
Réunion tripartite sur la technologie et l'emploi dans les industries des produits alimentaires et des boissons
Note sur les travaux
Genève, 18-22 mai 1998
Bureau International du travail Genève
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Table des matières
Partie 1. Examen de la question à l'ordre du jour
Introduction
Composition du groupe de travail
Présentation du rapport et discussion générale
Technologie et productivité
Flexibilité de l'emploi et nouvelle organisation du travail
Conditions de travail
Gestion de l'environnement
Rôle de l'OIT
Examen et adoption par la réunion du projet de rapport et du projet de conclusions
Examen et adoption des projets de résolution par la réunion
Textes des résolutions adoptées par la réunion
Résolution concernant l'emploi des femmes dans les industries des produits alimentaires et des boissons
Résolution concernant le travail des enfants dans les industries des produits alimentaires et des boissons
Résolution concernant la liberté syndicale dans les industries des produits alimentaires et des boissons
Résolution concernant les activités futures de l'OIT dans le secteur des industries des produits alimentaires et des boissons
Activités de l'OIT présentant un intérêt pour les industries des produits alimentaires et des boissons
Gestion de la qualité dans les industries des produits alimentaires et des boissons, y compris à travers les normes ISO 9000
La promotion de la productivité et la création d'emploi dans les industries des produits alimentaires et des boissons, en particulier dans les pays en développement
La Réunion tripartite sur la technologie et l'emploi dans les industries des produits alimentaires et des boissons s'est tenue au Bureau international du Travail, à Genève, du 18 au 22 mai 1998.
Le Bureau avait publié un rapport(1) destiné à servir de base aux débats de la réunion. Il y traitait des thèmes suivants: évolution récente dans les industries des produits alimentaires et des boissons; changements technologiques; impact des nouvelles technologies sur l'emploi; impact des nouvelles technologies sur les conditions de travail; gestion des effets des changements; et problèmes d'environnement.
Le Conseil d'administration a désigné M. K. Ahmed, membre travailleur du Conseil d'administration, pour le représenter et présider la réunion. Celle-ci a élu les trois vice-présidents suivants: M. Ravikant (Inde) du groupe gouvernemental, M. R. Díaz Navarrete du groupe des employeurs et Mme C. Sanz Fernández du groupe des travailleurs.
Ont assisté à la réunion les représentants gouvernementaux des pays suivants: Chine, Egypte, Etats-Unis, France, Inde, Italie, Japon, Maroc, Nigéria, Portugal, Royaume-Uni, Turquie et Uruguay; 17 représentants des employeurs et 18 représentants des travailleurs. Un représentant gouvernemental de la Malaisie était également présent.
Un observateur de l'Organisation arabe du travail a assisté à la réunion et des représentants des organisations internationales non gouvernementales suivantes étaient également présents en qualité d'observateurs: Confédération internationale des syndicats libres, Confédération mondiale du travail, Fédération mondiale des travailleurs de l'agriculture, alimentation, hôtellerie et connexes, Organisation internationale des employeurs, Union internationale des syndicats des travailleurs de l'agriculture, de l'alimentation, du commerce, de l'industrie textile et similaires et Union internationale des travailleurs de l'alimentation, de l'agriculture, de l'hôtellerie-restauration, du tabac et des branches connexes.
Les trois groupes ont élu leur bureau comme suit:
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Groupe gouvernemental: | ||
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Président: |
M. N. Tubman (Royaume-Uni) |
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Vice-présidente: |
Mme M. T. Paccetti (conseillère technique, Portugal) |
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Secrétaire: |
M. A. Ahmad (Nigéria) |
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Groupe des employeurs: | ||
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Président: |
M. G. Rossi |
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Vice-présidents: |
M. C. Andreas |
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M. M. Ceretti |
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M. E. Davey |
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M. H.S. Endro |
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Secrétaire: |
M. J. Dejardin |
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Groupe des travailleurs: | ||
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Président: |
M. R. Potroz |
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Vice-président: |
M. S. Masuda |
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Secrétaire: |
M. P. Garver (Union internationale des travailleurs de l'alimentation, de l'agriculture, de l'hôtellerie-restauration, du tabac et des branches connexes (UITA)) |
Le secrétaire général de la réunion était M. V. Morozov, directeur du Département des activités sectorielles du Bureau international du Travail; le secrétaire général adjoint, M. B. Klerck Nilssen, responsable du Service des activités industrielles de ce département; le conseiller spécial, M. J. McLin, et la secrétaire exécutive, Mme L. Tegmo-Reddy. Les experts étaient M. P. Bailey, Mme L. Wirth et M. H. Essenberg. La greffière de la réunion était Mme T. Bezat-Powell.
Le président de la réunion a souhaité la bienvenue aux participants et a noté qu'il s'agissait de la cinquième réunion organisée par l'OIT sur le secteur des produits alimentaires et des boissons, les précédentes s'étant tenues en 1963, 1978, 1984 et 1991. En tant que membre du Conseil d'administration du BIT, il avait participé à la révision du Programme des activités sectorielles qui avait eu lieu entre 1993 et 1995. Le secteur des produits alimentaires et des boissons a été choisi comme l'un des secteurs à examiner en permanence. L'alimentation est un besoin fondamental de l'être humain et pourtant, dans le tiers monde, 840 millions d'individus sont sous-alimentés. Les personnes affectées à la production de produits alimentaires et de boissons rendent un très grand service à l'humanité. A l'échelle mondiale, l'effectif de ce secteur dans les pays pour lesquels on dispose de statistiques est de 17 millions de personnes environ, mais il est nettement plus élevé (21 millions peut-être) si l'on inclut le secteur non structuré. Les changements technologiques ont une incidence considérable sur l'emploi dans les industries des produits alimentaires et des boissons, en particulier dans les pays industrialisés. Les nouvelles technologies comme la microélectronique permettent d'automatiser les tâches, ce qui entraîne la suppression de nombreux emplois. Etant donné la pression de la concurrence, on peut s'attendre à ce que cette tendance se poursuive et touche d'autres pays. La réunion avait une tâche importante à effectuer, à savoir l'élaboration de conclusions qui peuvent servir d'utiles directives aux gouvernements, aux employeurs et aux travailleurs ainsi qu'à leurs organisations.
Dans son allocution d'ouverture, M. K. Tapiola, Directeur général adjoint du Bureau international du Travail, a fait observer que le Conseil d'administration du BIT avait choisi le thème de la technologie et de l'emploi dans les industries des produits alimentaires et des boissons étant donné les rapides changements technologiques qui se produisent dans le secteur et leurs effets, réels ou potentiels, sur les niveaux et la qualité de l'emploi. L'industrie alimentaire est diverse: les activités traditionnelles à forte intensité de travail, caractéristiques des pays en développement, côtoient les activités à forte intensité de capital, essentiellement dans les pays industrialisés. Elle constitue la principale industrie manufacturière de nombreux pays en développement et occupe en outre une place importante dans un certain nombre de pays industrialisés. Pour être compétitifs, les producteurs doivent commercialiser des produits adaptés à l'évolution du mode de vie de consommateurs toujours plus exigeants, qui sont de plus en plus sensibles aux problèmes de santé, d'hygiène, d'environnement, d'éthique et de coûts. S'ils veulent survivre, ils n'ont d'autre choix que de faire preuve d'esprit novateur et de dynamisme. Différentes technologies ont été adoptées ces dernières années: certaines permettent de réduire le gaspillage et d'améliorer la conservation des aliments, tandis que d'autres, comme l'informatique, visent à améliorer l'efficacité des opérations et à obtenir des produits de qualité meilleure et uniforme. Ces technologies permettent également d'améliorer le goût et la durée de conservation des produits et de les rendre meilleurs pour la santé. L'adoption de certaines techniques a fait disparaître des emplois mais, en raison des nouvelles demandes, de nouveaux produits ou des produits ayant une plus forte valeur ajoutée ont été mis au point et fabriqués et, partant, de nouveaux types d'emplois ont été créés. Toutefois, les travailleurs ne sont souvent ni qualifiés ni préparés pour occuper ces emplois qui exigent un niveau ou un type de formation différent. On assiste à une réorganisation du travail dans le secteur: la traditionnelle délimitation des emplois et les structures hiérarchiques font place à une nouvelle forme de flexibilité et les travailleurs ayant des qualifications élevées et variées, capables de travailler avec efficacité au sein d'équipes souples, se voient confier des tâches plus importantes. Dirigeants et travailleurs reconnaissent que les entreprises doivent adopter de nouvelles technologies si elles veulent survivre. Il est très important que des consultations aient lieu rapidement lorsque des changements se produisent et que les partenaires sociaux coopèrent étroitement pour faire face aux conséquences de ces changements, en particulier grâce à des programmes de formation et de recyclage. Pour être productives et compétitives, les entreprises doivent se doter d'un personnel qualifié et motivé. Par ailleurs, des lieux de travail plus sûrs et plus sains contribuent à assurer la productivité et la croissance des entreprises.
Examen de la question à l'ordre du jour
1. La réunion a procédé à l'examen du point à l'ordre du jour. Conformément aux dispositions de l'article 7 du Règlement pour les réunions sectorielles, les membres du bureau ont présidé les débats à tour de rôle.
2. Le porte-parole du groupe des employeurs était M. F. Baas et le porte-parole du groupe des travailleurs était M. R. Potroz.
3. La réunion a tenu cinq séances consacrées à l'examen du point à l'ordre du jour.
Composition du groupe de travail
4. A sa cinquième séance plénière, conformément aux dispositions de l'article 13, paragraphe 2, du Règlement, la réunion a créé un groupe de travail chargé de rédiger un projet de conclusions reflétant les vues exprimées lors de la discussion du rapport. Le groupe de travail, présidé par le vice-président gouvernemental (M. Ravikant, Inde), était composé des membres suivants:
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Membres gouvernementaux | ||
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Egypte: |
M. F. Afify |
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France: |
M. M. Pauron |
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Inde: |
M. Ravikant |
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Maroc: |
M. M. Tadili (conseiller technique) |
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Royaume-Uni: |
M. N. Tubman |
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Membres employeurs | ||
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M. C. Andreas | |
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M. F. Baas | |
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M. M. Ceretti | |
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M. H.S. Endro | |
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M. V. Mende | |
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Membres travailleurs | ||
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M. S. Masuda | |
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M. B.V. Nzuza | |
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Mme B. O'Neill | |
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M. R. Potroz | |
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M. J.-E. Ryman | |
Présentation du rapport et discussion générale
5. Présentant le rapport établi par le Bureau international du Travail, la secrétaire exécutive a remercié tous ceux qui avaient contribué à son élaboration en fournissant de précieuses informations. Le rapport souligne la très grande diversité des activités dans les industries des produits alimentaires et des boissons, depuis la production traditionnelle à forte intensité de main-d'œuvre telle qu'elle existe encore dans les pays en développement jusqu'aux procédés à forte intensité de capital qui caractérisent le monde industrialisé. Le rapport fait ressortir que les industries des produits alimentaires et des boissons ont beaucoup contribué à l'amélioration de la sécurité alimentaire mondiale, grâce aux nouvelles techniques de transformation et de conditionnement qui réduisent les pertes et le gaspillage des denrées primaires. La secrétaire exécutive a par ailleurs relevé la tendance à l'adoption de modes de vie nouveaux et à une plus grande sensibilité aux problèmes de santé, qui contribuent à accroître la consommation de produits alliant qualité nutritionnelle et facilité d'utilisation et à rendre les consommateurs plus sélectifs. L'introduction de technologies nouvelles dans les industries des produits alimentaires et des boissons a éliminé beaucoup de tâches répétitives, mais elle a également conduit à l'élaboration de produits nouveaux, créant ainsi des possibilités d'emploi pour les travailleurs ayant reçu une formation spécifique. Les femmes, bien souvent cantonnées dans les emplois peu qualifiés, sont souvent les plus touchées par ces changements. L'adoption de technologies nouvelles a rendu beaucoup de tâches nettement moins dangereuses et contribué à réduire les taux des accidents du travail et des maladies professionnelles. Toutefois, le niveau de la sécurité et de la santé reste inférieur à celui de la plupart des autres industries manufacturières. Certains travailleurs sont exposés à des températures extrêmement élevées ou basses ou à des niveaux plus élevés de bruit. On signale également un nombre croissant de cas de stress et d'affections de l'appareil musculaire et du squelette dus aux pressions toujours plus fortes exercées sur les travailleurs pour qu'ils aillent aussi vite que la machine et s'adaptent à leurs nouvelles responsabilités. Les méthodes de gestion et l'organisation du travail ont elles aussi changé: les échelons hiérarchiques sont maintenant moins nombreux et l'on attend des travailleurs qu'ils deviennent polyvalents pour qu'ils puissent participer à des formes flexibles de travail en équipe et pour que, outre leurs travaux d'entretien préventif et de réparation, ils pratiquent un contrôle de la qualité. L'introduction des nouvelles technologies exige donc une planification minutieuse et, dès le départ, des consultations entre la direction et les travailleurs, en particulier lorsque les changements sont censés entraîner des licenciements. La formation continue joue un rôle important dans l'adaptation aux changements technologiques rapides, et les qualifications acquises peuvent améliorer les possibilités d'emploi, notamment pour les femmes. Par ailleurs, l'attention se porte de plus en plus sur l'environnement, pour éviter en particulier la contamination des denrées primaires. C'est en fonction de ces problèmes que l'on a dégagé les points suggérés pour la discussion, dans l'objet d'encourager les principaux partenaires à parvenir à un consensus sur les améliorations à apporter aux industries des produits alimentaires et des boissons pour qu'elles puissent faire face aux changements technologiques rapides, à l'évolution de la demande des consommateurs, à la mondialisation et à la nécessité de rester compétitives et dynamiques.
