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Micro-entreprises et secteur informel

Document de recherche S-INF-1-19

SECTEUR INFORMEL: FONCTIONS MACRO-ECONOMIQUES ET POLITIQUES GOUVERNEMENTALES: LE CAS DU GABON

H. Panhuys et G. Gasarian


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SECTION I

Contexte macro-économique

Le Gabon est un des pays privilégiés d'Afrique. Il est quatrième producteur africain de pétrole et treizième mondial. Avec un PNB par habitant de 3.880 dollars en 1994, mais qui décroît au rythme annuel moyen de 3,7 pour cent entre 1985 et 1994, le pays est classé par la Banque mondiale parmi les économies à revenu intermédiaire de la tranche supérieure. Ce même organisme le considère comme étant modérément endetté.

Sur le plan démographique, la densité de la population gabonaise est de l'ordre de 4,9 personnes au kilomètre carré pour un effectif en 1994 de 1,3 millions d'habitants. Entre 1980 et 94, cette population a augmenté au rythme annuel moyen de 3,4 pour cent et on prévoie que d'ici l'an 2000 elle évoluera en moyenne annuelle de 2,9 pour cent. Selon cette hypothèse, en l'an 2000, le Gabon enregistrera une population de 2 millions d'habitants et de 3 millions en 2025.

Une caractéristique importante du peuplement gabonais est sa polarisation autour des grands centres urbains. En 1994, la population urbaine occupait 49 pour cent de la population totale, contre 26 pour cent en 1970. Elle semble aujourd'hui avoir dépassé la barre des 50 pour cent. Entre 1980 et 1994, elle s'est accrue en moyenne annuelle de 5,8 pour cent contre 8,3 pour cent entre 1970 et 1980 et en 1995, cette population urbaine a gagné 4,7 pour cent tandis que la population rurale augmentait de 1,2 pour cent. Libreville, la capitale, occupe, en 1993, 54,7 pour cent de la population urbaine et 25 pour cent de la population totale.

Par ailleurs, au Gabon, l'espérance de vie à la naissance est de 54 ans en 1994, et 58 pour cent de la population a accès à l'eau salubre. Du point de vue de l'éducation, le taux d'alphabétisation des adultes est de 39 pour cent (53 pour cent pour les femmes), et prés de 90 pour cent des enfants vont en cycle primaire. Par contre, seulement 24,5 pour cent d'entre eux poursuivent en secondaire contre 17,5 pour cent en 1975; le troisième cycle n'en recevra que 2 pour cent.

Du point de vue macro-économique, la richesse du pays se forme comme suit: en 1994, 52 pour cent du PIB provient de l'industrie dont 11 pour cent pour le secteur manufacturier, 40 pour cent des services et 8 pour cent de l'agriculture. On assiste, au Gabon, à un mouvement de tertiairisation de l'économie.

L'industrie est largement constituée par les activités extractives (31,2 pour cent du PIB en 1989), le pétrole en étant le principal objet. Les services, quant à eux, sont portés par les activités commerciales d'une part (12 pour cent du PIB) et par les activités de transport, stockage et communication d'autre part (7,9 pour cent du PIB). En 1993, la production agricole est de 22 pour cent supérieure à son niveau de 1980 et la valeur ajoutée produite dans ce secteur a gagné 81,6 pour cent. Toutefois, la production alimentaire par habitant a diminué au rythme de 1,2 pour cent par an en moyenne. Notons aussi que l'apport de la pêche à l'alimentation journalière a perdu 6,3 point en dix ans. Malgré sa faible contribution au PIB, c'est le secteur manufacturier qui a connu la plus remarquable croissance entre 1980 et 1990 (+4,7 pour cent annuel moyen contre +1,8 pour cent pour l'industrie qui se place en seconde position.). Enfin, en 1992, les exportations gabonaises sont constituées à 89 pour cent de combustibles, minéraux et métaux principalement le pétrole (80 pour cent) le manganèse (7 pour cent) et l'uranium (2 pour cent). Les autres produits primaires représentent 7 pour cent des exportations (essentiellement du bois) et les biens manufacturiers 4 pour cent.

Cette polarisation de l'économie formelle autour du pétrole s'est avérée dangereuse pour le pays. Effectivement, le pétrole fut le moteur de la croissance entre 1974 et 1985, à tel point qu'en fin de période il fournissait à lui seul 46,2 pour cent du PIB. De ce fait, l'économie gabonaise s'est retrouvée, et est aujourd'hui encore, très dépendante du prix du pétrole et du cours du dollar. Ainsi, en 1986, la baisse conjuguée du prix du pétrole et du taux de change du dollar (le franc CFA perd 22,9 pour cent de sa valeur par rapport au dollar) a entraîné une très forte baisse des recettes de l'État et a déclenché une crise de l'économie (le pétrole ne représente plus que 21,5 pour cent du PIB qui décroît de 15 pour cent en 1986 puis de 15,9 pour cent en 1987). Avec 31,2 pour cent du PIB, le pétrole est toujours l'élément prépondérant de l'économie gabonaise ce qui signifie que les risques liés à son prix et au taux de change sont toujours d'actualité. Si, de ce point de vue, les tensions au Moyen Orient et la dévaluation du franc CFA de janvier 94 ont joué en faveur du Gabon, il subsiste le risque que le pétrole accroisse encore sa part dans le PIB et donc la dépendance de l'économie à l'égard du reste du monde.

Concernant l'allocation des richesses du pays, il apparaît en premier lieu que la consommation privée représente 48 pour cent du PIB en 1994, tandis que l'épargne brute en occuperait 39 pour cent, les investissements intérieurs bruts 27 pour cent et la consommation des administrations publiques 17 pour cent. Le changement de structure qui s'est opéré au cours des 25 dernières années parait intéressant. La consommation privée à vu sa part dans le PIB augmenter de 7 points environ avec une évolution annuelle moyenne de 0,4 pour cent entre 1980 et 92 contre 7,3 pour cent entre 1970 et 1980. Par ailleurs, les parts de l'épargne et de l'investissement ont nettement régressé (-5 à -7 points). L'investissement intérieur brut se réduit en moyenne annuelle de 4,4 pour cent entre 1980 et 92 alors qu'il augmentait entre 1970 et 1980 de 13,6 pour cent annuel moyen. La consommation des administrations publiques, après avoir connu une forte croissance durant la période d'expansion pétrolière (+10,2 pour cent annuel moyen de 1970 à 1980), se voit réduite sous l'effet des politiques d'ajustement structurel de la décennie 80 (+0,2 pour cent annuel moyen de 1980 à 1992). Néanmoins, le budget de l'état prévoie pour les années 1992, 93 et 94 des dépenses de fonctionnement et d'investissement croissantes, permises par l'augmentation attendue des recettes provenant de l'exploitation pétrolière. Les experts du FMI sont très sceptiques quant aux vertus de ce budget. Ils prévoient que le déficit budgétaire atteindrait 2,5 pour cent du PIB en 1994-95 contre seulement 0,1 pour cent en 1991.

Les importations représentent environ 42 pour cent du PIB. Etant de l'ordre de 800 dollars par habitant, elles placent le Gabon en tête de liste des pays africains. Ces importations se répartissent à peu près par tiers entre les biens de consommation, les demi-produits et les biens d'équipement et leur structure est stable dans le temps. Environ 80 pour cent est constitué par des biens manufacturés, ceux-ci partagés entre les machines et matériel de transport d'une part (40 pour cent du total) et les autres biens d'autre part (39 pour cent du total). Arrivent ensuite les produits alimentaires qui représentent 17 pour cent du total des importations soit encore près de 50 pour cent de leur consommation totale dans le pays. L'objectif que s'est fixé le gouvernement consistant à atteindre l'autosuffisance alimentaire est encore loin d'être atteint alors que c'est un coût non négligeable (50 milliards de F.CFA) que doit endosser le pays pour palier à cette défaillance. Ceci reflète la faiblesse de l'agriculture gabonaise (8 pour cent du PIB) et de son tissu industriel hors activités pétrolières.

