
Département du développement des entreprises et des coopératives

Mondialisation, compétitivité et stratégies de productivité
J. Prokopenko
Table des Matières
1. Productivité, compétitivité et développement
2. Facteurs de productivité au niveau macro
2.1 La compétitivité: nouvelle base de référence en matière de stratégie économique
2.2 De la compétitivité de l'entreprise à celle de la société
L'approche de la durabilité : facteur de productivité négatif ou positif
La mondialisation et les stratégies de développement
4.1 Quelques aspects de mondialisation
4.2 Les rôles de l'exportation dans les stratégies économiques
4.3 Stratégies destinées à l'amélioration
Alliances et réseautage, instrument de la mondialisation
5.1 Le concept de partenariat
5.2 Réseaux de productivité financés par l'Etat ou les ONG
6. Mesures d'ajustement pour une économie mondiale plus ouverte
6.1 D'un Etat »omniprésent » à la préséance des lois du marché
6.2 Quelques problèmes communs aux politiques industrielles
7. Implications sur la qualité des ressources humaines et la gestion des compétences
Bibliographie
1. Productivité, compétitivité et développement
Du fait de son impact sur le développement économique et social, la productivité s'est pendant
longtemps présentée comme un élément fondamental des stratégies de développement
national. Elle a acquis ses lettres de noblesse en tant que source de revenus et facteur
d'intégration faisant siennes la participation des travailleurs et une coopération plus fluide entre
l'administration et la main d'oeuvre; elle est à la fois le critère de référence pour la
compétitivité de l'entreprise et une stratégie à long terme pour les gouvernements, les
employeurs et les employés pour l'allègement de la pauvreté et la promotion des droits de
l'Homme et de la démocratie économique. Ce n'est un secret pour personne que les
entreprises les plus performantes mais aussi les politiques gouvernementales orientées vers la
productivité, sont intimement liées à la promotion d'une meilleure qualité de vie active, de la
participation, des principes de l'économie de marché, de la créativité et de l'initiative privée et
des pratiques et styles de direction axés sur la personne humaine.
S'ils sont acceptés par toutes les parties concernées, les objectifs de productivité deviennent
l'instrument-clé d'une répartition équitable du revenu, de relations de travail cordiales et d'une
participation démocratique des travailleurs. Autant dire que la productivité est l'outil idéal
pour équilibrer les objectifs économiques, sociaux, techniques et environnementaux.
Productivité et allégement de la pauvreté. Les données statistiques et macroéconomiques
attestent à l'envi, que plus l'économie nationale est efficace (productive et compétitive) plus le
revenu des travailleurs est élevé et plus l'inflation à long terme sera maîtrisée. Une telle
efficacité permet d'augmenter le revenu national à distribuer aux jeunes, au troisième âge, aux
handicapés ou aux chômeurs. Une amélioration de la productivité est également synonyme de
profits accrus, ce qui permet d'investir dans la promotion d'un développement économique des
régions sous-développées. Ainsi donc, une productivité accrue associée à une politique de
répartition sociale du revenu, constitue à l'heure actuelle le meilleur moyen d'alléger la
pauvreté.
La productivité et la promotion de l'emploi. Les tendances statistiques internationales à long
terme indiquent une forte corrélation entre la productivité nationale et le taux de chômage.
Plus une économie est productive, plus elle est compétitive sur les marchés internationaux et
plus son taux de chômage est faible. Plus une entreprise est productive, plus elle sera en
mesure de développer une épargne lui permettant de réaliser de nouveaux investissements et
ainsi créer de nouveaux emplois. C'est faire preuve de manque de lucidité que de croire que
productivité rime avec chômage, surtout dans le long terme. Les effets négatifs de la
productivité sur le chômage peuvent, à court de terme, être tempérés par des politiques socio-économiques bien pensées. Ainsi, pour savoir où investir et où trouver les fonds pour créer
des emplois, aucun outil n'est mieux indiqué que la productivité.
Productivité et droits de l'Homme, démocratie et tripartisme. Les droits de l'Homme peuvent
être fondés sur un développement socio-économique effectif. La démocratie économique, par
exemple, peut être exercée si l'on a recours à la promotion de l'esprit d'entreprise, de l'auto-emploi, et du développement des petites entreprises, ce qui donnerait à tout le monde les
mêmes opportunités pour constituer sa propre société ou entreprise ou démarrer son activité
personnelle. Ces différentes structures ne pourraient être couronnées de
succès qu'en s'appuyant sur une plus grande productivité et un environnement
socioéconomique favorable pour faire prévaloir une telle démocratie économique,
L'objectif majeur du tripartisme est l'organisation d'activités socio-économiques plus efficaces
et plus pacifiques, des relations de travail cordiales, mais aussi la participation et le partage des
gains de productivité entre les principaux agents économiques. Par conséquent, les trois
parties concernées, à savoir l'Etat, les employeurs et les travailleurs pourraient faire de
l'amélioration de la productivité un objectif commun.
2. Facteurs de productivité au niveau macro
De plus en plus, il apparait sans conteste que l'amélioration de la productivité résulte non
seulement des mesures prises au niveau micro, au sein de l'entreprise, mais également des
efforts et des changements globaux apportés, au niveau rnacro, à la qualité des politiques et
des stratégies gouvernementales, à l'environnement social et économique ainsi qu'à
l'administration publique.
On a pu noter dans l'environnement économique quelques tendances majeures qui, à mon sens,
sont des indicateurs de mutations profondes dans les stratégies et approches présentes et à
venir en matière de productivité. Ces tendances sont les suivantes:
L'intégration et la mondialisation économiques;
L'impact des percées technologiques;
L'ajustement structurel et la privatisation;
La demande croissante d'un développement durable;
L'émergence de nouveaux systèmes de travail;
L'abandon des pratiques personnelles et traditionnelles en faveur d'une GRH basée sur les normes internationales;
Les changements de style de direction dans l'entreprise: de la bureauci-atie vers l'esprit
d'entreprise.
2.1 La compétitivité: nouvelle base de référence en matière de
stratégie économique
La compétitivité est au centre des débats de beaucoup de sociétés et de gouvernements.
L'OCDE définit la compétitivité comme étant "la latitude dont dispose un pays, évoluant dans
des conditions de marché libre et équitable, pour produire des biens et services qui satisfont
aux normes internationales du marché, tout en maintenant et en augmentant simultanément
les revenus réels de ses habitants dans le long terme"1 Celà n'est possible qu'avec une
productivité en hausse.
Facteurs et conditions de compétitivité
Selon le Rapport mondial sur la productivité, il existe huit facteurs déterminants qui influent
sur la productivité des Etats et des entreprises2.
Le marché intérieur. Plus la concurrence est forte sur marché intérieur, plus les entreprises
nationales sont productives et compétitives sur les marchés internationaux et plus la prospérité
de l'Etat et la productivité prennent de la valeur ajoutée.
L'internationalisation. L'ouverture aux activités économiques internationales permet
d'améliorer les résultats économiques d'un pays. La compétitivité à vocation exportatrice va
souvent de pair avec une orientation vers la croissance de l'activité économique nationale.
Une plus grande inté gation dans l'économie internationale se traduit par une répartition des
ressources plus productive et des niveaux de vie plus élevés.
L'Etat. Les interventions directes de l'Etat dans l'activité économique sont réduites à un strict
rrùnimttm. Les politiques gouvernementales se limitent à la promotion d'un environnement
concurrentiel favorable aux entreprises et à la création de conditions macroéconomiques et
sociales prévisibles, pour ainsi rm'nimiser les risques extemes qu'encourent les opérateurs
économiques. Elle est ouvert à toute adaptation de ses politiques économiques face aux
vicissitudes de l'environnement international.
Les finances. Pour bien asseoir sa compétitivité au niveau international, un pays s'appuie sur
un secteur financier bien développé et bien intégré au niveau international. L'efficience du
secteur financier se mesure davantage par l'étroitesse de « l'écart » entre les taux d'intérêt payés
par les emprunteurs et le taux de rémunération des dépôts. Un « écart ». plus réduit est
syrtonynie d'un taux créditeur plus élevé pour les dépôts, ou d'un taux débiteur plus faible
pour les emprunts. Le secteur:financier est plus efficace lorsque « l'écart » diminue, que ce soit
au profit des emprunteurs ou des prêteurs. Au cours de la période 1988-1994, les écarts
suivants ont été enregistrés: Royaume Uni: -3,09 pour cent , Allemagne -3,16 pour cent ,
France -3,90 pour cent , Espagne 4,42 pour cent - et Suède -4,48 pour cent. A titre d'exemple
comparatif, l'écart entre les taux créditeurs et les taux prêteurs du Canada, des USA et du
Japon était plus faible que n'importe quel taux européen, ce qui montre une plus grande
compétitivité du secteur financier.
L'infrastructure. Une infrastructure bien développée appuie l'activité économique. Cela
suppose, entre autres, la mise à disposition de ressources naturelles et de systèmes
économiques opérationnels, de technologie d'information, de moyens de transport, de
communications et d'éducation ainsi que d'une protection efficace de l'environnement.
La gestion. Un produit ou service compétitif atteste des capacités de gestion, d'une
orientation vers 1e long terme, d'une capacité d'adaptation au changement dans une situation
de concurrence, Él'un esprit d'entreprise d'un niveau certain et d'une capacité d'intégration et
de différenciation des activités économiques.
La science et la technologie Un avantage compétitif peut reposer sur l'application efficace et
novatrice des technologies existantes. Il est vital pour un Etat qui se trouve à une étape
avancée du développement économique d'investir dans la recherche et dans des activités
novatrices créatrices d'un savoir nouveau.
Qualité des ressources humaines. Une main d'oeuvre qualifiée et ayant des attitudes positives
renforcent la productivité et la compétitivité d'un pays. L'éducation, les capacités techniques
de la main d'oeuvre, la qualité de l'encadrement et son efficacité, tout cela contribue au
renforcement de la compétitivité. L'enseignement qu'il convient de tirer de tout cela, c'est que
la mise en oeuvre d'une stratégie compétitive requiert que l'on procède, de manière simultanée,
à plusieurs changements coordonnés dans le développement des ressources humaines, plutôt
que de faire quelques actions d'éclat dans un ou deux domaines.
Il convient de préciser ici que l'ouverture aux marchés internationaux, ainsi que
l'internationalisation des économies, sont de plus en plus déterminants dans l'amélioration de la
productivité et de la compétitivité.
2.2 De la compétitivité de l'entreprise à celle de la société
Il s'agit d'une autre tendance montrant qu'en la matière le centre d'intérêt de la compétitivité se
déplace progressivement du niveau sectoriel et national vers le niveau international. C'est ce
qui explique le nombre important de pays qui descendent dans l'arène de la compétitivité.
Pour éviter une érosion des salaires de leurs travailleurs, les Etats seront obligés de réaliser les
mêmes gains de productivité que leurs concurrents. Au cours de la prochaine décennie, les
groupes les plus vulnérables seront probablement les travailleurs non spécialisés des pays
riches et des pays à revenus intermédiaires. Le manque de productivité pourrait induire une
réduction des ventes, de la promotion, de la sous-utilisation des capacités et de la faible
productivité, une augmentation de la dette publique et d'importants déficits dans les
programmes sociaux. C'est pourquoi, les voix s'élèvent de plus en pluc; dans la société civile
pour manifester une préoccupation relative aux conséquences néfastes de cette croisade en
faveur de la compétitivité.
