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Incidence des mesures assurant la flexibilité du marché du travail sur la construction mécanique, la construction électrique et l'industrie électronique

Rapport soumis aux fins de discussion à la Réunion tripartite sur l'incidence des mesures assurant la flexibilité du marché du travail sur la construction mécanique, la construction électrique et l'industrie électronique

Partie 8     previous contents next


8. Conséquences de la flexibilité
sur la compétitivité

A l'ère de la concurrence mondiale et de l'évolution technologique, les entreprises qui veulent rester concurrentielles ont recours à des stratégies de production et d'organisation qui ne sont pas sans conséquence sur les marchés du travail et, par ce biais, sur les sociétés dans lesquelles elles opèrent. La question qui se pose alors est de savoir si ces stratégies ont les effets escomptés et si les entreprises réussissent, en d'autres termes, à améliorer leur compétitivité. Un certain nombre d'indicateurs sont utilisés pour analyser la compétitivité d'un pays dans un secteur d'activité donné. Il s'agit, entre autres, de mesures portant sur la mobilité professionnelle ou le coût unitaire de la main-d'œuvre, la productivité, la part du travail dans la valeur ajoutée, les exportations et les importations et les dépenses engagées en R-D(1).

8.1. Compétitivité au niveau national

8.1.1. Productivité de la main-d'œuvre

La figure 8.1 montre l'évolution de la productivité de la main-d'œuvre dans la branche de la fabrication de machines, appareils et fournitures électriques (CITI-383) pour un groupe donné de pays, qui comprend à la fois des pays où le marché du travail est considéré comme très souple et d'autres où il est plus rigide. La plupart d'entre eux ont connu une amélioration de la productivité de la main-d'œuvre mais certains se sont nettement mieux comportés que d'autres. Le Japon et la République de Corée ont vu augmenter la productivité de la main-d'œuvre de façon marquée depuis 1985, de même que les Etats-Unis et le Royaume-Uni, dans une moindre mesure. La plupart des autres pays ont enregistré une augmentation modérée de la productivité de la main-d'œuvre entre 1985 et 1994, à l'exception de la Grèce, où cet indicateur est tombé, en 1988 et en 1990, en dessous du niveau de 1980.

La figure 8.2 montre l'évolution de la productivité de la main-d'œuvre dans le secteur de la fabrication de machines, à l'exclusion des machines électriques (CITI-382) pour les mêmes pays. Comme dans le secteur de la fabrication de machines, appareils et fournitures électriques (ou construction électrique), la productivité de la main-d'œuvre a progressé d'une façon générale, le gain le plus important revenant à la République de Corée, suivie par les Etats-Unis et le Canada. La Grèce est d'abord passée par un déclin de productivité avant de connaître une légère amélioration dans les années quatre-vingt-dix, où elle a dépassé le niveau de 1980. Dans les autres pays, la productivité de la main-d'œuvre a augmenté de façon constante mais mesurée.

8.1.2. Coût unitaire de la main-d'œuvre

Les figures 8.3 et 8.4 montrent l'évolution du coût unitaire de la main-d'œuvre(2) dans le secteur de la construction électrique et dans celui de la construction mécanique. Dans ce dernier, tous les pays, à l'exception des Etats-Unis et du Canada, ont vu augmenter le coût unitaire de la main-d'œuvre au-delà des niveaux de 1980. Cependant, en Grèce, en Italie et en Espagne, l'augmentation du coût unitaire de la main-d'œuvre a été largement plus marquée qu'ailleurs.

Figure 8.1. La productivité du travail dans la construction de machines électriques dans certains pays (1980=100)

Figure 8.2. La productivité du travail dans la construction de machines, à l'exclusion des machines électriques, dans certains pays (1980=100)

Figure 8.3. Coût unitaire du travail dans la construction de machines, à l'exclusion des machines électriques, dans certains pays (1980=100)

Figure 8.4. Coût unitaire du travail dans la construction de machines électriques dans certains pays (1980=100)

Dans le secteur de la construction électrique, le tableau est quelque peu différent. Alors que le coût unitaire de la main-d'œuvre chute aux Etats-Unis entre 1984 et 1995, il augmente au Canada, quoique modestement. Le coût unitaire de la main-d'œuvre diminue aux Pays-Bas, au Royaume-Uni et au Japon, où il a baissé plus que de moitié. Tous les autres pays représentés connaissent une augmentation du coût unitaire de la main-d'œuvre au cours de la même période. C'est en Grèce que l'augmentation est la plus prononcée. L'Italie et l'Espagne arrivent loin derrière. La République de Corée connaît une augmentation très significative du même indicateur, qui diminue cependant régulièrement entre 1985 et 1994, pour atteindre à la fin de cette période un niveau qui se situe à peine au-dessus de celui de 1980.

8.1.3. Part du travail dans la valeur ajoutée

Les figures 8.5 et 8.6 donnent un aperçu de la part du travail dans la valeur ajoutée(3) pour les secteurs de la construction mécanique et électrique, respectivement. Entre 1980 et 1994, dans le secteur de la construction mécanique, seuls le Royaume-Uni et les Pays-Bas enregistrent un déclin, qui s'élève à 10 pour cent environ, alors que cet indicateur reste relativement stable ou augmente même dans la plupart des autres pays. Pour le Canada, les Etats-Unis, l'Allemagne et l'Italie, la part du travail dans la valeur ajoutée est presque stable sur la période considérée. En revanche, l'augmentation est de 10 pour cent au Japon et de plus de 30 pour cent en Grèce, où l'indicateur passe de 58 pour cent en 1980 à plus de 90 pour cent en 1994.

Dans le secteur de la construction électrique, la situation est quelque peu différente. Le Canada, la France, l'Italie, les Pays-Bas, le Royaume-Uni et les Etats-Unis ont tous vu diminuer la part de la main-d'œuvre dans la valeur ajoutée. En revanche, sur la même période, en Espagne, en Grèce et au Japon, la part du travail a augmenté dans une proportion comprise entre 10 et 15 pour cent. En Allemagne, elle a d'abord chuté avant de remonter pour atteindre environ 82 pour cent en 1994, chiffre qui se situait juste au-dessus des 78 pour cent de 1980.