6. Le porte-parole du groupe des travailleurs s'est déclaré satisfait du rapport et a souligné son utilité tant pour la réunion que pour les actions menées dans les pays concernés. Le groupe des travailleurs était disposé à faire profiter les participants de ses expériences multiples, tant positives que négatives, concernant l'adoption de nouvelles technologies. Il entendait apporter une contribution positive et constructive au débat, et souhaitait que celui-ci débouche sur des solutions équitables et pratiques et des conclusions claires. Le partage des bienfaits apportés par les technologies nouvelles en matière d'accroissement de la productivité dépend, d'une part, de la façon dont ces technologies sont utilisées et adoptées et, d'autre part, de l'existence de consultations et de discussions à leur sujet. Les syndicats ne redoutent pas les changements ni les technologies nouvelles. Certes, celles-ci ont fait disparaître bon nombre d'emplois sales, répétitifs et dangereux, mais le principal souci des syndicats est qu'elles soient appliquées de façon que les avantages qui en découleront ne profitent pas uniquement aux employeurs, au détriment des travailleurs, qui devraient en retirer une amélioration de leurs qualifications et la sécurité de l'emploi. La technologie n'est qu'un outil, et le problème est de savoir comment l'introduire de façon positive, pour qu'elle améliore les qualifications et le lieu de travail et soit profitable tant à l'employeur qu'à l'ensemble de la communauté. Cela suppose une planification à long terme assortie de débats nourris et de longues négociations entre la direction et les travailleurs sur des questions telles que la sécurité de l'emploi, la formation structurée, le redéploiement du personnel, son reclassement et son indemnisation. Si ces questions ne sont pas traitées de façon appropriée, les travailleurs pourraient s'opposer aux changements. En d'autres termes «les changements imposés sont des changements contestés». La formation est le facteur essentiel permettant de garantir que les avantages apportés par les technologies nouvelles profitent à tous, et les gouvernements ont un rôle clé à jouer: assurer une formation dans le cadre d'établissements publics et encourager une formation spécifique à l'industrie. Une formation dispensée par un employeur particulier n'est pas souhaitable car elle tend à être trop spécifique, ce qui ne favorise pas le transfert des qualifications. Il faut par ailleurs que la formation soit accessible et d'un coût abordable et qu'elle n'empiète pas sur la vie de famille. Elle doit couvrir un vaste éventail de qualifications, être sanctionnée par un certificat et, de ce fait, susceptible d'être transférée à d'autres secteurs d'activités. Une attention particulière doit être accordée aux travailleurs peu qualifiés, aux femmes, aux travailleurs migrants et aux handicapés, qui sont en général les premières victimes des suppressions d'emploi. Le groupe des travailleurs souhaitait par ailleurs débattre de questions telles que la flexibilité de l'emploi et l'élaboration de systèmes de travail hautement performants impliquant la polyvalence, le travail en équipe et des systèmes de rémunération liée aux qualifications. De tels systèmes peuvent présenter soit un risque, soit un avantage, selon la façon dont les consultations sont menées.
7. Le porte-parole du groupe des employeurs a déclaré que son groupe était satisfait du rapport. Il s'est également félicité de l'occasion offerte par la réunion de mener une discussion qu'il espérait franche et constructive. Il a souligné que, lors de l'examen des différents points, le débat devrait porter principalement sur des industries des produits alimentaires et des boissons. Ces industries doivent être prêtes à accepter un progrès continu de la technologie. La réunion devrait être axée sur les réalités et les expériences tant des pays industrialisés que des pays en développement. Il devrait en être de même lors de l'examen de questions plus générales comme l'environnement.
7. Selon un observateur, le secrétaire général de la Fédération mondiale des travailleurs de l'agriculture, alimentation, hôtellerie et connexes, le principal changement de ces deux dernières années dans le secteur a été l'apparition du génie génétique. La réunion devrait examiner ce nouveau facteur. Pour les travailleurs, qui sont aussi des consommateurs, les produits alimentaires vitaux pour le développement de l'homme posent problème. Le recours croissant au génie génétique peut aussi avoir de fâcheuses conséquences pour les pays en développement dont l'agriculture est relocalisée dans les pays industrialisés. Des millions de petits producteurs et de travailleurs, dans l'impossibilité de rivaliser avec les produits génétiquement modifiés, risquent d'y perdre leurs moyens d'existence. Certaines denrées alimentaires, comme la vanille, la canne à sucre, le cacao et le quinquina, proviennent de plantes qui ne peuvent croître que dans les pays tropicaux, et qui, désormais, pourront être cultivées partout dans le monde. Les hormones et autres substances alimentaires données aux animaux, qui sont ensuite consommés par l'homme, mettent sa santé en danger et nuisent aux travailleurs des pays en développement. Le génie génétique compromet également l'environnement. Ces questions n'ont guère retenu l'attention des chercheurs; l'OIT devrait réaliser une étude sur les effets positifs et négatifs de cette technique, en s'attachant notamment à la consommation par l'homme de produits génétiquement modifiés.
9. Un autre observateur, le secrétaire général de l'Union internationale des travailleurs de l'alimentation, de l'agriculture, de l'hôtellerie-restauration, du tabac et des branches connexes (UITA), s'est félicité de cette occasion de dialogue sur toute une série de questions touchant les travailleurs dans les industries des produits alimentaires et des boissons. Le plus important, a-t-il noté, est de ne pas imposer de changement dans tel ou tel secteur de façon arbitraire et unilatérale. La condition sine qua non pour réussir à mettre en œuvre tout changement est de mener un débat complet et global avec les organisations qui représentent les travailleurs concernés. Les arbitres des succès et des échecs dans l'industrie sont finalement les consommateurs qui, de plus en plus informés, veulent non seulement être assurés d'un approvisionnement à prix modique, mais aussi de produits de qualité qui soient sûrs, nutritifs et dont les procédés de fabrication ménagent la collectivité ou l'environnement. Pour satisfaire à ces demandes, il faut établir un dialogue social avec les organisations de travailleurs et d'employeurs ainsi qu'élaborer une politique tenant compte des intérêts de la collectivité. L'UITA a pu conclure, au plan international, d'importants accords dans le secteur des produits alimentaires et des boissons en vue d'améliorer les méthodes d'information et de consultation, ainsi que des accords portant sur les droits des travailleurs, l'égalité des chances et la formation aux échelons mondial et régional. De notables progrès ont lieu dans le cadre des divers comités d'entreprise européens qui existent déjà dans le secteur, en particulier là où ils comptent des représentants syndicaux qui pourraient y devenir des partenaires sérieux et compétents des entreprises. Pour l'UITA, ce genre de dialogue constitue une «méthode exemplaire» qu'elle souhaiterait vivement voir s'étendre. Certains problèmes doivent être traités aux plans sectoriel et général, par exemple, le cadre de la formation et du recyclage. Pareille conception s'applique également à l'échelon international avec la mondialisation croissante de la chaîne alimentaire. Outre jouer son rôle normatif essentiel, l'OIT pourrait continuer à permettre et encourager un dialogue social permanent dans le secteur des produits alimentaires et des boissons. Elle pourrait intensifier ses recherches, ses publications et la diffusion d'exemples de bonnes pratiques concernant les points débattus à la présente réunion. Elle pourrait également fournir information et formation essentielles dans ces domaines et défendre la cause des travailleurs les plus vulnérables, notamment les travailleuses, ceux qui ont des emplois précaires et ceux exposés à des lésions engendrées par les tâches répétitives.
10. Un observateur de l'Union internationale des syndicats des travailleurs de l'agriculture, de l'alimentation, du commerce, de l'industrie textile et similaires a souligné l'importance du rapport tout en précisant qu'il occulte les problèmes réels, car il évoque la concurrence au lieu de se pencher sur les motivations qui conduisent les entreprises à introduire des technologies nouvelles. La motivation première est bel et bien la quête de bénéfices plus importants. Le souci des employeurs n'est pas d'accroître la production alimentaire mondiale en vue de lutter contre la famine ou de faire reculer le chômage. La question est de savoir si les technologies nouvelles sont au service du capitalisme ou de l'humanité. De nombreuses personnes souffrent de malnutrition dans les pays en développement. L'observateur a estimé que l'introduction de nouvelles formes de technologie doit être subordonnée à des lois imposant que les travailleurs soient consultés ainsi qu'à la mise en place de structures permettant aux travailleurs de soumettre leurs propres propositions et de faire appel à des consultants. Par ailleurs, des restrictions devraient être imposées à l'introduction de technologies nouvelles en vue de protéger l'environnement. Avant d'opter pour les suppressions d'emplois, il faudrait recourir à la réduction du temps de travail, à la retraite anticipée et à la formation de reconversion durant les heures de travail afin d'améliorer les qualifications des travailleurs.
11. Le porte-parole du groupe des travailleurs a estimé qu'il existe de larges possibilités de coopération entre employeurs et travailleurs en matière de modification des formes de travail. La société dans son ensemble exige des industries des produits alimentaires et des boissons qu'elles produisent des aliments et des boissons sûrs et sains, à des prix abordables pour tous. Or, au vu de l'émergence des technologies, des divergences d'intérêts à long terme ont surgi entre les deux parties en cause, les employeurs et les syndicats. Il va de soi que les employeurs souhaitent recourir aux technologies modernes afin de rester compétitifs. De leur côté, les travailleurs ont un intérêt évident à maintenir la sécurité de l'emploi et leur niveau de qualifications par le biais d'une formation qui leur apporterait une plus grande satisfaction au travail et qui bénéficierait de l'introduction de technologies nouvelles. L'alternative est la suivante: les entreprises peuvent soit introduire des technologies «prêtes à consommer», soit faire preuve d'initiative en introduisant leurs propres technologies en atelier ou de nouvelles formes d'organisation du travail. Les travailleurs ne sauraient être plus productifs avec les technologies nouvelles qu'ils ne l'étaient avec les anciennes installations sans avoir été convenablement formés à leur utilisation. La technologie n'est qu'un outil et non une force sociale indépendante en soi. L'introduction de technologies nouvelles ne devrait pas dévaloriser le lieu de travail mais, au contraire, servir à accroître la satisfaction au travail et à améliorer les qualifications. Il est important que les deux parties coopèrent. Deux points essentiels devraient être envisagés: la nécessité de prévoir, d'une part, un délai maximum préalable à l'introduction des nouvelles technologies et, d'autre part, le droit à la pleine consultation, notion juridique qui existe dans son pays. Cela suppose que les employeurs soient ouverts aux changements au cas où des arguments contraignants seraient invoqués. Par ailleurs, il faut que les travailleurs puissent faire appel à des experts pour évaluer les propositions et apporter une contribution constructive au débat. Ils devraient également avoir la possibilité de se préparer aux technologies nouvelles au lieu d'être mis devant le fait accompli, afin de favoriser leur application complète. Il faut que les travailleurs prennent des décisions en connaissance de cause, susceptibles de contribuer à accroître la productivité pour tous. La formation la plus étendue possible devrait être fournie, et ce pendant les heures de travail. Bien qu'en matière de formation la spécificité soit nécessaire, il ne faudrait pas qu'une formation soit associée à telle ou telle entreprise, mais qu'elle soit exportable à d'autres entreprises. Ces remarques s'appliquent à toutes les formes de technologie, depuis le matériel et le logiciel jusqu'à l'organisation du travail.
12. Le porte-parole du groupe des employeurs a rappelé à la réunion que la question peut être traitée sous différents angles. Etaient représentés à la réunion des pays hautement développés, développés, moins développés et sous-développés. Il s'agissait de définir le niveau de consultation approprié entre le lieu de travail au plan local et l'usine dans son ensemble, tout en tenant compte de la culture socio-économique du pays concerné et des exigences juridiques. Avant de répondre, les employeurs ont dû écouter chaque membre de leur groupe, qu'il représente leur propre entreprise ou un secteur d'activités, tout comme l'ont fait les travailleurs. Il existe une multitude de façons de gérer les changements, et les employeurs ne se sont pas contentés de les imposer par la voie hiérarchique. Pour pouvoir formuler de bons conseils, ils ont également dû écouter les commentaires des travailleurs et se prêter au jeu du dialogue social. Tout le monde doit être préparé aux changements. Il n'existe pas «une» réponse, mais plusieurs réponses.
13. Le représentant du gouvernement de la Chine a indiqué qu'un certain nombre d'entreprises publiques du secteur des industries d'embouteillage et alimentaires sont en voie de restructuration en raison de leur manque de rentabilité, d'où des suppressions d'emplois sur une échelle comparable à celle de l'industrie lourde. Sur les douze millions de personnes à la recherche d'un emploi, six millions en ont retrouvé un. Afin de lutter contre ce problème, le gouvernement a pris un certain nombre de mesures au plan local, notamment l'organisation d'une série de réunions avec les institutions financières, budgétaires et du travail. Plusieurs raisons expliquent cette situation, en particulier l'accent mis sur l'accroissement aveugle de la production, les lacunes en matière de gestion et les pratiques hasardeuses liées à la sécurité sociale. La formation professionnelle pourrait contribuer à résoudre le problème, et des institutions ont été mises sur pied pour offrir des formations gratuites allant d'un à trois mois. Les travailleurs ont par ailleurs été encouragés à rechercher un emploi dans des entreprises privées ou mixtes. Bon nombre de travailleurs des secteurs alimentaire ou agro-alimentaire sont désormais employés dans le secteur de la restauration, et le gouvernement cherche à freiner l'exode rural non productif.
