
Département du développement des entreprises et des coopératives

Document de recherche S-INF-1-18
LE CAS DU BÉNIN
Carlos Maldonado
Table des matières
SECTION I Contexte macro-économique 1
SECTION II Fonction macro-économique du secteur informel
A. Tendances du marché du travail béninois
B. Secteur informel: analyse des dimensions de l'emploi
1. Création d'emplois
2. Contribution à la production nationale, aux revenus et
aux besoins essentiels
SECTION III Les politiques envers le secteur informel: analyse institutionnelle
A. Cadre légal et réglementaire
B. Les actions d'appui mises en oeuvre
SECTION IV Implications pour les politiques et
perspectives d'appui au secteur informel
PRÉFACE
Ce document de travail fait partie d'une série de publications sur le secteur informel dans huit
pays de l'Afrique francophone (Bénin, Burkina-Faso, Congo, Côte d'Ivoire, Gabon, Niger,
Rwanda et Sénégal). L'étude du secteur informel au Bénin est présentée dans ce document.
Le Bureau international du Travail a entrepris au cours des vingt dernières années diverses
activités de coopération technique et de conseils aux gouvernements en faveur du secteur
informel. Ces activités ont souvent intégré dans leur conception les résultats de recherches
menées par le BIT et autres organisations concernées par ce secteur. De même, ces recherches
ont bénéficié de l'expérience acquise lors de la mise en oeuvre de projets de coopération
technique. Or, le secteur informel évolue constamment par rapport à la conjoncture
économique, aux restructurations et politiques adoptées par les gouvernements (programmes
d'ajustement structurel souvent imposés de l'extérieur, adoption de nouvelles politiques
fiscales ou monétaires, changement du cadre réglementaire, etc.), à la libéralisation des
échanges internationaux et, plus récemment, à la globalisation de l'économie mondiale et à la
rapide évolution des technologies. Par conséquent, il est nécessaire, de temps à autre, de faire
le point sur les effets de ces changements sur le secteur informel dans le double but, d'une
part, de mieux comprendre son potentiel, ses problèmes et contraintes et, d'autre part, de
mieux concevoir les mesures politiques et programmes en sa faveur. Tels sont les buts de cette
série d'études.
La conception et contenu de chaque étude sont similaires. Seule la disponibilité de données
statistiques et autres informations les différencie l'une de l'autre. La première partie de chaque
étude analyse l'évolution du contexte macro-économique au cours de ces vingt dernières
années afin de mieux appréhender, dans une deuxième partie, le rôle et contributions du
secteur informel dans cette évolution (contributions à l'emploi, au PIB, aux revenus, à la
satisfaction des besoins essentiels, etc.). Mieux comprendre ce rôle et l'étendue des
contributions du secteur à l'économie nationale devrait induire les décideurs politiques à
mettre au point les mesures et programmes nécessaires à la croissance du secteur et,
éventuellement, à son intégration graduelle dans le secteur formel.
La troisième partie de l'étude passe en revue les politiques globales et sectorielles au cours des
dernières années et analyse leurs effets sur le secteur informel: problèmes et contraintes
découlant de celles-ci, effets sur la compétitivité du secteur et sur sa croissance, etc. Ce n'était
probablement pas l'intention des décideurs politiques de créer, en toute connaissance de
cause, un environnement défavorable aux entreprises du secteur. Ceci serait plutôt le résultat
d'un manque de consultations avec les représentants du secteur qui auraient pu attirer
l'attention des décideurs politiques sur les effets pervers de certaines politiques. D'où
l'importance de cette partie de l'étude pour l'élaboration de mesures et programmes futurs
pouvant avoir une incidence sur le secteur.
La quatrième partie touche plus précisément aux mesures d'ordre fiscale, monétaire et
réglementaire ainsi que celles définissant le cadre institutionnel. Ces mesures expliquent en
grande partie le fait que peu d'entreprises du secteur ont tenté de s'intégrer au secteur formel,
à quelque niveau que ce soit (le coût d'une telle intégration semble être bien plus supérieur
que les bénéfices qui en découleraient). Elles ont eu aussi des conséquences souvent négatives
sur les entreprises du secteur, en particulier le coût élevé des intrants importés suite à la
dévaluation du franc CFA et l'impossibilité, dans certains pays, pour les entrepreneurs
d'importer eux-mêmes ces intrants à meilleur prix. La multiplicité des institutions chargées de
la promotion des petites et micro entreprises n'a pas non plus facilité une approche cohérente
vis-à-vis de ce secteur.
En conclusion, l'étude fait un certain nombre de propositions touchant à l'ensemble des
facteurs pouvant avoir des incidences sur le secteur: politiques fiscales et monétaires,
amélioration du cadre réglementaire et institutionnel, élimination de certaines contraintes non
justifiées, ainsi que de propositions concernant directement les associations et groupements du
secteur informel. Il est clair que le secteur informel sera encore présent dans les pays en
développement bien au-delà de ce siècle. Il faudra en tenir compte plutôt que d'agir comme si
s'était un phénomène transitoire. Il est clair aussi que ce secteur pose un nombre important de
problèmes résultant de son caractère informel. Il contribue peu au budget de l'Etat car il
échappe aux charges fiscales, bien que dans un grand nombre de cas les opérateurs du secteur
soient obligés de contribuer au budget municipal. Il n'applique pas ou peu les normes
internationales du travail: salaire minimum, mauvaises conditions de travail, pas de
contribution à la sécurité sociale, travail des enfants, etc. Il est mal vu par les organisations
d'employeurs (compétition déloyale car les entreprises du secteur échappent souvent à la
fiscalité) et par celles des travailleurs (les ouvriers du secteur ne peuvent se permettre
d'adhérer à un syndicat).
Ainsi, le secteur informel constitue un dilemme aussi bien pour les gouvernements que pour
des organisations internationales telles que l'OIT: d'une part, il constitue un acteur
économique important dont il ne serait pas souhaitable de freiner la croissance et, d'autre part,
il n'observe pas les règles et normes internationales du travail pour lesquelles des générations
de travailleurs se sont battus. Une réponse à ce dilemme n'est pas simple. Pour sa part, l'OIT
propose une approche pragmatique tendant à induire les opérateurs du secteur informel
d'appliquer de manière progressive certaines des normes internationales du travail auxquelles
nul ne devrait s'y soustraire (par exemple, le travail des enfants). Des premiers pas
encourageants ont été faits dans ce sens à travers des campagnes de sensibilisation parmi les
entreprises du secteur ainsi qu'à travers des projets de coopération technique. Beaucoup reste
cependant à faire.
Table des matières
SECTION I Contexte macro-économique
SECTION II Fonction macro-économique du secteur informel
A. Tendances du marché du travail béninois
B. Secteur informel: analyse des dimensions de l'emploi
1. Création d'emplois
2. Contribution à la production nationale, aux revenus et aux besoins essentiels
SECTION III Les politiques envers le secteur informel: analyse institutionnelle
A. Cadre légal et réglementaire
B. Les actions d'appui mises en oeuvre
SECTION IV Implications pour les politiques et perspectives d'appui au secteur informel
SECTION I
Contexte macro-économique
Cette section a pour objet de brosser les grands traits de la situation macro-économique et politique du Bénin en rapport avec l'émergence et l'expansion rapide de l'économie informelle. On y analyse le comportement des principaux agrégats économiques au cours de la dernière décennie et leur détérioration progressive au point de rendre inéluctable l'adoption des programmes de stabilisation et d'ajustement structurel. La crise institutionnelle et du marché du travail est mise en exergue pour en déduire les nouvelles dynamiques sociales qui se mettent en place, en particulier celles qui relèvent du domaine de l'informel. Le contexte ainsi définir permettra de mieux comprendre la nature multiforme et le rythme d'évolution de l'économie informelle qui n'a cessé de s'accroître au cours de ces dernières années.
L'option «socialiste» de développement adoptée par le Bénin entre 1972 et 1990 s'est traduite par la prédominance de l'Etat dans le secteur productif et financier de l'économie au détriment du secteur privé. Dans de multiples domaines (banques, industrie sucrière, cimenterie, pétrole, engrais ...), les entreprises nationalisées, intensives en capital, jouissaient d'un confortable monopole et d'un niveau de protection élevé. De ce fait, elles se sont avérées peu efficaces et extrêmement coûteuses pour la collectivité. L'activité économique privée, par contre, prisonnière d'un carcan de réglementations contraignantes et soumise au harcèlement social, ne comptait guère sur des incitations adéquates à l'épanouissement de ses initiatives(1).