Figure 8.5. Part du travail dans la valeur ajoutée dans la construction de machines, à l'exclusion des machines électriques, dans certains pays (en pourcentage)

Figure 8.6. Part du travail dans la valeur ajoutée dans la construction de machines électriques dans certains pays (en pourcentage)

8.1.4. Exportations et importations

Les informations disponibles sur les exportations des industries électrique et mécanique permettent elles aussi de mesurer la compétitivité de chaque pays dans ces secteurs. Les tableaux 8.1 et 8.2 reproduits reprennent des chiffres sur la spécialisation des exportations(4) pour un groupe donné de pays.

S'agissant de spécialisation des exportations, l'évolution la plus prononcée, entre 1980 et 1994, est celle de l'Irlande, qui a gagné un avantage comparatif avéré à la fois dans le secteur de la construction électrique et dans celui de la construction mécanique (une donnée qui va dans le même sens que les chiffres cités dans d'autres chapitres). Pour la construction mécanique, les exportations japonaises ont augmenté par rapport à la moyenne de l'OCDE. Dans le secteur de la construction électrique, le Japon a également, mais dans une moindre mesure, un avantage marqué à l'exportation. Les Etats-Unis et l'Allemagne ont conservé un avantage comparatif avéré dans le secteur de la construction mécanique. Cependant, dans le secteur de la construction électrique, alors que les Etats-Unis ont gagné en spécialisation des exportations par rapport à la moyenne de l'OCDE, l'Allemagne a perdu du terrain, avec un indice de spécialisation des exportations passant de 107,2 en 1980 à 88,77 en 1994. L'Italie a, pour sa part, perdu du terrain dans les deux branches mais conservé un bon niveau d'exportation dans le secteur de la construction mécanique. Pour l'Espagne et la France, la spécialisation des exportations dans ce secteur a chuté au cours de la période 1980-1994. Dans le secteur de la construction électrique, l'Espagne a en revanche amélioré sa performance en matière d'exportation. Les exportations de l'Australie ont augmenté pour les deux secteurs entre 1980 et 1994, mais elles sont demeurées faibles par rapport à la moyenne de l'OCDE. La Suisse continue à être bien placée pour la production mécanique. En général, les pays qui avaient un avantage comparatif dans les secteurs de la construction mécanique et électrique au début des années quatre-vingt l'ont conservé par la suite, à l'exception de la Suède, pour la construction mécanique, et de l'Allemagne, pour la construction électrique.

Tableau 8.1. Spécialisation des exportations dans le secteur des machines non électriques
 


France

Irlande

Japon

Royaume-Uni

Etats-Unis

Allemagne (Ouest)


1980

79,64

81,17

85,96

117,5

146,55

119,71

1985

74,33

166,14

102,86

118,74

149,26

114,82

1986

75,9

166,14

108,97

114,27

137,46

117,36

1987

75,34

169,43

114,26

121,76

131,92

113,22

1988

71,06

154,99

122,11

116,49

133,02

109,92

1989

70,99

159,93

126,59

115,18

125,61

110,55

1990

70,62

157,45

126,75

114,5

121,52

113,28

1991

69,8

139,04

129,61

109,97

120,65

113,14

1992

70,14

130,38

133,02

109,58

121,09

110,8

1993

67,59

148,76

132,61

113,48

120,88

111,12

1994

68,94

142,88

133,57

110,61

121,66

107,4


Tableau 8.2. Spécialisation des exportations dans le secteur des machines électriques
 


Irlande

Italie

Espagne

Japon

Etats-Unis

Allemagne (Ouest)


1980

77,56

71,89

56,38

208,4

95,71

107,2

1985

76,25

66,12

38,56

219,85

104,98

89,06

1986

74,74

66,81

47,79

211,57

107,33

91,06

1987

73,56

69,11

48,11

211,42

111,1

92,85

1988

105,32

70,02

47,08

214,45

112,6

89,16

1989

107,08

68,87

49,35

213,23

115,29

89,76

1990

104,81

69,04

54,82

207,23

118,55

91,19

1991

108,54

69,13

57,98

204,02

113,72

91,96

1992

107,32

70,61

64,73

197,24

116,59

90,55

1993

106,72

65,95

62,52

186,6

120,05

88,64

1994

128,17

64,76

61,89

187,39

122,57

88,77


Le tableau 8.3 montre le niveau des exportations et des importations de machines électriques et non électriques en Allemagne. Pour ces deux types de machines, les exportations ont augmenté pendant dix ans, jusqu'en 1991. Dans le même temps, l'importation des deux types de produits a augmenté de manière encore plus prononcée. Ces données semblent indiquer qu'en 1991 l'Allemagne était moins concurrentielle qu'auparavant pour ces secteurs. Certains chiffres portant sur la fabrication de machines-outils laissent apparaître une évolution comparable, voire moins bonne, de l'Allemagne pour la période 1989-1994 (voir tableau 8.4). Au cours de cette période, sur les cinq premiers pays producteurs de machines-outils -- ce qui représente environ 70 pour cent de la production mondiale --, ce n'est que pour les Etats-Unis que le revenu découlant de cette activité a augmenté. Le revenu tiré de cette fabrication a en effet diminué pour le Japon, l'Allemagne, l'Italie et la Suisse. Cependant, ces pays sont restés des exportateurs nets de machines-outils, alors que les Etats-Unis étaient toujours un importateur net.

Tableau 8.3. Exportations et importations des secteurs des machines électriques et non électriques en Allemagne (en millions de DM à prix constants)
 


Machines électriques


Machines non électriques


Exportations

Importations

Exportations

Importations


1980

34 359

20 939

63 037

22 208

1985

46 703

27 665

74 375

29 038

1986

48 969

29 777

77 669

32 562

1987

49 458

32 293

76 987

35 189

1988

55 406

37 254

81 850

36 652

1989

60 401

41 933

89 492

43 781

1990

62 803

50 460

92 222

52 751

1991

65 675

57 170

87 142

60 204


8.2. Recherche et développement

Les tableaux 8.5 à 8.8 montrent l'évolution générale de la recherche-développement, entre 1980 et 1994, dans les pays de l'OCDE, pour les secteurs de la construction mécanique et électrique. En ce qui concerne la construction mécanique, on constate dans presque tous les pays une augmentation de l'intensité de R-D, qui est définie comme le niveau des dépenses de recherche et développement par secteur en pourcentage de la valeur ajoutée. En 1994, au Japon, dans le secteur de la construction mécanique, l'intensité de R-D était supérieure de plus de 12 pour cent à celle de tous les autres pays de l'OCDE pour lesquels des données sont disponibles. Le Japon était suivi de près par les Etats-Unis, la Suède et l'Allemagne. Le taux d'investissement en recherche-développement, qui est défini comme le niveau des dépenses en R-D consenties par un secteur en pourcentage de l'ensemble des investissements physiques ou de la formation de capital fixe dans ce secteur, est également à la hausse au sein de l'OCDE. Il reste bien évident que certains pays, comme l'Allemagne, la Suède, les Etats-Unis, la Finlande, le Royaume-Uni et les Pays-Bas, investissent davantage dans ce domaine que d'autres.

