursement. Cette durée tient compte des cycles de production
et des délais de vente;
-- garanties: sans, si documents comptables reflétant
une situation saine. Garantie réelle: hypothèque, nantissement
fonds de commerce ou marchés, etc. Caution: associés ou tiers.
Délégation d'assurance: chef d'entreprise.
Annexe: Tableaux résultant du dépouillement des questionnaires
1. Échantillon
| Nombre | % | Nationaux | Étrangers | |
| Commerce - transport Artisanat Industrie transformation |
38 3 4 |
84 7 9 |
36 3 3 |
2 0 1 |
| Total | 45 | 100 | 42 | 3 |
2. Commerce - Transport
| Nombre | Nationaux | Étrangers | |
| Denrées alimentaires Transport Appareils électroménagers Prêt-à-porter, sacs, chaussures, friperies Cosmétiques, bijouterie fantaisie Textiles Matériaux de construction Quincaillerie - Droguerie Pièces détachées autos - pneumatiques Articles électriques Divers |
12 4 9 11 6 5 3 3 2 1 2 |
12 4 9 10 6 4 3 3 2 0 2 |
- 0 0 1 - 1 - - - 1 - |
| Total | 58* | 55* | 3* |
* Certains sujets ont plusieurs activités.
3. Artisanat
| Nombre | |
| Carrosserie industrielle et auto Menuiserie bois - ébénisterie Mécanique auto |
2 1 1 |
| Total | 4 |
4. Ethnies
| Nombre | % | |
| Ouolof Poular Sérère Diola Libanais Autres |
39 1 1 - 3 1 |
87 2 2 - 7 2 |
| Total | 45 | 100 |
5. Régions d'origine
| Nombre | |
| Liban Dakar Baol Louga Djoloff N'Diambour Sine-Saloum Fleuve - Saint-Louis Cayor Casamance Sénégal oriental Inconnu |
3 2 6 13 7 6 6 - - 2 |
| Total | 45 |
6. Aspects religieux
| Tidianes Nombre |
Mourides Nombre |
Layenes Nombre |
Khadrias Nombre |
Tarikhas inconnus
Nombre |
Total | |
| Musulmans Chrétiens |
16 0 |
24 0 |
1 0 |
- - |
4 0 |
45 0 |
| Total | 16 | 24 | 1 | - | 4 | 45 |
7. Marchés
| Nombre | |
| Sandaga et alentours Médina HLM Guédiawaye Pikine Thiaroye Autres |
25 2 1 1 3 3 10 |
| Total | 45 |
8. Relations bancaires
| Nombre | % | |
| Relation avec une banque Relation avec plusieurs banques Total relations bancaires Sans relations bancaires |
18 26 44 1 |
98% 2% |
9. Crédits bancaires
| Nombre | % | |
| Avec crédit bancaire Sans crédit bancaire Ne se prononcent pas |
31 8 6 |
69 18 13 |
| Total | 45 | 100 |
10. Problèmes avec les banques
| Nombre | |
| Crédits insuffisants Taux élevés Garanties exorbitantes Lenteur Contacts difficiles Ne se prononcent pas |
22 20 23 11 14 0 |
| Total | 90* |
* Un même sujet peut avoir plusieurs opinions à la fois.
11. Crédit fournisseurs
| Local | Étranger | |||||||
| Nombre | % | Montant
millions CFA |
Durée
moyenne |
Nombre | % | Montant
millions CFA |
Durée
moyenne |
|
| Commerçants et transporteurs bénéficiaires
Artisans bénéficiaires Industriels bénéficiaires Non-bénéficiaires Ne se prononcent pas |
31 3 2 9 - |
69 6 5 20 - |
526,3 230 522,4 - - |
37 j 30 j 30 j - - |
15 1 3 15 11 |
33 2 7 33 25 |
292 20 26 - - |
45 j 30 j 60 j - - |
| Total | 45 | 100 | 1.278,7 | 30 j* | 45 | 100 | 338 | 40 j* |
* En moyenne.
12. Crédit clients
| Local | Étranger | |||||||
| Nombre | % | Montant
millions CFA |
Durée
moyenne |
Nombre | % | Montant
millions CFA |
Durée
moyenne |
|
| Commerçants et transporteurs qui en accordent Industriels qui en accordent Artisans qui en accordent Ne se prononcent pas N'en accordent pas du tout |
34 3 2 4 2 |
76 7 4 9 4 |
1.382 47 23 - - |
30 j - 45 j - - |
0 0 0 - 45 |
0 0 0 - 100 |
- - - - - |
- - - - - |
| Total | 45 | 100 | 1.452 | 30 j* | 45 | 100 | 0 | 0 |
* En moyenne.
