Département du développement des entreprises et des coopératives
Services Financiers et Allègement de la Pauvreté
Document de Travail N 1
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BANQUIERS AMBULANTS ET OPÉRATION 71 AU TOGO ET AU BÉNIN |
Dominique GENTIL
en collaboration avec:
M. ADECHOUBOU
G.B. DAGNON
Y. FOURNIER
D.A. SOEDJEDE
S.N. TOMETY
Département du Développement des Entreprises et Coopératives
Bureau international du Travail - Genève
S O M M A I R E
Préface 1
Problématique et descriptions de l'étude 3
I. Premières caractérisations 5
II. Qui sont les banquiers ambulants? 8
III. Pour quelle clientèle? 9
IV. Organisation du travail et système comptable 12
V. Activités économiques et revenus des B.A. 13
VI. Rapports du banquier ambulant avec son environnement 18
VII. Une banque tontinière: Opérations 71 - GMT 20
VIII. Intérêts, limites et évolutions possibles
28
ANNEXES 35
Liste des tableaux
1: Profession antérieure des banquiers ambulants 8
2: Périodicité de l'accès aux avances 10
3: Évolution de l'activité des banquiers ambulants 13
4: Évaluation de l'épargne journalière par banquier
ambulant au Togo 15
5: Revenus des banquiers ambulants 16
6: Évolution du nombre de clients d'OPÉRATIONS 71 25
7: Évolution du C.A. pour les produits MMC et CJ brut d'OPÉRATIONS 71
(avril 1991 à mars 1992) 25
8: Évolution du C.A. pour le produit CJM d'OPÉRATIONS 71 (mai-juin 1991
à mars-avril 1992) 26
9: Évolution du C.A. d'OPÉRATIONS 71, tous produits financiers
(1989-1990) 26
PRÉFACE
Le Secteur Financier Informel - Quel Intérêt pour le
BIT?
Depuis sa mission sur les problèmes d'emploi au Kenya, le BIT a engagé un programme de travaux de recherche et de projets pilotes(1)
, en Afrique francophone, en Amérique latine et en Asie, qui
a pour but de mieux connaître l'économie informelle afin de
pouvoir mieux définir la forme et la direction d'éventuelles
politiques d'appui.
Alors que la notion "secteur informel" comprend toute activité
génératrice de revenus à petite échelle échappant
à la réglementation par les pouvoirs publics et à
la fiscalité directe, de fait les travaux du BIT n'ont principalement
visé que les métiers de transformation et de commerce. Or,
depuis quelque temps, le secteur financier informel intéresse de
plus en plus autorités monétaires, rechercheurs et agences
d'aide au développement. Le secteur financier informel intéresse
en tant que:
-- modèle d'un financement à petite échelle rentable;
-- source principale de financement des petites activités du
secteur informel, avec des contraintes et potentialités qui lui
sont propres;
-- charnière entre banques et micro-entreprises.
Pour le BIT, le secteur financier informel revêt une importance
particulière, non pas simplement parce qu'il finance des activités
informelles - que ce soit à travers des banquiers ambulants ou des
tontines - mais aussi parce que c'est un milieu où l'on ne peut
distinguer nettement les objets du financement, où une seule transaction
peut simultanément concerner le paiement d'une prime d'assurance,
le financement d'un investissement et l'octroi d'un crédit à
la consommation. Par ailleurs, les formes de financement basées
sur l'entraide et la solidarité sont très répandues
dans le secteur financier informel. Les tontines en sont l'illustration
la plus connue. Ces formes d'organisation pourraient servir de mécanismes
pour remédier à une déficience de garanties conventionnelles,
faiblesse de petites entreprises individuelles.
Aussi, les associations traditionnelles d'épargne et de crédit
arrivent à mobiliser une épargne volontaire et collective
de manière plus continue que des groupements constitués un
peu artificiellement autour d'une épargne obligatoire, souvent condition
préalable d'accès au crédit. Il se peut effectivement
que l'on sous-estime la complexité des raisons sociales, économiques
et financières qui font la convivialité et la stabilité
d'une tontine et qui manquent à un groupement constitué dans
un projet. Autrement dit, les tontines peuvent bien illustrer les limites
d'une intervention du type "projet".
Organisation de l'étude
A l'origine de cette étude était une proposition de l'IRAM,
bureau d'études à Paris, soumise à la Caisse Française
de Développement et au BIT, d'entamer des investigations sur des
"banquiers ambulants" et la "banque tontinière".
Cette proposition a été favorablement accueillie et l'étude
a été financée par le Ministère Français
de la Coopération, le Bureau international du Travail et la Caisse
Française de Développement. Les termes de référence
ont été discutés à la fin 1991 et l'étude
a été réalisée par l'IRAM début 1992,
en collaboration avec des équipes togolaises et béninoises(2).
Objectif de l'étude
L'étude était censée fournir des renseignements
sur l'importance et les mécanismes de fonctionnement des banquiers
ambulants et de la banque tontinière; en particulier, l'étude
devrait répondre à des questions sur la nature de la transaction
financière:
1. S'agit-il de véritable intermédiation financière?
L'épargne des uns est-elle transformée en crédit pour
les autres? Quel genre d'activité économique est financé
par les banquiers ambulants?
2. S'agit-il d'une forme d'épargne?
3. Les services sont-ils rendus de manière efficiente? Pourquoi
les usagers choisissent-ils un banquier ambulant plutôt qu'une banque?
4. Quelles sont les relations entre banquiers ambulants et secteur financier?
5. Quelles sont les avantages et risques d'une plus grande intégration
des mécanismes informels dans le secteur financier formel?
B. Balkenhol
PROBLÉMATIQUE ET DESCRIPTIONS DE L'ÉTUDE
Le secteur dit "informel" existe depuis longtemps mais il
est étudié avec sérieux et pris en considération
seulement depuis les années 1970(3).
Il en est de même dans le domaine du financement. Les différents
types de tontines (en travail et en argent, simples et complexes, mutuelles
ou commerciales), les prêts dits usuraires, les caisses de solidarité,
les garde-monnaies... fonctionnent depuis des décennies mais ne
font l'objet d'analyses détaillées que depuis une dizaine
d'années(4). Elles restent le plus
souvent descriptives ou monographiques et il est difficile d'en connaître
réellement l'importance du point de vue économique. Ceci
encourage une double attitude : soit une certaine condescendance, qui englobe
l'informel dans "les structures traditionnelles qui financent des
activités exclusivement sociales" ou au contraire une survalorisation,
qui fait fantasmer certains financiers ou économistes. Il existe
dans le secteur "informel" de "véritables gisements
d'épargne" qu'il faudrait mobiliser dans les institutions financières
formelles, ou encore le secteur "informel" est réputé
mettre en oeuvre des types de relations (personnalisation des rapports,
adaptabilité, parfaite connaissance du client, respect des règles
sociales...) qui font son efficacité et qui devraient inspirer l'organisation
des banques classiques.
D'où l'intérêt d'aller y voir de plus près,
en essayant de travailler par questionnaires et entretiens semi directifs
auprès d'échantillons représentatifs. Cette idée,
proposée par l'IRAM, en liaison avec des équipes togolaises
et béninoises, a rencontré les préoccupations de certains
secteurs du Ministère Français de la Coopération,
du Bureau International du Travail et de la Caisse Centrale de Coopération
Economique. A l'intérieur du secteur financier "informel"(5),
l'étude s'est consacrée à un type spécifique,
en pleine évolution, les banquiers ambulants, appelés également
par certains (cf. Lelart) les tontines commerciales.
Au Togo, l'étude a porté sur 29 banquiers ambulants (19
à Lomé, 3 à Tabligbo, 7 à Sokodé) et
90 de leurs clients. Au Bénin, l'échantillon a été
de 63 banquiers (54 à Cotonou, 9 à Abomey et Bohicon) et
83 clients. A Cotonou une troisième étude a concerné
le complexe "Opérations 71-GMT-Coopec-ETIREG", entreprise
originale qui s'apparente davantage à une véritable banque
tontinière et qui a le mérite de fonctionner depuis 1971.
Les responsables et 100 clients y ont été enquêtés.
Les études de terrain ont été menées au
Togo par l'équipe du Dr SOEDJEDE (en collaboration avec D.K. KWASI
et M. AZIAKA) qui travaille sur le sujet, lui-même depuis 1985, avec
ses étudiants et collaborateurs(6)
depuis 1986 et au Bénin par le tandem ADECHOUBOU Makarimi - TOMETY
Narcisse et l'appui de trois enquêteurs. L'intérêt de
l'équipe togolaise était d'avoir lié des relations
de confiance(7) depuis plusieurs années
avec certains banquiers ambulants et leur organisation (la MUSOTAL)(8),
ce qui a permis d'avoir accès aux cartes des clients et donc de
pouvoir obtenir un dépouillement comptable pour 8 banquiers pendant
8 mois.
Au Bénin, où le phénomène des Banquiers
ambulants est plus répandu, l'échantillon a été
plus important et des estimations, même si elles restent en partie
approximatives, ont pu être faites sur l'ensemble du pays. Pour Opérations
71, outre les questionnaires et entretiens, une enquête légère
sur le système comptable a été réalisée
par un expert comptable et il a été possible de dépouiller
les comptes des divers produits sur plusieurs mois.
Au Togo, la restitution des résultats et les discussions sur
les perspectives d'évolution ont été discutées
avec les membres de la MUSOTAL (15/3/92 et 29/3/92).
L'élaboration des grilles d'enquête, la coordination et
la supervision de l'étude ont été réalisées
à Paris, à Lomé et à Cotonou par l'équipe
IRAM, (D. GENTIL et Y. FOURNIER, G. DAGNON), en liaison étroite
avec les équipes nationales. L'étude a été
menée sur le terrain entre janvier et avril 1992.
Outre la présente note de synthèse, elle comprend quatre
rapports :
-- SOEDJEDE: Mécanisme de collecte de l'épargne et financement
de l'entrepreneuriat informel et formel par les banquiers ambulants au
Togo (avril 1992), 119 pages.
-- ADECHOUBOU-TOMETY: Les banquiers ambulants au Bénin (avril
1992), 58 pages.
-- ADECHOUBOU-TOMETY: La banque tontinière Opérations
71 et ses prolongements (avril 1992), 28 pages + annexes.
-- DAGNON (J.): Rapport d'audit partiel de Opérations 71 (avril 1992), 16 pages.
I. PREMIÈRES CARACTÉRISATIONS (noms, services,
histoire)
Ils sillonnent de plus en plus les marchés et les quartiers,
en général sur leurs mobylettes ou leurs petites motos. Ils
distribuent des cartes à leurs clients, collectent régulièrement
l'épargne, font des avances et quelquefois du crédit. Ils
rendent ainsi des services financiers à une clientèle très
diversifiée qui, pour des raisons diverses, n'accède pas
aux banques. Certains les classent dans la grande famille des "tontiniers"
mais ils s'en différencient assez nettement : pas de groupe social,
pas de réciprocité, pas de solidarité de secours ou
d'aspect festif. Mais une relation personnalisée entre un "banquier"
et ses clients. D'où, première interrogation, comment faut-il
les appeler et d'abord comment s'appellent-ils eux-mêmes ?
Au Togo, l'expression la plus usitée est "yes yes"
(52 % des cas) ce qui montre bien l'origine anglophone du phénomène,
mais on trouve aussi une dizaine d'autres noms ou slogans.
Au Bénin, la gamme est très étendue, plus de 30
noms ou expressions (en fon, yoruba, goun, nagot, mahi ou français).
Outre les noms génériques comme Gbe, Osu, Adjonou qui
signifient cotisation ou épargne, on trouve des expressions à
consonance religieuse (29 % des cas), comme "Avec la grâce et
la bénédiction du Seigneur, nous réussirons",
"Dieu est la grandeur suprême", ou utilisant des pratiques
du marketing ("Avec moi, c'est la chance", "confiance",
"la banque en déplacement", "Bons comptes, bons amis",
"l'argent appelle l'argent", "Caisse d'épargne africaine",
"Soleil des jours attrayants" ou des expressions à vocation
comique "Tac au Tac", "Tonton 21"(9)...