Dans le secteur de la construction électrique, la réalité est plus complexe. L'intensité de R-D a diminué régulièrement aux Etats-Unis, où son niveau est passé de 19,75 en 1980 à 11,8 en 1994, de même qu'au Royaume-Uni, où cet indicateur est tombé de 20,43 à 11,73. Aux Pays-Bas, l'intensité de R-D a augmenté entre 1980 et 1987, passant de 16,29 à 26,32. Elle a ensuite diminué pour atteindre 15,41 en 1994. Dans tous les autres pays, l'intensité de R-D a augmenté régulièrement, voire très fortement dans certains cas, notamment en Suède, où son niveau est passé de 14,18 à 48,25. Si l'on se penche sur le taux d'investissement en R-D entre 1980 et 1994 dans le même secteur, il apparaît ici aussi que le Royaume-Uni et les Etats-Unis connaissent une baisse, avec 241,11 pour 127,8 et 135,87 pour 101,34 respectivement, alors que la plupart des autres pays passent par une phase d'augmentation.

Malgré cette baisse, qui apparaît dans les tableaux ci-dessus, l'intensité et le taux d'investissement en R-D restent assez élevés aux Etats-Unis et au Royaume-Uni pour le secteur de la construction électrique. Il faut rappeler qu'au début des années quatre-vingt ces indicateurs étaient plus élevés aux Etats-Unis et au Royaume-Uni que dans les autres pays de l'OCDE. Ceux-ci ont donc rattrapé leur retard par la suite en consentant dans ce domaine des investissements que le Royaume-Uni et les Etats-Unis avaient déjà faits avant eux.

Tableau 8.4. Les cinq premiers pays producteurs de machines-outils: production, échanges et consommation apparente, 1989-1994 (en millions de dollars E.-U.)
 


Japon

Allemagne

Etats-Unis

Italie

Suisse

Les cinq pays
confondus


Production

1989

10 059

6 868

3 514

3 005

2 248

25 694

1990

10 945

8 734

3 472

3 706

2 931

29 788

1991

11 639

8 842

3 266

3 470

2 012

29 229

1992

8 355

7 666

3 074

3 092

1 714

23 901

1993

6 959

5 403

3 223

2 105

1 360

19 050

1994

6 811

5 188

4 080

2 240

1 730

20 049

Exportations

1989

3 929

4 237

950

1 473

1 978

12 567

1990

3 980

5 016

1 063

1 740

2 557

14 356

1991

3 958

5 104

897

1 625

1 730

13 314

1992

3 532

4 685

1 214

1 542

1 471

12 444

1993

3 739

3 636

1 060

1 371

1 203

11 009

1994

4 214

3 786

1 267

1 431

1 518

12 216

Importations

1989

509

1 479

2 407

794

587

5 776

1990

652

2 132

2 305

1 054

811

6 954

1991

664

2 308

1 971

873

423

6 239

1992

547

1 867

1 874

764

330

5 382

1993

371

1 214

2 188

577

232

4 582

1994

353

1 174

2 808

576

252

5 163

Consommation apparente

1989

6 639

4 110

4 971

2 326

857

18 903

1990

7 617

5 850

4 714

3 020

1 185

22 386

1991

8 345

6 046

4 340

2 718

705

22 154

1992

5 370

4 848

3 734

2 314

573

16 839

1993

3 591

2 981

4 351

1 311

389

12 623

1994

2 950

2 576

5 621

1 385

464

12 996

Exportations/production (%)

1989

39,1

61,7

27,0

49,0

88,0

48,9

1990

36,4

57,4

30,6

47,0

87,2

48,2

1991

34,0

57,7

27,5

46,8

86,0

45,6

1992

42,3

61,1

39,5

49,9

85,8

52,1

1993

53,7

67,3

32,9

65,1

88,5

57,8

1994

61,9

73,0

31,1

63,9

87,7

60,9

Importations/consommation (%)

1989

7,7

36,0

48,4

34,1

68,5

30,6

1990

8,6

36,4

48,9

34,9

68,4

31,1

1991

8,0

38,2

45,4

32,1

60,0

28,2

1992

10,2

38,5

50,2

33,0

57,6

32,0

1993

10,3

40,7

50,3

44,0

59,6

36,3

1994

12,0

45,6

50,0

41,6

54,3

39,7

Source: Fédération internationale des organisations de travailleurs de la métallurgie, 1997, annexe.


Tableau 8.5. Intensité de R-D* (valeur ajoutée) du secteur des machines non électriques
 


Canada

Danemark

Espagne

Finlande

France

Royaume-Uni

Italie

Japon

Pays-Bas

Suède

Etats-Unis

Allemagne (Ouest)


1980

2,48

2,85

0,47

4,9

3,52

5,06

1,25

5,42

2,8

7,18

7,55

6,8

1985

4,61

3,21

1,99

6,58

5,02

6,03

3,32

7,14

3,11

9,03

13,12

7,34

1986

5,38

3,99

2,24

8,5

5,2

5,36

3,71

7,78

3,83

10,72

14,15

7,52

1987

5,63

4,95

3,14

8,02

5,18

5,5

3,86

9,24

4,54

12,35

12,45

8,04

1988

5,14

4,58

3,44

8,12

4,98

6,63

3,96

9,37

5,06

12,32

12,34

8,09

1989

5

4,48

3,28

8,65

4,85

8,33

4,16

10,66

5,07

10,55

12,68

7,92

1990

5,01

5,11

4,43

6,15

5,46

7,16

4,25

10,67

5,2

10,17

12,58

7,46

1991

6,19

6,02

4,02

6,66

5,56

6,37

4,57

10,14

4,86

11,04

13,97

8,44

1992

6,41

6,63

4,31

7,15

7,56

6,09

4,58

9,78

4,81

11,96

13,75

8,57

1993

5,53

7,43

3,57

8,94

8,27

6,46

3,85

11,15

4,92

12,61

11,39

9,23

1994

5,05

7,05

2,54

8,8

8,02

5,65

3,52

12,13

5,28

10,99

11,45

9,09


Tableau 8.6. Intensité de R-D* (valeur ajoutée) du secteur des machines électriques
 