La question est de savoir combien de changements sont nécessaires -pour un pays ou une
entreprise qui veut survivre dans ce nouveau monde de compétitivité généralisée. La réponse
est fortement liée à la capacité d'un pays à créer ce que l'on pourrait appeler une société
compétitive. La société compétitive, c'est celle qui a pu établir un équilibre dynamique entre la
création de richesse d'une part et la cohésion sociale de l'autre. Elle n'est pas nécessairement
synonyme d.'efficacité économique à tout prix et dans tous les secteurs. En fait, elle peut
même impliquer de la part des citoyens une décision délibérée d'accepter un certain niveau
d'inefficacité. Une société compétitive est une société qui identifie et gère de façon active
toutes les facettes de sa compétitivité, depuis les infrastructures jusqu'à l'éducation.
L'une des méthodes de gestion d'une telle société consiste à asseoir un parfait équilibre entre
les économies de proximité et de mondialisation4. Si une économie de proximité fournit des
biens et services proches de l'objectif final de l'utilisateur, une économie de mondialisation
quant à elle est caractérisée par une gestion de la chaîne de valeur à l'échelle mondiale.
L'économie de proxinùté englobe les activités à valeur ajoutée locale et sociale (plombiers,
bouchers, boulangers, employés du bâtiment, agriculteurs et logiciels sur commande) et se
caractérise par une mobilité limitée, une protection contre les investisseurs étrangers ou des
interférences issues des mécanismes du marché (participation à des accords, fixation de prix,
passation de marchés publics et monopoles).
L'économie de mondialisation se caractérise par l'exploitation des avantages comparatifs des
nations et l'intégration de ceux-ci dans la gestion globale de la chaîne de valeur. Elle se
distingue aussi par un effort constant pour une compétitivité des résultats entre les nations et
les entreprises, voire entre des secteurs au sein d'une même entreprise. L'objectif est d'être
productif en assurant de la valeur ajoutée et une rentabilité. Dans une telle économie, les
facteurs de production se prêtent à plusieurs tâches et peuvent ainsi être transférés d'un
secteur à un autre. Il s'agit d'une stratégie qui cherche à combiner puissance et souplesse. La
propriété de la chaîne de valeur n'est plus une priorité, ce qui importe c'est de savoir qui la
contrôle et qui la gère.
Même si l'économie de proximité est souvent considérée comme étant relativement peu
rentable et inefficace sur le marché, elle permet de créer des emplois et d'offrir des services au
ràveau local, jouant ainsi un rôle social fondamental. Par conséquent, les questions
fondamentales pourraient se présenter comme suit : dans quelles mesures les citoyens sont-ils
disposés à (ou en mesure de) subventionner avec leurs contributions fiscales ? Dans quelles
mesures devrait-on laisser jouer la loi du marché ? Et quels coûts sociaux (chômage, voire
déstabilisation sociale) les sociétés sont-elles prêtes à payer pour une augmentation potentielle
de l'efficacité?5
Les accords et traités régionaux de l'Organisation Mondiale pour le Commerce (OMC), par
exemple, ont forcé les barrières des marchés intérieurs (transports, télécommunications). En
dehors des divers secteurs traditionnels à l'image des hôpitaux, de la vente au détail des
produits alimentaires, beaucoup d'activités n'en finissent pas d'être happées par la
mondialisation, à travers les sociétés internationales privées et les chaînes de supermarché qui
bouleversent la vie des magasins locaux de distribution. Malgré l'opportunité croissante pour
une collaboration entre ces deux types d'économie, c'est avec l'économie de mondialisation
que la révolution la plus significative s'opère en matière de productivité et de compétitivité.
Dans beaucoup de pays, pour protéger l'orientation sociale de l'économie de proximité, il
appartient aux citoyens de procéder eux-mêmes aux choix politiques. Ce choix repose pour
beaucoup sur la quantité de ressources économiques disponibles pour être ré-injectées ailleurs,
celles-ci sont en partie fournies par l'économie de mondialisation ou la disponibilité et/ou la
capacité des citoyens à payer le prix qu'impose ce choix grâce aux recettes fiscales ou à
d'autres ressouirces.
Malheureusement, au lieu d'augmenter la compétitivité (productivité) ou d'agrandir l'assiette
fiscale, les Etats ont préféré gérer d'énormes déficits de dettes publiques pour subventionner
une partie de l'économie de proximité et ainsi gérer les problèmes sociaux. C'est ainsi que
dans beaucoup de pays en développement la dette publique nette a doublé au cours des 12-15
dernières années.
Ainsi donc, rendre une société compétitive est plus ardu qu'il ny paraît; c'est bien plus qu'une
simple optimisation de l'efficacité économique. La compétitivité de chaque pays repose sur sa
capacité à trouver un équilibre entre l'économie de mondialisation qui génère des revenus et de
la technologie et l'économie de proximité qui, elle, génère surtout des emplois et une cohésion
sociale. Comme résultante du développement de ce nouveau paradigme de compétitivité qui
est apparu au cours des deux dernières décennies, nous observons actuellement une involution
du centre d'intérêt de la compétitivité:
de la compétitivité du produit vers la compétitivité du processus et
de la compétitivité du processus vers la compétitivité de la structure/société.
Au fond, ce n'est pas dans l'entreprise que l'on retrouve les principales contraintes de la
compétitivité, mais plutôt dans la capacité d'un pays à développer son propre modèle de
société compétitive. Pour faire face à ces contraintes et promouvoir la compétitivité, il y a des
règles d'or quil faut respecter et qui sont contenues dans le Rapport mondial sur la
compétitivité
créer un environnement juridique stable et prévisible;
développer une structure économique souple et élastique;
investir dans des infrastructures traditionnelles et technologiques;
promouvoir l'épargne privée et l'investissement domestique;
développer une agressivité sur les marchés internationaux (exportations, etc:..), ainsi que des incitations pour les industries étrangères à valeur ajoutée;
mettre l'accent sur la qualité et la rapidité d'exécution lors des réformes et des restructurations;
maintenir une adéquation entre le niveau des salaires, la productivité et la fiscalité
préserver le tissu social en réduisant les disparités salariales et en renforçant la classe moyenne;
investir massivement dans l'éducation, surtout au veau du secondaire, et dans la formation et
le renforcement à très long terme des capacités de la main d'oeuvre et trouver un équilibre
entre économie de proximité et économie de mondialisation pour garantir la création de
richesse, maintenir la cohésion sociale et préserver le système de valeur souhaité par les
citoyens.
Ces règles d'or sont le produit de l'analyse de ce qui se fait de mieux en matière de décision de
politiques dans les pays les plus compétitifs.
3. L'approche de la durabilité: facteur de productivité
négatif ou positif ?
Le développement durable devient de plus en plus une question centrale dans les stratégies
nationales de développement, tout comme dans les facteurs de compétitivité des sociétés.
Dans l'évaluation de l'impact de la croissance industrielle sur 1e développement durable, il
convient d'identifier les activités qui ont des effets néfastes sur l'environnement. De nos jours,
les nations qui ont considérablement réduit leur consommation d'énergie et de matières
spécifiques occupent le haut du pavé en matière de résultats économiques.
Du fait de ses effets extrêmement néfastes sur l'environnement qui ne sont que le résultat des
agressions sur l'écosystème, l'utilisation rationnelle des ressources (productivité des matières)
est devenue une nouvelle stratégie majeure dans la lutte pour un développement durable. Ces
nouvelles politiques de conservation des ressources, de productivité des matières et de
changements structurels pour la protection de l'environnement, ne peuvent être valablement
décrites par les valeurs monétaires utilisées dans les comptes nationaux habituels et dans les
formules de productivité. Il est urgent de trouver une nouvelle approche de fixation des
repères pour disposer d'une nouvelle série de mesures.
Dans l'optique de l'approche de la durabilité, ce n'est pas la croissance en tant que telle qui
importe mais plutôt la 'manière' dont cette croissance économique s'est produite. Les
stratégies de développement qui doivent être adoptées sont celles qui accélèrent le taux de
développement économique mais s'accompagnent d'une réduction de la dégradation de
l'environnement de façon à ne pas dépasser le seuil de l'irréversible. Ce mode de
développement particulier nous amène à considérer la relation positive entre l'amélioration de
la productivité et la productivité durable. Le Rapport de la Commission Brundtland définit le
développement durable comme étant « un développement qui satisfait les besoins actuels
sans pour autant compromettre la capacité des générations futures à satisfaire les leurs
propres »6.
Au sens large, la durabilité signifie que l'apport de matières premières (et d'énergie à une
économie, tout comme ce qui en résulte comme déchets et chaleur) doivent se faire dans la
limite des capacités d'absorption et de régénération du système7.
Si on revient au concept qui sous-tend la productivité, il apparaît de toute évidence qu'il y a
des relations étroites et positives entre productivité et développement durable. Au sens 1arge,
la productivité est un moyen de jauger lefficacité et lefficience des ressources utilisées en
tant quintrants pour produire les biens et services dont la société a besoin dans le long terme.
L'amélioration de la productivité crée de la richesse qui peut être utilisée pour satisfaire les
besoins présents et réaliser des investissements destinés à mieux satisfaire les besoins futurs.
L'accroissement de la richesse nationale et l'amélioration du niveau des :revenus résultant
d'une plus grande productivité permettent à la société d'investir dans la protection de
l'environnement et dans les mesures de redressement. L'amélioration de la productivité c'est
l'élimination du gaspillage sous toutes ses formes. Chaque fois qu'il y a beaucoup de pertes, il
en résulte une faible productivité, et chaque fois qu'il y a moins de pertes il y a une grande
productivité, L'amélioration totale de la productivité des facteurs devient par conséquent une
stratégie très efficace dans la recherche d'un développement durable8.
En même temps, il est important de reconnaître que la réglementation environnementale peut
avoir des effets pervers sur les entreprises comme sur leurs performances en matière de
productivité. D'une part, les entreprises domestiques qui se conforinent à des normes
écologiques trop restrictives peuvent connaître des revers de compétitivité par rapport aux
entreprises des autres pays disposant d'une législation plus légère en la matière. D'autre part,
cette réglementation peut susciter l'utilisation d'intrants plus propres et en quantités réduites,
des technologies plus saines et plus efficaces et une réduction plus importante des pertes grâce
au recyclage. Les entreprises qui investissent très tôt dans des technologies qui préservent
l'environnement peuvent réaliser des gains de productivité et bénéficier d'un avantage
comparatif pour le respect des normes futures. Les firmes automobiles peuvent augmenter
leurs parts de marché en créant des véhicules recyclables et utilisant un carburant plus propre
pour protéger l'environnement9.
