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Les implications de la mondialisation
et de la restructuration du commerce
du point de vue
des ressources humaines

Rapport soumis aux fins de discussion à la Réunion Tripartite
sur les implications de la mondialisation et de la restructuration
du commerce du point de vue des ressources humaines

Genève, 1999

Bureau International du travailGenève

Copyright ® 1999 Organisation Internationale du Travail (OIT)

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Préface

Le présent rapport, établi par le Bureau international du Travail, est destiné à servir de base aux discussions de la Réunion tripartite sur les implications de la mondialisation et de la restructuration du commerce du point de vue des ressources humaines. Le Bureau y examine la restructuration et la mondialisation du secteur du commerce - notamment l'apparition de nouvelles filières de distribution et le recours aux nouvelles technologies de l'information et de la communication - ainsi que la libéralisation croissante du marché et, sur cette base, il étudie les effets de cette évolution sur l'emploi, les relations professionnelles et les conditions de travail.

Cadre général de la réunion

La réunion s'inscrit dans le cadre du Programme des activités sectorielles du BIT, lequel vise à faciliter les échanges d'informations entre mandants concernant l'évolution de la situation sociale dans différents secteurs économiques, sur la base d'études des problèmes d'actualité qui se posent dans ces secteurs. Des réunions sectorielles tripartites internationales sont ainsi traditionnellement organisées afin de favoriser les échanges de vues et la confrontation des expériences. Les objectifs sont les suivants: permettre une meilleure compréhension des problèmes sectoriels; promouvoir un consensus tripartite international à ce sujet et dégager des orientations concernant les politiques et mesures à adopter sur les plans national et international; favoriser l'harmonisation de toutes les activités sectorielles du BIT et assurer la liaison entre le BIT et les mandants; fournir des avis techniques, une assistance pratique et un appui concret à ces derniers afin de faciliter l'application des normes internationales du travail dans les différents secteurs économiques.

A sa 267e session (novembre 1996), le Conseil d'administration du BIT a décidé d'inscrire au programme des réunions sectorielles pour 1998-99 une réunion tripartite sur les implications de la mondialisation et de la restructuration du commerce du point de vue des ressources humaines. A sa 268e session (mars 1997), il a décidé que cette réunion serait tripartite, qu'elle rassemblerait 75 participants et que les gouvernements des 25 pays suivants seraient invités à se faire représenter: Allemagne, Burundi, Canada, Chine, Chypre, Colombie, République de Corée, Egypte, France, Ghana, Italie, Japon, Luxembourg, Madagascar, Mali, Népal, Nicaragua, Pérou, Portugal, Slovénie, Suisse, Suriname, République tchèque, Thaïlande et Turquie. Les pays suivants ont été inscrits sur une liste de réserve pour le cas où des gouvernements de la première liste déclineraient l'invitation: Algérie, Argentine, Bénin, Brésil, Croatie, Dominique, Emirats arabes unis, Ethiopie, Finlande, Grenade, Guatemala, Maroc, Nigéria, Royaume-Uni, Tunisie et Zambie. Par ailleurs, 25 représentants des employeurs et 25 représentants des travailleurs ont été invités. Le Conseil d'administration a décidé que l'objet de la réunion serait le suivant: échanges de vues et confrontation des expériences au sujet des nouvelles filières de distribution et de leurs effets sur l'emploi et les conditions de travail; élaboration de conclusions contenant des orientations et des propositions d'action future; adoption d'un rapport. La réunion pourra aussi adopter des résolutions.

Cadre général du rapport

Le progrès technique, la mobilité internationale des entreprises et les changements rapides provoqués par la concurrence ont de lourdes répercussions sur l'organisation des entreprises commerciales et sur leur stratégie en matière de ressources humaines. Du fait de la mondialisation et de l'interdépendance croissante des marchés, le nombre de personnes travaillant dans des secteurs ouverts à la concurrence internationale et aux flux de capitaux a beaucoup augmenté. De ce fait, les marchés du travail sont eux-mêmes de plus en plus interdépendants. Si la productivité augmente plus vite dans le secteur du commerce de gros et de détail que dans d'autres secteurs depuis le début des années soixante-dix, c'est en grande partie parce que les grossistes et les grandes chaînes de détaillants ont beaucoup investi dans la technologie de l'information.

Le progrès technique ainsi que la baisse constante du coût des communications et des transports ont donc joué un grand rôle dans l'intégration mondiale. Au lieu d'ériger des barrières protectionnistes, les pays cherchent de plus en plus à améliorer leur compétitivité internationale. Les pays en développement ont fait d'énormes progrès dans le domaine de l'éducation et de l'infrastructure, ce qui a beaucoup accru leur capacité de production et leur permet d'être compétitifs sur les marchés mondiaux. Cette évolution a été favorisée par la technologie de la communication qui rend le monde de plus en plus petit. L'impact de la mondialisation dans le domaine social et notamment dans le domaine du travail exige que le monde politique, le monde des affaires et le monde syndical assument leurs responsabilités et veillent au respect des normes internationales du travail, ce qui contribuera à une amélioration des conditions de travail, y compris dans le secteur du commerce.

Dans ce rapport, le BIT fait le point sur l'impact social de la mondialisation et des restructurations dans le secteur du commerce. Il examine, dans le chapitre 1, l'évolution récente de l'emploi. Dans le chapitre 2, il décrit les effets de l'internationalisation, des fusions et des acquisitions, sur l'emploi, les rémunérations et la productivité dans le secteur du commerce. Le chapitre 3 analyse le processus de libéralisation en cours dans le secteur et ses répercussions sur l'emploi. Le chapitre 4 traite des nouvelles technologies, en particulier de la technologie de l'information et du commerce électronique, et étudie leur impact sur l'emploi. Le chapitre 5 traite de l'évolution de la demande, des nouveaux formats apparus dans le commerce de détail et des besoins de formation et de qualifications. Dans le chapitre 6, le BIT examine l'impact de la mondialisation et des restructurations sur les relations professionnelles en indiquant comment les partenaires sociaux s'adaptent aux récentes évolutions. Enfin, le dernier chapitre traite des «initiatives volontaires» prises dans le secteur du commerce et examine le rôle que l'OIT peut jouer pour assurer des emplois et des conditions de travail décents dans le secteur. Le rapport se termine par une liste de points suggérés pour la discussion.

Remerciements

Les informations sur lesquelles repose le présent rapport proviennent de différentes sources. En réponse à un questionnaire, le BIT a reçu de précieuses informations d'un certain nombre d'organisations d'employeurs et d'organisations de travailleurs, et notamment de la Fédération internationale des employés, techniciens et cadres (FIET). José Paulo Zeetano Chahad (Brésil) et Peter B. Doeringer (Université de Boston, Etats-Unis) ont également fourni d'utiles contributions. Des renseignements ont également été tirés de publications du BIT ou d'autres organisations internationales et de centres de recherche.

Le présent rapport a été établi sur la base des contributions de Paula Repo, consultante, et d'une équipe du BIT composée de Claude Duchemin, John Sendanyoye et Brigitte Steck (Service des employés et travailleurs intellectuels), ainsi que de Frances Papazafiropoulos (Service des documents officiels) et Messaoud Hammouya (Bureau de statistique). Ce rapport est publié sous l'autorité du Bureau international du Travail.