Canada

Danemark

Espagne

Finlande

France

Royaume-Uni

Italie

Japon

Pays-Bas

Suède

Etats-Unis

Allemagne (Ouest)


1980

9,4

5,85

1,6

10,55

12,3

20,43

4,05

10,15

16,29

14,18

19,76

12,06

1985

19,56

8,05

2,44

13,05

14,84

18,83

7,75

12,48

22,31

22,06

19,45

13,56

1986

19,68

8,24

3,44

12,59

14,86

16,71

8,37

12,13

25,57

21,46

19,66

13,94

1987

18,54

8,95

4,58

13,29

16,37

13,96

8,58

12,61

26,32

22,44

19,03

14,79

1988

18,05

9,17

5,66

15,79

16,15

12,68

8,52

12,61

25,08

23,13

15,98

15,25

1989

16,78

9,48

6,16

16,65

16,81

11,84

8,67

12,31

21,89

30,88

13,77

14,49

1990

17,36

10,6

6,57

16,93

17,06

13,29

9,38

12,63

17,58

40,58

14,12

13,97

1991

19,28

11,24

7,52

23,26

17,35

12,72

9,71

12,41

14,51

50,54

13,66

13,52

1992

19,19

10,6

7,03

19,83

17,12

12,83

9,95

13,33

13,05

56,21

13,55

13,15

1993

21,22

10,26

7,07

16,66

17,54

14,1

9,85

13,28

14,33

50,83

11,94

14,37

1994

21,8

9,96

5,75

22,16

18,03

11,73

10,48

13,85

15,41

48,25

11,8

14,29

* L'intensité de R-D exprime les dépenses de R-D par secteur en pourcentage de la valeur ajoutée.
Source: OCDE.


Tableau 8.7. Taux d'investissement en R-D* du secteur des machines non électriques
 


Canada

Danemark

Espagne

Finlande

France

Royaume-Uni

Italie

Japon

Pays-Bas

Suède

Etats-Unis

Allemagne (Ouest)


1980

29,44

20,91

15,69

31,49

38,78

57,33

10,68

35,92

18,97

71,43

65,36

73,18

1985

58,96

20,55

49,95

58,58

66,73

74,53

39,34

40,83

27,29

74,52

126,84

94,2

1986

74,14

22,54

49,42

74,92

62,25

72,28

38,49

49,39

34,64

86,77

163,07

79,6

1987

66,08

35,53

58,28

67,35

65,39

83,51

40,77

59,35

48,73

85,07

135,87

88,04

1988

62,18

38,46

60,35

89,63

55,66

117,58

37,46

59,43

61,55

95,11

152,65

94,09

1989

58,13

35,15

50,34

69,36

56,31

134,3

34,8

57,87

61,26

78,29

140,49

87,97

1990

56,7

38,98

73,19

52,63

56,36

113,73

38,85

57,17

53,12

94,76

129,71

82,57

1991

45,11

83,39

66,74

57,7

96,89

49,49

49,64

57,77

113,93

157,56

98,81

1992

55,09

74,72

82,37

81,33

93,22

47,54

48,55

53,32

150,7

159,08

90,43

1993

319,4

115,34

66,85

70,31

154,08

124,34

131,03

1994

136,35

99,4

117,57

115,6


Tableau 8.8. Taux d'investissement en R-D* du secteur des machines électriques
 


Canada

Danemark

Espagne

Finlande

France

Royaume-Uni

Italie

Japon

Pays-Bas

Suède

Etats-Unis

Allemagne (Ouest)


1980

108,33

44,75

42,52

51,45

101,66

241,11

27,17

49,46

98,36

131,46

135,87

125,94

1985

183,99

49,32

46,33

75,13

90,96

184,87

74,69

45,36

142,02

168,5

123,71

124,1

1986

163,33

48,49

58,92

96,76

89,37

187,32

78,09

50,91

144,78

177,43

153,9

120,98

1987

161,25

72,07

70,04

87,9

109,31

169,95

73,43

66,59

147,41

213

190,87

138,1

1988

171,77

75,94

75,78

124,24

114,3

165,53

69,26

55,71

170,84

261,51

139,07

149,36

1989

182,03

75,47

68,96

149,15

128,72

130,01

61,71

51,22

168,46

225,64

121,21

148,72

1990

187,99

83,89

90,98

161,15

112,49

169,77

67,37

55,67

134,69

304,06

110,41

132,68

1991

75,66

78,97

304,94

115,63

150

68,77

49,45

168,08

306,35

131,87

144,07

1992

64,2

73,81

170,73

121,3

127,8

71,55

54,28

107,04

400,86

140,68

117,51

1993

136,81

142,66

68,02

160,57

306,88

112,93

153,2

1994

118,85

139,43

240,71

101,34

* Le taux d'investissement en R-D indique les dépenses en R-D par secteur en pourcentage de la formation de capital brut fixe dans ce secteur.

Source: OCDE.


Ces tableaux reflètent également un recentrage des entreprises sur leurs métiers essentiels et une évolution de la compétitivité. La croissance rapide du secteur de l'industrie informatique et le déclin du secteur de l'électronique «grand public» aux Etats-Unis sont perceptibles, par exemple, dans la diminution de l'intensité de R-D pour le secteur de la construction électrique et dans son augmentation pour la construction mécanique. De même, la croissance de la production et du développement d'équipements de télécommunication qu'ont connue les entreprises suédoises et finlandaises peut expliquer le niveau élevé des dépenses en R-D qu'elles ont effectuées dans ce domaine.