La politique d'industrialisation devait, à terme, déboucher sur la création de plusieurs milliers d'emplois. Or, en dépit des investissements considérables consentis par l'Etat, le volume des effectifs engagés dans les sociétés d'État et les entreprises parapubliques ne représentait que 6,2 pour cent de la population active non-agricole en 1971 et 6,3 pour cent en 1985. Le secteur privé moderne non-agricole, quant à lui, comptait pour 5,8 et 5,9 pour cent respectivement. Pendant la même période, l'emploi dans la fonction publique et les collectivités locales est resté au même niveau (5,3 pour cent), mais s'est accru par la suite, passant de 16.852 fonctionnaires en 1977 à 44.000 en 1990, soit 2,6 fois plus(2).
Après une brève période de relative prospérité (1977-1980) où les politiques gouvernementales et une conjoncture internationale favorable permirent d'atteindre une croissance moyenne de l'ordre de 5 pour cent par an, la situation économique ne tarda pas à révéler les limites des options retenues par l'ancien régime.
Des facteurs exogènes tels que la fin du boom pétrolier au Nigeria et de l'uranium au Niger (1983), l'écroulement des cours des matières premières (1986), la dépréciation du naira ont entraîné le ralentissement de la croissance et une aggravation des déséquilibres extérieurs. Le fléchissement du revenu par tête qui a accusé une décroissance moyenne de 1 pour cent par an entre 1981 et 1990 traduit un appauvrissement continu de la population et un recul de la demande finale. Ces facteurs, conjugués à la réalisation de grands projets mal conçus et à un grand nombre d'entreprises publiques mal gérées et largement déficitaires, ont fini par plonger le pays dans une profonde crise économique, politique et sociale.
Les années 80 se sont avérées moroses pour l'économie béninoise, le taux d'accroissement annuel du PIB en prix constant ayant été très erratique. Reflet de cette situation, l'économie a accusé une faible croissance annuelle moyenne de 2,1 pour cent, soit inférieure à l'accroissement de la population qui est de 3,2 pour cent. Ainsi, entre 1985 et 1994, la croissance annuelle moyenne par habitant est négative, -0,8 pour cent par an.
Les banques nationalisées, en proie à d'importantes difficultés financières, se sont avérées incapables d'honorer les demandes de retrait des déposants: 75 pour cent de leur portefeuille n'étaient pas recouvrables à la fin de 1987. Ce manque de liquidité et le gel des dépôts résultèrent en une paralysie progressive de l'économie et un recul de l'investissement(3). En effet, le taux d'investissement, qui était de 30 pour cent du PIB en 1982, baissa à 18 pour cent en 1983 pour chuter à environ 12 pour cent par la suite en 1990-1991.
Parallèlement, les finances publiques étaient devenues ingérables: le déficit budgétaire global s'est maintenu entre 1985 et 1988 à un niveau élevé, proche de 11 pour cent du PIB. Ce phénomène a conduit le gouvernement à accumuler des arriérés importants auprès des créanciers extérieurs et intérieurs qui se sont alors trouvés en face de problèmes de trésorerie (entrepreneurs) ou sans leurs traitements (fonctionnaires et enseignants), l'ensemble concourant à la contraction de la consommation domestique, au freinage de l'activité économique et au mécontentement social.
Le tassement observé des recettes fiscales à la même période traduisait le grippage général de l'économie: détérioration de la situation des entreprises publiques et privées, implosion du système bancaire, augmentation des importations frauduleuses, développement de l'évasion fiscale et informalisation croissante de l'économie. Le taux d'endettement du Bénin s'est fortement accentué; il est passé de 30 à 48 pour cent du PIB entre 1980 et 1988, le ratio du service atteignant 32 pour cent des exportations cette dernière année.
Cette situation de graves déséquilibres que le gouvernement ne parvenait plus à maîtriser conduit à de graves tensions politiques et sociales. Vers la fin de 1989, le mécontentement à l'égard du régime à parti unique entraîna sa chute après la Conférence Nationale des forces vives, tenue en février 1990, qui a permis la mise en place d'un Haut Conseil de la République et un référendum sur la nouvelle constitution (décembre 1990).
Ainsi, en 1989, l'ajustement se révélait incontournable. Le premier programme avait pour objet d'accroître le PIB de 3 pour cent par an dans un cadre macro-économique réformé visant à résorber le déficit persistant des comptes extérieurs, réduire le rôle du secteur public, restructurer le système bancaire et les entreprises d'État et mettre en oeuvre des politiques permettant l'émergence du secteur privé.
Ces mesures, bien qu'ayant eu des effets positifs sur la croissance, n'ont pas été suffisantes et un nouveau programme d'ajustement structurel a vu le jour en 1991. Il devait stimuler l'économie afin de parvenir à un équilibre budgétaire, de dégager un surplus ensuite, de contenir l'inflation et enfin d'améliorer la balance des paiements. Entre 1991 et 1993, le PIB réel a augmenté de 4 pour cent en moyenne par an et l'inflation de 3 pour cent. Enfin la consommation privée s'est sensiblement améliorée : elle est passé d'une croissance annuelle moyenne de 0,5 pour cent au cours de la période 1980-1985 à un taux de 3,6 pour cent en 1993. Cependant, cette évolution doit être nuancée car on ne connaît pas encore totalement l'impact de la dévaluation sur la consommation. Il est donc possible que ce chiffre ne représente qu'une amélioration éphémère.
Une étude réalisée entre mars et avril 1994(4) auprès de 574 ménages situés à Cotonou, à Porto-Novo, dans deux villes secondaires et cinq village montre que le revenu nominal des individus travaillant dans le secteur informel a diminué de 40 à 50 pour cent entre janvier et mars 1994. La réduction du volume des ventes et de plus petites marges bénéficiaires sont à l'origine de cette baisse importante. En revanche, les producteurs agricoles ont connu une augmentation de leur revenu de l'ordre de 20 à 30 pour cent. Après la dévaluation, la proportion de personnes à bas revenu (moins de 500 F.CFA par jours) est passé de 44 à 72 pour cent alors que les prix à la consommation ont augmenté de 70 à 100 pour cent pour les biens importés et d'environ 25 pour cent pour les biens produits localement.
L'indice des termes de l'échange s'est détérioré car il est fortement tributaire du prix à
l'exportation du coton, principal produit exporté par le Bénin. L'évolution de la dette à long
terme par rapport aux exportations augure mal de l'avenir. En effet, il faudrait que le Bénin
multiplie par 300 ses exportations pour rembourser sa dette à long terme qui devient de plus
en plus importante par rapport au PIB, bien que l'indice semble se stabiliser sur la période
récente mais à un niveau assez élevé (voir tableau 1).
Tableau 1: Principaux indicateurs économiques du Bénin (base 100 en 1987)
|
|
1980 |
1985 |
1993 |
| Terme de l'échange | 125 | 68 | |
| Dette à long terme/Exportation | 80,8 | 155,4 | 302,3 |
| Dette à long terme/PIB | 23,8 | 63,3 | 65,8 |
| Service total de la dette/Exportation | 4,9 | 11,5 | 6,9 |
| Source: World Bank : Trends in developing economies (Washington, 1994). | |||
A une époque où l'orthodoxie financière et l'austérité tiennent lieu de politique économique aux yeux des bailleurs de fonds - quitte à feindre d'ignorer les ravages qu'elles imposent aux populations démunies - il y a lieu d'en rappeler les conséquences néfastes. En effet, le bilan social du Bénin fait apparaître une situation très précaire, stigmatisée par une recrudescence de la pauvreté, dont les causes sont multiples: couverture des services sociaux notoirement insuffisante, dégradation du marché du travail, érosion des revenus et du pouvoir d'achat, aggravation de la situation des groupes vulnérables (femmes et enfants en particulier), changement et dislocation des mécanismes de solidarité collective, en milieu urbain notamment.
