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Micro-entreprises et secteur informel

Document de recherche S-INF-1-20

SECTEUR INFORMEL: FONCTIONS MACRO-ECONOMIQUES ET POLITIQUES GOUVERNEMENTALES: LE CAS DU NIGER

C. Maldonado et J. Gasarian


Ce document de travail est un rapport préliminaire à circulation restreinte, à seule fin d'encourager les échanges d'idées et de susciter observations et critiques.

Bureau international du Travail Genève

Avertissement: Pour des raisons techniques, certains tableaux contenus dans l'original de ce document ne sont pas disponibles sur la version html. Il est possible de se procurer une copie du document en s'adressant directement à l'adresse suivante: Service documentation - ENTREPRISE


PRÉFACE

Ce document de travail fait partie d'une série de publications sur le secteur informel dans huit pays de l'Afrique francophone (Bénin, Burkina-Faso, Congo, Côte d'Ivoire, Gabon, Niger, Rwanda et Sénégal). L'étude du secteur informel au Niger est présentée dans ce document.

Le Bureau international du Travail a entrepris au cours des vingt dernières années diverses activités de coopération technique et de conseils aux gouvernements en faveur du secteur informel. Ces activités ont souvent intégré dans leur conception les résultats de recherches menées par le BIT et autres organisations concernées par ce secteur. De même, ces recherches ont bénéficié de l'expérience acquise lors de la mise en oeuvre de projets de coopération technique. Or, le secteur informel évolue constamment par rapport à la conjoncture économique, aux restructurations et politiques adoptées par les gouvernements (programmes d'ajustement structurel souvent imposés de l'extérieur, adoption de nouvelles politiques fiscales ou monétaires, changement du cadre réglementaire, etc.), à la libéralisation des échanges internationaux et, plus récemment, à la globalisation de l'économie mondiale et à la rapide évolution des technologies. Par conséquent, il est nécessaire, de temps à autre, de faire le point sur les effets de ces changements sur le secteur informel dans le double but, d'une part, de mieux comprendre son potentiel, ses problèmes et contraintes et, d'autre part, de mieux concevoir les mesures politiques et programmes en sa faveur. Tels sont les buts de cette série d'études.

La conception et contenu de chaque étude sont similaires. Seule la disponibilité de données statistiques et autres informations les différencie l'une de l'autre. La première partie de chaque étude analyse l'évolution du contexte macro-économique au cours de ces vingt dernières années afin de mieux appréhender, dans une deuxième partie, le rôle et contributions du secteur informel dans cette évolution (contributions à l'emploi, au PIB, aux revenus, à la satisfaction des besoins essentiels, etc.). Mieux comprendre ce rôle et l'étendue des contributions du secteur à l'économie nationale devrait induire les décideurs politiques à mettre au point les mesures et programmes nécessaires à la croissance du secteur et, éventuellement, à son intégration graduelle dans le secteur formel.

La troisième partie de l'étude passe en revue les politiques globales et sectorielles au cours des dernières années et analyse leurs effets sur le secteur informel: problèmes et contraintes découlant de celles-ci, effets sur la compétitivité du secteur et sur sa croissance, etc. Ce n'était probablement pas l'intention des décideurs politiques de créer, en toute connaissance de cause, un environnement défavorable aux entreprises du secteur. Ceci serait plutôt le résultat d'un manque de consultations avec les représentants du secteur qui auraient pu attirer l'attention des décideurs politiques sur les effets pervers de certaines politiques. D'où l'importance de cette partie de l'étude pour l'élaboration de mesures et programmes futurs pouvant avoir une incidence sur le secteur.

La quatrième partie touche plus précisément aux mesures d'ordre fiscale, monétaire et réglementaire ainsi que celles définissant le cadre institutionnel. Ces mesures expliquent en grande partie le fait que peu d'entreprises du secteur ont tenté de s'intégrer au secteur formel, à quelque niveau que ce soit (le coût d'une telle intégration semble être bien plus supérieur que les bénéfices qui en découleraient). Elles ont eu aussi des conséquences souvent négatives sur les entreprises du secteur, en particulier le coût élevé des intrants importés suite à la dévaluation du franc CFA et l'impossibilité, dans certains pays, pour les entrepreneurs d'importer eux-mêmes ces intrants à meilleur prix. La multiplicité des institutions chargées de la promotion des petites et micro entreprises n'a pas non plus facilité une approche cohérente vis-à-vis de ce secteur.

En conclusion, l'étude fait un certain nombre de propositions touchant à l'ensemble des facteurs pouvant avoir des incidences sur le secteur: politiques fiscales et monétaires, amélioration du cadre réglementaire et institutionnel, élimination de certaines contraintes non justifiées, ainsi que de propositions concernant directement les associations et groupements du secteur informel. Il est clair que le secteur informel sera encore présent dans les pays en voie de développement bien au-delà de ce siècle. Il faudra en tenir compte plutôt que d'agir comme si s'était un phénomène transitoire. Il est clair aussi que ce secteur pose un nombre important de problèmes résultant de son caractère informel. Il contribue peu au budget de l'Etat car il échappe aux charges fiscales, bien que dans un grand nombre de cas les opérateurs du secteur soient obligés de contribuer au budget municipal. Il n'applique pas ou peu les normes internationales du travail: salaire minimum, mauvaises conditions de travail, pas de contribution à la sécurité sociale, travail des enfants, etc. Il est mal vu par les organisations d'employeurs (compétition déloyale car les entreprises du secteur échappent souvent à la fiscalité) et par celles des travailleurs (les ouvriers du secteur ne peuvent se permettre d'adhérer à un syndicat).

Ainsi, le secteur informel constitue un dilemme aussi bien pour les gouvernements que pour des organisations internationales telles que l'OIT: d'une part, il constitue un acteur économique important dont il ne serait pas souhaitable de freiner la croissance et, d'autre part, il n'observe pas les règles et normes internationales du travail pour lesquelles des générations de travailleurs se sont battus. Une réponse à ce dilemme n'est pas simple. Pour sa part, l'OIT propose une approche pragmatique tendant à induire les opérateurs du secteur informel d'appliquer de manière progressive certaines des normes internationales du travail auxquelles nul ne devrait s'y soustraire (par exemple, le travail des enfants). Des premiers pas encourageants ont été faits dans ce sens à travers des campagnes de sensibilisation parmi les entreprises du secteur ainsi qu'à travers des projets de coopération technique. Beaucoup reste cependant à faire.

Cette étude a été préparée avec l'aide de F. Bonnet, consultante du BIT, qui a été chargée de l'actualisation des données macro-économiques et de la mise en page. Elle en est ici vivement remerciée.

M. Allal

Chef, Section Micro Entreprises et Secteur Informel


Table des matières

SECTION I Contexte macro-économique

SECTION II Fonction macro-économique du secteur informel

A. Tendances du marché du travail

B. Secteur informel: analyse des dimensions de l'emploi

1. Créations d'emplois : structure selon le type d'activité

2. Contribution à la production nationale, aux revenus et

aux besoins essentiels

SECTION III Les politiques envers le secteur informel

A. Les ressenties par les opérateurs institutionnels

B. La fiscalité

C. Le financement

1. Le financement moderne

2. Le financement informel

D. Les organisations professionnelles

E. Le système de formation

F. Cadre institutionnel du secteur informel

1. La Direction de la Promotion de l'Artisanat

2. Le service de la Promotion de l'Artisanat de la CCAIAN

3. Le Centre Nigérien du Commerce Extérieur (CNCE)

4. Une nouvelle structure : le GIE

5. L'Agence de financement et d'encouragement

de la libre entreprise au Niger (AFELEN)

6. La coopération internationale

SECTION IV Conclusion et implications pour les politiques


SECTION I

Contexte macro-économique

D'une superficie d'environ 1.270.000 km2, dont deux tiers occupés par le désert et 12 pour cent cultivable, le Niger est un pays sahélo-saharien particulièrement pauvre et enclavé. Sa population est estimée à 8,7 millions d'habitants en 1994 et sa croissance démographique annuelle moyenne est de 3,2 pour cent, largement supérieure à celle du PIB devenue par ailleurs négative en terme réel. On estime que la population nigérienne pourrait atteindre 10,3 millions d'habitants en l'an 2000 et 13,6 millions en 2010 dans une hypothèse de fécondité basse(1).

Le Niger dispose d'une population jeune, 50 pour cent ont moins de 15 ans. Potentiellement active, elle constitue à la fois un facteur de dynamisme économique ainsi qu'un lourd défi à relever en terme d'emploi, de revenu, de logement, de santé et d'infrastructures.

A ce propos, on notera que, au Niger, 70 à 80 pour cent des enfants ne sont pas en mesure d'être scolarisés. Si l'accès aux soins de santé primaire s'est relativement amélioré au cours des dix dernières années, une large partie de la population ne peut toujours pas en bénéficier. Les conséquences en sont sévères puisque ce pays enregistre une des plus faibles espérances de vie à la naissance (48 ans pour les femmes et 45 ans pour les hommes en 1995).

Le pays est fortement rural avec 83 pour cent de la population habitant en milieu rural en 1995. Ceci n'empêche que 75 pour cent de la population vit sur une bande d'environ 150 km de large au sud-sud-est du pays. Cette situation dégrade et appauvrit sensiblement la qualité des sols. Néanmoins, l'agriculture et l'élevage constituent des activités essentielles dans l'économie du Niger. Cette économie a toujours été dominée par le secteur agricole de subsistance, au sein duquel millet et sorgho représentent environ 80 pour cent des terres cultivées.

Les années 1970 ont vu la poursuite d'une stratégie de développement rural dans le but de réaliser l'autosuffisance alimentaire à travers la mise en oeuvre de projets à grande échelle utilisant des technologies et un cadre institutionnel inadaptés. L'État est intervenu dans les domaines les plus divers dans le but de remédier à la faiblesse du secteur privé.

Après une période de forte croissance entre 1976 et 1981, tirée essentiellement par le secteur de l'uranium, les déséquilibres des finances publiques et de la balance des paiements se sont accrus au cours des dernières années de la décennie 80. Malgré une amélioration appréciable entre 1982 et 1986, on constate une nouvelle détérioration de la situation. C'est ainsi que le PIB en 1992 retrouve seulement son niveau de 1980, ce qui traduit en réalité une diminution du revenu réel par habitant de 30 pour cent. Le PNB par habitant est de 230 dollars en 1994, plus faible que la moyenne des pays à faible revenu qui est de 380 dollars.