14. Le représentant du gouvernement de l'Egypte a estimé qu'une législation du travail complète est nécessaire pour résoudre les problèmes des employeurs comme des travailleurs. Cette législation devrait porter sur les salaires minima, l'assurance sociale et les primes aux investisseurs.
15. En réponse à une déclaration du groupe des employeurs, le porte-parole du groupe des travailleurs a indiqué que la consultation devrait avoir lieu au niveau approprié, bien que plusieurs niveaux soient envisageables. Cette consultation pourrait intervenir à l'échelle de l'entreprise, du secteur d'activités, du pays ou de la planète. Pour un petit producteur, la consultation à l'échelon local est adaptée, tandis que pour une entreprise multinationale il faudrait prévoir des consultations internationales. Le mode de consultation serait différent selon que le pays concerné est un pays développé, en développement ou sous-développé, mais les mêmes principes s'appliqueraient. S'il a volontiers exprimé son soutien au rôle joué par les organisations d'employeurs, l'orateur a espéré que ces dernières apporteraient à leur tour un sérieux soutien aux organisations syndicales.
16. Un membre travailleur du Ghana a fait observer que des consultations entre direction et travailleurs sont généralement organisées sur tel ou tel sujet. Or, bien souvent, lorsque de nouvelles technologies sont introduites, les travailleurs ne sont pas consultés. Il y a donc matière à améliorer la coopération lors de l'introduction de technologies nouvelles. La participation des travailleurs est nécessaire, et il convient d'améliorer le processus de prise de décisions au sein des entreprises. Le transfert de technologie ne peut s'appliquer qu'aux industries de haute technologie car il nécessite une longue période d'apprentissage et se solde souvent par des licenciements. Des technologies appropriées ou intermédiaires sont mieux adaptées aux pays en développement. La conseillère technique gouvernementale de l'Uruguay a fait observer que la nécessité de fournir des informations lors de l'introduction de nouvelles technologies fait l'unanimité. En fait, c'est l'absence d'information qui donne lieu à des conflits. Elle a signalé que dans son pays l'Etat n'intervient pas dans les relations professionnelles par le biais de la législation du travail. Il s'agit d'un système autonome, régi par les conventions internationales de l'OIT. La tendance actuelle est à la négociation collective bipartite et à l'adoption de conventions collectives au niveau de l'entreprise. Le gouvernement joue le rôle de médiateur entre les parties. Les questions comme la productivité sont du ressort des différentes parties. L'accroissement de la productivité devrait prendre en considération l'évolution technologique dans une perspective économique qui tienne compte d'un développement social équitable.
17. Une conseillère technique gouvernementale de l'Egypte a indiqué que, dans son pays, les décisions en matière de technologie sont prises au conseil d'administration, au sein duquel les travailleurs sont représentés.
18. Un membre travailleur de l'Afrique du Sud a estimé qu'il est important qu'à la fois employeurs et gouvernements se penchent attentivement sur la question de la consultation. Dans son pays, certaines entreprises commencent à associer les syndicats au conseil d'administration, ce qui mérite d'être souligné dans la mesure où, bien souvent, les travailleurs ne sont prévenus que deux semaines à l'avance de l'introduction d'une nouvelle technologie, alors que la décision a déjà été prise au sein du conseil d'administration six mois ou un an auparavant. En participant au conseil d'administration, les travailleurs seraient prévenus à l'avance. Il existe également dans son pays une structure tripartite où gouvernement, employeurs et travailleurs sont consultés avant l'adoption ou la promulgation d'une nouvelle législation.
19. Un conseiller technique travailleur du Japon a signalé que l'introduction de technologies nouvelles a pour objectif principal d'accroître la productivité. Mais qui en bénéficie? Il semblerait qu'il y a quarante-cinq ans l'introduction de technologies nouvelles était l'apanage de la direction, et les travailleurs estiment que cela favorisait leur exploitation et aggravait leurs conditions de travail. Or les technologies nouvelles sont désormais incontournables et elles peuvent profiter à la fois à l'employeur et aux travailleurs, à condition qu'une consultation ait lieu entre les deux parties. Des consultations purement formelles sont sans intérêt. Pour qu'elles soient utiles et constructives, il faudrait observer trois principes: elles devraient être organisées au plus tôt; les réductions d'emplois dues à l'introduction de technologies nouvelles devraient être compensées par des créations d'emplois à long terme; employeurs, employés et consommateurs devraient équitablement tirer profit des nouvelles technologies. S'il arrivait que l'introduction de technologies nouvelles se solde, à court terme, par une réduction de la main-d'œuvre, elle pourrait à long terme contribuer à accroître le niveau d'emploi et les profits et profiter ainsi aux consommateurs.
20. Le porte-parole du groupe des employeurs a souligné que les dirigeants ont le droit de gérer l'entreprise et d'opérer des changements. Mais, selon lui, le thème à débattre ne porte que sur la technologie et non sur des aspects comme l'évolution des méthodes de travail. Quant à la formation, il a estimé qu'il est bon que la personne qui convient soit à la place qu'il faut avec les qualifications appropriées, même si celles-ci la font muter un jour à d'autres catégories d'emploi. Les travailleurs ont en outre mentionné qu'il est souhaitable que les décisions de la direction soient examinées par des experts: l'intervenant a tenu à préciser que les dirigeants comptent déjà de bons conseillers qui proposent les décisions. Les dirigeants informent en temps voulu les travailleurs des changements à venir, mais il ne leur est pas toujours possible de les avertir aussi rapidement que l'ont souhaité les précédents orateurs. On a évoqué la possibilité de consultations multinationales: les employeurs ont toutefois persisté à penser que l'échelon local est le plus approprié pour les discussions avec les travailleurs, surtout dans le domaine de la formation.
21. Pour le représentant du gouvernement du Royaume-Uni, le mot «partenariat» est primordial. Outre la technologie et la productivité, travailleurs et employeurs devraient débattre ensemble toute une série de questions. Quand une entreprise envisage d'acquérir du matériel, des machines et une technologie modernes, elle doit tenir compte des qualifications et de la formation nécessaires à ses effectifs, et prendre des dispositions à l'avance et non au moment où la nouvelle technologie parvient à l'usine ou au lieu de travail. L'employeur doit donc discuter avec les employés des besoins futurs en matière de formation et de leur évolution avec l'adoption d'une nouvelle technologie. La qualité de l'emploi et la satisfaction au travail s'en trouveraient améliorées. Aux gouvernements incombe la responsabilité de faire élaborer un cadre législatif qui garantisse que les normes minimales soient remplies.
22. Le porte-parole du groupe des travailleurs ne partageait l'affirmation des employeurs selon laquelle les consultations devraient avoir lieu au seul échelon local. Il existe maintes bonnes raisons, sur lesquelles les travailleurs reviendront ultérieurement, pour y faire participer d'autres échelons.
23. Un membre travailleur du Honduras a estimé que, souvent, les travailleurs sont avertis trop tard de l'introduction d'une nouvelle technologie. La technologie sert souvent à rendre plus compétitive l'entreprise qui utilisera davantage de machines et de matériel, baissera peut-être même ses prix mais réduira sans doute le nombre d'emplois. L'intervenant a cité un exemple dans son pays, où une nouvelle chaîne de production perfectionnée, installée pour traiter 90 000 caisses de bouteilles de boisson non alcoolisée par jour, ne fonctionne qu'à 65 pour cent de sa capacité.
24. Un conseiller technique gouvernemental de l'Egypte a également attiré l'attention sur le cas d'un système des plus automatisés installé dans son pays pour traiter des sacs de sucre de 100 kg qui a échoué faute de matières premières. Les sacs, réduits à 50 kg, ont été manutentionnés par les travailleurs: le rendement obtenu était comparable à celui du système automatisé.
Flexibilité de l'emploi et nouvelle organisation du travail
25. Le porte-parole des employeurs a estimé que la nouvelle technologie ne peut seule être la cause de la plus grande flexibilité de l'emploi et de la nouvelle organisation du travail. Les dirigeants adoptent une nouvelle technologie quand ils souhaitent faire des changements et non aux seules fins de la technologie. Une plus grande flexibilité a aussi permis d'augmenter les emplois. Pour les employeurs, l'expression «sécurité de l'emploi» est périmée. Les gens ne peuvent plus garder le même emploi leur vie durant. Ils doivent désormais passer d'une catégorie d'emploi à une autre et pas forcément dans la même entreprise. Il vaudrait mieux parler de possibilités de travail plutôt que de sécurité de l'emploi. Il importe que les travailleurs soient qualifiés et préparés au changement, ce qui les rend aptes à être réaffectés et leur permet de prendre un autre emploi dans la même entreprise ou ailleurs. Femmes et travailleurs peu qualifiés ne sont pas les seuls groupes défavorisés sur le marché du travail. Tous les groupes de travailleurs doivent avoir accès à ce marché.
26. Pour le porte-parole des travailleurs, la question de savoir comment syndicats et employeurs peuvent travailler ensemble pour garantir la sécurité de l'emploi est d'importance. Le principal problème que pose la technologie aux travailleurs est qu'elle sert d'abord à réduire les coûts de la main-d'œuvre. Elle dessert les travailleurs, sans leur assurer d'avantages ni de participation aux bénéfices. Dans un monde idéal, les travailleurs seraient maintenus pour faire fonctionner le nouveau matériel afin d'accroître la productivité ou de fabriquer le nouveau produit et pourraient même bénéficier d'une augmentation de leur rémunération. Malheureusement, la nouvelle technologie ne sert souvent qu'à réduire les coûts de la main-d'œuvre.
27. La sécurité de l'emploi est meilleure, a-t-il poursuivi, là où des programmes publics de formation et de recyclage ont déjà créé une base de qualifications large et flexible qui rend le personnel plus polyvalent et flexible, en particulier au sein de l'entreprise. Les trois partenaires sociaux - employeurs, syndicats et gouvernement - doivent travailler ensemble pour s'efforcer d'atteindre ce but. Le changement pose moins de problèmes aux travailleurs si le chômage est peu élevé dans la région ou le pays et s'il existe des systèmes de placement. Les partenaires, et le gouvernement, en particulier, doivent conjuguer leurs efforts pour réduire au minimum le chômage et si possible l'éliminer.
28. Lors des consultations, notamment avant l'adoption de la technologie, des plans sociaux novateurs à long terme devraient être prévus pour aider les personnes déplacées. Il en existe de bons exemples dans le monde. Son pays (la Nouvelle-Zélande) et son sous-secteur (les produits laitiers) offrent un excellent exemple de plan social. Intitulé «Réaffectation», ce plan comprend toute une série de mesures - recyclage, réinstallation dans un nouveau lieu et ce que l'on appelle «échange d'emplois». Par exemple, si un travailleur, dans une entreprise qui ne doit pas être fermée, souhaite accepter les conditions de son départ, on pourrait le faire savoir à une entreprise en cours de fermeture: les travailleurs pourraient ainsi troquer leurs emplois, de sorte que ceux d'une autre entreprise pourraient accepter les modalités de départ. Il existe aussi des plans d'indemnité avantageux pour les travailleurs qui ne peuvent trouver d'autre emploi. Plus le délai d'introduction de la technologie est long, plus ce genre de plan social est probant.
29. A propos des groupes les plus touchés - femmes peu qualifiées, travailleurs handicapés, travailleurs migrants -, les considérations ci-dessus s'appliquent toutes. Mais il faut ajouter aux discussions préalables et aux programmes et activités de recyclage certains éléments comme des cours d'alphabétisation, en particulier les travailleurs qui se trouvent dans un pays de langue étrangère. Pour les femmes, la question de l'aide familiale est importante et les programmes de recyclage devraient être établis de telle façon qu'ils soient accessibles aux travailleuses. Les travailleurs ont bien compris la différence entre l'emploi et la sécurité de l'emploi. La terminologie utilisée ne devrait pas servir de prétexte aux employeurs pour éluder leurs responsabilités en se déchargeant de la question sur les organes publics comme le gouvernement et les conseils locaux.
30. Un membre travailleur du Portugal, déclarant que l'Union européenne avait choisi cette année pour lutter contre le chômage, a souhaité examiner ce qu'employeurs et travailleurs pourraient faire ensemble pour garantir la sécurité de l'emploi. Par exemple, le travail saisonnier, bien connu et nécessaire dans les industries des produits alimentaires et des boissons, est trop répandu; il sert de façon continue à remplacer les travailleurs permanents par des ouvriers saisonniers durant toute l'année sous prétexte de flexibilité. Ces travailleurs saisonniers, employés clandestinement, n'ont pas droit aux prestations de chômage. On doit aussi lutter contre la concurrence déloyale entre une entreprise qui emploie des travailleurs réguliers à des postes stables et qui fournit le même produit, un peu plus cher, et telle autre qui recourt à de la main-d'œuvre clandestine.