Table des matières

Préface

Remerciements

Introduction

1. Mondialisation, restructuration et emploi dans le commerce

2. Internationalisation et nouveaux circuits commerciaux

3. Un marché plus libéral

4. Amélioration de l'efficience de la filière de l'offre au moyen des technologies de l'information

5. Evolution de la consommation et des formats de vente au détail

6. Les relations professionnelles dans le cadre de la mondialisation des circuits de distribution

7. Initiatives volontaires dans le secteur du commerce et rôle de l'OIT

Points suggérés pour la discussion

Bibliographie

Annexes statistiques:

Tableaux:

Figures:

Encadrés:


Introduction

Le présent rapport, qui traite des effets de la mondialisation et de la restructuration dans le secteur du commerce sur l'emploi et les conditions de travail, est publié quelques mois seulement avant le début du troisième millénaire. Ce que l'on désigne à présent sous le nom de «mondialisation», laquelle aura marqué de son empreinte le paysage social et économique de la fin du XXe siècle, est une forme moderne et plus extrême de ce qui est de longue date un facteur déterminant dans l'évolution du commerce. Il est même possible de discerner une sorte de continuité dans l'évolution du commerce, depuis les anciennes pistes caravanières jusqu'au commerce électronique en passant par les routes maritimes des Phéniciens et le trafic hanséatique. Sous cet angle, les «autoroutes de l'information» apparaissent comme un revêtement moderne et planétaire des légendaires routes de la soie ou des épices. L'apparition des grands magasins à la fin du XIXe siècle et la multiplication des grandes chaînes de distribution dans la seconde moitié du XXe siècle ont bouleversé la structure du commerce dans divers pays sans toutefois faire disparaître totalement les formes plus traditionnelles de distribution. La vente à distance, et plus particulièrement le commerce électronique sur Internet, entraîne des changements sociaux et économiques fondamentaux: suppression des contraintes liées à la distance; absence d'interaction physique pendant l'achat et le paiement; nécessité de revoir les politiques et les programmes d'éducation et de formation; destruction, création ou transformation de telle ou telle catégorie d'emplois, etc.

Souvent associé à la recherche de nouveaux produits et à la conquête de nouveaux marchés, le commerce international a fréquemment joué, pour le meilleur ou pour le pire, un rôle de catalyseur dans les changements sociaux. L'un des principaux objectifs que s'est fixés l'OIT dès sa création a été de veiller à ce que le commerce international contribue au progrès social et ne porte pas préjudice aux travailleurs et à leurs familles. La Constitution de l'Organisation dispose en effet dans son Préambule que «... la non-adoption par une nation quelconque d'un régime de travail réellement humain fait obstacle aux efforts des autres nations désireuses d'améliorer le sort des travailleurs dans leurs propres pays». Ce principe est toujours valable aujourd'hui, comme l'a confirmé la Conférence internationale du Travail en adoptant à sa 86e session, en juin 1998, la Déclaration de l'OIT relative aux principes et droits fondamentaux au travail.

Dans le monde entier, la mondialisation et la restructuration des circuits de distribution renforcent les liens entre le commerce extérieur et le commerce intérieur. Parallèlement, on voit progresser le commerce informel dans un certain nombre de pays en développement. Les réglementations qui régissent les activités des acteurs commerciaux ne s'appliquent la plupart du temps qu'à l'échelon local ou à l'échelle nationale, et les pouvoirs publics semblent avoir de plus en plus de mal, du fait de la croissance du commerce électronique, à imposer pleinement leurs prérogatives aux marchés nationaux. En effet, les transactions électroniques à distance se prêtent moins à un contrôle que le transfert de biens matériels. Cette évolution renforce l'influence des consommateurs, du moins pour ceux qui disposent d'un véritable pouvoir d'achat, et soulève des questions inédites quant à la politique menée par les pouvoirs publics.

Dans son rapport à la Réunion tripartite sur la productivité et l'emploi dans le commerce et les bureaux (1994), le BIT relevait que «la concurrence accrue, une plus grande exigence des consommateurs et, surtout, la généralisation de l'économie de marché ont sensibilisé les gouvernements, les employeurs et les travailleurs de toutes les régions du monde à la nécessité de répondre aux besoins des consommateurs pour pouvoir réussir sur le marché...» et que «la concurrence s'exerçant à l'échelle mondiale, et non plus simplement locale, les nouveaux produits et services peuvent être commercialisés dans des délais extrêmement brefs»(1).

Il est évident qu'une telle évolution a une incidence durable sur l'emploi, les conditions de travail et les relations professionnelles non seulement dans le commerce, mais aussi dans les secteurs contigus et les activités connexes telles que la fabrication, le marketing, le transport, la finance, la logistique, la gestion, les communications et le traitement des données. Les espoirs sont souvent grands, dans de nombreux pays, de voir les investissements dans le commerce et la diffusion des nouvelles techniques de commercialisation alimenter la croissance de l'économie, générer un nombre significatif d'emplois nouveaux directs ou indirects et contribuer à l'amélioration des conditions de vie et de travail. A ces espoirs répondent fréquemment diverses appréhensions, liées à l'apparition d'une société globale gouvernée principalement par les forces du marché.

Comme l'indiquait le rapport du Directeur général du BIT à la 85e session (1997) de la Conférence internationale du Travail(2) «Par une curieuse ironie de l'histoire, les lendemains qui chantent ne seraient plus ceux de la fin de la lutte des classes (...) Ils seraient à attendre du dessaisissement de l'Etat de ses prérogatives économiques et sociales au profit d'une société civile globale soumise aux seules lois de la rationalité économique, elle-même seule garante d'une prospérité future dont les promesses devraient suffire à faire oublier la dureté du présent. Ce nouvel avatar de l'idéologie du progrès ... s'obstine à affirmer la prééminence de l'humanité en marche sur les hommes de chair et de sang...». Dans son rapport à la 87e session (1999) de la Conférence internationale du Travail(3), le Directeur général exprime les mêmes préoccupations en relevant que «la mondialisation a apporté la prospérité mais aussi des inégalités qui mettent à l'épreuve la responsabilité sociale collective». Cette remarque est d'autant plus pertinente qu'à l'heure de la mondialisation et de la restructuration du commerce les nouvelles technologies et les modifications apportées aux systèmes de production et de distribution ont entraîné des changements dans la conscience sociale. Ainsi qu'il est dit dans le même rapport, «le choix accru qui est offert aux consommateurs, les possibilités d'accès au savoir et les nouveaux moyens de communication font que les personnes et les institutions sociales ne sont pas seulement les sujets mais les acteurs potentiels de la mondialisation».


1. BIT: La productivité et l'emploi dans le commerce et les bureaux (Genève, 1994), pp. 1 et 6.

2. BIT: L'action normative de l'OIT à l'heure de la mondialisation, rapport du Directeur général à la Conférence internationale du Travail, 85e session, 1997, p. 6.

3. BIT: Un travail décent, rapport du Directeur général à la Conférence internationale du Travail, 87esession, Genève, 1999, pp. 1 et 2.


1. Mondialisation, restructuration
et emploi dans le commerce

Que la mondialisation fasse pleinement sentir ou non ses effets sur le marché de l'emploi au niveau national, le fait demeure qu'elle a entraîné des changements qualitatifs dans le cadre économique mondial et influé ainsi sur le sort des travailleurs à travers le monde. La libéralisation et la restructuration économiques ont pour effet de multiplier les prises de contrôle étrangères par la voie des fusions et des acquisitions, avec pour résultat de mettre en place des circuits de distribution modernes liés aux nouvelles technologies, aux méthodes de gestion novatrices, aux approches différentes du travail et aux nouvelles conditions d'emploi. Cependant, ces évolutions ne se font pas encore pleinement sentir dans les marchés nationaux de nombre de pays en développement. Les structures et les méthodes commerciales traditionnelles restent la règle dans des pays comme le Bangladesh, le Gabon, le Liban et Sri Lanka, où peu de chaînes de magasins se sont implantées et où aucune acquisition ou fusion d'importance ne s'est produite entre des entreprises étrangères et des entreprises locales. C'est pourquoi la Confédération patronale gabonaise (CPG) et l'Association des industriels libanais indiquent toutes deux qu'il n'existe guère de lien visible dans leur pays respectif entre la mondialisation et l'emploi.

