Département du développement des entreprises et des coopératives
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Services Financiers et Allègement de
la Pauvreté
Document de Travail N 4
|
Les banquiers ambulants au Bénin |
Makarimi Abissola ADECHOUBOU
Simon Narcisse TOMETY
Département du Développement des Entreprises et Coopératives
Bureau international du Travail - Genève
Table des matières
Page
Avant-propos 1
1. Introduction: Contexte, objectifs et méthodologie de l'étude 3
1.1 Le contexte 3
1.2 Typologie des tontines d'argent au Bénin 4
1.3 Objectifs de l'étude 4
1.4 Méthodologie 4
2. Origine, étymologie et identification des banquiers ambulants 7
2.1 Introduction de la banque ambulante au Bénin 7
2.2 Étymologie des noms attribués aux entreprises tontinières
au Bénin 7
2.3 Identification du banquier ambulant 10
2.3.1 Catégorisation professionnelle suivant le sexe 10
2.3.2 Répartition des banquiers ambulants suivant
le niveau d'instruction 10
2.3.3 Comment devenir banquier ambulant? 10
3. Organisation du travail et système comptable du
banquier ambulant 13
3.1 Principales composantes socio-professionnelles
de la clientèle 13
3.2 Niveau financier de la clientèle 14
3.3 Évolution de la clientèle au cours des dernières années 19
3.3.1 Conditions de rejet ou de non acceptation
du banquier ambulant par la clientèle 19
3.3.2 Conditions de rejet ou de non acceptation
du client par le banquier ambulant 20
3.4 Programme de travail du banquier ambulant 20
3.4.1 Procédure de constitution de la clientèle 21
3.4.2 Gestion des horaires de travail 22
3.4.3 Agences de collecte ambulante 23
4. Activités économiques des banquiers ambulants 27
4.1 Situation économique à Cotonou 27
4.1.1 État de la mobilisation de l'épargne journalière 30
4.1.2 Revenu mensuel des banquiers ambulants 31
4.2 Simulation de la capitalisation de l'épargne nationale
par le truchement des banquiers ambulants 33
4.2.1 Estimation des effectifs 33
4.2.2 Estimation de l'épargne nationale 34
5. Rapports du banquier ambulant avec son environnement 37
5.1 Rapport avec le milieu tontinier 37
5.2 Rapport avec le système financier formel 38
5.3 Rapport avec l'administration de l'État 38
5.4 Préoccupations des épargnants sur l'organisation
des banquiers ambulants 39
6. Propositions d'améliorations de la banque ambulante au Bénin 41
6.1 Organisation interne aux banquiers ambulants
6.2 Rapport du Gouvernement avec les banquiers ambulants 42
Conclusion 43
Annexes 45
-- Origine mythique de la banque ambulante 47
-- Bibliographie 51
Liste des tableaux
Page
Tableau 1: Typologie des tontines d'argent au Bénin selon
les banquiers ambulants 5
Tableau 2: Interprétation des noms attribués aux entreprises
tontinières dans le Sud et le Centre du Bénin 8
Tableau 3: Répartition de la clientèle témoin par
sexe et par ville 13
Tableau 4: Répartition de la clientèle suivant les activités
économiques 14
Tableau 5: Niveau d'autosuffisance financière dans quelques
corps de métiers 15
Tableau 6: Niveau des revenus mensuels de la clientèle observée
16
Tableau 7: Répartition de la clientèle suivant les motifs
d'adhésion à la banque ambulante 17
Tableau 8: Périodicité d'accès aux avances au cours
du mois 17
Tableau 9: Éléments de garantie recherchés auprès des banquiers
ambulants par les épargnants 18
Tableau 10: Indicateurs de popularité dans le recrutement
des clients selon les banquiers ambulants 21
Tableau 11: Les opérations de crédits à Africa-Culture
24
Tableau 12: Salaires, indemnités et émoluments des coopérateurs
de Convergence 2.000 25
Tableau 13: Situation économique des banquiers ambulants à
Cotonou 27
Tableau 14: Fréquence des mises journalières 30
Tableau 15: Niveau de mobilisation de l'épargne par banquier
30
Tableau 16: Revenu net moyen mensuel par type de banquiers
à Cotonou 32
Tableau 17: Chiffre d'affaires des banquiers ambulants
à Abomey et Bohicon 32
Tableau 18: Revenu net moyen mensuel des banquiers
à Abomey et Bohicon 33
Tableau 19: Répartition des banquiers ambulants suivant
les six départements 34
Tableau 20: Épargne nationale mobilisée par les banquiers ambulants 35
Avant-propos
Cette enquête portant sur 63 banquiers ambulants et 83 de leurs
clients a été réalisée au début 1992
dans le cadre d'une étude conjointe du Ministère de la Coopération
Française, de la CFD et du BIT; cette étude avait pour objet
de mieux cerner deux types d'intermédiation financière informelle
en Afrique de l'Ouest: le banquier ambulant et l'Opération 71 («Banque
Tontinière»).
Avec les autres enquêtes (par Dominique Gentil et al. sur les
banquiers ambulants au Togo et sur l'Opération 71 à Cotonou),
le présent document a permis d'entamer le dialogue avec les associations
de banquiers ambulants, respectivement à Lomé (MUSOTAL) et
à Cotonou (ATOCO). L'objectif est de contribuer de manière
pratique à une stabilisation de la capacité d'intermédiation
financière des banquiers ambulants, soit par une assurance de dépôt
soit par une extension des services financiers offerts, notamment par la
prestation de petits crédits.
Une récente étude par E. Aryeetey et W. Steel sur Accra
a confirmé l'importance de ces réseaux de financement informel
pour les petits opérateurs économiques normalement exclus
du crédit bancaire. D'où l'intérêt du BIT de
poursuivre le dialogue avec MUSOTAL et ATOCO.
B. Balkenhol
1. Introduction: Contexte, objectifs et méthodologie de l'étude
1.1 Le Contexte
Au Bénin, les premiers signes de la crise économique apparaissent
en 1982 et conduisent à la crise du secteur bancaire classique.
Les trois banques d'État sont progressivement liquidées:
-- La Caisse Nationale de Crédit Agricole (CNCA) en 1987;
-- La Banque Béninoise pour le Développement (BBD) en 1989;
-- La Banque Commerciale du Bénin (BCB) en 1990.
Cette crise économique et sociale a révélé
le dynamisme du secteur commercial informel et celui du secteur informel
en matière de financement. L'intérêt grandissant que
l'on porte à ce dernier secteur au Bénin vient non seulement
de la faillite du système bancaire classique mais aussi de son potentiel.
Cette expansion rapide de la banque ambulante remonte aux années
1986-1987 où toute la population a senti les premiers effets de
la banqueroute financière au niveau des banques formelles de la
place. La tracasserie bancaire déjà traditionnellement décriée
s'aggravait de jour en jour:
-- longue queue avec d'énormes pertes de temps;
-- fixation d'un plafond de retrait tant sur les dépôts à vue que sur les comptes d'épargne;
-- rejet de chèques pour non conformité de signature;
-- retard de plusieurs mois de paiement des salaires aux fonctionnaires;
-- et enfin, gel des comptes puis déclaration de la faillite.
Face à cette situation alarmante et au regard de la criminalité
grandissante à Cotonou et Porto-Novo, la thésaurisation est
perçue par les épargnants comme une source d'attraction des
«malfrats». C'est ce qui a justifié une ruée
des commerçants, entrepreneurs et certains hauts cadres sur le Togo
pour domicilier leurs comptes dans les différentes banques de ce
pays voisin du Bénin. Malgré cette facilité de circonstance
(Lomé, capitale du Togo étant à 2 heures de route
de Cotonou), le transport de plusieurs millions de francs par voie terrestre
et plusieurs fois par semaine n'est pas une opération aisée
et sans risques. De plus, les affaires sont quasiment perturbées
car les mouvements itératifs de versements/retraits pour réaliser
les opportunités d'affaires se trouvent paralysés. C'est
dans cet état de combinaison de deux logiques (banqueroute au Bénin,
fuite de capitaux vers le Togo) que beaucoup d'opérateurs économiques
ont pris la décision d'étoffer le circuit financier local
par le truchement des banquiers ambulants afin de faciliter le flux financier
entre agents économiques locaux.
Cependant, alors que les tontines se développent, se diversifient
et renforcent de plus en plus leur rôle dans l'économie nationale,
«aucune enquête systématique n'a encore été
effectuée au niveau national et on ne dispose pas de données
quantitatives globales ou régionales qui permettraient d'avoir une
idée précise de l'ampleur de ce phénomène.
On dispose seulement de quelques enquêtes menées par des étudiants
dans leur région ou leur village» (Lelart, 1989)(1)
.
La présente étude s'intéresse à la banque ambulante: elle analyse les activités de ses acteurs: clients et tontiniers ou banquiers ambulants(2)
.
1.2 Typologie des tontines d'argent au Bénin
Bien que le mot tontine désigne des façons d'organisation
très différentes, on sait que toutes les tontines naissent
de l'esprit d'entraide et permettent à l'esprit d'entreprise de
se développer. Nombreux sont les hommes et femmes d'affaires qui,
de marchant ambulant, vendeur de rue et de quartier et de tontine en tontine,
se retrouvent maintenant à la tête d'un commerce important.
La tontine financière est un domaine assez complexe dont la conceptualisation
ne semble guère aisée. On peut s'accorder sur les caractéristiques
des quatre tontines d'argent indiquées dans le tableau 1.
1.3 Objectifs de l'étude
L'étude vise à rassembler des informations sur les activités
des banquiers ambulants, leurs rapports avec la clientèle et l'environnement,
leurs problèmes et leurs besoins.
1.4 Méthodologie
L'enquête de deux mois (janvier et février 1992) a été réalisée dans une ville principale (Cotonou, capitale économique du Bénin) et une ville secondaire dans le centre du pays (Abomey, ville historique située à 135 km au nord de Cotonou).(3) Au total, cette
Tableau 1: Typologie des tontines d'argent au Bénin selon les
banquiers ambulants
| Types de tontines | Traits caractéristiques |
| Tontine mutuelle | Cotisation d'argent entre des gens qui se connaissent, liés par la profession, la parenté, la camaraderie.... Se pratique dans une entreprise, une maison....Enlèvement par rotation. Pas de prélèvement pour l'organisateur. Pas de garde d'argent. |
| Tontine commerciale | Les épargnants ne se connaîssent pas forcément. Il s'agit d'une entreprise financière qui assure la garde d'argent (la rémunération équivaut au prélèvement d'un tour): cas des tontiniers sédentaires. |
| Tontine financière | Mobilisation de l'épargne, accord d'avance sur cotisation. Prélèvement d'une mise: cas de banque ambulante. |
| Tontine d'affaires | Expérience très récente au Bénin. Introduite du Cameroun. Elle regroupe des personnes possédant de grands moyens financiers et qui peuvent épargner des millions par mois. Cette épargne est recyclée dans les crédits d'investissement: construction d'hôtels, crédits commerciaux importants. |
enquête a touché 63 banquiers ambulants (54 à Cotonou
et 9 à Abomey et Bohicon), soit environ 14,6 % de l'effectif national
estimé, et 83 clients.
L'identification des tontiniers ou banquiers ambulants (BA) enquêtés
s'est faite à partir de la clientèle des marchés et
quartiers qui détient les cartes de cotisation. Lesdites cartes
mentionnent les adresses du banquier ambulant, ce qui permet de contacter
ce dernier pour un rendez-vous de discussion.
La collecte des données s'est faite par questionnaires et entretiens
semi-directifs. Le même cheminement a été suivi pour
la capitalisation des données sur la clientèle. La difficulté
majeure dans la réalisation de cette enquête a été
celle de la disponibilité des banquiers ambulants. Le seul moment
propice des entrevues était la nuit, mais malheureusement ils revenaient
assez fatigués, ce qui impliquait plusieurs séances pour
avoir des données sur un seul banquier ambulant.
2. Origine, étymologie et identification des banquiers ambulants
2.1 Introduction de la banque ambulante au Bénin
56 % des banquiers ambulants affirment tout ignorer sur son origine
géographique contre 17,5 % sur la période de son introduction.