8.3. Industrie électronique américaine:
la flexibilité par la sous-traitance

Bien que les Etats-Unis aient toujours été parmi les pays les mieux placés dans le secteur de l'électronique, ils ont connu une crise dans ce domaine au cours des années quatre-vingt. La concurrence de l'Asie orientale, notamment du Japon, a entraîné la quasi-disparition du secteur de l'électronique «grand public». Les producteurs de télévision ont été les plus touchés, alors que les secteurs de l'informatique et des semi-conducteurs ont dû lutter pour conserver leur part de marché. Toutefois, au milieu des années quatre-vingt-dix, les industries américaines des semi-conducteurs et de l'informatique reviennent déjà au premier plan. En 1994, selon l'OCDE, «dans le domaine informatique, les cinq premiers producteurs sont le Japon, les Etats-Unis, Singapour, Taiwan et le Royaume-Uni. L'Allemagne et la France viennent ensuite. En 1996, les Etats-Unis sont considérés comme les premiers producteurs dans ce domaine. L'industrie américaine a confirmé qu'elle occupait le devant de la scène pour les produits nouveaux à forte croissance(5)

Selon Michael Borrus(6), deux facteurs permettent d'expliquer le nouvel essor de l'industrie électronique américaine. Le premier a trait à la nature des nouveaux produits électroniques: «Les marchés des nouveaux produits électroniques ont amorcé un mouvement de convergence vers une base technologique commune, celle de systèmes ouverts, qui peuvent être mis en réseau et utilisent des microprocesseurs (système dont les PC sont l'exemple emblématique). En effet, s'agissant des produits nouveaux, les marchés sont caractérisés par une forme particulière de concurrence, où chacun tente d'imposer sur le marché des normes de facto (comme Microsoft et Intel l'ont fait dans le domaine des PC pour les systèmes d'exploitation et l'architecture des processeurs).» De par sa taille, le marché américain est devenu «le premier des marchés de lancement», celui où se décident les normes mondiales pour les nouveaux produits.

Un deuxième facteur, lié au premier, explique le retour de l'industrie électronique américaine. Il tient à la nature très flexible du marché du travail aux Etats-Unis et aux changements qui ont caractérisé l'organisation de la production dans ce pays(7). Jusqu'aux années quatre-vingt, l'industrie électronique américaine se distinguait par des entreprises à intégration verticale. Cependant, à partir de cette époque, pour lutter contre la concurrence venant d'Asie orientale, les entreprises américaines actives dans le secteur de l'électronique, et notamment dans les semi-conducteurs et dans l'informatique, ont commencé à adopter un type d'organisation plus flexible. Cette nouvelle organisation a consisté, entre autres, à sous-traiter les activités périphériques ou spécialisées pour se concentrer sur les compétences essentielles de l'entreprise. Elle est passée par la réduction de la taille des entreprises et par une évolution de plus en plus marquée vers la spécialisation flexible. Les entreprises ont ainsi décidé que, plutôt que de créer des capacités internes pour des activités certes importantes mais périphériques ou non essentielles, il était plus efficace, à la fois en termes d'organisation et de coût, de sous-traiter ou d'externaliser ces activités auprès d'entreprises spécialisées. Cette évolution a conduit au développement d'une stratégie d'organisation reposant sur les «réseaux de production», un concept déjà mis en application au Japon. La sous-traitance a débouché sur l'essor de zones comme la Silicon Valley, en Californie, et la Route 128, dans le Massachusets. Ces regroupements d'entreprises de haute technologie ont eu lieu pour répondre à la demande de compagnies de taille plus importante désireuses de sous-traiter certaines de leurs activités; elles sont devenues un maillon du réseau de production(8).

La concurrence accrue en vigueur au sein de l'industrie électronique a poussé les entreprises américaines à revoir le rôle assigné à leurs entreprises associées, filiales et fournisseurs en Asie orientale et en Asie du Sud-Est (soit la République de Corée, Hong-kong, Singapour, la Malaisie, Taiwan, la Chine et la Thaïlande). Ce sont avant tout des considérations de coût qui ont présidé au choix d'implanter des filiales dans la région. Les activités à forte densité de main-d'œuvre comme l'assemblage de produits électroniques «grand public» et d'ordinateurs ont été délocalisées vers l'Asie pour tirer profit du faible coût de la main-d'œuvre dans la région. Une fois assemblés, les produits électroniques sont exportés vers les marchés des Etats-Unis ou d'autres pays développés. Borrus estime qu'au début des années quatre-vingt, alors que la demande en produits informatiques et en semi-conducteurs gagnait en importance et en exigence dans les marchés des pays développés et que la concurrence des entreprises électroniques asiatiques se faisait plus intense, les entreprises américaines ont décidé de transformer la nature de leurs réseaux de production en Asie. Leurs sociétés associées ont été modernisées de manière à pouvoir effectuer des activités plus complexes, à plus forte valeur ajoutée. De plus, certaines décisions concernant la production ont été décentralisées à mesure que ces sociétés se voyaient confier des responsabilités nouvelles. De la sorte, «comme elles étaient plus autonomes, les sociétés associées ont eu davantage recours au marché local pour certaines pièces et composants (pièces détachées, dispositifs de surveillance, circuits intégrés discrets ou même blocs d'alimentation)». Une nouvelle base d'approvisionnement s'est ainsi créée en Asie(9).

Ces dernières années, la tendance a été au renforcement des réseaux de production. La plus grande partie des activités de recherche, de conception et de développement sont toujours effectuées par les entreprises mères, aux Etats-Unis. En revanche, la grande majorité des activités de production se déroulent outre-mer. Les sociétés affiliées ou les fournisseurs établis en Asie orientale ou en Asie du Sud-Est produisent les composants les plus complexes et exécutent un premier assemblage. L'assemblage final et les tâches les plus simples, à moindre valeur ajoutée, sont effectués dans d'autres pays de la région, en Chine par exemple, ou ailleurs, au Mexique par exemple par les maquiladoras.