Le chômage semble atteindre les 10 à 12 pour cent de la population alors qu'il était quasiment inexistant dans le début des années 1980. De plus, l'offre de travail s'est structurellement modifiée. En 1980, sur trois candidats à l'emploi, l'Etat en employait un et le secteur privé deux. Pour cette décennie, parmi les trois mêmes candidats, l'Etat n'en emploie plus aucun et le secteur privé un seul. Or, chaque année, 13.000 jeunes gabonais arrivent sur le marché du travail. Il apparaîtrait que parmi ceux là, 3.000 seulement s'adresseraient au secteur moderne et que les 10.000 autres se répartiraient entre le secteur traditionnel rural et le secteur informel urbain. Celui-ci absorberait donc une grande partie du surplus de main-d'oeuvre, travailleurs que le secteur moderne ne saurait employer.

Par ailleurs, apparaît simultanément une fraude organisée à grande échelle. Celle, notamment, des importateurs qui, en procédant à des sous-facturations, font entrer par conteneurs entiers des marchandises sans payer de droits de douane. Cette fraude porterait un très lourd préjudice aux recettes de l'État, mais aussi aux producteurs locaux en les concurrençant déloyalement et bien plus fortement que ne pourrait le faire le secteur informel d'artisanat et de commerce.

Globalement, le solde des échanges extérieurs s'est dégradé entre 1985 et 1992 de 36,4 pour cent, principalement à cause des conditions sur le marché du pétrole. L'inflation varie aujourd'hui autour de 2,3 pour cent contre 17,5 pour cent sur la période 1970-80. La production croît aux alentours de 2 pour cent par an depuis 1991. Toutefois, ces agrégats ne sont pas forcément fiables en qualité d'indicateur de la santé de l'économie puisqu'elles sont biaisées par les fluctuations du pétrole et du cours du dollar.

L'économie gabonaise a besoin de renforcer sa base productive dans l'agriculture et dans l'industrie et d'affermir son indépendance à l'égard du reste du monde. Pour cela, et sans s'engager dans un débat de fond, on peut penser que le Gabon a intérêt à s'appuyer sur les ressources dont il dispose pour stabiliser et asseoir son économie. De ce point de vue, le pays dispose d'une zone côtière qui peut lui permettre de développer des activités liées à la pêche, mais il dispose aussi d'une zone forestière importante (68 pour cent de son territoire) qui est sous-exploitée.


SECTION II

Fonction macro-économique du secteur informel


Tendances du marché du travail

Depuis l'indépendance, on assiste au Gabon à une remontée démographique qui va s'accélérant, le taux de croissance annuel moyen entre 1980-1994 étant de 3,4 pour cent environ. Cette croissance démographique aboutit, par le jeu des évolutions économiques, des stratégies de modernisation (grands travaux, agro-industrie), des forces géopolitiques ou historiques et de l'émigration rurale, à un peuplement déséquilibré de l'espace géographique, économique et social. Les cinq principales provinces totalisent 75 pour cent de la population du Gabon (sur 58 pour cent de la superficie) et concentrent 90 pour cent de la population urbaine du pays.

Globalement, on constatera la faiblesse numérique de la densité de population (environs 4,9 habitant au kilomètre carré) mais surtout la diversité des densités et, d'autre part, la dispersion dans une multitude de petits villages situés le plus souvent le long des voies de communication (routes ou rivières).

On note que l'accroissement de la population résidente est le fait des Provinces de l'Estuaire, du Haut-Ogooué, de l'Ogooué-Maritime et de Woleu-N'Tem, les effectifs des autres provinces étant relativement stables du fait de l'émigration (exode rural). Ces quatre régions étant précisément les plus dynamiques de par leur activité économique, on peut convenir aisément que l'accroissement de leur population a été lié à l'appel de main-d'oeuvre et à l'urbanisation de plus en plus intense.

La population urbaine, définie alors comme étant celle des douze centres (neufs chefs-lieux de Province et les communes de Moanda, Mounana et Bitam), a vu son poids relatif à la population nationale passer de 18 à 27 pour cent entre 1960 et 1970. Cet accroissement considérable n'a été possible qu'au prix d'un exode rural important, conséquence du développement déséquilibré du Gabon. Il y a donc eu déplacement massif de main-d'oeuvre vers les centres comme Libreville, Port-Gentil, Franceville, Moanda, Mounana et Oyem. Mais cette croissance doit aussi beaucoup à l'immigration. En effet, durant les deux dernières décennies, le gouvernement a engagé des politiques de grands travaux nécessitant une main-d'oeuvre abondante dont le pays ne disposait pas et qu'il a fallu recruter dans les pays voisins. Si, à la fin de ces programmes, certains sont retournés dans leurs pays d'origine, un bon nombre d'entre eux a choisi de rester, attiré par les hauts salaires et les potentialités qu'offrait le milieu urbain gabonais.

Par ailleurs, les villes portent en elles-mêmes les causes de leur propre expansion démographique: des couples citadins, généralement très jeunes, découle un taux de natalité élevé estimé à 44 pour 1.000 contre 36 pour 1.000 en zone rurale. Symétriquement, le taux de mortalité est de 18 pour 1.000 dans les centres urbains contre 24 pour 1.000 dans les zones rurales. Il en résulte donc un accroissement naturel plus important en zone urbaine que rurale.

Ainsi, l'urbanisation accélérée depuis l'indépendance a explosé au cours des deux dernières décennies. D'abord au bénéfice de Libreville, capitale macrocéphale qui, avec un taux de croissance de 6,2 pour cent par an et près de 400.000 habitants en 1992, constitue à elle seule plus du quart de la population du pays. Ensuite au bénéfice de Port-Gentil, deuxième ville du pays par sa population (78.000 habitants en 1990) et son importance économique. Enfin, des capitales régionales comme Franceville et des centres urbains secondaires ont connu eux-aussi un essor dû à des initiatives et opportunités diverses. De fait, la population urbaine représentait, en 1995, 50 pour cent de la population totale.

Du point de vue économique, la population active gabonaise représente quelques 528 mille individus en 1989, soit 193 mille de plus qu'en 1981. Son rythme moyen de croissance a été de 5,9 pour cent par an. Elle évolue donc bien plus rapidement que la population globale mais quasiment au même rythme que la population urbaine. Ce constat laisse entrevoir une étroite liaison entre l'activité économique du Gabon et l'essor de son urbanisation. Les actifs se répartissent entre trois grands secteurs d'importance variable. D'une part, le secteur moderne qui comprend l'État et les entreprises modernes, d'autre part le secteur traditionnel qui regroupe les activités agricoles et para-agricoles traditionnelles et, enfin, le secteur informel. Les chiffres disponibles, repris au tableau 1, montrent que les effectifs employés par le secteur informel, toutes activités confondues, seraient passés de 36.044 travailleurs en 1981 à 128.000 en 1989, soit de 10,8 pour cent de la force de travail à 27,2 pour cent (24,3 pour cent avec chômage). Certes, ces chiffres sont sujets à caution: ceux de début de période sont, sans doute, inférieurs à la réalité de quelques milliers d'unités, ceux de milieu et fin de période, peut-être excessifs. Reste que, en une dizaine d'années, le volume des effectifs a au moins triplé pour représenter maintenant un quart environ de la population active totale du pays.