Il en va tout autrement des pays industriels, où l'on débat toujours plus de l'influence exercée par les pays à faibles salaires sur l'emploi national. Il ressort d'études récentes de l'OIT que, tout bien considéré, les échanges avec les pays en développement et la relocalisation des industries ne contribuent que faiblement à la hausse du chômage et à la baisse des salaires des travailleurs non qualifiés dans les pays industriels. Il apparaît également que les pessimistes sous-estiment les avantages non négligeables que ces pays tirent du commerce avec les pays en développement et des investissements qu'ils y effectuent. S'il est incontestable que la libéralisation économique entraîne souvent des coûts sociaux à court ou moyen terme, il apparaît aussi que ces coûts sont plus que compensés par les gains à long terme qu'entraîne cette libéralisation par rapport au protectionnisme.

1.1 Evolutions régionales

Les effets de la mondialisation sur l'emploi dans le commerce varient selon les régions du monde. Au cours des dernières années, le nombre des travailleurs employés dans les industries d'importation et d'exportation - de même que celui des travailleurs avec lesquels ils sont en concurrence - a progressé nettement, parallèlement à la progression des liens entre les différents marchés du travail mondiaux. Malgré cette progression, cependant, ce nombre reste faible par rapport à l'emploi total. Dans les pays industriels, par exemple, près de 70 pour cent des travailleurs sont employés dans les services, dont la plupart sont difficilement exportables. De même, dans nombre de pays en développement à faibles revenus, le gros de l'emploi se trouve toujours dans l'agriculture de subsistance traditionnelle ou dans le secteur informel urbain, dont les produits sont largement destinés au marché intérieur et ne sont que faiblement touchés par la mondialisation. Malgré cela, l'impact de la concurrence économique mondiale est ressenti par un nombre croissant de travailleurs, qui craignent que l'intensification de ce mouvement n'entraîne une détérioration des salaires et des normes du travail.

S'il est difficile de mesurer l'évolution de l'emploi dans le secteur du commerce, c'est pour une large part en raison de la pénurie de statistiques nationales précises. Même dans les pays où ces statistiques sont régulièrement publiées, la plupart ne sont à jour que jusqu'à 1997. En raison de ce retard, les données disponibles permettent de mesurer l'évolution à long terme, mais non à court terme. A la différence des données par pays que l'on trouvera dans les figures 1.1 à 1.6, celles qui sont présentées dans l'annexe statistique placée à la fin du rapport comprennent non seulement les chiffres relatifs au commerce de gros et de détail, mais aussi ceux de l'hôtellerie- restauration, de manière à correspondre au grand groupe 6 de la Classification internationale type, par industrie, de toutes les branches d'activité économique (CITP, révision 2, de 1968). Cependant, une évaluation de la situation de chacun des pays inclus dans les figures 1.1. à 1.6 montre que l'inclusion de l'hôtellerie-restauration exerce un effet négligeable sur l'évolution générale du commerce de gros et de détail.

Il ressort des données de l'OIT que, en général, l'emploi du commerce de gros et de détail de la plupart des pays industriels a progressé plus vite que l'emploi total au cours des dernières années. Comme le montrent les figures 1.1 et 1.2, la part de l'emploi dans ce secteur par rapport à l'emploi total va d'un minimum de 12 pour cent pour la Finlande à un maximum de 20 pour cent pour l'Australie. Cet emploi a progressé dans la majorité des pays en question, particulièrement en Finlande, aux Pays-Bas et en Irlande, pays où cette progression a dépassé 4pour cent de 1995 à 1997. En revanche, l'emploi dans ce secteur a diminué d'environ 1,5 pour cent au cours de la même période en Suède et au Portugal.

1.1.1 Europe occidentale

Dans l'Union européenne, 4,7 millions d'entreprises commerciales, représentant 30 pour cent de l'ensemble des entreprises, constituent le lien essentiel qu'est la distribution de biens et de services entre les producteurs et les consommateurs, dont le nombre dépasse 370 millions.
 

Encadré 1.1
L'emploi dans le secteur du commerce en Finlande

Selon la Confédération des employeurs des industries de services de Finlande (LTK), un changement structurel considérable s'est produit au cours des quatre premières années de la décennie quatre-vingt-dix. Ensuite, de 1994 à 1998, le nombre des personnes travaillant dans le secteur du commerce a progressé comme suit:

Année
1994
1998

Détail
125 700
136 900

Gros
73 400
91 200

Autres
43 100
46 300

Total
242 200
274 400

Alors que les tâches continuent à évoluer, le besoin prioritaire du secteur est devenu la constitution d'une main-d'œuvre plus qualifiée et plus polyvalente grâce à une formation permanente. Contrairement aux craintes, l'automatisation n'a pas entraîné de réduction de l'emploi, lequel était tombé à un minimum en 1994. La Finlande détenant le record d'Europe pour les achats par cartes de crédit, les travailleurs connaissent depuis longtemps le maniement de cet outil de paiement. La formation met l'accent sur les relations publiques, le service à la clientèle et l'informatique. Les entreprises de gros exigent en outre des qualifications en langues étrangères. Des efforts sont faits en permanence pour améliorer le niveau éducatif, et les écoles commerciales offrent un cours de gestion de l'entreprise de trois ans comprenant six mois d'expérience pratique. Les partenaires du secteur participent directement à l'élaboration des programmes de ce cours.

L'immense majorité - 95 pour cent - de ces entreprises sont petites ou moyennes, avec un effectif moyen inférieur à dix personnes. Le secteur du commerce est le deuxième employeur d'Europe par ordre d'importance, avec plus de 22,5 millions de travailleurs, soit 16 pour cent de l'emploi total. Par ailleurs, tandis que d'autres secteurs licenciaient, il a créé 1,5 million d'emplois de 1985 à 1995, soit la moitié du nombre de ceux perdus dans l'industrie manufacturière et 15,5pour cent de l'ensemble des emplois créés au cours de la période.

L'emploi du secteur du commerce progresse dans la plupart des pays européens, par exemple à Chypre, en Norvège et en Turquie, et il reste stable en France, en Italie, à Malte et en Suisse.
 

Encadré 1.2
L'emploi dans le commerce alimentaire de détail en Suisse

La concentration du commerce alimentaire de détail en Suisse a entraîné une diminution du nombre d'entreprises par tranche de 10 000 habitants. L'emploi a diminué parallèlement. En 1995, la part de l'alimentation dans le chiffre d'affaires annuel était de 61 pour cent pour Migros et Coop. Ce chiffre peut s'expliquer par la puissance commerciale de ces chaînes de détail et la gamme de leurs produits ainsi que par l'ouverture de nouveaux magasins et l'agrandissement d'anciens. Comme ailleurs, le personnel a diminué au profit de l'espace, le système du libre-service exigeant moins d'attention envers le consommateur, et donc un personnel moindre. Selon l'Office fédéral du développement économique et de l'emploi (OFDE), 60 pour cent des travailleurs de ce segment du secteur du commerce sont employés par des entreprises ayant un effectif inférieur à 250 personnes, contre 75 pour cent pour l'ensemble des autres segments du secteur. Toujours selon l'OFDE, il faudrait, pour éviter les pertes d'emplois résultant de la concentration, que les grandes chaînes qui dominent aujourd'hui le marché arrivent à créer autant de postes qu'en perdent les petits détaillants.

Source: OFDE.

1.1.2 Amérique du Nord

De 1985 à 1997, la part du secteur du commerce dans l'emploi total a légèrement progressé au Canada, mais a baissé aux Etats-Unis, alors pourtant que le secteur a créé 4 millions d'emplois.