Certaines entreprises américaines ont commencé à externaliser l'ensemble du processus de fabrication vers des fabricants d'équipements de base (OEM). Dans ce type d'accord, le client (la société principale) fournit à l'OEM le modèle et la description technique du produit, qui est commercialisé par la suite sous la marque de fabrique du client. Des entreprises innovantes ont même renoncé à conserver la moindre structure de fabrication ou à investir dans des usines manufacturières. Elles ont choisi la solution d'un «contrat de conception/fabrication intégral; il faut comprendre par là que toutes les activités, de la conception à l'assemblage final, sont sous-traitées auprès d'un fabricant, et que le client n'est plus responsable que de la marque de fabrique et de la commercialisation du produit. Ernst commente ainsi les accords de ce type passés entre Compaq et Mitac International, une entreprise informatique installée à Taiwan:

Compaq sous-traite toutes les activités de la chaîne de formation de la valeur ajoutée sauf la commercialisation, tâche dont l'entreprise reste seule responsable. Mitac est en revanche responsable de la conception et du développement de nouveaux produits ainsi que de la fabrication, du transport et des services après-vente, tâches qui sont effectuées dans des usines à Taiwan, en Chine, en Grande-Bretagne, en Australie et aux Etats-Unis. Compaq espère ainsi faire une économie de 15 pour cent sur l'ensemble des coûts de cycle de vie(10).

La société informatique américaine Apple a, elle aussi, conclu des contrats de ce type(11).

Le regain de l'industrie électronique américaine témoigne de l'importance de la flexibilité de l'organisation de la production dans le renforcement de la compétitivité de l'industrie nationale. En externalisant une grande partie, voire l'ensemble, de leurs activités de production, les entreprises américaines ont réussi à se concentrer sur la recherche et le développement dans le but d'innover avec de nouveaux produits. Elles ont également réussi à s'adapter aux fluctuations de la demande sans investir dans de nouvelles capacités de production ou laisser inutilisées les capacités existantes(12).

8.4. Améliorer la compétitivité
par la flexibilité sur le lieu de travail

D'après un rapport du groupe Compétitivité de la Commission européenne cité dans le Livre vert de la Commission sur le partenariat pour une nouvelle organisation du travail:

(…) un certain nombre d'études de cas (…) démontrent le potentiel de productivité et de prospérité d'une nouvelle organisation du travail. Les résultats confirment que les innovations apportées à l'organisation des entreprises conduisent à de meilleures performances des entreprises, à une meilleure protection de l'emploi et à son augmentation. Le programme allemand sur le travail et la technologie et les programmes scandinaves aboutissent aux mêmes conclusions, en ce sens que les entreprises qui ont procédé à une restructuration de leur organisation du travail et des relations sociales ont bien mieux réussi que celles qui ont tenté de relever les défis en se préoccupant uniquement d'introduire des technologies de production avancées(13).

Une étude menée en 1992 sur l'incidence des programmes de formation sur le lieu de travail et des remaniements des stratégies du travail dans des entreprises manufacturières et non manufacturières des Etats-Unis montre que les entreprises corrèlent certaines améliorations et l'adoption d'une, ou plusieurs, des mesures suivantes dans l'organisation du lieu de travail: responsabilisation des salariés, formation, gestion en vue d'une qualité totale, participation aux bénéfices, équipes ou cercles de qualité et limitation des postes de direction. Les améliorations le plus fréquemment citées concernent la productivité, le moral des travailleurs et la satisfaction des clients. Cependant, des améliorations concernant le délai de livraison, le taux d'erreurs ou de rebut et les bénéfices sont également citées par une majorité (ou quasi-majorité) des entreprises. La probabilité de bons résultats croît à mesure que progresse(14) le nombre des mesures de réorganisation adoptées.

Au plan de la performance d'une entreprise, les effets des mesures tendant à une flexibilité du marché du travail sont évidents dans l'industrie automobile. En 1995, l'auteur d'une étude sur des usines d'assemblage automobile a cherché à vérifier l'hypothèse selon laquelle des méthodes innovantes en matière de ressources humaines permettent de faire progresser la performance de l'entreprise. Il a également tenté de montrer que, dans le cas d'usines d'assemblage, les résultats sont encore meilleurs si l'on adopte également une organisation flexible de la production. L'expression «méthodes innovantes en matière de ressources humaines» recouvre ici le travail en équipe, les groupes pour la recherche de solutions, la mise en application des suggestions émanant des salariés, la rotation des postes, la décentralisation des tâches liées à la qualité et d'autres mesures de gestion des ressources humaines relatives au recrutement et à l'embauche, à la rémunération au mérite, à la différentiation des statuts et à la formation des salariés, qu'ils soient nouveaux arrivants ou travailleurs expérimentés. L'auteur en arrive à la conclusion que les résultats confirment dans l'ensemble l'hypothèse selon laquelle les usines d'assemblage dotées de systèmes de production flexibles, qui gèrent les ressources humaines comme un système intégré à leur stratégie productive et commerciale, obtiennent de meilleurs résultats -- tant pour la productivité que pour la qualité -- que celles qui utilisent des systèmes de production de masse, plus traditionnels. Ces résultats sont une preuve statistique, la plus solide à ce jour, des effets bénéfiques des méthodes innovantes en matière de ressources humaines sur la performance économique(15).

Une étude du recours à la sous-traitance dans le secteur des produits métalliques conclut que, dans les usines où le personnel est syndiqué, les comités réunissant salariés et direction en vue de rechercher des solutions à certains problèmes peuvent être porteurs d'une certaine flexibilité fonctionnelle, bénéfique pour la production, qui constitue une variante de la stratégie de flexibilité numérique (par la sous-traitance). Les auteurs font référence à une étude du secteur manufacturier qui a montré que dans une usine moderne, au personnel syndiqué, dotée d'une structure visant à la résolution commune des problèmes, les agents chargés de fabrication acceptent plus facilement de voir leur poste évoluer et s'enrichir de nouvelles compétences, et que cette approche de la réorganisation du travail permet des gains de productivité considérables(16).

8.5. Degré de concentration

Une conséquence de la concurrence, qu'elle se situe au niveau des prix ou ailleurs, a été une course à la concentration des entreprises dans presque tous les secteurs de la construction mécanique et électrique. Dans l'industrie informatique, le chiffre d'affaires des dix premières entreprises représente plus de 50 pour cent du total mondial du secteur et celui des vingt premières environ 70 pour cent(17). Il est évident qu'un grand nombre des entreprises leaders occupent ce rang depuis de nombreuses années. L'industrie informatique est par ailleurs dominée par deux pays, les Etats-Unis et le Japon. L'industrie électronique «grand public» présente elle aussi un haut degré de concentration. La part de marché des cinq premiers producteurs de télévision du monde est supérieure à 75 pour cent. La répartition géographique des principales entreprises d'informatique grand public(18) diffère beaucoup de celle de l'industrie informatique dans son ensemble. En 1991, sur les treize premiers fabricants de ce secteur, huit étaient japonais, un néerlandais (Philips), un français (Thomson), un finlandais (Nokia) et deux sud-coréens (Samsung et Goldstar).