31. Un membre travailleur de la France a convenu que l'adoption de nouvelles technologies a pour objet de rendre la main-d'œuvre plus flexible mais que la flexibilité en est néanmoins une conséquence, car ces nouvelles technologies sont d'ordinaire coûteuses, et les employeurs sont tentés d'organiser la main-d'œuvre de façon à maximiser l'emploi du matériel. Les travailleurs se ressentent de l'accroissement de la flexibilité dans leur vie privée. Les heures de travail ne sont pas sensiblement réduites, mais le nombre de travailleurs qui ont perdu leur emploi a fortement augmenté. En France, la loi oblige les employeurs à consacrer 0,9 pour cent de leur masse salariale au recyclage et à la formation professionnelle durant les heures de travail: c'est là une mesure très positive qui, ainsi que l'espèrent les travailleurs, s'étendra à d'autres pays. Toutefois, il s'agit là non seulement d'une simple question de dépense pour la formation, mais de savoir quel type de formation est offert et qui en bénéficiera. Elle ne devrait pas être dispensée aux catégories de travailleurs déjà très qualifiés, qui ont reçu une formation très poussée, soit les cadres supérieurs et moyens.
32. Le porte-parole du groupe des travailleurs a énuméré les domaines dans lesquels la formation est nécessaire. Dans les pays en développement, il est important que les travailleurs apprennent à lire, à écrire et à compter pour pouvoir communiquer, comprendre et assimiler les programmes de formation générale. Des notions élémentaires d'informatique sont exigées dans la plupart des industries d'aujourd'hui. Une formation en matière de sécurité, de santé et de premiers secours est nécessaire pour garantir la sécurité sur le lieu de travail. Enfin, une formation portant sur l'hygiène et la sécurité alimentaires ainsi que sur l'hygiène corporelle est indispensable, en particulier dans les industries des produits alimentaires et des boissons. Les compétences à développer grâce aux programmes de formation devraient faire l'objet de négociations approfondies afin d'être homologuées et utilisables dans tous les secteurs d'activité. Ainsi, Nestlé et l'UITA ont signé un accord portant sur une formation élargie à l'intention des apprentis en Europe. La signature de cet accord a nécessité des consultations, dans différents pays d'Europe, sur la mise en œuvre au plan local de la formation et sur le respect du caractère transférable des qualifications dans le cadre européen. En général, la formation devrait être renouvelée de façon à mettre au point une culture de l'apprentissage continu. Seul un investissement à long terme dans la formation des travailleurs permettrait la mise en œuvre d'une telle mesure.
33. Le porte-parole du groupe des employeurs a fait observer que les changements en cours exigent des travailleurs qu'ils soient préparés au changement permanent. Les besoins en matière d'éducation ne sauraient être définis et satisfaits sans l'engagement des gouvernements comme des employeurs et des travailleurs. L'investissement à long terme dans les travailleurs est déjà appliqué par les employeurs depuis de nombreuses années. En ce qui concerne la négociation avec les organisations de travailleurs au sujet des programmes de formation, les employeurs estiment qu'il appartient à la direction au plan local de prendre des décisions au sujet de ces programmes et d'en débattre avec les travailleurs, qui sont les plus concernés. Pour les employeurs, il est essentiel que le processus d'amélioration des qualifications des travailleurs débute bien avant que les changements technologiques soient introduits, et que la formation soit continue. Les employeurs ont des difficultés à admettre la notion de «garantie» de la formation appropriée. Bien que d'accord avec la nécessité de recourir à la formation continue, ils ne sont pas en mesure de la garantir.
34. Un membre travailleur de l'Afrique du Sud a estimé que toutes les parties devant être parties prenantes un jour ou l'autre, et qu'une attitude responsable devrait être adoptée, de sorte que chacune des parties veille à ce qu'une formation soit dispensée. A cet égard, il importe que les structures aient un caractère tripartite, et tous les employeurs devraient participer aux coûts de la formation, ce qui servirait leurs propres intérêts. Un membre travailleur de l'Inde a mis l'accent sur le fait que certaines décisions des sociétés multinationales, par exemple, ne sont pas prises au plan local. Il faudrait que les sociétés de ce type assument davantage de responsabilités au plan social et qu'elles envisagent la formation des travailleurs qu'elles emploient, la formation des travailleurs du secteur non structuré qui continuent à travailler pour elles en sous-traitance ainsi que la formation des femmes qui travaillent, qui sont les plus touchées par la réduction des effectifs.
35. Le porte-parole du groupe des employeurs a rappelé que la formation doit répondre aux besoins de l'entreprise compte tenu de la situation au plan local. Par ailleurs, les employeurs pourraient, au plan local, se soutenir mutuellement dans le domaine de la formation et du recyclage grâce aux chambres de commerce par exemple. Quant à l'éducation de la population, la responsabilité globale en incombe aux gouvernements.
36. Un membre employeur de l'Argentine a affirmé que la formation intéresse vivement et préoccupe de plus en plus les employeurs en raison de la nature toujours plus technique du travail et du besoin de travailleurs qualifiés aptes à utiliser un matériel coûteux. Mais cela signifie-t-il que les employeurs devraient contribuer financièrement davantage, et, dans ce cas, à quoi servent les impôts censés procurer des recettes au gouvernement pour l'éducation?
37. Plusieurs représentants gouvernementaux ont évoqué l'importance de la formation professionnelle et du recyclage. Le représentant du gouvernement de l'Inde a informé les participants de l'assistance fournie par son gouvernement à l'industrie en vue d'améliorer les qualifications. Il a également souligné le besoin d'apporter des améliorations technologiques à ce vaste secteur non structuré de l'Inde qui n'applique que des procédés élémentaires de transformation des denrées primaires. La représentante du gouvernement de l'Uruguay a rappelé que son pays s'attache à la formation comme moyen d'améliorer les possibilités d'emploi et la concurrence. Dans son pays, a été créé à cet effet, sous les auspices du ministère du Travail, un fonds géré de façon tripartite auquel contribuent employeurs et travailleurs. Il existe divers programmes qui visent différents groupes: travailleurs au chômage, travailleurs en activité, jeunes, femmes, handicapés, etc. Ces programmes ont pour objet de former les travailleurs non qualifiés, d'offrir une spécialisation à ceux qui sont déjà qualifiés et une reconversion à d'autres pour s'adapter aux différentes possibilités d'emploi. Un autre programme soutient la formation dans les petites et moyennes entreprises qui ne disposent pas des fonds nécessaires. Il existe également un projet visant à établir un système de normalisation, de formation et d'homologation fondé sur les compétences professionnelles. Le représentant du gouvernement du Portugal a informé la réunion que le gouvernement de son pays administre conjointement avec des organisations de travailleurs et d'employeurs 27 centres de formation professionnelle. Ils s'attachent à différents secteurs, notamment aux industries des produits alimentaires et des boissons. Une telle administration tripartite est constructive et permet le dialogue entre l'entreprise et les travailleurs pour élaborer les programmes de formation. En outre, du ministère du Travail relèvent 12 autres centres de ce type qui, quoique publics, organisent des consultations avec les travailleurs et les employeurs.
38. Un membre travailleur de l'Espagne a décrit une initiative tripartite dans son pays où des plans de formation annuels sont conçus et mis en œuvre. Il s'agit pour les grandes entreprises d'une formation en cours d'emploi et pour les petites d'une formation à l'échelon sectoriel ou subsectoriel. Ces programmes tiennent particulièrement compte des femmes, des jeunes et des handicapés. Des études sont également menées sur les besoins futurs. La participation effective des partenaires sociaux est la clé des bons résultats de ces programmes.
39. Pour un membre travailleur du Portugal, la formation devrait non seulement être liée aux emplois dans une entreprise, mais s'étendre aux aspects sociaux et culturels et, surtout, prévoir l'intégration sociale au sein de l'entreprise. Par exemple, selon une étude syndicale sur les raisons des conflits du travail dans les secteurs agricoles et des produits alimentaires, dans 90 pour cent des cas, la raison du conflit provient du fait qu'une des parties ne connaît pas la loi. Grâce à la formation aux questions juridiques et sociales, les conflits du travail se sont remarquablement réduits.
40. Le porte-parole du groupe des travailleurs a affirmé qu'en principe le travail en équipe et la polyvalence constituent des formes supérieures d'organisation du travail qui peuvent rendre le travail enrichissant, assurer une rémunération supérieure et un surcroît d'efficacité si elles sont convenablement appliquées. Faute de dûment se consulter et négocier avec les syndicats, les travailleurs risquent de considérer les changements comme étant imposés et y résister. La gestion en participation, qui responsabilise les travailleurs en leur permettant de prendre davantage de décisions et rend l'organisation du travail plus dynamique, est une formule de travail très satisfaisante. En tant que telle, elle lance un défi aux conceptions traditionnelles de gestion. Toutefois, pour que de tels systèmes soient efficaces, les travailleurs doivent pouvoir agir séparément et indépendamment de l'Etat-major; sinon ces systèmes peuvent devenir dangereux, et les travailleurs risquent de trouver intimidant de mettre en cause les décisions de la direction. En pratique, il est très difficile de mettre en œuvre le travail en équipe, la polyvalence et les régimes de rémunération selon la qualification car tous les employés ne sont pas sur un pied d'égalité. Le travail en équipe expose à des risques, comme la concurrence entre différentes équipes, qui est préjudiciable aux travailleurs et à l'entreprise. L'orateur a fait valoir qu'à des entreprises progressistes correspondent d'ordinaire des syndicats progressistes. Dans l'industrie des produits laitiers, en Nouvelle-Zélande, 96 pour cent des travailleurs sont syndiqués, et la production a augmenté ces dernières années de 7 pour cent par rapport à la moyenne nationale de 1 pour cent due à la promulgation de la loi sur les contrats d'emploi, qui a fait non seulement chuter le nombre de membres syndiqués, mais aussi la productivité.
41. Un conseiller technique travailleur du Japon a estimé qu'il faut une coopération entre travailleurs et employeurs mais aussi entre employeurs et travailleurs. Il faudrait tirer parti de la négociation collective pour échanger les informations et organiser des consultations qui devraient déboucher sur des conventions collectives. Ces conventions devraient être précédées d'une consultation pour entretenir la solidarité et la confiance.
42. Un membre travailleur a décrit une mesure provisoire adoptée par le gouvernement du Brésil, qui exige des entreprises qu'elles partagent avec les travailleurs un pourcentage des bénéfices générés par le travail en équipe. Les syndicats se sont employés à élaborer le concept de travail en équipe et ont débattu de la démarche à suivre et des modalités concernant les objectifs à atteindre pour les équipes, ainsi que des mécanismes à mettre en place en vue de résoudre les problèmes entre équipes. Or les employeurs sont en général peu enclins à discuter et à mettre en œuvre la disposition relative au partage des bénéfices. Pour prendre le cas de Nestlé, par exemple, si aucune commission paritaire n'a été mise sur pied pour débattre de cette disposition, le partage des bénéfices a pourtant été introduit, et la productivité, la qualité des produits et les exportations ont augmenté. Mais une usine a maintenant dû être fermée, provoquant ainsi des pertes d'emplois. Pour finir, l'oratrice a constaté que le faible niveau des salaires perçus par les travailleurs est déjà une preuve de l'esprit de solidarité bien ancré qui les unit.
43. Le porte-parole du groupe des employeurs a fait observer que le mode de gestion traditionnelle est en train de changer dans un monde en constante évolution, de sorte que les travailleurs doivent, eux aussi, évoluer et être disposés à se recycler et à devenir polyvalents. Cette situation présente un intérêt non seulement pour les employeurs, mais aussi pour l'employabilité future des travailleurs eux-mêmes. Bien des questions sont mieux traitées au plan local, où les obstacles culturels sont susceptibles d'être compris. Ainsi, les travailleurs doivent se préparer au changement, avec l'appui des gouvernements et des organisations de travailleurs. Dans ce contexte de travail en équipe et de polyvalence, il est nécessaire de discuter, d'assouplir et de graduer les systèmes de rémunération afin de mieux faire face à l'avenir. Les employeurs devraient, certes, informer les travailleurs de manière exhaustive, mais il n'est pas nécessaire que les changements fassent systématiquement l'objet de négociations. Les systèmes de consultation n'ont pas la même portée que de bonnes relations humaines entre direction et travailleurs.
44. Un membre travailleur du Japon a déclaré que, sans pour autant négliger les réalités locales, il faut établir un niveau minimum de critères ou une certaine forme de standardisation. Les sociétés multinationales, par exemple, appliquent des politiques au plan de l'entreprise et les mettent en œuvre au plan local, en conformité avec la situation locale. L'orateur a, par ailleurs, estimé que le travail en équipe se fonde sur le partage d'informations avec les travailleurs, pour qu'ils comprennent les objectifs et les attentes et s'impliquent ainsi pleinement dans leur travail. Afin d'éviter la division et la concurrence excessive entre les travailleurs, il importe d'avoir un bon système d'évaluation. Des consultations préalables entre direction et travailleurs sont essentielles, et un délai suffisant doit être prévu, de sorte que la polyvalence et le travail d'équipe profitent pleinement à la fois à l'employeur et aux travailleurs.
45. Le représentant du gouvernement de l'Egypte a estimé que le travail d'équipe et la polyvalence offrent bien des avantages à la fois aux employeurs et aux travailleurs. Cependant, le travail d'équipe s'applique essentiellement aux grandes entreprises. La formation portant sur les équipements nouveaux devrait être assurée par les employeurs, et le gouvernement devrait fournir une formation aux sans-emploi et aux personnes à la recherche d'un emploi dans les domaines nouveaux. Le financement de la formation dans les petites et moyennes entreprises devrait prendre en compte les facteurs sociaux et la solidarité entre les gouvernements et les organisations d'employeurs et de travailleurs dans le contexte de la mondialisation. Dans ce même esprit, les pays industrialisés devraient aider les pays en développement.