Tableau 1: Emploi dans le secteur informel en effectifs et relativement aux autres secteurs de l'économie (hors chômage)
Effectifs En % du En % du En % du En % du
secteur secteur secteur total total
informel moderne traditionnel hors
agriculture
1981 36 044 32,3 19,2 10,8 24,4
1985 98 000 88,8 55,6 25,5 47,0
1989 128 000 130,6 52,5 27,2 56,6
Source: Etude BIT-PECTA, selon données du bilan DPRH 1983. Elaboration: BIT.

Cette explosion de l'informel urbain (comme en témoignent les 17,2 pour cent de croissance annuelle moyenne des effectifs de ce secteur) s'accompagne d'une baisse significative de l'emploi rural agricole en termes relatifs puisqu'il descend maintenant en dessous de la barre des 50 pour cent, mais non en termes absolus. En effet, après avoir connu une légère diminution de 1981 à 1985 (de 187 à 176.000) au profit de la ville et du secteur informel, les effectifs agricoles ont augmenté de 30 pour cent pour atteindre 243.900 actifs en 1989. Ceci montre que le monde rural est encore capable d'absorber un surcroît démographique et de jouer, en période de crise, son rôle refuge essentiel de pourvoyeur d'emplois et de ressources vivrières.

Dans le même temps, on assiste à l'explosion d'un chômage ouvert, structurel, estimé à 58.000 personnes en 1989 soit 11 pour cent de la population active et à 70.000 en 1992. Chômage issu pour partie du « dégraissage » des entreprises et de la fonction publique et pour partie de l'arrivée sur le marché du travail de nouveaux demandeurs d'emploi que le secteur moderne est de plus en plus incapable de satisfaire. Alors que celui-ci procurait en début de décennie des emplois à un tiers de la population active, sans aucun chômage apparent, il ne peut maintenant en offrir qu'à un cinquième au maximum, soit nettement moins que le secteur informel.

Tant le chômage que la montée des secteurs informel et traditionnel s'explique par le fait qu'au Gabon, les recettes de l'économie sont largement issues de l'exploitation pétrolière. Le contre choc de 1985-86 a donc affecté les finances publiques et la crise qui en a découlé a obligé les entreprises modernes à faire preuve d'adaptation et de flexibilité. La stratégie adoptée à l'occasion par le secteur privé formel a porté sur trois volets: d'une part, la réduction des frais généraux, principalement la chasse aux gaspillages, d'autre part, l'optimisation des instruments de gestion et surtout, la réduction des frais de personnel, qui s'est soldée en trois ans par une réduction de 30 pour cent des effectifs. De fait, si en 1981 les effectifs du secteur informel ne représentaient qu'un tiers des effectifs du secteur moderne, en 1989 ils les avaient déjà dépassé largement (130 pour cent).

Du point de vue des emplois qui s'offrent à la population gabonaise, il est important de constater que parmi les 10.545 entreprises, urbaines et localisées, recensées dans 35 chefs lieux de département en 1985 suivant le critère « chiffre d'affaires inférieur à 500 millions de F.CFA », 82 pour cent sont des micro-entreprises informelles. Celles-ci emploient chacune en moyenne moins de deux personnes et totalisent seulement 51,8 pour cent de la main-d'oeuvre. Les 18 pour cent restant sont des PME proprement dites et emploient quelques 8 personnes chacune en moyenne et donc 48,2 pour cent de la force de travail. Ces chiffres sont indicatifs d'une différence de taille et de structure entre les micro-entreprises du secteur informel et les PME et témoignent d'une certaine dichotomie du marché du travail.

De plus, le fait que ces unités utilisent rarement plus de deux employés conduit à penser que les phénomènes de création d'emploi informel seront beaucoup plus liés aux créations d'entreprises qu'à la croissance en taille des unités déjà existantes. Remarquons que relativement à l'étude de PROMOGABON qui ne prenait en compte que les activités localisées, on observe parmi l'ensemble des entreprises informelles un nombre légèrement inférieur de travailleurs par unité. Ceci dénote une différence entre les deux aspects du secteur informel, localisé ou non, le premier ayant apparemment une plus grande capacité à créer des emplois par accroissement en taille des unités déjà existantes.

Fait à bien prendre en considération, dans leur immense majorité (90 pour cent au moins), la création des micro-entreprises et PME est le fait des propriétaires eux-mêmes et leurs motifs sont clairs: un tiers d'entre eux n'avaient pas ou plus de travail, un tiers étaient épris d'indépendance et le tiers restant, constitué de licenciés ou non, ont saisi des occasions favorables. Constat important: qu'ils gèrent ou non eux-mêmes leur entreprise, les propriétaires ont pour motivation principale la création d'emplois et de revenus pour eux-mêmes et pour leurs proches.

Si on admet que dans le secteur informel les créations d'emploi sont largement tributaires des créations d'entreprises, il faut alors bien observer les modalités de financement qui s'offrent aux micro-entrepreneurs potentiels, celles-ci pouvant aussi bien s'avérer un catalyseur qu'un frein au développement du secteur.

L'enquête effectuée en 1988 par la DRGH auprès des commerçants des marchés de Libreville confirme le caractère informel des circuits de financement: 28 pour cent des ressources proviennent de l'épargne privée, 55 pour cent de l'aide familiale, 2 pour cent des tontines, les 15 pour cent résiduels venant de sources souvent autres que bancaires ou institutionnelles. Il convient aussi de noter que sous l'influence des migrants camerounais et ouest-africains, la crise aidant, le système tontinier est en train de s'étendre.


SECTION III

Secteur informel: analyse des dimensions de l'emploi

A. Création d'emplois

1. Structure en terme de type d'activité

Le secteur informel urbain se caractérise par une pluralité d'activités et une multiplicité de métiers. Au Gabon, toutefois, la diversité des activités est nettement moins accentuée que dans la plupart des autres pays africains.

Ces activités et métiers, dont la nomenclature complète serait à établir, sont au nombre d'une soixantaine au maximum. La Direction de la Planification des Ressources Humaines (DPRH) recensait, en 1983, 15 activités commerciales de vente (selon le critère des produits et services vendus), 5 activités de transport (selon le moyen et l'objet) et 32 activités artisanales comprenant les activités de production, du BTP, des services et de la pêche. Bien entendu, cette classification qui a pour objet un ensemble d'activités fluctuant dans le temps et dans l'espace, n'est ni rigide, ni définitive. Mais elle reste néanmoins pertinente en terme d'intervention technico-éducative et organisationnelle.

Ces activités et métiers ont été quantifiés et croisés avec d'autres variables (le nombre d'unités et l'emploi en particulier) au début des années 1980 par la DPRH et en 1985, mais dans le cadre plus limité des entreprises localisées, par PROMOGABON. En termes d'unités, il ressort de ces études que le secteur informel urbain gabonais est largement dominé par les activités commerciales et que, en terme d'emplois au service du commerce et des transports, le secteur informel est l'employeur majoritaire du pays avec 58,9 pour cent des effectifs. De plus, en occupant 66,2 pour cent des unités le commerce confirme sa domination écrasante, le commerce alimentaire venant en tête. Suivent les transports (15 pour cent des unités) et l'artisanat de production et de service. Plus précisément, pour ces dernières on constate l'importance de la pêche (7,5 pour cent des PME), de la couture (5,4 pour cent), de la mécanique auto et des réparations (5 pour cent), du BTP (3 pour cent) et enfin de l'hôtellerie restauration.