Alors que les revenus issus de la production d'uranium ont commencé à connaître une baisse sensible dès 1981, l'Etat a poursuivi sa politique de planification en accroissant son endettement intérieur et extérieur. Ainsi, la dette extérieure accumulée en 1984 représentait 65 pour cent du PNB. Son service a alors atteint 45 pour cent des recettes d'exportation. Quatre facteurs explicatifs de ces difficultés économiques des années 1980 peuvent être identifiés. Le premier est bien entendu la baisse des recettes de l'uranium, le second, la chute des transferts net de capitaux extérieurs, suit le phénomène de sécheresse qui a affecté trois années durant le Niger (1982, 1983, 1984) et enfin les à-coups de la conjoncture nigériane. Ce dernier point est capital dans l'explication des phénomènes macro-économiques nigériens. En effet, ce dernier se trouve en position de «price taker» à l'égard du Nigéria et sa dépendance est accrue du fait des fluctuations du cours de la naira sur le marché officiel mais surtout parallèle(2)

.

Face à cette situation extrêmement préoccupante, les autorités gouvernementales, en accord avec les traditionnels bailleurs de fonds internationaux (FMI et Banque mondiale), ont accepté la mise en oeuvre, dès 1983, d'un programme de stabilisation économique. Celui-ci avait vocation à réduire les déséquilibres internes et externes. Dès 1985, un programme d'ajustement structurel visait à retrouver les chemins de la croissance économique, en conservant des déficits extérieurs et budgétaires compatibles avec cet objectif. L'ensemble de ces mesures s'est traduit par des multiples rééchelonnements entre 1983 et 1988, amenant son service de la dette à représenter en moyenne sur cette période 33,6 pour cent des recettes d'exportations.

Le programme d'ajustement structurel s'est centré sur les trois domaines fondamentaux de la crise économique: i) la gestion des ressources publiques; ii) la réforme des entreprises étatiques; iii) la réforme de la politique agricole. En ce qui concerne le premier point, une meilleure utilisation des ressources publiques est envisagée pour une orientation judicieuse des investissements. Ainsi, un programme tri-annuel d'investissements publics a été élaboré dans le but d'orienter les ressources vers les domaines productifs, le développement des ressources humaines et une réhabilitation des infrastructures existantes.

Pour ce qui est du programme de réforme des entreprises étatiques, il s'agit d'améliorer leur efficacité en prenant plusieurs mesures spécifiques: modification des politiques incitatives; amélioration du cadre légal et institutionnel; privatisation; programme d'élimination des arriérés de dettes. Ainsi, les politiques de prix ont été modifiées (suppression des contrôles de prix et élimination progressive des monopoles); sur 54 entreprises étatiques, 7 ont été liquidées et 16 privatisées.

Concernant le dernier point, les autorités gouvernementales ont modifié leur politique d'incitations, de manière à la rendre plus efficiente et à limiter son impact budgétaire. La politique d'investissement s'est progressivement orientée vers le milieu rural à travers des micro-projets et la réhabilitation des infrastructures. Les subventions aux intrants ont été éliminées de manière à accroître leur disponibilité et limiter leur impact budgétaire. Par ailleurs, l'accent a été mis sur l'amélioration du fonctionnement des marchés financiers ruraux.

Sous accord cadre avec le FMI jusqu'en 1991, le Niger ne bénéficie plus, dans le contexte actuel, de son appui. La facilité d'ajustement structurel accordée en 1990 n'a pu être renouvelée en 1991. En outre, les objectifs définis d'un commun accord avec le FMI afin de rétablir la situation des finances publiques n'ont malheureusement pu être atteints en 1992.

Sans le concours des institutions de Bretton-Woods, mais avec l'appui ponctuel de Taiwan et de la France, le Niger s'est trouvé en mesure de faire face aux dépenses incompressibles qu'il doit assumer. Dans le même temps néanmoins s'est développée une accumulation d'arriérés importants, dus en partie à une chute des recettes courantes.

Evolution économique récente

La crise des années 80 a sensiblement modifié la structure de l'économie nigérienne ainsi que la conception et la gestion du service public. Le trait le plus saillant de cette évolution est une «informalisation» croissante de l'économie face à un secteur moderne dépourvu de tout dynamisme. Le secteur informel représente 70 à 80 pour cent du PIB marchand.

Autre élément important dans le paysage actuel du Niger, la forte dégradation des finances publiques. L'ensemble des plans élaborés et mis en vigueur depuis 1982 avaient pour vocation de permettre au secteur public de faire face à ses obligations extérieures et de participer de manière plus substantielle au développement de l'investissement public. Ces plans s'appuyaient sur une mobilisation plus efficace des ressources intérieures et une croissance maîtrisée des dépenses publiques. Cependant, la dégradation de l'appareil d'État à travers une désorganisation d'une ampleur jamais égalée a conduit à annihiler ces efforts. La situation continue de s'aggraver au cours de ces dernières années.

L'ajustement monétaire intervenu en janvier 1994 dans la zone franc s'est traduit, dans le contexte économique nigérien, par un fort accroissement des difficultés rencontrées. Avant de faire un bilan de la dévaluation sur l'économie nigérienne, il convient d'étudier de plus près les aides accordées. En effet, il faut faire la part entre les engagements (promesses de crédit par le FMI, la Banque mondiale ou les principaux bailleurs de fonds comme la France) et les décaissements (versement effectif des sommes allouées). Les disparités entre les divers pays de la zone sont criantes et parmi les bénéficiaires, l'aide calculée en dollars par habitant classe le Niger au douzième rang sur quatorze, avec 8,8 dollars. En mars 1994, a eu lieu la signature de l'accord de confirmation avec le FMI. D'une durée d'un an, l'enveloppe consentie est de 18,6 millions de droits de tirage spéciaux, dont 11,1 étaient tirés au 31 juillet 1994. L'accord se trouve suspendu depuis l'automne 1994. De son côté, la Banque mondiale a accordé un volume de 35 millions de dollars de prêt, dont 25 sous forme d'Economic Recovery Credit, dont la totalité avait été déboursée en septembre 1994. Les aides-projets d'un montant de 10 millions de dollars n'ont pas encore été décaissées. Ainsi, en 1994, l'aide du FMI et de la Banque mondiale aura représenté 7,9 dollars par habitant. De son côté, la France a accordé au Niger 40 millions de francs français de subvention, soit une aide de 0,9 dollar par habitant.

La dévaluation de la monnaie visait l'amélioration de la compétitivité extérieure des produits exportables et la relance des investissements, entre autres, par une «importation» de capitaux étrangers. Cet ajustement externe s'est traduit, un an après, par une augmentation des prix de consommation courante de 53 pour cent sans encore permettre la reprise attendue des investissements, ni l'inversion des flux de capitaux vers le pays. Toutefois, un effet dynamisant a été observé au niveau des exportations de bétail vers les pays voisins (Côte d'Ivoire et Nigéria), au niveau des exportations de cuirs et peaux vers l'Europe et surtout dans l'artisanat pour les activités de bijouterie et de haute couture. Mais on constate que la faible élasticité de l'offre nigérienne a constitué un frein important aux effets positifs de la dévaluation(3).

SECTION II

Fonction macro-économique du secteur informel

A. Tendances du marché du travail

Image d'un développement spontané sur lequel politiques d'investissement et stratégies de développement ont eu un faible impact, l'économie informelle renferme aujourd'hui les espoirs d'une maîtrise du chômage des jeunes et des moins jeunes, d'une accumulation graduelle du capital et de la croissance économique. Elle apparaît comme le principal pourvoyeur d'emplois et de revenus avec l'État. Les initiatives individuelles et collectives en font le lieu d'une dynamique réelle, en produisant des biens de substitution aux importations. Par ailleurs, l'économie informelle constitue une réponse positive à la crise économique que connaît le Niger.

Population et emploi

Il est nécessaire de présenter la population et ses variables essentielles qui sont la population active et l'urbanisation, afin d'appréhender l'économie informelle.

Les principales sources de données sur l'économie en général et le secteur informel nigérien restent le recensement général de la population d'octobre 1977 (dont les résultats définitifs sur l'activité n'ont été publiés qu'en 1985-1986), ainsi que l'enquête des ménages suivie de celle des établissements ayant touché le milieu urbain et rural en 1995. Un nouveau recensement a été mené en 1988 qui permet de corriger les résultats et les constats qui ont découlé du premier recensement.

Sur le plan spatial, on observe une forte disparité quant à la répartition de la population. Le milieu rural abrite en 1995 quelques 83 pour cent des nigériens contre 17 pour cent pour le milieu urbain. Ainsi, la prédominance du milieu rural sur l'urbain est imposante et distingue le cas du Niger de ceux du Gabon, du Bénin et de bon nombre d'autres pays africains qui observent un phénomène d'urbanisation quasi explosif (souvent aux alentours de 50 pour cent). Toutefois, l'accroissement de la population rurale est inférieur à celui de la population totale (2,9 pour cent contre 3,2 pour cent). En effet, à partir des années 1980, se sont faits jour des flux migratoires moyens des zones rurales vers les zones urbaines. Ainsi, seulement 7 pour cent de la population en 1965 et 12,9 pour cent en 1977 résidait dans les centres urbains. Aux termes des prévisions officielles, la population urbaine devrait pratiquement tripler d'ici la fin du siècle pour atteindre 2,7 millions, soit 26 pour cent d'une population totale escomptée à 10,7 millions d'habitants. Mais il faut, à la vue de ces taux d'urbanisation, préciser que la croissance de Niamey se fera de manière beaucoup plus soutenue que celle des autres centres urbains.

Du point de vue de l'emploi, et à travers le recensement de 1977, l'évaluation du chômage indique qu'il y avait 17.120 chômeurs soit 1,2 pour cent environ de la population active. Ce taux passe à 1 pour cent lors du recensement de 1988. Mais ces chiffres sont à rapprocher de la réalité vécue quotidiennement et qui semble infirmer les données officielles, même si la difficulté de trouver un emploi apparaît dans un contexte économique très difficile.

En effet, il ressort que, sur la période 1977-1988, l'accroissement annuel moyen de la population active a été nettement supérieur à celui de la population totale (4,4 pour cent contre 3,2 pour cent). Il ressort aussi que la présence des femmes dans la population active s'est accrue de manière spectaculaire entre 1977 et 1988. Cette croissance a été de 13,8 pour cent par an, un véritable phénomène structurel quant à l'implication officielle croissante des femmes dans l'économie.

Le marché de l'emploi au Niger est donc en large partie, du moins du point de vue du nombre d'individus concernés, orienté vers les zones rurales. Le premier pourvoyeur d'emploi est le secteur agricole (78 pour cent de la population active), lui-même fortement dominé par les activités exercées à très petite échelle et dans un cadre informel. Viennent ensuite les secteurs secondaire et tertiaire. Le secteur secondaire se distingue par la faible part d'emplois qu'il occupe et qui, par ailleurs, s'avère stagnante (3,4 pour cent). Le secteur tertiaire, enfin, emploie 15,4 pour cent de la population active nigérienne, notamment à travers le commerce (9,1 pour cent) et les services administratifs, sociaux et personnels (5,6 pour cent).