46. La conseillère technique gouvernementale de l'Uruguay a fait observer que les gouvernements doivent envisager l'éducation de la population dans son ensemble, ce qui suppose qu'ils revoient les systèmes d'enseignement général et de formation professionnelle en vue d'«enseigner comment apprendre» durant toute la vie. Cette méthode contribuerait à développer le caractère polyvalent du personnel de demain.
47. Pour le porte-parole du groupe des employeurs, le travail en équipes successives, accepté dans nombre de secteurs et notamment dans celui des produits alimentaires et des boissons, ne pose guère de problème et sert de repère. Il en existe de nombreux modèles et maintes solutions ont été apportées aux problèmes qu'il peut engendrer.
48. Le porte-parole du groupe des travailleurs a admis que le travail en équipes successives, qui se pratique couramment dans un certain nombre d'entreprises, est une nouvelle réalité dans d'autres, notamment dans le secteur des produits alimentaires et des boissons. Il faut également maximiser l'utilisation du matériel coûteux. Cependant, adopter et constituer des listes de travail en équipes successives est source de nombreux conflits d'ateliers entre les dirigeants et les travailleurs. Les décisions unilatérales, les changements d'équipes annoncés au dernier moment et les heures supplémentaires imposées aggravent encore les problèmes. Aussi, le système de travail en équipes successives doit être utilisé avec prudence; les travailleurs doivent absolument participer à l'organisation des équipes et être assurés que celles-ci, une fois établies, ne seront changées qu'avec leur accord.
49. Un membre travailleur de l'Italie a observé que le travail continu et la flexibilité ne sont pas forcément fâcheux s'ils sont gérés par les syndicats. La flexibilité peut d'ailleurs être à la fois avantageuse et préjudiciable. Dans son pays, de nombreux accords ont permis de réduire les heures de travail et de sauver des emplois tout en adoptant le travail continu. Les travailleurs ont accepté des accords d'entreprise sur la flexibilité parce qu'ils ont été négociés par des syndicats. Ces derniers représentent différents groupes de travailleurs aux besoins et aux particularités différentes. Ainsi, certains accepteront de travailler par roulement alors que d'autres ne le pourront pas. La durée du travail a été réduite dans le cadre de l'annualisation, avec une «banque des heures de travail». Il importe que les travailleurs puissent choisir quand et comment ils souhaitent travailler: ceux qui sont chargés de famille pourraient, par exemple, travailler à temps partiel.
50. Un conseiller technique travailleur du Japon a déclaré qu'il est important de rendre le travail en équipe compatible avec la vie extraprofessionnelle en établissant des règles précises. Par exemple, un nombre suffisant de travailleurs devraient être affectés à chaque équipe afin de pallier les éventuelles absences. Le nombre de permanences de nuit par mois et d'équipes successives de nuit devrait être fixé par l'imposition de limites maximales. Compte tenu du fait que les travailleurs en équipes successives adaptent leur rythme de vie habituel, il est essentiel que les syndicats soient consultés à l'avance au sujet de tout changement.
51. Un membre travailleur a expliqué qu'au Honduras la convention collective dans les industries des boissons n'autorise la modification des calendriers définitifs qu'avec l'accord mutuel de la direction et des syndicats. Ainsi, chaque fois qu'il est nécessaire de réorganiser le système d'équipes en fonction des exigences de la production, il existe une possibilité de négocier les changements en question. En fait, ce que les travailleurs recherchent, c'est une plus grande participation aux activités de l'entreprise.
52. Le représentant du gouvernement de l'Italie a estimé que la négociation collective et la législation garantissent souvent certains avantages aux travailleurs. Ainsi, lors de la mise en place du travail en équipe, il faut tenir compte de la question de l'égalité entre hommes et femmes et concilier vie professionnelle et vie de famille. Il a estimé que c'est aux gouvernements qu'incombe la responsabilité de favoriser la négociation collective en vue de garantir la formation, la sécurité au travail et la protection des travailleurs. La flexibilité doit donc être contrôlée non seulement par les syndicats mais surtout par le gouvernement en raison des intérêts publics qu'elle met en jeu.
53. Le porte-parole du groupe des travailleurs a fait observer que le point 6, qui concerne les mesures à prendre pour que la rémunération des travailleurs soit à la mesure de leurs responsabilités dans le cadre de la nouvelle organisation du travail, est trop restrictif. Il est difficile d'appliquer un système associant la rémunération aux qualifications dans la mesure où le système de rémunération en vigueur avant l'introduction des nouvelles technologies se trouvait déjà être inadapté. Les travailleurs ne sont pas très favorables au fait d'associer les augmentations de salaires à la productivité, à moins qu'ils n'exercent un contrôle sur tous les éléments liés à la productivité. En outre, il est difficile d'établir la véracité des informations fournies par les employeurs, bien que cela soit important lorsque les salaires doivent être fonction de la productivité. L'évaluation de la productivité devrait être très simple, de sorte que le travailleur moyen puisse la comprendre et voir comment elle se traduira sur sa prochaine fiche de paye. Les travailleurs sont également préoccupés par le fait que tout système associant le salaire à la productivité est susceptible de favoriser une concurrence peu constructive entre divers groupes de travailleurs, à moins qu'il ne soit organisé sur une base convenable. Toutefois, ils ont estimé que les augmentations de salaires devraient être à la mesure de leurs qualifications actuelles et des qualifications nouvellement acquises. Tous ces éléments devraient faire l'objet d'une négociation avec l'employeur. Or les travailleurs ne peuvent choisir un modèle et en faire un exemple pour toutes les entreprises, toutes les sociétés ou tous les pays. Il appartiendra à chaque pays et à chaque secteur d'activité d'en décider dans le cadre de la procédure de négociation collective. Cependant, de telles négociations ne sauraient être efficaces si elles ne sont pas menées par deux organisations indépendantes capables d'argumenter en position de force.
54. Le porte-parole du groupe des employeurs a déclaré que les employeurs ne sont pas en mesure de «garantir» une adéquation entre la rémunération et les responsabilités, bien qu'ils soient prêts à l'encourager. Il s'est félicité de ce que les travailleurs estiment désormais que les négociations peuvent être décentralisées, attitude qui corrobore l'opinion des employeurs selon laquelle les négociations devraient avoir lieu au plan local et non de façon collective à des échelons supérieurs. Les employeurs ont estimé que les débats sur la rémunération devraient être organisés essentiellement à l'échelon local et que des informations devraient être fournies par l'employeur à chaque travailleur. Les nouveaux systèmes de rémunération visent à établir la valeur de chaque employé.
55. Le représentant du gouvernement du Royaume-Uni a exprimé son point de vue selon lequel les niveaux de salaires devraient être convenus par les employeurs et les travailleurs. Bien que, dans de nombreux pays, il existe un salaire minimum et des travailleurs plus qualifiés que d'autres, comme c'est le cas dans les industries des produits alimentaires et des boissons, la mise en place d'un salaire minimum aura probablement moins d'impact et, dans ce cas, il est préférable que le gouvernement se tienne à l'écart.
56. Un membre travailleur de l'Australie a indiqué que tout système de rémunération doit se fonder sur un salaire adapté et équitable garantissant au travailleur un niveau de vie correct. Outre le salaire de base, la négociation collective pourrait offrir des systèmes de rémunération fondés sur la compétence et les qualifications. Il faut pour cela résoudre le problème complexe de la reconnaissance et de l'évaluation des qualifications. Bien souvent, les qualifications des femmes qui travaillent sont sous-évaluées ou non reconnues. C'est pourquoi tout système de rémunération fondé sur les qualifications doit être basé sur des critères objectifs ayant fait l'objet d'un accord entre les représentants des employeurs et les représentants des travailleurs. Les systèmes de rémunération individuelle doivent être abandonnés car ils ne permettent pas d'évaluer objectivement les qualifications et la valeur relative de ces qualifications. Ainsi, selon les conclusions d'un rapport récemment publié en Australie, l'intervention de la direction serait inexistante dans plusieurs domaines clés; il serait donc injuste d'associer la rémunération liée à la productivité à des éléments dont les travailleurs ne sont pas maîtres. Du point de vue des travailleurs, la productivité n'est pas un simple concept restrictif fondé sur la quantité de travail produite au cours d'une période donnée, mais plutôt un concept plus large qui englobe des éléments tels que la moralité de l'employé, la satisfaction au travail, la qualité, la participation, l'engagement en matière de formation, l'absentéisme, etc.
57. Le porte-parole du groupe des travailleurs a mis en cause le concept de négociation face à face défendu par les employeurs, notamment dans des grandes sociétés telles que Nestlé, où le pauvre travailleur d'un pays sous-développé se retrouve seul face à la direction. Il s'agit là d'une question de rapports de force.
58. Au sujet de la question du taux élevé d'accidents du travail dans les industries des produits alimentaires et des boissons, le porte-parole du groupe des employeurs a estimé que les statistiques sont trompeuses car, dans bien des pays, la loi impose à ce secteur, contrairement à d'autres secteurs de l'économie, de signaler immédiatement tous les accidents qui se produisent. C'est pourquoi le taux d'accidents du travail signalés est plus élevé dans le secteur des industries des produits alimentaires et des boissons, où il est par ailleurs lié aux types de produits fabriqués. Reste que, dans les entreprises de ce secteur, la direction assume en général consciencieusement ses responsabilités et œuvre beaucoup en faveur de la prévention afin de réduire le taux d'accidents du travail. Un autre problème a été signalé, celui des travailleurs qui ne respectent pas nécessairement les instructions, et les employeurs espèrent que les organisations de travailleurs pourront apporter leur aide dans ce domaine. A cet égard, la question de l'introduction d'un système de sanctions à l'encontre des travailleurs qui ne se conformeraient pas aux normes de sécurité visant à prévenir les accidents a été soulevée. L'orateur espérait vivement que les travailleurs feraient part de leurs suggestions dans ce domaine, de sorte que la sécurité sur le lieu de travail soit garantie.
59. Le porte-parole du groupe des travailleurs s'est montré préoccupé par la question des statistiques à laquelle les employeurs ont fait référence, dès lors que ce sont eux qui tiennent les registres sur les problèmes de santé et de sécurité. Les travailleurs ont reconnu que le taux d'accidents dans les industries des produits alimentaires et des boissons est certes élevé, mais qu'il tend à baisser. Ils ont estimé que les institutions gouvernementales ont un rôle essentiel à jouer dans la prévention des accidents. Il faut que les gouvernements définissent des critères, leur donnent force de loi et les fassent appliquer dans l'ensemble du pays. A l'échelon de l'entreprise, les travailleurs ont estimé que des commissions mixtes de santé et de sécurité sont nécessaires et qu'elles supposent l'engagement des syndicats. Les travailleurs ont dû insister sur la participation des syndicats aux commissions de santé et de sécurité afin que ces dernières fonctionnent correctement. Plusieurs études de l'OIT ont fait ressortir ce point dans des rapports sur les industries de la viande, de la volaille et du poisson, industries qui ne fabriquent rien mais produisent des carcasses. Dans ce secteur, le problème réside dans le fait que l'introduction de nouvelles technologies accélère le rythme de travail en vue d'accroître la productivité, ce qui pose en contrepartie de sérieux problèmes aux travailleurs exécutant des gestes rapides en manipulant des couteaux aiguisés.
60. Si l'introduction de technologies nouvelles n'est pas correctement planifiée, un autre problème pourrait surgir, résultant lui aussi de l'accélération du rythme de travail, celui des lésions engendrées par une tâche répétitive. Une société multinationale a nié l'existence de telles lésions dans sa succursale brésilienne, tandis qu'au Royaume-Uni la même société adoptait une attitude complètement différente et mettait en œuvre des programmes et des politiques destinés à traiter ce type de lésions. Les travailleurs souhaiteraient savoir pourquoi une même société applique des politiques différentes selon qu'elle intervient dans telle ou telle partie du monde. Cela a corroboré leur point de vue sur le choix du niveau approprié pour les débats, à savoir mondial ou local. Certaines entreprises agissent de façon cohérente quel que soit l'endroit où elles sont implantées, ce qui n'est pas le cas ici. L'orateur a ensuite énuméré une liste d'autres problèmes nouveaux liés à l'introduction de nouvelles technologies, parmi lesquels le bruit, le travail continu en équipes successives ainsi que les problèmes de logistique et de sommeil qui en découlent, le stress induit par l'accélération du rythme de travail et les responsabilités accrues qui incombent aux travailleurs manipulant des équipements de pointe.