Compte tenu de leur spécificité et de leur mode particulier
d'intervention, il est proposé, pour éviter toute confusion,
de les appeler, au moins provisoirement, les banquiers ambulants(10)
(ou B.A.).
Ce nom désigne des personnes, se déplaçant en principe
tous les jours auprès de leurs clients et leur offrant des services
financiers. La forme la plus usitée est la remise d'une carte, avec
31 cases, portant le nom, l'adresse et parfois la photo du B.A. Client
et banquier se mettent d'accord sur un montant journalier de cotisation
(de 25 CFA à 10.000 CFA et quelquefois plus). A la fin de la carte,
le banquier rend l'ensemble des sommes cotisées par le client, moins
une mise journalière, qui constitue sa commission. Celle-ci correspond
en fait à la première mise du client(11).
Au départ, le B.A. est donc avant tout un "garde-monnaie",
qui oblige le client à épargner régulièrement
et qui met théoriquement l'argent en sécurité, contre
les risques de vol ou d'incendie ou les pressions sociales. Le coût
de ce service est d'un peu plus de 3 % par mois (1/30 ou 1/31).
Il y a bien sûr des variantes : les cotisations peuvent se faire
tous les jours de marché (soit tous les deux jours à Porto
Novo, ou tous les quatre jours sur le grand marché de Dantokpa à
Cotonou).
La durée de cotisations peut être de plusieurs mois. La
date de départ peut être fixée (par exemple le 1er
du mois) ou mobile (le client démarre quand il veut). La régularité
des cotisations peut être variable : tous les jours, ou même
plusieurs fois par jour, mais on peut aussi payer plusieurs mises d'avance
ou bien ne pas cotiser certains jours et "rattraper" par la suite.
Certains clients ont des cartes avec plusieurs banquiers, ce qui permet
de répartir les risques en cas de fuite d'un banquier. Par exemple,
quand une commerçante vend deux types de produits (par exemple le
manioc et l'huile), elle peut avoir une carte pour la vente du manioc et
une carte pour la vente de l'huile, ce qui lui permet d'avoir une indication
sur son chiffre d'affaires par activité. Ou bien elle peut cotiser
une carte pour elle-même et une carte pour sa fille, lui permettant
ainsi de l'aider à développer ses activités. Parfois
le montant de la cotisation est choisi en fonction d'une affectation prédéterminée
: le paiement du loyer ou de la facture d'électricité ou
de frais de scolarité d'un enfant.
Comme on le voit, le système permet une grande souplesse et une
bonne adaptation aux besoins d'une clientèle très diversifiée.
Mais la profession, sous la pression de la clientèle et de la
concurrence, est en train d'évoluer.
Si, au départ, la fonction première était l'encouragement
à l'épargne et sa sécurisation, il n'était
pas rare que le banquier "dépanne" son client et lui fasse
des avances sur les sommes déjà épargnées (et
donc d'un montant inférieur à l'argent collecté).
Mais la "soif de l'argent", surtout à Cotonou chez les
commerçants, pousse les banquiers à faire des avances(12)
de plus en plus tôt, le 10 ou le 5 du mois (et même le premier
jour) pour une somme correspondant aux futurs versements de la carte (soit
par exemple 15.000 CFA le 5 du mois pour une carte mensuelle de 31 cases
de 500 CFA). Certains banquiers font même du crédit sur plusieurs
mois (pour l'achat d'un taxi, l'amélioration de l'habitat, pour
monter un commerce, pour le démarrage d'une activité de cambiste(13)...)
à des clients privilégiés. Dans ce cas le crédit
est très personnalisé, avec parfois des conseils de bonne
gestion. Il peut être assorti d'un taux d'intérêt relativement
élevé (de l'ordre de 5 % par mois, voire 10 à 30 %
au Togo), d'une participation aux bénéfices ou au contraire
d'un intérêt nul mais intéressé (comme l'affirme
un B.A. : "Je gagnerai par une augmentation des cotisations journalières,
qui passeront par exemple de 1.000 CFA par jour à 5 ou 10.000 CFA".
Par rapport aux pratiques bancaires classiques, il est amusant de constater,
dans ces cas, que le client a un crédit gratuit mais qu'il paye
pour déposer son épargne. Au lieu de parler de taux d'intérêt,
il vaudrait sans doute mieux raisonner en terme de commissions pour épargne
et avance. De garde-monnaie, le B.A. est devenu un véritable banquier
avec collecte de l'épargne, avance et crédit. Cette complexification
nécessite que le B.A. dispose de fonds propres ou qu'il soit capable
de gérer correctement sa trésorerie, en utilisant les dépôts
des uns pour faire des avances aux autres.
Le métier de B.A. est donc en évolution rapide. Il est
intéressant de ce fait, pour mieux le comprendre, de connaître
ses origines.
Les avis sont assez convergents pour indiquer le pays Yoruba, au Nigeria,
comme foyer initial. Un récit plus ou moins mythique donne une organisation
des chasseurs d'ILE-IFE comme point de départ (cf. document Bénin).
Il serait intéressant de mener des enquêtes au Nigeria pour
démêler mythe et réalité et avoir une estimation
de la date de démarrage (entre les deux guerres mondiales, ou même
avant la colonisation ?).
A partir du pays Yoruba, les B.A. essaiment à travers la même
ethnie au Bénin (vers 1950 ?) par l'Ouémé puis dans
les autres département du Sud et maintenant progressivement sur
l'ensemble du pays. Les commerçants béninois servent probablement
de relais à cette invention dans le monde francophone, notamment
au Congo et au Gabon (cités dans nos enquêtes par des témoins
directs) et peut-être au Cameroun et au Zaïre (à vérifier).
Au Togo, les premiers B.A. remonteraient aussi du début des années
50. La transmission aurait eu lieu plutôt par les "anglophones",
d'où l'appellation fréquente de "yes yes" pour
les désigner, soit directement par des commerçants du Nigeria,
soit par l'intermédiaire du Ghana. Là encore deux possibilités
: des émigrés nigérians venant travailler au Ghana,
notamment pendant la période de N'Krumah ou des Ghanéens,
travaillant au Nigeria et revenant, plus ou moins volontairement, au Ghana.
Le phénomène semble également très répandu
en Côte d'Ivoire(14) depuis de nombreuses
années (et il est parfois indiqué pour ce pays l'origine
ghanéenne avec un mode de pénétration lié aux
liens familiaux de part et d'autre de la frontière).
Il ne s'agit là que de quelques jalons qui restent à vérifier et compléter mais qui sont très instructifs sur les mécanismes de diffusion spontanée et d'"intégration africaine" au-delà des frontières officielles.
II. QUI SONT LES BANQUIERS AMBULANTS ?
Les banquiers ne constituent pas une population homogène. Leurs
caractéristiques sont assez différentes selon leur ancienneté
(3 types bien marqués au Bénin), leur localisation (capitale
ou villes de l'intérieur), leur appartenance à une organisation
(membres ou non membres de la MUSOTAL à Lomé).
Si certaines ethnies sont dominantes (par exemple fon, mina, goun, yoruba,
nagot au Bénin ; tem, kotocoli, mina, ouatchi au Togo), la profession
touche maintenant la quasi totalité des ethnies, avec probablement
une progression à partir du Sud pour atteindre les villes secondaires
du Nord.
Les femmes restent minoritaires (1/54 à Cotonou, 2/9 à
Abomey-Bohicon et 10 % au Togo).
Le niveau d'instruction est relativement élevé. Au Bénin,
12,4 % ont fait des études supérieures, 30 % ont fréquenté
le second cycle des collèges et 32 % se sont arrêtés
au 1er cycle du secondaire. 24 % seulement n'ont pas franchi le CEPE et
1,6 % sont analphabètes.
Au Togo, 72 % ont suivi le primaire ou le secondaire jusqu'à
la classe de 3ème, 14 % ont été jusqu'en terminale
et 14 % ont suivi l'école coranique.
Au Bénin, la plupart des banquiers sont arrivés dans ce
métier à la suite de la faillite des entreprises, du gel
des recrutements de la fonction publique ou de l'utilisation des liens
tissés dans le cadre de leurs activités antérieures
(notamment artisans et commerçants).
Au Togo, les B.A. sont surtout des anciens artisans, commerçants
et fonctionnaires.
Tableau 1: Profession antérieure des B.A.
|
BÉNIN |
TOGO |
|
| Ouvriers et artisans
Fonctionnaires Commerçants Élèves et étudiants Apprentis Autres |
38 %
29 % 8 % 23 % 2 % - |
38 %
14 % 24 % - - 24 % |
| 100 % | 100 % |
Les banquiers estiment être satisfaits de ce qu'ils font et comptent exercer ce métier pendant longtemps (presque la totalité au Togo et 75 % au Bénin). Ils considèrent celui-ci comme une véritable profession, générant des revenus non négligeables, souvent supérieurs à ceux d'un fonctionnaire, et des satisfactions morales (entraide, relations humaines...). C'est un métier qui n'exige pas d'importants investissements au départ ni de connaissances spécifiques mais une santé robuste et un sens aigu des relations humaines et de l'organisation pour gagner la confiance de la clientèle.
III. POUR QUELLE CLIENTÈLE ?
Celle-ci a été déterminée à la fois
par les déclarations des B.A. et par un échantillon de clients(15).
D'après les B.A. leur clientèle est constituée avant
tout de femmes commerçantes mais elle comprend aussi des artisans,
des prestataires de services (tailleurs, taximen, coiffeurs, zemidjans(16)...),
des apprentis, des fonctionnaires ou des écoliers/étudiants.
D'après le relevé des cartes, à Cotonou la clientèle
féminine représente 79 % de la clientèle, soit 9.793
unités pour les 63 banquiers contre 2.620 clients hommes (21 %).
Le pourcentage était de 69 % de femmes à Abomey-Bohicon.
La progression est très rapide au cours des 5 dernières années
mais encore davantage pour la clientèle masculine (à Cotonou
une progression de 72 % pour les femmes et 110 % pour les hommes entre
1986-1987 et 1991-1992).
Au Togo, la clientèle féminine est d'environ 80 %.
Les commerces peuvent être généraux ou spécialisés
(ventes de tissus ou friperies, ventes de pièces détachées
d'auto-motos, essence de contrebande...). Ils peuvent être également
liés à une première transformation des produits agricoles
(huile rouge, gari, beignets d'arachide...). L'accès à ces
professions se fait à partir d'effort personnel et/ou de concours
familiaux (dans environ 70 % des cas), plus rarement par recours au crédit
(en nature ou en espèces ou par tour de tontine mutuelle).
Il faut souligner que les B.A. interviennent peu pour aider les clients
à se lancer dans de nouvelles activités, mais qu'ils consolident
des activités déjà existantes, ou favorisent la diversification
et certaines mutations professionnelles.
La clientèle change souvent d'activités (au Togo seulement
24 % des clients enquêtés continuent d'exercer leur activité
d'origine) ou de type de commerce; on exerce plusieurs activités
en même temps ou on passe de l'une à l'autre en cours d'année
(par exemple, l'artisan urbain qui retourne à la terre pour obtenir
son autosuffisance alimentaire pendant une campagne agricole et qui revient
en ville).
Même si les activités semblent relativement homogènes
(commerce, artisanat, services...) il faut noter, d'après les déclarations
des clients, une très forte différenciation selon le capital
disponible au moment du démarrage de l'activité(17)
et selon le revenu mensuel.