Au total, en 1988, 156.910 établissements(4) étaient dénombrés dans le secteur informel dont 76.590 pour l'artisanat de production (48,8 pour cent), 23.920 pour l'artisanat de services (15,3 pour cent) et 56.400 pour le commerce (35,9 pour cent). Quant à la répartition, elle était la suivante: 102.590 établissements en zone rurale (65,4 pour cent), 30.130 à Niamey (19,2 pour cent) et 24.190 dans les autres centres urbains (15,4 pour cent). Par rapport à la population totale, le Niger comptait donc 21,6 établissements du secteur informel pour 1.000 habitants (10,5 pour l'artisan de production, 3,3 pour l'artisanat de service et 7,8 pour le commerce).

En 1995, 667.935 établissements ont été estimés: 41,5 pour cent d'entre eux appartiennent au secteur de la production, 35,2 pour cent au commerce et 23,3 au services. La majorité (85,3 pour cent) se trouve en milieu rural (voir tableau 1). Le nombre important des établissements de production, en particulier en milieu rural (42 pour cent) est en partie justifié par la diversité des activités de transformation dont la connaissance et l'exigence dans la maîtrise et les moyens ne sont pas très important. En milieu urbain, en revanche, le commerce représente une proportion importante des établissements (37,7 pour cent) et occupe même une position prédominante à Niamey, où la diversification des activités commerciales se développe à un rythme accéléré.

Ces chiffres témoignent de l'importance des activités artisanales rurales en terme d'emploi dans le secteur informel. Ces activités sont d'autant moins négligeables que l'artisanat, d'une part, constitue un réseau généralisé de micro et petites entreprises au service du monde rural et, d'autre part, apporte des éléments de réponse en terme d'emploi, notamment dans le cadre d'une approche par la pluri-activité. Notons qu'en moyenne, en zone rurale, on compte 1 artisan pour 80 habitants et 1 emploi artisanal pour 47 habitants, ce qui rend compte d'une densité assez importante.

En résumé, on observe plusieurs évolutions à travers la conjoncture économique défavorable du Niger, malgré la mise en oeuvre des plans d'ajustement structurel depuis 1985. Le Niger apparaît comme un pays à dominante rurale, en dépit de l'accroissement du taux d'urbanisation depuis 1965. Les tensions sur le marché du travail ne sont pas aussi aiguës qu'en Côte-d'Ivoire ou au Sénégal et du fait des fermetures d'entreprises et les pertes d'emplois, le secteur informel participe et majoritairement à la création d'emplois et de richesse économique.

Tableau 1: Secteur informel urbain et rural: estimation du nombre d'établissements par secteur d'activité au Niger, 1995
Milieu Urbain Rural Total
Secteur Nombre Pour cent Nombre Pour cent Nombre Pour cent
Production

Commerce

Service

35.748

36.912

25.263

36,5

37,7

25,8

241.694

198.237

130.081

42,4

34,8

22,8

277.442

235.149

155.344

41,5

35,2

23,3

Total 97.923 100,0

(14,7)

570.012 100,0

(87,3)

667.935 100,0

(100,0)

Source: Enquête nationale sur le secteur informel, 1995.

B. Secteur informel: analyse des dimensions de l'emploi

1. Créations d'emplois: structure selon le type d'activité

L'essentiel des informations concernant le secteur informel au Niger provient de quatre grandes sources: a) une enquête nationale sur le secteur informel (ENSI) réalisée de juin 1987 à mars 1988 par la Direction de la statistique et de la démographie, en collaboration avec l'ORSTOM, complétée d'études spécifiques et de monographies; b) une étude du BIT intitulée "Contribution à une politique nationale de l'emploi", rapport d'une mission pluridisciplinaire de février 1990, utilisant notamment les premiers résultats du recensement général de population de 1988; c) les diverses publications émanant du projet PNUD/BIT «Appui à la définition d'une politique nationale de l'artisanat»; d)"L'enquête nationale sur le secteur informel, 1995", financée par le PNUD et réalisée avec l'appui technique du Département des statistiques des Nations Unies.

Au Niger, le secteur informel occupe une place prépondérante dans le domaine de l'emploi en milieu rural et urbain et dans une multitude de branches d'activité. On y recense quelques 150 métiers qui se répartissent parmi les activités d'extraction, manufacturières, de BTP, de transport et de services rendus aux ménages et aux entreprises. Son rôle se renforce du fait de l'incapacité du secteur moderne de l'économie, publique et privée, à répondre à une forte demande d'emploi. Ainsi, ce dynamisme du secteur informel favorise la création d'emploi dont la principale caractéristique est sa faible productivité.

Le secteur de l'artisanat dans son ensemble, avec un taux de croissance de 12,4 pour cent sur la période 1977-1988, montre son efficacité en matière de création d'emplois. Même si un tel taux devait être révisé à la baisse, il ne saurait l'être de façon très significative et l'on peut affirmer qu'il s'agit d'un indicateur important de la prolifération de la micro-entreprise artisanale depuis la fin des années soixante-dix. Cette croissance semble devoir être attribuée à trois facteurs. En premier lieu, la crise économique et l'importante période de sécheresse qui a frappé le pays ont favorisé l'exode rural et le gonflement du tissu économique urbain. En second lieu, la crise économique a engendré une baisse générale des revenus qui, à son tour, a entraîné une importante demande de biens et services bon marché et donc un développement des activités artisanales, seules à pouvoir répondre à ce type de phénomène. Enfin, l'apparition de nouveaux débouchés découlant de projets extérieurs liés au développement (culture de contre saison, programme céréalier, développement du tourisme, ...) a encouragé le développement de l'artisanat nigérien.

Les données les plus précises existent à Niamey où des comparaisons dans le temps sont possibles, compte tenu de l'existence de plusieurs recensements. Ceci ouvre la voie à une esquisse de la dynamique du secteur informel urbain. Ainsi, alors que la population urbaine de Niamey augmentait d'environ un tiers, le nombre d'établissements sédentaires du secteur informel augmentait de près de 125 pour cent, l'accroissement étant particulièrement fort pour le commerce. Certaines activités de service, telles que la restauration, étant plus dynamiques que d'autres souvent plus traditionnelles comme les forgerons. Quant aux activités non-sédentaires, leur nombre a triplé pour la période 1981-87.

La question de l'estimation du nombre d'emplois du secteur informel demeure toutefois problématique du fait de l'absence de données fiables en la matière. Afin de contourner cet obstacle on peut faire une estimation à partir du nombre d'unités économiques concernées et du nombre moyen de travailleurs par unité. Le tableau 2 synthétise l'ensemble de ces résultats pour 1988. Dans un premier temps, une lecture horizontale permettra de distinguer le partage qui parait fondamental au Niger entre zones urbaines et rurales. Dans un second temps, cette analyse sera complétée par une lecture verticale de ce même tableau qui permettra de souligner la structure de l'emploi selon ces zones.

Il apparaît, suite à la lecture horizontale, que 62 pour cent des emplois informels sont regroupés en zone rurale, ce qui confirme le caractère éminemment rural de l'activité économique nigérienne. C'est la capitale, Niamey, qui domine ensuite avec 20,4 pour cent des emplois informels pour n'en laisser que 17,6 pour cent qui se répartissent parmi les centres urbains secondaires.

Dans le détail, c'est l'artisanat de production qui, en terme d'emploi, se concentre le plus nettement en zone rurale (75 pour cent), le complément se répartissant en parts égales entre Niamey (12,9 pour cent) et les autres centres urbains (12 pour cent). En ce qui concerne les autres branches d'activité, la situation est moins contrastée même si le caractère rural reste prédominant. Il faut voir là une disparité des services rendus aux populations suivant qu'elles résident en zone urbaine ou non.

En effet, les 84 pour cent de la population localisés dans le monde rural ne bénéficient que de 44 pour cent des travailleurs de l'artisanat de service, tandis que les 56 pour cent restant profitent à 16 pour cent de la population habitant dans les centres urbains. Il en est de même pour le commerce qui, malgré son aspect incontournable pour les populations, enregistre une densité beaucoup plus élevée en zone urbaine, et surtout à Niamey, qu'en zone rurale.

La lecture verticale de ce tableau permet de constater qu'au total, le secteur informel nigérien emploierait 262.073 personnes dont 151.993 dans l'artisanat de production (58 pour cent), 70.880 dans le commerce (27 pour cent) et enfin, 39.200 dans l'artisanat de service (15 pour cent).

La structure de l'emploi selon le milieu géographique révèle, d'une part, qu'il existe de fortes disparités selon que l'on se place dans un contexte rural ou urbain et, d'autre part, qu'entre Niamey et les centres secondaires, ces disparités s'estompent complètement, sauf dans le commerce. En milieu rural, 70,2 pour cent des travailleurs informels exercent leur activité dans l'artisanat de production tandis que 19,2 pour cent l'exercent dans le cadre des activités commerciales et le complément (10,6 pour cent) dans l'artisanat de service.

Tableau 2: Estimation du nombre d'emplois du secteur informel par milieu géographique et par activités au Niger (1988)
Zone Rurale Niamey Autres villes Total
Activité Nbre % Nbre % Nbre % Nbre %
Sel

Moulins

Boulangeries traditionnelles

Bouchers avec patente

Bouchers (rôtisseurs)

Fabrication artisanale d'huile

Textile

Cuir urbain sédentaire

Cuir urbain on sédentaire

Cuir rural

Menuiserie bois avec patente

Menuiserie bois sans patente

Vannerie et articles divers en bois

Menuiserie métallique, soudure

Forgerons

Bijoutiers

Fabrication d'articles en caoutchouc

Fabrication de savons et médicaments

Poteries

Bâtiment avec patente

Bâtiment sans patente

5 180

3 960

2 178

-

10 350

15 000

14 000

-

-

6 860

-

4 960

8 120

-

9 680

198

812

742

7 000

-

25 080

3,2

2,4

1,3

-

6,4

9,2

8,6

-

-

4,2

-

3,1

5,0

-

6,0

0,1

0,5

0,5

4,3

-

15,4

-

506

-

345

810

-

2 550

238

170

-

210

112

84

624

286

132

42

140

14

5 730

7 600

-

0,9

-

0,6

1,5

-

4,8

0,4

0,3

-

0,4

0,2

0,2

1,2

0,5

0,2

0,1

0,3

0,0

10,7

14,2

-

1 334

66

690

1 080

-

2 250

340

424

-

240

160

686

720

1 056

506

70

140

140

3 438

4 940

-

2,9

0,1

1,5

2,3

-

4,9

0,7

0,9

-

0,5

0,3

1,5

1,6

2,3

1,1

0,2

0,2

0,3

7,5

10,7

5 180

5 800

2 244

1 035

12 240

15 000

18 800

578

594

6 860

450

5 232

8 890

1 344

11 022

836

924

1 022

7 154

9 168

37 620

2,0

2,2

0,9

0,4

4,7

5,7

7,2

0,2

0,2

2,6

0,2

2,0

3,4

0,5

4,2

0,3

0,4

0,4

2,7

3,5

14,4

Total artisanat de production 114 120 70,2 19 593 36,6 18 280 39,8 151 993 58,0
(Pourcentage) (75,1) (12,9) (12,0) (100,0)
Transport de marchandises