Les réponses obtenues sur les deux paramètres sont loin d'être
précises: ceux qui pensent qu'elle proviendrait du Bénin
représentent 28,6 % de l'échantillon contre 12,7 % du Nigéria
et 1,6 % de l'Europe. Le degré de précision reste aussi faible
pour la période probable de son introduction. Ceux qui estiment
qu'elle se situerait entre les deux guerres représentent 57,1 %
contre 15,9 % pour la période des indépendances.
Les plus anciens banquiers ambulants du Bénin sont originaires
de l'aire socio-culturelle Yoruba et Nagot. Ce qui confirme la progression
géographique de cette activité de l'Est vers l'Ouest du Bénin.(4)
Cette introduction s'est opérée autour de la seconde guerre
mondiale. De même, il est fort probable que l'essaimage de cette
activité dans des pays comme la Côte d'Ivoire, le Ghana, le
Togo, le Gabon et le Congo se soit opéré à partir
du Bénin.
2.2 Étymologie des noms attribués aux entreprises
tontinières au Bénin
Il n'existe pas d'appellation unique pour désigner la banque
ambulante (Lelart, 1989). L'étude de l'univers financier informel
au Bénin fait apparaître plusieurs noms sous lesquels les
banquiers ambulants désignent leurs entreprises. Ainsi, outre les
noms génériques comme «gbê», «esu»
et «adjonu» qui signifient cotisation ou épargne, on
retrouve de nombreux sobriquets à consonnance religieuse, par exemple
«achiribo», «Jésus wè huhlon sié»
(Dieu est la grandeur suprême et ma source de détermination)
ou encore des appelations traduisant la blague comme «Tac-au-Tac»,
«Bênu-Lèwa». D'autres noms par contre imitent
le système marketing occidental comme «Wala-wala» (avec
moi, c'est la chance, c'est vite écouler sa marchandise), «Confiance»,
«la banque en déplacement», «bons comptes, bons
amis», «caisse d'épargne africaine», «owonikowo»
(l'argent appelle l'argent), etc, etc.
On peut distinguer dans la pratique quatre catégories d'appellations
sociales:
-- sobriquets de méthodes marchandes modernes : 37 %
-- noms d'emprunt religieux : 29 %
-- noms génériques ordinaires : 21 %
-- sobriquets de blague : 13 %
Le discours publicitaire des banquiers ambulants combine dans une large
mesure la foi religieuse et les rudiments de connaissances empruntées
aux méthodes marchandes modernes.(5)
Des clients musulmans ont tendance à épargner auprès
d'un banquier ambulant musulman. A défaut de la convergence religieuse,
c'est l'appartenance à une même affinité géographique
d'origine qui détermine la tenue du langage publicitaire: citation
des litanies de famille par exemple. Le tableau 2 permet d'apprécier
la diversité, la nature ainsi que la profondeur des messages véhiculés
par les noms.
Tableau 2: Interprétation des noms attribués aux entreprises
tontinières dans le Sud et le Centre du Bénin
| Appelations | Aires culturelles | Commentaires |
| ESU
GBE SO ADJONOU |
Nagot,
Fon, Goun, Mahi Fon, Mahi Goun |
Tontine, cotisation, entraide mutuelle
d'argent, de choses, de services; |
| THODJOUNON, ADJO
ODJOUMAN GNEDOKPOGBE, ZANDOKPOGBE |
Yoruba, Nagot Fon |
Tontine journalière |
| AKOUEGBE
GBEKOUE |
Fon
Fon |
Tontine d'argent
Mise ou montant souscrit |
| ELA | Yoruba | Payer |
| YOVO WA | Fon | Le blanc est là pour vous aider à
vous
fortuner et à promouvoir vos affaires |
| ACHIRIBO | Yoruba | Bonne chance |
| OWONIKOWO | Yoruba | L'argent appelle l'argent |
| AMADO AKOE, ASSIDJOSSOUA | Goun |
Si tu n'es pas riche, ne tente pas d'être banquier ambulant. C'est une entreprise de financement qui demande un capital propre au départ. C'est la seule entreprise financière qui permet aux pauvres de devenir des personnes fortunées. Malheureusement, les banquiers ambulants actuels sont des nécessiteux dans leur grande majorité. |
| ESU OLOFIN | Yoruba | Tontine de OLOFIN - tontine réglementée |
| MATO COO | Fon | Que cela ne t'amuse guère. C'est du sérieux avec moi. Que d'ici à là, tu te positionnes parmi les gens aisés, c'est chose facile car j'en ai le secret et l'expérience. |
| NA OJLO MAHUTON | Goun | Avec la grâce et la bénédiction du seigneur tout puissant, nous réussirons. |
| MEHUNDO | Fon | Dieu est mon seul sauveur. |
| AVADJA BENOULEWA | Fon | Remet pêle-mêle les choses, je m'emploierai à les ordonner. Le temps presse |
| TAC-AU-TAC | Français | Avec nous, le risque est toujours récompensé positivement. Confiance ! |
| SOLEIL DES JOURS ATTRAYANTS | Français | Bientôt le bonheur frappera à ta porte |
| BONS COMPTES, BONS AMIS | Français | Banquiers ambulants et clients doivent honorer leurs engagements respectifs afin, d'éviter la faillite et les démêlés |
| BANQUE EN DÉPLACEMENT | Français | Nous avons besoin de votre argent, mais aussi de mener une vie de famille et de communiquer en permanence avec vous. De votre succès dépend notre envergure |
| GBENAGNON | Fon, Goun | Il faut garder espoir, ça doit réussir |
| CAISSE D'ÉPARGNE AFRICAINE | Français | La tontine est un moyen très ancien de communication en Afrique. Elle développe les liens de solidarité à tous les niveaux de la hiérarchie sociale pour faire face aux dépenses d'investissement (construction de maison, achat d'équipement de production...), de réjouissance (mariage, baptême), de prévoyance sociale (maladies, décès, vieillesse) |
| L'ESPÉRANCE DE LA GLOIRE | Français | La persévérance est la clé du succès |
| YES-YES | Anglais | Prépare-toi à débourser |
| LES MENDIANTS DE LA PAIX | Français | Je suis pauvre, mais je suis un messager du seigneur, un trafiquant de la paix, de la solidarité et du bonheur collectifs. Je dois aider le paresseux à devenir laborieux, le pauvre à être riche |
| LA CONFIANCE | Français | Si tu crois en dieu, alors fais moi confiance, prends le risque de me faire garder ton argent. Avec moi, c'est la sécurité, le sérieux et la prospérité des affaires |
| TONTINE JOURNALIERE | Français | Il faut entretenir une activité économique génératrice quotidiennement de revenu pour pratiquer la tontine journalière |
2.3 Identification du banquier ambulant
Jusqu'à un passé récent, le métier de banquier
ambulant était considéré comme une activité
dominée par les Yoruba, Nagot et Gbétanou du département
de l'Ouémé. La crise économique et l'ampleur du chômage
ont entièrement refaçonné le paysage des groupes ethniques
qui jadis exerçaient cette activité. Le processus actuel
de professionnalisation a touché une quinzaine de groupes ethniques
avec une répartition géographique qui prend en compte tous
les six départements du pays.
Dans l'échantillon observé, les Fons viennent en tête
(43 %) suivi des Mina (22 %), des Goun et Gbétanou (16 %) et
des Yoruba-nagot (11 %).
2.3.1 Catégorisation professionnelle suivant le sexe
La proportion des femmes exerçant cette activité à
Cotonou reste encore faible (1 sur 54) et 2 sur 9 à Abomey et Bohicon.
2.3.2 Répartition des banquiers ambulants suivant le niveau
d'instruction
On peut distinguer quatre opérations liées à la
profession:
-- enregistrement des noms des clients;
-- inscription des montants;
-- opérations d'addition et de soustraction;
-- opérations de monnayage.
Théoriquement, ces opérations peuvent paraître simples
lorsque le banquier travaille sur un seul produit financier et quand la
carte du membre cotisant est tenu sans équivoque (problèmes
d'imitation de signature par le client ou défaut d'inscription de
la mise par le banquier, perte de carte, absence d'un registre central
pour dupliquer les cartes, etc.). Pour la plupart des gens, la pratique
de la banque ambulante relève plus du bon sens et de l'expérience
que de l'instruction. Cependant, le niveau de scolarisation des banquiers
ambulants interviewés est supérieur à la moyenne:
12,4 % ont fait des études supérieures, 30 % ont fréquenté
le second cycle des collèges, et 32 % se sont arrêtés
au premier cycle. Par contre 24 % n'ont pu franchir le certificat d'études
primaires, alors que 1,6 % seulement est analphabète.
2.3.3 Comment devenir banquier ambulant?
Beaucoup sont devenus banquiers ambulants soit par mutations professionnelles
soit par exode rural. Certains y sont parvenus à cause de la faillite
des entreprises et du gel des recrutements à la fonction publique.
Ainsi, on peut répartir comme suit les banquiers suivant leurs activités
antérieures:
-- Ouvriers et artisans 38,4 %
-- Fonctionnaires 29 %
-- Élèves 17 %
-- Commerçants 8 %
-- Étudiants 6 %
-- Apprentis 1,6 %
40 % des banquiers ont appris le métier de banquier ambulant
et 4 % ont acquis leur expérience par héritage familial.
75 % des banquiers ambulants enquêtés ont une volonté
manifeste d'en faire carrière pour divers motifs:
-- la banque ambulante est considérée comme un moyen d'élargissement
des relations humaines. Partant de ce fait, elle développe tout
naturellement l'entraide ou la générosité entre les
personnes qui se sont connues dans ce sillage;
-- elle génère des revenus non négligeables et
susceptibles de garantir au banquier ambulant un salaire adéquat;
-- c'est un métier qui n'exige pas d'importants investissements
au départ, encore moins de connaissances spécialisées
quelconques dans la gestion financière. Néanmoins, elle demande
une santé robuste et assez de rigueur, de politesse dans les relations
humaines. Elle exige surtout des talents d'économe.
Par contre 25 % de banquiers pensent opérer de nouveau une mutation
professionnelle. Ceux-ci attribuent leur hésitation aux risques
élevés de vols, d'envoûtement, de non récupération
des avances aux clients et à l'envahissement de la corporation par
des gens peu sérieux. L'absence d'une réglementation consensuelle
et d'esprit de corps constitue par ailleurs une source de désolation.
Parmi cette catégorie de banquiers ambulants, il faut distinguer
ceux qui sont arrivés pour se faire un peu d'argent afin d'ouvrir
un atelier (cas des apprentis et de certains artisans) ou de poursuivre
leurs études ou encore pour apprendre un métier moderne (cas
des élèves et étudiants).
3. Organisation du travail et système comptable du banquier
ambulant
La banque ambulante est une entreprise économique qui s'exerce
essentiellement au niveau des marchés, des ateliers et étalages
de petit commerce des quartiers. Son expansion est toutefois liée
à la présence d'un marché et à l'importance
économique de celui-ci.
La banque ambulante est généralement une entreprise individuelle.
Cependant 14 % des banquiers ambulants ont recours à l'aide
d'une personne (parent direct ou enfant) en cas d'empêchement.
La clientèle témoin qui sera présentée dans
cette étude porte sur 83 épargnants:
Tableau 3: Répartition de la clientèle témoin par
sexe et par ville
| Cotonou | Abomey-Bohicon | Total | |
| Hommes | 28 | 8 | 36 |
| Femmes | 38 | 9 | 47 |
| Total | 66 | 17 | 83 |
3.1 Principales composantes socio-professionnelles de la clientèle
Le recours aux banquiers ambulants n'est plus une affaire des pauvres
encore moins la sensibilité exclusive d'un corps de métier
ou de certains groupes ethniques particuliers. Il y a en tête de
liste les commerçants, toutes catégories confondues. Ils
représentent 32 % de la clientèle. Cette tendance est confirmée
tant à Cotonou qu'à Abomey et Bohicon. La deuxième
position est occupée par les apprentis avec 22 % de la clientèle
(préparation de la dot de libération, acquisition de matériel
pour l'installation) contre 21 % chez les ménagères (grâce
aux ponctions faites sur les frais du ménage donnés par les
époux dont il faut considérer ici l'apport de tous les corps
de métiers publics et libéraux). La représentativité
des artisans et ouvriers atteint 16 % alors qu'elle est de 10 % chez les
fonctionnaires et de 3 % chez les élèves et étudiants.