Au Bénin, 40 % ont un revenu mensuel inférieur à 30.000 CFA
49 % ont un revenu compris entre 30.000 et 60.000 CFA
8 % ont un revenu entre 60.000 et 100.000 CFA
3 % ont un revenu supérieur à 100.000 CFA
Au Togo, le taux de non réponse est trop fort pour permettre
une ventilation significative.
Les deux problèmes principaux cités par la clientèle
sont la faiblesse du fonds de roulement et l'insuffisance ou l'irrégularité
du marché. Deux contraintes malheureusement contradictoires car
si on arrive, grâce au crédit, à augmenter les fonds
de roulement, on risque fort de ne pas pouvoir augmenter son chiffre d'affaires,
sauf si l'amélioration de l'approvisionnement grâce à
des achats en grande quantité permet de diminuer les prix de vente,
ce qui est loin d'être démontré.
La plupart des clients choisissent leur B.A. à partir d'une petite
enquête auprès des amis, connaissances et clients, à
la fois sur les marchés et dans les quartiers. Les critères
essentiels de choix sont la connaissance, la confiance, le sérieux
et l'honnêteté, donc des garanties purement morales.
La confiance n'est cependant pas totale. Certains répartissent
leurs cotisations entre plusieurs banquiers. La plupart (71 % au Bénin)
ont recours à la fois à la garde à domicile et aux
services du B.A. Seulement 11 % au Bénin combinent B.A. et comptes
dans les banques classiques et CCP.
Les principales motivations de la clientèle sont la facilité
d'avance-crédit (63 % au Bénin), l'adaptation du système
à la modicité des revenus (34 % au Bénin), l'obligation
d'épargne (10,7 %), la souplesse de la formule pour les versements
et retraits (date et montant) pour 9 % et la disponibilité de l'épargne
à tout moment (5,3 %).
Au Togo, les raisons de participation sont le renforcement du fonds
de roulement (30 %), la plus grande adaptation des B.A. par rapport aux
banques classiques (26 %), la sécurité de l'épargne
(13 %), l'incapacité de garder soi-même son épargne
(9 %), l'épargne disponible à tout moment (8 %), le crédit
rapide et disponible (8 %).
Au Togo, il y a une orientation vers l'épargne alors qu'au Bénin
le phénomène d'avance-crédit est prédominant.
Cette préférence pour les avances est bien illustrée
à Cotonou par le tableau suivant. Le phénomène est
beaucoup moins marqué à Abomey-Bohicon.
Tableau 2: Périodicité de l'accès aux
avances
|
Date accès aux avances |
Clientèle bénéficiaire à Cotonou |
Abomey |
| Dès la 1ère mise
5 du mois 10 du mois 15 du mois |
17 %
17 % 28 % 33 % |
Sans
périodicité fixe |
| 95 % | 24 % |
A Cotonou, 95 % de la clientèle ont donc recours à des
avances avant la fin du mois, ce qui nécessite des fonds propres
pour le B.A., complique leur gestion de trésorerie et rend difficile
la rémunération des dépôts de B.A. auprès
des banques classiques.
A Lomé, les avances n'excèdent pas les montants des cotisations
déjà effectuées par le client. Mais les crédits
sont relativement fréquents pour les clients réguliers et
bien connus des banquiers (28 % des clients interrogés déclarent
en avoir obtenu).
Dans l'ensemble, les conflits ou litiges sont relativement rares entre clients et B.A. Ils se règlent presque toujours à l'amiable. Les torts sont souvent réciproques : certains clients cherchent à falsifier des cartes ou contestent, à tort ou à raison, les sommes versées et le monnayage. Le risque le plus grand reste cependant la fuite du banquier, par malversation volontaire ou incapacité à rembourser l'épargne à la suite d'erreurs ou d'avances imprudentes à des clients qui ne respectent pas leurs échéances. Le respect des règles sociales est donc loin d'être parfait dans l'"informel".
IV. ORGANISATION DU TRAVAIL ET SYSTÈME COMPTABLE
-- Au départ, la clientèle se crée par l'intermédiaire
de connaissances, amis et parents. Elle croît rapidement par la régularité
de paiement (avance et versement de l'épargne), l'honnêteté,
la bonne renommée et en dernier lieu l'ancienneté.
-- Le contact journalier avec la clientèle exige un travail très
intense.
Au Bénin 36 % des B.A. travaillent 60 à 90 heures par
semaine en 6 journées de travail
22 % travaillent 48 à 60 heures avec 6 journées
42 % travaillent moins de 35 heures avec 5 journées (notamment
ceux d'Abomey-Bohicon et ceux qui exercent une autre activité).
Au Togo, la plupart des B.A. travaillent 5 jours par semaine. 31 % des
B.A. dépassent 40 heures de travail par semaine. Certains vont même
au delà de 60 heures.
D'où, très souvent, l'usage de "médicaments"
pour tenir le coup.
-- Même si l'essentiel du travail se fait sur les marchés
(celui de Dantokpa recouvre les 2/3 de la clientèle de Cotonou),
les distances moyennes parcourues tous les jours sont assez longues (par
exemple 55 km en moyenne à Cotonou) mais beaucoup plus faibles dans
les villes secondaires.
-- Dans l'immense majorité des cas (86 % au Bénin et 93
% au Togo), le B.A. est un travailleur individuel. En cas d'absence ou
de maladie, il prévient ses clients à l'avance. Lorsque la
clientèle grandit, certains commencent à avoir recours à
une aide familiale (parent direct ou enfant) qu'ils introduisent progressivement
auprès de leur clientèle.
Il faut noter à Cotonou la création de quatre établissements
ayant des collecteurs salariés et exerçant cette fonction
parmi d'autres activités économiques, sociales et culturelles.
Le plus important est Africa Culture, association dont "la vocation
est de promouvoir le patrimoine culturel africain et le panafricanisme.
Elle a créé depuis 1987 un Département "Banque
des Pauvres". De 87 à 91 plus de 600 millions ont été
collectés et environ 5.000 personnes ont pu accéder à
des crédits d'installation ou de consolidation de leurs activités
économiques. 6 employés-coursiers(18)
sont salariés. Africa Culture a également formé une
vingtaine de futurs B.A. (une dizaine pour le Bénin et le reste
pour le Togo, le Niger, le Cameroun et la Côte d'Ivoire(19)).
V. ACTIVITÉS ÉCONOMIQUES ET REVENUS DES B.A.
C'est évidemment une partie délicate de l'enquête,
qui nécessite l'instauration d'un climat de confiance entre enquêteurs
et B.A. et donc souvent plusieurs passages. Le nombre de non réponses
ou de réponses non vraisemblables reste cependant peu élevé.
A Lomé, les déclarations de 8 B.A. de la MUSOTAL ont pu être
confrontées par le dépouillement systématique des
cartes pendant 8 mois (juillet 91 à février 92) et ont pu
être comparées dans 4 cas à une étude précédente
de 1989 portant sur le dépouillement de leurs cartes pendant toute
une année(20).
Les écarts entre déclarations et relevés sont importants
(souvent de l'ordre de 30 %), ce qui est le signe d'une connaissance insuffisante
de leur situation financière par les B.A. 3 banquiers ont surestimé
leur revenu et 5 l'ont sous-estimé.
Le détail des renseignements (année de démarrage,
clientèle de départ et clientèle actuelle, mises minimales
et maximales, épargne journalière) figure dans chacun des
rapports pays. Ne seront donnés ici que des renseignements synthétiques,
en tenant compte des différents types de banquiers.
Tableau 3: Évolution de l'activité des banquiers
ambulants
| Effectif des B.A. interrogés | Clientèle départ | Clientèle actuelle
/banquier |
Moyenne épargne journalière FCFA | |
| BÉNIN
- Cotonou. anciens banquiers (1977-1987) - Cotonou. banquiers intermédiaires (1988-1990) - Cotonou. nouveaux banquiers (à partir de 91) - Abomey-Bohicon TOGO - Lomé. MUSOTAL - Lomé, non MUSOTAL - Villes secondaires |
14 27 13 9 13 6 10 |
30 44 15 34 ND ND ND |
350 235 90 137 394 226 189 |
137.000 52.400 24.800 22.000 148.461 60.000 41.250 |
L'étude à Lomé, à partir du dépouillement
des cartes de 8 banquiers, donnait les résultats suivants (tableau
ci-après).
Mais s'il existe quelques cas où la mise minimum est de 25 ou
50 CFA, la mise minimale habituellement pratiquée (par exemple dans
72 % des cas à Cotonou) est de 100 CFA. A Lomé, les mises
les plus fréquentes sont 200 CFA (35 % des cas), 300 CFA (30 %)
et 500 CFA (15 %). La mise maximale est beaucoup plus dispersée
: 500, 1.000, 2.000, 3.000, 5.000 CFA mais souvent davantage(21).
A Cotonou, l'épargne moyenne journalière est de 66.000
CFA ce qui correspond environ à 2 millions/mois/banquier.
A Abomey et Bohicon, elle est seulement de 700.000/mois/banquier.
Au Togo, pour les 8 banquiers de la MUSOTAL dont les cartes ont pu être
dépouillées, l'épargne moyenne mensuelle est d'environ
5 millions par mois/banquier mais elle serait de 4,4 millions pour l'ensemble
de la MUSOTAL, de 1,8 millions pour les B.A. de Lomé non affiliés
à la MUSOTAL et d'environ 1,2 millions pour les villes secondaires.
Tableau 4: Évaluation de l'épargne journalière
par banquier ambulant au Togo
|
Mois tontinier |
Juillet 1991 |
Août 1991 |
Septembre 1991 |
Octobre 1991 |
Novembre 1991 |
Décembre 1991 |
Janvier 1992 |
Février 1992 |
|||||||||
|
N |
Sexe |
Ép.jour |
% |
Ép.jour |
% |
Ép.jour |
% |
Ép.jour |
% |
Ép.jour |
% |
Ép.jour |
% |
Ép.jour |
% |
Ép.jour |
% |
| 1 2 3 4 5 6 7 8 |
M M M F M M M M |
189.150 69.100 168.450 332.200 196.150 204.650 231.700 200.450 |
11,88 04,34 10,58 20,87 12,32 12,86 14,56 12,59 |
191.300 72.850 162.920 274.700 234.250 223.200 248.550 267.050 |
11,42 04,35 09,73 16,40 13,99 13,33 14,84 15,94 |
212.050 78.000 184.650 161.100 215.300 204.650 235.050 248.150 |
13,78 05,07 12,00 10,47 13,99 13,30 15,27 16,12 |
192.900 51.100 211.600 254.400 150.100 252.350 211.500 239.500 |
12,34 03,27 13,53 16,27 09,60 16,14 13,53 15,32 |
193.600 38.150 179.450 281.500 185.750 204.850 159.500 203.550 |
13,39 02,64 12,41 19,46 12,84 14,16 11,03 14,07 |
57.550 33.400 131.100 148.900 118.900 156.100 206.800 217.800 |
05,38 03,12 12,25 13,90 11,11 14,58 19,32 20,34 |
168.300 50.450 176.750 267.350 225.700 200.300 283.000 273.800 |
10,23 03,06 10,74 16,25 13,71 12,17 17,20 16,64 |
184.350 34.200 214.800 307.500 249.350 151.800 191.950 230.350 |
11,78 02,19 13,73 19,66 15,94 09,70 12,27 14,73 |
|
TOTAL |
1.591.850 | 100 | 1.674.820 | 100 | 1.538.950 | 100 | 1.563.450 | 100 | 1.446.350 | 100 | 1.070.550 | 100 | 1.645.650 | 100 | 1.564.300 | 100 | |
En principe le revenu mensuel brut des B.A. correspond au montant de
l'épargne journalière puisque le banquier prend une mise
journalière par mois comme commission. La réalité
est un peu plus complexe, car les B.A. ont assez souvent des pertes dans
les opérations de monnayage. De plus toutes les avances ne sont
pas remboursées ou le sont avec retard. Mais aussi certains B.A.
font de véritables crédits, d'une durée supérieure
à 30 jours, avec des taux d'intérêt variant de 5 à
20 % par mois.