13. Prêt d'argent
| Avec taux d'intérêts | Sans taux d'intérêts | |||||
| Nombre | % échantillon | Nombre | % | Nombre | % | |
| Bénéficiaires Non-bénéficiaires Ne se prononcent pas1 Prêteurs Non-prêteurs Ne se prononcent pas2 |
8 29 8 16 22 7 |
18 64 18 36 49 15 |
0 - 0 - - |
0 - 0 - - |
8 - 15 - - |
18 - 36 - - |
1 Pour les bénéficiaires.
2 Pour les prêteurs.
14. Remboursement crédit
14.1 Critères de transaction
| Crédits fournisseurs | Crédits clients | Prêteurs argent | Emprunt argent | |||
| Nombre | Montant | Nombre | Montant | Nombre | Nombre | |
| Influence critères sociaux Influence critères religieux Ancienneté relations commerciales Parrainage |
3 0 39 7 |
67 0 1.271,5 38,3 |
0 0 44 8 |
0 0 1.540 41 |
0 0 8 0 |
0 0 8 0 |
| Total | 49* | 1.376,8 | 52* | 1.581 | 8 | 8 |
* Certains sont concernés par plusieurs critères.
14.2 Mode de garanties
| Crédit fournisseurs
Nombre |
Crédit clients
Nombre |
|
| Légales Sans garantie Chèques de garanties |
4 37 15 |
0 44 20 |
| Total | 56* | 64* |
* Certains sujets sont concernés par plusieurs types de garanties
à la fois.
14.3 Mode de remboursement
| Crédit fournisseurs
Nombre |
Crédit clients
Nombre |
|
| En espèces Par chèque Par dom. bancaires ou traites Échéance unique Échéances multiples |
22 11 171 12 13 |
29 6 0 11 17 |
| Total | 752 | 632 |
1 Concerne plutôt les bénéficiaires de crédit fournisseurs étrangers.
2 Certains sujets utilisent à la fois plusieurs modes
de remboursement.
14.4 Incidents sur remboursement
| Crédit fournisseurs
Nombre |
Crédit clients
Nombre |
|
| Sans incidents Reports règlements amiables Recours police, gendarmerie Recours huissier Réalisation garantie réelle ou personnelle Abandon de créances Recours judiciaires |
31 11 1 1 1 - - |
29 8 3 2 - 1 2 |
| Total | 45 | 45 |
15. Placement disponible
| Nombre | |
| Banque Jamais en banque Investissement Thésaurisation |
18 11 28 0 |
| Total | 57* |
* Certains sujets ont plusieurs disponibilités à la fin.
16. Appréciation du système informel
| Oui
Nombre |
Non
Nombre |
Sans opinion
Nombre |
|
| Coexistence Amélioration Officialisation Substitution |
31 24 11 0 |
3 4 6 34 |
11 17 8 11 |
| Total | 66* | 47* | 47* |
* Certains sujets donnent plusieurs réponses à la fois.
Services Financiers et Allègement de la Pauvreté
(INT/92/M01/FRG)
Documents de travail
N 1 1994 D. Gentil et al. Banquiers ambulants et opération 71
au Togo et au Bénin
N 2 1994 B. Balkenhol et Tontines and the banking system -
E.H. Gueye Is there a case for building linkages?
N 4 1994 M.A. Adechoubou et Les banquiers ambulants au Bénin
S.N. Tomety
N 5 1994 B. Hane et Les pratiques du marché parallèle du crédit
M.L. Gaye au Sénégal - Leçons pour le système
bancaire
N 6 1994 I. Ba PME et institutions financières islamiques
N 7 1994 B. Balkenhol et Pratiques bancaires dans les opérations de crédit
Ch. Lecointre avec les petites et moyennes entreprises
en Afrique de l'Ouest
N 8 1994 I.F. Camara Structures mutualistes d'épargne et de crédit dans
l'Union Monétaire Ouest-Africaine (UMOA)
1. 1 Voir: Robert Christen, What microenterprise credit programs can learn from the money lender, Accion Discussion Paper Document 4, octobre 1989.
2. Voir I. Ba, PME et financement des banques islamiques, Série Services Financiers et Allègement de la Pauvreté, Document de travail N 6, BIT, Genève.
Pour de plus amples informations, prière de contacter
le Département du développement des entreprises et des coopératives
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1997.