Le tableau suivant donne des indications sur la structure professionnelle
des épargnants par zone.
Tableau 4: Répartition de la clientèle suivant les activités
économiques
| Groupes de corps de métiers déclarés | Cotonou | %
Cotonou |
Abomey
Bohicon |
%
Abomey Bohicon |
| Commerce de divers | 22 | 33,3 | 2 | 11,8 |
| Vente de pièces détachées auto-moto | 17 | 25,8 | - | - |
| Artisanat alimentaire et vente de bois de chauffe | 14 | 21,2 | 4 | 23,5 |
| Vente de tissu et friperie | 8 | 12,1 | - | - |
| Autres artisanats (mécanique, coiffure, taillerie) | 5 | 7,6 | 11 | 64,7 |
| Total | 66 | 100 | 17 | 100 |
L'accès à ces différentes activités se fait
à 70 % des cas sur la base d'effort personnel et/ou avec le concours
familial. Les autres clients constituent leur capital à partir de
crédit d'origines diverses en espèces ou en nature (usufruit).
La tendance aux mutations professionnelles est très forte à
Cotonou (62 % des épargnants ont changé au moins une fois
d'activité professionnelle). Ce phénomène est relativement
moins prononcé à Abomey et Bohicon où la mutation
se situe à un niveau plus bas (35 %). Cette mutation peut, dans
une large mesure, être qualifiée de saisonnière eu
égard à l'emprise du «rural» sur ces villes secondaires:
beaucoup d'artisans se trouvent obligés de retourner à la
terre durant la campagne agricole pour pouvoir assurer leur autosuffisance
alimentaire. Par contre, à Cotonou, le besoin d'investir est sous-tendu
par un besoin permanent d'entretenir la concurrence entrepreneuriale: cette
recherche d'adaptation au marché ou d'excellence professionnelle
n'est réalisable que si les épargnants ont un revenu suffisant
leur permettant d'être plus compétitifs sur le marché.
3.2 Niveau financier de la clientèle
Le capital de la clientèle de Cotonou au démarrage de
ses activités économiques est très hétérogène.
Il est compris entre 5.000 et 1.500.000 FCFA et se répartit comme
suit:
-- 1,5 million à 700.000 FCFA : 9,5 %
-- 500.000 à 300.000 : 14,3 %
-- 250.000 à 100.000 : 33,3 %
-- 60.000 à 40.000 : 14,3 %
-- 30.000 à 20.000 : 16,6 %
-- 10.000 à 5.000 : 12,0 %
Lorsqu'on rapproche ce niveau financier des données concernant
la répartition de la clientèle suivant les activités
économiques, on voit nettement s'exprimer un besoin de crédit
et à défaut une prolifération de petites entreprises
sous-équipées, sans dispositif de sécurité
minimum (cas des salons de coiffure, des ateliers de soudure... où
l'emploi de produits dangereux est courant).
Interrogés sur la nature de leurs problèmes de financement,
les clients signalaient cinq difficultés majeures, à savoir:
-- le manque de débouché (mévente) est la contrainte
majeure pour 52 % des épargnants;
-- le manque de fonds de roulement est un facteur qui limite la prospérité
des affaires chez près de 23 % des épargnants;
-- la ruine financière pour cause de cérémonies
ostentatoires diverses relevant du respect des traditions a touché
10 % des épargnants;
-- les fluctuations presque journalières de la valeur du Naira
(monnaie nigériane) sur le marché noir sont considérées
par 5 % des épargnants de l'échantillon comme un facteur
de perturbation financière;
-- la confusion du budget domestique avec celui de l'entreprise et la
charge familiale (prise en charge de parents au chômage) sont autant
de problèmes évoqués aussi.
Malgré ces difficultés, 71 % de la clientèle témoin
a recours à la fois à la garde à domicile et auprès
des banquiers ambulants pour conserver leur épargne. Par contre,
11 % disposent de comptes dans les banques formelles et CCP.
Tableau 5: Niveau d'autosuffisance financière dans quelques corps
de métiers
| Corps de métiers | Financement minimum requis à l'installation | Pourcentage d'autofinancement |
| Vente de pièces détachées moto | 3 à 5 millions | 40 % à peine |
| Coiffure | 1,5 millions | 33,3 % |
| Soudure | 2 à 3 millions | 33,3 % |
| Couture | 0,5 à 1 million | 50 % rarement |
| Gargote | 0,6 million | 50 % rarement |
| Commerce de divers | 1,5 million | 20 % |
Tableau 6: Niveau des revenus mensuels de la clientèle observée
Revenu mensuel |
Cotonou | Abomey et Bohicon | ||
| Nombre | % | Nombre | % | |
| < 30 000 30 000 - 40 000 41 000 - 50 000 51 000 - 60 000 61 000 - 70 000 71 000 - 80 000 81 000 - 90 000 91 000 - 100 000 > 100 000 |
25 13 12 6 1 2 1 1 2 |
39,7 % 20,6 % 19,6 % 9,5 % 1,6 % 3,2 % 1,6 % 1,6 % 3,2 % |
7 8 1 1 - - - - - |
11,1 % 12,7 % 1,6 % 1,6 % |
| TOTAL | 63 | 17 | ||
L'étude s'est intéressée aux éléments
entrant en ligne de compte dans l'établissement des contacts entre
l'épargnant et le banquier ambulant: 66 % des épargnants
cotisent auprès des banquiers ambulants amis habitant un même
quartier qu'eux ou chez des membres de la famille. Par contre 18 % prennent
le risque de cotiser auprès d'un quelconque banquier qui se présente
à eux, sous prétexte que c'est un sacrifice si celui-ci venait
à s'enfuir avec les sous. Cependant, 9 % des épargnants subordonnent
l'adhésion à une banque ambulante à une enquête
de moralité auprès d'autres clients. Les clients ont donné
plusieurs justifications à la préférence pour les
cotisations auprès des banquiers ambulants.
Tableau 7: Répartition de la clientèle suivant les motifs
d'adhésion à la banque ambulante
| Motifs de préférence | Cotonou | Abomey/ Bohicon |
| - Facilité de crédit par les banquiers ambulants
- Modicité de revenu - Obligation d'épargne - Souplesse de la tontine - Épargne disponible à tout moment - Éviter le vol - Éviter le gaspillage |
62,5 %
34,0 % 10,7 % 9,0 % 5,3 % 1,8 % 1,8 % |
18 %
- - 65 % 18 % - 9 % |
Selon les épargnants, la périodicité d'accès
aux avances est soumise à plusieurs circonstances:
-- événements non maîtrisables (cas d'accidents
et de décès);
-- événements maîtrisables: adaptation du volume
prévisible des transactions à la période (occasions
des fêtes, rentrées académiques, période de
paiement des salaires), à la mode, au revenu...
Tableau 8: Périodicité d'accès aux avances au cours
du mois
| Nombre de jours de cotisations exigées | Date d'accès aux avances | % clientèle bénéficiaire Cotonou | % Clientèle bénéficiaire A Abomey et Bohicon |
| 1er jour
4ème jour 9ème jour 14ème jour |
Dès 1ère mise
5 du mois 10 du mois 15 du mois |
17 %
17 % 28 % 33 % |
Sans périodicité fixe. C'est suivant la complicité qui existe entre banquier et épargnant |
| TOTAL | 95 % | 24 % | |
A Cotonou, 95 % des épargnants ont recours aux avances avant
la fin du mois. Ceci rend difficile, sinon impossible pour le banquier
ambulant de rémunérer l'épargne collectée dans
les circuits financiers formels.
A Abomey et Bohicon, les banquiers ambulants refusent d'accorder des
avances de peur d'être en illiquidité au moment des paiements
réguliers (fin du mois). Néanmoins, ils affirment que les
demandes d'avance sont assez élevées. Dans tous les cas,
ville principale ou villes secondaires, il se pose fondamentalement un
problème de gestion de risque pour deux raisons conformément
au tableau 9:
-- plus le nombre de preneurs d'avance augmente, plus la probabilité
de clients peu sérieux augmente;
-- plus la demande d'avance devient importante, plus la capacité
d'autofinancement du banquier ambulant doit être considérable.
Tableau 9: Éléments de garantie recherchés auprès
des banquiers ambulants par les épargnants*
| Éléments de garantie | Nombre de réponses | % | Significations |
| Connaissance + Popularité | 38 | 42,4 % | Quelqu'un qui se distingue par un nom assez comique ou qui est considéré comme porteur de chance pour le client. Dans certains cas, les liens de cohabitation, de parenté sont mis en jeu. |
| Confiance | 26 | 29 % | Considération faisant appel à la foi religieuse dont le principe est «advienne que pourra». A priori, on s'engage sur la bonne foi non révélée du banquier ambulant. |
| Sérieux | 8 | 9 % | Existence de preuves significatives sur la pratique sociale du banquier ambulant. |
| Régularité de paiement | 6 | 7 % | Expérience prouvée d'une bonne gestion de l'épargne collectée. Pas de problème d'illiquidité. |
| Employé d'une société | 5 | 5,6 % | La société est une garantie pour rembourser la clientèle en cas de fuite du banquier ambulant. |
| Ancienneté | 4 | 4 % | Élément de sagesse et d'honnêteté. |
| Posséder une assise matérielle | 2 | 2 % | Il faut être riche pour prétendre exercer l'activité de banquier ambulant. |
| Pression sociale | 1 | 1 % | Avoir peur d'être dénigré, de perdre son prestige social. |
| TOTAL | 90 | 100 |
* Quatre épargnants ont été victimes de la fuite
de leurs banquiers ambulants.
L'importance des connaissances mutuelles confirme que la règle
du contrat de tontine est la sanction sociale: le mauvais payeur doit à
la société, donc perd son prestige social. La garantie matérielle
ne semble pas influencer dans une grande mesure la décision de cotiser
auprès d'un banquier ambulant (fréquence observée
2 %).
3.3 Évolution de la clientèle au cours des dernières
années
Entre 1986-1987 et 1991-1992, la clientèle féminine a
progressé de près de 72 % par an contre 110 % chez la
clientèle masculine de Cotonou, ce qui représente en effectifs
les chiffres ci-après obtenus à partir du nombre de cartes
de membres cotisants distribuées par chaque banquier ambulant:
-- clientèle femmes actuelle : 9.793 unités de cartes
-- clientèle hommes actuelle : 2.620 unités de cartes.
Le ratio de la clientèle homme/femme permet de dire que la clientèle
féminine représente 79 % de la clientèle mensuelle
en moyenne par banquier ambulant à Cotonou. Cette adhésion
massive des femmes n'est guère surprenante et pour causes, six motifs
sont évoqués:
-- les femmes béninoises savent mieux gérer que les hommes;
-- elles sont plus nombreuses dans le secteur commercial;
-- elles ont une longue tradition d'épargne et la fierté d'aider leurs époux dans les charges du ménage;
-- elles sont majoritairement analphabètes (86 % des femmes béninoises) donc n'ont pas assez souvent recours aux banques formelles;
-- elles dominent le secteur informel et adoptent corrélativement la tontine comme système d'épargne et d'appui financier parce que plus adaptée à leur mode d'organisation;
-- elles développent un dynamisme économique et dans l'ensemble,
recherchent l'autonomie.
A Abomey et Bohicon, la clientèle féminine représente
69 % des unités de cartes mensuelles. Malgré cette évolution
des unités de cartes, il faut reconnaître que d'un mois à
l'autre, d'un banquier ambulant à l'autre, il y a des fluctuations
significatives des adhésions. Les causes des fluctuations sont diverses:
les unes sont imputables aux banquiers ambulants et les autres à
la clientèle.