On peut cependant, en première approximation, assimiler épargne
journalière et revenu brut. En écartant certaines réponses
fantaisistes et en effectuant des recoupements, il a été
possible d'obtenir des ordres de grandeur des différentes dépenses
engagées, ce qui permet de calculer un revenu net.
Tableau 5: Revenus des banquiers ambulants
| Anciens B.A. Cotonou | B.A. int. Cotonou | Nouveaux B.A. Cotonou | B.A.
Abomey |
Lomé
MUSOTAL (1) |
Lomé non MUSOTAL (1) | Tabligbo (1) | Sokode (1) | |
| Revenu brut Dépenses - cartes - documents - carburants - entretien/petites réparations - grosses réparations - amortis. moto - divers |
137.000 3.850 520 9.810 10.000 3.000 4.000 |
52.400 2.440 365 8.390 8.240 3.000 4.000 |
25.000 950 230 4.350 5.930 3.000 4.000 |
22.000 2 900 100 2.500 2.500 - 4.000 1.500 |
148.461 18.650 |
60.000 13.275 |
35.000 14.933 |
43.928 14.257 |
| Total dépenses | 31.180 | 26.435 | 18.460 | 11.500 | 18.650 | 13.275 | 14.933 | 14.257(22) |
| Revenu net arrondi | 105.000 | 26.000 | 7.000 | 10.500 | 130.000 | 47.000 | 20.000 | 30.000 |
La situation économique des banquiers est donc assez différente selon chaque type de B.A. et selon les villes (principales ou secondaires).
Le nombre de clients varie par type de banquiers de 90 à 350 au Bénin et de 190 à 400 au Togo(23).
Le revenu net des banquiers installés (anciens banquiers à
Cotonou, membres de la MUSOTAL à Lomé) est important (supérieur
à 100.000/mois) et dépasse les salaires des cadres supérieurs
de la fonction publique. La situation est beaucoup moins enviable pour
les autres et est du même ordre de grandeur que celui de leur clientèle
(entre 10.000 et 50.000).
Si l'on essaye maintenant d'avoir une idée de l'importance macro
économique des B.A., il faut donc par recoupements successifs et
enquêtes sommaires avoir un ordre de grandeur provisoire du
nombre de B.A. par pays. Ces estimations s'affineront au fur et à
mesure d'investigations complémentaires (étudiants, entretiens
avec des cadres installés depuis longtemps, déclarations
de banquiers...).
Au Bénin il a été estimé l'existence de
:
180 B.A. à Cotonou
260 B.A. dans les villes secondaires.
Au Togo, on peut retenir à titre d'hypothèse une soixantaine
de banquiers à Lomé et une centaine dans les villes de l'intérieur(24).
En utilisant les typologies dégagées, les extrapolations
conduiraient à un montant d'épargne mensuelle collecté
d'environ 750 millions de CFA au Bénin et 270 Millions au Togo(25).
D'après les enquêtes précises menées au Togo
et les déclarations des B.A., il faut toutefois noter d'assez fortes
variations mensuelles et une grande sensibilité aux événements
politiques (par exemple novembre-décembre 1991 à Lomé)
et économiques (crises des banques, vagues de licenciements au Bénin).
En définitive, les sommes en jeu sont importantes, même
si elles restent faibles par rapport à la masse monétaire
nationale ou aux dépôts dans les banques classiques(26).
Elles se comparent cependant tout à fait favorablement avec les
activités des Coopec en milieu rural et urbain.
Ce qui est plus important, c'est la capacité des B.A. à
offrir à une clientèle diversifiée de plusieurs dizaines
de milliers de personnes des services simples et adaptés d'épargne
et d'avances, avec parfois même du crédit. Le coût de
ces services financiers est facilement accepté par la clientèle
et est presque toujours de 3,3 % par mois, ce qui est supérieur
au taux usuraire officiel (24,4 % par an) mais inférieur aux prêts
habituels (10 à 20 % par mois).
Les B.A., en définitive, à côté des tontines mutuelles et des contributions familiales, soutiennent les activités de commerce, transformation et services de la majorité de la population active.
VI. RAPPORTS DU BANQUIER AMBULANT AVEC SON ENVIRONNEMENT
-- Pour le moment, sauf les évolutions récentes (cf. 8ème
Partie concernant la MUSOTAL et l'ATOCO(27)),
les B.A. travaillent d'une manière isolée. Ils se connaissent
parce qu'ils se côtoient sur les mêmes marchés, mais
ils se considèrent comme des concurrents. Au Bénin, 90 %
affirment qu'il n'y a jamais eu répartition entre eux de la clientèle
ni échange d'expériences sur le mode d'organisation du travail.
Cependant une petite minorité (environ 10 % au Bénin)
appartiennent à des groupements informels de 5 à 20 personnes
(venant du même village, de la même ethnie ou de la même
religion, comme le christianisme céleste) ayant avant tout des activités
sociales. 40 % des B.A. au Bénin participent également à
des tontines mutuelles d'argent (qu'ils considèrent comme un fonds
de garantie et de prévoyance sociale) ou des tontines de boissons.
A noter également pour les ressortissants de Porto Novo vivant dans
le quartier Akpakpa à Cotonou des cotisations à un fonds
de prévoyance (réjouissances, décès, accidents,
vols, petits prêts en cas de difficultés).
Au Togo, il y avait eu une première tentative de regroupement
d'une soixantaine de B.A., en liaison avec la Centrale Syndicale.
-- Les B.A. sont en relations régulières avec les banques
formelles pour déposer leurs excédents de trésorerie
(76 % au Bénin et au Togo 83 % avec les banques et 10 % avec la
Caisse Nationale d'Epargne).
Au Togo, 35 % déposent leur argent tous les jours,
38 % déposent leur argent 2 à 3 fois par semaine.
Au Bénin, la crise bancaire de 86-87 a rendu méfiants
les B.A. De plus, compte tenu de la croissance des avances demandées
par le client, il existe très peu d'excédents de trésorerie
à placer. Un des avantages importants des banques formelles, d'après
l'avis des B.A., est de leur fournir des billets et pièces neufs,
ce qui semble un bon outil de marketing vis-à-vis des clients et
ce qui est demandé pour les diverses cérémonies.
Les rapports sont quasiment inexistants avec les Coopec et peu importants
avec la poste.
Comme les dépôts mais aussi les retraits sont fréquents,
la rémunération des comptes bancaires (intérêts
moins frais de tenue de compte) est très réduite et n'est
pratiquement jamais citée par les B.A. comme un avantage. Les B.A.
n'obtiennent pas de crédit auprès de leurs banques. Celles-ci
ne jouent donc qu'un simple rôle de garde-monnaie, permettant en
principe la sécurité (mais certains B.A. au Bénin
ont perdu des sommes importantes dans la faillite des banques).
De l'autre côté, même si certains employés
de banque recourent à titre individuel aux services des B.A., il
n'existe pas de reconnaissance ou d'intérêt particulier pour
les B.A. Ceux-ci sont considérés comme des clients ordinaires
ou des commerçants qui déposent et retirent très fréquemment
leur argent, sans laisser d'épargne longue.
-- Même si l'activité des B.A. n'est pas encore juridiquement
reconnue, il semble qu'au cours de ces dernières années,
les tracasseries de l'administration ou de la police ont considérablement
diminué. Au Bénin, les B.A. observent que depuis la démocratisation,
la police a amélioré la surveillance et la sécurité
auprès des grands marchés et que les risques de vol ont diminué.
De plus en plus, les B.A. les plus sérieux sont en faveur d'une véritable reconnaissance de leur profession et en acceptent la contrepartie, c'est-à-dire une taxation fiscale, à condition que celle-ci soit modérée et négociée entre leurs représentants et le Gouvernement.
VII. UNE BANQUE TONTINIÈRE : OPÉRATIONS 71 - GMT
Intérêt
A côté des banquiers ambulants, il existe à Cotonou,
depuis 1971, une institution originale, appelée Opérations
71 ou "Organisation privée d'entraides rationnelles".
Celle-ci est intéressante à plus d'un titre :
-- en soi, comme exemple illustratif d'une dynamique du secteur informel
sur une période de plus de 20 ans,
-- comme un exemple d'une évolution possible des B.A. puisqu'au
départ les produits proposés étaient les mêmes,
-- comme une éventuelle approche alternative aux traditionnelles
Coopec (Coopérative d'épargne et crédit) ou "projets"
pour offrir des services financiers à une population non ou peu
bancarisée,
-- enfin, comme élément déterminant et fédérateur
possible des banquiers ambulants de Cotonou, puisqu'elle est en train de
devenir peut-être la caisse centrale de certains banquiers.
Création
Au départ, le promoteur et toujours animateur principal, E.H.
GIBIRILA, était encore élève (vers 1968-69) et voyait
fonctionner autour de lui les banquiers ambulants.
Il se lança dans cette activité, simplement au début
pour les membres de sa grande famille (son père a 4 femmes) et donc
mène les activités de B.A. mais en restant sédentaire,
au sein de la concession familiale, au carré 122 à Cotonou.
Puis, à son étonnement, des gens du quartier viennent lui
demander de déposer leur épargne chez lui.
Avec 6 autres amis(28), ils décident,
le 1/1/1971, de créer une association appelée "Organisation
privée d'entr'aides rationnelles", reconnue en 1973 (N 73/25/MIS/DAI/Assoc.
du 7/7/73). Ils prennent un bureau et engagent un salarié temporaire
(qui vient tous les soirs entre 19 h et 20 h) pour recevoir les cotisations
des clients. Comme leur nombre augmente, le salarié devient permanent,
puis d'autres salariés viennent s'ajouter (actuellement 8 salariés
à temps plein plus Gibirila, qui est salarié en tant que
CAFA (chargé des Affaires Financières et Administratives)).
Donc au départ un fonctionnement comme banquier "ambulant",
avec comme caractéristique originale le caractère sédentaire
du banquier.
Les produits et leur évolution
Une des raisons de l'extension de Opérations 71 est d'avoir su
proposer une gamme diversifiée de produits (alors qu'en général
le B.A. ne propose que la cotisation journalière avec possibilités
d'avances), s'adaptant aux besoins d'une clientèle variée.
Actuellement il existe 5 produits avec, pour certains, quelques
variantes.
a) La cotisation journalière (C.J.), créée
en 1972, avec 3 possibilités, une carte de 12 jours, une carte de
100 jours, une carte de 500 jours(29).
Au départ (1972) le choix était plus étendu avec des
cartes de 12 - 30 - 60 - 180 - 500 et 1.000 cases. La mise était
libre (25 - 100 - 200 et plus). Actuellement la mise est libre mais le
minimum est de 500 CFA.
b) Le Million de membre cotisant (MMC) - (créé en 1985)
En principe, tous les membres de Opérations 71 sont automatiquement titulaires d'une carte MMC. Ils paient une cotisation de 800 CFA, 2.000 CFA de frais de dossier et actuellement quatre mises de 2.000 CFA pour être adhérents de l'association. Le MMC est un produit d'épargne, où le membre doit cotiser 488 fois 2.000 CFA. Lorsqu'il atteint ce nombre il reçoit 12 cotisations gratuites (appelées AGAM, appointements gratuit accordé aux membres) et peut ainsi récupérer un million en ayant versé seulement 976.000 CFA.
Le membre peut obtenir une avance sans intérêt sur les sommes déjà épargnées.
A côté de ces deux produits axés sur l'épargne,
3 autres produits permettent avant tout des avances.
c) La cotisation journalière avec avance (CJA). Créée
en 1987, elle fonctionne sur 30 jours, avec des avances possibles dès
le premier jour. Ce produit est identique à celui des B.A.
d) La cotisation par jour de marché (CJM, créée
en 1987). Le grand marché de Dantokpa se tenant tous les 4 jours,
il existe deux variantes, l'une avec 15 cases (ou 2 mois de cotisation),
l'autre avec 30 cases (ou 4 mois). Les avances sont possibles après
le 1er ou le 11ème marché.
e) La cotisation mensuelle (CM, créée en 1985).