Transport de voyageurs

Taxis urbains

Garages sédentaires

Garages non sédentaires ou ruraux

Réparation de matériel sédentaire

Rép, de matériels non séd, ou ruraux

Blanchisseurs

Coiffeurs avec pat, (salon ou boutique)

Coiffeurs sans patente

Photographes

Restauration sédentaire et bars

Restauration non sédentaire

-

-

-

-

2 420

-

2 210

-

-

3 900

-

-

8 760

-

-

-

-

1,5

-

1,4

-

-

2,4

-

-

5,4

2 250

1 150

750

182

660

345

91

352

91

182

51

1 560

3 240

4,2

2,1

1,4

0,3

1,2

0,6

0,2

0,7

0,2

0,3

0,1

2,9

6,0

2 170

1 311

315

1 568

1 078

437

156

451

65

260

119

676

2 400

4,7

2,9

0,7

3,4

2,3

1,0

0,3

1,0

0,1

0,6

0,3

1,5

5,2

4 420

2 461

1 065

1 750

4 158

782

2 457

803

156

4 342

170

2 236

14 400

1,7

0,9

0,4

0,7

1,6

0,3

0,9

0,3

0,1

1,7

0,1

0,9

5,5

Total artisanat de service 17 290 10,6 10 904 20,4 11 006 23,9 39 200 15,0
(Pourcentage) (44,1) (27,8) (28,1) (100,0)
Commerce de gros

Commerces généraux urbains

Commerces gén, urb, non séd, (tabliers)

Produits alimentaires sédentaires

Produits alimentaires non sédentaires

Autres commerces spéc, sédentaires

Autres commerces spéc, non sédentaires

Commerce rural sédentaire

Commerce rural non sédentaire

-

-

-

-

-

-

-

15 400

15 730

-

-

-

-

-

-

-

9,5

9,7

420

2 400

4 620

3 600

4 950

2 240

4 840

-

-

0,8

4,5

8,6

6,7

9,2

4,2

9,0

-

-

420

2 720

3 520

1 650

3 510

2 880

1 980

-

-

0,9

5,9

7,7

3,6

7,6

6,3

4,3

-

-

840

5 120

8 140

5 250

8 460

5 120

6 820

15 400

15 730

0,3

2,0

3,1

2,0

3,2

2,0

2,6

5,9

6,0

Total commerce 31 130 19,2 23 070 43,1 16 680 36,3 70 880 27,0
(Pourcentage) (43,9) (32,5) (23,5) (100,0)
Total général 162 540 100 53 567 100 45 966 100 262 073 100
(Pourcentage) (62,0) (20,4) (17,6) (100,0)
Source: Enquête nationale sur le secteur informel et la petite entreprise, juin 1988.

Dans l'artisanat de production en zone rurale, c'est le BTP qui est le plus gros employeur (25.080 emplois, soit 15,4 pour cent de l'emploi informel rural) suivi par l'activité de fabrication artisanale d'huile et le textile (respectivement 9,2 et 8,6 pour cent) distançant à leur tour de plus de deux points les bouchers et les forgerons (6,4 et 6 pour cent). En terme de «plus gros employeurs», on retiendra ensuite les commerçants sédentaires ou non qui se partagent en parts égales 31.130 emplois ruraux, soit 19,2 pour cent.

En milieu urbain, la prépondérance du secteur secondaire disparaît. Les travailleurs se répartissent en parts quasiment égales entre le commerce et l'artisanat de production avec une différence toutefois puisqu'à Niamey les commerçants sont légèrement majoritaires (43,1 contre 36,6 pour cent d'artisans) tandis que dans les autres villes on observe le phénomène inverse (36,3 contre 39,8 pour cent). De nouveau, c'est le BTP qui se distingue en qualité d'employeur puisqu'il occupe 57,3 pour cent des travailleurs informels du secteur secondaire soit encore 21,5 pour cent des travailleurs informels urbains. L'artisanat de service, quant à lui, garde une place non négligeable en zone urbaine puisqu'il emploi 20 à 24 pour cent des effectifs selon sa localisation. Ces derniers se concentrent principalement dans le transport toutes catégories confondues (8 pour cent) et dans la restauration ambulante (5,6 pour cent). En ce qui concerne la branche commerce, on constate que ce sont les produits alimentaires qui occupent la plus grande part de l'emploi, principalement à Niamey (15,9 pour cent de l'emploi informel de la capitale).

Il est important de remarquer qu'un éventail d'activités beaucoup plus large est plus représenté dans le milieu urbain que dans le milieu rural, en particulier, les activités avec patente. Le second constat concerne la différence qui caractérise le secteur informel urbain nigérien de celui de bon nombre d'autres pays de la zone franc au sein desquels le commerce exerce une domination sans appel sur les autres activités. Au Niger, le commerce fournit des emplois massivement (43,1 pour cent des emplois à Niamey et 36 pour cent dans les autres villes) mais dans des proportions raisonnables par rapport aux autres domaines d'activité du secteur informel.

Le passage en dynamique, qui permet une meilleure compréhension du phénomène et une projection des tendances dans le temps, doit prendre en considération les facteurs de création d'emplois. Dans une mesure non négligeable, la volonté des entrepreneurs informels consiste à créer des emplois et des revenus pour eux et leur famille. On comprend alors l'importance du rôle, par ailleurs grandissant, du rythme de création d'entreprises dans le phénomène de création d'emploi. En effet, les micro-entreprises se sont multipliées dans le même temps que leur taille moyenne diminuait. Et, dans l'ensemble, les micro-entreprises ne s'agrandissent pas mais se multiplient, ceci traduisant une augmentation de l'activité indépendante, soit encore une atomisation du tissu économique informel et, par-là même, de l'offre d'emploi. Ainsi, en 1988, le nombre moyen d'employés (emploi hors patron) par unité économique était de 0,9. Plus précisément, la taille moyenne de l'entreprise informelle, patron y compris, est de 1,9 dans l'artisanat de production, 1,6 dans l'artisanat de service et 1,2 dans le commerce. Cette taille varie fortement d'une activité à l'autre, le bâtiment (avec patente), les garages, les menuiseries métalliques, les transports ayant une taille supérieure.

D'après l'enquête de 1995 (voir tableau 3), les établissements du secteur informel ont un effectif faible et limité d'employés. En effet, environ 80 pour cent des établissements n'ont pas d'employés (les indépendants ou établissements individuels). Les établissements employeurs (soit 20,2 pour cent) ont dans 95 pour cent des cas de 1 à 3 employés. Le milieu urbain se caractérise par un pourcentage élevé de travailleurs indépendants (70,2 pour cent), soit la prolifération de très petites unités sans employés, contre 47 pour cent en milieu rural.

Tableau 3: Répartition des effectifs du secteur informel selon le statut dans l'emploi par secteur d'activité et par milieu d'implantation au Niger (1995)
Statut Employeur Indépendant Aide familial Apprentis Salariés Employé temporaire Total
Répartition par secteur
Production

Pour cent

Commerce

Pour cent

Service

Pour cent

50.342

(14,6)

42.668

(15,5)

28.188

(12,4)

198.889

(57,7)

168.571

(61,2)

111.361

(49,0)

76.883

(22,3)

32.544

(11,8)

35.289

(15,5)

9.472

(2,7)

11.944

(4,3)

28.463

(12,5)

2.646

(0,8)

4.847

(1,8)

6.380

(2,8)

6.578

(0,8)

14.664

(1,8)

17.583

(2,8)

344.810

(100,0)

275.238

(100,0)

227.264

(100,0)

Total

Pour cent

121.198

(14,3)

478.821

(56,5)

144.716

(17,1)

49.879

(5,9)

13.873

(1,6)

38.825

(4,6)

847.312a

(100,0)

Répartition par milieu
Urbain

Pour cent

Rural

Pour cent

61.447

(17,8)

59.751

(11,9)

242.762

(70,2)

236.059

(47,1)

19.175

(5,5)

125.541

(25,0)

12.275

(3,6)

37.604

(7,5)

3.701

(1,1)

10.172

(2,0)

6.383

(1,8)

32.442

(6,5)

345.743

(100,0)

501.569

(100,0)

Total 121.198

(14,3)

478.821

(56,5)

144.716

(17,1)

49.879

(5,9)

13.873

(1,6)

38.825

(4,6)

847.312

(100,0)

a) Ce chiffre, résultat d'extrapolation, est certainement surestimé car il cache des emplois à temps partiel et des situations de pluri-activités, surtout en milieu rural.

Source: Enquête nationale sur le secteur informel, 1995.

On constate par ailleurs que les travailleurs indépendants sont majoritaires dans les secteurs de la production (51,2 pour cent des actifs) et du commerce (57,7 pour cent).

Par ailleurs, près de 60 pour cent des unités du secteur informel sont en milieu rural. L'exode rural de plus en plus massif des jeunes ruraux vers le milieu urbain, pourrait dans les années à venir entraîner une modification de cette répartition. Le tableau 3 met aussi en évidence le caractère essentiellement familial des unités informelles rurales avec un recours important aux aides familiaux, soit 25 pour cent des actifs (contre 5,5 pour cent en milieu urbain) et dans une moindre mesure aux apprentis (7,5 pour cent, contre 3,6 pour cent en milieu urbain).

L'analyse de la répartition par sexe révèle que les femmes ne représentent que 13,7 pour cent de l'emploi informel et 27,6 pour cent des employés. Plus de la moitié des femmes du secteur informel travaillent en tant qu'aide familial (51 pour cent contre 11,7 pour cent pour les hommes); 33 pour cent d'entre elles sont indépendantes (la proportion correspondante pour les hommes est de 60 pour cent).

2. Contribution à la production nationale, aux revenus et aux besoins essentiels

a. La production

La contribution du secteur informel à l'emploi de la main-d'oeuvre nigérienne a été mise en évidence dans les points précédents. Reste à voir, dans quelle mesure cet emploi permet de dégager une richesse significative pour le pays. Dans cette partie, on examinera donc la contribution du secteur informel à la formation du PIB.

Les ressources du PIB par secteur de l'économie sont présentées dans le tableau 4. Il ressort clairement que le secteur informel est le deuxième contributeur à la création de richesses nationales. Il se place après le secteur rural mais avant le secteur moderne. Cette situation est stable dans le temps. En effet, en 1978 déjà, le secteur informel contribuait plus que le secteur moderne a la formation du PIB.

Ainsi, on constate que le secteur rural arrive en tête des contributeurs en dégageant, en 1988, 274,04 milliards de F.CFA soit 38,6 pour cent du PIB. Il est suivi par le secteur informel qui engendre 201,44 milliards (28,3 pour cent), par le secteur moderne dont les ressources s'élèvent à 125,22 (17,6 pour cent), par l'administration non marchande (85,44 milliards, soit 12 pour cent), et enfin, par les taxes sur importations (23,71 milliards, soit 3,5 pour cent).