Whirlpool et Electrolux sont les entreprises les plus importantes dans le secteur des appareils électroménagers, ou «produits blancs», aux Etats-Unis et en Europe respectivement. Il s'agit d'un secteur hautement compétitif, aux produits standardisés, ce qui explique que la plupart des investissements et des activités de production se concentrent dans des pays où les coûts sont limités. De plus, le paysage de ce secteur est en mutation permanente du fait de fusions et de rachats. Selon des chiffres de l'Union européenne(19), il n'y a plus d'entreprises fabriquant des machines à laver, des réfrigérateurs ou des lave-vaisselle en France. La fabrication de fours micro-ondes s'est déplacée du Japon vers la Corée. L'Europe de l'Est commence elle aussi à être une destination populaire pour les investissements directs étrangers dans ce secteur, d'abord parce que les coûts de production y sont modérés mais aussi parce que la région est un marché émergent pour les produits blancs.

Le secteur des semi-conducteurs, caractérisé dans les années soixante et soixante-dix par des petites et moyennes entreprises, a connu nombre de regroupements par le biais de fusions et de rachats, il se distingue désormais par un taux élevé de concentration(20). D'après la Fédération internationale des organisations de travailleurs de la métallurgie(21), le taux de concentration du secteur des machines-outils est également considérable. La production y est dominée par quelques grandes entreprises. Toutefois, il y a dans ce secteur nombre de petites et moyennes entreprises qui fournissent des biens ou services aux grandes.

Le tableau 8.9 montre le taux élevé de concentration dans le secteur des télécommunications. Les dix premières entreprises y contrôlent plus de 75 pour cent du marché. Les entreprises du secteur sont par ailleurs dispersées du point de vue géographique, la moitié d'entre elles sont européennes.

Quelques observations générales se dégagent des données présentées ici. Il est évident que, dans les pays qui ont adopté des mesures assouplissant le marché du travail, que ce soit au niveau national ou organisationnel, la compétitivité du secteur de la construction mécanique et de celui de la construction électrique s'est trouvée renforcée d'une façon générale. Globalement, les pays pour lesquels les gains de productivité ont été les plus importants entre 1985 et 1994 sont le Canada, les Etats-Unis, le Royaume-Uni, les Pays-Bas, le Japon et la Corée. La performance de la France et de l'Allemagne est plus nuancée, alors que la Grèce, l'Italie et l'Espagne ont en général connu un déclin de compétitivité dans le secteur de la construction mécanique et électrique. Ce n'est que depuis peu que l'Allemagne a introduit des méthodes plus novatrices et flexibles sur le marché du travail. C'est peut-être pour cela qu'aucune amélioration de sa compétitivité n'apparaît dans les données utilisées ici, qui ne vont que jusqu'à 1994.

Tableau 8.9. Les dix premiers vendeurs d'équipement de télécommunication (par ventes), 1994
 


Entreprise

Pays d'origine

Part de marché (%)


Alcatel

France

15,8

Motorola

Etats-Unis

10,8

AT&T

Etats-Unis

10,7

Siemens

Allemagne

9,6

Ericsson

Suède

7,4

NEC

Japon

7,1

NORTEL

Canada

6,2

Fujitsu

Japon

3,6

Bosch

Allemagne

2,6

Nokia

Finlande

1,9

Total

75,7

Source: R. Manell et P. Tang: Technology and regulatory changes affecting multinational enterprises in telecommunications: Aspects of the impact on the workforce. Multinational Enterprises Programme Working Paper no 78 (Genève, BIT, 1996), p. 23.


Toutes les études citées concluent à l'existence d'une relation généralement bénéfique entre l'utilisation de méthodes de travail innovantes et la performance de l'entreprise. Cependant, une analyse récente du système de l'emploi et des salaires aux Etats-Unis et au Japon constate que la progression des performances des entreprises ne débouche par forcément sur une amélioration de la compétitivité du pays qui les abrite. La performance économique globale ne dépend ni des systèmes adoptés par les entreprises en matière d'emploi ni des institutions économiques nationales. Les méthodes d'une entreprise, qui influent sur sa compétitivité, peuvent certes soutenir ou limiter la capacité d'un pays à atteindre ses buts économiques, mais elles ne peuvent pas à elles seules déterminer la performance économique dudit pays(22). D'autres auteurs citent des études qui donnent à penser que la sous-traitance n'aurait que des effets limités sur l'amélioration des résultats d'une entreprise(23).

Dans un monde où l'industrie se caractérise par une évolution technologique toujours plus rapide et une concurrence accrue pour rester concurrentielles, les entreprises doivent constamment innover aux plans de l'utilisation des ressources humaines et de l'organisation de la production. L'une des implications des constatations de Brown et de ses collaborateurs est que la performance économique d'un pays dépend de facteurs bien plus nombreux que la seule compétitivité de ses entreprises. Les gouvernements et les partenaires sociaux jouent un rôle important dans l'amélioration des résultats économiques nationaux; les gouvernements, qui doivent mener des politiques macroéconomiques saines, peuvent par ailleurs jouer un rôle clé dans le domaine de l'éducation. Une bonne prévision des évolutions industrielles et technologiques à venir permet d'orienter les politiques en matière d'éducation et de donner aux étudiants d'aujourd'hui, qui sont la force de travail de demain, les moyens de s'adapter aux besoins des entreprises.