Toutes ces mesures visent à introduire trois types d'actions ou programmes pour la protection
de l'environnement : des actions pour empêcher ou éliminer la dégradation de l'environnement
, des actions pour faire disparaitre ou réparer le mal qui a été fait, et des actions pour s'adapter
au nouvel environnement. Aujourd'hui, dans la lutte contre la pollution on parle moins de
traitement des sous-produits industriels, mais plus de la prévention et de la réduction des
déchets10.
Suite aux pressions résultant de l'approche de la durabifité, on voit apparaître de nouveaux
concepts et approches par rapport à la productivité. Certains d'entre-eux sont encore dans
l'ombre, mais beaucoup ont déjà émergé. Ceux-là sont les suivants :
Un besoin d'élargir les frontières de l'entreprise en tant que 'système' - L'interaction de
l'entreprise avec son environnement (et la compagnie multinationale MNC avec son
environnement international) s'exprime uniquement en termes d'échanges commerciaux de
valeurs financières. Des efforts sont nécessaires pour élargir l'angle d'attaque des outils
d'analyse afin de couvrir les considérations d'ordre physique et social du développement
durable de l'entreprise en tant que système.
Un besoin d'inclure dans le système de gestion de la productivité les préoccupations
relatives à un développement durable - Les programmes qui considèrent l'accroissement de la
productivité comme étant un processus de changement organisationnel total qu'il convient de
gérer sont à l'origine d'améliorations considérables et continuelles.
Le besoin d'un nouveau système d'évaluation de la productivité - Des considérations de
productivité devraient être incluses dans l'évaluation de la productivité et dans l'analyse des
options aux fins d'offrir des indicateurs de l'impact social, économique et physique sur
l'environnement.
4. La mondialisation et les stratégies de développement
L'évolution technologique et la chute continue des coûts de transports et de communications
ont été les principaux artisans de l'intégration mondiale et la plupart des pays sont en train de
changer les politiques de substitution des 'importations dont l'objecitif était de faire obstacle au
besoin d'échanges commerciaux. Les gouvernements cherchent de plus en plus à rendre
compétitives leurs industries sur le marché international, plutôt que de les retrancher derrière
des barricades avec tout un arsenal de protection. Les pays en développement ont fait
d'énormes progrès dans l'éducation ainsi que des améliorations constantes du capital physique
et des infrastructures, stimulant ainsi leurs capacités productives et leur permettant d'être
compétitifs sur le marché international. Ce changement d'orientation dans les stratégies de
développement a été renforcé par les technologies d'information qui ont amélioré la fluidité de
la navigation à travers le monde. La circulation des biens, des capitaux, des personnes et des
idées est aujourd'hui plus rapide et moins chère que par le passé.
Les pays en développement ont beaucoup à gagner en participant davantage aux réseaux
mondiaux du marché de l'exportation. L'autarcie n'est pas une optic)n viable dans un monde
d'interdépendance où pour la plupart des pays la rupture des relations est synonyme de mai-ginalisation. Pour certains, ce sort est souvent plus enviable qu'être temporairement sous une
coupe de dépendance.
4.1 Quelques aspects de la mondialisation
Le commerce international et les flux de capitaux font partie des principaux canaux de
l'intégration mondiale. Les mouvements transfrontières des biens et services se sont
considérablement accrus ces dernières années, passant de 25 pour cent du PIB mondial en
1970 à plus de 45 pour cent en 1990. Il y a eu également un glissement, rapide vers des
activités à valeur ajoutée plus élevée: la part des produits manufacturés dans les exportations
des pays en développement a triplé entre 1970 et 1990, passant de 20 à 60 pour cent11.
Les effets dynamiques sur la croissance économique sont plus visibles si on associe à
l'ouverture des marchés les immenses flux intérieurs de capitaux et de technologies. C'est tout
naturellement que les flux de capitaux aussi sont dynamiques, mus par une plus grande
rentabilité. Les flux de capitaux bruts (entrées et sorties) sont passés de 5 à 1 0 pour cent
dans les pays à faibles revenus et à revenus intermédiaires au cours des deux dernières
décennies.
Les capitaux vont plus aisément vers les pays qui ont réussi leur mise en oeuvre, alors qu'ils
fuient les pays où les relations entre les gains et les risques ne sont pas favorables.
Les quantités énormes que constituent les flux de capitaux transfrontières ont constitué un
phénomène majeur dans la nouvelle économie mondiale dans la mesure où de plus en plus de
pays arrivent sur le marché libre et libéralisent les échanges et les investissements.
L'investissement direct étranger (IDE) a renforcé l'intégration des marchés nationaux
individuels et a été une force motrice dans le commerce mondial et la croissance économique.
Dès l'instant où les économies émergentes ont commencé à libéraliser leurs secteurs financiers,
à éliminer les contrôles qu'ils exerçaient sur le change et les capitaux et à développer leur
marché intérieur des capitaux, les flux financiers privés se sont développés rapidement. Les
IDE ont rapidement pris le pas sur les autres types de flux financiers, pour se positionner
comme principale forme d'investissement dans les pays en développement et, vers 1995, ils
représentaient plus du tiers des flux totaux d'IDE à travers le monde.
Alors que les récents IDE dans les pays industrialisés ont surtout été occasionnés par des
fusions et des acquisitions transfrontières, la montée en force des IDE dans les pays en
développement est surtout le fruit des accords de privatisation, des joint-ventures et autres
dispositions du réseau commercial dans l'infrastructure et dans les secteurs manufacturiers. En
1996, l'Asie orientale drainait toujours plus de la moitié des IDE des pays en développement,
l'Amérique latine aussi recevait une part importante des flux d'IDE, suivie par l'Europe de l'Est
et l'Asie centrale. Par contre pour l'Afrique, les flux d'IDE étaient extrêmement faibles.
Les barrières commerciales restantes, au nombre desquelles les tarifs douaniers, les quotas, la
menace de sanction commerciale et autres politiques de substitution des importations (taxes et
subventions) peuvent pousser les multinationales à s'implanter directement dans un pays
étranger pour y produire plutôt que d'y exporter leurs produits.
Les pays qui veulent attirer les IDE peuvent offrir une kyrielle de traitements de faveur aux
investisseurs étrangers, notamment les exonérations fiscales temporaires, les subventions et
des facilités de crédit. Selon le Rapport mondial sur la compétitivité (1997) les cinq facteurs
les plus importants pour déterminer les investissements directs étrangers sont les suivants12:
Taille du marché intérieur du pays bénéficiaire;
Croissance attendue de la taille du marché du pays bénéficiaire;
Possibilité de rapatriement des fonds et des bénéfices;
Productivité et habitudes de travail des travailleurs; et
Infrastructure.
Ce qu'il faut retenir ici c'est que les Etats devraient se concentrer sur les réformes qui
améliorent les institutions et les politiques économiques, créant ainsi un environnement
favorable aux investissements privés et à la croissance économique. A titre d'exemple, les
investissements publics dans l'éducation et les infrastructures peuvent accroître la productivité
du capital privé et de la main d'oeuvre et par conséquent aideront à attirer les flux d'IDE.
Les IDE répondent à l'appel des opportunités de bénéfices et des coûts dans certains secteurs
dans les pays cibles par conséquent, l'environnement économique joue là un rôle très important
dans les décisions de l'IDE. Une question centrale dans l'analyse de l'IDE reste de savoir si
l'investisseur prévoit de servir le marché dans lequel l'IDE sera localisé, ou bien si la filiale sera
utilisée uniquement à des fins d'exportation vers des marchés étrangers. Les serveurs du
marché et les exportateurs ont différents critères et normes d'appréciation des zones
d'investissement.
Habituellement, les serveurs de marché, par exemple, sont plus disposés à accepter un
compromis sur des caractéristiques de pays telles que la force d'exécution d'un accord, les
incitations à l'investissement et les coûts de la main d'oeuvre, pour avoir accès par exemple à
de vastes marchés comme la Chine, le Brésil, l'Inde ou la Russie. Les exportateurs, quant à
eux, sont réputés être moins enclins au compromis. Si la construction d'une usine dans un
pays demande de faire face à un grand risque de vol de processus industriel ou de nom de
fabrique, de nombreux autres pays accueilleraient cet investissement à bras ouverts et lui
offriraient une grande protection..
Concernant l'IDE, l'une des tendances les plus visibles depuis le milieu des années 80 est que
partout dans le monde les pays se sont engagés à réformer leur code des investissements,
ouvrant des pans entiers de l'économie aux opérateurs internationaux, éliminant les procédures
de filtrage et laissant tomber les exigences fonctionnelles. Ce changement de régime est l'un
des principaux facteurs expliquant les raisons pour lesquelles beaucoup de pays qui ne sont pas
des modèles du genre en matière de compétitivité bénéficient néanmoins d'un afflux
considérable d'IDE. La Hongrie, par exemple, a non seulement changé de système
économique mais en outre, elle a adopté un modèle d'investissement très libéral pour
bénéficier de l'IDE.
Il faut dire également que la tendance générale à la transparence dans les investissements est
pour beaucoup dans le développement des alliances mondiales, des joint-ventures et des
réseaux commerciaux.
De nos jours, les industries les plus modernes et les plus dynanùques ont une envergure
transnationale puisqu'étant le produit d'un système intégré d'échanges et de production à
l'échelle mondiales. Par conséquent, pour beaucoup de pays en développement, les options de
développement dépendent, dans une large mesure, de la nature des rôles d'exportation qu'ils
assument dans 1économie mondiale ainsi que de leurs capacités à occuper des niches
industrielles plus Sophistiquées et à valeur ajoutée supérieure.
L'ère contemporaine de la mondialisation des économies a cinq grandes caractéristiques :
Une compétition intense au niveau mondial et l'émergence de nouveaux centres de production;
Un environnement technologique exceptionnellement novateur;
La prolifération, le développement et la restructuration des sociétés transnationales;
Un système financier mondiafisé et diversifié; et,
Une profonde mutation dans le rôle de l'Etat dans le secteur économique national et
international.
Une nouvelle division du travail à l'échelle mondiale a changé le mode de spécialisation
géographique enitre les pays. Au moment où' les économies développées opèrent un
changement de cap vers les services, la périphérie se distingue singulièrement par une
vigoureuse industrialisation. L'industrie a supplanté l'agriculture en tant que source de
croissance économique dans toutes les régions du Tiers Monde. De 1965 à 1990, la part de
l'industrie dans le PIIB a augmenté de 13 pour cent en Asie orientale et du sud-est, de 10 pour
cent en Afiiqu-e siib-saharienne, de 5 pour cent en Asie du sud et de 3 pour cent en Amérique
latine. La part de l'agriculture dans le PIB régional, quant à elle, a chuté de 16 pour cent en
Asie orientale et du sud-est, de 11 pour cent en Asie du sud, de 8 pour cent en Afrique
subsaharienne et de 6 pour cent en Amérique latine13. En Asie orientale et du sud-est, tout
comme en Amérique latine, la production de biens manufacturés a été la pierre angulaire du
développement.