61. Les travailleurs ont déjà émis quelques suggestions pratiques au sujet de la façon de traiter ces problèmes, et leur porte-parole a estimé que les employeurs n'auraient aucun mal à en convenir. Il s'agit tout d'abord de constituer des commissions mixtes de santé et de sécurité appropriées, qui soient habilitées à interrompre la production sans faire appel à la direction lorsqu'elles sont confrontées à des situations qu'elles estiment présenter un risque pour la santé sur le lieu de travail. Deuxièmement, tout travailleur devrait lui-même avoir le droit de refuser d'exécuter un travail qu'il considère comme dangereux, sans avoir à redouter des mesures disciplinaires. Troisièmement, il devrait exister des critères nationaux de santé et de sécurité qui soient applicables, faciles à respecter, transparents et susceptibles d'être contrôlés par les syndicats, qui pourraient accuser telle ou telle société lorsque le gouvernement n'assumerait pas ses responsabilités. Quatrièmement, il devrait exister une indemnité appropriée, et non purement symbolique, pour toute blessure ou atteinte à la santé d'un travailleur. Cinquièmement, les lésions engendrées par une tâche répétitive devraient être reconnues comme maladie professionnelle, et des mesures prises pour empêcher qu'elles ne se produisent. Pour finir, l'OIT devrait être priée d'entreprendre d'autres études complètes sur d'autres sujets liés à la santé et la sécurité concernant les travailleurs des industries des produits alimentaires et des boissons du monde entier.
62. Le représentant du gouvernement du Royaume-Uni a fait observer que la plupart des gouvernements sont dotés de législations sur la santé et la sécurité visant à garantir des critères minima qui, en général, sont appliqués dans le monde entier. Cette remarque a permis de mettre à nouveau l'accent sur le fait qu'employeurs et travailleurs doivent œuvrer conjointement pour garantir la sécurité dans leur branche d'activité et dans leur entreprise. Une nouvelle fois s'est posé le problème de la formation et de la garantie de celle-ci au personnel pour que chacun bénéficie d'une aide en vue de prévenir les accidents et d'assumer consciencieusement cette responsabilité. C'est l'effort combiné de la formation et de la consultation entre les deux parties qui compte avant tout.
63. Le porte-parole du groupe des employeurs s'est félicité des observations émises par les travailleurs, tout en précisant qu'elles corroborent le point de vue défendu par les membres de son groupe, à savoir qu'il est préférable d'examiner les problèmes au niveau approprié et, dans le cas d'espèce, de débattre des mesures liées aux accidents et à la santé et la sécurité à l'échelon de l'atelier, c'est-à-dire là où les problèmes se produisent, plutôt qu'à des échelons institutionnels plus élevés.
64. Un membre travailleur du Brésil a fait observer que, depuis 1987, la législation reconnaît les lésions engendrées par une tâche répétitive comme maladie professionnelle. A l'origine, seuls les opérateurs sur ordinateur souffraient de ce type de lésions, maintenant étendues au secteur alimentaire et à d'autres secteurs. Or les employeurs ne sont pas encore tout à fait disposés à l'admettre. Dans certains cas, lorsque les employeurs décèlent ce type de lésions chez un travailleur, ils le licencient avant même qu'un diagnostic ait pu être établi, les travailleurs ne bénéficiant pas, dans les pays en développement, de la même protection qu'en Europe. En fait, on connaît des cas dans lesquels les employeurs accroissent le rythme de la chaîne de production de 40 à 50 pour cent, sans que les travailleurs puissent s'adapter à ce rythme de travail. Malheureusement, trop peu de mesures préventives sont adoptées. Concernant les lésions engendrées par une tâche répétitive, le membre travailleur a fait état d'une conférence tenue en novembre dernier, au cours de laquelle les travailleurs ont appris que ce type de lésions était une maladie, dont ils ignoraient le nom jusqu'alors..
65. Le représentant du gouvernement de l'Italie a indiqué que, même si la négociation collective incombe aux partenaires sociaux, on oublie souvent que l'inspection du travail a un rôle à jouer en matière de contrôle de l'application des accords signés en vue de protéger les droits des travailleurs. Actuellement, seules, en général, les règles rendues obligatoires par la législation sont soumises au contrôle des organismes nationaux.
66. Le représentant du gouvernement du Portugal a mentionné que dans son pays une législation spéciale et la négociation collective règlent les questions de santé et de sécurité dans le secteur considéré. Des commissions de sécurité aux activités desquelles les travailleurs participent peuvent également évaluer le matériel utilisé et contribuer à fixer des normes dans divers secteurs. Malheureusement, le nombre d'accidents dans l'industrie des produits alimentaires demeure élevé, soit plus de 9 000 par an, dont quatre mortels. Dans l'industrie des boissons, on a compté 1 400 accidents, dont aucun n'a été mortel.
67. Un conseiller technique travailleur du Japon a convenu avec les employeurs qu'il faudrait débattre des questions de sécurité et de santé au travail à l'échelon le plus proche du lieu de travail. Cependant, ce débat ne sera utile que si un dispositif est effectivement en place, par exemple une commission de la sécurité et de la santé. A la question de savoir pourquoi ces sujets doivent être discutés à l'échelon international, dans le cadre d'une réunion comme la présente, la réponse est évidente. Ce n'est qu'à de telles réunions que peut être examinée la situation des multinationales, celle par exemple qui n'applique pas au Brésil un système qui fonctionne au Royaume-Uni. L'échelon mondial ou international est indispensable pour échanger expériences et opinions et pour être informé des bons exemples.
68. Le représentant du gouvernement de l'Egypte a signalé qu'une législation sur la sécurité et la santé au travail et la sécurité sociale existe en Egypte et que l'employeur doit accorder une indemnisation lorsqu'il se produit des accidents du travail.
69. Le représentant du gouvernement de la France a dit que le dialogue s'impose à l'échelon de l'entreprise sur les questions d'hygiène et de sécurité au travail. Des comités d'hygiène et de sécurité au travail peuvent servir de tribune au dialogue; ils devraient être créés là où il n'en existe pas.
70. Un membre travailleur du Sénégal a rappelé aux participants que la fréquence des accidents dans ces industries est élevée pour un certain nombre de raisons et que créer des commissions tripartites permettrait de surveiller l'application des dispositions en matière de sécurité et de santé sur le lieu de travail. Il a également appelé l'attention sur la nécessité de trouver un médecin qui soit surtout compétent pour diagnostiquer les maladies professionnelles à proprement parler. Les médecins, en effet, sont suspectés de partialité en faveur des employeurs.
71. Le porte-parole des travailleurs a abordé la question du bilan des différentes formes de participation des travailleurs aux décisions prises dans l'entreprise et de la façon dont les mécanismes utilisés peuvent répondre aux intérêts distincts mais liés des employeurs et des travailleurs, compte tenu de l'accroissement de la compétitivité. Il a fait valoir que les changements technologiques et organisationnels réalisés grâce aux négociations avec les syndicats tendent à être plus fructueux et à déboucher sur des résultats plus durables pour les parties en cause. Durant ces négociations, il y aura manifestement des moments de coopération, de compromis et de conflits. Les employeurs ont tendance à faire ressortir l'aspect négatif des conflits qui, malgré tout, ne sont pas forcément mauvais, mais font partie de la vie de tous les jours. La question est de savoir comment en tirer parti.
72. Le porte-parole des travailleurs a cité une «clause d'intention» figurant dans une convention collective conclue avec une laiterie néo-zélandaise(3). Il est instructif de constater que la productivité de la laiterie, qui a signé la clause d'intention avec le syndicat, a augmenté de 7 pour cent par an ces huit dernières années, contrairement à celle d'autres entreprises n'ayant pas signé ladite clause, qui n'a augmenté que de 1 pour cent durant la même période. La clause d'intention permet aux travailleurs de s'assurer qu'ils peuvent participer et coopérer, avec l'entreprise, au perfectionnement des qualifications et des compétences, ainsi qu'à l'élaboration de méthodes de travail plus efficaces et de systèmes de production flexibles bénéfiques aux deux parties. Ils peuvent également se fonder sur ces clauses dans les systèmes de gestion en participation, sachant qu'elles sont légalement exécutoires.
73. Quant à la question de l'évolution des relations professionnelles rendue nécessaire à mesure que les activités et les perspectives des industries des produits alimentaires et des boissons se mondialisent, les travailleurs ont été surpris d'entendre que les employeurs souhaitent décentraliser les négociations pour les ramener au plan individuel. Les travailleurs ont souligné une fois de plus qu'il serait inopportun que l'un d'eux, appartenant à une entreprise isolée d'un pays en développement, négocie sur un pied d'égalité avec une grande multinationale telle que Nestlé, Unilever ou Danone. Revenant à la question du niveau approprié des négociations, les travailleurs ont persisté à penser qu'elles doivent avoir lieu au niveau de l'entreprise et être complétées par des accords à l'échelon de l'entreprise ou de l'usine, ou, aussi bien, aux échelons national, régional ou mondial. L'intervenant a également évoqué l'accord-cadre entre l'Union internationale des travailleurs de l'alimentation (UITA) et Danone. Cet accord à l'échelon mondial établit des principes concernant l'échange d'informations, les programmes de formation, l'égalité et les droits syndicaux et des directives au cas où des mesures de restructuration s'imposeraient. Les accords-cadres de ce type pourront ensuite être complétés à l'échelon national ou à celui de l'entreprise. De plus, les comités d'entreprise européens constituent, pour entretenir le dialogue social, un dispositif expérimental qui peut présenter, pour les travailleurs, de précieux avantages dans les industries des produits alimentaires et des boissons.
74. Le porte-parole des employeurs a estimé qu'en ce qui concerne les comités d'entreprise européens et les accords avec des multinationales, il importe que les entreprises décident librement de conclure de tels accords pour fournir des informations. Il ne peut s'agir de recommander à toutes de le faire. Concernant les relations professionnelles, l'intervenant a pu relever qu'en Europe seulement il existait quatre systèmes différents: celui du Nord-Ouest de l'Europe, celui de la France, celui des pays méditerranéens et celui du Royaume-Uni (anglo-saxon). Il est donc impossible de répondre d'une façon générale à la question de l'évolution des relations professionnelles.
75. Un membre travailleur de la République dominicaine a noté que, s'agissant des nouvelles façons d'envisager les relations professionnelles, il importe de tenir compte de l'évolution des mentalités chez les employeurs et les travailleurs désireux de s'adapter à leur époque. Un dialogue franc et sincère est nécessaire pour trouver des solutions communes qui permettent l'utilisation adéquate des nouvelles technologies. La situation en République dominicaine étant radicalement différente de celle des pays européens, une autre approche s'impose. L'intervenant a souligné qu'il n'appartient pas seulement aux employeurs de décider des méthodes à appliquer, mais qu'un dialogue social doit s'instaurer avec les travailleurs pour améliorer la productivité et créer de meilleures conditions de travail.
76. Un membre travailleur de l'Australie a de même évoqué l'évolution des relations professionnelles nécessaire dans ce nouvel environnement mondial. Elle a fait état de la dilapidation du patrimoine par des entreprises d'autres secteurs de l'économie et donné comme exemples ceux des industries des produits alimentaires et des boissons dont les travailleurs ont découvert que leurs employeurs avaient brusquement fermé leur entreprise sans laisser assez d'argent pour payer leur dû. Une conception des relations professionnelles plus perfectionnée et plus éprouvée est nécessaire pour que les employeurs ne cherchent pas à échapper à leurs responsabilités en recourant par exemple à la sous-traitance, au travail à la tâche ou au travail à domicile. Il faudrait éviter que les entreprises ne se laissent entraîner dans une spirale descendante qui les conduirait à rechercher dans le monde entier les endroits où les salaires et les conditions de travail sont les plus bas possibles.
77. Le porte-parole des employeurs a souligné une fois de plus l'importance pour les entreprises d'être libres de conclure des accords à l'échelon international, tout en précisant que les problèmes de relations professionnelles se régleraient mieux à l'échelon local avec les intéressés.
78. Un membre travailleur de la France a fait observer que, si de nombreuses entreprises concluent librement des accords, elles agissent ainsi non seulement parce qu'ils sont dans l'air du temps, mais parce qu'ils sont utiles.
79. Le porte-parole des travailleurs a répondu au porte-parole des employeurs qu'il n'appartient pas aux seuls employeurs de décider ou non de conclure des accords. Beaucoup dépend de la façon dont ils souhaitent se lier aux autres composantes de la société. Par exemple, l'OIT a élaboré un certain nombre de normes qui ont été intégrées par la communauté internationale. L'orateur a ensuite expliqué de quelle manière les travailleurs jugent possible d'élaborer des accords-cadres mondiaux malgré les différences nationales. Cela peut être lors de discussions comme celles qui ont lieu à la présente réunion. Il est intéressant de noter que les employeurs appliquent à leurs entreprises du monde entier des normes de productivité et des méthodes de production identiques. Ils acquièrent et mettent en place des technologies conçues au niveau mondial, mais quand il s'agit de leur plus important actif, à savoir leur personnel, l'orateur n'arrivait pas à comprendre pourquoi ils ne pouvaient pas s'entendre avec ledit personnel également dans une perspective mondiale.
80. Le porte-parole du groupe des employeurs a noté que certains problèmes d'environnement sont internes à l'entreprise et concernent des domaines déjà débattus, comme la santé et la sécurité. Les problèmes externes obligent à coopérer avec les pouvoirs publics et à se conformer à la législation nationale sur la protection de l'environnement. Il importe au plus haut point que les gouvernements assument sérieusement leur responsabilité en matière de formation et aident les petites et moyennes entreprises à remplir leurs obligations légales. Les employeurs doivent également s'associer à eux pour aider ces entreprises. Il serait utile d'être informé du rôle futur des gouvernements à ce sujet.