3.3.1 Conditions de rejet ou de non acceptation du banquier ambulant
par la clientèle
La plupart des adhésions notamment dans le secteur des petits
métiers sont subordonnées à la garantie d'accès
aux avances. Si cette condition n'est pas réunie ou que le banquier
ambulant manque de liquidité pour satisfaire une demande d'avances,
celui-ci se trouve rejeté par certains clients nécessiteux
qui vont jusqu'à mener des actions de dénigrement contre
lui. Certaines vendeuses de Dantokpa seraient reputées pour de tels
agissements. Cette réaction n'est cependant pas surprenante eu égard
à l'ampleur de la crise de trésorerie. En effet, beaucoup
d'époux sont «compressés» et les femmes se retrouvent
avec la double responsabilité d'épouses et de chefs de famille
en procurant toutes les ressources financières et matérielles
pour la survie du ménage. L'inexistence d'un système de crédit
pour accompagner l'effort de ces femmes, somme toute très nombreuses
actuellement, justifie la mésaventure des banquiers ambulants dont
45 % de l'échantillon observé affirme avoir connu des heurts
pour incapacité d'octroi des avances. Il existe cependant d'autres
motifs passagers de démêlés: erreurs de pointage, arrogance,
alcoolisme du banquier ambulant. Il y a en outre quelques prédispositions
psychologiques de blocage qui empêchent l'évolution de la
clientèle: fuite ou décès probable, pertes ou vols
des épargnes collectées (parfois attribués à
un mauvais sort).
3.3.2 Conditions de rejet ou de non acceptation du client par le
banquier ambulant
Au nombre des difficultés de collaboration que les banquiers
ambulants (66 % de l'échantillon observé) imputent à
la clientèle, le retard de remboursement des avances et la "truanderie"
au niveau des marchés principaux où l'affluence est grande.
La truanderie s'explique par le fait que lors du versement des mises, si
l'un des co-contractants (épargnant et banquier ambulant) est distrait
ou absorbé par une négociation d'affaire, il arrive que l'épargnant
déclare avoir déjà remis sa mise alors que le banquier
ambulant pense le contraire. Parfois aussi, ce sont des erreurs sur le
montant remis au banquier ambulant: l'épargnant soutient avoir remis
un billet de 5.000 F et le banquier ambulant soutient avoir reçu
1.000 F. C'est souvent le banquier ambulant qui en sort perdant et la répétition
de cette situation aboutit à la faillite ou la fuite de banquiers
ambulants.
Il y a également le fait que plusieurs clients ne s'identifient
que par rapport à leurs activités économiques. Ainsi,
les clients s'appellent plus par des sobriquets génériques:
plusieurs cartes portant «timantinon» (vendeuse de tomate),
«Ayabanon» (mère de Ayaba). D'autres clients n'exploitent
pas un lieu fixe dans le marché et en profitent pour se dissimuler
surtout aux heures de passage du banquier. Cette mobilité rend difficile
la collecte et complique la récupération des avances déjà
accordées.
3.4 Programme de travail du banquier ambulant
La pratique de la banque ambulante est fondée sur trente mises
jounalières souscrites. Le montant de la mise est décidé
dans 75 % des cas par l'épargnant lui-même. Le pointage de
la mise se fait sur une carte individuelle de cotisation détenue
le plus souvent par l'épargnant lui-même. A chaque passage
du banquier ambulant, il présente cette carte calendaire pour visa.
Ce pointage se fait soit par cachetage, par signature ou paraphe.
Le contrat de tontine prévoit le remboursement des clients à
date fixe, c'est-à-dire le dernier jour du mois courant ou le premier
jour du mois suivant. Ce qui suppose qu'à la dernière mise
du mois, le banquier doit mentionner sur la carte la balance entre le nombre
de pointages et l'avance. Aussi, le consensus doit être obtenu entre
banquier ambulant et épargnant sur le reste à payer. Ce reste
peut être nul, ce qui suppose que l'avance consommée a couvert
tous les jours non cotisés allant du jour de l'obtention de l'avance
au dernier jour du calendrier de tontine. S'il existe un reste, le consensus
doit se faire aussi sur l'avance consommée et le nombre de pointages
consentis. La comptabilité est plus simple pour le banquier pour
les cartes sans avance, car elle n'implique pas beaucoup d'opérations
de comptage.
3.4.1 Procédure de constitution de la clientèle
La prise de contact avec les clients se réalise au départ
dans la sphère et par l'intermédiaire des connaissances,
des amis et parents. Ils s'ensuit donc que l'étendue de la clientèle
est subordonnée aux facilités de contact.
-- 76 % des banquiers ambulants estiment que leur popularité
dépend essentiellement de la régularité de paiement
(avance et reversement de l'épargne à la fin du mois), ce
qui confirme les résultats sur les motifs d'adhésion: 65
% des clients de Cotonou et 18 % de ceux de Abomey et Bohicon, soit 83,5
%, lient leur appartenance à la banque ambulante aux facilités
d'avance.
-- L'ancienneté du banquier n'a pas d'effet significatif sur
l'attraction de la clientèle: par rapport aux dires des banquiers
ambulants, on constate que l'ancienneté est recherchée fondamentalement
par 15,9 % seulement des clients. La preuve en est que la plupart des banquiers
ambulants déclarent ne détenir aucun renseignement au départ
pour sélectionner la clientèle et que la conclusion du contrat
se fait par engagement verbal et sur déclaration des renseignements
suivants:
-- l'appointement journalier souscrit;
-- le mois pour lequel le contrat est passé;
-- le nom du titulaire de la carte;
-- la perte de la carte entraîne également la perte des
cotisations.
Tableau 10: Indicateurs de popularité dans le recrutement des
clients selon les banquiers ambulants
| Indicateurs de confiance | Premier choix | Deuxième choix | Troisième choix |
| Régularité de paiement Honnêteté Bonne renommée Ancienneté |
26 16 11 10 |
14 24 3 2 |
8 6 5 10 |
| Total exprimé par indicateur | 63 | 43 | 29 |
Le parcours moyen paraît raisonnable à Cotonou car le marché
Dantokpa concentre près des deux tiers de la clientèle. Cependant
si Dantokpa se présente comme un raccourci (faibles distances entre
clients), il est par contre vorace en temps de travail car les épargnants
n'entendent guère sacrifier les négociations d'affaires avec
leurs propres clients (acheteurs) pour s'occuper du banquier ambulant.
Cette pratique, assez courante, contraint le banquier ambulant à
faire deux à trois passages auprès du même épargnant
avant d'encaisser la mise. Partant de cette situation, on pourrait avoir
une typologie des banquiers ambulants suivant les tranches horaires consacrées
à leur travail:
-- Tranche de 60 à 90 heures de travail hebdomadaire avec 6 journées:
36 % des banquiers ambulants.
-- Tranche de 48 à moins de 60 heures de travail hebdomadaire
avec 6 journées: 22 %
-- Tranche de 35 heures au plus de travail hebdomadaire avec 5 journées:
42 %.
Les dimanches sont considérés comme jours de repos pour
la plupart des banquiers. Cependant, ceux coïncidant avec les jours
de marchés sont exploités.
3.4.2 Gestion des horaires de travail
Dans la plupart des régions du Sud Bénin, il est de coutume
pour les opérateurs économiques de ne pas céder les
premières recettes encaissées. De même, la morale sociale
n'admet traditionnellement pas que l'on réclame une dette très
tôt le matin. Ces deux considérations sont confirmées
par les résultats de l'enquête sur les moments de la journée
utilisés pour la collecte des épargnes.
Tout d'abord deux remarques s'imposent:
-- Premièrement: c'est à partir de 9 heures que quelques
rares clients s'acquittent de leur mise du jour.
-- Deuxièmement: 35 % des banquiers interrogés ne travaillent
que les soirs contre 65 % matins et soirs.
La durée de travail est influencée par la répartition
géographique de la clientèle (distance à parcourir),
le nombre de clients, la nature et l'état du moyen de transport
du banquier ambulant, de la période générale de paiement
(les premiers du mois).
Les distances moyennes parcourues à Cotonou se situent à
55 km/jour alors que le maximum constaté atteint 120 km. Dans les
villes d'Abomey et de Bohicon, elles n'excèdent guère la
quarantaine.
Les banquiers ambulants consomment beaucoup de produits pharmaceutiques
car ils s'interdisent d'être fatigués, de prendre le lit pour
une crise de paludisme ou d'une quelconque affection. «Une journée
au lit, c'est plusieurs clients perdus, des avances en l'air et des mises
irrécupérables». Ces propos d'un banquier ambulant
illustrent bien les exigences de ce travail. A ce même sujet, une
tontinière nous déclare qu'elle dépense en moyenne
par mois 4.000 FCFA pour les fortifiants. Si ce n'était pour maintenir
la confiance, la plupart aurait recruté des coursiers pour les suppléer
en cas d'empêchement: un aide-collecteur qui, dans la plupart des
cas, est le frère ou le fils, et rarement quelqu'un d'autre. C'est
pourquoi, nombreux sont ceux qui s'inquiètent de la poursuite de
cette carrière et souhaitent une organisation qui les aiderait à
préparer leur retraite professionnelle.
3.4.3 Agences de collecte ambulante
La ville de Cotonou abrite quatre établissements qui font également
de la collecte de l'épargne. Ces établissements ont recours
à un personnel appelé coursier et qui est chargé de
jouer le même rôle que les banquiers ambulants, à la
seule différence qu'il s'agit de salariés. Il faut noter
aussi que ces agences n'ont pas que la pratique de la tontine comme activités
économiques, de même elles n'ont pas toutes le même
statut juridique.
AFRICA-CULTURE INTERNATIONAL
ONG régie par la loi de 1901 dont la vocation est de promouvoir
le patrimoine culturel africain et le panafricanisme. Elle apporte une
assistance matérielle à plusieurs groupes de personnes handicapées
dont notamment l'association des non-voyants du Bénin. Depuis le
1er décembre 1988, Africa Culture a initié un département
«Banque des Pauvres» (Bank Olofin) dont le but est de développer
une solidarité endogène dans la résolution des problèmes
financiers des petits opérateurs économiques. Ainsi, de 1988
à 1991, plus de 600 millions d'épargne ont été
déjà collectés permettant de distribuer 568.457.900
FCFA d'avances et de crédits à 4.646 personnes (Renaissance
N 007/avril 1992).
La «Bank Olofin» compte un effectif de six (6) coursiers
(quatre femmes et deux hommes) que dirige le Vizir Olofin Akandé.
Le tableau 11 ci-après affiche un ratio de mobilisation de la clientèle
identique à celui de la catégorie des banquiers indépendants,
à savoir 300 à 350 clients. Le taux moyen de croissance annuelle
de la clientèle est de près de 55 %. Le Vizir attribue cette
forte attraction de la clientèle à l'efficacité de
son système de marketing social et humanitaire qui repose sur les
actions suivantes:
-- appui financier à titre gracieux de près de 40 millions
de francs CFA aux activités socio-culturelles et à but éducatif;
-- financement du budget intégral du centre des aveugles et amblyopes
du Bénin pour l'année académique 1990-1991;
-- existence d'un siège physique respectable qui rassure les
épargnants sur la bonne garde de leurs économies et sur les
possibilités du crédit;
-- création d'un bulletin d'information dénommé
«Renaissance»;
-- formation de banquiers ambulants.
Concernant le dernier point, Africa Culture, à travers son expérience
de la banque des pauvres, a déjà formé des banquiers
ambulants professionnels pour cinq (5) localités du Bénin
(Cotonou, Porto-Novo, Ouidah, Grand-Popo, Glazoué) et le reste pour
d'autres pays africains dont la Côte-d'Ivoire, le Burkina-Faso, le
Togo, le Niger et le Cameroun.