Comme autre élément caractéristique, il faut noter que l'industrialisation orientée vers
l'exportation se diversifie de plus en plus et elle est devenue plus sophistiquée. En l'espace de
trois décennies, c'est-à-dire depuis 1960, le commerce mondial s'est développé presque trente
fois. En termes de pourcentage, les exportations mondiales de produits manufacturés sont
passées de 55 pour cent en 1980 à 75 pour cent en 1990. La part des exportations de produits
manufacturés des pays nouvellement industrialisés (PNI) susceptibles d'être classés dans le
secteur de la "technologie de pointe" est monté en flèche, passant de 2 pour cent en 1964 à 25
pour cent en 1985. Les exportations représentaient 22 pour cent du PIB en Asie orientale et
du sud-est, 11 pour cent en Asie du sud et 10 pour cent en Amérique latine.
La maturité ou la sophistication de la structure industrielle d'un pays se mesure à la complexité
des produits quil exporte. Le fait que les exportations de textiles et de vêtements dans les
PNI de l'Asie orientale aient chuté en termes de pourcentage des exportations mondiales met
en exergue l'effet du cycle de vie d'un produit et la formation complémentaire industrielle dans
la région asiatique. Certes, la diversification des exportations des PNI est une tendance bien
nette avec une orientation vers des produits manufacturés non traditionnels mais il en est une
autre qui, elle, est moins connue: la tendance des PNI à développer des niches d'exportations
bien spécialisées (à l'image de la Corée de sud avec les chaussures de sports, Taiwan avec les
chaussures en plastiques et le Brésil avec les chaussures de dames en cuir et bon marché).
Comment les pays peuvent-ils s'assurer qu'ils sont entrés dans la plus prometteuse des niches
d'exportation dans lesquelles ils disposent d'un avantage comparatif ? Dans quelles mesures la
position d'un pays dans le système mondial de la fabrication industrielle est-elle
structurellement tributaire de la disponibilité du capital local, des infrastructures internes et
d'une main d'oeuvre qualifiée ? Considérons certaines de ces stratégies, dans les chapitres
suivants.
4.2 Les rôles d'exportation dans les stratégies économiques
Pour beaucoup de pays en développement les options de développement dépendent, dans une
large mesure, de la nature des rôles d'exportation qu'ils assument dans l'économie mondiale,
ainsi que de leurs capacités à occuper des niches industrielles plus sophistiquées et à valeur
ajoutée supérieure. Presque tout le monde tire profit du commerce international dans la
mesure où il permet aux travailleurs de faire immédiatement des profits avec des importations
à faible coût, et à la grande majorité il permet également de devenir plus productif puisque les
biens quils produisent augmentent de valeur. Au cours des deux dernières décennies, les
salaires réels ont augmenté à un taux annuel moyen de 3 pour cent dans les pays en
développement où la croissance des échanges (exportations - PNB) était au dessus du médian
mais il a stagné dans les pays où les échanges commerciaux se sont moins développés.
La mondialisation permet aux travailleurs, comme aux entreprises, de se spécialiser dans le
domaine où ils excellent et de se perfectionner davantage pour produire des biens de valeur
ajoutée supérieure à un rythme favorable au développement de leurs capacités et de leurs
compétences, plutôt qu'à un rythme calqué sur ce que la demande pourrait être sur le marché
intérieur. Les pays nouvellement industrialisés ont financé leurs importations grâce aux
exportations à croissance rapide, ils ont commencé avec les produits primaires, passant par la
suite aux produits manufacturés à faible niveau technologique; aujourd'hui ils en sont aux
biens et services industriels de plus en plus sophistiqués. Par conséquent, les pays sont reliés
aux GCC grâce aux biens et services qu'ils exportent sur le marché international. Ces liens
peuvent être perçus comme formant un ensemble de cinq rôles majeurs dans l'exportation:
Exportation de produits primaires;
Assemblage en zone tranche de transformation (ou de stockage) pour l'exportation;
Sous-traitance pour la fourniture de pièces;
Fabrication industrielle d'équipements d'origine (OEM);
Fabrication industrielle de marque d'origine (OBM).
Chaque type d'exportation de produits manufacturés est progressivement plus difficile à
établir, parce que cela suppose une forte dose d'intégration intérieure et d'esprit d'entreprise au
niveau local. flar conséquent, le développement industriel s'accrcoit au fur et à mesure que les
pays avancent dans la hiérarchie des cinq options (voir tableau 1).
Presque tous les pays font leurs premières armes avec l'exportation de produits primaires avant de se tourner vers les produits de consommation. A ce stade, les pays peuvent prendre deux voies: soit ils modernisent davantage leurs capacités de production et ajoutent de la valeur à leur produits en remplissant les commandes de fabrication d'équipement d'origine des acheteurs étrangers, soit ils optent pour les pièces détachées ou sous-assemblage qui seront exportés pour être assemblés à l'étranger en tant que produits finis (sous-traitance de fourniture de pièces détachées). Dans l'un ou l'autre cas, les rôles d'exportation peuvent servir de tremplin à l'exportation de produits finis sous un label local - fabrication industrielle de marque d'origine (OBM).
La toute dernière phase du cycle de développement industriel est la fabrication selon la
conception originale, un élément essentiel de l'innovation en matière de produits. Certaines
entreprises des pays de l'Asie de l'Est sont déjà entrés dans cette phase.
La proéminence et le séquenceinent de ces rôles d'exportation varient considérablement d'une
région à l'autre dans le Tiers monde. Cela traduit en partie les différences de programmation
et l'impact des stratégies de développement orientées vers l'extérieur et vers l'intérieur.
L'approche est-asiatique consistait à combiner les industries à vocation exportatrices avec des
formes sélectives d'interventionnisme (subventions des exportations, licences d'importation,
barrières commerciales non-tarifaires, crédit préférentiel, accès privilégié aux quotas, et
autres), puis de réduire ces politiques sous la pression inteme et externe après que des
industries d'exportation eurent réussi leur ùnplantation.
Cependant, en Amérique Latine et dans d'autres régions du Tiers Monde, l'intervention de
l'Etat servait à promouvoir les industries de substitution des 'importations et non les industries
à vocation exportatrice. Lorsque les réformes libérafisantes des années 1980 furent mises en
oeuvre, bon nombre d'Etats ouvrirent leurs économies avant qu'elles neurent atteint un niveau
de compétitivité internationale. Le bond en avant des importations qui s'en suivit entraîna des
bouleversements au niveau de l'économie locale parmi lesquels une cascade de fermetures
d'usines (en particulier chez les petites et moyennes entreprises), des pertes d'emploi très
répandues et un péjoration de la répartition des revenus. Le même phénomène s'est produit
dans nombre de pays de lEurope de l'Est dans les années 1990.
Contrairement à ceux qui soutiendraient que l'industrie à vocation exportatrice à elle seule
peut entraîner une croissance économique durable, lexpérience des PNI de l'Asie de l'Est
prouve qu'il est essentiel d'avoir un vaste réseau de relations industrielles verticales pour
s'orienter vers la composante offre plus complexe, les rôles de fabrication industrielle de
matériel d'origine et fabrication industrielle de marque d'origine. Cependant, les orientations
que peuvent prendre les économies de l'Asie de l'Est en termes d'amélioration de l'économie
sont limitées par la pénurie de ressources naturelles. L'importance de ces réseaux
d'approvisionnement en matières premières pour la réussite des industries d'exportation crée
des opportunités pour les pays du Tiers Monde riches en ressources. Les pays de l'Asie de
l'Est ont été forcés de s'adapter à leurs coûts de production et leur pénurie de main-d'oeuvre
qui montent en flèche en se dirigeant vers des formes supérieures d'avantage compétitif qui
sont durables, ajoutent plus de valeur et débouchent sur une amélioration constante, la
croissance industrielle et la concurrence.
4.3 Stratégies destinées à l'amélioration
Il faut à la fois un progrès technologique et un apprentissage organisationnel pour grimper l'échelle du développement industriel. Le progrès exige une base entrepreneuriale dynamique, des politiques étatiques favorables ainsi que l'amélioration des compétences et l'augmentation des salaires pour la main-d'oeuvre. Les pays du tiers monde ont utilisé plusieurs stratégies ces dernières décennies pour essayer d'améliorer leur situation d'ensemble. Parmi celles-ci figurent15:
les politiques étatiques et initiatives organisationnelles en vue d'accroître la productivité;
de nouveaux rapports avec les capitaux étrangers et nationaux; et
la participation à des blocs économiques régionaux.
Examinons brièvement ces stratégies:
Réduire le manque de productivité. Un problème majeur réside dans le fait que la plupart des
pays du Tiers Monde n'utilisent pas les technologies 'rigides" et "souples" qui existent
actuellement dans le monde. Cela se reflète dans le matériel obsolète, les méthodes de
production désuètes, une mauvaise organisation de la rnain-d'oeuvre, des relations
professionnelles strictement verticales, une qualité de production insuffisante, un service après
vente peu développé, etc.
Dans leurs efforts pour réduire le manque de productivité, les pays du tiers-monde ont
poursuivi diverses réformes politiques et institutionnelles. Il est largement admis qu'il faut un
programme macroéconomique qui mette l'accent sur des taux de change stables, une faible
inflation ainsi que des taux d'intérêt modérés à élevés, pour servir de point de départ à
l'amélioration des performances économiques. Cependant, on s'accorde moins sur le rôle que
doivent jouer les politiques rnicro-économiques qui influent directement sur les activités des
entreprises dans des secteurs industriels spécifiques. L'appui institutionnel est venu des
gouvemements afin d'attirer les capitaux étrangers nécessaires pour les zones franches
d'exportations. Cependant, des questions sérieuses ont été soulevées, au sujet des
contributions de ces industries d'exportation à faible rémunération aux objectifs plus larges de
développement, tels que l'amélioration des compétences, le transfert de technologie, les
relations industrielles verticales avec les fournisseurs locaux et l'amélioration,des conditions de
vie.
Pendant ce temps, les PNI de l'Asie de l'Est prennent la direction opposée. Ils ont diversifié
leurs exportations face à une appréciation (plutôt qu'une dévaluation) substantielle de leurs
devises, des salaires réels en hausse (non en baisse), et une pénurie de main-d'oeuvre (plutôt
que des excédents de main-d'oeuvre).
Nouveaux rapports avec les capitaux étrangers et locaux. L'orientation d'un pays vers les
capitaux étrangers est un élément important d'un ensemble cohérent et bien équilibré de
politiques de développement national qui inclut typiquement la stabilité tant macroéconomique
que politique, une bonne infrastructure, des institutions économiques modernes et un sens clair
des règles de base selon lesquelles les entreprises doivent fonctionner. La tendance à la
libéralisation des politiques d'investissement direct étranger qui s'est accélérée dans les années
1980 se poursuit. Ces réformes réglementaires ont été complétées par des programmes de
privatisation. Les vieilles restrictions commencent à se transformer en industries de services à
forte capitalisation telles que les télécommunications, les transports, et les services publics. Le
processus de transfert de technologies est passé de technologies plus rigides à des
technologies plus souples où la contribution des sociétés multinationales est vitale. Les
stratégies régionales et mondiales des sociétés multinationales remplacent celles qui sont
orientées vers la maximisation des profits dans chaque pays, consécutivement au
développement de réseaux et autres liens en dehors des capitaux avec les acheteurs étrangers
dans les pays en développement, et la proéminence des chaînes alimentaires orientées vers les
acheteurs.