Le tableau 2, qui fait référence aux travaux de la DPRH en 1981 (mais dont les résultats sont semblables à ceux de PROMOGABON en 1985), illustre bien la prépondérance des activités commerciales dans le secteur informel urbain, tant en nombre d'unités installées qu'en effectifs.

Enfin, dans les entreprises localisées, la prépondérance des activités commerciales est encore plus accentuée avec 70,3 pour cent du total des micro-entreprises. Par contre, si les buvettes et autres commerces totalisent près des trois quarts des établissements, elles n'emploient en revanche que 46,2 pour cent de la main-d'oeuvre correspondante. Ceci s'explique par le fait que ces unités emploient en moyenne moins de deux travailleurs alors qu'en parallèle, dans les activités de boulangerie, pêche, construction et autres activités de production et de services, on trouve plus de cinq travailleurs par unité. Ainsi, les PME qui emploient moins de 6 personnes forment 89 pour cent de l'ensemble des entreprises mais n'emploient que 53 pour cent de la force de travail, tandis que celles qui utilisent entre 11 et 60 personnes emploient 30 pour cent de la main-d'oeuvre dans 3 pour cent des PME.

Il est intéressant de constater que le nombre de petits commerces par rapport au nombre de PME par ville est décroissant. En d'autres termes, moins il y a de PME dans une ville et plus la part des petits commerces y est importante. Ainsi, les villes qui comptent plus de 100 PME (hors Libreville) en classent 80 pour cent comme petits commerces tandis que la capitale n'en dénombre que 65 pour cent (ce qui est déjà beaucoup).

Tableau 2: Activités commerciales, de service et artisanales informelles dans les six principales villes du Gabon (valeurs absolues et relatives)
Unités % Effectifs % Effectifs par unité
Commerce 9.806 66,2 15.346 65,4 1,56
Transports 2.228 15,0 2.493 10,6 1,12
Total secteur tertiaire 12.034 81,2 17.839 76,0 1,48
Artisanat 2.780 18,8 5.630 24,0 2,03
Total 14.814 100,0 23.469 100,0 1,58

Source: Bilan emploi SNS, DPRH 1983, p.92. Elaboration: BIT.

Comment les unités se répartissent-elles sur le territoire national? Là encore, c'est le déséquilibre qui préside. Parmi les entreprises créées depuis 1984, 63,1 pour cent sont localisées dans la seule province de l'estuaire, la plupart probablement dans l'agglomération de Libreville. En ce qui concerne la capitale, et pour illustrer son rôle central, les activités de commerce et de transport qui y sont exercées représentent 29,6 pour cent du total de l'emploi informel gabonais. Sur ce point, il est facile d'imaginer qu'une telle dynamique élargie à l'ensemble du pays (ou du moins aux autres villes) aurait un impact non négligeable en terme de création d'emplois.

2. Structure de l'emploi

Dans les points qui suivent, il est important de garder à l'esprit le fait que les chiffres disponibles sur le secteur informel sous-estiment quelques peu la réalité du phénomène. En effet, l'étude de référence à partir de laquelle sont déduits principalement les propos suivants est basée sur 10.545 entreprises urbaines localisées en excluant du champ d'observation toute activité agricole, d'élevage, de transport (urbain et interurbain) et de commerce occasionnel (qu'il s'agisse de vendeurs au marché sans structure permanente ou de vendeurs en bordure de route). Or, sur les marchés de Libreville, par exemple, 94,5 pour cent des commerçants sont des détaillants. On peut donc, sans risque, supposer que le secteur informel y est fortement représenté.

i) Selon le sexe et l'âge

Au sein de la population active gabonaise, ce sont les femmes et les 15-24 ans qui connaissent les plus fortes progressions en nombre. Globalement, entre 1985 et 1989, cette population a vu son nombre de femmes actives de moins de 24 ans croître de 73,2 pour cent contre 44,7 pour les hommes. Plus largement, pour l'ensemble des femmes ce pourcentage a cru de 46,5 pour cent pour atteindre en 1989 l'effectif non négligeable de 259,3 milliers. Les 15-24 ans, avec une croissance totale de 59,5 pour cent, sont passés de 90,7 milliers en 1985 à 144,7 milliers 4 ans plus tard.

Tableau 3: Evolution des actifs au Gabon entre 1985 et 1989 par catégorie, sexe et âge
Effectifs 1985

(En milliers)

Effectifs 1989

(En milliers)

Variation

(en %)

Catégories Ages M F Total M F Total M F Total
15-24 8,5 2,3 10,8 5,7 1,6 7,3 -32,9 -30,4 -32,4
Salariés des 25-49 42,7 11,3 54 28,2 8,2 36,4 -34,0 -27,4 -32,6
entreprises 50-59 9,8 2,6 12,4 6,3 1,9 8,2 -35,7 -26,9 -33,9
Total 61 16,2 77,2 40,2 11,7 51,9 -34,1 -27,8 -32,8
15-24 2,1 0,7 2,8 2,1 0,9 3 0,0 28,6 7,1
Salariés de 25-49 17,7 6,1 23,8 18 7,6 25,6 1,7 24,6 7,6
l'Etat 50-59 1,3 0,5 1,8 1,2 0,7 1,9 -7,7 40,0 5,6
Total 21,1 7,3 28,4 21,3 9,2 30,5 0,9 26,0 7,4
15-24 0 0 0 0 0 0 0 0 0
Indépendants 25-49 2,2 0,7 2,9 5,7 4,4 10,1 159,1 528,6 248,3
du secteur 50-59 1,4 0,5 1,9 3,7 1,8 5,5 164,3 260,0 189,5
moderne Total 3,6 1,2 4,8 9,4 6,2 15,6 161,1 416,7 225,0
15-24 17,4 23,9 41,3 30,7 52,3 83 76,4 118,8 101,0
Traditionnel 25-49 51 63,7 114,7 51,8 82,3 134,1 1,6 29,2 16,9
50-59 10,8 9,5 20,3 14,6 12,2 26,8 35,2 28,4 32,0
Total 79,2 97,1 176,3 97,1 146,8 243,9 22,6 51,2 38,3
15-24 15 20 35 18 25 43 20,0 25,0 22,9
Informel 25-49 27 31 58 34 43 77 25,9 38,7 32,8
50-59 2 3 5 3 5 8 50,0 66,7 60,0
Total 44 54 98 55 73 128 25,0 35,2 30,6
15-24 0,6 0,2 0,8 6,6 1,8 8,4 1000,0 800,0 950,0
Chômeurs 25-49 3,4 1 4,4 36,2 9,8 46 964,7 880,0 945,5
50-59 0,3 - 0,3 2,9 0,8 3,7 866,7 - 1133,3
Total 4,3 1,2 5,5 45,7 12,4 58,1 962,8 933,3 956,4
15-24 43,6 47,1 90,7 63,1 81,6 144,7 44,7 73,2 59,5
TOTAL 25-49 144 113,8 257,8 173,9 155,3 329,2 20,8 36,5 27,7
50-59 25,6 16,1 41,7 31,7 22,4 54,1 23,8 39,1 29,7
Total 213,2 177 390,2 268,7 259,3 528 26,0 46,5 35,3
Sources: Estimation séminaire Oyem et OBAME-EMANE

Si dans les grandes entreprises modernes les deux sexes ont subi le même traitement de rigueur, en revanche, parmi les salariés de l'État, les indépendants du secteur moderne et les travailleurs des secteurs traditionnels et informels, les femmes ont été l'objet principal de l'embauche. Sur l'ensemble, la progression des femmes est de 20 points supérieure à celle des hommes.