Les évolutions de ces trois secteurs sont, toutefois, contrastées. Le secteur informel est le seul à voir sa contribution augmenter au cours du temps. En effet, entre 1978 et 1988, le secteur informel gagne 4 points contre des pertes de 6,5 points pour la contribution du secteur rural et de 3 points pour celle du secteur moderne. En 1995, le secteur informel participe à près de 30 pour cent du PIB, en seconde place derrière l'activité agro-pastorale.

Plus précisément, on distinguera trois périodes importants dans les évolutions relatives de ces secteurs économiques. En 1981, le secteur informel voit sa contribution gagner 1,8 point du fait d'une perte de 3,5 points dans le secteur moderne. En 1984, c'est le secteur rural qui accuse une forte baisse de sa contribution (-5,8 points) et permet au secteur informel d'accroître la sienne de 7 points. Notons que ce phénomène est en étroite liaison avec la sécheresse qui a frappé le Niger de 1982 à 1984. Enfin, en 1987, le secteur rural perd de nouveau 2,3 points de contribution au PIB qui permettent au secteur informel de franchir le seuil des 30 pour cent de contribution à la production nationale.

Ces évolutions ont modifié la structure de contribution au PIB nigérien car, si chaque secteur a conservé sa place respective, il n 'en reste pas moins que les écarts entre chacun se sont sensiblement modifiés. Ainsi, en 1978, la contribution du secteur informel était de 20,8 points inférieure à celle du secteur rural. Par contre elle n'était que de 3,7 points supérieure à celle du secteur moderne. En 1988, le secteur informel n'est plus qu'à dix points du secteur rural, et distance de dix autres points le secteur moderne. Ces écarts sont encore plus significatifs en 1987, avant que le monde rural n'enregistre une nouvelle croissance de sa contribution. En effet, en 1987, le secteur rural n'avait que 2,5 points d'écart avec le secteur informel qui distançait à son tour le secteur moderne de 11,5 points.

En terme d'évolution à prix courant, le PIB a été multiplié par 1,93 au cours de la période 1978-1988, tandis que la contribution du secteur informel était multipliée par 2,25 (soit un coefficient supérieur à celui du PIB). Les contributions du secteur rural et du secteur moderne, quant à elles, étaient multipliées par des coefficients inférieurs à celui du PIB (respectivement 1,71 et 1,64). Ces chiffres dénotent une importante différence de dynamique entre les secteurs économiques, le secteur informel se plaçant largement au-dessus de la moyenne et tirant le PIB vers le haut.

Alors que le PIB a diminué de 1,9 pour cent l'an de 1981 à 1987 (en francs constants), la valeur ajoutée du secteur informel a cru de 2,5 pour cent l'an. Cette évolution varie selon l'activité: croissance pour l'artisanat de production et le commerce, décroissance pour l'artisanat de services.

On peut décomposer le secteur informel afin d'identifier les activités qui se sont avérées porteuses de cette contribution croissante à l'économie. Ainsi, il apparaît que la valeur ajoutée du secteur informel provient à 40 pour cent de l'artisanat de production, à 26,5 pour cent du commerce et à 21,5 pour cent de l'artisanat de service. A ce stade de l'analyse, et pour mieux situer l'évolution du secteur informel, une comparaison plus poussée avec le secteur moderne s'avère instructive. L'artisanat de production apparaît comme le moteur de la croissance du secteur informel avec un taux de croissance annuel moyen de 11,3 pour cent en opposition avec le secteur moderne qui voit la valeur ajoutée de son industrie manufacturière décroître de 2,8 pour cent par an. Pour le BTP, l'écart se creuse entre les secteurs informel et moderne et est encore plus flagrant. Alors que chez les premiers, le BTP fait figure de moteur à un titre presque comparable à l'artisanat de production (8,9 pour cent de croissance annuelle moyenne), chez les seconds, le BTP est en récession particulièrement marquée (-12 pour cent). L'image que l'on reçoit est donc celle d'un secteur informel en pleine croissance au détriment d'un secteur moderne en pleine récession. Il faut cependant noter que l'industrie manufacturière moderne, à la différence de l'artisanat informel, est marquée par une évolution des prix plus rapide dans la mesure où elle intègre des éléments extérieurs tels l'inflation importée.

Dans le cas du Niger, une spécificité intéressante réside dans le fait que le secteur informel surpasse, en terme de production, le secteur moderne depuis longtemps. En 1978, le secteur informel contribuait déjà davantage à la création de richesses que le secteur moderne. Toutefois, notons que ces chiffres sous-estiment sans doute la réalité du phénomène. Or, l'étude de la nomenclature des activités artisanales montre que nombre d'activités informelles liées aux mines et carrières ne sont pas prises en compte.

Le tableau 6 présente les caractéristiques globales des établissements informels en 1995. Le secteur informel bien que plus représenté en milieu rural (85,3 pour cent des établissements et près de 60 pour cent de l'emploi) est plus performant en milieu urbain en termes de chiffre d'affaires (63 pour cent), d'impôts (75 pour cent), d'investissement (61 pour cent), de valeur ajoutée et de masse salariale (plus de 60 pour cent du total). Par ailleurs, le taux d'investissement global (somme des investissements sur la valeur ajoutée) du secteur informel est faible, soit 4,9 pour cent. Une partie importante (61 pour cent) des ces investissements est réalisée en milieu urbain.

Le secteur de la production, avec 42 pour cent des établissements et 44 pour cent du nombre d'emplois présente un poids de 31 pour cent de la valeur ajoutée totale. Le secteur commercial contribue à 45 pour cent du PIB informel avec 33 du nombre d'emplois. Ce secteur occupe la plus grande proportion du chiffre d'affaires informel (70,3 pour cent dont 42,3 pour cent pour le milieu urbain), de la valeur ajoutée et des bénéfices annuels. Enfin, le secteur des services participe à 24 pour cent dans la formation du PIB informel.

b. Les revenus

Procéder à une observation de la distribution des revenus par les activités informelles engendre des difficultés diverses. D'une part, les données sont peu nombreuses ce qui rend toute analyse des éventuels résultats très schématique. C'est précisément le cas de figure rencontré au Niger. D'autre part, la logique de fonctionnement des unités informelles n'est pas semblable à celle des unités du secteur moderne. La recherche du profit n'est pas prioritaire pour les chefs d'unités économiques informelles. Ne comptent pour eux que la maximisation du revenu, des avantages sociaux et de leur prestige personnel et familial. C'est donc dans cette optique qu'il s'agit de comprendre le phénomène de distribution des revenus.

Le repli du PIB en F.CFA constants au cours de la décennie 1980 s'est traduit par une baisse sévère du revenu par habitant. Environ 24 pour cent si l'on compare les moyennes 1980-1981 et 1988-1989 et 27 pour cent si l'on rapproche 1989 (70.100 F.CFA) de 1980 (95.700 F.CFA).

Ainsi, les bas revenus ont subi une forte perte de pouvoir d'achat. En conséquence, ce sont les pauvres qui dépendent le plus des activités informelles en terme de consommation. La distribution des revenus à travers ces activités est un élément politiquement et socialement stabilisateur dans le contexte de crise économique et d'ajustement structurel. Une note positive peut être ajoutée toutefois, puisque la création d'emploi dans le secteur informel, et plus particulièrement dans l'artisanat nécessite peu d'investissements en capital, ce qui favorisera la distribution de nouveaux revenus dans la société si le contexte économique et l'environnement institutionnel y sont favorables.

Globalement, on peut noter que le revenu dans le secteur rural a tendance à décliner plus rapidement que celui du secteur non-agricole, et qu'au sein de celui-ci, les revenus des activités informelles se sont accrus par rapport à ceux du secteur moderne. Il faut toutefois tempérer cette affirmation car elle est en partie imputable à un transfert d'effectif en provenance des secteurs moderne et rural. Le secteur moderne a eu plus de difficultés à s'adapter à la crise que le secteur informel, en particulier dans le domaine de la réduction des coûts de production.

Tableau 6: Compte d'exploitation des entreprises informelles et répartition de la valeur ajoutée entre les agents économiques par secteur d'activité et le milieu de résidence, 1995 (valeurs absolues et relatives)
Secteurs Milieu
Production Commerce Services Urbain Rural Total
Milliards F.CFA Pour cent Milliards F.CFA Pour cent Milliards F.CFA Pour cent Milliards F.CFA Pour cent Milliards

F.CFA

Pour cent Milliards F.CFA Pour cent
Chiffre d'affaires 178,2 19,6 638,7 70,3 91,9 10,1 572,6 63,0 336,2 37,0 908,8 100,0
Valeur ajoutée 71,8 30,9 106,2 45,7 54,5 23,4 146,3 63,5 86,3 36,5 232,6 100,0
Rémunérations employés 9,9 42,4 6,7 28,7 6,7 28,7 14,1 61,5 9,2 39,5 23,3 100,0
Impôts 2,7 13,8 10,0 51,3 6,8 34,9 14,6 74,9 4,9 25,1 19,5 100,0
Bénéfice annuel 59,2 31,1 89,5 47,2 41,0 21,6 117,6 62,0 72,2 38,0 189,8 100,0
Investissement 3,1 27,2 2,4 21,1 5,9 51,7 6,9 60,5 4,5 39,5 11,4 100,0
Répartition des revenus dégagés des activités informelles entre les agents public et privés
Etat 3,8 9,4 12,5 10,0 5,7 8,4
Employés 13,8 6,3 12,3 9,6 10,7 10,0
Entrepreneurs 82,5 84,3 75,2 80,4 83,7 81,6
Source: Enquête nationale sur le secteur informel, 1995. Elaboration: BIT

Le secteur informel où les travailleurs sont rémunérés en partie en nature et aussi en fonction des résultats de l'entreprise dispose de plus de flexibilité dans la régulation des effectifs et des rémunérations.

La masse salariale distribuée par les micro et petites entreprises informelles était estimée, en 1995, à 10 pour cent de la valeur ajoutée du secteur informel, avec des disparités selon les secteurs d'activité (de 6,3 pour cent dans le commerce à 13,8 pour cent pour la production). Globalement les rémunérations des employés représentaient 23,3 milliards F.CFA, soit 94.422 F.CFA par employé et par an. Ces chiffres incluent des aides-familiaux et des apprentis ne percevant pas de rémunérations. Or, 51,3 pour cent des travailleurs du secteur informel sont non rémunérés, essentiellement des aides-familiaux et des apprentis. En considérant uniquement les employés rémunérés, 94 pour cent ont un salaire mensuel inférieur à 15.000 à F.CFA, soit bien inférieur au SMIG (18.000 F.CFA), tout particulièrement dans les services et en milieu rural. Par ailleurs, 41,1 des employés perçoivent leur rémunération en espèces et 3,2 pour cent sont rémunérés de façon mixte. Une analyse beaucoup plus fine fait apparaître que 70,8 pour cent des employés du secteur de la production n'ont pas de rémunération. Cette situation pourrait s'expliquer du fait que plus de 80 pour cent des employés de ce secteur sont des aides-familiaux.