Le défi pour les Etats du Tiers Monde consiste à développer le potentiel de production des sociétés multinationales tout en apprenant en même temps à profiter des moyens multiples de se joindre à l'économie mondiale .
Le rattrapage de la productivité globale survenu dans les années 1980 était dû pour une part à
l'entrée des entreprises internationales dans le Royaume-Uni. 40 pour cent des investissements
japonais et, américains ont été drainés vers le Royaume-Uni, et cela inclut l'entrée de
quelques-unes des sociétés les plus productives au monde. Grâce à leur présence, de
nouvelles sociétés ont fait leur entrée dans l'économie, qui produit actuellement près du quart
de la production manufacturière britannique à un niveau de productivité largement au-dessus
de la moyenne au Royaume-Uni. Elles ont introduit des techniques de contrôle de qualité et
de style de gestion qui se sont très largement étendues aux sociétés britanniques.
Ainsi, il y a eu un impact favorable sur la productivité qui dépasse de loin les 23,5 pour cent
de rendement actuellement produits par les entreprises étrangères. La grande attirance
continue du Royaume-Uni pour les entreprises étrangères est également dûe aux charges
fiscales qui sont plus faibles que dans pratiquement tous les autres pays de l'Union
Européenne.
La politique de l'investissement direct étranger devrait inclure les engagements explicites
concernant les priorités nationales essentielles telles que la promotion des exportations et
l'innovation technologique, et relativement au fait que les entreprises locales qui ont réussi
constituent un élément important des stratégies nationales de développement. Le capital
moyen par travailleur est de 13.000 $US dans les pays en développement et de 150.000 $US
dans les pays industrialisés - soit 12 fois plus. Aujourd'hui, les capitaux privés affluent dans les
pays en développement à des niveaux records. On estime ces flux au montant global de 175
milliards de $US en 1994, soit plus de quatre fois le chiffre de 1989 qui est de 42 milliards de
$US16. Les raisons de ces flux accélérés de capitaux sont nombreuses:
les réformes économiques entreprises par nombre de pays en développement (sur la totalité des derniers flux à long terme, près de deux tiers sont allés au secteur privé, contre 44 pour cent seulement en 1990);
les réductions de dettes intervenues au début des années 1990, et la baisse des taux d'intérêt
mondiaux.
Parmi les autres conditions importantes qui ont favorisé les flux de capitaux figure leur
capacité à donner des rendements élevés conjugué à de faibles risques, ce qui nécessite un
environnement local attrayant et la garantie de remboursement.
Ainsi, une stratégie qui réussit à attirer des capitaux est essentiellement déterminée par
l'existence d'un environnement local attrayant - bonnes infrastructures, qualifications en
abondance, stabilité sociale et politique. Les remboursements dépendent de la balance
extérieure globale du pays hôte. Si l'apport de capitaux prend la forme de prêts libellés en
devises, les chances de remboursement intégral dépendent de la disponibilité de recettes
d'exportation en devises. En résumé, pour attirer des capitaux étrangers, le pays hôte doit
faire preuve de:
- flexibilité pour gérer les risques externes (l'éventualité de luttes qui n'en finissent pas pour la répartition fait fuir les bailleurs et investisseurs potentiels);
- d'une stabilité financière, pour éviter les emprunts internationaux trop élevés ou les charges fiscales trop élevées; et
- liens solides et forte intégration dans les marchés mondiaux.
Les sociétés multinationales ont été un moyen important de cette mondialisation de l'industrie
de fabrication, dans laquelle la main-d'oeuvre relativement bon marché des pays en
développement a été dotée de capitaux et de techniques modernes de gestion, de
communication et de méthodes de production. Sur 8 millions d'emplois créés de 1985 à 1994
par les sociétés multinationales, cinq millions l'ont été dans les pays en développement17.
Les flux d'investissement direct étranger répondent maintenant rapidement aux nouvelles
opportunités de profit, transférant la production là où les salaires sont bas par rapport à la
productivité potentielle et où la main-d'oeuvre est plus flexible. La mobilité croissante des
capitaux permet aux pays en développement d'avoir accès à l'épargne extérieure, mais cela
signifie également que l'épargne intérieure peut disparaître rapidement, avec les résidents qui
transfèrent en dehors du pays leurs capitaux liquides tels que les dépôts bancaires ou
financiers, dans leur quête de profits plus élevés ou moins risqués ailleurs. Les fuites de
capitaux réduisent les ressources disponibles pour l'investissement et peuvent placer les
intermédiaires financiers dans une situation grave de restriction financière. Les capitaux fuient
de plus en plus les pays qui ne s'adaptent pas rapidement aux chocs négatifs et cette fuite a
tendance à amplifier les chocs et à exacerber les effets des échecs politiques. Il n'y a pas
d'autre solution que des politiques macroéconomiques avisées et une plus grande attention aux
réformes favorables à l'exportation qui augmentent la solvabilité.
Dans la plupart des PNI de l'Asie de l'Est, l'Etat a poussé les capitaux privés locaux à adopter
une approche mercantiliste des marchés mondiaux, qui considère les ventes à l'étranger comme
l'équivalent d'une sécurité et d'un prestige nationaux accrus. Les états ont eu recours au
contrôle financier, aux permis d'importation et d'exportation et autres instruments
bureaucratiques pour faire pression sur les exportateurs. Les entreprises locales étaient là non
seulement pour faire des exportations mais aussi pour établir d'amples relations industrielles
verticales avec les fournisseurs locaux. La restructuration économique des années 1990 a
modifié les incitations des principaux industriels des PNI qui ont fait face à l'augmentation des
taux salariaux et de la pénurie de main-d'oeuvre au niveau local ainsi qu'au protectionnisme
étranger, de trois façons:
amélioration des industries qui sont passées aux produits d'exportation à plus forte valeur
ajoutée;
recherche de plates-formes d'exportations à faible coût, hors de ses bases, dans les pays en
développement, pour les produits à forte intensité de main-d'oeuvre dans les réseaux
triangulaires de fabrication; et
diversification dans des activités économiques plus rentables, telles que les services et les
biens immobiliers.
Ces changements confortent un modèle dualiste d'investissement direct étranger dans le
secteur manufacturier en Asie : du Japon vers les PNI de la région et des PNI vers la Chine,
l'Indonésie, la Malaisie, les Philippines et la Thailande.
Evolution du modèle d'intégration régionale. Tandis que le commerce a tendance à
promouvoir l'intégration régionale, il semble que l'investissement direct étranger réussit mieux
à embrasser différents blocs régionaux et à s'orienter vers l'intégration économique mondiale.
Cette dernière implique la production de biens et services résultant des stratégies des sociétés
transnationales et des structures de réseaux. L'économie mondiale semble évoluer vers cette
forme plus complexe de production internationale intégrée comportant une multitude de
chaînes de produits de base axées sur les acheteurs aussi bien que sur les produits. Les
entreprises est-asiatiques, contrairement à celles de l'Amérique Latine, se sont servi de leur
expérience d'exportateurs mondiaux pour suivre la voie des industries à vocation exportatrice
vers les rôles complexes d'exportateurs des fabricants de matériel d'origine et des fabricants de
marque d'origine. (OEM et OBM) qui impliquent un modèle d'intégration fonctionnelle
beaucoup plus profond dans les marchés mondiaux.
L'interconnexion et l'interdépendance accrues ont été l'un des principaux catalyseurs de
l'intégration économique régionale. De même, la campagne en vue de marchés intérieurs plus
grands et la promotion d'une compétition plus serrée ont été utilisées pour essayer de pousser
une productivité accrue en dehors d'un éventail de plus en plus large de secteurs qui sont
sounùs à la concurrence commerciale et internationale.
A titre d"exemple, à travers l'APEC (Coopération Economique de l'Asie-Pacifique) les pays
cherchent à renforcer la base institutionnelle de la coopération dans la région. Si en 1960
l'Asie de l'Est ne représentait que 4 pour cent de la production économique mondiale, cette
part s'élève aujourd'hui à 25 pour cent. Dans la période 1992-2000, l'Asie de l'Est possédera
40 pour cent du pouvoir d'achat global créé dans le monde et la région absorbera entre 35
pour cent et 40 pour cent de l'augmentation globale des importations. Près de 45 pour cent
des réserves mondiales de devises sont détenus par les banques de l'Asie de l'Est et, alors que
les Etats-Unis et les plus grands pays dEurope continuent d'accumuler les dettes, le Japon,
Taïwan, Singapour et Hong Kong sont dans une situation remarquable de pays non endettés.
La croissance économique conjuguée à la plus grande densité de population au monde
signifient que la région Asie-Pacifique a la potentialité de jouer un rôle dominant dans l'avenir
de l'économie mondiale.
5. Alliances et réseaux, instruments de la mondialisation
5.1. Le concept de partenariat
Les tendances à une plus grande compétitivité grâce à la croissance de la productivité et à
l'expansion des marchés, exigent paradoxalement des entreprises qu'effes forment des alliances
coopératives(!) et réseaux en vue d'une meilleure compétitivité par le biais de la coopération.
Les techniques traditionnelles de fabrication en série conviennent de moins en moins pour la
personnalisation des produits. L'économie mondiale a besoin d'entreprises désireuses d'entrer
dans la compétition internationale pour acquérir une plus grande flexibilité dans leurs
opérations, utiliser la haute technologie pour produire des articles de bonne qualité à des prix
raisonnables pour se fier à des méthodes qui permettent de fonctionner au même rythme que le
celui du marché (speed-to-market), diversifier leurs sites et adopter la production et la
livraison juste-à-temps ainsi que les sources mondiales d'approvisionnement pour leurs
matières premières.
L'un des moyens les plus efficaces pour transformer une bureaucratie lourde et inefficace en
une structure allégée et efficace consiste à adopter la forme de réseau d'entreprises. Dans un
tel réseau d'entreprises, une grande société forme souvent une série d'alliances avec d'autres
sociétés en déléguant nombre d'activités aux partenaires du réseau tout en en gardant la
direction stratégique. Cette méthode s'avère très efficace pour développer la compétitivité à
l'échelle mondiale dans diverses industries.
Les réseaux sont généralement centrés sur la combinaison de la réduction des coûts et
l'orientation vers le service de la clientèle, qui est un préalable important à l'amélioration de la
compétitivité des entreprises. Au coeur d'un tel réseau, il devrait y avoir un vaisseau amiral
qui n'a qu'une seule contribution à faire pour le fonctionnement du réseau. Cela pourrait
inclure la compétence dans la gestion de l'ensemble du réseau, la promotion et le
développement de technologies essentielles, la gestion des rapports avec l'Etat et bien
d'autres.18
Afin de faire face aux évolutions tendancielles rapides de l'économie mondiale, les entreprises
devront adopter des pratiques "souples" en matière de fabrication - c'est-à-dire qu'elles
devront être plus en phase avec les besoins changeants et divers de leurs clients; être en
mesure de réorganiser rapidement leurs systèmes de fournisseurs, distributeurs, travailleurs et
gestionnaires, et se servir des réseaux de télécommunications et de transport à grande vitesse
pour collecter et diffuser des informations et pour obtenir des facteurs de production et
distribuer des produits.