De la même manière, le secteur moderne privé a fait ses coupes parmi toutes les tranches d'âge. Mais les 15-24 ans ont trouvé refuge dans le secteur traditionnel et les 25-49 ans dans les secteurs traditionnels et informel, voire comme indépendant du secteur moderne.

Le tableau 3 illustre très bien les arbitrages qui se sont faits entre les sexes et les tranches d'âge, selon le secteur économique.

ii) Selon la nationalité

Au Gabon, la population immigrée est relativement importante. A Libreville, par exemple, 35,5 pour cent des ménages sont étrangers. Du point de vue de l'emploi dans le secteur informel cette dominante de non-gabonais se retrouve et est encore plus accentuée. L'ampleur de l'implication des immigrés permet même de dire que ce secteur leur doit en grande partie son expansion, les autres facteurs déterminants étant l'exode rural et, plus tard, la crise du secteur moderne.

En effet, à la lumière du tableau 4, on remarque que les immigrés sont beaucoup plus présents dans le secteur informel que formel. Dans le secteur moderne, seuls les propriétaires travaillant sont majoritairement non-gabonais. Par contre, 71 pour cent des salariés y sont gabonais et il en est de même des apprentis.

Dans le secteur informel, en revanche, parmi les propriétaires, 72 pour cent sont étrangers (14 pour cent de centrafricains, 47 pour cent d'ouest-africains et le résidu est constitué par un ensemble composite de libanais, asiatiques et européens). On retrouve environ la même proportion dans le groupe des gestionnaires non propriétaires. Cette dominante s'explique par la logique de survie dans laquelle sont plongés les étrangers au Gabon, mais aussi, en ce qui concerne les gestionnaires, par le fait que les propriétaires, gabonais ou non, sont soucieux de mettre en place des responsables fiables et contrôlables.

On constate parmi les propriétaires travaillant effectivement dans leur entreprise que les gabonais sont encore moins représentés (77 pour cent d'étrangers). Ceci dénote une différence de comportement des acteurs à l'égard du secteur informel. Les étrangers, du fait de leur situation au Gabon, sont entrés dans une logique de création d'emploi et de revenu pour eux et leur famille, tandis que les gabonais ont considéré davantage l'activité informelle comme une source d'emploi et de revenu complémentaire. Ils s'y sont donc, sans doute, moins impliqués, du moins jusqu'à la fin des années 80.

Enfin, les salariés du secteur informel sont, eux aussi, à 62 pour cent non-gabonais et les aides familiaux, apparentés au patron, sont la catégorie professionnelle la plus dominée par les étrangers.

Une analyse de cette répartition ethnique en terme de type d'activité permet de mieux en appréhender les implications. En effet, on observe une majorité absolue de non-gabonais (71 pour cent des effectifs dans les activités commerciales et de transport, et 59 pour cent dans les activités artisanales), les seules exceptions notables étant les bars-bistrots, le commerce alimentaire, le transport en pirogue, la construction de pirogues, la pêche en rivière, la vannerie et les services « à haute technologie ».

Les gabonais sont majoritaires dans le commerce alimentaire et la vente de nourriture cuite aux abords des voies publiques et sur les marchés (manioc, piment, légumes). Mais la concurrence camerounaise et ouest-africaine est ici très vive, notamment pour la vente de féculent. On trouve aussi des équatoriens, employés ou non par des libanais, qui poussent leur charrette de denrées quelque peu avariées pour les revendre à prix réduit. Le commerce non alimentaire de rue, de marché et de boutique est une spécialité ouest-africaine, les femmes nigérianes, béninoises et togolaises écoulant pacotilles et cosmétiques, les sénégalais vendant bijoux et prêt-à-porter.

L'artisanat de production reste aux mains d'étrangers mais avec une forte proportion de gabonais dans la couture, la menuiserie (associée à l'ébénisterie et à la tapisserie), la construction (fabrication de parpaings exclue) et la ferronnerie, activités dont l'essor se poursuit avec la crise, en réponse aux besoins des citadins. La menuiserie est dominée par les camerounais, la briqueterie par les ouest-africains.

L'artisanat de service est, quant à lui, exercé pour l'essentiel par des ouest-africains, nigérians notamment, pour des studios-photos, la réparation des appareils électroménagers et des véhicules, ghanéens dans la cordonnerie. Ces cinq dernières années, la coiffure et la menuiserie ont connu une extension en nombre d'unités et taux de "gabonisation".
Tableau 4: Taux de "gabonisation" selon le secteur et la situation dans la profession (valeurs absolues et relatives)


Nombre de gabonais: Informel Formel Total
Propriétaires 2.397 934 3.331
pour cent de l'ensemble des propriétaires 28,0 50,0 32,0
Propriétaires travaillant 1.754 314 2.068
pour cent de l'ensemble des propriétaires travaillant 23,0 32,0 24,0
Salariés 1.600 8.700 10.300
pour cent de l'ensemble des salariés 38,0 71,0 63,0
Apprentis et aides familiaux 825 1.235 2.060
pour cent de l'ensemble des apprentis et aides familiaux 19,0 66,0 33,0
Source: Etude PROMOGABON,1985. Elaboration: BIT.
Le transport est une affaire non-gabonaise, à quelques unités près. Après la liquidation à Libreville de la SOTRAVIL, les béninois notamment ont envahi la branche à Libreville. Il y aurait actuellement quelques 7.000 véhicules de transport passagers et marchandises au Gabon, dont environ 3.000 taxis à Libreville.

En guise de récapitulatif, on peut dire qu'au total, environ 50 pour cent de la main-d'oeuvre est gabonaise dont moins d'un tiers appartient aux micro-entreprises informelles et plus des deux tiers aux PME. Il est intéressant de constater que depuis quelques années, avec la crise qui s'instaure, apparaissent quelques tensions vis-à-vis des travailleurs étrangers. Ce phénomène est plus avancé au sein des activités où la concurrence se fait ressentir et pourrait déboucher sur des conflits si la pression continuait de s'accentuer. Par exemple, les activités commerciales enregistrent un taux de saturation et de concurrence qui atteint les limites du supportable. Les non-gabonais y sont, de fait, montrés du doigt. Pour l'instant, cette tension ne touche, comme nous le disions, que certaines activités, ce qui permet aux gabonais nouveaux venus dans le secteur informel de se replier sur d'autres disciplines comme par exemple les activités indépendantes de production et de service.

Par ailleurs, on est en droit de penser que cette pluralité de nationalités, et donc de cultures, apporte un plus au secteur informel, puisque, comme nous venons de le voir, chaque groupe ethnique exerce son travail plus ou moins dans des activités spécifiques à sa culture. Ceci, d'une part, limite la concurrence entre chaque communauté, mais surtout, d'autre part, agrandi l'éventail des biens et services offerts à la population.

iii) Selon la situation dans la profession

Au sein des PME, le secteur informel est nettement majoritaire en nombre d'entreprises (82 pour cent de l'ensemble). Dans celles-ci, les deux secteurs ont des structures d'emploi très différentes. Tandis que le secteur formel s'appuie sur un emploi presque exclusivement salarié, le secteur informel se caractérise par la diversité de sa force de travail.