Au départ, la durée de cotisation était de 10 mois
mais elle a été ramenée à 6 mois. Elle permet
d'avoir aussi des avances dès le 1er mois.
Trois autres produits, qui fonctionnaient encore en 1990 lors de notre
étude pour la BOAD, ont été suspendus. Il s'agit de:
-- la cotisation mutuelle avec tirage (CMT, créée
en 1988), qui est une tontine mutuelle classique avec tirage mais les gens
se décourageaient à partir du 5ème tour et ne cotisaient
plus régulièrement;
-- la cotisation mutuelle progressive (CMP, créée
en 1987). "Le membre prend une carte de cotisation mensuelle. Il paie
5.000 CFA le 1er mois, 6.000 CFA le 2ème mois et chaque mois 1.000
CFA supplémentaires pour déboucher à 14.000 CFA le
10ème mois". L'ensemble des cotisations des 10 mois correspond
à 95.000 CFA. Opérations 71 lui versera alors 100.000 CFA";
-- la cotisation camerounaise (CC, créée en 1988).
"Elle est inspirée d'une tontine pratiquée au Cameroun
par les Bamileke et dont la levée est basée sur les enchères.
Chez nous, c'est tout à fait différent. Il s'agit d'un placement
à volonté et rémunéré par mois. Le membre
prend une carte avec 100 numéros. La valeur d'un appointements est
de 1.000 CFA. Quand il aura atteint 100.000 CFA d'épargne, il peut
soit ramasser l'épargne cotisée, soit la laisser, ce qui
lui rapportera une rémunération de 1 % par mois".
Ces deux produits étaient appréciés et encourageaient
la constitution d'une épargne progressive relativement longue, dégageant
ainsi des liquidités. Mais elles entraînaient des coûts
pour Opérations 71 (cotisations gratuites), qui ne sont plus indispensables
puisque de nouvelles liquidités proviennent de la mutuelle GMT (voir
plus loin).
D'autres produits sont à l'étude ou en lancement (avril
92). Le DDM (dixième du million) avec des cotisations de 200 CFA
et non plus de 2.000 CFA, ce qui permet l'accès à une clientèle
moins aisée; la CU (cotisation unique) qui est en réalité
un prêt avec le remboursement en une seule fois à une date
précise et la cotisation camerounaise série C (créée
en avril 92) qui est une carte rémunérée à
1,1 % mensuel mais où tout dépôt doit être un
multiple de 100.000 CFA.
Au-delà des modalités particulières, dans lesquelles
le lecteur pressé s'est peut-être perdu, ce qu'il faut noter
c'est la grande capacité d'adaptation à une clientèle
variée (les uns cotisent 200 ou 500 CFA et les autres 100.000 CFA)
et d'évolution : on supprime la CMT (mutuelle classique) parce
qu'on s'aperçoit que les clients manquent de patience et se découragent
; on suspend CMP et CC car Opérations 71 trouve des liquidités
sous d'autres formes (et donc il est inutile de rémunérer
l'épargne pour la faire venir). Mais comme les clients sont intéressés
par ce produit, on les reprendra tels quels ou sous une autre forme (par
exemple cotisation camerounaise série C) ; on va créer le
DDM qui est la même formule que le Million de membre cotisant mais
pour une clientèle moins aisée ; on diminue le nombre de
possibilités de cotisations journalières (3 au lieu de 6)
sans doute pour simplifier la gestion et diminuer le coût des cartes.
Opérations 71 et ses prolongements
Le même bâtiment regroupe Opérations 71, une entreprise
commerciale de mercerie, l'ETIREG qui est la propriété personnelle
d'E.H. GIBIRILA, une mutuelle GMT, créée le 8/7/90 et une
Coopérative d'Epargne et Crédit, la COOPEC de GBEGAMEY créée
le 8/3/91.
-- La Coopec est une activité menée à titre
expérimental, avec l'appui du CONAPSCEC(30).
Opérations 71 prête un local et un de ses employés
comme gérant à temps partiel. Certains clients de Opérations
71 ou de GMT adhèrent à la Coopec mais les activités
commencent doucement (2,4millions d'épargne au 24/1/92 pour 73 membres).
-- La mutuelle GMT, du nom de son créateur GIBIRILA M. TAOFIC,
est en fait un club d'investisseurs, avec 4 catégories de membres
:
Au 10/4/92, la situation était la suivante :
. Membres cotisants:
500 x 5.000 de cotisations, soit 2.500.000 CFA
. Membres titulaires:
150 x 50.000 de cotisations, soit 7.500.000 CFA
. Membres privilégiés:
150 x 500.000 de cotisations, soit 75.000.000 CFA
. Membres d'honneur:
21 x 5.000.000 de cotisations, soit 105.000.000 CFA
TOTAL: 821 membres 190.000.000 CFA
Ceci peut être considéré comme un capital social
qui donne droit à des dividendes. De plus, les cotisations des membres
titulaires, privilégiés et d'honneur sont rémunérées
à 1 % par mois. Il est créé à GMT depuis le
19/2/91 une cotisation rémunérée (CR) au taux mensuel
de 1,1 % dont, au 10/4/92, le montant mobilisé s'élève
à 276 millions FCFA. Enfin, il existe également un autre
produit, Epargne Volontaire, qui n'est pas rémunéré
et dont, au 30/03/92, le montant mobilisé avoisinait 75 millions
de FCFA.
Les diverses cotisations permettent d'accorder des avances ou des crédits
soit directement aux membres soit dorénavant à certains banquiers
ambulants (voir 8ème Partie), à des taux d'intérêt
de 2 % par mois. Les prêts sont décidés par E.H. GIBIRILA
après discussions personnelles avec l'emprunteur. Ils sont généralement
assortis de garanties matérielles (titres de propriété
foncière, dépôts de bijoux...). Des amendes sont versées
en cas de retard.
Pour l'année 1991, GMT a octroyé à 462 membres
un montant de crédit égal à 1 070 972 916 FCFA.
Organisation - Système comptable - Autres activités
Comme on a pu le constater, Opérations 71 et GMT sont très
liés à la personnalité de son promoteur, même
si celui-ci est officiellement seulement CAFA (Chargé des affaires
financières et administratives). En fait c'est lui qui prend les
initiatives et les décisions (notamment d'octroi de crédit),
contrôle et centralise la trésorerie. Il est aidé dans
sa tâche par 8 agents permanents salariés (secrétaires,
contrôleurs, agents de recouvrement). Il existe à Opérations
71 un conseil d'administration de 4 membres (dont E.H. GIBIRILA est le
trésorier). Le pouvoir exact des autres membres du C.A. (Président,
Vice Président, Secrétaire) ne nous est pas réellement
connu.
Du point de vue comptable, les diverses informations relatives aux opérations d'épargne et crédit sont enregistrées manuellement sur des cartes et des registres. Un système informatique est en cours de mise en place mais sans modification du système comptable.
Les principaux documents sont le livre principal, le livre de crédit,
le livre d'épargne, l'état des ristournes et charges et la
balance de la caisse centrale GECO. Celle-ci indique le montant des différentes
entités: GMT, ETIREG, COOPEC et Opérations
71 (GMT représentant environ 80 % des disponibilités).
La trésorerie est suivie très régulièrement,
puisque le CAFA reçoit tous les jours deux situations de trésorerie,
en fin de matinée et en fin d'après midi.
Les fonds disponibles sont en général placés à
concurrence de 50 % dans des comptes en banque sous forme de dépôt
à terme ou de compte courant.
La centralisation des comptes et des moyens(31)
et l'organisation actuelle de la comptabilité ne permettent pas
d'établir un compte d'exploitation par activité, ni d'avoir
une trésorerie prévisionnelle, ni d'avoir des vérifications
très précises entre enregistrements et situations de caisses.
On peut cependant avoir une approximation des dépenses mensuelles
(475.000 CFA de charges de personnel dont 60.000 CFA de prime de gérance
du CAFA et environ 40.000 CFA de frais généraux).
Chaque année, sur les bénéfices, Opérations
71 et GMT organisent deux fêtes pour les adhérents et leurs
conjoint(e)s, ce qui est un moyen de créer un "esprit de famille"
et d'affirmer le caractère non lucratif de l'entreprise, en utilisant
aussi les surplus disponibles.
Opérations 71 a également des activités sociales
(prise en compte de la dette des membres défunts, assistance à
la famille en cas de décès ou d'invalidité, location
gratuite de cuillères, fourchettes, couteaux, plats, verres pour
les adhérents organisant une réception).
La meilleure preuve de la bonne santé de Opérations 71
- GMT est sans doute sa longévité (plus de 20 ans) et le
fait qu'elle ait traversé la crise économique et bancaire
récente du Bénin (1988-1990) sans dommages (en retirant à
temps ses placements en banque avant la crise de liquidité), mais
les risques demeurent, en cas d'impayés, de plonger dans les dépôts
ou l'épargne pour couvrir les charges et de se trouver ultérieurement
en cessation de paiements.
Clientèle de Opérations 71
Une enquête menée auprès de 100 clients de Opérations
71 montre des activités identiques à celles des clients des
B.A. (74 % font du commerce, 14 % font de l'artisanat). Ils sont avant
tout à la recherche d'avances/crédit pour consolider leurs
affaires, renouveler leurs stocks, investir. La majorité (80 %)
ont adhéré à Opérations 71 à la suite
de la crise sociale et économique du Bénin (1986-1987). Avant
de s'inscrire, 68 % étaient en rapport avec des B.A. mais ils ne
sont plus que 24 % aujourd'hui. 28 % ont actuellement des relations avec
des banques classiques et 38 % participent à des tontines mutuelles.
Ce qui montre bien la stratégie des clients qui trouvent des intérêts
différents dans les diverses institutions financières, formelles
et "informelles". Il faut noter toutefois la tendance à
la substitution des B.A. par Opérations 71.
De même sur 100 clients de Opérations 71, 32 font aussi
partie de GMT et 5 de la Coopec GBEGAMEY.
On peut aussi noter, d'après le montant des cotisations, les
activités, le niveau d'études, que la clientèle de
Opérations 71, même si elle est diversifiée, a tendance
à être d'un niveau socio-économique supérieur
à celle des B.A. ordinaires. Il faut aussi souligner une tendance
à hiérarchiser les cotisations, les produits, les statuts(32)
pour permettre à chacun de participer tout en maintenant les différences
mais aussi les possibilités d'évolution(33).
Impact économique
Il n'est pas possible de retracer avec précision l'évolution
des membres depuis la création et le chiffre d'affaires par produits.
L'examen du registre des adhésions révèle que les
activités ont pris de l'ampleur à partir de 1987 (période
de la crise dans le secteur bancaire classique). Il semble qu'avant cette
date, il n'existait pas de registre. Ci-dessous, l'évaluation de
1987 au 31.03.1992.
Tableau 6: Évolution du nombre de clients d'OPÉRATIONS
71
| Année | 1987 | 1988 | 1989 | 1990 | 1991 | 1992 (31/03) |
| Nombre | 62 | 640 | 1022 | 1257 | 1403 | 1485 |
Au 10/4/92, le nombre total des membres s'élevait à 1.466
dont 1.252 actifs (dont 68 % de femmes).
Soit une progression d'une dizaine de membres par mois.
D'après le traitement des registres récents (mais la synthèse
est peut-être incomplète) :
Le produit le plus répandu puisqu'il devrait toucher d'une manière
automatique tous les adhérents, le MMC ne concerne cependant que
882 membres pour un total d'épargne de 25,816 millions au 31/3/92
(soit 29.270 CFA/membre). 30 % des membres inscrits ont donc déjà
soldé leurs MMC et l'épargne par membre est vraiment très
loin du Million qui reste l'objectif théorique.