81. Le porte-parole du groupe des travailleurs a précisé que les problèmes d'environnement intéressent les travailleurs à plusieurs égards. D'abord, comme citoyens, surtout dans le cas des travailleurs des industries des produits alimentaires et des boissons implantées dans des zones rurales, qui vivent à proximité des entreprises. Ensuite, comme consommateurs qui exigent des produits sains et propres. Enfin, comme producteurs de denrées alimentaires, soucieux d'assurer la qualité de l'ensemble de la chaîne alimentaire. L'emploi d'herbicides et de pesticides dans la production des denrées primaires soulève la question de la protection des travailleurs et de la qualité des denrées primaires consommées après transformation. Les entreprises doivent être plus vigilantes et plus strictes sur ce point. Les travailleurs se préoccupent également du recyclage des produits de conditionnement. Bien que cette activité en elle-même ne soit pas sans conséquences pour l'environnement, les travailleurs lui sont d'ordinaire favorables car elle nécessite une main-d'œuvre plus abondante et crée des emplois. Le traitement et l'évacuation des déchets constituent un autre sujet de préoccupation, surtout parce que ce sont les travailleurs du secteur en question qui s'occupent du fonctionnement et de l'entretien des dispositifs d'évacuation. Pour les petites et moyennes entreprises, qui éprouvent des difficultés à se doter de systèmes d'évacuation ménageant l'environnement, les gouvernements devraient prévoir une assistance sous forme d'information, de formation et d'aide technique. Enfin, l'orateur a fait remarquer qu'en général les entreprises qui s'emploient à assumer la propreté, la sécurité et la salubrité des lieux de travail sont également respectueuses de l'environnement.
82. Un membre travailleur du Ghana a noté les effets nocifs des pesticides et des produits chimiques sur la santé des travailleurs de son pays. Les employeurs ne devraient utiliser des herbicides que s'ils ménagent l'environnement. Les décharges devraient être des lieux clos et isolés. Les syndicats doivent également se soucier de l'environnement, par l'intermédiaire des commissions de sécurité et de santé sur les lieux de travail. Ils pourraient encourager l'hygiène personnelle des travailleurs qui, de leur côté, l'inculqueront sur le lieu de travail. Par ailleurs, ils ont besoin qu'on les aide à enseigner des pratiques respectueuses de l'environnement.
83. Un membre travailleur du Honduras a décrit les effets nocifs sur la santé des travailleurs et des villageois de l'utilisation de produits chimiques dans une bananeraie d'Amérique centrale. Un procès a été intenté aux Etats-Unis contre un planteur. Les différentes parties ont tout fait pour arrêter le procès, allant même, récemment, jusqu'à commettre un meurtre.
84. S'exprimant au nom de nombreux représentants gouvernementaux, le représentant du gouvernement de la France a souligné que la pollution de l'eau est un problème majeur. Le principe du «pollueur payeur» est inefficace. Des représentants gouvernementaux ont souligné en outre que des mesures préventives sont nécessaires à tous les échelons, y compris celui des entreprises. Ces mesures supposent qu'une formation soit dispensée à la fois aux travailleurs et aux employeurs et que les procédés de production reposent sur des technologies qui, en fonction des besoins propres à chaque entreprise, tiennent compte du fait que l'eau n'est pas une ressource renouvelable.
85. Le représentant du gouvernement de l'Egypte a insisté sur la nécessité d'une plus stricte application des législations en matière d'environnement. Les amendes sont souvent peu élevées, et les entreprises préfèrent les payer et continuer à violer la loi. Des dispositifs de contrôle s'imposent pour faire pleinement respecter les lois. Les gouvernements et les grandes sociétés devraient aider les petites et moyennes entreprises à s'y conformer. A l'échelon mondial, compte tenu de la libre circulation des produits à travers les frontières, il faudrait s'employer à prévenir les problèmes écologiques qui ne peuvent être maîtrisés en aval. L'orateur a rappelé que l'eau est une denrée rare et précieuse qu'il faut protéger par tous les moyens disponibles.
86. Le représentant du gouvernement de l'Italie a décrit la manière dont, dans son pays, la loi prévoit des primes pour les employeurs qui mettent au point avec les syndicats un programme spécial destiné à remplacer les substances nuisibles pour l'environnement par d'autres qui le ménagent.
87. Un observateur représentant l'Union internationale des syndicats des travailleurs de l'agriculture, de l'alimentation, du commerce, de l'industrie textile et similaires a déclaré que les problèmes d'environnement que connaissent les industries des produits alimentaires et des boissons sont liés aux questions de sécurité et de santé, ainsi qu'aux conditions de travail. Les commissions paritaires de sécurité et de santé créées dans les entreprises devraient donc être habilitées à traiter ces problèmes. Elles devraient d'abord être à même d'intervenir avant l'introduction de nouvelles technologies en vue d'en évaluer les effets; en outre, elles devraient être autorisées à contrôler les procédés de production, voire à interrompre celle-ci en cas de risque de pollution. La responsabilité des producteurs agricoles ne devrait pas être négligée; les prix bas payés aux producteurs pour maximiser les profits ont contribué à accroître ces risques.
88. Le porte-parole du groupe des travailleurs a demandé que le rapport, les conclusions et les résolutions adoptés lors de la présente réunion soient largement diffusés, en espérant qu'ils seront débattus dans des instances tripartites aux niveaux régional et national. Il a en outre demandé que les documents de travail et les rapports d'enquêtes du BIT sur les industries des produits alimentaires et des boissons soient plus largement diffusés que par le passé et qu'ils soient traduits dans plusieurs langues. Les fiches d'information élaborées par le BIT sur les activités sectorielles, en particulier sur les industries des produits alimentaires et des boissons, devraient être régulièrement mises à jour, traduites dans autant de langues que possible (c'est-à-dire pas seulement en anglais, en français et en espagnol) et largement diffusées. Ces fiches devraient également être disponibles sur Internet dans plusieurs langues, de sorte qu'elles soient accessibles au plus grand nombre possible d'utilisateurs. Il a recommandé à l'OIT d'effectuer des recherches et d'élaborer des rapports sur des questions telles que l'impact de l'évolution technologique sur l'industrie des produits alimentaires et des boissons ainsi que sur la santé et la sécurité des groupes vulnérables de travailleurs et des femmes qui travaillent, et sur l'apparition de risques pour la santé et la sécurité dans les industries de ce secteur, telles les lésions engendrées par une tâche répétitive. L'OIT devrait organiser des ateliers tripartites aux niveaux national et régional, notamment dans les pays en développement, en vue d'intensifier et de décentraliser le dialogue social fructueux qui s'est instauré lors de la présente réunion.
89. Le porte-parole du groupe des employeurs a reconnu que l'OIT, par ses réunions et ses rapports, contribue à rapprocher les partenaires sociaux. D'autres recherches et séminaires joueraient un rôle positif, et il a souhaité que le rapport de la réunion soit mis à jour dans trois ans. L'aide de l'OIT à la formation en matière de règlement de conflits liés à l'introduction de technologies nouvelles et de médiation serait appréciée. Les universités ont elles aussi joué un rôle important dans la conduite des recherches sur les industries des produits alimentaires et des boissons. L'orateur a souhaité que l'OIT fournisse de façon suivie des informations sur les industries de ce secteur.
90. Le représentant du gouvernement de la France a déclaré, au nom de nombreux membres de son groupe, que l'OIT devrait, avec les moyens habituels dont elle dispose, encourager l'instauration et le développement d'un dialogue dans les entreprises sur les questions de sécurité et de santé, par exemple par la création de comités mixtes en la matière.
91. Le représentant du gouvernement de l'Egypte a demandé que le prochain rapport sur les industries des produits alimentaires et des boissons se fonde sur des données aussi récentes que possible.
92. Le représentant du gouvernement de la Chine s'est réjoui des bons résultats de la réunion, dus en grande partie à l'esprit de consultation dont les trois parties ont fait preuve dans la recherche d'un consensus. Il a proposé que l'OIT fournisse régulièrement aux pays du monde entier des informations sur les industries des produits alimentaires et des boissons qui pourraient porter notamment sur les réseaux, les filières de commercialisation, la production, les effectifs, les relations entre salariés et les prix des produits alimentaires et des boissons. Le BIT pourrait également publier des documents sur les méthodes exemplaires et les expériences fructueuses observées. L'intervenant a prié l'OIT d'organiser des séminaires de formation de courte durée sur les technologies nouvelles dans les industries, qui s'adresseraient en particulier aux pays en développement. Les gouvernements devraient fournir des informations sur les activités des industries considérées afin que l'OIT puisse évaluer les différentes expériences et attribuer chaque année des récompenses aux salariés ou aux employeurs qui se seraient distingués par leurs contributions au secteur. Les travailleurs et les employeurs devraient être encouragés à intensifier la coopération et la consultation ainsi qu'à élaborer les moyens de garantir la sécurité et une rémunération équitable dans les entreprises.
Examen et adoption par la réunion du projet de rapport et du projet de conclusions
93. Le groupe de travail sur les conclusions a présenté son projet de conclusions à la réunion lors de sa sixième séance plénière. Quelques modifications rédactionnelles mineures ont été proposées par plusieurs membres et approuvées par la réunion. Le porte-parole des employeurs a demandé que soit consigné dans le rapport le fait que la référence, dans la dernière phrase du paragraphe 15 des conclusions, à «une entente volontaire au plan international portant sur l'échange d'informations ou sur des consultations...» ne vise en aucun cas la négociation collective.
94. A cette même séance, la réunion a adopté le présent rapport et le projet de conclusions.
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Genève, le 22 mai 1998. |
(Signé) M. Ravikant, |
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Vice-président gouvernemental de la réunion. |
Conclusions sur la technologie et l'emploi dans les industries des produits alimentaires et des boissons(4)
La Réunion tripartite sur la technologie et l'emploi dans les industries des produits alimentaires et des boissons,
S'étant réunie à Genève du 18 au 22 mai 1998,
Adopte, ce vingt-deuxième jour de mai 1998, les conclusions suivantes:
1. Les industries des produits alimentaires et des boissons subissent des changements rapides dus à l'accélération de la concurrence intérieure et mondiale, à l'évolution du mode de vie des consommateurs et aux préoccupations en matière de santé, d'hygiène, d'environnement, d'éthique et de coûts. Des actions bien préparées mais promptes sont indispensables pour maintenir la compétitivité des entreprises. Elles comprennent l'adoption de nouvelles technologies et la conception de nouveaux produits et procédés de production. Il faut un personnel qualifié et motivé pour relever ces nouveaux défis. Pour suivre l'évolution, un esprit de confiance et de coopération entre employeurs et travailleurs, fondé sur l'échange d'informations et le dialogue, devrait être encouragé à tous les échelons appropriés.
2. Les industries des produits alimentaires et des boissons offrent une grande diversité de produits et de procédés de production, allant d'activités à haut coefficient de main-d'œuvre à des activités capitalistiques. Les changements technologiques, qui se produisent à différents échelons dans les pays et à divers stades de leur développement économique, ont des effets variés sur l'emploi. Si certaines compétences deviennent obsolètes, de nombreuses autres sont aujourd'hui requises. Le niveau de développement économique du pays, la situation de ses industries et le marché du travail sont autant de facteurs susceptibles d'influer sur l'adoption de nouvelles technologies.
3. L'innovation technologique devrait être vue comme un processus permanent qui exige une adaptation constante. L'adoption de nouvelles technologies ne permet pas seulement d'améliorer la productivité, la qualité et la rentabilité d'une entreprise; elle est aussi porteur d'un milieu de travail plus sûr et plus sain, d'une valorisation des compétences des travailleurs, d'un regain de satisfaction au travail et d'un surcroît de motivation des travailleurs. Il faudrait exploiter ce potentiel. Tout en admettant que c'est aux employeurs qu'il appartient, en premier lieu, de décider d'introduire ou non de nouvelles technologies, on doit savoir que de tels investissements procureront plus sûrement les avantages escomptés si les représentants des travailleurs(5) sont, dès que possible, dûment informés et consultés pour obtenir l'accord et l'engagement de tous.
4. Les nouvelles technologies peuvent entraîner des suppressions d'emplois, au moins à court terme, et exiger de nouvelles compétences du personnel. Il faudrait commencer à perfectionner les compétences du personnel bien avant d'introduire une nouvelle technologie; prévisions, consultations et esprit de partenariat sont indispensables à cette entreprise et peuvent atténuer ses effets négatifs possibles.
Flexibilité de l'emploi et nouvelle organisation du travail
5. Une planification rationnelle des ressources humaines est essentielle, et il importe de former ou de recycler de manière structurée pour que les salariés acquièrent les compétences nécessaires ou les adaptent pour affronter l'évolution technologique et élaborer des produits alimentaires ou des boissons de qualité. A mesure qu'apparaît le besoin de nouvelles compétences, il faudrait réaliser des consultations en temps voulu pour déterminer les besoins de formation. Dans ce contexte, la négociation collective(6) aux niveaux appropriés est utile pour associer les travailleurs à l'évolution technologique.
6. La formation devrait viser essentiellement à valoriser les compétences des travailleurs pour accroître la productivité de l'entreprise tout en rehaussant le contenu de l'emploi. Il faudrait autant que possible tendre à la polyvalence et décerner une attestation de sorte que, dans le pire des cas, les travailleurs excédentaires trouvent plus facilement un emploi dans d'autres entreprises ou industries. Les gouvernements devraient veiller à ce que les systèmes d'éducation nationale dispensent de solides connaissances de base aux élèves du secondaire. L'acquisition des connaissances de base, comme les notions de calcul et de lecture, continue de réclamer l'attention dans maints pays; il faudrait que les gouvernements, avec l'aide des organisations d'employeurs et de travailleurs, la favorisent.