Par ailleurs, en matière de santé publique, éducation et nutrition, on remarque une profonde dégradation de l'environnement social. Or, ces trois dimensions constituent ensemble un facteur de productivité de la main-d'oeuvre pour les entreprises à la recherche d'une efficacité accrue. Toute défaillance dans ce domaine à présent ne peut qu'hypothéquer l'avenir en privant le marché du travail de ressources humaines qualifiées, indispensables au redressement économique du pays.
Les mesures compensatrices se rapportant aux programmes de restructuration économique ont
un caractère transitoire et temporaire; on s'interroge sur leur viabilité et leur capacité à
apporter une solution durable aux problèmes que l'on se propose de résoudre. Les moyens
mobilisés sont très restreints par rapport à l'ampleur des besoins de création d'emplois, si bien
que les premiers résultats laissent apparaître des limites et des insuffisances. Pour ce qui a trait
aux programmes d'appui direct à la re-dynamisation économique par le biais de la création
d'entreprises, on constate que le nombre d'unités mises sur pied est modeste et, en tout cas, les
emplois créés sont très en deçà des réductions opérées dans le secteur public. Leur efficacité
est réduite du fait du cloisonnement institutionnel et de l'absence de coordination et de
synergies d'ensemble(5).
SECTION II
Fonction macro-économique du secteur informel
A. Tendances du marché du travail béninois
Au Bénin, l'urbanisation galopante atteint des proportions incontrôlables: près de 40 pour cent de la population vit actuellement dans les agglomérations du pays. La progression annuelle moyenne, de l'ordre de 7,7 pour cent sur la période 1960-1990, dépasse de beaucoup celle de la population qui est de 3,2 pour cent. Le taux d'accroissement annuel moyen des villes comme Cotonou, Porto-Novo et Parakou est supérieur à 8 pour cent l'an.
Ces dynamiques démographiques ont engendré une forte croissance de la demande de services sociaux et d'infrastructure de base et accentué les pressions sur le marché de travail. Déjà restreint, ce dernier est en pleine crise, car marqué par une situation de sous-emploi massif et d'intensification du chômage que les politiques macro-économiques de stabilisation ont amplifiée.
En 1982, selon une étude menée par le BIT(6), l'économie informelle représentait un poids écrasant dans la structure productive béninoise: elle employait environ 95,7 pour cent de la population active occupée de dix ans et plus, localisée en milieu urbain et rural, soit 1.697.295 individus. Le secteur moderne, relativement peu développé n'occupait quant à lui que 4,3 pour cent de la population, soit 76.757 personnes. Si l'on exclut l'agriculture et le commerce, l'emploi informel avoisine les 140.000 individus s'activant dans plus de 87.000 entreprises. L'emploi moderne pour les mêmes branches d'activité ne concerne environ que 72.000 individus soit moitié moins.
Or, dix ans après, les effectifs du secteur moderne urbain et rural ne dépasseraient guère la barre de 76.000 alors que la population active potentielle en milieu rural - pour l'essentiel occupée dans des activités de subsistance et la petite production marchande - aurait atteint le seuil de 1.980.000 personnes. Il ressort de cette analyse que le nombre de salariés du secteur moderne urbain a connu une décroissance (de l'ordre de 20 à 25 pour cent) et que la part relative de l'emploi moderne au niveau national se situerait autour de 3,5 pour cent.
On peut dresser un tableau comparatif entre les données relatives à l'emploi dans le secteur
informel et le secteur moderne afin d'apprécier leur importance relative et leur contribution
respective à la mise en valeur des ressources humaines du pays. Rapportée aux chiffres sur
l'emploi dans le secteur informel urbain en 1992, la part du secteur moderne apparaît
relativement modeste. En effet, sur un total de 277.300 emplois comptabilisés, 56.000 relèvent
du secteur moderne (soit 20,2 pour cent) dont 20.000 (soit 7,2 pour cent) reviennent au
secteur privé et 36.000 (13 pour cent) au secteur public. De ce fait, quatre emplois sur cinq
ressortent des unités économiques évoluant dans un milieu informel. Encore faut-il préciser
que dans les termes de cette comparaison intersectorielle, on n'a pas défalqué de l'emploi total
de l'administration publique la part qui revient à l'emploi rural. Si on en tenait compte, la
participation du secteur moderne se verrait sans doute réduite de quelques points(7).
Sur un autre plan, il apparaît que l'emploi total informel pour 1.000 ménages était de l'ordre de 2.500 personnes. Cela signifie que 2,5 individus par ménage (dont la taille moyenne est 5,44 membres) tirent un revenu des activités informelles. Enfin, il est à remarquer que le taux de croissance des activités informelles aurait été de 6,6 pour cent en moyenne par an sur la période 1979-1982. Si ces taux de croissance s'avèrent très élevé, il faut toutefois mesurer la fragilité et la précarité de la structure à laquelle ils sont associés dans le sens ou une écrasante majorité des établissements concernés (82,8 pour cent) sont de type semi-sédentaire ou itinérant, comme nous pourrons le constater par la suite.
En d'autres termes, on assiste à un phénomène massif d'insertion précaire de larges couches de la population dans la structure productive. On peut donc se poser la question de savoir si ces activités auront la capacité de dynamiser durablement le marché du travail et d'offrir des opportunités de revenu durables alors que l'économie nationale est, elle-même, atteinte de faiblesses structurelles.
Fait important à prendre en considération, et qui n'est pas étranger aux phénomènes de migration démographique, c'est la localisation des bassins d'emploi. En effet, à l'image de la majorité des pays de l'Afrique subsaharienne, le marché du travail est très inégalement réparti sur le territoire national en se concentrant dans les zones urbaines dominantes.
Dans les agglomérations du Bénin, Cotonou se place au premier rang avec 73.373 établissements, soit plus de la moitié (54 pour cent) du total recensé (environ 136.500). Vient ensuite Porto-Novo dont l'importance est bien moindre avec 24.890 unités recensées ou 18,2 pour cent de l'ensemble. Ces deux villes hébergent presque les trois quarts (72,2 pour cent) des unités économiques informelles du pays en zone urbaine. La part relative de chacune des villes restantes se situe en général bien au-dessous de 10 pour cent, pouvant distinguer 3 groupes: celles qui représentent entre 6 et 7 pour cent des établissements informels recensés (Abomey et Parakou); celles dont les établissements contribuent pour environ 3 pour cent au total national (Bohicon, Djougou et Ouidah) et, enfin, celles dont la part relative ne dépasse tout au plus 2 pour cent (Kandi, Lokossa et Natitingou). Le tableau 2 ventile ces données par secteur d'activité.
Du point de vue de la dynamique du marché du travail, et a fortiori en ce qui concerne le secteur informel, il convient d'observer le rythme des créations d'entreprise ainsi que leur durée de vie. De l'examen des établissements recensés, il ressort que, dans l'ensemble, ils sont relativement jeunes : environ 4 sur 10 (43,7 pour cent) ont été créés l'année du recensement et près de 2 établissements sur 3 (62 pour cent) ont 3 ans d'existence ou moins, ainsi que nous le montre le tableau 3.
Comme il fallait s'y attendre, les unités itinérantes et ambulantes figurent dans les tranches précédemment indiquées avec les fréquences les plus élevées, toujours au-dessus des moyennes observées. Ainsi, 19 pour cent seulement de ces unités existent depuis au moins cinq ans. En revanche, les établissements sédentaires font preuve d'une plus grande stabilité, vu la proportion non négligeable (43,3 pour cent) d'activités qui se sont maintenues sur le marché plus de cinq ans. On reconnaîtra enfin une situation intermédiaire dans les établissements semi-sédentaires dont les valeurs relatives à l'ancienneté sont plutôt proches des tendances centrales moyennes. Dans ce cas, 41 pour cent des établissements ont au moins cinq ans d'ancienneté.
On constate donc que les entreprises informelles ont une durée de vie particulièrement faible. Ceci permet de penser que les créations d'entreprises sont fréquentes et que, de fait, leur influence sur la dynamique de l'emploi est à prendre sérieusement en considération. Il faut toutefois être prudent dans l'interprétation de ces données. En effet, les petits commerçants attribueraient à leur activité un âge inférieur au réel car ils s'estiment moins exposés aux taxes fiscales lorsqu'ils déclarent que leur affaire vient de démarrer. De la sorte, il y aurait un surnombre d'unités économiques classées dans la tranche d'un an et moins.