Aujourd'hui, les entreprises de toutes tailles devront dépendre davantage de réseaux mondiaux
de communications et de transports, et créer des "organisations virtuelles" pour pouvoir réagir
dans le bon sens et rester flexibles. Pour adopter des pratiques "souples" en matière de
fabrication, elles doivent former de nouvelles équipes à mesure que de nouvelles opportunités
surviennent19. Les pratiques speed-to-market exigent des entreprises l'adoption de la
conception simultanée, dans laquelle tous les aspects du développement d'un produit sont
planifiés simultanément, plutôt que d'attendre la fin des phases R&D pour les tester auprès des
clients et développer des stratégies de commercialisation et de service. Des équipes
interopérationnelles représentant les départements conception, marketing, achat, distribution.
et services ainsi que les représentants de la clientèle - dont certains sont largement éparpillés
dans des villes ou palis différents - font désormais partie du processus de développement d'un
produit 20.
Des entreprises mondialement compétitives devront non seulement gérer efficacement leurs
propres opérations internes mais aussi coordonner la totalité de la "chaîne de valeur" formée
par les fournisseurs et les distributeurs dont elles sont tributaires. Les organisations virtuelles
n'ont pas de contraintes liées aux besoins d'espace géographique ou d'emplacements dans des
villes de la même façon que celles qui font de la fabrication en série, elles doivent être en
mesure d'assurer leur présence à l'échelle mondiale afin d'atteindre des économies de grande
portée, relier les volets d'un système de distribution de la production dans plusieurs localités
présentant les caractéristiques physiques et géographiques les plus appropriées pour le
fonctionnement efficace du volet.21
Ainsi, dans une large mesure, la compétitivité internationale des entreprises dépend de la
capacité des chefs d'entreprises à faciliter et encourager le fait que leurs entreprises répondent
avec rapidité et efficacité à ces nouvelles bases d'avantage comparatif.
En conséquence, il y a eu ces dernières années un accroissement sans précédent de la
coopération et dans la constitution de réseaux interentreprises. La principale raison à cela est
que l'on s'est rendu compte que les alliances stratégiques peuvent faciliter une coordination
complexe au delà de ce que peut faire le marché lui-même, tout en évitant les caractéristiques
dysfonctionnelles souvent associées à la hiérarchie.
Si les réseaux sont devenus si primés, c'est que les sociétés-partenaires d'aujourd'hui sont
moins intéressées par des entreprises à court terme destinées à économiser une poignée de
dollars et plus axées sur des alliances à long terme qui permettent des gains sur plusieurs
années. Tout le monde sait que la motivation naturelle de deux entreprises indépendantes est
l'auto-maximisation et que, pour cesser de polariser ainsi sur l'intérêt personnel, il faut
nécessairement être convaincu que les relations d'échange seront à long terme.
Le facteur principal qui empêche bon nombre d'entreprises d'atteindre leurs objectifs et d'être
productives est le manque de ressources. Même les plus grandes sociétés ne peuvent plus
maintenir leur rôle de leader dans certains secteurs du marché qu'elles avaient
traditionnellement dominé en raison de l'absence de capacités techniques suffisantes pour
s'adapter aux dynamiques de marché qui s'accélèrent.
En réponse, le partenariat technologique entre organisations devient de plus en plus important
et courant. Etant donné que les coûts (y compris le risque lié aux efforts de R&,D) continuent
d'augmenter, aucune société ne peut continuer d'être un "'flot technologique" et rester
compétitive. La formation d'alliances stratégiques signifie que le pouvoir stratégique se trouve
souvent dans un ensemble de sociétés qui agissent de concert en tant que partenaires.
Le concept de partenariat repose sur la notion selon laquelle on peut considérablement
améliorer les perfomances grâce à des actions connnunes, interdépendantes. La technologie
dtc l'information augmente les chances de se servir de stratégies coopératives pour réduire les
coûts et accroître la productivité.
Il y a une nette distinction entre relations de style "transactionnel" ou "partenariat". La
première est une relation à distance, avec des règles du jeu bien précises et la possibilité
d'intenter un procès à lune ou l'autre partie qui ne respecterait pas ses engagements. Par
contre, une relation de style partenariat exige, entre autres, le partage du risque, la nécessité
de considérer la relation comme une série d'échanges à durée indéterminée et la nécessité de
créer tout un ensemble de mécanismes de surveillance et d'exécution des activités du
partenariat.
Les alliances interentreprises, qu'il s'agisse de sociétés éparpillées dans le monde ou à
différents bouts de la chaîne d'approvisionnement, sont une réalité du monde des entreprises
d'aujourd'hui. Certaines alliances ne sont que des rencontres qui ne durent que le temps pour
l'un des partenaires de s'introduire sur un nouveau marché. D'autres sont un prélude à la
fusion totale des technologies et capacités de deux ou plusieurs entreprises. De plus en plus
de sociétés multinationales adoptent l'option stratégique: l'alliance compétitive inter-régionale
des entreprises dans lesquelles deux ou plusieurs sociétés internationales solidement
implantées, souvent de régions différentes, unissent leurs forces pour entrer dans la
compétition à l'échelle régionale ou mondiale.
5.2. Réseaux de productivité financés par l'Etat ou les ONG
Bien que les réseaux traditionnels constituent un partenariat volontaire d'entreprises
commerciales qui regroupent, gèrent et entretiennent leurs réseaux, il y a de plus en plus de
réseaux organisationnels créés par des organismes publics ou des organismes privés sans but
lucratif, et même par des organismes internationaux. L'objet principal de ce type de réseaux
est d'apprendre les uns des autres grâce à des échanges spontanés d'informations,
d'expériences et une participation commune aux projets d'amélioration de la productivité, et
partant, de contribuer à l'amélioration de la productivité et des performances de leurs
membres..,
Il y a eu tout un battage publicitaire autour des différents réseaux internationaux d'organismes
de formation à la gestion, de centres de productivité et centres de développement des petites
entreprises, etc. INTERMAN, un réseau mondial d'organismes de formation en gestion et de
développement, créé et soutenu par le PNUD et l'OIT, est un exemple de ce genre de réseaux.
La mission d'INTERMAN est d'être le leader mondial en matière de perfectionnement des
cadres grâce à la promotion, la liaison et le renforcement de réseaux régionaux et nationaux
d'organismes de gestion. Il sert de cadre permettant aux membres d'examiner et de tracer le
profil de l'éducation et la formation à la gestion à l'échelle mondiale. Il favorise le
développement des connaissances en matière de gestion et de pratiques à la fois adaptées et
spécifiques à l'environnement socio-économique de chaque pays. En servant à la fois de
centre d'échanges d'informations et d'agent, INTERMAN est mis en place uniquement pour
promouvoir un partenariat mondial en vue d'une formation novatrice en gestion.
L'exemple ci-dessous illustre le cas d'un réseau national de productivité formé d'entreprises,
sous la houlette d'organismes sans but lucratif soutenus par l'Etat à des fins d'apprentissage (et
d'amélioration de la productivité). Il s'agit du National Productivity Board (Conseil national
de la productivité) de Singapour qui a joué le principal rôle catalyseur dans la création récente
de ce réseau avec d'excellents résultats.
L'exemple de Singapour
A Jurotig, 32 sociétés employant plus de 15 000 personnes appartiennent à un seul
groupement appelé Jurong Productivity Zone. Créé en 1994, la Zone représente un effort
conjoint du programme d'action en faveur de la productivité initié par le Conseil national de la
producti-,,il:é, et de l'Association Nationale de la Productivité (NPA). Grâce à ce réseau, les
sociétés membres peuvent mettre en commun leurs ressources pour des échanges plus
efficaces d'informations et de savoir-faire, pour soutenir le mouvement de, la productivité à
Singapour. On espère que ce réseau permettra aux sociétés de se référer les unes aux autres
dans leurs pratiques en matière de productivité et d'améliorer leurs compétences et leurs
techniques.
Les programmes de la zone sont planifiés et exécutés par un comité formé de huit membres,
parmi lesquels des cadres supérieurs des sociétés membres. L'une des activités essentielles
consiste en un programme d'échanges interentreprises initié pour un groupe pionnier de vingt
sociétés. D'autres programmes comportent des forums et des visites d'usines. Ce programme
est financé par la NPA.
Les sociétés viennent de diverses industries comprenant des entreprises locales, étrangères et
des co-entreprises. Elles échangent des informations et s'aident mutuellement dans l'exécution
de programmes spécifiques d'amélioration de la productivité. Elles ont toutes des programmes
réels en cours dans l'un au moins de ces cinq domaines d'amélioration de la productivité qui
sont le traitement d'une qualité totale, des techniques juste-à-temps; la formation sur le tas, le
système de suggestions, et une bonne maintenance.
Le regroupement des sociétés s'est fait sur la base de leur compétence technique et de leurs
intérêts dans la mise en oeuvre d'un nouveau programme d'amélioration de la productivité. En
d'autres termes, chaque société participante avait une force à partager, et en retour, espérait
apprendre de son partenaire quelque chose de nouveau.
Les participants ont suivi un cycle en trois phases, couvrant une période de trois mois.
Pendant la phase de mise en train, les sociétés ont échangé des brochures, bulletins et autres
informations pertinentes à l'entreprise. Ensuite, il y a eu une séance de présentations au cours
de laquelle lune des parties rendait visite à l'autre et était mise au courant des activités de la
société.
Dans la seconde phase, le nombre de participants, ainsi que les résultats escomptés et leur
appréciation ont été déterminés. Un programme d'exécution couvrant les activités proposées
et leurs délais a été élaboré. Les deux parties ont également élaboré d'un conunun accord les
mesures permettant de transférer leurs connaissances et leurs compétences techniques.
Dans la troisième et dernière phase d'exécution, on a procédé à une surveillance régulière du
processus d'échanges pour être sûr de ne pas dévié du cap fixé. L'ensemble des sociétés
participantes avaient reçu une série de directives opérationnelles qui définissaient clairement
leurs responsabilités dans le processus d'échanges.
A la suite du programme d'échanges, toutes les sociétés ont enregistré des améliorations
tangibles. Par exemple, Turbine Overhale Services (TOS), un fabricant de pièces d'avion, a
adopté un modèle TQM de Stahl Asie et mis sur pied un comité directeur, une équipe
d'amélioratïon permanente pour être à l'avant garde des efforts de TOS vers le processus
d'amélioration. Leurs efforts se sont soldés par une baisse du taux de rejet qui est passé de 24
pour cent à 6 pour cent. De même, la communication inter-fonctiormelle et le travail d'équipe
ont connu des améliorations. Jurong Shipyard, jumelé à Insulpack Styrotek, a lancé un
programme 5S avec cinq contractants. Les améliorations tangibles incluaient la réduction de
l'incidence des outils perdus qui revenait à économiser des coûts de l'ordre de 30 000$ et
l'augmentation de 10 à 20 pour cent de l'espace utilisable au sol. Par ailleurs, Insulpack
Styrotek a revitalisé son système de suggestions en améliorant sa structure de récompenses sur
la base des critères de Jurong Sffipyard.