Pour cerner le phénomène, le tableau 5 illustre bien la structure de l'emploi à la fois au sein des micro-entreprises du secteur informel et dans les PME, représentantes du secteur moderne. Dans les PME structurées, 81 pour cent des travailleurs sont salariés, viennent ensuite les apprentis et aides familiaux (12,5 pour cent) et enfin les propriétaires travaillant à hauteur de 6,5 pour cent.

Dans le secteur informel, par contre, la situation est presque inverse. La majorité de la force de travail est constituée par les propriétaires travaillant. Ils représentent 82 pour cent des propriétaires et interviennent pour 47,5 pour cent dans le procès de travail. Notons que dans ce secteur, le recours à l'emploi d'un gérant rémunéré est bien moins fréquent que dans les PME formelles (8 pour cent pour les premiers contre 36 pour cent pour les secondes). L'autre moitié des effectifs se répartit équitablement entre les salariés et les apprentis et aides familiaux.

Tableau 5: Répartition du nombre d'entreprises et des effectifs selon la situation dans la profession (valeurs absolues et relatives)
Informel % du secteur Formel % du secteur Total
Nombre d'entreprises 8 677 1 868 10 545
Propriétaires travaillant 7 634 47,3 981 6,5 8 615
Salariés 4 162 25,8 12 168 81,0 16 330
Apprentis et
aides familiaux 4 341 26,9 1 873 12,5 6 214
Total 16 137 100,0 15 022 100,0 31 159
Source: Etude PROMOGABON, 1985. Elaboration: BIT.

Les ouvriers et employés, qualifiés ou non, représentent environ 40 pour cent de la force de travail totale du secteur informel localisé. Ils sont, contrairement aux patrons, en majorité gabonais et rémunérés comme tels, en général au mois, à un niveau de salaire relativement bon, reflétant la structure générale des rémunérations au Gabon.

Le phénomène le plus curieux au Gabon concerne les apprentis. Contrairement à la plupart des pays africains, sahéliens surtout, où ils constituent un élément central du mode de fonctionnement et de développement du secteur informel -au point que nous avons cru pouvoir déceler dans l'apprentissage le rapport social de production fondamental de l'économie informelle urbaine sénégalaise- ici, au Gabon, il n'en est rien. Les apprentis constituent 7 pour cent seulement de la force de travail du secteur informel. Ils sont en majorité gabonais et sont rémunérés à un niveau voisin ou supérieur au SMIG. Quant aux aides familiaux, ils représentent environ 12 pour cent de la force de travail informelle.

iv) Selon le profil, l'expérience et le niveau de qualification

Jusqu'à maintenant, le secteur informel gabonais se caractérise notamment par le nombre relativement important - par rapport à d'autres pays africains - d'entreprises dont le propriétaire ni assure pas ou peu la gestion quotidienne. L'étude PROMOGABON de 1985 estime à 28 pour cent du total, les entreprises dans ce cas. La gestion effective est alors confiée à un gérant rémunéré.

Parmi les entreprises à propriétaire absentéiste, on trouvera davantage de PME, à caractère commercial, appartenant à des gabonais. La possibilité pour nombre de gabonais ayant un emploi salarié d'investir dans des entreprises à rentabilité plus rapide et mieux garantie constitue un facteur explicatif. C'est en référence à ce phénomène, généré par la macro-structure économique du pays, que l'on peut évoquer l'hypothèse de l'émergence d'un micro-capitalisme national.

La proportion de propriétaires travaillant et gérant effectivement leur micro-entreprise est bien plus élevé chez les étrangers que chez les nationaux. Ceux-ci étant en général occupés ailleurs, ne considèrent pas leur PME comme source essentielle de revenu et centre d'intérêt primordial. Ceci peut avoir des conséquences nuisibles au bon fonctionnement des entreprises soit par non remplacement des équipements soit par un manque de suivi. De même, le retour envisagé ou le renvoi forcé au pays des micro-entrepreneurs étrangers pourrait entraîner une perte de dynamisme des micro-entreprises.

En revanche, la période de réajustement actuel, peut amener les nationaux à changer d'attitude, de regard, à susciter un regain d'intérêt à l'égard des micro-entreprises et PME, qui pourrait se traduire par des investissements, humains, cognitifs, matériels et financiers accrus dans le secteur non structuré.

Il y aurait à cet égard beaucoup à faire pour aider les gestionnaires existants ou potentiels à acquérir et accroître leur savoir et savoir-faire. Le tableau 6 montre que la majorité des patrons-gestionnaires sont à peu près au niveau école primaire et que prés d'un cinquième est analphabète, quasi exclusivement des étrangers du secteur non structuré proprement dit. Il montre aussi que la grande majorité d'entre eux, à défaut d'avoir un niveau d'éducation et de formation de base élevé, ont acquis savoir et expérience dans d'autres micro-entreprises ou par eux-mêmes (seulement 7 pour cent n'ont pas d'expérience) via des méthodes d'éducation informelles. Certes, l'école n'est pas absente mais elle est bien peu qualifiante et n'est pas la source essentielle d'acquisition des savoirs théorico-pratiques nécessaires à la conduite d'une entreprise.

S'agissant des PME proprement dites, il apparaît qu'une proportion importante de gestionnaires ont travaillé dans une grande entreprise ou dans l'administration. Ils ont pu y acquérir non seulement les compétences mais surtout les fonds nécessaires au démarrage de leur entreprise. De même, un certain nombre d'ouvriers qualifiés des petites entreprises proviennent du secteur moderne. S'y ajoutent maintenant les jeunes diplômés, les licenciés et autres déclassés. Tout ce monde, porteur d'expériences, de connaissances, de qualifications, d'espérances aussi et de motivations variables, se presse, s'organise. Ils sont et seront les vecteurs d'un véritable «transfert technologique et de connaissances» vers le secteur informel.

Enfin, il ressort de ce tableau que la démarche est plus volontariste de la part des «propriétaires-gérants » dans le secteur informel que dans le secteur formel des PME. En effet, les propriétaires absentéistes sont en proportion plus élevée dans les PME formelles et le commerciales (en moyenne 18 pour cent contre 8 pour le secteur informel). Une plus forte proportion de gérants d'unités informelles ont appris leur métier dans une PME que les gérants de PME. Pourtant, ils sont plus nombreux à être analphabètes et leur nombre d'années de scolarité est en moyenne inférieur à quatre ans et ne dépasse pas le niveau primaire. C'est donc un profil à la fois plus dynamique, plus engagé et plus volontaire qui ressort pour les micro-entrepreneurs informels.

Tableau 6: Profil, formation et expérience des patrons gestionnaires des micro-entreprises et des PME (valeurs relatives).
Production et services Commerce
SNS Autres SNS Autres
Pour cent des PME dans lesquelles
Le propriétaire est le gérant 88 53 78 19
Le propriétaire a une autre entreprise 11 12 8 18
Le propriétaire a un autre emploi salarié 10 29 19 48
Le gérant est un tiers rémunéré 8 36 13 52
Niveau de formation du gestionnaire
Pour cent d'analphabètes 18 10 21 2
Nombre d'années de formation (médiane) 6 10 4 8
Le gestionnaire a appris son métier
A l'école 10 28 4 12
Dans une PME 53 24 18 21
Dans une grande entreprise ou administration 11 29 2 27
Par lui même 26 19 76 41
Expérience du gestionnaire
Pas d'expérience 7 6 27 27
Dans une PME 54 27 46 28
Dans une grande entreprise ou administration 39 67 27 45
Source: Etude PROMOGABON, 1985, Elaboration: BIT.