Le commerce de détail est l'un des secteurs les plus vastes et les plus divers de l'économie américaine. Selon une étude parrainée par l'OIT, le nombre des commerces de détail de toute sorte -stations-service et concessionnaires automobiles, restaurants et magasins d'alimentation, grands magasins et magasins de vêtements spécialisés, etc. - atteignait 1,6 million en 1996-97. En 1997, ces commerces ont généré un chiffre d'affaires de 2,2 trillions de dollars et employé plus de 20millions de travailleurs. En termes relatifs, les ventes de détail représentent environ 27 pour cent du PIB (S&P, 1998) et près de 20 pour cent des emplois. Le commerce de détail est un secteur de croissance, le nombre des établissements ayant progressé d'environ un tiers de 1972 à 1992 (S&P, 1998), à tel point qu'il crée davantage d'emplois que les industries manufacturières. Bien que la croissance ait contraint le secteur à développer ses effectifs, les salaires n'en demeurent pas moins relativement faibles, et la main-d'œuvre, composée essentiellement de jeunes, de femmes et de travailleurs faiblement qualifiés, est peu syndicalisée. En 1996, le salaire horaire moyen était d'environ 8 dollars, soit à peu près 60 pour cent de la moyenne des industries manufacturières. En raison du caractère saisonnier du commerce de détail et du fait que de nombreux travailleurs sont employés à temps partiel, l'écart est encore plus fort sur une base annuelle. On examinera plus loin les qualifications dont devrait avoir besoin ce secteur dans l'avenir par suite de la mondialisation.

1.1.3 Europe centrale et orientale

Dans certains pays en transition d'Europe centrale et orientale comme la Slovaquie, la mondialisation et la libéralisation du marché ont eu divers effets: concentration sectorielle, progression du nombre de coentreprises, pénétration des chaînes de distribution internationales opérant sous leur propre marque et progression du rôle des centrales d'achat. Les effets sur l'emploi de cette évolution n'ont pas été uniformes, la part du secteur du commerce dans l'emploi total progressant dans certains pays et diminuant dans d'autres.
 

Encadré 1.3
Effets sur l'emploi de la pénétration des entreprises multinationales
dans le secteur du commerce de la République tchèque

La pénétration et le développement des entreprises multinationales sur le marché intérieur tchèque ont entraîné une progression de l'emploi. A la fin de 1998, on comptait 30multinationales dans le commerce de gros et de détail, pour une main-d'œuvre totale d'environ 40 000 personnes. Les plus gros employeurs sont Euronova (6 000 salariés), Julius Meinl (4000), Delvita (3 000), Tesco (3 000), Plus Discount (2 500), Billa (2 000), Ikea (2 000), Kaufland (1700) et Spar (1 000).

La plupart des salariés du secteur (environ 250 000) travaillent dans de petites entreprises employant de une à 19 personnes, suivies des entreprises employant de 20 à 99 personnes (environ 138 000 salariés). L'arrivée sur le marché des multinationales n'exerce parfois aucun effet sur l'emploi, comme dans le cas de Penney et de Plus, du fait qu'elle s'est produite par l'acquisition d'entreprises locales. Il arrive aussi parfois que la disparition de coopératives solides, comme ce fut le cas en Bohême du Nord pour cinq d'entre elles qui employaient un total de 3 000 salariés, entraîne des pertes d'emplois élevées.

On prévoit l'implantation de nouveaux supermarchés et hypermarchés, ce qui ne manquera pas de créer de l'emploi. Ces nouveaux magasins appartiennent à des chaînes multinationales qui possèdent des capitaux considérables et sont capables d'absorber des pertes «temporaires» durant un certain nombre d'années en vue d'accroître leur part du marché. C'est pourquoi certains craignent que la concurrence n'entraîne en fin de compte des pertes d'emplois en contraignant les petites entreprises à cesser leurs activités.

Depuis 1990, date à laquelle plus de 400 000 autorisations «d'achat et de vente ultérieure» avaient été émises, le secteur du commerce a été en mesure d'absorber 130 000 travailleurs qui avaient perdu leur emploi dans l'industrie, l'agriculture et les transports. On craint cependant que le développement incontrôlé des multinationales au sein des réseaux de distribution intérieurs n'entraîne à brève échéance la disparition des centres urbains traditionnels et de leurs petites boutiques, très commodes pour les gens dépourvus de voiture. Des craintes similaires se font jour au sujet des magasins locaux de taille moyenne, qui risquent de ne pas être en mesure de réagir avec une flexibilité suffisante aux réductions de prix et aux promotions effectuées par les filiales des entreprises multinationales. Un autre obstacle d'importance à la progression de l'emploi -négligé lors des privatisations à grande échelle - tient au fait que les chaînes de distribution multinationales n'accordent pas une préférence suffisante aux marchandises produites dans le pays.

Source: Réponse au questionnaire du BIT.

Les figures 1.3 et 1.4 montrent que, dans les pays en transition, la part du commerce dans l'emploi total est relativement faible par rapport à certains autres groupes de pays. En 1997, elle s'est située entre un minimum de 8 pour cent pour la Hongrie et un maximum de 13,6 pour cent pour la Roumanie. Il convient de noter toutefois que, si l'emploi total a diminué dans ces pays, l'emploi du secteur commercial a progressé en moyenne de 6 pour cent par an de 1995 à 1997, le record ayant été atteint par la Lettonie avec 11 pour cent.

1.1.4 Asie et Pacifique

Au cours de la période précédant la crise économique et financière de 1997, la région de l'Asie et du Pacifique a enregistré une croissance spectaculaire de l'activité économique et de l'emploi fondée sur les échanges. De 1985 à 1997, le secteur du commerce a créé environ 400000 emplois à Hong-kong, Chine, accroissant ainsi sa part de l'emploi total de 7,7 points. Des gains plus modérés (1 à 5 points) ont été enregistrés en Chine, en République de Corée, en Indonésie, au Pakistan, aux Philippines et en Thaïlande. La part du commerce dans l'emploi total s'est aussi accrue à Fidji, aux Iles Salomon, en Malaisie et à Sri Lanka, mais dans une proportion très inférieure à celle des pays précités. Elle a baissé au Bangladesh, en Inde, au Myanmar et à Singapour. En Australie et en Nouvelle-Zélande, la progression a été plus forte que pour l'emploi total. Au Japon, la proportion a baissé malgré la création d'un million d'emplois. Selon la Fédération japonaise des syndicats de travailleurs du textile, de l'habillement, de la chimie, du commerce, de l'alimentation et des secteurs connexes (ZENSEN), l'emploi a progressé dans le secteur jusqu'en 1994, puis a amorcé une baisse qui s'est poursuivie jusqu'en 1997, en raison essentiellement de l'évolution technologique (codes à barres, informatisation, progrès logistiques, etc.). L'écart entre travailleurs hautement qualifiés et travailleurs faiblement qualifiés, ces derniers effectuant essentiellement des tâches répétitives, est de plus en plus marqué. Par ailleurs, la récente crise économique et financière de l'Asie a aggravé les difficultés d'un certain nombre de distributeurs japonais et les a incités à restructurer leurs activités par le biais de réductions d'effectifs. C'est ainsi par exemple que, en réaction contre une diminution de ses recettes et un lourd endettement, Daiei, l'un des principaux détaillants, a récemment entrepris un vaste plan de restructuration de plusieurs années. Le groupe a l'intention de réduire ses effectifs au cours de 1999 par des mises à la retraite anticipée et le transfert de travailleurs vers des postes moins rémunérés dans ses filiales.

1.1.5 Amérique latine et Caraïbes

En Amérique latine, l'emploi a moins progressé dans le secteur du commerce que dans l'ensemble de l'économie, la part de ce secteur dans l'emploi total s'étant située au cours de la période 1996-97 (voir figure 1.5) entre un minimum de 14,6 pour cent pour le Costa Rica et un maximum de 29,4 pour cent pour le Pérou, et la progression annuelle y étant moindre que dans l'ensemble de l'économie. On a toutefois enregistré une progression notable, comme il ressort de la figure 1.6, qui couvre un nombre représentatif de pays de la région.

En ce qui concerne particulièrement les pays du MERCOSUR (Argentine, Brésil, Paraguay, Uruguay), les données ventilées du tableau 1.1 montrent que, sauf en Argentine, la progression de l'emploi du secteur du commerce a été supérieure ou à peu près égale à celle du PIB et à celle de l'emploi total. Au Brésil et en Uruguay, elle a été plus forte que celle de l'emploi total, ce qui a contribué à atténuer les pressions subies par le marché du travail.