Les sociétés qui ont pris part au programme d'échange ont toutes trouvé très salutaires
l'échange d'informations et les nouvelles connaissances acquises et le programme
interentreprises leur a permis de court-circuiter le processus de mise en application, d'éviter
certains pièges et de trouver des solutions de manière plus rapide et plus rentable..22
6. Mesures d'ajustement pour une économie mondiale
plus ouverte
6.1 D'un d'Etat "omniprésent" à la préséance des lois du marché
Il y a deux changements systématiques, structurels et à long terme très importants dans les
économies mondiales qui ont une incidence sur les stratégies de développement et le
développement d'alliances. Le premier est le rôle changeant de l'Etat, essentiellement en
réponse aux échecs précédents des gouvernements pour améliorer le bien-être grâce à des
actions publiques. Le second changement systémique, c'est que les marchés sont devenus
brusquement plus intégrés à l'intérieur comme à l'extérieur des nations. Les pays qui ont
obtenu les plus grands bénéfices pour leurs habitants sont ceux qui ont décidé très tôt de
profiter des opportunités internationales et de dépendre, de plus en plus des lois du marché
plutôt que de l'Etat pour l'attribution des ressources.
L'ajustement structurel, souvent combiné à un besoin de strictes mesures de stabilisation, est
devenu un phénomène planétaire et a été particulièrement requis par nombre de pays en
développement et d'économies en transition. Cependant, tout élément du programme
d'ajustement structurel, y compris la privatisation, ne peut se justifier que lorsqu'il offre des
conditions et un environnement commercial meilleurs à un plus grand nombre d'individus et
des capitaux dans des activités plus productives - amélioration totale de la productivité. Ainsi,
la productivité totale durable, couplée à la justice sociale, peut être considérée à juste titre
comme l'objectif principal de l'ajustement structurel aux niveaux national et de l'entreprise.
Dans ce sens, l'ajustement structurel peut être considéré sans risque comme une vaste
campagne nationale de productivité.
En même temps, on constate que les réformes structurelles ont quelques effets pervers
pénibles: coupes sombres dans les budgets et suppressions soudaines des subventions, baisses
des revenus, réductions des dépenses, chômage, dégradation des services publics et sociaux.
Plus d'une décennie d'expérience de l'ajustement structurel nous apporte un message clair: On
ne saurait réaliser le progrès au prix d'énormes souffrances et détresse humaines. La réforme
structurelle devrait avoir un "visage humain" et une dimension sociale claire pour assurer la
protection et la motivation des individus pour coopérer.
Sur les 2,5 milliards de travailleurs dans le monde, 1,4 milliards vivent dans des pays qui sont
en phase de transition pour sortir de l'interventionnisme; où le protectionnisme est très fort; ou
à économie planifiée. Les réformes économiques peuvent créer des opportunités pour certains
travaflleurs et avoir des conséquences dramatiques pour d'autres. Orienter l'économie le plus
rapidement possible dans la voie nouvelle de la croissance est vital pour qui veut minimiser les
coûts sociaux de l'ajustement et faire de la stabilité et la crédibilité macroéconomiques de la
réforme globale un aspect vital. Cependant, chaque fois que les conditions initiales permettent
une suppression progressive des emplois non-productifs sans mettre en danger la réforme
nécessaire pour créer de nouveaux emplois, il serait sensé d'agir de la sorte (comme c'est le cas
en Chine).
Les gouvernements de l'Asie de l'Est ont poursuivi des stratégies de développement qui favorisaient la croissance économique, résultant en une expansion rapide de la demande de main-d'oeuvre et un investissement considérable en capital physique et humain. Ils ont rarement cherché à intervenir directement pour améliorer le produit de la main-d'oeuvre: par exemple, en augmentant les salaires minimums ou en imposant au secteur privé une législation onéreuse en matière de sécurité de l'emploi. Ils n'ont pas essayé de gérer les fluctuations à court terme de
leurs économies domestiques pas plus qu'ils n'ont cherché à contrôler le baromètre
économique. Ils ont plutôt consacré tous leurs efforts à créer un bon climat économique. Ils
ont jugulé l'inflation, investi massivement dans l'éducation et la formation, rémunéré l'épargne
et l'investissenienit, et pénalisé la consommation. Ces pays ont également essayé d'accroître la
compétitivité de leurs industries dans l'économie mondiale.23
Leurs stratégies de développement soutenaient l'agriculture - initialement le plus gros secteur à
forte intensité de main-d'oeuvre - par des taxes relativement faibles et des investissements en
infrastructures rurales et parfois des réformes foncières en faveur de l'exploitation familiale.
Les pays de l'Asie de l'Est ont également étendu leurs marchés au delà de leurs économies
domestiques et, avec la croissance alimentée par les exportations, la hausse des revenus des
ménages a entraîné une demande encore plus importante de main-d'oeuvre. En même temps,
la productivité de la main-d'oeuvre a augmenté, à la suite de taux élevés d'investissements en
usines et équipement, d'acquisition de nouvelles technologies et d'une main d'oeuvre de plus en
plus éduquée et qualifiée.
La participation aux marché internationaux a particulièrement aidé l'Asie de l'Est de plusieurs
façons. Non seulement elle a augmenté la taille du marché existant pour les producteurs
locaux mais elle a permis de financer l'accumulation de capital. L'augmentation du taux
d'épargne des ménages combinée à celle des capitaux internationaux sous formes de prêts et
d'investissements étrangers a permis de financer le niveau élevé d'investissements productifs de
la région. L'accès à la technologie a par ailleurs permis de grimper l'échelle de la valeur
ajoutée, en passant des produits de base, à l'industrie légère et aux produits de haute
technicité. Les gouvernements sont intervenus dans leurs économies à des degrés divers mais
les marchés, y compris ceux de la main-d'oeuvre, ont joué un rôle important dans l'orientation
de la répartition des ressources. La réussite dans le domaine des exportations s'est fondée sur
des salaires déterminés par le marché qui ont augmenté au même rythme que les gains de
productivité.
L'augmentation des chances d'emploi et des salaires est la conséquence de l'augmentation de la
croissance et celle de la production par employé dans l'ensemble de l'économie, et non le
résultat de la création d'emplois dans le secteur public ou d'augmentations de salaire imposées
par l'Etat. Une stratégie de développement basée sur le marché signifie que l'Etat permet
avant tout aux entreprises et aux ménages l'auto-investissement en protégeant les droits de
propriété et offrant l'accès à l'éducation et autres infrastructures. Cependant, ces évolutions
dans le nombre d'années de scolarisation des travailleurs à elles seules sont peu en rapport
avec la croissance accélérée. En Afrique, nombre de pays ont développé leur système éducatif
en augmentant le nombre d'années de scolarité de leur force de travail, mais ont enregistré très
peu de croissance globale correspondant à ce changement.
La croissance dépend non seulement de la manière dont les facteurs de production sont
accumulés mais aussi de leur qualité, de la technologie qu'ils renferment et de leur efficacité
d'emploi. Le rôle décisif de lEtat est la création d'un environnement propice à l'investissement
productif. Une stratégie de développement basée sur le marché, qui encourage les entreprises
et les ménages à investir à l'avenir de façon productive et rentable, permettra aux pays à
revenus faibles et intermédiaires d'accroître les opportunités d'emploi et de relever les salaires.
Une illustration parfaite de ces évolutions vers ces stratégies se trouve dans les différences
entre les voies de développement empruntées par les pays de l'Asie du Nord-Est et du Sud-Est.24
Par ailleurs, l'augmentation des salaires réels favorise des techniques de production à économie
de main-d'oeuvre, les travailleurs passant des activités de faible productivité aux activité de
grande productivité. En Corée et en Malaisie, près de 60 pour cent de la croissance totale de
la productivité provient de la hausse intra-sectorielle de la productivité de la maind'oeuvre, et
le reste provient en grande partie de changements intersectoriels. Par contre, au Brésil et au
Bangladesh, où la croissance totale de la productivité de la main-d'oeuvre était faible,
l'amélioration intra-sectorielle de la productivité n'a pas favorisé de gains dans l'ensemble.
6.2 Quelques problèmes communs aux politiques industrielles
Les tentatives des gouvernements de forcer le rythme du changement en favorisant l'emploi
dans l'industrie et le secteur formel se sont avérées une stratégie de développement non
durable et parfois improductive qui ralentit la croissance économique, réduit la demande de
main-d'oeuvre et favorise le développement du secteur informel (sauf peut-être au Japon et en
Corée du Sud). Trop souvent, l'évolution survenue dans le domaine de l'emploi ne reflète pas
les changements induits par le marché, mais résulte plutôt des tentatives des gouvernements
d'accélérer de force le passage d'activités et de secteurs peu productifs à d'autres très
productifs, au moyen de:
politiques qui tendent à favoriser l'industrie et négliger l'agriculture, telles que la protection,
le contrôle des prix, et un biais anti-rural dans la répartition des investissements en biens
publics tels que les infrastructures et les services sociaux;
des politiques discriminatoires contre la demande de main-doeuvre agricole, qui affectent le
crédit et les marchés fonciers;
des règlements destinés à rendre le secteur formel plus intéressant pour les travailleurs.25
Tous ces facteurs pouvaient agir négativement sur l'augmentation de la demande de main-d'oeuvre, et tôt ou tard, nuire au développement économique global comme nous allons
l'expliquer.
Discrimination en faveur de l'industrie. Les politiques à long terme qui mettaient l'accent sur
les industries de substitution des importations se sont finalement avérées mauvaises pour
l'emploi dans l'industrie, la croissance agricole et la performance économique globale (Inde,
Amérique Latine, Ghana, Zambie). La protection de l'industrie n'a pas produit une croissance
dynamique de l'emploi industriel. Par ailleurs, elle a introduit des discriminations contre la
main-d'oeuvre au sein de l'industrie. Au contraire, des économies qui avaient mis l'accent sur
les exportations avaient des penchants modérés en faveur de l'industrie et les faibles taxes
agricoles ont accéléré l'évolution de l'emploi agricole à l'emploi dans l'industrie et les services.
Le progrès technologique dans le domaine agricole est lent, ce grand secteur à forte intensité
de maind'oeuvre devient une lanterne rouge dans le progrès général d'un pays.
Discriminations contre la main-d'oeuvre agricole. De 1950 à 1980, on considérait que les
grandes exploitations étaient efficaces et que le meilleur espoir de ce secteur reposait sur la
modernisation à forte intensité de capital. Cela s'est avéré faux. Quelques économies,
notamment en Asie de l'Est, ont non seulement évité d'imposer lourdement le secteur agricole,
mais ont même apporté un solide appui aux petites exploitations sous forme d'inftastructures.
Cela a été facilité par des réformes de la distribution des terres (Corée, Taiwan, Chine), et par
une transition rapide vers la production paysanne. Ces économies ont enregistré une
croissance rurale, l'amélioration de la productivité, et en conséquence, un passage significatif à
l'emploi hors agriculture dans les zones rurales.