B. Contribution à la production nationale, aux revenus et aux besoins essentiels

1. La production
">

Au cours de la décennie 80 et ensuite, on assiste à une montée du secteur informel dans le PIB, en termes aussi bien absolus que relatifs. Selon les statistiques officielles, la valeur ajoutée du secteur informel serait passée de 103 milliards de F.CFA en 1980, soit 11 pour cent du PIB national, à 220 milliards en 1985, soit 13 pour cent, puis à 259,4 milliards, soit 20 pour cent du PIB, en 1990 et elle atteindrait en 1992 quelques 277 milliards soit 19 pour cent du PIB.

Tableau 7: Répartition sectorielle des valeurs ajoutées entre 1984 et 1990 (en milliards

de F.CFA).
Secteurs
1984 1986 1988 1990
Secondaire
Industrie/artisanat Informel 8,5 11,4 11,1 10,9
Moderne 67,0 60,6 49,7 43,6
Informel en % de moderne (12,7) (18,8) (22,3) (25,0)
Energie/BTP Informel 16,4 28,0 24,9 26,3
Moderne 89,7 104,6 32,9 41,5
Informel en % de moderne (18,3) (26,8) (75,7) (63,4)
Total secondaire Informel 24,9 39,4 36,0 37,2
Moderne 156,7 165,2 82,6 85,1
Informel en % de moderne (15,9) (23,8) (43,6) (43,7)
Tertiaire Informel 95,1 122,0 133,5 133,2
Moderne 166,9 187,8 170,8 164,2
Informel en % de moderne (57,0) (65,0) (78,2) (81,1)
Total Informel

Moderne

Informel en % de moderne

120,0

323,6

(27,0)

161,4

353,0

(31,4)

169,5

253,4

(40,1)

170,4

249,3

(40,6)


Sources: Loi de finance, comptabilité nationale. Elaboration: BIT.

Le tableau 7, ci-dessus, révèle les tendances dominantes du secteur informel au sein d'une évolution globale bien mouvementée. En valeur absolue, les activités informelles ont partout progressé, à l'inverse des activités modernes qui ont chuté après avoir connu une remontée en 1984-1986. La progression est particulièrement notable dans le tertiaire (commerce, transport, services marchands) et dans le BTP. Ce dernier connaît une évolution contradictoire, à la fois pro et contra-cyclique. De 120 milliards en 1984, la valeur ajoutée de l'informel urbano-industriel est passée à 170 milliards en 1990, soit une progression de plus de 40 pour cent en 6 ans, particulièrement affirmée en début de période. Dans le même temps, notons-le, l'agro-foresterie traditionnelle connaissait une progression analogue de l'ordre de 30 pour cent alors que la valeur ajoutée de l'agriculture moderne s'écroulait.

On retiendra de ce tableau que même dans le secteur industriel et artisanal ou les activités informelles ont le moins de poids, elles arrivent quand même à une production équivalant à un quart de celle du secteur moderne. Dans le tertiaire, à l'opposé, c'est l'équivalent de 81,1 pour cent de la production du secteur moderne qui est assuré par le secteur non structuré.

Le tableau 8 montre que, rapporté au seul complexe urbano industrialo-commercial (secteurs secondaire et tertiaire), hors agro-foresterie et pétro-mines, le secteur informel voit sa contribution passer de 25,8 pour cent en 1984 à 38,5 pour cent en 1990. Rapportée à ce complexe augmenté de l'agro-foresterie, la part relative du secteur non structuré est moins importante mais passe tout de même de 19,4 pour cent en 1984 à 30,1 pour cent en 1990. Enfin, rapportée à l'ensemble des trois secteurs (primaire, secondaire, tertiaire), la contribution des activités informelles passe de 8,6 pour cent à 15,7 pour cent, soit un quasi doublement au cours de la période 1984-1990.

Tableau 8: Valeur relative du secteur informel de 1984 à 1990 (en pourcentages)
Valeur ajoutée de référence 1984 1986 1988 1990
Hors pétrominier et hors agro-foresterie 25,8 29,8 37,9 38,5
Hors pétrominier mais avec agro-foresterie 19,4 24,8 30,6 30,1
Avec pétrominier et avec agro-foresterie 8,6 16,9 21,1 15,7
Sources: Loi de finance, comptabilité nationale. Elaboration: BIT.

Dans tous les cas de figure, le secteur informel, loin d'être marginal, est un secteur dont l'importance actuelle dépasse celle de tous les autres exception faite, bien entendu, du pétrole et des mines.

L'examen par branche du secteur informel urbano-industriel pour la période 1988-1990 est révélateur d'une domination croissante des activités commerciales et de transport (78 pour cent du total de l'informel en 1990) ce qui révèle un phénomène de tertiairisation de l'économie. Il montre aussi l'informalisation croissante (en valeur absolue et relative) des activités manufacturières non agro-alimentaires (elles passent de 5 à 12,5 millions, c'est-à-dire de 23,6 à 38,9 pour cent de l'ensemble de la branche) reflétant la chute des entreprises « modernes » et la montée compensatoire des micro-entreprises informelles. Il dénote, en outre, une évolution fluctuante du BTP informel (baisse en valeur de 20,4 à 14,6 millions, malgré une reprise relative en 1990 où il représente 32,5 pour cent du total de la branche) significative de la transition hésitante actuelle.

Le tableau 9, qui synthétise ces données invite à une approche nuancée et attentive du secteur informel et de son évolution économique. En effet de 1988 à 1990, le secteur aurait connu, non une expansion, mais un tassement en valeur absolue et relative. De 166,4 millions, il passe à 155,4 correspondant à une baisse par rapport au PIB urbano-industriel de 26 à 18 pour cent.

2. Distribution de revenus

Dans le secteur informel, qui regroupe 25 pour cent des salariés des PME, sont distribués 22 pour cent des salaires versés par mois. Ces pourcentages sont indicatifs d'un niveau de salaire légèrement plus bas dans les micro-entreprises informelles que dans les PME structurées. De la même manière, avec seulement 18 pour cent des entreprises, le secteur des PME recueille 38 pour cent des revenus à la disposition des propriétaires contre 61,2 pour cent dans le secteur informel.

On se limitera ici à fournir des éléments indicatifs du niveau relatif et des tendances d'évolution des revenus du secteur informel urbain pour les années 1980-1982, 1985, 1987.

Tableau 9: Importance du secteur informel par branche entre 1988 et 1990 (en milliards de F.CFA et en pourcentages)
Branches 1988 1989 1990
Industrie agro-alimentaire, boissons et tabac 6,1 6,6 7,1
En % du secteur informel (3,7) (4,2) (4,6)
Autres industries manufacturières 5,0 12,1 12,5
En % du SI (3,0) (7,6) (8,0)
Bâtiments et travaux publiques 20,4 15,4 14,6
En % du SI (12,3) (9,7) (9,4)
Transports et communication 23,1 13 13
En % du SI (13,9) (8,2) (8,4)
Autres services marchands 59,1 52,4 53,2
En % du SI (35,5) (33,1) (34,2)
Commerce 52,7 59 55
En % du SI (31,7) (37,2) (35,4)
TOTAUX 166,4 158,5 155,4
En % du SI (100) (100) (100)
Source: Comptes nationaux, 1988, 89, 90 en milliards de F.CFA. Elaboration: BIT.


i) Période 1977-1982: une structure inégalitaire

On constate au Gabon une distribution bien inégale des revenus selon les groupes socio-économiques. Plusieurs types de disparités de revenus y sont repérables. Disparité entre campagnes et villes, l'écart s'étant accru entre 1977 et 1982 du fait de la forte croissance du salaire nominal du secteur moderne (taux moyen annuel de croissance de 25 pour cent contre 7,7 pour cent seulement pour le revenu agricole) et du revenu moyen réel en milieu urbain

Disparité aussi au sein du milieu urbain entre le secteur informel, dont le revenu moyen a probablement stagné, voire diminué, au cours de la période 1977-1982, et le secteur moderne où les salariés ont connu une progression de leur revenu réel de 13,6 pour cent par an en moyenne. Il faut rappeler en l'occurrence que la crise de 1977-1979 a entraîné une première vague de licenciements avec un gonflement consécutif du secteur informel urbain qui jouait ainsi son rôle d'éponge.