Tableau 11: Les opérations de crédits à Africa-Culture
| Nombre de créditeurs | Somme totale des crédits | |||||
| ANNÉE
MOIS |
1989 |
1990 |
1991 |
1989 |
1990 |
1991 |
| Janvier
Février Mars Avril Mai Juin Juillet Août Septembre Octobre Novembre Décembre |
18
21 36 60 45 66 85 95 105 123 104 105 |
108
155 159 178 160 170 185 182 155 180 154 196 |
88
113 125 137 152 157 140 163 183 187 176 180 |
1.775.000
2.611.000 4.645.000 8.646.000 8.262.000 11.274.000 6.525.000 7.788.500 9.486.000 10.742.000 5.800.500 10.396.900 |
9.292.000
11.894.500 13.785.000 16.170.000 17.363.000 16.028.500 20.792.000 21.367.500 18.228.000 27.637.000 24.895.000 26.026.000 |
15.674.000
12.462.000 20.401.000 25.205.000 21.884.000 22.823.000 17.240.000 20.920.000 27.713.000 28.010.000 27.010.000 26.725.000 |
| Total | 863 | 1.982 | 1.801 | 78.951.900 | 223.479.000 | 266.027.000 |
| Total global SUR Trois années | 4.646 Crédits | 568.457.900 FCFA | ||||
Source: Renaissance N 007 - avril 1992.
CONVERGENCE 2.000
Les activités de cette entreprise coopérative, créée
le 30 octobre 1991 par six diplômés sans emploi, portent sur
la tontine, le courtage en assurance, les publicités et spectacles...
A ce jour, seul le secteur de la collecte des épargnes a pu démarrer.
Les autres sont restés en veilleuse, faute de ressources financières.
L'organisation du travail est la suivante:
-- 1 directeur, titulaire d'une maîtrise universitaire, promoteur de l'entreprise;
-- 1 comptable de formation supérieure;
-- 1 caissière;
-- 3 agents collecteurs du niveau BEPC.
Convergence 2.000 exploite un local loué à 15.000 FCFA
le mois pour une clientèle qui avoisine 300 épargnants dont
20 % fréquentent le bureau pour leurs opérations de versement
et de retrait. Ce faible ratio (1 coursier pour 100 épargnants)
serait une mesure de prudence pour ne pas se laisser envahir par une clientèle
plus emportée par la demande d'avances que par l'effort d'épargner.
L'inexistence de fonds propres justifie cette prudence observée
par les promoteurs de Convergence.
Ce qui frappe par contre dans cette coopérative, c'est l'attachement
des jeunes à l'exercice d'un travail qu'ils jugent intéressant
tant sur le plan relationnel que sur le plan financier. Pourtant, les salaires
qu'ils s'octroient font douter de la pérennité de leur espoir.
Tableau 12: Salaires, indemnités et émoluments des coopérateurs
de Convergence 2.000
| Poste de travail | Salaire/mois | Avantages liés au poste/mois |
Directeur Comptable Caissière Collecteur |
15.000 FCFA 13.000 FCFA 13.000 FCFA 12.000 FCFA |
10 % du supplément réalisé par les collecteurs 8 % du supplément 8 % du supplément 300 FCFA d'indemnité de déplacement/jour 1 moto Indemnité de rendement de 20 % à partir de 100.000 FCFA de supplément (chiffre d'affaires) réalisé |
Malgré toutes ces mesures restrictives de rémunération
(salaire bas) et de stimulation des collecteurs (prime de rendement basée
sur le chiffre d'affaire), il sera difficile à la coopérative
de supporter ses frais de fonctionnement si elle ne met pas en place un
système attractif de la clientèle à travers l'octroi
des avances. Cette appréciation tient sa logique du fait que les
excédents de gestion sont tributaires du nombre d'épargnants,
du montant de la mise individuelle. L'expérience a prouvé
aussi que la volonté d'épargner des mises successives plus
élevées dépend de la bonne marche des affaires du
client, des facilités d'accès aux avances et de la confiance
qu'inspire le banquier.
BOURSE INTERNATIONALE D'ENTRAIDE SOCIALE DU BÉNIN (BIESB)
La BIESB est un établissement commercial qui s'occupe entre autre
des tontines et des cartes de remise internationales. Dans le secteur de
la tontine, son expérience est naissante (novembre 1991), avec un
seul coursier comme agent collecteur et une clientèle de moins de
cinquante personnes. La mise minimum est de 200 FCFA par jour. Cette Bourse
a quelques difficultés sur le plan du marketing et a dû entre
temps arrêter les opérations de collecte, faute de clients
suffisants. Le Président Directeur Général de la BIESB
compte lancer une nouvelle expérience de «tontine modernisée
à large masse» (Nation du 23 avril 1992). Cette tontine sera
basée sur le système de «zindo» (entraide de
solidarité mutuelle).
TAC-AU-TAC ABL TRUST SAVINGS
Créée en juillet 1991, l'entreprise TAC AU TAC cumule
deux types d'activités: tontine et informatique. Monsieur AMEGNIKOU
Barnabé Léopold (ABL), qui en assure la direction, est informaticien
de profession. C'est le même local qui abrite les deux activités
mais la gestion est séparée.
Au titre de l'activité «tontine», on distingue 3
types de produits, tous des produits d'épargne:
-- épargne mensuelle rémunérée à 5 % par mois;
-- épargne journalière, avec avance;
-- épargne libre.
Il faut remarquer que la pratique de la banque ambulante est une activité
qui, de plus en plus, intéresse le secteur formel. Cependant, il
ne semble pas évident que certaines de ces agences de collecte puissent
véritablement supporter les frais de gestion y afférents
et surtout la concurrence des indépendants. Heureusement, les activités
connexes que ces agences entreprennent arrivent à cacher quelques
difficultés liées à la conquête de la clientèle
et à leur déséquilibre financier.
4. Activités économiques des banquiers ambulants
Les tableaux suivants donnent des indications sur les activités
économiques des banquiers ambulants: leur ancienneté dans
l'activité, la taille de la clientèle, le montant des mises,
le niveau de l'épargne journalière collectée.
4.1 Situation économique à Cotonou
Tableau 13: Situation économique des banquiers ambulants à
Cotonou
| Numéros | Années
de démarrage |
Clientèle | Mises | Épargnes
journalières |
||
| Départ | Actuelle | Minimum | Maximum | |||
| 1 | 1977 | 30 | 400 | 100 | 10.000 | 124.000 |
| 2 | 1980 | 15 | 450 | 100 | 5.000 | 40.000 |
| 3 | 1980 | 10 | 250 | 500 | 50.000 | 425.000 |
| 4 | 1982 | 20 | 1.000 | 100 | 80.000 | 200.000 |
| 5 | 1984 | 5 | 100 | 100 | 500 | 50.000 |
| 6 | 1985 | 10 | 500 | 75 | 1.000 | 15.000 |
| 7 | - | 40 | 200 | 100 | 3.000 | 250.000 |
| 8 | 1986 | 5 | 70 | 200 | 5.000 | 50.000 |
| 9 | - | 5 | 118 | 25 | 500 | 12.000 |
| 10 | - | 55 | 300 | 100 | 5.000 | 115.000 |
| 11 | 1987 | 45 | 220 | 100 | 3.000 | 70.000 |
| 12 | - | 30 | 200 | 100 | 5.000 | 100.000 |
| 13 | - | 100 | 700 | 100 | 30.000 | NR |
| 14 | - | 10 | 300 | 100 | 10.000 | 120.000 |
| 15 | 1988 | 25 | 200 | 25 | 2.000 | 25.000 |
| 16 | - | 32 | 225 | 100 | 3.000 | 40.000 |
| 17 | - | 15 | 500 | 100 | 20.000 | 43.000 |
| 18 | - | 48 | 182 | 100 | 2.000 | 90.000 |
| 19 | - | 40 | 200 | 100 | 1.000 | 45.000 |
| 20 | - | 45 | 115 | 25 | 1.000 | 14.000 |
| 21 | 1989 | 30 | 210 | 100 | 2.000 | 50.000 |
| 22 | - | 40 | 260 | 100 | 2.000 | 35.000 |
| 23 | - | 50 | 120 | 50 | 500 | 20.000 |
| 24 | - | 15 | 250 | 100 | 2.000 | 28.000 |
| 25 | - | 100 | 500 | 100 | 100.000 | 200.000 |
| 26 | - | 18 | 60 | 100 | 500 | 20.000 |
| 27 | - | 30 | 130 | 100 | 1.000 | 32.000 |
| 28 | - | 76 | 203 | 100 | 1.000 | 67.000 |
| 29 | - | 30 | NR | 100 | 1.000 | 55.000 |
| 30 | - | 10 | 104 | 300 | 50.000 | NR* |
| 31 | - | 90 | 300 | 50 | 3.000 | 85.000 |
| 32 | - | 11 | 110 | 50 | 10.000 | 12.000 |
| 33 | 1990 | 106 | 500 | 100 | 20.000 | 125.000 |
| 34 | - | ND | 120 | 100 | 4.000 | 50.000 |
| 35 | - | 42 | 100 | 100 | 5.000 | 32.000 |
| 36 | - | 50 | 760 | 100 | 1.000 | 50.000 |
| 37 | - | 20 | 100 | 100 | 1.500 | 25.000 |
| 38 | - | 110 | 525 | 100 | 20.000 | ND |
| 39 | - | 10 | 50 | 200 | 2.000 | 30.000 |
| 40 | - | 40 | 120 | 100 | 7.000 | 35.000 |
| 41 | - | 50 | 220 | 100 | 10.000 | 100.000 |
| 42 | 1991 | 10 | 30 | 300 | 2.000 | 15.000 |
| 43 | - | 10 | 30 | 100 | 500 | 5.000 |
| 44 | - | 4 | 100 | 200 | 2.000 | 14.000 |
| 45 | - | 20 | 130 | 100 | 1.000 | 39.000 |
| 46 | - | 30 | 170 | 100 | 10.000 | 70.000 |
| 47 | - | 250 | 800 | 100 | 10.000 | 15.000 |
| 48 | - | 30 | 60 | 100 | 3.000 | 19.000 |
| 49 | - | 20 | 60 | 100 | 2.000 | 15.000 |
| 50 | - | 10 | 120 | 100 | 500 | 40.000 |
| 51 | - | 20 | 50 | 100 | 10.000 | 100.000 |
| 52 | - | 5 | 90 | 50 | 500 | 20.000 |
| 53 | - | 7 | 70 | - | - | 9.100 |
| 54 | - | 22 | 120 | 50 | 10.000 | 26.000 |
NR: Non Réponse ND: Non Disponible
L'analyse de ce tableau fait ressortir que:
-- les anciens banquiers (catégorie de ceux entrés
en activité entre 1977 et 1987) soit 26 % de l'échantillon
totalisent une clientèle de plus de 4.800 épargnants;
-- les banquiers intermédiaires (catégorie
de ceux entrés en activité entre 1988 et 1990) soit 50 %
de l'échantillon gèrent une clientèle qui avoisine
6 500 adhérents;
-- les nouveaux banquiers (catégorie de ceux entrés
en activité à partir de 1991) représentent 24 % de
l'échantillon avec une clientèle qui avoisine 1.850 adhérents;
-- les anciens banquiers ont une clientèle moyenne
de 350 épargnants contre 235 chez les intermédiaires et 90
chez les débutants;
-- la moyenne générale, hormis le cas des
banquiers salariés affiliés à une société
de collecte, est de 221 clients;
-- les anciens banquiers ont débuté leur
profession avec une clientèle de 30 épargnants en moyenne
alors que les intermédiaires atteignent 44 contre 15 chez les jeunes.
Chaque banquier ambulant peut accéder à
tous ces niveaux financiers suivant ses relations personnelles, son ancienneté,
la confiance qu'il inspire auprès de la clientèle.
A Cotonou, 90 % des banquiers ambulants collectent des
mises minimum égales ou inférieures à 100 FCFA, ce
qui explique bien l'adaptabilité de cette tontine financière
aux besoins d'une clientèle à faible revenu. Par contre,
28 % de ces banquiers agissent sur une clientèle à revenus
modestes dont la mise journalière se situe à 500 ou 1.000
FCFA. On note une classe de haut standing avec une capacité d'épargne
journalière d'au moins 10.000 FCFA et à l'extrême 100.000
FCFA par client et qui est couvert par 30 % des banquiers.