7. Les Etats Membres devraient arriver à intégrer, dès que possible, le secteur non structuré au secteur structuré pour que les lois, les règlements et, le cas échéant, les conventions collectives s'appliquent à tous les travailleurs des industries des produits alimentaires et des boissons. Des centres appropriés devraient concevoir des programmes de formation, destinés, notamment dans le secteur non structuré, aux individus les moins qualifiés qui utilisent des techniques rudimentaires. Ces programmes devraient avant tout enseigner les capacités nécessaires pour élaborer de façon saine et hygiénique des produits alimentaires.
8. Il faudrait vouer une attention particulière aux groupes les plus vulnérables dont l'emploi dans les industries des produits alimentaires et des boissons est précaire pour leur permettre de s'adapter aux changements et d'acquérir les capacités voulues. Il s'agit notamment des travailleurs non qualifiés ou de ceux les moins qualifiés et les moins rémunérés, en particulier les femmes, les migrants et les handicapés. Il faudrait définir les besoins particuliers de formation de ces groupes et concevoir des cours pour leur permettre d'acquérir les nouvelles compétences qu'exigent les industries des produits alimentaires et des boissons ainsi que celles d'autres secteurs. La formation devrait embrasser plusieurs domaines: sécurité et santé au travail, hygiène alimentaire, hygiène personnelle, notions d'informatique et premiers secours.
9. Les entreprises exigent toujours davantage de compétences plus poussées pour rester productives et s'adapter aux exigences nouvelles de la technologie, de la recherche et du développement alimentaires. Il importe donc que les travailleurs acquièrent les capacités et les compétences techniques nécessaires. Pour suivre l'évolution, la formation doit être dynamique, continue et aller de pair avec les progrès.
10. Il conviendrait de tirer les enseignements des initiatives de formation, menées conjointement par les partenaires tripartites pour développer l'aptitude à l'emploi, qui ont été couronnées de succès. Il faudrait des programmes qui permettent aux travailleurs dont les qualification sont dépassées de se recycler au sein de l'entreprise ou de l'industrie ou dans un autre secteur. D'autres programmes devraient viser les besoins particuliers des petites et moyennes entreprises. La formation devrait être organisée de façon à rendre les cours accessibles à ceux qui en ont le plus besoin, si possible sans perturber la vie privée, pour qu'elle bénéficie également aux travailleurs ayant des responsabilités familiales. Elle devrait être ininterrompue et se fonder sur l'apprentissage continu pour permettre de s'adapter et de s'améliorer sans cesse. Les parties peuvent envisager, en cas d'arrêt temporaire d'une usine, de réaliser des formations pour tous les travailleurs. Les agents de production seraient soumis à une formation industrielle structurée et les techniciens ou les cadres les plus compétents et qualifiés suivraient, dans la mesure du possible, des cours de courte durée de niveau universitaire.
11. Le travail en équipe et la polyvalence peuvent enrichir le contenu de l'emploi, accroître la satisfaction au travail, faire progresser l'employabilité des travailleurs et leur salaire, et augmenter la productivité et la compétitivité de l'entreprise. A ce titre, on peut les considérer comme de bonnes méthodes d'organisation du travail si elles sont mises en œuvre convenablement et accompagnées par des relations professionnelles correctes. L'expérience montre que, pour améliorer le système, ce qui précède peut se faire grâce à un échange continu d'informations, et que les représentants des employeurs et des travailleurs doivent examiner les objectifs et se consulter à leur sujet conformément à la législation et à la pratique nationales. Il faudrait éviter toute concurrence qui soit source de tension entre différentes équipes de travailleurs.
12. Le travail par postes alternés est de plus en plus répandu dans les industries des produits alimentaires et des boissons; la pratique des différents types de travail posté est suffisante pour déterminer la meilleure des méthodes. Afin de garantir le fonctionnement d'un tel système sans heurt, il conviendrait de tenir compte de certains éléments clés lors de la mise en place des postes. Il faudrait éviter de déranger indûment la vie des travailleurs, surtout s'ils ont des responsabilités familiales; il faudrait aussi tenir compte de leurs besoins en matière de garde d'enfants. Les postes devraient être planifiés longtemps à l'avance avec des représentants des travailleurs afin d'éviter d'éventuels problèmes, et ils devraient être consultés à nouveau s'il faut apporter des changements. Un système bien coordonné et concerté d'annualisation des heures de travail devrait améliorer le processus de production et permettre à certains travailleurs - tels que ceux ayant des responsabilités familiales - de mieux s'organiser et de prendre congé au moment où ils en ont le plus besoin.
13. Tout système concerté de rémunération liée à la productivité devrait avoir une assise équitable et être accompagné d'un dispositif d'indicateurs généraux, transparents et faciles à comprendre, de sorte que ses effets apparaissent concrètement dans la rémunération des travailleurs. Les besoins en compétences plus poussées devraient aller de pair avec une rémunération à la mesure de ces qualifications, négociée entre les représentants des travailleurs et des employeurs. Une rémunération liée aux compétences, fondée sur l'identification claire et objective des compétences requises et sur une pondération équitable et adéquate de leur valeur pour les diverses catégories de travailleurs, y compris pour les postes occupés par des femmes, pourrait constituer un outil en vue d'accroître la productivité et de motiver davantage les travailleurs.
14. Dans les industries des produits alimentaires et des boissons, les technologies nouvelles ont réduit la fréquence de certains accidents et maladies mais elle demeure trop élevée. Ces mêmes technologies peuvent également donner lieu à de nouveaux problèmes de sécurité et de santé. Dans les industries en question, ces problèmes se traduisent essentiellement par: des déficiences auditives et visuelles dues à des niveaux sonores élevés et à l'utilisation de terminaux à écran, un stress psychologique, et des lésions imputables aux tâches répétitives liées aux pressions excessives subies par les travailleurs. Les organismes gouvernementaux devraient activement prévenir les accidents et améliorer la sécurité et la santé dans ces industries en fixant des critères corrects et en les faisant appliquer par des inspections régulières. Il faudrait intensifier la formation du personnel médical chargé de déceler les problèmes de sécurité et de santé. Aux niveaux de l'entreprise et de l'usine, la mise en place de commissions paritaires de sécurité et de santé devrait être encouragée et rendue plus efficace. Employeurs et travailleurs devraient œuvrer ensemble pour assurer la sécurité des méthodes de travail dans ce secteur. Tous les travailleurs devraient être correctement formés à ces questions, mettre en œuvre cette formation et utiliser les équipements de sécurité. Les entreprises multinationales devraient appliquer les critères les plus élevés de gestion de la sécurité dans tous les pays où elles sont présentes. Les intérêts des travailleurs victimes de lésions professionnelles devraient être protégés par la législation tant pour ce qui est des indemnisations que de la sécurité de l'emploi.
15. Introduire de nouveaux dispositifs relatifs à la durée du travail et à la rémunération demande de planifier, d'informer, de débattre, de consulter et/ou de négocier avec soin, conformément à la législation et à la pratique nationales, avec les représentants des travailleurs des industries en question. La situation diffère d'un pays et d'une entreprise à l'autre, il est donc difficile d'appliquer un modèle standard à l'ensemble des entreprises, des industries ou des pays. Tout en respectant les pratiques et conditions locales, la négociation collective permet de conclure des accords à l'échelon voulu et constitue un facteur important d'adaptation à l'évolution technologique. Négocier collectivement peut également servir à élaborer des mesures de protection des travailleurs contre les nouveaux risques pour la sécurité et la santé issus de nouvelles formes d'organisation du travail et de technologie. Une entente volontaire au plan international portant sur l'échange d'informations ou sur des consultations peut compléter utilement les mécanismes nationaux de relations professionnelles.
16. La gestion de l'environnement porte sur plusieurs aspects notamment, l'un interne lié à la sécurité et à la santé au travail, et l'autre externe qui concerne le milieu ambiant. Les travailleurs sont concernés à trois niveaux: en tant que citoyens de la communauté où est implantée leur entreprise, en tant que consommateurs des produits de cette dernière et en tant que travailleurs de ladite entreprise. Ils sont donc intéressés par l'ensemble de la chaîne alimentaire. Les industries de ce secteur doivent se soucier particulièrement des problèmes d'environnement car sa dégradation peut entraîner la contamination des produits primaires qu'elles transforment. La pollution de l'eau est une question particulièrement préoccupante, et des actions préventives devraient être mises en œuvre à tous les échelons, y compris à celui de l'entreprise. Compte tenu du fait que les industries des produits alimentaires et des boissons utilisent énormément de produits de conditionnement, ces derniers ne devraient pas, si possible, nuire à l'environnement. En formulant les mesures relatives au recyclage des produits de conditionnement, il faudrait insister, notamment, sur les effets sur l'emploi des différentes solutions. Le rôle des pouvoirs publics est important aux plans de l'élaboration de la législation et de son application effective. Il faudrait offrir une assistance technique et une formation aux petites et moyennes entreprises en vue d'améliorer leurs systèmes de gestion de l'environnement. Des commissions paritaires de sécurité et de santé devraient examiner les questions d'environnement interne et attirer l'attention sur les problèmes éventuels. Dans le cadre de programmes d'éducation ouvrière, il conviendrait de dispenser aux salariés une formation aux méthodes écologiques.
17. L'OIT devrait continuer à organiser des réunions tripartites sur les industries des produits alimentaires et des boissons, ces réunions étant très utiles car elles permettent aux partenaires tripartites de diverses parties du monde d'échanger des informations.
18. Les rapports techniques élaborés pour de telles réunions ou sous d'autres formes sont extrêmement utiles au secteur des industries des produits alimentaires et des boissons, dès lors qu'ils fournissent des informations détaillées et reflètent les points de vue des partenaires tripartites. Il faudrait continuer à publier ce genre de rapports et y traiter de sujets tels que la situation des groupes de travailleurs les plus vulnérables dans les industries des produits alimentaires et des boissons, dont les femmes. Ces rapports devraient être traduits dans plusieurs langues et largement diffusés. Il faudrait rédiger une publication sur les méthodes exemplaires et les expériences les plus fructueuses d'introduction de technologies nouvelles et la diffuser largement. L'OIT devrait aider à éviter les conflits liés à l'introduction de ces nouvelles technologies et concourir à leur solution ou à une médiation. Il conviendrait d'attirer l'attention sur les importantes recherches menées par les universités. Le BIT devrait insérer sur Internet des informations relatives aux industries des produits alimentaires et des boissons, les mettre régulièrement à jour et diffuser largement des fiches d'information en plusieurs langues.
19. L'OIT devrait réaliser davantage d'activités dans le domaine de la sécurité et de la santé ayant trait aux industries des produits alimentaires et des boissons et encourager le dialogue dans les entreprises, ainsi que la création d'organes paritaires de sécurité et de santé. Des ateliers et des réunions aux niveaux régional et national, en particulier dans les pays en développement, devraient être organisés sur des sujets propres aux industries des produits alimentaires et des boissons.
Résolutions
Examen et adoption des projets de résolution par la réunion
A sa troisième séance plénière, la réunion a créé un groupe de travail sur les résolutions conformément à l'article 13, paragraphe 1, du Règlement.
Le groupe de travail, présidé par le président de la réunion, était composé des membres du bureau de la réunion et de trois représentants de chacun des groupes. Les membres du groupe de travail étaient les suivants:
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Bureau de la réunion | ||
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M. K. Ahmed (président) | |
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M. Ravikant (vice-président gouvernemental) | |
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M. R. Díaz Navarrete (vice-président employeur) | |
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Mme C. Sanz Fernández (vice-présidente travailleur) | |
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Membres gouvernementaux | ||
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Egypte: |
M. A.F. Afify |
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Etats-Unis: |
Mme B. White |
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Uruguay: |
Mme M.-T. Ribas Rodríguez |
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Membres employeurs | ||
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M. E. Davey | |
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M. G. Rossi | |
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Mme S. Tiongson | |
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Membres travailleurs | ||
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Mme N. Barbosa de Lima | |
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M. C. Reyes | |
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M. J. Santos | |
A la sixième séance plénière de la réunion, en l'absence du président du groupe de travail et conformément à l'article 14, paragraphe 8, du Règlement, le vice-président gouvernemental a présenté à la réunion les recommandations du groupe de travail relatives aux projets de résolution dont il était saisi. Ainsi que l'exige la même disposition du Règlement, les autres vice-présidents avaient été consultés sur le contenu de son rapport oral.
Le groupe de travail avait été saisi de quatre projets de résolution, tous présentés par le groupe des travailleurs et déclarés recevables. Il a examiné les textes en détail et les a modifiés lorsque cela était nécessaire, de façon qu'ils recueillent l'adhésion générale. Le groupe de travail a recommandé à la réunion plénière l'adoption des textes révisés des quatre résolutions.
I. Projet de résolution concernant l'emploi des femmes dans les industries des produits alimentaires et des boissons
La réunion a adopté le projet de résolution à l'unanimité.
II. Projet de résolution concernant le travail des enfants dans les industries des produits alimentaires et des boissons
Le représentant du gouvernement de l'Inde a exprimé une réserve au sujet de l'alinéa a) du paragraphe 1 qui demande qu'une étude soit entreprise sur le travail des enfants dans les indust