L'observation du mode de rémunération montre que 30,1 pour cent des employés du secteur informel perçoivent leur salaire de façon journalière, 12,9 pour cent sont payés par semaine et 5,6 pour cent par mois. Le secteur informel sert de refuge pour beaucoup de personnes sans qualification suffisantes pour exercer un emploi stable, ce qui explique le faible pourcentage d'employés payés au mois.

Raisonner en terme de masse salariale comporte toutefois des dangers. Ils viennent principalement du faible nombre de travailleurs par unité économique (0,4 hors patrons) et, parmi eux, du faible nombre de travailleurs rémunérés (recours privilégié à des aides familiaux non-rémunérés). Les dangers de cette analyse proviennent aussi du fait que les rémunérations en nature ne sont pas prises en compte (ou bien très approximativement), et enfin, du fait que la rémunération des entrepreneurs n'y apparaît pas. La masse salariale est, de fait, un indicateur qui sous-estime le volume de revenu distribué par le secteur informel.

En effet, l'essentiel de la valeur ajoutée est orienté vers l'entrepreneur et le groupe familial auquel il appartient. Ainsi, le revenu net, qui correspond schématiquement à la rémunération des chefs d'entreprises, s'est élevé à environ 189,8 milliards de F.CFA (dont 11,4 milliards de F.CFA pour l'investissement), soit 81,6 pour cent de la valeur ajoutée du secteur informel. En moyenne, le revenu du chef d'entreprise du secteur informel s'élève à environ 316.323,3 F.CFA par an (26.360,3 F.CFA par mois). Ainsi, on constate que la grande majorité des entrepreneurs des unités informelles dispose d'un revenu supérieur au SMIG et supérieur aussi à la moyenne nationale. Malgré la rareté des données en terme de revenu, on peut indiquer que, globalement, ceux-ci sont plus ou moins inférieurs à ceux du secteur moderne, les conditions de travail y étant en outre plus souples. Il ne faut toutefois pas perdre de vue le fait que les revenus des entrepreneurs sont destinés à satisfaire les besoins de leur groupe familial. Mieux vaut donc raisonner en terme de pouvoir d'achat de ce groupe qu'en terme de revenu de l'individu entrepreneur pour se donner une image plus objective du niveau de revenu des populations.

Si l'on procède à une distinction de la distribution des revenus par type d'activité, on constate que la plus faible rémunération moyenne par employé est dans le secteur des services avec un salaire annuel moyen de 76.283 F.CFA par an contre 104.690 F.CFA dans le secteur du commerce.

A noter aussi les taux de salarisation qui varient fortement d'une activité à l'autre et dont dépend la distribution des revenus dans le secteur informel. Ainsi, la salarisation est plus faible dans les activités manufacturières: l'alimentation (2 pour cent), le textile (6 pour cent), le cuir (7 pour cent), le bois (4 pour cent), la chimie (0 pour cent) et le caoutchouc (1 pour cent)(5)

. Les activités de transformation de métal forment une exception avec un taux de salarisation de 10 pour cent et rejoignent ainsi le BTP et les services (respectivement 10 et 11 pour cent).

La faiblesse des salaires (51 pour cent d'employés sans rémunération et 47,5 pour cent ayant un salaire ne dépassant pas 15.000 F.CFA par an) est la conséquence immédiate de la non qualification des employés dans le secteur informel. La structure de l'emploi au Niger indique que c'est le secteur informel qui offre le plus d'emplois. Mais, paradoxalement, c'est aussi le secteur qui rémunère le moins les travailleurs. La faiblesse des rémunérations est due à la nature des emplois offerts. La nature des tâches dans le secteur informel ne laisse pas prévoir des rémunérations élevées. A noter aussi que la formation et le recyclage des agents n'ont pas une grande importance dans le secteur informel. En effet 92,5 pour cent (98,5 dans le commerce, 95,5 pour cent pour la production et 85,1 pour cent dans les services) des travailleurs du secteur informel ont appris leur activité sans aucune formation institutionnelle.

c. La satisfaction des besoins essentiels

Le secteur informel remplit une fonction fondamentale, à savoir, la satisfaction des besoins de base et quotidiens des populations à faibles revenus. Ce rôle est renforcé depuis quelques années par la perte de pouvoir d'achat de la population consécutive à la crise. Ainsi, le secteur informel devient le seul moyen, pour ces populations, de satisfaire leurs besoins.

Le Niger appartient à la catégorie des économies à faible revenu selon la classification de la Banque Mondiale. Son niveau de PNB par habitant en 1994 (230 $EU) le situe en dessous de la moyenne des pays de son groupe (380 $EU). C'est un pays ou les populations sont particulièrement vulnérables et, a fortiori, en situation de crise économique.

Au Niger, le PNB par habitant s'est réduit sur la période 1965-1989 à un rythme annuel moyen de 2,4 pour cent. Etant donné la dégradation relativement constante des conditions économiques, la vulnérabilité des couches les plus pauvres de la population s'est accentuée. La consommation des ménages a progressé au rythme annuel moyen de 2,7 pour cent sur la période 1980-1989 contre 5,7 pour cent sur la période 1965-1980. Pour ce qui est de la période la plus récente, il est judicieux de comparer ce chiffre au taux annuel moyen d'accroissement de la population qui est de 3,4 pour cent pour mesurer les difficultés réelles que rencontre le Niger.

La crise économique et la mise en oeuvre de PAS sont les éléments qui fondent l'analyse de la satisfaction des besoins essentiels. Une majorité des ménages des milieux urbain et rural dépend des activités informelles grâce aux revenus issus soit du secteur non-agricole informel soit du secteur moderne, ou combinant ces deux types de revenus. Il est établi que le secteur informel représente 11,5 pour cent de la population active en 1988. Mais, si l'on considère qu'à un travailleur du secteur informel correspondent six personnes à charge, alors celui-ci ferait vivre 1,5 millions de personnes soit plus d'un cinquième de la population totale.

Par rapport à la population totale, le Niger comptait 21,6 établissements du secteur informel pour 1.000 habitants (10,5 pour l'artisanat de production, 3,3 pour l'artisanat de service et 7,8 pour le commerce). Les activités informelles jouent, de fait, un rôle de régulation et font concurrence au secteur moderne à travers des prix compétitifs et des biens et services de plus en plus attrayants et à proximité des populations. Cela explique en partie l'engouement des ménages à revenu modeste pour les activités informelles. Ces ménages se trouvent dans l'impossibilité de s'approvisionner auprès du secteur moderne étant donné les prix qui y sont pratiqués, mais aussi les difficultés d'accessibilité aux circuits de distribution modernes (particulièrement en zone rurale).

La mise en place de PAS a entraîné des restructurations dont la compression du personnel dans le secteur public, parapublic et privé ainsi que des baisses de salaire réel. Les ménages, dont un ou plusieurs membres occupaient un emploi dans le secteur moderne et l'ont perdu, ont grossi le groupe des populations vulnérables. Aussi, ces derniers ont eu tendance à reporter une part importante de leur demande vers les activités du secteur informel. En outre, certains ont conservé leur emploi mais ont vu leur salaire réel chuter du fait de la diminution des dépenses publiques de l'Etat. Ceci a entraîné un effet dépressif sur la demande globale dont l'impact a affecté les différents secteurs de manière inégale.

Une enquête effectuée à Niamey montre que les dépenses effectuées par les ménages se ventilent comme suit: alimentation: 55 pour cent; habillement: 10 pour cent; transports: 9 pour cent; logement : 2,5 pour cent. Ces quatre postes représentent à eux seuls plus des trois quarts des besoins des ménages. De même, des perspectives existent pour les marchés des produits animaux, des produits participant aux besoins essentiels des ménages - médicaments - ainsi que ceux qui améliorent le confort de vie où mettent en évidence le désir de paraître. A cet effet, l'artisanat nigérien offre une grande variété de produits qui, dans l'ensemble, correspondent aux besoins de la population compte tenu de son pouvoir d'achat et de ses goûts.

SECTION III

Les politiques envers le secteur informel

Depuis 1983, le gouvernement du Niger s'est efforcé de redresser l'économie du pays. Aussi, des réformes de structure ont été entreprises, dans le cadre du PAS (1985) et du Plan de développement économique et social (1987-1991) afin notamment de réduire les déficits budgétaires et extérieurs. Un des objectifs de ces réformes était de rendre l'économie plus compétitive par le développement du secteur privé et par la primauté donnée à l'entreprise.

Le secteur informel qui s'est ajusté à la crise et connaît une dynamique économique réelle, est donc d'autant plus concerné qu'il compte une multitude de micro et petites entreprises artisanales proposant bien souvent des biens et des services adaptés aux besoins et aux modestes moyens des consommateurs nigériens. En raison de son adaptation remarquable, il a bénéficié d'un transfert des activités du secteur moderne qui, combiné à sa capacité à diminuer ses coûts, lui ont permis d'accroître sa compétitivité. De fait, on observe au Niger que «l'ajustement structurel a été un ajustement informel»(6).

La stratégie de redressement de l'économie s'est appuyée sur des politiques visant d'une part à réduire les contraintes au développement à travers des réformes structurelles dans les secteurs vitaux de l'économie, et d'autre part, à maîtriser la demande globale afin de réduire les déficits financiers internes et externes. Les réformes structurelles ont notamment porté sur:

Jusqu'en 1987, le secteur informel et en particulier sa composante artisanale n'était pas réellement prise en compte. Il existait un service de l'artisanat sans activité réelle au sein d'une Direction de l'industrie et de l'artisanat. A la suite d'une mission réalisée à la demande de cette Direction par le BIT(7), un projet de coopération international PNUD/BIT a été mis en place au sein d'une nouvelle Direction de la promotion de l'artisanat, DPA (Ministère du Commerce, de l'Industrie et de l'Artisanat). Ce projet, toujours en cours, vise à aider la DPA et le gouvernement à élaborer une politique de l'artisanat devant permettre de promouvoir le secteur de l'artisanat (essentiellement informel). Rien d'équivalent n'a par contre été envisagé pour la composante commerciale du secteur informel, ceci reste donc à faire.

A. Les difficultés ressenties par les opérateurs institutionnels

Lors de l'enquête sur le secteur informel en 1995, il était demandé aux entrepreneurs de faire part de leurs difficultés et d'identifier le principale problème qui entrave le bon fonctionnement de leur activité. Environ 60 pour cent ont répondu à cette question.