Au terme de cet inventaire, il est nécessaire de préciser un des aspects de la dynamique de l'emploi. Rares sont les licenciés du secteur public qui parviennent à se placer de manière productive dans le secteur privé moderne. En effet, l'essentiel des partants se réinsère dans
Tableau 2: Distribution de l'ensemble des établissements formels et informels dans les dix
principales villes du Bénin suivant le secteur d'activité (fréquences relatives et absolues)
| Secteurs | Production | Commerce | Services | Construction | TOTAL | |||||
| Villes | Nombre | % | Nombre | % | Nombre | % | Nombre | % | Nombre | % |
|
Cotonou Porto-Novo Parakou Abomey Bohicon Djougou Kandi Lokossa Natitingou Ouidah |
6146 (49,1) 2443 (19,5) 918 (7,3) 849 (6,7) 611 (4,9) 356 (2,8) 310 (2,5) 320 (2,5) 174 (1,4) 412 (3,3) |
8,3 9,9 9,4 11,0 11,9 6,8 19,7 14,5 11,0 8,8 |
45507 (55,2) 14111 (17,1) 5911 (7,1) 4611 (5,6) 2685 (3,2) 3529 (4,3) 861 (1,0) 1321 (1,6) 1007 (1,4) 2862 (3,5) |
61,7 56,9 60,8 59,7 52,0 67,3 54,6 59,7 63,5 61,2 |
21533 (53,5) 7946 (19,8) 2834 (7,0) 2121 (5,3) 1782 (4,4) 1308 (3,5) 398 (0,9) 546 (1,3) 394 (0,9) 1367 (3,4) |
29,2 32,0 29,1 27,4 34,5 25,0 25,2 24,7 24,8 29,3 |
551 (52,0) 310 (19,7) 66 (5,2) 145 (9,2) 81 (5,1) 47 (3,0) 6 (0,5) 24 (1,8) 12 (0,9) 33 (2,6) |
0,8 1,2 0,7 1,9 1,6 0,9 0,5 1,1 0,7 0,7 |
73737 (54,0) 24810 (18,2) 9729 (7,1) 7726 (5,6) 5159 (3,8) 5240 (3,9) 1575 (1,1) 2211 (1,6) 1587 (1,2) 4674 (3,5) |
100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 |
| Total | 12539(100,0) | 9,2 | 82405 (100,0) | 60,4 | 40229 (100,0) | 29,5 | 1275 (100,0) | 0,9 | 136448 (100,0) | 100 |
| Taux de densité1 | 19,1 | 2,9 | 6,0 | 190,2 | 1,8 | |||||
| 1) Taux de densité ou nombre de ménages poteniellement desservis par unité économique informelle | ||||||||||
les activités de nature informelle, contribuant ainsi à renforcer la densité de l'emploi par ménage. Ces flux vers le secteur informel et l'arrivée des jeunes en âge de travailler (environ 120.000 par an) ont contribué à ce que l'offre de travail dans ce secteur évolue plus rapidement que les opportunités d'emploi et, par conséquent, à l'érosion des revenus moyens dans les principales branches d'activité.
Si le nombre de ménages desservis par un établissement fournissant des services ou s'activant
dans la production augmente sensiblement par rapport à la moyenne générale (soit 6 et 19
ménages respectivement), il n'en reste pas moins que les taux de densité relatifs au commerce
(une unité pour chaque 2,9 ménage) et aux villes les plus peuplées du Bénin comportent des
indications d'une saturation plus avancée de leur marché de travail.
Tableau 3: Répartition des unités économiques recensées dans les dix principales villes du
Bénin selon l'ancienneté et le type d'établissement
|
Ancienneté des établissements |
|||||||||||
| Sédentaire | Semi-sédentaire | Ambulant | Total | ||||||||
| Nb. | % | Nb. | % | Nb. | % | Nb. | % | ||||
|
1 ans et moins |
8 867 |
34,8 |
|
19 630 |
38,0 |
|
29 109 |
53,2 |
|
57 606 |
43,7 |
| 2 ans | 2 417 | 9,5 | 4 824 | 9,3 | 7 695 | 14,1 | 14 936 | 11,3 | |||
| 3 ans | 1 693 | 6,7 | 3 018 | 5,8 | 4 248 | 7,8 | 8 959 | 6,8 | |||
| 4 ans | 1 457 | 5,7 | 2 913 | 5,6 | 3 084 | 5,6 | 7 451 | 5,7 | |||
| 5 à 9 ans | 4 569 | 17,9 | 8 299 | 16,1 | 6 023 | 11,0 | 18 891 | 14,3 | |||
| 10 à 19 ans | 3 794 | 14,9 | 7 781 | 15,1 | 3 246 | 5,9 | 14 821 | 11,2 | |||
| 20 ans et plus | 2 213 | 8,7 | 4 790 | 9,3 | 936 | 1,7 | 7 939 | 6,0 | |||
| Non déclaré | 446 | 1,8 | 376 | 0,7 | 351 | 0,6 | 1 173 | 0,9 | |||
|
Total |
25 456 |
100 |
|
51 631 |
100 |
|
54 692 |
100 |
|
131 776 |
100 |
| (%) | (19,3) | (39,2) | (41,5) | (100) | |||||||
Quelle que soit la forme sous laquelle le sous-emploi se présente, une étude(8) effectuée en 1991 conclut à un taux de sous-utilisation globale de la main-d'oeuvre d'environ 60 pour cent. Ces données font apparaître au grand jour la nature de l'emploi et les tendances à la précarisation de la population active non-agricole en relation avec une création insuffisante d'emplois salariés et compte tenu de la progression démographique et de la pression migratoire.
Il convient néanmoins de préciser que nombre de mesures adoptées dans le cadre de programmes de stabilisation économique ont, à l'évidence, amplifié et accéléré le processus d'informalisation de la population occupée dans le secteur non-agricole. En effet, plusieurs mesures ont eu un impact direct sur l'emploi moderne. En particulier, l'assainissement des finances publiques et la restructuration des entreprises et offices d'État sont à l'origine d'une réduction des effectifs. Ainsi, ce sont plus de 9.000 fonctionnaires et travailleurs des entreprises liquidées ou réhabilitées qui ont été congédiés dans le cadre des accords de financement successifs (1989 et 1991) signés avec les bailleurs de fonds internationaux. Autant d'emplois devraient être supprimés entre 1993 et 1995.
L'instabilité des emplois est le plus souvent due à la non rentabilité de la plupart des
entreprises qui exercent une activité informelle. La mise en chantier d'une politique active en
matière d'élargissement des débouchés, de formation et de recyclage permanent des
travailleurs du secteur informel serait la condition sine qua non pour le renforcement des
capacités et le maintien de ces catégories de main-d'oeuvre dans leur activité de façon durable.
B. Secteur informel: analyse des dimensions de l'emploi
1. Création d'emplois
a. Structure en terme de type d'activité
Les données disponibles pour l'année 1985 permettent de mettre en évidence l'importance de l'emploi agricole dans la population active totale, soit 71,3 pour cent du total. Si l'on considère la population occupée dans le secteur moderne non-agricole en 1985, on s'aperçoit que seulement 5 pour cent des emplois du pays s'y inscrivent. Le secteur privé y compte pour un tiers alors que les deux tiers restants se répartissent entre les entreprises d'État (36 pour cent) et la fonction publique.
Du point de vue du partage entre secteurs économiques, d'après le recensement des établissements mené dans dix villes du pays, en janvier 1992, la répartition entre établissements modernes et informels traduit l'hégémonie des seconds. En effet, le secteur informel occupe 87,8 pour cent des unités économiques béninoises (133.257 unités) contre 12,2 pour cent pour le secteur moderne avec 3.191 établissements. Elle se manifeste au niveau de toutes les branches importantes; le secteur moderne apparaît en revanche plus important dans les branches de l'imprimerie, le commerce de gros, les banques et les assurances, l'électricité-eau et gaz.
Globalement, les données référées à l'échantillon national laissent apprécier des résultats intéressants: pour un total de 242.500 ménages urbains, dont la taille moyenne est de 5,54 individus, il y aurait 136.500 unités économiques. Cela veut dire qu'une unité économique, tous secteurs d'activité confondus, dessert 1,8 ménages (voir tableau 2); rapport qui met en exergue la prolifération des établissements informels et, en même temps, leur très faible taille. Certes, cette très faible moyenne nationale qui reste fortement marquée par le poids des quatre principales agglomérations du pays, accuse des variations sensibles entre les villes, pouvant même atteindre des valeurs entre deux et quatre fois plus importantes, notamment dans les petites villes comme Kandi, Lokossa et Natitingou.