Par ailleurs, il faut voir plus loin que l'entreprise et aller au-delà des mesures conventionnelles de la productivité et de la compétitivité(24), qui procurent généralement une vision unilatérale et à très court terme. Les données et les études sur le sujet montrent que les entreprises bénéficient des dispositions assurant la flexibilité du marché du travail: elles obtiennent de meilleurs résultats, leur productivité augmente et les coûts salariaux diminuent. Cependant, ce type de constatations masque la difficulté qu'il y a à coordonner des systèmes de production flexibles, les conflits entre syndicats sur la manière de mener les négociations et les conséquences sociales de la flexibilité sur le long terme. Les questions et les sujets de discussion suscités par ces analyses sont bien plus nombreux que les réponses qu'elles apportent. Quelle est la société qui naîtra de la nouvelle flexibilité sur le lieu de travail? Est-il possible pour un pays de garantir que la société dans son ensemble tire profit de l'avancée des résultats des entreprises obtenue grâce à la flexibilité?

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1.  L'indicateur de la productivité utilisé ici est la productivité de la main-d'œuvre, qui est définie comme le rapport entre la valeur ajoutée à prix constant et le nombre de travailleurs employés (le nombre d'heures de travail peut également être utilisé). Le coût unitaire de la main-d'œuvre est le rapport entre la rémunération de la main-d'œuvre à prix courant et la production, qui est mesurée comme la valeur ajoutée à prix constant. La part du travail dans la valeur ajoutée reflète la rémunération du travail par rapport à la valeur ajoutée dans un secteur donné. Une productivité du travail élevée ajoutée à un coût unitaire de la main-d'œuvre faible et à une part du travail dans la valeur ajoutée limitée est le signe d'une bonne compétitivité. Si la spécialisation des exportations est prononcée, on peut également conclure à un gain de compétitivité dans le secteur considéré. Cependant, tous ces indicateurs ne sont que des mesures imparfaites de la compétitivité.

2.  L'OCDE définit le coût unitaire de la main-d'œuvre comme le rapport entre la rémunération de la main-d'œuvre à prix courant et la production, mesurée comme la valeur ajoutée à prix constant. L'inflation fait que cette mesure tend à exagérer le coût de la main-d'œuvre.

3.  La part du travail dans la valeur ajoutée est la mesure de la rémunération du travail dans un secteur donné et se présente sous la forme d'un pourcentage de la valeur ajoutée pour ce secteur.

4.  La spécialisation des exportations est un indicateur utilisé par l'OCDE pour mesurer les exportations d'un pays dans un secteur donné. Il est défini comme la proportion du volume total des exportations de produits manufacturés divisée par la proportion des exportations dans le même secteur pour l'ensemble de l'OCDE par rapport au chiffre total des exportations en produits manufacturés pour l'OCDE. Cette mesure permet de comparer les exportations d'un pays pour un secteur donné avec la moyenne de l'OCDE. Si un pays obtient le chiffre 100 ou plus dans un secteur donné, on peu en conclure que le pays a un avantage comparatif avéré par rapport à la moyenne de l'OCDE pour le secteur considéré.

5.  G. Vickery: Globalization in the Computer Industry in OECD: Globalization of Industry (Paris, 1996), p. 115.

6.  M. Borrus: «Left for dead: Asian production networks and the revival of US electronics», (Berkeley Roundtable on the International Economy) (BRIE) Working paper 100, avril 1997. <http://brie.berkeley.edu/BRIE/pubs/wp/wp100.html> (14 janv. 1998), p. 3.

7.  M. Borrus, op. cit., p. 4.

8.  Voir J. Warnke: «Computer manufacturing: Change and competition», dans Monthly Labor Review, vol. 119(8) (Washington, DC, US Bureau of Labor Statistics, 1996). Voir aussi A. Saxenian: Regional Advantage: Culture and Competition in Silicon Valley and Route 128 (Harvard University Press, Cambridge).

9.  M. Borrus, op. cit., p. 7. Voir également D. Ernst: From partial to systemic Globalization: International production networks in the electronics industry. BRIE, Working Paper 98, avril 1997.

10.  D. Ernst: Partners for the China Circle? The Asian production networks of Japanese electronics firms. BRIE Working Paper 91, janv. 1997.<http://brie.berkeley.edu/BRIE/pubs/wp/wp91.html> (14 janv. 1998), p. 17.

11.  Sturgeon, T. J., 1997. Does manufacturing still matter? The organizational delinking of production from innovation. BRIE Working Paper 92 B, août 1997.
<http://brie.berkeley.edu/BRIE/pubs/wp/wp92b.html> (14 janv. 1998), pp. 6-9.

12.  M. P. Fernandez-Kelly: «Labor force recomposition and industrial restructuring in electronics: Implications for free trade», dans Hofstra Labor Law Journal, vol. 10, no 2, 1993, pp. 623-717.

13.  Commission européenne: Livre vert: Partenariat pour une nouvelle organisation du travail, pp. 4-5.

14.  L.J. Bassi: «Upgrading the US workplace: Do reorganization, education help?», Monthly Labor Review, vol. 118 (5) (US Department of Labor, Washington, DC, 1995), p. 44.

15.  J.P. MacDuffie: «Human resource bundles and manufacturing performance: Organizational logic and flexible production systems in the world auto industry», Industrial and Labor Relations Review, vol. 48, no 2, pp. 203 et 218.

16.  B. Harrison et M.R. Kelley: «Outsourcing and the search for 'flexibility'», Work, Employment & Society, vol. 7 (2), p. 229.

17.  Vickery, op. cit., p. 122.

18.  A.B. Zampetti: «Globalisation in the consumer electronics industry», OCDE, op. cit., pp. 207-250.

19.  Commission européenne: Panorama de l'industrie communautaire 1995/96 (Bruxelles, 1995).

20.  P. Dicken: Global Shift, 2nd Edition (London, Paul Chapman Publishing, 1994), p. 330.

21.  Fédération internationale des organisations de travailleurs de la métallurgie (FIOM): «Les tendances mondiales dans la construction mécanique». Communication préparée pour la Conférence mondiale FIOM-OIT sur les industries mécaniques, 26-28 nov. 1997, p. 3.

22.  C. Brown, Y. Nakata, M. Reich et L. Ulman: Work and pay in the United States and Japan (New York, Oxford University Press, 1997), p. 191.

23.  J. Benson et N. Ieronimo: «La décision de sous-traiter: l'expérience d'un échantillon d'entreprises implantées en Australie», dans Revue internationale du Travail, vol. 135, no 1, p. 65.

24.  G. van Liemt: Applying global best practice: Workers and the «new» methods of production organization, Employment and Training Papers no 15 (Genève, BIT, 1998).

 

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