Toutefois, il faut faire la distinction entre secteur informel et chômage déguisé. L'extension du premier est dû pour l'essentiel aux travailleurs africains non gabonais qui ont préféré rester au Gabon plutôt que retourner dans leur pays d'origine. En revanche, le développement d'un chômage déguisé apparu à cette époque, affecte quasi exclusivement les gabonais licenciés des entreprises et surtout les jeunes issus ou laissés-pour-compte du système d'éducation et de formation. Pris en charge naturellement par un ou plusieurs membres de la famille ayant un revenu régulier, ces jeunes gabonais posent le problème, difficile, voire impossible a cerner statistiquement et économiquement, du transfert de revenus à l'intérieur de la famille étendue. En tout état de cause, il atténue sensiblement les disparités inter et intra catégorielles dont il est question.

ii) Situation des micro-entreprises et PME en 1985

L'étude de PROMOGABON portant sur 10.545 micro-entreprises informelles et PME formelles urbaines permet d'établir une grille des revenus mensuels par catégorie d'agents selon plusieurs critères comme l'indique les tableaux 10, 11 et 12 ci-dessous.

Tableau 10: Revenu mensuel moyen des agents selon le type d'entreprises en 1985

Agents

Micro-entreprises

PME

Moyenne
Salariés 97.300 117.400 112.300
Travailleurs (1) 47.600 101.800 81.400
Patrons (2) 184.400 535.300 246.600

(1) Il s'agit ici de l'ensemble des travailleurs, patrons exclus. La rémunération moyenne par travailleur est obtenue par le rapport entre masse salariale payée par le patron et nombre total de travailleurs employés, moyenne trompeuse, dans la mesure ou les aides-familiaux qui représenteraient 18 pour cent des travailleurs, ne sont pas rémunérés.

(2) Les revenus réels des patrons sont probablement plus faibles dans la mesure où ce sont eux qui assurent la couverture « sociale » (monétaire ou monétisable) de leurs travailleurs non salariés (aides-familiaux notamment).

Source: PROMOGABON, 1985. Elaboration: BIT.



Tableau 11: Revenu mensuel moyen des travailleurs (patrons exclus) selon la nationalité et le secteur d'activité
Travailleurs (1) Manufacture Commerce Total
Secteur informel PME Secteur informel PME
Nationaux 63.800 93.700 50.900 111.800 90.300
Etrangers 53.700 112.600 30.300 104.700 70.500
Moyenne 56.400 98.900 36.500 109.300 81.400

(1) Même observation qu'au tableau précédent: travailleurs=salariés+apprentis et aides familiaux



Tableau 12: Salaires médians en F.CFA des travailleurs selon leur situation dans la profession
Statut Apprentis Aides familiaux Journaliers Ouvriers qualifiés Ouvriers non qualifiés Employés Gérants
Salaires 50.000 - 71.750 90.000 60.000 78.250 87.000

Source: Etude PME PROMOGABON, chap. III. Elaboration BIT.

Note: On suppose qu'à statut égal, le niveau de salaire est le même pour les étrangers et les gabonais.



Ces chiffres, purement indicatifs, montrent qu'en 1985, dernière année économiquement bonne avant la crise, les revenus mensuels moyens de toutes les catégories d'agents et d'entreprises concernées sont relativement élevés et peuvent même dans certains cas supporter avantageusement la comparaison avec ceux des salariés, employés et voire des cadres moyens du secteur moderne. Ils montrent, de plus, que les revenus mensuels moyens des agents des PME sont supérieurs à ceux des micro-entreprises informelles (20 pour cent supérieurs pour ceux des salariés, 2 ou 3 fois plus pour ceux des patrons). Ils montrent, enfin, que les revenus des patrons sont toujours supérieurs à ceux des salariés: double dans le secteur informel, plus de quatre fois pour les PME et que les revenus des travailleurs étrangers sont, dans tous les cas de figure, sauf dans les PME manufacturières (dont beaucoup d'ailleurs appartiennent à des patrons gabonais qui utilisent une main-d'oeuvre étrangère qualifiée et donc mieux payée), sensiblement inférieurs à ceux des travailleurs nationaux. Enfin, on constate que les revenus des travailleurs, tant nationaux qu'étrangers, s'adonnant aux petites activités commerciales informelles, sont de loin les plus faibles, justifiant sans doute le qualificatif d'appoint ou de survie qui leur est souvent attribué.

3. Le secteur informel et la satisfaction des besoins essentiels

Même si les Gabonais, relativement aux autres Africains, ont un niveau de revenus élevé, il n'en reste pas moins que ceux-ci ont peu évolués durant les 10 dernières années, voir diminués. De plus, la crise, les licenciements du secteur moderne et les programmes d'ajustement structurel n'ont fait qu'aggraver la situation générale. Ce contexte macro-économique et le fait que le secteur moderne n'est peu ou pas approprié à la demande intérieure, mais extraverti a conféré et renforcé un rôle de satisfaction des besoins essentiels au secteur informel. Dans cette partie, on examinera les déterminants de l'offre et de la demande qui s'exercent par rapport au secteur informel.

On dispose de peu de données concernant les dépenses de consommation des ménages gabonais. Toutefois, si l'on se réfère à la situation des cinq quartiers sous-intégrés de Libreville, on constate que 82 pour cent des revenus des ménages sont alloués à l'alimentation et au logement (55 pour cent pour l'alimentation, 27 pour cent pour le logement).

La demande

Le tableau 13, synthétise les informations dont on dispose quant à la demande qui s'exerce vers le secteur informel selon différentes catégories d'agents économiques. Il en ressort que, au total, 73 pour cent provient directement de clients individuels, dont 43 pour cent de ceux ayants des moyens et hauts revenus. On mesure ainsi le rôle de satisfaction des besoins essentiels de la population joué par le secteur non structuré.

Tableau 13: Répartition, pour les différentes branches du secteur informel, du chiffre d'affaires par groupe de clients (en pourcentages)
Clients Bois Métal, réparations Construction, bâtiment Boulangerie Pêche, agriculture Hôtels, restaurants Services personnels Autres Commerce Total
Clients individuels
- à bas revenus 19 15 19 41 48 23 40 10 40 30
- à moyens et hauts revenus 52 32 32 32 5 76 58 33 46 43
Autres PME 1 10 13 13 15 0 0 0 8 7
Grandes entreprises 7 33 16 5 2 1 0 57 1 12
Services de l'Etat 21 10 20 9 30 0 2 0 5 8

Total

100

100

100

100

100

100

100

100

100

100
Source: Etude PROMOGABON, 1985. Elaboration: BIT.


On constate aussi la faiblesse de l'intégration horizontale du secteur informel, c'est à dire la faible satisfaction de besoin qui se réalise entre les entreprises elles mêmes. En effet, seulement 7 pour cent de la demande provient d'autre PME, alors que les grandes entreprises en constituent 12 pour cent