Plus spécifiquement, les données du recensement révèlent un phénomène de forte concentration de l'offre autour des activités du commerce, puisqu'il y aurait en milieu urbain béninois une unité commerciale pour chaque 2,9 ménages. Les activités de services sont également très présentent, une unité pour 6 ménages. Dans le secteur de la production, 19,3 ménages sont potentiellement desservis par une unité. Les activités de construction sont les moins nombreuses: 190,2 pour un ménage.
La comparaison inter-ville s'avère, à cet égard, très instructive, car dans certains cas, tels que Cotonou et Porto-Novo, le taux de densité est proche de deux ménages pour une unité de commerce, phénomène qui reflète un degré élevé de saturation du marché dans la branche, et par conséquent, des possibilités réduites de croissance économique de ces activités.
L'examen de la structure de l'emploi informel révèle des phénomènes intéressants. Hormis
l'agriculture qui occupe donc plus des deux tiers des actifs, la majeure partie des travailleurs
du secteur non-agricole (patron et main-d'oeuvre employée) est localisée dans le commerce,
soit 76,5 pour cent de la population occupée, alors que les secteurs de la production et des
services sont très minoritaires, soit 13,4 et 10 pour cent respectivement.
Tableau 4: Distribution de l'ensemble des unités économiques informelles dans les dix
principales villes du Bénin suivant le type d'établissement (fréquences absolues et
relatives)
| Villes |
SÉDENTAIRES |
SEMI-SÉDENTAIRESa) | AMBULANTSb) | TOTAL | ||||
| Nombre | % | Nombre | % | Nombre | % | Nombre | % | |
| Cotonou
Porto-Novo Parakou Abomey Bohicon Djougou Kandi Lokossa Natitingou Ouidah |
11.407
4.236 1.503 1.555 1.509 999 388 401 306 694 |
15,9
17,4 15,9 20,4 29,8 19,3 25,4 18,6 20,0 15,0 |
28.484
9.249 3.232 3.424 1.627 2.583 701 1.306 1.025 2.174 |
39,7
37,8 34,3 44,9 32,1 49,9 45,8 60,7 66,9 46,9 |
31.789
10.955 4.687 2.652 1.930 1.591 441 444 201 1.764 |
44,4
44,8 49,8 34,7 38,1 30,8 28,8 20,7 13,1 38,1 |
71.680 (100,0)
24.440 (100,0) 9.422 (100,0) 7.631 (100,0) 5.066 (100,0) 5,173 (100,0) 1.530 (100,0) 2.151 (100,0) 1.532 (100,0) 4.632 (100,0) |
(53,8)
(18,4) (7,1) (5,7) (3,8) (3,9) (1,1) (1,6) (1,1) (3,5) |
| Total | 22.998 | 17,2 | 53.805 | 40,4 | 56.454 | 42,4 | 133.257 (100,0) | 100,0 |
| a) Essentiellement le commerce de détail (69 pour cent) et la restauration (18,6 pour cent).
b) Sont principalement concernés le commerce de détail (65 pour cent), les activités de transport (16,6 pour cent) et la restauration (14,5 pour cent). | ||||||||
Tableau 5: Distribution de l'emploi (1) dans l'ensemble des établissements recensées par secteur et branche d'activité, selon le type d'établissement considéré (fréquences absolues et relatives)
| Type établissement | SÉDENTAIRES | SEMI-SÉDENTAIRES | AMBULANTS | TOTAL | ||||
| Secteur/ Branche d'activité | Nombre | % | Nombre | % | Nombre | % | Nombre | % |
| Production
Agric./Extraction Alimentation Textile Bois Imprimerie Chimie Minerais n.métalliques Fabrications métalliques Electricité Aut. Ind. Manufact. |
31.896
684 2.810 18.887 4.373 128 77 257 4.396 - 334 |
45,7
0,9 4,0 27,2 6,2 0,2 0,1 0,3 6,3 - 0,5 |
5.018
906 975 1.562 950 - 44 32 530 - 19 |
5,6
1,0 1,1 1,7 1,1 - 0,05 0,03 0,6 - 0,02 |
450
- 158 162 84 - 12 9 25 - - |
0,70
- 0,25 0,25 0,13 - 0,02 0,01 0,04 - - |
37.364
1.540 3.943 20.611 5.407 128 133 298 4.951 - 353 |
16,8
0,7 1,8 9,3 2,4 0,05 0,05 0,1 2,2 - 0,2 |
| Services
Restauration Transport Banques/Assurances Autres services |
21.982
3.014 521 84 18.383 |
31,1
4,3 0,7 0,2 26,3 |
24.601
19.281 342 64 4,914 |
27,6
21,6 0,4 0,1 5,5 |
25.317
10.889 12.202 6 2.210 |
40,5
17,5 19,5 0 3,5 |
71.900
33.194 13.065 154 25.487 |
32,5
15,0 5,9 0,1 11,5 |
| Commerce
Commerce de gros Commerce de détail |
12.121
211 11.910 |
17,4
0,3 17,1 |
59.290
25 59.265 |
66,50
0,02 66,48 |
36.627
12 36.615 |
58,70
0,02 58,68 |
108.038
248 107.790 |
48,8
0,1 48,7 |
| Construction | 3.733 | 5,4 | 220 | 0,3 | 42 | 0,1 | 3.995 | 1,8 |
| Total
(%) |
69.732 | 100,0
(31,5) |
89.129 | 100,0
(40,3) |
62.436 | 100,0
(28,2) |
221.297 | 100,0 |
| (1) Après redressement des données du recensement concernant les effectifs des établissements semi-sédentaires et ambulants/itinérants. | ||||||||
L'étude comparative des tableaux 4 (unités économiques) et 5 (emplois créés par ces mêmes unités économiques) permet de déterminer les types d'établissement les plus créateurs d'emploi. Ainsi, les établissements sédentaires qui représentent 17,2 pour cent de l'ensemble des unités économiques créent le plus grand nombre d'emplois, soit 31,5 pour cent de l'emploi total. A l'inverse, les ambulants sont en général de unités unipersonnelles. Ils représentent la part la plus importante des unités économiques, 42,4 pour cent mais ces unités ne renferment que 28,2 pour cent de l'emploi. Enfin, d'après les données du recensement des établissements urbains de 1992, s'agissant de l'emploi informel par type d'établissement, les semi-sédentaires (40,4 pour cent des établissements) concentrent 40,3 pour cent des emplois informels dénombrés dont deux sur trois relèvent du commerce de détail. Quelque soit le type d'établissement, le commerce concentre 48,8 pour cent des emplois, les services 32,5 pour cent et la production seulement 16,8 pour cent. Concernant les établissements sédentaires, environ un emploi sur deux (46 pour cent) concerne l'ensemble des branches du secteur de production, un tiers se rapporte aux services et seuls 17 pour cent se trouvent dans les activités du commerce. En revanche, la distinction sectorielle des emplois dans les établissements ambulants, qui comptent pour 28 pour cent de l'ensemble, se fait différemment. En effet, six emplois sur 10 relèvent du commerce, et les quatre restants appartiennent aux services, la totalité se situant donc dans les activités tertiaires.
Mais, s'il semble maintenant incontournable que la création d'emploi dans le secteur informel dépendent largement de la création d'entreprises, il en reste tout de même que la croissance en taille des unités déjà existantes n'y est pas étrangère. C'est ce phénomène que le tableau 6 illustre ci-dessous. A la lecture de ce tableau, on constate que la dynamique de l'emploi est à dominante stagnante avec une tendance modérée à la croissance. En effet, 58,9 pour cent des unités concernées ont enregistré une stagnation du volume de l'emploi, tandis que 28,5 pour cent d'entre elles montrent une croissance de l'emploi. En revanche, dans 12,6 pour cent des cas l'emploi a diminué.