Le principal problème cité est de loin le manque de clientèle (30 pour cent), tout particulièrement dans le secteur de la production (39,5 pour cent). Le second problème évoqué est lié à l'approvisionnement en matières premières mentionné par 27 pour cent des établissements. Les établissements de production sont les plus concernés (73,8 pour cent), puis ceux du commerce (13,4 pour cent) et le secteur des services (12,8 pour cent). Une autre difficulté, non des moindres, citée par les propriétaires des établissements est l'accès au crédit (14 pour cent). Plus de la moitié (55 pour des cent) des entrepreneurs concernés sont des commerçants. Les taxes et règles administrative sont citées par moins de 2 pour cent des propriétaires. Ces résultats dénotent le comportement de fuite devant l'impôt et l'insouciance des entrepreneurs par rapport aux lois.

B. La fiscalité

La question de la fiscalité s'avère déterminante pour le phénomène d'informalisation de l'économie. Au Niger, trois impôts ou taxes frappent principalement les micro-entreprises artisanales: la patente, l'impôt forfaitaire sur les bénéfices (IFB) et les droits de place sur les marchés. Dans certains cas limités, trois autres taxes s'y ajoutent: la taxe à la valeur ajoutée, forfaitisée, des droits de douane (principalement une taxe statistique de 3 pour cent) et une taxe sur la publicité.

La patente est un impôt sur le revenu des professionnels. Elle repose sur des indicateurs physiques susceptibles de traduire la capacité productive du contribuable en l'absence d'informations comptables. La taxe sur les marchés est, quant à elle, une taxe journalière de stationnement et de vente sur les marchés, instituée en 1960. Il semble pas exister de logique globale dans la fixation et surtout dans le recouvrement des taxes de marché à travers l'ensemble du territoire nigérien, certains départements appuyant plus que d'autres leurs ressources sur les taxes de marché.

Si la patente (et l'IFB) frappent modérément les artisans et ne couvrent d'ailleurs qu'une faible part des micro-entreprises artisanales, en revanche les taxes sur les marchés atteignent la grande majorité des artisans les plus modestes, c'est à dire les professionnels installés dans les lieux publics, aisément repérés par le collecteur municipal et n'échappant pas à la distribution quotidienne de tickets.

D'après le tableau 6, le montant annuel d'impôts par établissement est de 29.146 F.CFA; le taux d'imposition (somme des impôts sur la valeur ajoutée brute) est de 8,4 pour cent. Ce taux est plus élevé en milieu urbain (10 pour cent) qu'en milieu rural (5,7 pour cent). Selon la source citée, ce taux se rapprocherait de celui de la pression fiscale calculée au niveau du secteur moderne et constituerait la preuve que le secteur informel paie également des impôts.

Néanmoins, ces données moyennes obtenues pour l'ensemble des établissements semblent sur-estimer la pression fiscale sur le secteur informel et aller à l'encontre de certains propos tenus dans le cadre de cette même enquête menée en 1995, sur l'incivisme de ce secteur. On a très souvent dit que le secteur informel échappe à l'impôt et le nombre d'établissements qui ont déclaré avoir payé la patente et/ou la taxe sur le marché en témoigne. Sur le total des établissements dénombrés en 1995 (667.935), 46.535 (soit 7 pour cent) seulement ont payé la patente et 108.008 (16,1 pour cent) la taxe sur le marché. A l'évidence, le secteur informel est par excellence l'abri des non et/ou mauvais payeurs d'impôts. Selon la théorie et le principe de payement des impôts, les payeurs de la patente ne sont pas concernés par les autres taxes du marché. Mais par méconnaissance des règles administratives, 22,4 pour cent des "établissements payeurs", payent à la fois la patente et la taxe sur le marché.

En 1995, sur l'ensemble des établissements payeurs de la patente, 82,8 pour cent payent moins de 20.000 F.CFA, dont les trois quarts sont des établissement ruraux; seulement 0,5 pour cent payent plus de 100.000 F.CFA.

Selon une enquête menée en 1989(8) la pression fiscale est relativement faible (en moyenne moins de 3 pour cent) mais elle est très variable d'une profession à l'autre et des distorsions peuvent même exister au sein d'une même profession du fait du cumul des charges de patente et des droits du marché.

Les impôts et les taxes payés par les artisans s'inscrivent dans un ensemble fiscal complexe dont la hiérarchie, très élaborée, présente l'inconvénient de cumuler des taxes pour certaines catégories de contribuables. Clarté simplification contrepartie trois objectifs-clefs qui recueillent autant l'adhésion des prescripteurs, les Ministères des Finances et de l'intérieur, que des contribuables, soutenus par le Ministère du Commerce, de l'industrie et de l'Artisanat qui souhaite insuffler une dynamique de développement dans la stratégie fiscale du Niger. Ces objectifs ont d'ailleurs servi de fil conducteur pour l'élaboration de la politique nationale sur le secteur de l'artisanat, présentée dans le point IV de ce chapitre.

Les développements précédents ont montré que si la somme des impôts frappant les artisans n'était pas globalement excessive, elle était en revanche inégalement répartie. Il est établi également que ces impôts apportent une contribution essentielle au budget des collectivités locales et constituent une pierre angulaire de la fiscalité nationale. C'est sur la base de ces constations qu'à été menée la réflexion pour une amélioration de l'environnement, notamment fiscal, des micro et petites entreprises, c'est-à-dire en cherchant à ne pas grever le budget des artisans tout en maintenant, voire renforçant, le budget des collectivités publiques. En 1989, la DPA recommandait d'une part, la restauration du rôle de la patente en tant qu'élément de référence pour la légalisation de l'activité et l'adaptation des barèmes aux nouvelles caractéristiques des professions. En outre, la mensualisation de la patente, pourrait réduire le comportement de fuite devant l'impôt et réduire les difficultés de trésorerie pour les établissements, permettant ainsi une meilleure collecte pour l'administration. D'autre part, l'aménagement des autres taxes afin qu'elles jouent un rôle incitatif. Ces recommandations ont été largement prises en considération lors de l'élaboration de la politique nationale sur le secteur de l'artisan.

C. Le financement

Tout système cohérent de financement de l'artisanat passe par une bonne adéquation offre-demande. Or, cette adéquation pour l'essentiel n'existe pas au Niger pour plusieurs raisons. En effet, l'offre formelle de financement est faible et inadaptée. Outre le fait que la marge de manoeuvre en matière de crédit est limitée au plan national par les prérogatives reconnues de la BCEAO, le système des banques et d'institutions financières est peu développé, concentré à Niamey, et peu tourné vers une clientèle de micro et petites entreprises. De plus, et sauf exception, ce système de financement formel est en crise et des réhabilitations en profondeur sont en cours. Une remise en ordre du système bancaire est nécessaire, qui demandera du temps et dépendra aussi de la réorganisation générale de l'économie.

Dans ces conditions la situation générale du crédit est mauvaise. En outre, une partie de la clientèle (commerçants) se détourne des banques et garde les liquidités autrefois déposées sur des comptes. Dans ce domaine aussi "l'informalisation" des pratiques se développe.

Au-delà même des circonstances peu favorables, la ligne actuelle du système de financement est telle qu'elle a peu de chances de rejoindre celle des artisans. La recherche de rentabilité par les banquiers se heurte à la trop faible marge autorisée (en liaison avec le taux d'intérêt) qui ne permet pas de couvrir les risques; au coût disproportionné et au risque élevé que représenteraient de nombreux prêts à des artisans; à l'impossibilité d'instruire et de suivre des dossiers d'une clientèle dispersée sur l'ensemble du territoire.

Cette recherche de rentabilité, justifiée, se double d'une attitude de prudence exagérée qui se traduit par la recherche maximale de garantie, l'absence quasi-totale de prise de risques, le conservatisme dans l'offre des produits financiers. Tout ceci débouche sur les graves difficultés de financement que rencontre le secteur informel et qui se traduisent par de lourds handicaps tant pour la création d'entreprise que pour le développement des unités existantes. De surcroît, il ne semble pas que les évolutions en cours doivent permettre d'améliorer la situation à court ou moyen terme.

Pour l'essentiel, ce sont donc les quelques projets d'appui aux artisans qui leur assurent l'offre de financement, utilisant ou non, le relais bancaire. D'une manière plus générale encore, la véritable offre de financement est informelle. De ce fait, on peut affirmer que l'économie informelle reste un domaine sous-capitalisé par rapport à ses besoins d'investissement.

La demande de financement du secteur informel qui découle de ce contexte est faible, très diversifiée, dispersée et se manifeste peu en direction des systèmes formels de financement. L'artisanat est, par excellence, un secteur d'auto-investissement et de recours à une épargne informelle de proximité dans lequel les rapports avec les banques et les institutions financières sont quasi-inexistantes, hormis quelques rares artisans urbains évoluant dans le cadre d'une économie moderne.

De plus, les artisans n'ont souvent pas de perspectives de développement et les améliorations de leur entreprise se font au gré des circonstances. Le recours au financement formel, qui suppose notamment la transparence comptable, légale et fiscale, n'est pas courant chez les artisans. Crédit formel et secteur artisanal informel forment un couple difficile à réunir.

Il n'en reste pas moins qu'un certain nombre d'artisans, en zone rurale comme en zone urbaine, ont besoin d'accéder à de nouveaux modes de financement pour pouvoir mieux s'installer, et fonctionner dans de bonnes conditions et, le cas échéant, assurer l'expansion de leurs affaires. La demande doit être clairement définie dans les différents cas, de manière à éviter les a priori et les faux besoins(9)

.

Dans ce contexte, les principales perspectives d'intervention en faveur du financement du secteur artisanal informel pourraient être les suivantes:

Le financement est, par conséquent, au centre de la vie quotidienne et du dynamisme des micro-entreprises, et les besoins sont ici multiples. On peut les regrouper en trois catégories:

Face à ces divers besoins de financement, les micro et petites entreprises artisanales peuvent se tourner vers deux sources distinctes: le financement auprès des institutions modernes ou le financement informel.

1. Le financement moderne

On peut distinguer à ce sujet: i) le crédit bancaire: le Niger compte six banques (BIAO, SOMIBANK, BALINEX, NIB, BCC, DMI), mais le crédit qu'elles accordent aux micro-entreprises est marginal, voire inexistant; ii) les autres institutions financières: outre la Caisse nationale de crédit agricole (CNCA), elles sont au nombre de quatre:

* la CPCT (Caisse de prêts aux collectivités territoriales) qui peut intervenir en faveur de l'artisanat, soit sous forme d'équipement aux collectivités (marché artisanal, boutiques), soit sous forme de prêts cautionnés par une collectivité territoriale;

* la CNE (Caisse nationale d'épargne) s'intéresse plus aux groupes et associations coopératives, qu'aux particuliers et collabore aussi avec certains projets tel que le projet OPEN/BIT, le projet SEAD/CARE, et le projet DPA/BIT à Madaoua et Bonza. Il s'agit à l'heure actuelle de l'institution la plus engagée aux côtés des artisans et avec laquelle des perspectives favorables existent;

* le FIMPEN (Fonds d'intervention en faveur des petites et moyennes entreprises) est opérationnel depuis peu de temps et pourrait devenir assez rapidement un partenaire de l'artisanat;

* les CPEC (Caisses populaires d'épargne et de crédit) qui ne concernent pas spécifiquement l'artisanat, mais le secteur rural dans son ensemble.