L'autre produit d'épargne, la cotisation journalière,
semble relativement peu attrayante (10 % de notre échantillon) et
concerne des montants limités (mise minimale 500 CFA, mise maximale
1.200 CFA).
La cotisation journalière avec avances est assez répandue
(319 participants mais sur des sommes relativement faibles (1.000
CFA minimum et un montant maximum observé à 500.000 CFA).
Tableau 7: Évolution du chiffre d'affaires brut, produits MMC-CJ
d'OPÉRATIONS 71 (avril 1991 à mars 1992)
| Avril
91 |
Mai
91 |
Juin
91 |
Juillet
91 |
Août
91 |
Sept.
91 |
Oct.
91 |
Nov.
91 |
Déc.
91 |
Janv.
92 |
Fév.
92 |
Mars
92 |
|
| Entrée
Sortie |
6,255
6,046 |
4,905
4,751 |
8,730
8,439 |
7,149
7,380 |
7,335
7,090 |
7,041
6,806 |
6,681
6,458 |
4,620
4,465 |
-
- |
6,659
6,434 |
5,911
5,714 |
5,913
5,716 |
| Solde | 209 | 154 | 291 | - 231 | 245 | 235 | 223 | 155 | - | 225 | 197 | 197 |
Soit une moyenne mensuelle assez stable autour de 6 millions.
Les deux produits très spécifiques aux commerçants,
le CJM (15 marchés) et le CJM (30 marchés) drainent des sommes
plus importantes.
CJM - 376 membres - Cotisation de 1.500 à 500.000 CFA.
Tableau 8: Évolution du chiffre d'affaires brut pour le produit CJM
d'OPÉRATIONS 71 (mai-juin 1991 à mars-avril
1992)
| Mai - Juin 91 | Juil.- Août 91 | Sept.- Oct. 91 | Janv.-Fév. 92 | Mars-Avril 92 | |
| Entrée
Sortie |
16,335
25,896 |
27,335
26,535 |
30,595
33,966 |
32,744
31,018 |
29,247
30,513 |
| Solde | - 9.561 | 800 | - 3.371 | 1.726 | - 1.266 |
En Millions de CFA
CJM 30 - 12 membres - Juin 91 à Mars 92
Entrée : 11,250 en Millions de CFA
Sortie : 11,687 en Millions de CFA
Les deux produits à cotisations mensuelles, plutôt destinés
aux salariés, ont intéressé respectivement 142 membres
(CM 10 avec 10.000 CFA minimum et 1.000.000 CFA maximum) et 98 membres
(CM 6, avec 10.000 CFA minimum et 400.000 CFA maximum).
CM 10 du 18/5/91 au 18/2/92 - Entrée : 64,550 millions - Sortie : 61,245
Solde : 3.305
CM 6 du 18/11/91 au 18/4/92 - Entrée : 3,605 millions - Sortie : 3,685
Solde : - 80.
Compte tenu des dates de démarrage différentes et des
durées distinctes de chaque produit, il est un peu difficile de
calculer des chiffres d'affaires mensuels ou annuels : l'ensemble des CJ/CJM/CM/C10
collecteraient, d'après ces chiffres, environ 30 millions/mois.
On pourrait estimer la CJ à environ 2 millions supplémentaires
(100 personnes x 700 F x 30 jours). Les sommes collectées sont reversées
immédiatement aux déposants.
Le MMC (avec 25,8 millions) a une logique un peu différente puisque
c'est théoriquement un produit d'épargne même si c'est
en fait un solde entre épargne et avances.
Les montants avancés par Opérations 71 pour l'ensemble
des années 89 et 90 sont un peu différents:
Tableau 9: Évolution du chiffre d'affaires brut d'OPÉRATIONS 71,
tous produits financiers (1989-1990)
| MMC | CJ/CJA/CJM/CC | CM | CMT | |
| 1989 : Entrée
Sortie |
38.499.050
14.335.650 |
945.732.253
715.571.722 |
58.060.225
77.703.150 |
39.137.550
31.109.000 |
| Solde | 24.163.400 | 230.160.531 | -19.642.925 | 8.028.550 |
| 1990 : Entrée
Sortie |
56.150.075
41.574.500 |
909.070.656
918.873.275 |
206.416.210
163.130.600 |
63.475.375
56.870.850 |
| Solde | 14.575.575 | - 9.802.619 | 43.285.610 | 6.604.525 |
Pour 1990, E.H. GIBIRILA estime donc que l'Association a enregistré
plus d'un milliard d'entrée dans l'année.
Compte tenu de la grande rapidité de circulation de l'argent,
peut-être est-il préférable de raisonner en terme d'épargne
mensuelle (autour de 50 millions par mois pour Opérations 71 (au
cours des derniers mois ?).
En fait on pourrait faire l'hypothèse d'une certaine baisse d'activité
de Opérations 71 au profit de GMT.
Car, en réalité, c'est la nouvelle mutuelle GMT qui draine
d'une manière stable des sommes relativement importantes (276 millions),
dont une partie est placée en DAT à 9,5 % et une autre en
crédit (montant non disponible) à 2 % d'intérêt
par mois.
Opérations 71, son prolongement avec la mutuelle GMT et plus
récemment les liaisons qui s'établissent avec les banquiers
ambulants, est une excellente illustration des dynamiques endogènes,
avec sa capacité d'évolution (sur une vingtaine d'années)
et d'adaptation à une clientèle très variée
(les uns cotisant 500 F/jour, les autres pouvant déposer 5 millions
en épargne longue). Il s'agit là d'une création originale,
ayant véritablement des activités bancaires, d'épargne,
d'avance et de crédit mais qui s'est développée à
partir de pratiques proches de celles des banquiers ambulants. D'où
l'appellation de "banque tontinière" qui pourrait lui
être donnée pour montrer sa spécificité.
VIII. INTÉRÊTS, LIMITES ET ÉVOLUTIONS POSSIBLES
a) Les analyses précédentes ont bien montré les
qualités des banquiers ambulants et de Opérations 71-GMT
: satisfaire les besoins d'une clientèle diversifiée relevant
pour une large part d'activités économiques informelles,
n'ayant pas accès aux banques classiques et peu intéressée
par les Coopec sous leurs formes actuelles, offrir des produits variés
et évolutifs, aller vers ses clients, maintenir des relations personnalisées
faisant appel à la confiance. La clientèle apprécie
cette formule et y trouve son intérêt, notamment dans la flexibilité
des dépôts et la possibilité de les réaliser
à différents moments de la journée, compte tenu de
ses "rentrées", sans pour autant quitter ses activités.
Du point de vue économique, les sommes en jeu, si elles ne sont
pas "mirifiques"(34), sont loin
d'être négligeables, de l'ordre de 270 millions CFA par mois
au Togo, 750 millions CFA par mois au Bénin pour les B.A., 50 à
80 millions CFA par mois pour Opérations 71. Si l'on multipliait
par 12 ces sommes pour avoir un chiffre d'affaires annuel, on obtiendrait
pour le Bénin des montants voisins de 10 milliards CFA (soit trois
fois plus que le réseau des Coopec, actuellement à 3 milliards
CFA ou encore environ 10 % de la masse monétaire).
Mais est-ce que cette opération a réellement un sens ?
La caractéristique essentielle des B.A. est d'être adaptée
à une économie de circulation, de redistribution. Dès
qu'on a un peu d'argent, on le consomme, on le répartit ou on le
réinvestit dans ses activités de commerce, de transformation,
d'artisanat ou de services. Il n'y a donc pas épargne longue en
vue d'une accumulation ou d'un investissement d'un montant élevé(35).
Mais s'il n'y a pas d'épargne longue c'est peut-être aussi
parce que l'essentiel des activités du secteur non officiel n'exigent
pas un fort capital de départ, ont un cycle économique court
et butent rapidement sur l'étroitesse et l'irrégularité
du marché.
b) Un mode de financement ne peut être étudié sans
référence aux activités économiques qu'il sous-tend
et les B.A. semblent pour le moment bien adaptés aux besoins de
leur clientèle. Cependant une minorité de B.A. a pris l'initiative
de financer des investissements durables relativement importants (achats
de taxis, de congélateurs pour les produits transformés,
construction ou amélioration de l'habitat...). Les remboursements
s'effectuent par jour, par semaine ou par mois en fonction des recettes
des emprunteurs. Mais, dans ce cas, les B.A. financent leurs activités
essentiellement à partir de leurs fonds propres, car l'épargne
de leurs clients ordinaires doit rester liquide. Le nombre de clients servis
reste extrêmement limité. Il n'y a donc pas pour le moment,
sauf dans le cas de Opérations 71-GMT, véritable activité
bancaire et utilisation de l'épargne des uns pour faire du crédit
aux autres.
Au Togo, il semble cependant que certains B.A., sans pouvoir le dire
officiellement, font des activités de crédit à partir
des dépôts de leurs clients.
Si, dans leur forme originale, les B.A. ont avant tout une activité
de collecte, pouvant entraîner l'octroi d'avances, l'évolution
actuelle, notamment à Cotonou, sous la pression d'une concurrence
avivée est, nous l'avons vu, de favoriser une activité de
crédit (avec des avances dès le début du mois) avant
celle d'épargne.
On note également au Togo que 52 % des B.A. font des avances,
que 34 % font des crédits et avances et que 14 % font du crédit.
Ceci risque d'entraîner une augmentation des défauts de
paiement et de fuite des banquiers. Même s'il reste minoritaire (probablement
moins de 5 % des banquiers), les cas de fuite sont connus de tous (clientèle
et B.A.) et chacun peut raconter au moins un ou deux cas dont il a été
victime ou qui a touché une connaissance propre. Ces "incidents"
sont dus à plusieurs causes : il peut y avoir volonté délibérée
de malversation, on gagne la confiance de la clientèle pendant 6
ou 7 mois et on disparaît avec l'ensemble des sommes collectées.
Ou bien une "Société", avec quelques employés
salariés, ne les contrôle pas suffisamment et ceux-ci effectuent
des détournements. Ou encore certains B.A. se trompent dans des
opérations de monnayage ou d'enregistrement, ou accordent imprudemment
des avances qui seront remboursées avec retard ou ont tendance à
vivre au-dessus de leurs moyens. Ne pouvant faire face aux demandes de
retraits, certains sont obligés de quitter leur domicile ou de passer
une frontière. Certains nouveaux banquiers sont même obligés
de puiser dans l'épargne collectée simplement pour se nourrir.
D'où les conseils des anciens B.A. aux nouveaux : "Il faut
avoir un minimum de fonds propres avant de commencer l'activité"
(pour faire face à ses propres besoins de consommation ou à
des avances remboursées avec retard), et il faut se méfier
des occasions de surconsommation ("les femmes", "les amis",
"la boisson").
c) On peut donc souligner deux types de limites ou de problèmes
chez les B.A., d'une part la sécurité (risque d'erreur ou
de fuite du B.A.) et la faible possibilité de crédit d'autre
part.
Ces faiblesses sont à l'origine de deux tentatives récentes
de regroupements(36).
A Lomé, la MUSOTAL (Mutuelle de Solidarité des Tontiniers
Ambulants de Lomé) succède à une première tentative
malheureuse d'organisation de l'ensemble des B.A. (une soixantaine) en
liaison avec la Centrale Syndicale du Togo. C'est une création récente,
née en 1989, de la cooptation de 13 B.A. parmi les plus anciens
et les plus sérieux de la place. Une Assemblée Générale
du 5/1/92 a approuvé les nouveaux statuts. Les objectifs concernent
l'organisation et l'éducation des membres, la formation, la solidarité
et l'entr'aide financière. Outre une caisse de solidarité
(cotisation de 2.000 CFA/mois), la MUSOTAL a surtout créé
un fonds de garantie: chaque membre doit cotiser régulièrement
pour atteindre 500.000 CFA. Actuellement (mars 1992), le fonds de garantie
atteignait déjà 5.100.000 CFA. Il est également prévu
une participation de chaque membre au capital-risque à hauteur de
10 % de sa cotisation.