Tableau 14: Fréquence des mises journalières
| Mise minimale | Mise maximale | ||||
| Montants individuels souscrits | Nombre de banquiers | Pourcentage | Montants individuels souscrits | Nombre de banquiers | Pourcentage |
| < 100 | 9 | 17 % | 500
1.000 1.500 |
7
8 1 |
13 %
15 % 2 % |
| 100 | 38 | 72 % | 2.000
3.000 |
9
5 |
17 %
9,5 % |
| 200 | 3 | 5 % | 4.000
5.000 |
1
5 |
2 %
9,5 % |
| 300 | 2 | 4 % | 7.000
10.000 |
1
8 |
2 %
15 % |
| 500 | 1 | 2 % | > 10.000 | 8 | 15 % |
| 53 | 100 % | 53 | 100 % | ||
4.1.1 État de la mobilisation de l'épargne
journalière
La capitalisation de l'épargne atteint les niveaux
ci-après, sur la base des données sur 46 banquiers ambulants
dont les réponses sont exploitables pour l'analyse de la trésorerie.
Tableau 15: Niveau de mobilisation de l'épargne
par banquier
| Catégories d'épargnants | Collecte journalière moyenne (FCFA) | Épargne mensuelle mobilisée (FCFA) |
| Anciens banquiers Banquiers intermédiaires Nouveaux banquiers |
137 000 52 400 24 800 |
4 110 000 1 572 000 744 000 |
Ce tableau permet d'estimer à 66.000 FCFA le niveau
moyen de la collecte journalière au sein de l'échantillon,
ce qui correspond à une capitalisation mensuelle de 2.000.000 FCFA
environ d'épargne par banquier réinjectée dans l'économie
du pays.
4.1.2 Revenu mensuel des banquiers ambulants
En principe, le revenu mensuel brut des banquiers ambulants est égal au montant de l'épargne journalière souscrite par chaque client, puisque le banquier prend une mise journalière par mois(6)
. La réalité est un peu plus complexe, car
les banquiers ambulants ont relativement souvent des pertes dans les opérations
de monnayage. De plus, toutes les avances ne sont pas remboursées
ou elles le sont avec retard. Parfois, le banquier ne se contente pas d'avance
mais fait de véritables crédits (d'un montant supérieur
à une carte de cotisation et d'une durée supérieure
à 30 jours) avec des taux d'intérêt variable (10 à
20 % par mois).
Au niveau des charges de fonctionnement de la tontine,
les principales dépenses sont les cartes, le carburant, l'entretien
et la réparation des mobylettes/motos, et quelques frais divers
(registres, tampons, bics, etc.).
Le tableau 16 donne des indications sur les comptes, sur
la base des hypothèses suivantes:
-- pour les réparations exceptionnelles, la moyenne
la plus élevée sur l'année est de 31.380 FCFA, soit
2.615 FCFA par mois, arrondis à 3.000 FCFA.
-- pour l'amortissement, la base de calcul a été
la valeur d'achat d'une mobylette BBCT à 235.000 FCFA avec une durée
probable d'utilisation de cinq années, soit une annuité d'amortissement
de 47.000 FCFA.
Les anciens banquiers vivent assez bien de leur
métier, avec des revenus nets (environ 100.000 FCFA) souvent supérieurs
à ceux d'un cadre supérieur de la Fonction Publique. Par
contre, les banquiers intermédiaires ont des revenus assez
faibles et doivent souvent avoir d'autres sources de revenus. C'est une
catégorie de banquiers très vulnérable en cas de retard
ou de non remboursement de plusieurs clients. Les nouveaux banquiers
ont, quant à eux, des revenus extrêmement faibles (en-dessous
du SMIG au Bénin) et risquent de tomber en faillite s'ils ne disposent
pas au départ d'un fonds de roulement suffisant. Leur situation
de trésorerie est souvent aggravée par les cas d'avances
non récupérées et la tentation d'utiliser l'épargne
des clients pour leurs propres dépenses de survie (nourriture et
autres frais incompressibles).
Tableau 16: Revenu net moyen mensuel par type de banquiers
à Cotonou
| Anciens banquiers | Intermédiaire | Nouveaux banquiers | Cas exceptionnels(7) | |
Recettes Dépenses - Cartes - Documents - Carburant - Entretien/ petites réparations - Grosses réparations - Amortissement - Divers Total dépenses |
137.000 3.850 520 9.810 10.000 3.000 4.000 - 31.180 |
52.400 2.440 365 8.390 8.240 3.000 4.000 - 26.435 |
25.000 950 230 4.350 5.930 3.000 4.000 - 18.460 |
15-20.000 1.000 200 - - - - 2.000 3.200 |
| Revenu | 105.820 | 26.005 | 6.540 | |
| Env. 105.000 | 26.000 | 7.000 | 12 à 17.000 |
Tableau 17: Chiffre d'affaires des banquiers ambulants
à Abomey et Bohicon
Numéros |
Années de démarrage |
Clientèle | Mises | Épargnes
journalières |
||
| Départ | Actuelle | Minimales | Maximales | |||
1 |
1986 |
25 |
125 |
100 |
500 |
38.000 |
| 2
3 4 5 6 7 8 9 |
1988
1988 1989 1989 1990 1990 1990 1991 |
25
8 12 NR 100 40 16 43 |
70
160 150 275 90 90 100 175 |
100
100 100 100 100 100 100 100 |
2.000
2.000 3.000 1.000 500 1.000 2.000 1.000 |
14.000
26.000 21.000 31.000 12.500 12.000 25.000 19.000 |
Tableau 18: Revenu net moyen mensuel des banquiers à Abomey et Bohicon
(en francs CFA)
| Recettes | Dépenses | Revenu net | |
| 22.000 | Cartes
Documents Carburant Entretien moto Amortissement Divers (provision pour grosses réparations) |
900
100 2.500 2.500 4.000 1.500 |
10.500 |
| Total : 22.000 | 11.500 | 10.500 | |
-- Au niveau des clients actuels, la moyenne est de 137 par banquier
ambulant.
-- Le nombre moyen de clients au départ était de 34.
-- La mise minimum est toujours de 100 FCFA.
-- La mise maximum varie de 500 à 5.000 FCFA (pour le plus ancien).
Contrairement à Cotonou où 30 % des banquiers sont en rapport
avec une clientèle dont la mise par tête est d'au moins 10.000
FCFA par jour, on constate que cette catégorie de clientèle
aisée est absente à Abomey et Bohicon pour la banque ambulante.
-- L'épargne moyenne collectée par jour est de 22.000
FCFA soit environ 700.000 FCFA/banquier/mois.
-- Les dépenses semblent beaucoup plus réduites qu'à
Cotonou (distances moins longues, clients moins nombreux, pas de grosses
réparations signalées). Les dépenses déclarées
sont en moyenne de 6.000 FCFA/mois, auxquelles il faudrait rajouter l'amortissement
(4.000 FCFA) et une provision pour grosses réparations (1.500 FCFA).
-- Le revenu net serait ainsi de l'ordre de 10.000 FCFA/mois.
4.2 Simulation de la capitalisation de l'épargne nationale
par le truchement des banquiers ambulants
4.2.1 Estimation des effectifs
L'effectif national est évalué à 440. La présente
étude a permis de confectionner un fichier nominatif de 150 banquiers
ambulants pour la seule ville de Cotonou. Selon nos informateurs, il y
en aurait davantage, probablement 180. La justesse de cette hypothèse
se trouve confirmée par le fait que les tentatives de récupération
de nouveaux noms ont révélé à 80 % ceux figurant
déjà sur notre liste. Les villes secondaires du département
de l'Atlantique (Allada, Ouidah, Calavi) totaliseraient environ une vingtaine,
ce qui porte le nombre de banquiers ambulants du département à
200 y compris Cotonou. Le département de l'Ouémé avec
Porto-Novo (une vingtaine) et les villes secondaires notamment frontalières
au Nigéria (une cinquantaine) totalisent environ 70 banquiers ambulants.
Tableau 19: Répartition des banquiers ambulants suivant les six
départements
| Département | Nombre de banquiers | Pourcentage |
| Atlantique
Ouémé Borgou Atacora Zou Mono |
200
70 60 40 40 30 |
45,4 %
16,0 % 13,6 % 9,1 % 9,1 % 6,8 % |
| Total national | 440 | 100 % |
4.2.2 Estimation de l'épargne nationale
Les banquiers ambulants collecteraient environ 750 millions de FCFA/mois.
L'estimation tient compte des paramètres suivants:
-- le groupe des départements de l'Atlantique, de l'Ouémé
et du Borgou, dont la situation économique est assimilable à
celle observée à Cotonou (voir tableau 16) avec trois sous-groupes
d'épargnants se répartissant suivant le niveau ci-après:
-- sous-groupe 1 avec une recette journalière de 137.000 FCFA/banquier ambulant
-- sous-groupe 2 avec 52.400 FCFA
-- sous-groupe 3 avec 25.000 FCFA.
L'épargne collectée est très fluctuante d'un mois
à l'autre en fonction des effectifs cotisants (démission/
admission/suspension/décès) et de la bonne santé des
activités économiques des épargnants. Ce qu'on peut
retenir et qui est confirmé par l'enquête clientèle
c'est que n'eût été la banque ambulante avec ses facilités
d'avance, il serait difficile à beaucoup de commerçants de
consolider leurs activités ou même de les entreprendre (avances
aux premiers tours), aux artisans d'acquérir les équipements
nécessaires à leur travail, à certains élèves
et étudiants de se payer les études ou de se conformer à
certaines exigences culturelles (funérailles, mariage...). De même,
quelles banques formelles peuvent faire ces rondes pour collecter ces pièces
de 25, 50 ou 100 FCFA dont l'addition atteindrait sur l'année environ
neuf milliards de francs d'épargne? Toute la réalité
et l'importance de la banque ambulante se trouvent là.
Tableau 20: Épargne nationale mobilisée par les banquiers
ambulants
| Département | Nombre de banquiers ambulants par sous-groupes | Épargne mensuelle | ||
| Atlantique | 200 |
SG1 = 52
SG2 = 100 SG3 = 48 |
213 720 000
157 200 000 36 000 000 |
|
| * 406 920 000 | ||||
| Ouémé | 70 |
SG1 = 18
SG2 = 35 SG3 = 17 |
73 980 000
55 020 000 12 750 000 |
|
| * 141 750 000 | ||||
| Borgou | 60 |
SG1 = 16
SG2 = 30 SG3 = 14 |
65 760 000
55 020 000 10 500 000 |
|
| * 131 280 000 | ||||
| Atacora | 40 | * 26 400 000 | ||
| Zou | 40 | * 26 400 000 | ||
| Mono | 30 | * 19 800 000 | ||
| Total national | 440 | * 752 550 000 | ||
* Sous-totaux
Il est donc un fait réel que les banquiers ambulants se trouvent
effectivement à un niveau d'emprise sociale et d'efficacité
où leur suppression engendrerait une crise de l'emploi et un retour
à la thésaurisation. Il n'est pas exclu non plus que cette
suppression provoque une inflation dans le pays car il existe effectivement
une certaine régulation du flux monétaire même si celle-ci
échappe à toutes règles financières et bancaires
en la matière.
La banque ambulante est une activité généralement
bien rémunérée: les frais perçus par les banquiers
ambulants représentent 3,3 % des fonds mensuels collectés
soit l'équivalent de 39,6 % par an. De même, ce taux paraît
élevé si l'on s'en tient à la déontologie bancaire
qui considère qu'à partir de 24,6 % l'intérêt
perçu devient usuraire et illégal. Mais ici, on raisonne
suivant quatre logiques:
1. le banquier ambulant se compare à l'usurier professionnel
qui lui ne fait que des crédits à des taux allant jusqu'à
200 %, voir au-delà, suivant l'échéancier de paiement
convenu et en fonction de la garantie du déposant. De plus, l'usurier
n'effectue aucun travail particulier dans ses transactions de prêteur
d'argent, contrairement au banquier ambulant qui doit beaucoup circuler,
sensibiliser, collecter l'épargne, faire des avances aux clients,
être derrière eux pour la récupération, avec
tout le risque que comportent la garde de l'argent d'autrui et la non récupération;
2. en comparaison aux banques formelles, le rythme des avances ne permet
pas de faire rémunérer les épargnes collectées
sur de longues périodes;
3. avant de s'assurer d'une rentabilité certaine avec possibilité
de réduction des frais perçus, la condition première
consistera à appartenir au sous-groupe 1 car c'est à ce seul
niveau que les charges sont plus faibles et représentent environ
23 % des frais perçus: l'élargissement de la clientèle
dans un même rayon géographique, la facilité d'octroi
et de récupération des avances vont permettre de maintenir
les charges presque au même niveau alors que les mises capitalisées
évoluent. Le banquier se trouvant dans cette situation peut revoir
la base de ces ponctions. Mais, c'est chose difficilement envisageable
car s'en tenir au prélèvement de 1 sur 30 paraît au
banquier ambulant plus facile à déterminer et à comprendre
tant par lui même que par les clients. Le jeu des calculs de taux
d'intérêt exige un professionnalisme qu'on ne retrouve pas
pour l'instant bien que les banquiers ambulants dans leur ensemble soient
des instruits;
4. les banquiers ambulants refusent le mot intérêt car
selon eux, ce mot ne s'applique qu'au crédit alors qu'ils n'en font
pas. Dans la situation actuelle où il n'existe aucune structure
de financement à grande échelle des besoins d'investissement
des couches défavorisées des villes, à part les initiatives
individuelles des banquiers ambulants, la prudence recommande qu'aucune
mesure de contrainte ne soit envisagée contre le système
banquier ambulant tel qu'il fonctionne actuellement.