L'observation du phénomène par branche d'activité dévoile des disparités. En effet, dans le
commerce et les services, c'est la stagnation qui prévaut en s'appliquant à, respectivement,
77,1 et 64,5 pour cent des unités. Par ailleurs, il faut noter que, dans le commerce, c'est la
destruction d'emploi qui l'emporte sur la création (13,8 contre 9 pour cent). Par contre, dans
la construction et la production c'est l'expansion qui se manifeste dans presque la moitié des
cas (respectivement 48,9 et 44,5 pour cent). Il serait toutefois instructif de compléter cette
analyse par l'observation de ce même phénomène selon le critère de la taille des
établissements.
Tableau 6: Répartition des unités économiques suivant la dynamique de croissance de
l'emploi par secteur d'activité
| Secteur d'activité | |||||||||||
| Contraction | Stagnation | Expansion | TOTAL | ||||||||
| Nb. | % | Nb. | % | Nb. | % | Nb. | % | ||||
| Production | 118 | 15,5 | 303 | 39,9 | 338 | 44,5 | 759 | 100,0 | |||
| (34,7) | (19,1) | (44,0) | (28,1) | ||||||||
| Construction | 17 | 19,3 | 28 | 31,8 | 43 | 48,9 | 88 | 100,0 | |||
| (5,0) | (1,8) | (5,6) | (3,3) | ||||||||
| Commerce | 72 | 13,8 | 401 | 77,1 | 47 | 9,0 | 520 | 100,0 | |||
| (21,2) | (25,2) | (6,1) | (19,3) | ||||||||
| Service | 133 | 10,0 | 858 | 64,5 | 340 | 25,5 | 1331 | 100,0 | |||
| (39,1) | (54,0) | (44,3) | (49,3) | ||||||||
| TOTAL | 340 | 12,6 | 1590 | 58,9 | 768 | 28,5 | 2698 | 100,0 | |||
| (%) | (100,0) | (100,0) | (100,0) | (100,0) | |||||||
b. Structure de l'emploi
i) Selon le sexe
En ce qui concerne les opérateurs économiques, la caractéristique majeure qui ressort du
recensement de 1992 est la présence dominante des femmes à la tête des activités recensées.
Elles se montrent particulièrement entreprenantes dans le commerce (83 pour cent des effectifs
recensés dans la branche) et la petite restauration (94 pour cent). De surcroît, les femmes sont
majoritaires dans les activités ambulantes et semi-sédentaires (68 et 83 pour cent
respectivement), mais 38,6 pour cent seulement dans les établissements sédentaires, estimés
plus stables et mieux dotés en infrastructures. Dans ce dernier cas, on peut donc relever un
contraste et une inégalité des chances notables car les entrepreneurs de sexe masculin dirigent
un établissement sédentaire dans 61,4 pour cent des cas. De ce fait, les femmes béninoises se
voient souvent cantonnées dans des activités hautement concurrentielles, faiblement
capitalisées et peu rémunératrices. Le tableau 7 est, à ce propos, éloquent.
Tableau 7: Répartition des unités économiques selon le sexe de l'entrepreneur et le type
d'établissement
| Sexe | Sédentaire | Semi-sédentaire | Ambulant | Total | |||||||
| entrepreneur |
Nb. |
% | Nb. | % | Nb. | % | Nb. | % | |||
| Masculin | 15595 | 11,8 | 8843 | 6,7 | 17570 | 13,3 | 42008 | 31,9 | |||
| (61,3) | (17,1) | (32,1) | |||||||||
| Féminin | 9858 | 7,5 | 42788 | 32,5 | 37122 | 28,2 | 89768 | 68,1 | |||
| (38,7) | (82,9) | (67,9) | |||||||||
| Total | 25453 | 19,3 | 51631 | 39,2 | 54692 | 41,5 | 131776 | 100,0 | |||
|
| |||||||||||
Si on regarde de près l'ancienneté des activités recensées, selon la variable sexe, on s'aperçoit que, conformément à ce que l'on aurait pu supposer, les activités tenues par les femmes manifestent une vulnérabilité sensiblement accrue par rapport à celles pratiquées par les hommes. En effet, les unités ayant vu le jour l'année même du recensement sont de 13,3 pour cent chez les hommes et de 31 pour cent chez les femmes; lorsqu'on considère la tranche jusqu'à 3 ans d'ancienneté cette valeur s'élève à 19 pour cent chez les hommes et à 43 pour cent pour les femmes. En revanche, la tranche supérieure à 10 ans d'ancienneté laisse entrevoir une différence significative en faveur des femmes car les valeurs dans ce cas se montent à 5,7 et 11,5 pour cent respectivement.
Les analyses diffèrent, bien entendu, selon le secteur et la branche d'activité. Dans le commerce de détail, par exemple, 82 pour cent des unités économiques ont moins de 5 ans de vie, dont 70 pour cent sont aux mains des femmes. En outre, près de 86 pour cent des activités commerciales les plus pérennes, ayant plus de 5 ans d'existence, sont dirigées par des femmes.
Cela veut dire que la féminisation de l'emploi informel s'accompagne d'un handicap majeur pour les femmes en raison de leur présence dominante dans les formes d'exercice professionnel particulièrement précaires et vulnérables.
Quant aux hommes, ils sont présents dans l'ensemble des activités recensées, mais dans une faible proportion de l'ordre de 32 pour cent. Ils ont l'avantage dans l'exercice des activités sédentaires (61,4 pour cent) et n'occupent qu'une place réduite dans les autres activités : 17 pour cent dans les activités semi-sédentaires, 32 pour cent chez les ambulants. Dans le premier cas, ils s'adonnent surtout aux activités ressortissant des branches du textile, du bois, de la transformation alimentaire et du métal. Leur prédominance se manifeste également dans le transport, activité en quasi-totalité masculine.
Les chiffres rapportés dans le tableau 8 permettent d'affirmer que la présence des femmes à la
tête des unités économiques sédentaires - censées être les moins précaires de l'univers recensé
- laissent entrevoir une situation inégalitaire par rapport aux hommes. Ainsi, 38,7 pour cent
des établissements sédentaires sont tenus par des femmes. Il y a lieu de signaler par contre
qu'elles occupent une place de responsabilité prépondérante par rapport aux hommes, de
l'ordre de 65 à 70 pour cent des cas, dans le processus de travail lié à la restauration et au
commerce de détail. Cela se traduit par une forte concentration dans ces deux branches
d'activité (13,7 et 53,8 pour cent respectivement), car plus de deux femmes sur trois s'y
trouvent occupées.
Tableau 8: Répartition des établissements sédentaires par branche d'activité, selon le
secteur et le sexe de l'entrepreneur
| Moderne | Informel | TOTAL | ||||||||||||
| Secteur | ||||||||||||||
| d'activité | H | F | H | F | H | F | ||||||||
|
Nb. |
% | Nb. | % | Nb. | % | Nb. | % | Nb. | % | Nb. | % | |||
| Production | 396 | 17,4 | 62 | 7,1 | 6431 | 48,3 | 2301 | 25,6 | 6827 | 43,8 | 2363 | 24,0 | ||
| Construction | 73 | 3,2 | 2 | 0,2 | 963 | 7,2 | 15 | 0,2 | 1036 | 6,6 | 17 | 0,2 | ||
| Commerce | 1192 | 52,3 | 615 | 70,8 | 1922 | 14,4 | 4745 | 52,8 | 3114 | 20,0 | 5360 | 54,4 | ||
| Services | 619 | 27,1 | 190 | 21,9 | 3999 | 30,0 | 1928 | 21,4 | 4618 | 29,6 | 2118 | 21,5 | ||
| TOTAL | 2280 | 100,0 | 869 | 100,0 | 13315 | 100,0 | 8989 | 100,0 | 15595 | 100,0 | 9858 | 100,0 | ||
| (%) | (72,4) | (27,6) | (59,7) | (40,3) | (61,3) | (38,7) | ||||||||
Ces données jettent un jour nouveau sur la division du travail entre les sexes. En effet, leur répartition au sein de la structure des activités tend à reproduire la même distribution observée au niveau de la structure économique du Bénin dans son ensemble. Les activités dans lesquelles les femmes se montrent plus entreprenantes résultent finalement d'une projection marchande de leurs tâches ménagères (la petite restauration) ou du temps que celles-ci leur laisse pour exercer, souvent de manière intermittente, une autre activité (le commerce de détail s'y prêtant parfaitement). De ce fait, la division sociale du travail entraîne une discrimination à l'encontre des femmes par suite d'une forte réduction de leurs chances d'emploi et de revenu.
En d'autres termes, les femmes se voient de fait contraintes à emprunter des filières non
marchandes d'apprentissage d'un métier dans le foyer (savoir-faire culinaire notamment), lui
même marqué par une division des tâches et responsabilités qui, en règle générale, les
défavorise. Leur insertion dans le marché du travail accentue leur handicap compte tenu du
nombre réduit d'activités qui leur sont offertes, phénomène qui, de surcroît, entraîne une
saturation progressive des opportunités de revenu.
Cette conclusion est d'ailleurs renforcée par d'autres données du tableau 8, où l'on peut
apprécier que le taux de participation des femmes dans les établissements du secteur moderne
(soit 27,6 pour cent) est inférieur de 11 points à leur présence dans les établissements
sédentaires dans leur ensemble (38,7 pour cent). Là encore, dans 82 pour cent des cas, elles
s'emploient dans des activités liées au commerce de détail et à la restauration.
ii) Selon l'âge
Au regard des données répartissant la population recensée par grands groupes d'âge, il est
plausible d'affirmer que la relative jeunesse des établissements trouve son parallèle dans la
jeunesse des actifs qui les font tourner. En effet, on peut apprécier qu'un cinquième (20,3 pour
cent) des chefs des établissements recensés ont moins de 20 ans et 32 pour cent ont entre 21 et
30 ans. En somme, un peu plus de la moitié des entrepreneurs a moins de 30 ans. On notera
que dans la progression des âges, 28 pour cent des cas recensés ont entre 31 et 45 ans et un
cinquième ont plus de 45 ans.
Tableau 9: Répartition des unités économiques selon l'âge et le sexe de l'entrepreneur et
selon le type d'entreprise
|
Age desentreprises |
|||||||||||||
| Sédentaires | Semi- | Ambulants | Total | ||||||||||
| H | F | H | F | H | F | H | % | F | % | ||||
|
<=10 ans |
11 |
9 |
|
16 |
228 |
|
235 |
2875 |
|
262 |
0,7 |
3112 |
3,5 |
| 11 à 15 ans | 54 | 47 | 115 | 1167 | 775 | 8215 | 944 | 2,2 | 9429 | 10,5 | |||
| 16 à 20 ans | 595 | 427 | 781 | 3176 | 2250 | 8491 | 3626 | 8,6 | 12094 | 13,5 | |||
| 21 à 30 ans | 5428 | 3219 | 3648 | 12891 | 9196 | 10663 | 18272 | 43,5 | 26773 | 29,8 | |||
| 31 à 50 ans | 7188 | 4379 | 3251 | 18595 | 4704 | 6010 | 15143 | 36,0 | 28984 | 32,3 | |||
| >50 ans | 2133 | 1723 | 965 | 6565 | 410 | 868 | 3508 | 8,4 | 9156 | 10,2 | |||
| Non déclarés | 186 | 54 | 67 | 166 | 253 | 0,6 | 220 | 0,2 | |||||
| TOTAL | 15595 | 9858 | 8843 | 42788 | 17570 | 37122 | 42008 | 100 | 89768 | 100 | |||
|
(%) |
(11.8) |
(7.5) | (6.7) | (32,5) | (13,3) | (28,2) | (31,9) | (68,1) | (100) | ||||
A l'aide du tableau 9 on constate que les femmes, plus souvent que les hommes, entrent dans la vie active ou sur le marché du travail avant l'âge de 15 ans: elles y sont presque cinq fois plus nombreuses (14 pour cent) que les hommes (2,9 pour cent). Additionnant ensuite la tranche de 16 à 20 ans, on s'aperçoit que les premières représentent 27,5 pour cent et les seconds 11,5 pour cent. A partir des données du même tableau, on apprend également que 44 pour cent des hommes, mais seulement 30 pour cent des femmes, déclarent avoir entre 21 et 30 ans. Lorsque l'on compare les tranches de 31 à 50 ans on constate que les différences entre les entrepreneurs masculins et féminins s'estompent, car le premier groupe compte pour 36 pour cent et le second pour 32 pour cent.
Attirent également l'attention les données ayant trait à deux classes d'âge que sont celle des plus de 50 ans qui compte pour 15,5 pour cent du total et celle des moins de 15 ans. Parmi cette dernière, on remarquera la présence d'un groupe d'enfants de moins de 10 ans (2,4 pour cent) et d'un groupe de jeunes (7 pour cent) dans la classe d'âge de 10 à 15 ans, s'adonnant quasiment tous au commerce et à la petite restauration qui, rappelons-le, sont des occupations à dominante féminine. Cette tendance se prolonge jusqu'à la tranche de 20 ans. Ce n'est qu'à partir de cet âge-là que l'on commence à observer une présence plus marquée des métiers employant la main-d'oeuvre masculine, à savoir: le textile, le transport, le bois et la transformation alimentaire.
Incontestablement, c'est dans les activités à caractère ambulant que l'on trouve la plus grande proportion d'enfants et d'adolescents: 22 pour cent des ambulants ont moins de 15 ans; les femmes étant prédominantes, soit 30 pour cent, par rapport aux actifs masculins (à peine 5,7 pour cent). De ce fait, la structure d'âge des entrepreneurs des établissements ambulants et itinérants se révèle être la plus jeune, car 82 pour cent des femmes et 71 pour cent des hommes ont moins de 30 ans.
Une structure d'âge si jeune des actifs recensés en milieu urbain ne va pas toutefois sans poser des problèmes, car une entrée très prématurée dans le marché du travail comporte quelques inconvénients. Ceci se traduit notamment par une forte instabilité dans l'exercice professionnel car un manque de compétences techniques condamne les jeunes à "errer" dans le marché à la recherche de meilleures opportunités de revenu. En règle générale, l'insertion se fait à travers des activités faiblement productives, n'exigeant que des connaissances et moyens financiers minimum et, par conséquent, voués à la saturation. Du fait de la vive concurrence qui s'y exerce, les revenus s'érodent rapidement obligeant les jeunes à chercher ailleurs de nouvelles opportunités de gain. La mobilité horizontale qui en résulte se fait souvent au détriment de l'acquisition d'un savoir-faire éprouvé et des connaissances de base indispensables à la consolidation et à une bonne gestion des entreprises.
On remarque en outre que les entrepreneurs du secteur informel sont relativement plus jeunes
que leurs pairs du secteur moderne car 70 pour cent des premiers ont moins de 40 ans alors
que cette proportion tombe à 55 pour cent chez les seconds. C'est en observant surtout les
tranches d'âge au-dessous de 30 ans que ce phénomène ressort plus clairement: les opérateurs
informels s'y trouvent à raison de quatre sur dix, alors que les entrepreneurs du secteur
moderne ne représentent que 22 pour cent. En revanche, lorsqu'on compare les tranches d'âge
au-delà de 40 ans, les proportions s'inversent: ils sont présents à concurrence de 29 et 44 pour
cent respectivement.
iii) Selon le niveau d'instruction
Le bilan global que l'on peut dresser à l'égard du niveau de formation des intervenants du secteur informel est particulièrement négatif. Cela se vérifie aussi bien pour les salariés que pour les apprentis ou encore les chefs d'entreprise eux-mêmes. Négatif dans le sens où la composition du secteur informel en terme d'acteur est dominé par des individus n'ayant pas, ou très peu, reçu d'instruction formelle.
En effet, et comme l'illustre le tableau 10, on constate que 82,4 pour cent de l'ensemble des apprentis et des aides familiaux n'ont pas dépassé le niveau de l'école primaire, que seulement 17,5 pour cent ont eu accès au secondaire (dont 15,8 pour cent sans dépasser le stade du collège) et, enfin, que l'enseignement supérieur n'est quasiment pas représenté.
Fait intéressant, on constate que la moitié des salariés n'ont aucune formation formelle, tandis
que seulement 22,9 pour cent des apprentis sont dans cette situation. En matière d'études
secondaires, l'écart entre les salariés et les apprentis se rétrécit, mais en laissant encore un
léger avantage à ces derniers (respectivement 14,3 et 18,1 pour cent d'entre eux y ont eu
accès).
A propos de l'apprentissage, il faut noter que le système béninois de formation y a recours de manière très prononcée. En moyenne, les entreprises employant des apprentis en occupent 2,9 chacune. Cette proportion est plus élevée dans les activités de production (3,1) mais nettement plus faible dans le commerce (1,2).
Du point de vue de l'instruction des entrepreneurs, les résultats sont aussi très décevants: 57 pour cent d'entre eux n'ont pas eu la chance d'accéder à l'instruction formelle. Autrement dit, dans la plupart des cas, la gestion de l'activité économique se fait sans maîtrise des rudiments de l'écriture, de la lecture et du calcul arithmétique. Si, à cela, s'ajoutent les 10 pour cent des entrepreneurs qui ont atteint au maximum la troisième année d'école -sans compter les analphabètes de récurrence et les illettrés- ce sont deux entrepreneurs sur trois qui sont gravement handicapés dans leurs aptitudes à comprendre et à conduire efficacement les fonctions de base de l'entreprise.
Lorsque l'on progresse dans l'analyse des cycles scolaires, on s'aperçoit qu'un entrepreneur sur
quatre a un bagage scolaire égal ou supérieur au niveau primaire achevé: près de 12 pour cent
ont terminé l'école, autant ont eu à fréquenter les classes du cycle secondaire et seuls 3 pour
cent ont réussi à le couronner.
Tableau 10: Répartition des salariés et des apprentis du secteur informel selon leur niveau
d'instruction
|
Niveaud'instruction |
||||||||
| Salariés | Apprentis | Total | ||||||
| Effectifs | % | Effectifs | % | Effectifs | % | |||
| Aucun | 186 | 50,1 | 497 | 22,9 | 683 | 26,8 | ||
| CE1 ou moins | 46 | 12,4 | 479 | 22,0 | 525 | 20,6 | ||
| CM1 ou moins | 42 | 11,3 | 403 | 18,5 | 445 | 17,5 | ||
| Primaire terminé | 43 | 11,6 | 400 | 18,4 | 443 | 17,4 | ||
| Fin de collège | 40 | 10,8 | 363 | 16,7 | 403 | 15,8 | ||
| Fin lycée | 13 | 3,5 | 31 | 1,4 | 44 | 1,7 | ||
| Enseignement supérieur | 1 | 0,3 | 1 | 0,0 | 2 | 0,1 | ||
| Total | 371 | 100,0 | 2174a) | 100,0 | 2545 | 100,0 | ||
|
a) Non compris 284 apprentis |
||||||||
Enfin, il faut relever la présence d'un très petit groupe d'entrepreneurs (3,3 pour cent) qui a bénéficié des cours au niveau supérieur. Fait révélateur, c'est dans les activités du transport que l'on peut apprécier les meilleurs acquis d'instruction au niveau supérieur ce qui apporte la preuve des hypothèses quant au glissement des diplômés, déclassés ou employés du secteur public et autres catégories instruites vers l'auto-emploi, vu les mornes perspectives d'embauche dans le salariat. Eu égard aux conditions décrites, il n'est pas étonnant de constater que 70 pour cent des unités économiques fonctionnent sans aucun moyen de gestion et que 3,6 pour cent seulement tiennent un registre comptable.
On peut également apprécier le faible niveau d'instruction qui frappe les entrepreneurs informels à l'égard de leurs homologues du secteur moderne, quel que soit le sexe considéré. En effet, le taux d'analphabétisme chez les premiers est 2,8 fois supérieur par rapport à ces derniers. S'agissant des niveaux secondaire terminé et instruction supérieure, on retiendra également le fait que les entrepreneurs du secteur moderne enregistrent des taux (17,6 et 11,2 pour cent) trois et dix fois supérieurs, dans l'ordre, relativement aux chefs d'établissement informels.
S'agissant de la situation éducative des femmes, on constate qu'elles ont un sérieux handicap en général et à l'égard des hommes en particulier. En effet, au niveau « sans instruction » scolaire déjà, elles sont largement majoritaires soit 65,6 pour cent contre 38 pour cent chez les entrepreneurs masculins. Si, à ces chiffres, on additionne ceux relatifs à la déscolarisation au seuil de la troisième année du cycle primaire, on peut conclure que trois femmes sur quatre sont frappées d'analphabétisme.
C'est sans doute les entrepreneurs des activités ambulantes et itinérantes qui éprouvent les plus grandes difficultés liées à l'analphabétisme: 81 pour cent des femmes et 55 pour cent des hommes endurent les effets de cette pénible situation. Ce phénomène trouve son explication dans le fait que la population des ambulants est composée, pour une bonne part, d'enfants de moins de 10 ans et d'adolescents de moins de 15 ans ayant abandonné très tôt les bancs de l'école. Les valeurs relatives aux établissements semi-sédentaires à ce même sujet se révèlent proches des moyennes générales, ce qui n'est pas le cas des établissements sédentaires où le taux d'analphabétisme est moins accentué; chez les femmes il tombe à 55 pour cent et chez les hommes à 37 pour cent.
Il est donc manifeste qu'au terme de cette première appréciation de la formation du capital
humain à partir du niveau d'instruction atteint par les entrepreneurs, les résultats n'incitent
guère à l'optimisme. Un bagage de connaissances si limité au départ ne peut qu'accentuer les
difficultés de la formation professionnelle ultérieure, notamment dans l'économie informelle,
dans la mesure où l'apprentissage artisanal s'avère un système largement endogène de
transmission/acquisition des compétences techniques et professionnelles dispensées sur le tas.
iv) Selon la situation dans l'entreprise
D'après les données rapportées par le tableau 11, on peut constater que les établissements sédentaires, du fait de leur situation relativement moins précaire que les autres unités économiques recensées, enregistrent un effectif important (chefs d'entreprise non compris) s'élevant à 62.366 individus. La plupart de ces derniers, soit 58,4 pour cent, ont le statut d'apprentis et 14,7 pour cent celui de travailleur familial; ces deux catégories représentent à elles seules plus de 7 travailleurs sur 10. Les salariés permanents (14,4 pour cent des effectifs) et les travailleurs occasionnels (7,5 pour cent) quant à eux n'y comptent que pour près d'un quart. Enfin, les catégories associés et coopérateurs sont négligeables avec 5 pour cent environ.
A ce propos, il faut préciser que les entreprises de type sédentaire recensées ont recours à des apprentis dans environ un tiers des cas (34,5 pour cent) et à des aides familiaux dans un cinquième des cas (19,5 pour cent). Seuls 5 pour cent emploient des travailleurs occasionnels et 12 pour cent embauchent des salariés sur une base régulière.
L'analyse de la structure de l'emploi selon le statut de la main-d'oeuvre (situation dans la
profession) révèle cependant de fortes disparités entre les divers types d'établissements
observés. Dans les établissements sédentaires par exemple, les chefs d'entreprise représentent
31,4 pour cent de la force de travail, les apprentis 42,2 pour cent, alors que les aides-familiaux
et les salariés permanents n'y comptent que pour 10,5 pour cent chacun. Ce constat corrobore
l'idée selon laquelle les micro-entreprises informelles localisées sont loin d'être représentatives
de l'ensemble du secteur informel et qu'il existe une importante différence dans la structure de
l'emploi selon les divers types d'entreprises qui composent le secteur informel.
Tableau 11: Effectifs employés dans les établissements sédentaires formels et informel,
selon la taille de l'unité et leur situation dans la profession
| Situation |
Associés |
Apprentis | Aides familiaux | Salariés permanents | Travailleurs occasionnels | |||||||||
| Taille unité | ||||||||||||||
| économique |
Effectif |
% | Effectif | % | Effectif | % | Effectif | % | Effectif | % | ||||
| 1 à 4 | 1 089 | 35,1 | 8 858 | 24,3 | 5 762 | 62,8 | 2 840 |
31,5 |
894 | 19,2 | ||||
| 5 à 10 | 1 015 | 32,7 | 13 748 | 37,7 | 2 457 | 26,8 | 2 209 | 24,5 | 1 583 | 34,1 | ||||
| 11 à 20 | 514 | 16,6 | 7 970 | 21,9 | 586 | 6,4 | 1 233 | 13,7 | 778 | 16,7 | ||||
| 21 et plus | 482 | 15,5 | 5 867 | |||||||||||