Il y a donc une tentative de regroupement, à la fois démocratique
(une mutuelle) et élitiste (une minorité de banquiers sérieux),
pour être reconnue officiellement, offrir une sécurité
à leurs clients et développer de nouvelles activités
de crédit.
A Cotonou, l'évolution est beaucoup plus récente et prend
des formes différentes. Une première rencontre entre le Président
de la République et des représentants des banquiers ambulants
(13 février 1992) pour discuter de la création d'une éventuelle
"banque des pauvres", a débouché sur une nouvelle
réunion (22 février 1992), suscitée notamment par
le leader de Opérations 71-GMT. Une soixantaine de participants
ont décidé de créer l'ATOCO (Association des Tontiniers
de Cotonou). Au 31/3/92, 26 B.A. ont adhéré à l'ATOCO.
C'est d'ailleurs GMT qui a arrêté les adhésions en
attendant la réunion du 18/4/92 qui consacrera l'Association. Opérations
71-GMT devient la Caisse centrale de l'ATOCO, pouvant faire des prêts
aux B.A. qui le désirent, en fonction de leurs dépôts
de garantie(37). Au 10/4/92, le montant
du crédit octroyé aux adhérents s'élève
à 38 millions CFA. Il y a donc là fédération
par le haut, autour d'un leader, aux moyens importants et ayant fait la
preuve de son savoir faire pendant plus de vingt ans.
Dans les deux cas, il y a une reconnaissance de fait du métier
de Banquiers ambulants par les plus hautes autorités, avec à
Cotonou la rencontre médiatisée entre B.A. et Nicephore SOGLO(38)
et à Lomé l'appui de Maître KOFFIGOH, l'actuel Premier
ministre, pour assurer la défense de certains B.A.
A Cotonou, le Président SOGLO a même demandé à
ATOCO ou GMT d'étudier la possibilité de gérer des
programmes spéciaux, avec de l'argent venu du Gouvernement et des
bailleurs de fonds : un Fonds National pour la Construction et un Fonds
National pour la réinsertion de 2.500 déflatés.
La plupart des banquiers sérieux sont même prêts
à payer une patente (à condition que le montant soit raisonnable(39))
pour avoir une reconnaissance juridique et une protection vis-à-vis
des agissements de certains policiers.
d) Il est important de suivre avec attention ces évolutions spontanées
: au Togo, la MUSOTAL va-t-elle s'élargir à de nouveaux membres,
va-t-elle, à partir de ses fonds propres, refinancer des activités
de crédit de certains de ses membres ? Ou bien, d'autres organisations
du type de la MUSOTAL mais avec des cotisations moins importantes vont-elles
voir le jour à Lomé ou dans d'autres villes secondaires ?
Au Bénin, qui va adhérer à l'ATOCO, quelle proportion
de B.A. pourra bénéficier de la caisse centrale, comment
s'effectueront les remboursements...?
Mais peut-être serait-il utile de clarifier les débats,
internes et externes, en distinguant bien deux fonctions, correspondant
aux deux problèmes précédents recensés.
-- D'abord la création d'une certaine discipline interne à la profession, qui permet d'établir un minimum de règles déontologiques, permettant d'écarter les banquiers indélicats et d'offrir une certaine garantie aux clients.
Il s'agit d'établir un "registre des métiers"
ou un "ordre des B.A.", où doivent se faire inscrire tous
ceux qui veulent exercer cette activité. Certaines règles
peuvent être fixées à l'entrée (parrainage,
dépôt de garantie, compte en banque, domicile fixe, non condamnation...).
Cette inscription permet la délivrance d'une carte officielle qui
peut être retirée en cas d'incident. Elle peut donner droit
à certains services (par exemple assurance décès ou
invalidité permanente, ou formation...). En cas de litige entre
client et B.A., l'"ordre" peut être une instance de recours
ou d'arbitrage. Il s'agit d'une organisation qui s'adresserait à
tous les B.A. et qui assurerait l'auto discipline de la profession et donc
une certaine protection de la clientèle. Il y a donc sortie de l'informel,
ce qui entraîne reconnaissance mais aussi paiement de taxes. Cette
évolution est tout à fait acceptée par la plupart
des banquiers interrogés (et par la majorité de la clientèle),
à deux conditions : que la profession soit organisée par
elle-même et non par l'Etat ou d'autres intervenants externes ; que
la fiscalité reste modérée(40).
-- Il reste le problème du développement des activités
économiques. Celui-ci peut être assuré par des
regroupements volontaires, des associations ou mutuelles, d'un nombre limité
de banquiers qui se cooptent pour mettre en commun leurs ressources ou
négocier des crédits extérieurs. Ceci peut être
préfiguré par des organisations comme la MUSOTAL ou le regroupement
de certains B.A. autour d'Opérations 71-GMT. C'est à ce niveau
que peuvent se négocier certains types d'appui(41).
e) Car, à la fin de cette étude, commanditée par
des bailleurs de fonds (BIT, Ministère Français de la Coopération,
CCCE), il faut bien essayer de répondre à la question sous-jacente
ou explicite: comment intervenir dans l'informel, comment "s'en servir"
pour mettre en place un crédit urbain ouvert ou pour développer
les PME...
Une première demande, assez souvent exprimée par les B.A.,
est celle d'un besoin de formation. Mais ceci est exprimé généralement
en termes très généraux ("organisation du travail",
"comptabilité", "étude de dossiers de crédit"...).
Lors des réunions de restitution avec la MUSOTAL, trois thèmes
ont été discutés : l'uniformisation des moyens
de travail (notamment au niveau des cartes et systèmes d'enregistrement),
la gestion des fonds collectés auprès des clients et des
fonds cotisés par les membres de la MUSOTAL, les avances et crédits
à la clientèle.
Or, dans beaucoup de cas, il n'y a pas grand-chose qui puisse être
amélioré par la formation: par exemple, l'organisation
actuelle du travail permet un contact très régulier avec
la clientèle, à la fois au niveau des marchés, des
"ateliers" et du quartier. Les horaires sont adaptés aux
activités et aux habitudes (ou parfois aux croyances(42))
de la clientèle, les trajets sont minimisés et bien étudiés...
Bien sûr cela demande un travail souvent épuisant. Et il serait
peut-être plus "rationnel" d'avoir un nombre limité
de banquiers fixes (plusieurs par marché et par quartier) chez qui
la clientèle viendrait déposer ou retirer(43).
C'est une évolution possible mais ceci remet en cause justement
la spécificité de cette profession qui est la visite régulière
à sa clientèle.
Certaines améliorations sont sans doute possibles au niveau du
système d'enregistrement. Tous les B.A. distribuent des cartes.
Certains en restent là, d'autres ont des systèmes divers
de registres, qui peuvent servir de recours en cas de litige ou qui permettent
de suivre avances, crédit ou trésorerie. Dans ce cas, la
démarche ne devrait pas être de proposer de l'extérieur
un système comptable classique mais de discuter avec leur accord
l'intérêt et les limites des registres les plus astucieux
de certains B.A. pour arriver à un système adapté.
Pour Opérations 71-GMT où les activités sont multiples
et où l'informatisation commence, il est sans doute possible de
proposer une mission d'appui pour la mise en place d'une véritable
comptabilité permettant les contrôles et un suivi précis
de la trésorerie. Mais il serait aussi intéressant d'étudier
la reproduction du modèle à d'autres centres urbains.
D'autres thèmes de formation peuvent surgir (étude de
crédit, règlement intérieur...) mais ils doivent être
avant tout des réponses et des accompagnements à des problèmes
soulevés ou à des activités mises en oeuvre par les
membres de l'association.
En réalité l'interrogation principale est celle de savoir
si les Banquiers ambulants peuvent dépasser les activités
actuelles de collecte de l'épargne courte/avances pour devenir de
véritables intermédiaires financiers, capables de collecter
de l'épargne longue (ou d'être refinancés) et de faire
du crédit à court ou moyen terme. Certains B.A. de la MUSOTAL
le font déjà individuellement à petite échelle.
Opérations 71-GMT, avec la diversité des services offerts,
est en train de se développer dans cette direction, même si
cette extension nous semble, par certains côtés, assez risquée
et insuffisamment maîtrisée du point de vue de la gestion.
Pour cette évolution possible des B.A., il nous paraîtrait
intéressant d'avoir la démarche suivante:
-- Sur le Bénin, suivre l'évolution en cours (des
Banquiers ambulants et de Opérations 71) avec des discussions régulières
avec les responsables et peut-être une nouvelle enquête
légère dans un an. Un financement extérieur pourrait
permettre une amélioration du système comptable et informatique
si E.H. GIBIRILA (Opérations 71) en fait la demande.
-- Sur le Togo, il serait sans doute intéressant de proposer un protocole d'accord pour expérimenter avec la MUSOTAL des activités de crédit(44), liées éventuellement avec des produits favorisant l'épargne stable.
Les besoins en capital pour réaliser cette expérimentation sont assez limités dans un premier temps (de l'ordre de 3 à 10 millions CFA) et peuvent venir des fonds propres de la MUSOTAL ou d'un montage mixte avec complément ou garantie d'un financement extérieur et d'une banque de la place, pour l'intéresser dès le démarrage à ce type d'activités.
Le protocole d'expérimentation, établi après discussion
avec les membres de la MUSOTAL devraient préciser :
. les critères de sélection des clients
. la durée des prêts
. le montant maximum (plafond)
. le taux d'intérêt et le mode de calcul
. la création éventuelle de groupe de solidarité (3 à 5 personnes)
. d'autres formes de garantie
. la mode de récupération.
A titre d'exemple, une discussion informelle avec un banquier de la
MUSOTAL montrait une réflexion déjà engagée
sur l'existence d'un groupe de solidarité comme caution pour les
emprunts, sur une sélection des clients selon la régularité
de l'épargne passée, la récupération du crédit
par une augmentation de la cotisation journalière (avec une part
d'épargne proprement dite et une part de remboursement(45)),
une durée de prêt de 3 mois pour commencer, un taux d'intérêt
représentant une mise par mois soit environ 3 % par mois, une possibilité
de refinancement auprès d'une banque avec un taux annuel voisin
de 10 % par an et permettant 3 à 4 rotations de l'argent.
Les discussions collectives (mars 92) de la MUSOTAL semblent aller dans
le même sens (cf. rapport Togo).
-- Le suivi de l'évolution naturelle (Bénin) et de l'expérimentation
(Togo) ainsi que des études complémentaires pour analyser
les évolutions réciproques, sur certains sites, des B.A.,
tontines mutuelles et Coopec(46) pourraient
être confiées à des équipes nationales (Université/Bureaux
d'études), avec l'appui éventuel des consultants extérieurs.
On pourrait ainsi mettre en place progressivement des observatoires sur
le "financement autonome", qui auraient notamment pour tâche
de restituer auprès des intéressés (MUSOTAL, ATOCO,
autres) les principaux résultats, d'organiser des échanges
d'expériences et des réflexions communes sur des actions
à entreprendre, des formations ou des services à mettre en
oeuvre.
La réflexion pourrait également être élargie
géographiquement, en incluant les pays anglophones (Nigeria, Ghana),
la Côte d'Ivoire, le Congo et peut-être le Cameroun (en liaison
avec l'équipe ORSTOM ?).