Tableau 1.1. Pays du MERCOSUR: Croissance de la production, de l'emploi et de la productivité, 1990-1997 (hors agriculture) (progression annuelle en pourcentage)
 


Pays


Argentine

Brésil

Paraguay

Uruguay


1. PIB

5,5

2,8

2,7

4,2

2. Population active

3,0

2,7

5,6

1,9

3. Emploi total

1,8

2,5

5,6

1,4

4. Emploi du secteur commercial

0,8

4,8

n.d.

4,5

5. Productivité non agricole

3,6

0,3

2,7

2,8

6. Secteur informel non agricole1

1,6

1,9

1,4

0,3

1 Progression annuelle de la part de l'emploi informel. n.d. = non disponible.
Source: Panorama Laboral'98, BIT, Lima (Pérou).


En tout état de cause, comme il ressort du tableau 1.2, l'évolution de l'emploi dans le secteur du commerce des pays du MERCOSUR n'a pas entraîné de changement notable dans la part de ce secteur dans la création d'emplois totale. Ainsi, étant donné la brièveté de la période examinée, cette évolution est similaire à celle de la production du secteur, dont la part du PIB reste constante dans chacun des pays.

Tableau 1.2. Secteur du commerce: Production et emploi dans les pays du MERCOSUR, 1990-1996
 


Pays


Argentine

Brésil

Paraguay

Uruguay





1990

1996

1992

1995

1991

1996

1990

1996


1. Production du secteur en % du PIB1

16,0

16,0

7,6

6,8

26,8

26,0

12,6

12,4

2. Emploi du secteur en % de l'emploi total non agricole

20,4

19,22

21,0

21,8

n.d.

23,1

18,5

20,8

3. Emploi dans les petites entre- prises en % de l'emploi total3

14,9

18,7

24,0

25,2

29,0

29,7

11,0

10,3

4. Taux de chômage urbain déclaré (total) (%)4

7,5

17,3

4,9

4,6

5,1

5,5

9,2

12,4

1 Argentine: y compris l'hôtellerie-restauration; Brésil: PIB - au coût des facteurs; Paraguay: y compris le secteur financier; Uruguay: y compris l'hôtellerie-restauration. 2 1997. 3 Petites entreprises: entreprises employant au plus dix salariés. 4Argentine: zones urbaines; Brésil: six régions métropolitaines; Paraguay: région d'Asunción; Uruguay: région de Montevideo. n.d. = non disponible.
Source: Bureaux statistiques nationaux.


Conformément à l'évolution observée dans d'autres pays d'Amérique latine et dans un certain nombre de pays d'Asie, la part des petites entreprises dans l'emploi du secteur commercial s'est accrue, comme on l'a indiqué plus haut. Cette évolution ne peut être imputée uniquement à la progression du chômage déclaré, puisqu'on la constate à la fois en Argentine, pays où le chômage s'est fortement accru, et au Brésil et au Paraguay, pays où il est resté relativement stable. Il apparaît que l'emploi dans les petites entreprises de services, secteur qui comprend des entreprises commerciales, fait partie d'une réorganisation du marché du travail menée en réponse aux défis auxquels font face ces entreprises.

Comme le montre la figure 1.7, l'emploi a progressé dans le secteur commercial du Brésil de 1996 à 1998, conformément à l'évolution générale du secteur des services, mais non des industries manufacturières, où l'emploi a diminué. C'est dans ce dernier secteur que l'impact de la mondialisation a été le plus sensible, contraignant les entreprises à se restructurer en profondeur pour améliorer leur compétitivité et pouvoir ainsi faire face à la libéralisation des échanges amorcée en 1990. Cette évolution a entraîné à son tour une augmentation de la productivité du travail et une réduction de l'emploi. Si l'emploi a diminué de 2 pour cent pour l'ensemble de l'économie - 8 pour cent dans les industries de transformation -, il a augmenté d'environ 2 pour cent dans le secteur du commerce. On peut en conclure que le secteur du commerce moderne a contribué à atténuer les effets négatifs sur l'emploi de la restructuration qui s'est produite dans d'autres secteurs.

Il convient néanmoins de noter que le rythme d'accroissement de l'emploi dans le secteur du commerce s'est récemment ralenti au Brésil, en raison pour une part d'un certain fléchissement de l'activité économique après que l'euphorie des consommateurs provoquée par le succès du Plan Real se fut calmée. Cette évolution apparaît dans la figure 1.8, qui montre une forte réduction de l'emploi du commerce de détail entre 1996 et 1998, parallèlement au maintien du taux de croissance du commerce de gros. Même si cette réduction s'explique en partie par le ralentissement précité, il tient clairement au fait que la modernisation du secteur s'est accélérée, en raison pour l'essentiel de l'informatisation de nombre de fonctions assurées manuellement jusque-là. De janvier 1996 à novembre 1998, l'emploi a diminué de quelque 1,6 pour cent dans le commerce de détail et a progressé d'un pourcentage identique pour l'ensemble du commerce.

1.1.6 Afrique subsaharienne

En Afrique, comme dans d'autres régions en développement, la mondialisation et la restructuration du commerce provoquent des changements très visibles. Les petits métiers du commerce traditionnel (colporteurs, etc.) n'ont pas disparu et coexistent -parfois en leur faisant concurrence -avec les opérateurs modernes -galeries commerciales, supermarchés -en particulier dans les grandes agglomérations urbaines. Toutefois, le manque général de données, sans parler de statistiques fiables et à jour sur tel ou tel secteur, fait qu'il est extrêmement difficile de déterminer la part du commerce dans l'emploi et sa contribution relative à la création d'emplois. Les quelques données dont on dispose sur un petit nombre de pays de la région indiquent qu'entre 1985-86 et 1990 la part du commerce dans l'emploi en Afrique subsaharienne a évolué dans une fourchette comprise approximativement entre plus 10 points (République centrafricaine) et moins 10 points de pourcentage (Tchad). Entre ces deux extrêmes se situent le Botswana, l'Ethiopie, le Kenya, Maurice, le Niger, le Swaziland (expansion importante) et le Zimbabwe (expansion modérée). La part du commerce dans l'emploi a diminué au Burundi, en Côte d'Ivoire, au Ghana, au Malawi et au Togo. La figure 1.9 montre que de 1994 à 1997, en Afrique du Sud, le commerce est l'un des trois secteurs dans lesquels l'emploi a augmenté (environ 27000 nouveaux emplois, soit 3,9 pour cent), les deux autres secteurs étant les autres services privés (environ 34000 emplois, soit 11 pour cent) et le secteur public (86 000 nouveaux emplois, soit 4,8 pour cent). Le secteur manufacturier a perdu 95000 emplois (6,4pour cent) et la construction 51000 (14,2 pour cent).

1.1.7 Moyen-Orient et Afrique du Nord

La part du commerce dans l'emploi a augmenté de 1 à 5 points de pourcentage entre 1984 et 1995 dans la majorité des pays du Moyen-Orient et d'Afrique du Nord, y compris Bahreïn, l'Egypte, la Jordanie et la République arabe syrienne. En chiffres absolus, l'augmentation a été très importante dans certains pays, comme l'Egypte, où l'effectif est passé de 1 million à environ 1,5 million, ce qui porte la part du commerce dans l'emploi à 10,3 pour cent. Dans d'autres pays, notamment la Tunisie, la part du commerce a un peu diminué.

1.2 Rôle du secteur informel dans la création d'emplois

Il est difficile de déterminer quel est le rapport qui existe entre la mondialisation et la croissance continue du secteur informel, secteur recouvrant essentiellement des activités de vente au détail et qui est une source d'emplois importante - voire la plus importante -, dans beaucoup de pays en développement. N'étant généralement pas enregistrées, ces activités ne font pas l'objet de statistiques nationales, d'où le peu de données disponibles et leur manque de fiabilité. Toutefois, comme il est indiqué dans le rapport du BIT Le travail dans le monde 1997-98, tout porte à croire que le secteur informel continuera à croître dans la quasi-totalité des pays en développement, à l'exception des nouvelles économies industrielles (Asie de l'Est). En Amérique latine, par exemple, 15,7millions d'emplois ont été créés entre 1990 et 1994, dont 8,4 sur 10 dans le secteur informel, soit un taux d'accroissement annuel de l'emploi de 4,7 pour cent contre 1,1 pour cent dans le secteur formel.

En Asie, le secteur informel absorbe, selon les estimations, entre 40 et 50 pour cent de la population active urbaine, avec des extrêmes allant de moins de 10 pour cent dans les nouvelles économies industrielles (avant 1997) jusqu'à 65 pour cent dans des pays comme le Bangladesh. Selon la Fédération des employeurs du Bangladesh, la restructuration a entraîné des pertes d'emplois dans le secteur formel. Toutefois, dans les petites entreprises de services, qui sont classées dans le secteur informel et ne sont donc pas pleinement prises en compte par les statistiques officielles, l'emploi a augmenté. En Asie du Sud-Est, un nombre croissant de travailleurs, qui ont perdu leur emploi dans le secteur formel sous l'effet de la crise de 1997, cherchent dans le secteur informel un moyen de subsistance. Les emplois qu'ils peuvent y trouver n'ont peut-être pas la même qualité que ceux du secteur formel mais, dans l'ensemble, ils sont réguliers et durables.

Au Bénin, comme c'est généralement le cas dans le reste de l'Afrique subsaharienne, le secteur informel qui englobe principalement des activités artisanales et de microcommerce est, après l'agriculture, la deuxième source d'emplois. L'activité marchande est principalement ambulante (42,7 pour cent) ou semi-ambulante (40,1 pour cent) et, dans une faible mesure, sédentaire (17,2 pour cent). Ces chiffres témoignent de la précarité, au Bénin comme dans plusieurs autres pays en développement, du commerce informel urbain qui, pour une part non négligeable de la population, ne représente qu'une activité de subsistance d'appoint. En Ouganda, l'enquête sur la main-d'œuvre de 1989 (données disponibles les plus récentes) montre aussi que le commerce (commerce et restaurants) est la principale source d'emplois en milieu urbain: sa part dans l'emploi du secteur informel est de 40,22 pour cent (voir tableau 1.3). Il ressort aussi de cette enquête que 5,5 pour cent seulement de la population active (soit 378000travailleurs sur environ 7millions de personnes) travaillent dans le secteur formel, contre 13,7 pour cent dans le secteur informel urbain, ce qui témoigne de la forte contribution de ce dernier à la création d'emplois.

Tableau 1.3. Structure des activités du secteur informel dans certains centres urbains en Ouganda
 


Pourcentages


Transformation alimentaire

9,94

Vêtements/chaussures

10,41

Fabrication de produits métalliques

9,94

Produits du bois

5,99

Artisanat

3,15

Construction

4,26

Garages

1,73

Commerce/restaurants

40,22

Transports

4,10

Services

8,99

Autres

0,47

NS

0,79

Total

100,00

Source: Enquête nationale sur la main-d'œuvre, Ouganda (tableau 4.42), 1989.


Une activité typique du commerce informel est la vente d'articles de consommation divers - aliments, charbon de bois, bois de feu, journaux, livres, articles de ménage -, dans des kiosques, sur des étals de marché ou par colportage. Aliments, boissons ou repas (viande, maïs grillés, etc.) sont vendus dans de petits restaurants, au marché ou dans la rue. Dans les grandes villes des pays qui reçoivent beaucoup de touristes, la vente d'objets d'artisanat est une source considérable d'emplois et de revenus.

De façon générale, l'accroissement du nombre des micro-entreprises et l'augmentation corrélative du travail occasionnel dans les pays en développement ont renforcé, pour les multinationales, la possibilité de recourir indirectement aux travailleurs du secteur informel par le biais de la sous-traitance. On trouve souvent des travailleuses à domicile et des enfants à la première extrémité de la chaîne mondiale de production/distribution.

1.3 Effets de la mondialisation dans le secteur
du commerce, en particulier pour les femmes

Le secteur du commerce a enregistré une croissance nette importante de l'emploi dans les pays industriels, mais le taux de chômage y demeure néanmoins plus élevé que dans l'économie dans son ensemble (voir figure 1.10). Dans les pays en transition, c'est l'inverse qui est vrai (voir figure1.11).

En règle générale, le commerce emploie plus de femmes que les autres secteurs, notamment dans certains pays d'Amérique latine et dans les pays en transition, qui détiennent le pourcentage de travailleuses le plus élevé pour le secteur.
 

Encadré 1.4
Emploi dans le commerce de détail au Canada:
répartition entre hommes et femmes

Le commerce de détail est, au Canada, le deuxième employeur. En 1993, sa contribution à l'emploi salarié a été de 13 pour cent et elle continue d'augmenter de façon sporadique. Depuis quelques années, on assiste à une féminisation assortie d'une déqualification de la main-d'œuvre, et les formes atypiques d'emploi prédominent dans le secteur. Selon la Chambre de commerce du Canada, l'effectif du secteur de la vente au détail au Canada s'établissait à 1,7 million de travailleurs en 1990, avec un chômage de 6,6 pour cent. En 1997, les chiffres de l'emploi n'avaient pas changé et le taux de chômage avait légèrement diminué (5,8 pour cent).

En 1995, les femmes représentaient 51 pour cent de la main-d'œuvre du commerce de détail et 46pour cent du personnel de vente. La ventilation de la main-d'œuvre féminine par taille de l'établissement, catégorie professionnelle et profession montre que dans l'Ontario les femmes prédominent dans les très petites entreprises (moins de cinq salariés) et les gros établissements (plus de 500salariés). Elles ont tendance à travailler dans des établissements généralistes, des boutiques de vêtements pour femmes, des merceries, des pharmacies, des boutiques de fleuriste et des bureaux de tabac, alors que les hommes travaillent plutôt dans des entreprises de vente et de réparation de véhicules à moteur, des quincailleries, des magasins de meubles, d'appareils ménagers ou des débits de boissons alcoolisées. Les femmes prédominent aux postes de caissières (91 pour cent), de vendeuses (84 pour cent) et de couturières (73pour cent), et les hommes aux postes de commerciaux (74 pour cent) et de magasiniers (95 pour cent).

Source: BIT, Programme des entreprises multinationales, document de travail no 79, 1997.

En 1997, dans les pays industriels, le commerce a subi en règle générale plus de pertes d'emplois que le reste de l'économie, sauf dans certains pays tels que l'Australie, l'Espagne et le Japon.

Jusqu'aux années soixante-dix, les débats sur l'emploi salarié reposaient, implicitement ou non, sur le modèle de la relation d'emploi classique, ainsi caractérisée: un employeur et un lieu de travail uniques; un contrat de travail indéfini; un travail à temps plein; une forme ou une autre de protection sociale et juridique.

Ce type de relation d'emploi était loin d'être universel même pendant les années soixante-dix (il était peu répandu dans les pays en développement), mais aujourd'hui on peut dire que les formes atypiques de travail gagnent du terrain dans beaucoup de pays.

Comme l'indique une étude du Groupe de travail sur la dimension sociale de la libéralisation du commerce international, il est difficile, compte tenu du manque de données complètes et des différences de définitions, d'établir des comparaisons entre pays. Les analyses de tendances au sein des pays et de groupes de pays sont un peu plus fiables. Depuis le milieu des années soixante-dix, le travail à temps partiel a progressé dans la plupart des pays pour lesquels on dispose de données: dans les douze pays membres de l'Union européenne en 1987, la part du travail à temps partiel dans l'emploi a augmenté, passant de 8,9 pour cent en 1987 à 10,2 pour cent en 1990 et à 12,2 pour cent en 1997. Le travail temporaire a augmenté depuis le début des années quatre-vingt dans tous les pays de l'échantillon sauf au Japon, où il n'a pour ainsi dire pas changé, et en République de Corée, où il a nettement baissé. Dans beaucoup de pays en développement, l'emploi atypique est souvent un emploi «non protégé», sans contrat de travail écrit ni sécurité sociale prévue par la loi. Certes ce type de travail rémunéré «informel» n'est pas nouveau, mais les données disponibles pour un échantillon de pays d'Amérique latine indiquent qu'il ne cesse de s'accroître dans tous ces pays depuis le début des années quatre-vingt-dix.

Il est difficile de savoir si cette évolution est principalement imputable à la mondialisation, mais il y a des raisons de croire qu'il existe une certaine corrélation. Des études devront être faites pour quantifier plus précisément cette corrélation. Outre la mondialisation, l'évolution de l'offre a aussi contribué à l'émergence de certaines formes d'emploi atypique, comme le travail à temps partiel, très répandu dans le secteur du commerce. Lorsqu'il leur est possible de choisir, ce sont généralement les femmes elles-mêmes qui optent pour le temps partiel, car il leur permet de concilier activité professionnelle et responsabilités familiales.

Dans presque tous les pays, les femmes qui travaillent dans le commerce sont plus touchées par le chômage que les hommes, ce qui s'explique notamment par le fait qu'elles sont plus nombreuses à occuper des emplois peu qualifiés, précaires et à temps partiel. En 1997, parmi les pays pour lesquels on dispose de données, c'est en Pologne qu'on enregistrait la plus grande disparité du taux de chômage entre hommes et femmes dans le commerce (4,7 pour cent pour l'ensemble des travailleurs contre 18,7 pour cent pour les travailleuses). Parmi les pays en transition, le taux de chômage des femmes dans ce secteur n'était inférieur au taux global du secteur que dans deux pays: la Lettonie et la Lituanie. Pour ce qui est des pays industrialisés, l'Australie et le Royaume-Uni sont aussi les seuls pays dans lesquels le taux de chômage des femmes dans le commerce a été inférieur au taux correspondant pour la main-d'œuvre en général. En Asie, où l'emploi dans le commerce a particulièrement souffert ces dernières années, notamment depuis la crise économique et financière de 1997, il semble que les femmes soient beaucoup plus touchées que les hommes par le chômage, mais on ne dispose que de très peu de données.

L'impact de la mondialisation et de la restructuration sur l'emploi dans le commerce a donc d'importantes conséquences pour les politiques de promotion de l'égalité et les initiatives qui peuvent en découler dans le monde entier.
 

Encadré 1.5
La filière de distribution du vêtement en France

Le commerce de détail, l'un des secteurs les plus importants de l'économie française, représente 13,3 pour cent de l'emploi. Dans ce secteur, caractérisé par de bas salaires et une main-d'œuvre composée essentiellement de jeunes et de femmes, dont beaucoup travaillent à temps partiel, l'habillement représente près de la moitié de l'emploi total, 57 pour cent des ventes et plus de 15pour cent des établissements.

L'agrandissement de la taille des entreprises, l'introduction de l'informatique et de méthodes modernes de gestion ont bouleversé l'organisation interne du secteur de la vente au détail et des tâches qui s'y rapportent. Le travail à temps partiel y est plus répandu, les besoins de qualifications ont changé et la productivité a augmenté.

Cependant, ces changements n'ont guère stimulé l'emploi ni sensiblement modifié la nature du travail dans les magasins de vêtements. Le commerce de détail reste caractérisé par de bas salaires, une forte proportion de femmes (55 à 60 pour cent), un taux élevé de rotation du personnel et une faible syndicalisation. L'emploi et les contrats de travail à temps partiel sont devenus plus courants ces dernières années, notamment dans les hypermarchés et les supermarchés, ce qui témoigne de la flexibilisation du travail pour les employeurs, mais sa précarisation pour les salariés.

Aujourd'hui, la distribution joue un rôle actif dans la filière traditionnelle du vêtement; elle a complètement modifié les règles de la concurrence et en particulier le contenu des tâches tant des fabricants que des détaillants. Un nouveau modèle de régulation et de contrôle des filières de la confection se dessine depuis les années quatre-vingt-dix. Il associe production flexible et système de distribution au plus juste, avec un mélange de contrats à court terme et à long terme. Beaucoup de changements opérés dans la structure et l'organisation de la vente au détail des vêtements se répercutent dans toute la filière. Les plus gros détaillants ont exercé une forte influence en amont sur les fabricants de vêtements et de textiles. Ils ont fait pression sur eux pour qu'ils réduisent leurs prix et les délais de livraison, fournissent des gammes complètes et offrent divers services complémentaires. Les détaillants ont aussi établi des partenariats avec des sous-traitants. Ils ont incité les fabricants traditionnels à modifier leurs méthodes et leurs modes de relation avec eux-mêmes mais aussi avec les sous-traitants.

Source: BIT.

Travail atypique et précarisation ne vont pas forcément de pair. Certaines personnes préfèrent travailler à temps partiel ou de façon temporaire. Ainsi, en 1997, 58,5 pour cent des travailleurs à temps partiel des quinze pays de l'Union européenne ne souhaitaient pas travailler à temps plein, et 9,5 pour cent combinaient travail à temps partiel et études ou formation. Les femmes étaient encore plus nombreuses à avoir choisi de travailler à temps partiel.

* * *

Le présent chapitre s'est attaché à déterminer l'influence de la mondialisation et de la restructuration sur la croissance de l'emploi en général et l'évolution de la part du commerce dans l'emploi total. Cependant, il est très difficile d'établir la corrélation exacte entre la mondialisation et l'emploi dans le secteur du commerce car d'autres facteurs économiques, politiques et techniques doivent être pris en compte.

La situation de l'emploi dans le secteur du commerce s'est globalement améliorée entre 1990 et 1997. Le nombre de travailleurs y a augmenté dans la majorité des pays. Qui plus est, la part du commerce dans l'emploi a augmenté dans un pays sur deux.

Les chiffres montrent bien l'importance de la contribution du commerce à l'emploi entre 1990 et 1997 et son rôle économique dans différentes régions du monde. Dans les vingt-quatre pays industriels pour lesquels on dispose de statistiques, environ 6 millions d'emplois ont été créés dans ce secteur. Celui-ci est par ailleurs à l'origine de 1,5 million d'emplois nouveaux dans 19 pays en transition pour lesquels on dispose aussi de données. Dans les dix-sept pays d'Asie et du Pacifique étudiés, ce sont 40 millions d'emplois, dont la moitié rien qu'en Chine, qui ont été créés au cours de cette période. Dans le même temps, 6 millions d'emplois ont été créés dans 27 pays d'Amérique latine et des Caraïbes.

La part du commerce dans l'emploi s'est élevée, dans les trente-cinq pays étudiés, à 18 pour cent, dont 15 pour cent dans les pays industriels, 12 pour cent dans les pays en transition, 17pour cent dans les pays d'Asie et 20 pour cent en Amérique latine. Il y a lieu de noter que la croissance annuelle de l'emploi dans ce secteur est nettement supérieure à celle de l'emploi global dans la majorité des pays. Entre 1995 et 1997, les plus forts taux de croissance pour le secteur ont été enregistrés par les pays en transition (6 pour cent) et les pays d'Amérique latine (4 pour cent).

La capacité du secteur du commerce à maintenir son niveau d'emploi actuel, voire à l'améliorer, dépend en grande partie de l'accroissement continu du pouvoir d'achat et du rythme de la croissance économique.

D'autres effets, spécifiques, de la mondialisation et de la restructuration du commerce sur l'emploi sont étudiés dans les chapitres 2, 3 et 4.


2. Internationalisation
et nouveaux circuits commerciaux

2.1 Nouvelles tendances

Le commerce des services de distribution s'effectue essentiellement grâce à une présence commerciale et à la fourniture transfrontière de marchandises. Les deux principaux services de distribution, les services de commerce de gros et les services de commerce de détail, sont surtout fournis grâce à une présence commerciale, mais la situation peut évoluer étant donné les progrès techniques récents. Les services de franchisage font habituellement l'objet d'un commerce transfrontière alors que la fourniture des services de courtage est soit transfrontière, soit assurée grâce à une présence commerciale.