5. Rapports du banquier ambulant avec son environnement
5.1 Rapport avec le milieu tontinier
L'absence d'esprit de corps paraît une caractéristique
frappante de ce milieu tontinier: 73 % des banquiers ambulants enquêtés
déclarent qu'ils se connaissent parce qu'ils se côtoient dans
les marchés et quartiers. Assez fréquemment, un même
client souscrit des cotisations auprès de plusieurs banquiers ambulants,
le client devient de ce fait un facilitateur de contact entre eux. Certains
banquiers profitent pour tisser des relations d'amitié sans pourtant
engendrer des rapports réels de collaboration professionnelle. Sur
ce point précis, 90 % rapportent qu'il n'y a jamais eu de répartition
consensuelle de la clientèle, ni échange d'expériences
sur le mode d'organisation du travail de leurs collègues. Cependant
9,5 % appartiennent à des groupements informels réunissant
cinq à vingt personnes, le plus souvent, liées par leurs
origines (appartenance à un même village ou groupe ethnique)
ou par la religion (christianisme céleste). Il faut signaler que
l'initiative associative est plus développée chez les tontiniers
originaires de «Gbéta» (contrées périphériques
de Porto-Novo) parce que les «Gbétanou» (ressortissants
de Gbéta) ont un sens festif très prononcé. Ce qui
justifie la vie associative primaire qu'ils mènent à Cotonou,
pas pour discuter principalement de la profession mais pour festoyer.
Un autre fait assez significatif qu'on peut noter aussi est l'appartenance
de la plupart des banquiers ambulants aux systèmes de tontine à
enlèvement rotatif avec ou sans prélèvement pour frais
de garde: ils se cotisent ou participent à des tontines d'argent
ou de boisons. 40 % des banquiers ambulants pratiquent ces genres de tontines
qu'ils considèrent comme un fonds de garantie et de prévoyance
sociale. Grâce à ce fonds de réserve, ils relancent
leurs activités de banquiers ambulants en cas de faillite, de manquants
élevés, de non récupération des avances et
réalisent des investissements personnels productifs ou de consommation
(achat d'un moyen de transport et d'un terrain, construction...).
Les associations comme celles des ressortissants de la contrée
de Porto-Novo et qui habitent le quartier Akpakpa à Cotonou ont
institué un fonds de prévoyance solidaire à trois
affectations:
-- manifestations de réjouissance;
-- aide pour événements douloureux (décès, accidents, vols);
-- fonds de réserve (petits prêts pour membre en difficultés).
Mais, de manière générale, la participation des
banquiers ambulants à une vie associative est faible. Ceci peut
être attribué à une tendance de non déclaration
de la fortune personnelle. Néanmoins, il y a de plus en plus de
banquiers ambulants qui perçoivent la nécessité de
mettre un peu d'ordre dans cette activité de collecteurs d'épargne.
Ils doivent cet éveil de conscience à plusieurs circonstances
dont notamment les multiples cas de plaintes de la clientèle au
sujet des banquiers ambulants fugitifs, mais surtout à la séance
de travail avec le Chef de l'État le 13 février 1992 qui
a été la première occasion de rencontre directe au
plus haut niveau entre l'administration publique et les tontiniers. Cette
rencontre s'inscrivait dans le cadre de la recherche d'idées par
le Gouvernement pour initier une «banque pour les pauvres»
au Bénin. Par ailleurs, les rencontres favorisées par l'ONG
Africa-Culture en janvier 1992 sur la pratique tontinière, et le
Groupement Mutuel GMT en février de la même année sur
l'idée de la mise en place d'une association des banquiers ambulants
de Cotonou visant le démarrage d'un programme test de crédits
de refinancement.
5.2 Rapport avec le système financier formel
A Cotonou, 76 % des banquiers ambulants ont des comptes dans les banques
formelles; par contre ceux de Bohicon et d'Abomey en sont privés
du fait de la fermeture de toutes les agences de banque pour faillite.
Les banquiers ambulants qui ont ce type de relation ont l'avantage sur
les autres banquiers de disposer de billets neufs. Ce qui est un facteur
positif pour l'attraction de la clientèle.
Cependant, on constate que la rémunération des dépôts
en banques ne préoccupe que 17 % des banquiers ambulants. Ce faible
recours aux banques formelles pourrait se justifier par le gel des avoirs
des épargnants, gel consécutif à la faillite et qui
continue d'entretenir encore une certaine peur au niveau des épargnants.
De plus, le rythme des demandes d'avances par la clientèle de bas
niveau financier exige du banquier d'avoir de l'argent à portée
de main en permanence. La preuve en est que les retraits de fonds ne sont
assortis de préavis que chez 20 % des banquiers ambulants enquêtés.
C'est dire alors que le préavis contrarie le caractère de
souplesse des retraits et «anesthésie» l'engouement
de la clientèle à adhérer massivement à la
banque ambulante. C'est un fait réel que le banquier ambulant est
pour la majorité des clients l'homme de tous les recours financiers.
5.3 Rapport avec l'administration de l'État
L'état des lieux des rapports entre l'administration gouvernementale
et le milieu des banquiers ambulants paraît satisfaisant: les recours
à la police pour vols, la poursuite par le fisc sont très
rares (seulement 11 % des personnes enquêtées ont été
une fois dans ces situations). Par contre, 20 % des banquiers souhaitent
une reconnaissance légale de la pratique de la banque ambulante
au Bénin. On peut noter, par ailleurs, que la régularité
dans le paiement des salaires aux fonctionnaires a vivifié les activités
économiques dans le pays et corrélativement a influé
sur l'augmentation du nombre d'épargnants et du niveau des mises.
Au nombre des préoccupations des banquiers ambulants, on peut
en retenir deux:
-- la reconnaissance officielle de la profession, ce qui suppose qu'il
faut lui donner une existence légale (ordre des banquiers ambulants)
d'abord à travers la création d'une association structurée(8)
, soit enregistrée comme corps de métier à la Chambre
de Commerce et d'Industrie ou comme une association non gouvernementale
(loi 1901) poursuivant des buts humanitaires dont le Ministère de
l'Intérieur et de l'Administration territoriale appréciera
la validité. De ce fait, l'identification de chaque banquier ambulant
paraît capitale pour éliminer les indésirables, promouvoir
l'esprit de corps afin de maintenir des rapports de confiance avec la clientèle;
-- la mise en oeuvre d'un mécanisme de protection et de sécurité
du banquier ambulant notamment au niveau des grands marchés où
les risques de vols sont grands. A ce sujet, les banquiers ambulants ont
reconnu qu'un important effort est déjà entrepris par la
police au niveau du marché Dantokpa.
5.4 Préoccupations des épargnants sur l'organisation
des banquiers ambulants
Au moment où cette étude se réalisait un banquier
appelé «Petit marteau» et résidant à Bohicon
venait de s'enfuir avec plus d'un million de francs pour une destination
inconnue. La recherche dans ces conditions est peine perdue affirmaient
les épargnants du marché de Bohicon au sujet de ce cas d'espèce.
La pression sociale ne semble plus inquiéter outre mesure: autant
il y a de plus en plus de banquiers peu sérieux et sans professionnalisme,
autant il y a une armée de clients «truands» en proie
à la recherche de facilité pour s'enrichir.
Il se pose alors la question de savoir sur quoi doit reposer la moralisation
des rapports entre la communauté des épargnants et le milieu
des banquiers ambulants. Les réalisations enregistrées à
ce sujet de la part des épargnants vont plus dans le sens d'une
professionnalisation de la pratique de la banque ambulante en créant
à cet effet un corps de métier régit par des textes
au moins consensuels entre les banquiers eux-mêmes. Cette suggestion
émane de 85 % des épargnants de Cotonou contre 29 % de ceux
de Abomey/Bohicon. Toutefois, le pourcentage de sans avis sur la question
associative a atteint 47 % parce que ce groupe d'épargnants estime
ne détenir aucun élément d'appréciation pour
y répondre. Cependant, ils soutiennent qu'il faut moraliser les
banquiers ambulants.
Nous avons enregistré quelques réticences quant à
la création d'un corps de métier. Au total, 9,6 % de cas
de rejets qui s'appuient sur les justifications suivantes:
-- crainte de voir se développer une certaine jalousie car être
ensemble signifie se découvrir, alors que tout est confidentiel
pour le banquier ambulant dans ses relations avec ses camarades de profession:
on ne doit pas savoir la taille de sa clientèle, le montant des
épargnes mobilisées, le lieu où ce montant est gardé,
etc.;
-- le refus de déclarer le patrimoine traduit la peur et le manque
de confiance en soi et à l'égard des autres: il y a la psychose
de l'envoûtement, la peur des «malfrats», la crainte
d'être livré au fisc par jalousie des collègues, etc.;
-- le dirigisme de certains leaders trop intéressés et
avides de pouvoir.
Tout en considérant ces réticences, les épargnants
veulent d'une association pour diverses raisons.
Et qu'attendent-ils concrètement d'un regroupement des banquiers?
-- Élection des nouveaux banquiers ambulants par les anciens;
-- caution solidaire comme source de confiance;
-- réduction des cas de fuite des banquiers ambulants;
-- aide aux banquiers en difficultés: récupération des avances chez les clients insolvables, remboursements des épargnants en cas de décès ou de fuite des banquiers ambulants;
-- augmentation du niveau des avances, autrement dit l'institution d'un système parallèle de crédit;
-- règlement de tout conflit entre banquiers ambulants, avec clientèle;
-- entraide sociale entre banquier ambulant;
-- éducation des banquiers ambulants (moralisation, bonne gestion);
-- instituer et faciliter des rapports entre banquiers ambulants et
gouvernement.
6. Propositions d'améliorations de la banque ambulante au
Bénin
6.1 Organisation interne aux banquiers ambulants
Afin de répondre à la volonté manifeste de professionnalisation,
une série d'actions pourrait être envisagée.
1. L'action de moralisation
Il conviendra de susciter une assemblée générale
des banquiers ambulants pour permettre de passer en revue des problèmes
communs, de définir une stratégie commune et un plan d'action
pour la promotion du secteur financier informel. L'assemblée générale
pourrait de façon concrète examiner les points ci-après:
-- comment se doter d'une liste exhaustive des banquiers ambulants afin
qu'il existe un ordre interne de suivi des anciens, des départs
et des nouveaux?
-- quels sont les besoins d'organisation et de formation qui pourraient
aider les banquiers ambulants à être plus efficaces dans la
gestion de leur entreprise?
-- que comptent-ils faire pour assurer leur retraite professionnelle?
Il est souhaitable qu'à cette Assemblée Générale
(AG), certaines administrations soient invitées pour apporter des
éclaircissements aux banquiers ambulants. Il s'agit notamment des
organismes ci-après:
-- Office de Sécurité Sociale;
-- Direction Générale de la Police;
-- Société de Gestion des Marchés.