En conclusion, on connaît de mieux en mieux dans le monde
rural les différentes formules d'épargne/crédit qui
fonctionnent (Coopec, crédit solidaire, crédit lié
à une filière...) avec leurs conditions de réussite
et leurs limites. Les expériences sont beaucoup moins avancées
dans le secteur urbain (capitales et villes secondaires) alors que celui-ci
prend de plus en plus d'importance. L'expérience des Coopec ou des
différents projets d'appuis aux artisans ou PME restent le plus
souvent l'objet d'initiatives extérieures et ont des difficultés
pour atteindre l'équilibre financier. Les banques classiques se
limitent, au mieux, au "haut de gamme" de l'informel. D'où
l'intérêt, au lieu de créer de nouveaux projets ou
de nouvelles institutions spécifiques, de bien connaître les
particularités du "financement autonome" (tontines mutuelles,
caisses de solidarité, clubs d'épargne, réseaux familiaux
et amicaux...) dont les banquiers ambulants et Opérations 71 constituent
des formes particulièrement intéressantes. A partir de cette
connaissance, il faut envisager, en étroite collaboration avec
les intéressés, une stratégie d'accompagnement,
avec des services à la carte (cadre réglementaire, formation,
facilité d'accès aux banques...) et des expérimentations
ou améliorations de certaines activités comme le crédit.
En fonction des résultats obtenus pendant 1 à 3 ans, un programme
d'extension plus conséquent pourra être établi.
Toute action massive ou intempestive aurait les effets contraires de
ceux qui sont recherchés et entraînerait perturbation des
mécanismes fragiles et inefficacité économique.
A N N E X E S
-- Interview du Président Nicephore SOGLO (J.A.E. N 155, mai
1992)
-- Observations au cours d'une tournée avec un banquier ambulant
au grand marché de Lomé (Extrait de B.G. DAGNON: Rapport
de mission d'appui à l'étude sur les banquiers ambulants
au Togo, IRAM, janvier 1992, 24 pages).
Observations au cours d'une tournée avec un banquier ambulant
au grand marché de Lomé
L'occasion nous a été donnée de faire une tournée
de la clientèle avec le banquier ambulant "EGAGNE", le
14/01/92, dont il ressort que :
Le banquier ambulant a collecté entre 12h20 et 15h la somme
de 250.000 FCFA environ auprès d'une clientèle composée
essentiellement de vendeuses du grand marché de Lomé.
Une grande rapidité régit l'acte de collecte : parfois
le banquier met moins de quinze secondes avec les clients ; cette durée
n'excède pas deux minutes lorsque le banquier doit donner un conseil
ou verser à un client ses mises. Il est vrai que le banquier avec
qui nous avons fait cette tournée est méthodique et organisé.
L'épargne est composée de différentes mises allant
de 150 FCFA à 2.000 FCFA. A cause de l'absence du banquier la veille
de ce jour pour cause de fête nationale, la plupart de la clientèle
a fait une double mise.
Les cartes de cotisation correspondent plus au nombre de fois que le
client confie sa mise au banquier qu'à un rythme de cotisations
fixé d'avance (le client peut déposer en une fois la mise
de plusieurs jours, soit pour combler un retard ou pour vite "finir"
sa carte). Les clients ont la liberté de remplir en un jour une
carte. Ceci voudrait dire que le banquier représente une sécurité
de dépôt pour sa clientèle.
Au moment de sa récupération, cette épargne est
affectée à différents objets dont la reconstitution
de stock, le loyer, etc...
Contrairement à l'idée communément admise, les
mises ne sont rétrocédées aux clients que sur leur
demande. La clientèle peut en effet stocker ses cartes de cotisations
et les présenter au banquier à un moment de son choix. Il
nous a été ainsi donné de rencontrer une des clientes
du banquier qui a gardé par devers elle 9 cartes de cotisations
qu'elle compte bien monnayer quand elle se décidera à investir.
Cette situation semble démontrer, d'une part, l'existence d'une
épargne sur une relativement longue période, soit une durée
possible de 6 mois (pouvant donc être transformée en crédit,
avance CT à d'autres clients par le banquier ambulant), et d'autre
part, la qualité des relations de confiance pouvant exister entre
un banquier et son client.
Extrait de: B.G. DAGNON: Rapport de mission d'appui à l'étude sur les banquiers ambulants au Togo, IRAM (janvier 1992), 24 pages.
1. - ILO: The Urban Informal Sector in Africa
in retrospect and prospect: An annotated bibliography, International
Labour Bibliography, N 10, Geneva, 1991.
- ILO: Informal Sector and Urban Employment: A review of activities
on the urban informal sector, World Employment Programme, Geneva, 1990.
- BIT: Le dilemme du Secteur Informel, Rapport du Directeur Général, Conférence internationale du Travail, Genève, 1991.
2. D. Gentil avec M.A. Adechoubou, B.G. Dagnon, Y. Fournier, D.A. Soedjede, S.N. Tomety.
3. Enquête BIT en Tunisie - CHARMES, HUGON...
4. Voir Collège Coop. LELART. CCCE.
5. L'expression consacrée de secteur "informel" nous paraît inadaptée pour désigner la réalité puisque celui-ci met en oeuvre des règles sociales très précises (cf. E. LE ROY "les formes de l'informel"). Nous préférons parler de "secteur non officiel" ou mieux de "secteur autonome", pour bien montrer son indépendance vis-à-vis des administrations ou des financements extérieurs.
6. Monsieur A. Dansou: Les groupements d'épargne et leur impact sur l'activité des banques secondaires, Mémoire ESTEG (UB Lomé, Juin 1986).
7. Notamment appui à la rédaction de leur statut, défense en cas de litiges avec l'administration.
8. MUSOTAL : Mutuelle de Solidarité des Tontiniers ambulants de Lomé.
10. L'expression de "Mobile banker" est utilisée par Miracle en 1980 qui affirme << In Nigeria, the earliest litterature on mobile bankers goes back as far as that on savings loan associations to the work of AJISAFE published in 1924 >>.
11. Si, par exemple, un client a cotisé seulement 5 fois, une mise revient de toute façon au B.A.
12. On pourrait parler d'avance pour un "crédit" dont le montant et la durée ne dépasse pas la somme des cotisations journalières prévues dans le mois et crédit lorsqu'il s'agit d'une somme plus importante à rembourser sur plus d'un mois.
13. Changeur officieux de monnaie.
14. Voir notamment Abdou Touré: Les petits métiers d'Abidjan, Karthala (1985).
15. Soit présentés par les B.A., soit rencontrés au hasard des marchés, les deux modes de choix pouvant comporter un biais.
17. Au Bénin 10 % ont un capital supérieur à 700.000 CFA et 29 % inférieurs à 30.000 CFA.
18. Dont 3 ont fait partie de notre échantillon (avec un salaire mensuel de 15.000 CFA).
19. Cette évolution est également notée au Ghana mais les "new susu companies" rencontrent beaucoup plus de problèmes (remboursement du crédit, gestion de trésorerie) que les collecteurs individuels. Cf Aryeetey E. : Mobilizing domestic resources for capital formation in Ghana : the role of informal financial markets, 1991. Egalement du même auteur : The relationship between formal and informal sectors of financial markets, 1991.
20. Agbaglo et Kwasi: Tontine commerciale, un mécanisme spécifique de mobilisation de ressources. Mémoire de maîtrise de gestion FASEG (Juin 1990). Voir également D.A. Soedjede: Les banquiers ambulants de Lomé et leurs activités financières, NP (avril 1991).
21. A Cotonou, les cotisations maximales égales ou supérieures à 10.000 CFA/mise représentent 28 % des cas.
22. Au Togo, les dépenses d'amortissement et de grosses réparations n'ont pas été prises en compte, ce qui explique en grande partie les différences entre les deux pays. Il s'agit de chiffres globaux dont le détail est donné dans le document Togo (P. 62).
23. Au Ghana, la moyenne serait de 285 clients /B.A.
24. 5 banquiers pour une vingtaine de villes.
25. Au Bénin, des estimations ont été faites département par département pour classer les banquiers selon les 3 catégories de revenu - (cf. rapport Bénin). Au Togo, les 270 millions correspondent à 13 B.A. MUSOTAL x 148.000 + 50 B.A. Lomé x 60.000 + 100 B.A. de villes secondaires x 40.000).
26. Au Ghana, pour la ville d'Accra, il est estimé que la collecte mensuelle de l'épargne par les "susu collectors" est très voisine de celle réalisée par le secteur classique.
27. Association des Tontiniers de Cotonou.
28. Ils restent actuellement 4 qui se partagent les fonctions du Conseil d'Administration. Gibirila y est trésorier.
29. En fait il vaut mieux parler de 12, 100 ou 500 cotisations, puisqu'on peut payer plusieurs cotisations par jour ou ne pas payer certains jours.
30. Comité National pour la Promotion des Sociétés Coopératives d'Epargne et Crédit.
31. Un même agent peut travailler pour Opérations 71, GMT ou la Coopec. E.H. GIBIRILA travaille pour ces 3 entités plus son activité commerciale de mercerie (ETIREG).
32. Membres cotisants, titulaires, privilégiés, d'honneur (pour GMT). De même il est prévu 6 "classes" pour les emprunts des B.A. d'ATOCO.
33. Est-ce lié à une culture Yorouba, avec une société hiérarchisée mais mobile ?
34. Nos estimations restent bien sûr des ordres de grandeur, sujets à contestations par des investigations antérieures.
35. Celle-ci, même si le cas n'est pas très fréquent, existe cependant. Certains clients laissent leur épargne auprès du B.A. pendant plus de 6 mois, ce qui pourrait s'analyser comme un DAT (dépôt à terme) sauf que le B.A. n'est pas informé de la durée préalable du dépôt.
36. Au Ghana, l'organisation des BA est plus ancienne. L'association des B.A. à Accra regroupe plus de 500 membres.
37. Et en observant une progressivité. Au départ, un dépôt de garantie de 100.000 CFA donne droit à un crédit d'un million. Si celui-ci est remboursé sans difficulté, un dépôt de 200.000 CFA donne droit à un crédit de 2 millions et ainsi de suite jusqu'à une caution de 1 million donnant droit à un crédit de 10 millions.
38. Et aussi une invitation à un séminaire de la BCEAO à Dakar (21-22/1/91), une invitation à Lomé pour inspirer des réalisations similaires (Février 92), ainsi que des visites de délégations étrangères ou des recherches universitaires (cf. Lelart).
39. Par exemple, à Lomé, alignée sur la situation des tailleurs, soit 25.000 CFA/an pour les banquiers déjà bien installés. On peut aussi, pendant 2 ou 3 ans, exonérer les B.A. de patente pour les inciter à s'organiser et à s'inscrire à l'"ordre" des B.A.
40. Mieux vaut une fiscalité officielle que de multiples "arrangements" officieux.
41. Une autre hypothèse mais plus difficile à mettre en oeuvre est un appui à la clientèle (conseils, formation, service) car la prospérité des clients conditionne celle des B.A.
42. Il existe des moments ou des heures où on ne doit pas verser de l'argent.
43. ce que fait par exemple Opérations 71.
44. par exemple 500.000 à 1 million CFA pour les membres volontaires de la MUSOTAL.
45. Par exemple, un client qui a l'habitude de cotiser régulièrement 1.000 F/jour pourrait obtenir un prêt de 45.000 CFA sur 3 mois. Ses cotisations journalières passeraient à 1.500 F/jour (1.000 F épargne + 500 F de remboursement soit 90 versements x 500). Ses cotisations seraient de 93 mises, une mise par mois correspondant à la commission du B.A.
46. A titre d'exemple, à Pobé (Bénin), les femmes font partie de tontines mutuelles, recourent aux services de B.A. et sont également membres de la Coopec. Des monographies précises pour comprendre les évolutions de ces trois formes de stratégies des différents types de femmes et les avantages/inconvénients qu'elles trouvent dans les trois formules seraient très éclairantes.
Pour de plus amples informations, prière de contacter
le Département du développement des entreprises et des coopératives
(ENTREPRISE), BIT, 1211 GENEVE 22, Suisse Tél: +41.22.799.8319 or
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