2. Le financement informel

Le financement des activités informelles a été peu abordé dans les études consacrées à ce secteur, si ce n'est une étude(10) qui souligne que les artisans ne se financent pas auprès des banques formelles, mais plutôt à partir d'une épargne personnelle, d'héritage, de dons, voire d'emprunts à des parents ou amis.

Pour présenter la finance informelle au Niger, il convient, là aussi, de dissocier le milieu rural du milieu urbain.

Les tontines et les garde-monnaie villageois en milieu rural, sans entrer dans une étude détaillée de ces deux formes d'épargne, sont les plus visitées. Il faut noter à cet égard que les tontines recueillent la faveur de 80 pour cent des épargnants, les garde-monnaie villageois assurant le reste.

L'enquête «Finance rurale au Niger(11)» qui a touché 56 tontines réparties dans 22 villages et totalisant 787 sociétaires a montré que les tontines ont une activité financière importante et qu'un cycle d'opération peut mettre en jeu des sommes élevées (jusqu'à 4 millions de F.CFA), avec une moyenne de 485.000 F.CFA. Les sommes collectées par les gardes-monnaie villageois sont moindres. Il s'agit là pour les épargnants d'avoir de l'argent disponible mais hors de portée de main immédiate.

En résumé, les activités financières informelles sont à la fois significatives et très répandues en brousse. Les sommes en jeu tiennent d'ailleurs la comparaison avec les dépôts et les prêts du système institutionnel du crédit agricole.

En ce qui concerne la finance informelle en milieu urbain, les résultats d'une enquête effectuée à Niamey auprès des tontines fournissent trois indications intéressantes pour qui veut financer son activité par ce biais:

Ainsi, l'offre formelle de financement au secteur artisanal est limitée. La situation générale des institutions financières est difficile dans le cadre macro-économique existant et la liaison avec l'artisanat se fait surtout à travers des projets relayés par des banques et par d'autres institutions financières.

Les conclusions et recommandations qui découlent du financement des activités informelles rurales(12) par l'épargne et le crédit (dont certaines son applicables en milieu urbain) encouragent le système financier à développer les prêts collectifs qui s'avèrent moins coûteux du point de vue administratif et mieux garanti du fait d'une caution solidaire du groupe. Elles recommandent aussi le principe de l'apport personnel qui garantie les prêts et la constitution, à moyen ou long terme, d'un fonds de crédit qui assurera l'autonomie financière des groupements d'artisans. Ce document préconise aussi l'incitation à l'épargne monétaire plutôt qu'à l'épargne traditionnelle qui est fortement pratiquée (achat de bétail et autres biens matériels), et enfin, la constitution de caisses villageoises d'épargne et de crédit. L'auteur ne manque pas d'y ajouter l'aspect formation en gestion des intervenants du secteur informel qui apparaît incontournable pour assurer la réussite des recommandations précédentes.

D. Les organisations professionnelles

Il n'existe ni organisation professionnelle générale pour l'ensemble du secteur de l'artisanat ni organisation professionnelle générale du secteur commercial informel. Il n'existe que quelques petites organisations de taille et de pouvoir limités prenant la forme de syndicats ou d'associations corporatistes. Elles sont localisées dans les centres urbains et tout particulièrement à Niamey.

Il s'agit, par exemple, du syndicat des garagistes, menuisiers, matelassiers, de l'association des femmes commerçantes de Niamey ou encore de l'association des cordonniers-maroquiniers de Moradi. A Afodez, de nombreuses artisanes travaillent au sein d'une structure coopérative régionale ayant les caractéristiques d'une organisation professionnelle. Il existe également une Chambre de commerce, d'agriculture, d'industrie et d'artisanat du Niger (CCAIAN), mais elle n'intervient pratiquement pas dans le secteur informel.

Un certain nombre de projets d'appui aux artisans ont tenté d'organiser les artisans sur une base professionnelle. Ces projets sont en nombre limité et la structuration du milieu artisanal n'en est qu'à ses débuts (projet OPEN/BIT, projet CARE Moradi...).

C'est au niveau du projet PNUD/BIT auprès de la Direction de la promotion artisanale «Elaboration d'une politique de l'artisanat» qu'une réflexion globale a eu lieu concernant l'organisation professionnelle du secteur artisanal. Plutôt que d'imposer des formes d'organisation préconçues (ex: Chambre des Métiers, Office de l'Artisanat), l'accent devrait être mis sur l'appui aux dynamismes naissant dans le cadre d'un réseau associant artisans, pouvoir public et secteur privé non artisanal(13).

E. Le système de formation

La question du niveau de formation de l'ensemble de la population nigérienne est fort problématique et se reporte largement sur le secteur informel.

L'enseignement formel est mal adapté aux besoins de la population en regard des objectifs de développement économique et malgré l'effort qui a été fait d'introduire des activités pratiques et productives depuis 1985 dans les programmes scolaires. Cette inadaptation s'ajoute à l'absentéisme des élèves pour déboucher sur un niveau global d'enseignement particulièrement bas.

D'après les résultats de l'enquête 1995, les établissements informels dont les propriétaires en sont patrons (ou indépendants) sont dirigés en majorité par des personnes sans instruction (68,2 pour cent en 1995).Viennent en deuxième position les personnes ayant une instruction coranique (23,6 pour cent). La formation liée à l'activité ne semble pas être la préoccupation des la plupart des opérateur du secteur informel. En effet, très peu de chefs d'établissements (3,2 pour cent) seulement ont reçu une formation dans le cadre de leur activité. La majorité (96,8 pour cent) exercent sans aucune formation ou du moins relative à leur travail. La proportion correspondante pour les employés est de 92,4 pour cent. D'une manière générale, le niveau d'instruction des employés est bas: 75,3 pour cent n'ont pas dépassé l'école primaire, environ 62,3 pour cent n'ont aucun niveau d'instruction. Ceci illustre le faible taux d'alphabétisation que continue d'enregistrer le pays, les jeunes étant, dès leur plus jeune âge, orientés vers un métier. La conséquence évidente est le faible niveau de qualification qui n'est pas sans effet sur la qualité de l'objet produit ou servi.

Par ailleurs, un service d'alphabétisation des adultes a été créé en 1963 au sein du Ministère de l'Education Nationale. Il intervient par des actions ponctuelles et généralement à la demande d'ONG dans le cadre de projets plus vastes.

La formation professionnelle, sous tutelle du Ministère de la fonction publique, du travail et de la formation professionnelle, semble disposée à mener à bien la formation au niveau du secteur informel mais éprouve des difficultés à trouver des bailleurs de fonds pour mettre en place ses projets.

Il ressort toutefois que la participation et l'action des ministères paraissent très limitées eu égard aux besoins du secteur informel. Limité en nombre, le public concerné étant peu nombreux, et limité en étendue puisque seules quelques professions, toujours les mêmes, et quelques noyaux minoritaires font l'objet d'actions de formation.

L'apprentissage et la participation à la production en tant qu'aide familiale forment les pivots de l'acquisition des savoirs-faire professionnels dans le secteur informel. En 1995, 58,5 pour cent des employés du secteur informel sont des aides-familiaux et 20,1 pour cent des apprentis. L'analyse des différents types de formation et en particulier l'opposition entre apprentissage et exercice de l'emploi en tant qu'aide familial, font apparaître une distinction importante entre, d'une part des activités relativement traditionnelles, les moins performantes, dont le mode de fonctionnement constitue un frein à la mobilité des individus vers d'autres activités et, d'autre part, des activités plus ouvertes et plus rémunératrices. Les premières (travail du cuir, forges, construction, restauration, boucherie) font une large place à la transmission familiale des connaissances et de l'activité qui assure la reproduction de son mode de fonctionnement. Les individus, formés en tant qu'aide familial, y acquièrent des connaissances peu transférables à d'autres activités et ne peuvent survivre en tant qu'employeur qu'en s'appuyant sur le même système d'emploi et de formation. Les autres activités parfois plus techniques, apparaissent plus ouvertes au sens où elles accueillent plus souvent des apprentis dont la formation reçoit une réelle valorisation inter-sectorielle.

On estimait en 1988 que 90 pour cent des jeunes étaient formés par le biais de l'apprentissage(14). Néanmoins, cet apprentissage se déroule presque exclusivement «sur le tas» (90 pour cent des cas), c'est-à-dire, seulement dans l'entreprise et s'articule autour de la transmission des savoir-faires. Si cette forme d'apprentissage est la plus répandue et la mieux adaptée au terrain, son contenu reste très souvent inconsistant et peu porteur d'innovation technique puisque basée sur les connaissances également acquises sur le tas des chefs d'entreprises, ce qui condamne le secteur informel artisanal à une relative stagnation et une inadéquation aux marchés d'exportation. Par ailleurs, cet apprentissage a l'inconvénient de ne transmettre ni l'alphabétisation ni les techniques de gestion qui font défaut dans le secteur informel.

La connaissance de ces particularités du secteur est évidemment essentielle à la conception et mise en oeuvre d'une politique d'aide efficace en matière de formation. Elle montre clairement que la formation (éducation et apprentissage) y constitue un investissement socialement rentable mais cela de façon relativement variable selon les activités. A l'évidence, une politique d'aide en matière de formation sera d'autant plus profitable au plan économique qu'elle se concentrera sur les activités les moins traditionnelles ayant un marché en expansion. Enfin, on notera le faible nombre de jeunes diplômés de l'enseignement technique (relativement nombreux à connaître le chômage) se tournant vers le secteur informel. Au contraire, la formation professionnelle classique, par l'importation de techniques inadaptées aux contraintes de ce secteur, parait plutôt constituer un handicap au bon fonctionnement des entreprises(15).

F. Cadre institutionnel du secteur informel

1. La Direction de la Promotion de l'Artisanat

Le secteur informel artisanal relève de la Direction de la promotion de l'artisanat (DPA) du Ministère de l'industrie et de l'artisanat. Ce ministère dispose de services extérieurs dans toutes les régions, mais leurs moyens d'intervention sont très limités. L'organisation et les attributions de la DPA sont déterminées par l'arrêté du Ministre de l'industrie et de l'artisanat N° 3/MI/A/DPA du 6 août 1993. Sa principale attribution consiste à concevoir et mettre en oeuvre la politique nationale de développement de l'artisanat. Pour cela, la DPA est appuyée dans sa réflexion et ses actions par un projet d'assistance technique du BIT financé par le PNUD.

Cet organe institutionnel se subdivise en quatre grands services: