Le contexte
Dans la plupart des pays, le système de sécurité sociale est financé à partir des contributions des travailleurs et des employeurs, de ce fait il ne couvre que les personnes opérant dans le secteur de l'emploi formel. Un tel système ne couvre pas les travailleurs du secteur informel ou du monde rural, qui dans la plupart des pays en développement "emploient" la grande majorité de la population. Dans ces pays, les pauvres des zones urbaines, les populations rurales, ainsi que les chômeurs, les personnes déplacées, les migrants et les autochtones sont exclus de la protection sociale. Dans le souci de faire bénéficier toutes les couches de la population d'un minimum de sécurité sociale, nombre de gouvernements ont, par le passé, subventionné les soins de santé primaire, l'enseignement de base, le transport urbain, le logement et autres services sociaux. Mais le financement et le fonctionnement des services sociaux sont devenus de plus en plus difficiles:
Dans les pays en développement, la crise financière et son cortège de coupes sombres dans les dépenses sociales, associée à la mise en oeuvre des programmes d'ajustement structurel, ont sonné le glas de la disponibilité des services sociaux.
Dans les pays où l'économie était dans une phase de transition, la protection sociale complète qui existait sous le socialisme s'est soudain effondrée.
Dans les pays industrialisés, les phénomènes du chômage, de la migration de la main d'oeuvre et du vieillissement de la population ont davantage creusé l'écart entre les riches et les pauvres, et ont sérieusement compromis la capacité des économies nationales à financer un minimum de sécurité sociale pour chaque individu.
Systèmes alternatifs de service social
La crise financière, qui est apparue dans la plupart des pays africains, asiatiques et latino-américains au milieu des années 80, et quelques années plus tard en Europe de l'Est et du Centre, a amené plusieurs gouvernements à adopter des politiques de stabilisation, des programmes d'ajustement structurel ou des stratégies de transition. Il est généralement admis que ces programmes étaient inévitables pour sauver les économies nationales mal en point, mais il faut également reconnaître qu'ils sont responsables de la brusque montée du chômage et des profondes réductions de l'enveloppe budgétaire du secteur des services sociaux. Pour cette raison, l'accès aux services sociaux est devenu difficile, en particulier pour les franges les plus pauvres de la population. Ces pays doivent trouver des systèmes alternatifs pour créer des revenus et pour faire en sorte que les services sociaux soient disponibles pour la population tout entière . De tels systèmes doivent reposer sur les modèles traditionnels de coopération et d'entraide que l'on retrouve partout dans le monde. Les associations d'entraide ont été à l'origine des systèmes de sécurité sociale modernes qui sont devenus la norme dans les pays industrialisés. Aujourd'hui, presque cent millionsde personnes ont adhéré à une mutuelle d'assurance dans la seule Union Européenne.
Le défi à relever consiste à rendre les systèmes traditionnels d'entraide plus efficaces et plus complets, sans pour autant qu'ils perdent leur nature d'institutions d'autopromotion.
Le Programme
Le programme du BIT "Services Sociaux Basés sur la Mutualité et l'Economie Sociale" met en oeuvre des activités de coopérations technique qui sont complémentaires et synergiques vis-à-vis des autres organisations appuyant les systèmes de mutualité et les entreprises d'économie sociale. Le programme consolide les connaissances et l'expérience acquises par ces organisations ; il développe un esprit de partenariat actif auprès d'elles dans le but d'utiliser au mieux les ressources humaines et financières.
Grâce à des études de cas, des activités pilotes et du feed-back reçu des partenaires du programme, celui-ci accumule l'expérience nécessaire pour établir les fondements théoriques de la promotion des mutuelles. La cellule de coordination du BIT sert:
D'observatoire général" des organisations impliquées dans l'offre non traditionnelle de services.
De point focal pour un réseau composé de telles organisations.
De centre de services techniques qui produit et diffuse l'information et les outils de formation relatifs aux groupements d'entraide, et qui offre des services de consultation dans ce domaine.
D'initiateur d'activités pilotes en collaboration avec des projets du BIT en cours et des partenaires du programme.
De cellule d'appui technique pour de tels projets, et de conseiller des gouvernements des pays cibles en matière de politique et de législation .
Niveaux d'intervention
Le programme agit simultanément à quatre niveaux complémentaires:
Niveau micro : la production et la diffusion d'outils méthodologiques a pour objectif premier la satisfaction des besoins des mutuelles formées par les bénéficiaires cibles, qui fournissent elles-mêmes la base expérimentale du projet. En collaboration avec les projets du BIT en cours et les partenaires du réseau, le programme met en chantier des projets pilotes conçus par les bénéficiaires. Ceux-ci identifient le type de services sociaux et l'entreprise d'économie sociale dont il ont le plus besoin, et déterminent le mode d'organisation et de financement de ce genre de services. Grâce à l'assistance technique fournie par ses partenaires - les autorités publiques, les ONG locales, les communautés villageoises, les coopératives, etc. - le programme apporte son assistance aux bénéficiaires dans la création des structures et des systèmes de gestion qu'ils doivent mettre en place, pour bénéficier du type de service social qu'ils ont choisi. Le programme fournit une assistance technique et une aide financière pour les formations, les voyages d'étude et les outils de base.
Niveau meso: le programme collabore avec toutes les institutions gouvernementales et non-gouvernementales qui aident les mutuelles. A travers ces organisations, le programme touche un plus grand nombre de mutuelles, ce qui a un effet multiplicateur sur son impact.
Niveau macro: en fournissant aux gouvernements une assistance technique appropriée le programme appuie la création d'un environnement juridique, institutionnel et politique favorable au développement de groupements mutualistes autonomes de services sociaux novateurs, et d'un système d'économie sociale. Le programme appuie les Ministères et institutions qui ont la charge des services sociaux, en les aidant à intégrer la promotion des groupements mutualistes dans leurs stratégies. L'objectif n'est pas de "formaliser" l'existence les mutuelles, mais plutôt de leur permettre d'être reconnues et protégées par l'Etat.
Niveau inter-régional: Grâce à son approche inter-régionale, le programme constitue une plate-forme d'échanges d'expériences et de connaissances issues d'une kyrielle de cultures, ainsi il contribue à réduire la duplication des efforts et à faire des économies d'échelle.
Types de services sociaux et d'activités d'économie sociale
Le programme couvre trois ensembles de services sociaux:
L'éducation, notamment l'alphabétisation des adultes, l'éducation préscolaire (jardins d'enfant), l'éducation élémentaire, etc.
La santé, notamment les soins de santé primaires, les mutuelles de santé, les pharmacies communautaires, etc.
Le développement communautaire, dont les logements subventionnés, l'accès à l'eau potable, la salubrité etc.
Ainsi que les petites entreprises intervenant dans le secteur de l'économie sociale. |