Législation du travail et secteur informel. Les politiques favorisant la formation de petits
groupes de travailleurs dans des activités hautement productives conduisent au dualisme et ont
tendance à fermer le secteur formel aux influences plus larges du marché du travail au prix de
la croissance de l'emploi. Ce phénomène se produit souvent lorsqu'un marché de produits
protégé se conjugue à la législation du travail de lEtat destinée à protéger ou à soutenir la
situation des travailleurs dans le secteur informel. Cela peut créer un petit groupe de
travailleurs relativement privilégiés qui a intérêt à conserver son statut privilégié par rapport
aux travailleurs des secteurs rural et informel.
Paradoxalement, les discriminations qui favorisent l'industrie au détriment de l'agriculture, le
capital au détriment de la main-d'oeuvre et le travail formel au détriment du travail informel
ont tendance à ralentir, et non à accélérer, le passage à une plus grande productivité et une
économie plus formalisée.
7. Implications sur la qualité des ressources humaines et
la gestion des compétences
L'une des principales forces dans le processus qui consiste à aider les organisations à devenir
plus compétitives sera la fonction de gestion des ressources humaines. Cela signifie que le
titulaire de ce poste devra de plus en plus servir de conseiller en "développement
organisationnel stratégique" auprès des cadres dans la création d'une culture organisationnelle
d'apprentissage, pour favoriser les changements positifs. La gestion des ressources humaines
doit redéfinir son rôle depuis l'orientation administrative plus traditionnelle à un catalyseur plus
tourné vers l'action en vue du changement pour devenir une "entreprise de services
professionnels dams l'entreprise" plutôt qu'une fonction d'administration du personnel.
Pour accroître la compétitivité des entreprises, l'amélioration de la productivité et le
développement des ressources humaines doivent aller de pair. Il est important que le patronat
et la direction motivent les travailleurs en adoptant des politiques du personnel qui favorisent
le comportement productif, les pratiques humanistes de gestion et la communication ouverte.
Il y a un lien de cause à effet entre une direction efficace dans une organisation et le succès de
cette organisation. Les entreprises compétitives et productives se distinguent toujours par leur
direction efficace et compétente. Qu'est qu'une direction compétente et quel est le rôle des
directeurs?
Si nous examinons l'évolution de la définition de la direction au début et au milieu du siècle,
nous constatons qu'elle était définie comme la planification, l'organisation, la création, le
contrôle, la motivation et la communication (Henry Fayol, Peter Drucker). Par la suite, elle
était considérée comme la capacité à diriger des personnes avec efficacité, produire des
individus quî sont fiers et heureux de travailler avec vous et excellents dans leur activité. Puis,
il y eut une focalisation sur la gestion de processus qui conduisaient à la création
d'organisations efficaces, à la gestion des changements, au développement et à la mise en
oeuvre de stratégies efficaces et à la transformation des cultures organisationnelles (Tom
Peters, Robert M'aterman, Rosabeth Moss Kanter).
Enfin, de plus en plus de spécialistes ont convenu que la vision la plus constructive de la
direction serait une intégration de tous les éléments précités: de bons dirigeants concentrent
leurs efforts pas seulement sur les tâches qu'ils administrent mais aussi sur les individus et les
organisations avec qui ils travaillent. En réalité, des dirigeants efficaces doivent être en mesure
de comprendre le milieu de l'entreprise, penser de manière stratégique, être orientés vers les
clients, organiser et gérer l'ensemble des ressources principales (en particulier humaines), se
servir des méthodes et techniques de gestion existantes, créer et renforcer des organisations et
une culture solide. Ce qui est encore plus important, c'est qu'une bonne gestion devrait être en
mesure de reconnaître les changements dans l'environnement mondial, être à la fois prospectifs
et rétrospectifs, changer la structure, les systèmes et le style de gestion organisationnels si
nécessaire.
Les pratiques en matière de gestion et la formation en gestion ne sont pas épargnées par les
effets de la mondialisation croissante de l'économie, des changements; structurels et de la
déréglementation qui balaient le monde ainsi que le progrès rapide des technologies de la
production et de la communication. Tout cela a créé un système de production flexible basé
sur des réseaux, maigre et compétitif pour servir un marché caractérisé par des clients dont les
préférences sont internationalisées et qui demandent plus de différentiation et de spécialisation
des produits.
Ces tendances de l'environnement local et international exigent des dirigeants qu'ils soient
encore plus entreprenants et améliorent continuellement leurs capacités pour être en mesure
d'adapter leurs pratiques et leurs entreprises au monde très dynamique et hautement
compétitif. Les organisations les plus compétitives deviennent moins pléthoriques, plus axées
sur les projets et les réseaux et basées sur les connaissances. Les organisations du futur seront
des réseaux intelligents très différents des structures hiérarchiques d'aujourd'hui et
ressembleront davantage à un organisme. La répartition de l'autorité également sera modifiée.
Les changements dans toute organisation surviennent à l'interface entre la société et le client et
la concurrence et au moment où la direction à l'autre bout connaît la situation dans ses
moindres détails mais a souvent peu d'autorité pour instiguer le changement.
En fait, l'une des ressources les plus difficiles à acquérir et à conserver est le savoir ou capital
intellectuel. Cela peut être le seul avantage compétitif durable à l'avenir et, du fait que les
entreprises ne peuvent pas innover, elles ne peuvent pas analyser et ne peuvent pas faire de
jugements et produire le savoir - seuls les individus sont en mesure de faire cela. Les
ressources les plus importantes seront toujours les personnes. C'est là qu'il faut changer le
rôle de la direction dans la nouvelle organisation basée sur le savoir. Le rôle du directeur,
dans le réseau intelligent, n'est pas celui de surveillant des activités des autres mais
dentraineur, de fournisseur d'outils, de facilitateur, quelqu'un qui est à l'aise pour n'intervenir
qu'exceptionnellement et faire preuve d'autorité de temps en temps, qui fait confiance aux
gens.
La nouvelle race de directeur doit également être un inventeur, et si l'on accepte que la
définition la plus éclairée de l'innovation est la "commercialisation de la. créativité", cela
permet de comprendre comment et pourquoi une organisation est créative, comment les gens
appliquent des capacités créatives dans leur travail pour soutenir des activités commerciales
réussies. Si la créativité concerne la gestion du savoir, et si la gestion du savoir est la base
d'une stratégie réussie, la question de savoir comment favoriser un développement complet et
réfléchi des personnes, et en particulier des dirigeants, devient la question essentielle et
l'objectif de la formation en gestion pour les alliances et les réseaux d'organisation mondiaux.
Défiées par une plus grande productivité et compétitivité des entreprises, les économies les
plus développées se sont embarquées dans des "campagnes participatives de productivité" en
renforçant le rôle des travailleurs et les équipes. A titre d'exemple, les principaux fabricants de
voitures organisent maintenant leurs usines en petits groupes de travailleurs, ce qui a pour
effet d'induire une participation plus grande dans la prise de décision, l'amélioration des
conditions de travail, une satisfaction professionnelle accrue et, enfin, une plus grande
productivité et compétitivité. De surcroît, les expériences du mouvement pour l'humanisation
du travail dans les pays industriels ont prouvé que l'amélioration des conditions de travail
entraîne, dans bien des cas, une plus grande productivité.
La direction est également censée assumer un rôle proéminent dans un milieu d'entreprises
moins centralisé en matière de développement humain. Les directeurs du futur doivent avoir
une meilleure capacité de gestion horizontale, de se concentrer davantage sur l'environnement
du travail que sur les commandes administratives, de traiter avec les gens et d'avoir les
qualifications requises en matière d'organisation et de motivation. Ils doivent être plus au fait
des nouveaux systèmes salariaux, des nouvelles règles et réglementations en matière de santé,
impositions, politiques et pratiques en matière d'éducation et de formation et normes
internationales du travail. Les nouveaux dirigeants doivent être meilleurs en matière de
délégation et de soutien des initiatives et de la créativité des employés. Ils devraient pouvoir
prendre des risques et même permettre des erreurs. Ils devraient être en mesure de créer un
environnement d'apprentissage.
Passer à des organisations plus novatrices requiert plus de flexibilité et de créativité de la part
des dirigeants. Leur principe de base devrait privilégier "les hommes et les idées" et non les
"politiques et procédures". En conséquence, l'utilisation efficace des ressources humaines
disponibles ainsi que leur développement sont au coeur de la gestion efficace pour une
meilleure productivité et compétitivité.
NOTES BIBLIOGRAPHIQUES
1 Walter, E.: "Closing the UK's competitiveness gap" in Europe Productivity Ideas (European
Association of National Productivity Centres, Brussels), 2/95, p. 1.
2. The World Competitiveness Report, World Economic Forum (IMD,Geneva), 1995, p.26.
3. Walter, E.: op. cit..
4. Ibid.
5 . Ibid.
6. Pronk, J.; Haq, M.: "Sustainable development: From concept to action" paper presented at
the Hague Symposium on Sustainable Development (The Hague), 1992.
7. Daly, H.: "The perils of free trade" in Scientific American (New York), Nov. 1993, p.26.
8. Tolentino, A.: Productivity improvement: Enterprises' contribution towards sustainable
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9. Stevens, C.: "Do environmental policies affect competitiveness" in The OECD Observer
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10. APO: "Green productivity workshop highlights shifting emphasis in pollution control" in
APO News (Tokyo), June, 1994, p. 2..
11. World Development Report 1995: "Workers in an integrated world" in Report No. 14086
(World Bank, Washington, D.C.)., June 1995, p. 74.
12. The Global Coinpetitveness Report, op. cit., p. 33.
13. Gereffi, Gary: "Global commodity chains and Third World developme:nt" a paper for an
informal workshop (Geneva, ILO), 1995, p. 9.
14. Idem, p. 1 0.
15. Idem p. 37.
16. World Development Report: op.cit., p. 91.
17. World Development Report: op.cit., p. 95.
18. D'Cruz, J.R.: "Business networks for global competitiveness" in Business Quarterlv
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(December 16, 1991), pp. 92-93, Port, O.: "Moving past the assembly line: 'Agile'
manufacturing systems may bring U.S. revival" in Business Week (McGraw-Hill, New York),
October 23, 1992, pp. 177, 180.
21. MacCormack, A.D. et al.: "The new dynamics of global manufacturiiig site location" in
Sloan Managenient Review (MIT Sloan School of Management, Massachusetts), Summer
1994, pp. 69-80.
22. Yogendran, Radha: "Reaping the benefits of inter-company exchanges" in Productivity
Digest (National Productivity Board, Singapore),. Nov. 1995, pp. 36-3 8.
23. Drucker, P.: "Trade lessons from the world economy" in Foreign Affairs (Council of
Foreign Relations, New York), Jan-Feb., 1994, Vol. 73 ), No. 2, pp. 1 0 1.
24. "Asia's competing capitalisms: It is Southeast Asia, not Japan, that is providing a model
for the development of China and India" in The Economist (London), 24 June, 1995.
25. World Development Report: op. cit., p.44.
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