La préparation de cette assemblée pourrait se faire de
façon indépendante en responsabilisant par département
deux à cinq délégués dont la mission serait:
-- d'organiser les contacts préalables informels;
-- d'animer les assemblées départementales en présence
d'observateurs invités.
2. Association nationale des banquiers ambulants
La volonté exprimée de se constituer en association professionnelle
mérite d'être soutenue. Toutefois, la création de réseaux
départementaux devrait précéder une organisation nationale.
6.2 Rapport du Gouvernement avec les banquiers ambulants
Un observatoire pourrait être envisagé de sorte que le
flux monétaire de ce secteur puisse être pris en compte dans
la constitution des agrégats économiques.
Cet observatoire devrait fonctionner comme un bureau indépendant
du gouvernement. Une Organisation Non Gouvernementale sérieuse de
la place pourrait abriter un tel observatoire à sa création.
Cette structure serait en contact permanent avec tous les banquiers ambulants
du pays et se chargerait de produire un bulletin d'information sur l'ensemble
des activités du secteur par semestre.
Conclusion
Le rôle des banquiers ambulants au Bénin est important:
environ 750 millions de francs CFA transitent chaque mois par leur biais.
Ce rôle d'intermédiation financière qui met en relation
d'affaires riches et pauvres est complexe, compliqué mais aussi
ingénieux. Les banquiers ambulants sont irremplaçables par
les banques formelles. Cette force d'auto-organisation et la prolifération
des banquiers ambulants au Bénin est finalement une tendance positive
qui préserve les couches défavorisées et maintient
la motivation des banquiers.
Aussi, dans un contexte d'ajustement structurel, il importe qu'un effort
d'accompagnement soit fait pour soutenir ce libre jeu d'inventivité
sociale et économique tant du côté du gouvernement
que de celui des partenaires au développement. Cette condition paraît
souhaitable et les propositions de la présente étude vont
dans ce sens.
Annexes
-- Origine mythique de la banque ambulante
-- Bibliographie
Origine mythique de la banque ambulante
Chaque peuple a son histoire et revendique une portion de l'histoire
universelle.
La banque ambulante est-elle une invention dont les africains peuvent
réclamer la paternité ou plutôt une reproduction adaptée
de celle dont Lorenzo Tonti a été l'initiateur au milieu
du XVIIème siècle en Italie? (Desroche, 1990).
D'après plusieurs banquiers ambulants originaires de l'air culturelle
Yoruba, la banque ambulante serait venue d'Ilè-Ifè au Nigéria
et son inventeur serait un chasseur. Certains pensent aussi que cette activité
de collecte traditionnelle des épargnes auraient commencé
au tout début du siècle courant sans plus de précision.
Le processus d'évolution de cette tontine serait passé
par quatre grandes étapes:
1ère étape
Plusieurs amis ont l'habitude d'aller ensemble pratiquer la chasse.
La discipline de groupe qui lie ces chasseurs est la solidarité
dans le partage des gibiers capturés. Pour ainsi dire, la chance
d'un chasseur fait le bonheur de tous ses autres compagnons. Mais l'esprit
de partage du gibier est assorti de conditions particulières selon
qu'on a été ou non l'auteur de la capture. Ceux qui ont pu
abattre des animaux en prélèvent les têtes et pattes
et le reste du gibier partagé en autant de parties égales
qu'il y a de chasseurs. Si les animaux tués sont de différentes
espèces, chaque chasseur est associé à une partie
du gibier capturé par l'autre.
2ème étape
Un jour, un chasseur associé se rendant compte du gaspillage
fait de la viande a suggéré que désormais chaque capture
soit accompagnée d'une vente groupée de la moitié
de la part de viande qui reviendrait à chaque chasseur. Cette proposition
fut rejetée aussitôt. L'entente fut faite sur la liberté
individuelle d'aliénation suivant la portion de gibier voulue par
chacun. Cette expérience s'est aussi soldée par une dilapidation
des produits de vente par la plupart des chasseurs. Un chasseur se souleva
contre cette gabégie en attirant l'attention de ses pairs sur la
précarité de leur profession: une journée de bonne
capture peut être suivie de plusieurs jours sans abattage. Le rappel
de ce risque de la profession a convaincu les chasseurs de la nécessité
de mettre au point un outil de prévoyance des périodes difficiles.
3ème étape
«Ama da djo» (nous allons mettre ensemble les produits de
vente de gibiers).
Les chasseurs ont créé une caisse de capitalisation des
produits de vente. A l'instant même, le problème de la garde
de ces produits s'est posé à eux.
-- Il y a eu un volontaire qui n'a suscité aucune contestation.
-- Les autres chasseurs ont alors cotisé pendant 21 jours leurs produits de vente auprès de ce volontaire.
-- Au 21ème jour survint le décès de la belle-mère d'un des chasseurs. Ce dernier, ne possédant aucune autre source de financement et de réserve que la cotisation, a demandé alors que lui soit restitué ce qu'il a cotisé.
-- Cette demande a occasionné la vérification de la caisse, jusqu'ici contrôlée, en présence de tous les membres cotisants. Cette vérification a constaté qu'aucun sou ne manquait et quittus était donné au garde-sous pour son honnêteté.
-- Le garde-sous se sentant honoré par ce constat qui le rend
crédible dans le village a vite compris qu'il pouvait en faire une
profession. Avant de restituer à chaque chasseur sa part, il a réclamé
une indemnisation de gardiennage correspondant à une mise journalière
par personne en s'appuyant sur les raisons suivantes:
. «si les produits de vente étaient volés, c'est
considérer que c'est moi qui les aurais volés puisqu'ils
sont sous ma seule responsabilité;
. je dois veiller sur ces cotisations comme je garde ma femme et mes
enfants;
. c'est une lourde responsabilité dont chacun de nous doit payer
une partie du prix».
-- Le chasseur garde-sous a convaincu ses pairs qui ont accepté
de lui reverser chacun une mise sur les vingt et une.
-- Enchanté de cette réaction, le chasseur institua en
système professionnel la collecte d'argent et s'engagea à
l'étendre à tous les vendeurs du marché d'Ilè-Ifè.
4ème étape
Le chasseur se rendit un jour au marché pour vulgariser ses aptitudes
de gardien d'argent. Il rencontra beaucoup de réticence et très
peu d'adhésion se manifestèrent en sa faveur.
Quelques vendeurs ont alors demandé que leur soient apportées
des preuves de cette aptitude.
Le chasseur se mit à révéler les noms de ses associés
et surtout ce qui l'a rendu célèbre, à savoir le rôle
joué par lui au décès de la belle-mère d'un
des chasseurs.
Des enquêtes furent diligentées par les vendeurs du marché.
Toutes les investigations ont confirmé le professionnalisme inédit
et le sérieux du chasseur garde-sous; ces témoignages ont
accru la popularité du chasseur dans le marché. C'est à
partir de cet instant que le chasseur a démarré sa nouvelle
carrière de collecteur d'argent dans le marché.
Comment s'organisa-t-il pour gérer toutes ces cotisations?
Il avait recours à des jarres brisées qu'il modelait à
sa façon. Il remettait au client à chaque versement un quartier
de jarre modelé revêtu de l'empreinte digitale de son pouce
gauche trempé dans une solution de kaolin blanc qu'il apprêtait
pour la circonstance.
Le chasseur devenu banquier ambulant a averti ses clients qu'une brisure
de canari perdue entraînerait la perte de la somme correspondante
cotisée. C'est cela qu'on lit sur presque toutes les cartes calendaires
actuelles de cotisation : «qui perd sa carte, perd son argent».
Voilà la petite histoire qui trouve aussi toute sa signification
à travers ce qu'écrivaient Salaou et Osseni dans leur mémoire:
«la banque ambulante nous paraît être la plus répandue
et la plus importante car elle est pratiquée par la majorité
de la population et mobilise des sommes considérables» (Salaou
et Osseni, 1984).
Bibliographie
1. Ajisafe, A.K. (1946) The laws and Customs of the Yoruba people,
Georges Routledge and sons, Lagos.
2. Amoussouga, Géro (1986) Places des marchés financiers
inorganisés dans le développement de la CEDEAO, 4ème
Conférence biennale de l'Association économique de l'Afrique
de l'Ouest, novembre 1986.
3. Atchaka, Eve (1989) Observations et inductions sur les tontines
comme circuit informel et coutumier de prévoyance et de crédit
mutuel, DHEPS, Université de la Sorbonne Nouvelle, Paris III,
1989.
4. Balandier, Georges (1957) Afrique Ambigüe, Collection
Terre Humaine, 1957.
5. Desroche, Henri (1990) Nous avons dit «tontines».
Des tontines Nord aux tontines Sud, Allers et retours, dans Lelart,
Michel, La tontine pratique informelle d'épargne et de crédit
dans les pays en voie de développement, Sciences en marche, éditions
AUPELF-URFF, Paris 1990.
6. ICAO (1980) L'expérience religieuse africaine et les relations
interpersonnelles, Actes du Colloque International d'Abidjan 16-20
septembre 1980.
7. Lelart, M. (1989) L'épargne informelle en Afrique. Les
tontines béninoises, dans Revue Tiers Monde N 118, avril-juin
1989, pp. 271-298.
8. Lelart, M. et Tontines et banquiers ambulants sur les marchés
Gnansounou, S. (1990) africains: Le marché Saint Michel de
Cotonou, dans La Tontine, Lelart, M., Editions AUPELF-UREF, pp. 109-133,
Paris.
9. Miracle, P.M., Miracle, S. Informal Savings Mobilization in Africa. Economic
et Cohen, Laurie (1980) Development and cultural change, 28 (4),
pp. 701-724.
10. OCDE (1991) Systèmes financiers et dévelopement:
quel rôle pour les secteurs financiers formel et informel?, par
Germidis et al, Paris.
11. Tomety, S.N. (1991) Étude des modalités pratiques d'implication des agents économiques privés dans la planification régionale, Rapport de mission sur le département du Zou, PNUD, décembre 1991.
-- l'étude de Gero Amoussouga (1986) qui n'est pas le résultat d'une enquête systématique sur les banquiers ambulants mais qui donne quelques indications sur leurs activités;
-- la recherche de Lelart et Gnansounou (1988) sur 303 commerçants d'un marché de Cotonou et qui malheureusement n'a pas concerné leurs tontiniers.
2. Miracle et al (1980) en se basant sur les travaux de AJISAFE (1946) situent l'origine des "mobile bankers" au Nigéria vers la fin des années 1920. Bien qu'ayant fait son apparition beaucoup plus tard grâce certainement à la circulation de la monnaie, la banque ambulante a aujourd'hui pris le pas sur sa devancière (la tontine mutuelle) surtout dans les centres urbains.
3. Le nombre de banquiers ambulants à Abomey étant très faible, nous avons, par souci de représentativité, jumelé Abomey et Bohicon (Bohicon situé sur l'axe Cotonou-Niamey est à 9 km d'Abomey).
4. Cf AJISAFE A.K (1946) cité par MIRACLE et al.
5. Ce binôme publicitaire s'est exprimé dans les mêmes proportions presque à Cotonou (ville principale) comme à Abomey et Bohicon (villes secondaires). Ce qui confirme que généralement en Afrique, il n'y a point de rupture entre la religion et le pouvoir économique (Balandier, 1957).
6. Les produits financiers sur les sommes déposées à la caisse d'épargne ou en banque sont négligeables puisqu'il s'agit de petites sommes avec des retraits fréquents à cause de l'importance des avances accordées aux clients.
7. Pour les cas exceptionnels, il s'agit des personnes ayant une clientèle réduite et qui n'ont pas de moto (cas d'un handicapé, de personnes à pied ou utilisant les taxi-motos). Les banquiers ambulants dépendant d'une société reçoivent en général un salaire d'environ 15.000 FCFA/mois (cas des employés d'Africa-Culture).
8. Le samedi 18 Avril 1992 est née l'Association des Tontiniers de Cotonou (ATOCO) en présence de 89 banquiers ambulants. Un bureau de huit (8) membres a été élu avec à sa tête Monsieur Christophe C. HOUNTONDJI, un jeune tontinier titulaire d'une licence en géographie et aménagement du territoire.
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