2.1.1 Le commerce de détail change de physionomie

Les détaillants jouent un rôle crucial dans la commercialisation. En plus des marchandises qu'ils font circuler du producteur au consommateur, ils rapportent des informations du consommateur. Le commerce de détail occupe une place centrale. Aux Etats-Unis, il emploie ainsi près de 25millions de personnes. Les «nouveaux» détaillants semblent avoir adopté une philosophie et un style nouveaux. Au lieu de faire eux-mêmes l'inventaire de chaque article, ils rendent les fournisseurs en grande partie responsables de la disponibilité des produits. Les fournisseurs suivent la progression des ventes en temps réel aux points de vente grâce à l'informatique et reconstituent automatiquement les stocks au fur et à mesure. Ils sont payés par virement électronique de banque à banque, ce qui permet d'éliminer beaucoup de paperasse.

Lorsque fabricants et détaillants travaillent ensemble, la distribution et la commercialisation y gagnent énormément en efficacité. Le travail en partenariat entraîne une transformation de la relation entre ces deux groupes, qui reposait traditionnellement sur des rapports d'opposition; ils se reconnaissent ainsi en tant qu'éléments d'un même processus - qui peut être fortement rationalisé et simplifié - de distribution des produits aux consommateurs. Cette façon de travailler offre les avantages d'une intégration verticale sans les inconvénients d'un tel système. A l'origine, on trouve le mouvement dit de «réaction rapide» propre à l'industrie de l'habillement. Dans le marché de l'épicerie, on parle d'ECR (Efficient Consumer Response ou Efficacité continuellement renouvelée), ou encore «réponse optimale au consommateur».

Grâce à la technologie, le travail en partenariat est facilité, mais ce n'est pas tout: le commerce électronique va jusqu'à se substituer peu à peu au commerce de détail classique. L'expérience américaine montre que, pour beaucoup de clients pressés, la vente en ligne ou sur catalogue, avec l'assurance d'être livré le lendemain, permet de gagner du temps par rapport aux achats effectués dans un centre commercial.

Les sociétés de vente par correspondance seront probablement les plus touchées par le commerce électronique, celui-ci pouvant mieux renseigner les clients même si, par ailleurs, il souffre en partie des mêmes limites que la vente par correspondance, notamment les délais de livraison.

On note, par ailleurs, un mouvement de convergence entre le commerce de détail, l'industrie du divertissement et les loisirs. Certaines sociétés comme WaltDisney, WarnerBros, Discovery CommunicationsInc., Sony et Viacom se sont lancées avec enthousiasme dans le commerce de détail, et certains détaillants n'hésitent pas longtemps à ajouter les loisirs à leurs offres existantes. Dans cette découverte du lien entre le commerce et les loisirs, ces derniers apparaissent très clairement comme ce qui fait la différence entre une sortie-achats et le commerce classique ou électronique. Dans certains mégacentres, on trouve des boîtes de nuit, des zoos, des cafés-théâtres, des stands de tir, des salles de jeux virtuels et des salles de cinéma gigantesques. On assiste également à un rapprochement entre le commerce de détail et le savoir. Les clients peuvent acquérir de nouvelles connaissances et les parents passer de manière plus enrichissante le temps limité qu'ils peuvent consacrer à leurs enfants. Les clients qui se rendent dans ces endroits n'y vont pas seulement pour acheter des produits ou pour y apprendre quelque chose, mais aussi pour flâner, discuter et se retrouver avec d'autres personnes, et ils dépensent plus d'argent que ceux qui vont dans un centre commercial classique.

Enfin, au lieu d'une véritable mondialisation du commerce de détail, il faut plutôt s'attendre à une sorte d'intégration régionale. La chaîne de l'offre n'étant pas suffisamment mondialisée, les détaillants internationaux auront affaire à divers fournisseurs de différentes régions du monde, ce qui diminuera les économies d'échelle. C'est pourquoi, au lieu de s'étendre à travers le monde, ils chercheront plutôt à dominer une région déterminée (pour des raisons de partage des coûts).

2.1.2 Fusions et acquisitions internationales

Les fusions et acquisitions ne constituent qu'une façon parmi d'autres de passer au stade de l'internationalisation, l'engagement dans des activités internationales pouvant aussi prendre la forme d'une prise de participation dans le capital d'une entreprise ou de la création d'une filiale étrangère grâce à une croissance interne, mais c'est celle qui domine les flux d'investissements directs étrangers dans les principaux pays avancés.

En 1998, les détaillants européens étaient à la fois les acheteurs les plus actifs et la principale cible de cette activité de fusion et d'acquisition du commerce de détail international; le commerce de détail occupait le dixième rang des industries les plus actives au monde pour ce type d'opérations. En 1998, les transactions transfrontières du commerce de détail représentaient 17967millions de dollars des Etats-Unis au total. Pour le commerce de gros, l'Amérique duNord était une cible plus importante que l'Europe. Les transactions transfrontières du commerce de gros représentaient 6553millions de dollars des Etats-Unis.

Entre 1991 et 1998, la valeur annuelle des fusions et acquisitions dans le commerce de détail international est passée de 1729à 17967millions de dollars des Etats-Unis. Dans le commerce de gros international, l'augmentation a été beaucoup moins importante (de 1675à 6553millions de dollars des Etats-Unis).

Parmi les entreprises américaines les plus performantes dans le commerce de détail à l'étranger figurent:

Encadré 2.1
Wal-Mart

Wal-Mart Stores aux Etats-Unis

2 435 magasins (dont 565 mégacentres): pendant l'année budgétaire qui s'est terminée le 31 janvier 1999, Wal-Mart a ouvert 37 minimarges, en a fermé un et a déplacé ou agrandi deux autres magasins, et il a ouvert 123 mégacentres (y compris 88 centres qui ont remplacé des minimarges).

SAM'S Clubs aux Etats-Unis

451 clubs: pendant l'année budgétaire qui s'est terminée le 31 janvier 1999, Wal-Mart a ouvert huit nouveaux Sam's Clubs et en a déplacé ou agrandi cinq autres.

Wal-Mart Stores International

Le groupe Wal-Mart Stores possède 704 unités: 95 en Allemagne, 13 en Argentine, 13 au Brésil, 152 au Canada, 410 au Mexique et 14 à Porto Rico, ainsi que 3 en Chine et 4 en République de Corée sous forme de coentreprises.
Pendant l'année budgétaire qui s'est terminée le 31janvier 1999,
Wal-Mart a ouvert ou acquis 114unités internationales, dont 74 en Allemagne, 4 en Argentine, 6 au Brésil, 9 au Canada, 2 en Chine, 4 en République de Corée, 14 au Mexique et 1 à Porto Rico.

Historique

  • Le premier Wal-Mart ouvre en 1962 (Rogers, Arizona).
  • Le premier Sam's Club ouvre en 1983 (Midwest City, Oklahoma).
  • Le premier mégacentre ouvre en 1988 (Washington, Missouri).
  • Le premier International Store ouvre en 1991 (Mexico).

Clientèle

Wal-Mart dessert plus de 90 millions de clients chaque semaine aux Etats-Unis, à Porto Rico, au Canada, en Chine, au Mexique, au Brésil, en Allemagne, en Argentine et en République de Corée.

Nombre total d'employés

Etats-Unis: plus de 780 000.
A l'étranger: plus de 130 000.
En tout: plus de 910 000.

Emploi

Fin de l'année budgétaire (31 janvier 1999): 910000emplois, soit 10 pour cent de plus que l'année précédente. En 1997-98, Wal-Mart a créé 105000 emplois, soit une augmentation de 16 pour cent de sa main-d'œuvre.

Parmi les entreprises européennes les plus performantes dans la vente au détail à l'étranger figurent:

En Asie, la reprise des dépenses des consommateurs devrait profiter dès qu'elle se produira à:

2.1.3 Les plus grosses entreprises

Les grossistes les plus importants sont des entreprises des Etats-Unis et d'Europe occidentale. Toutefois, parmi les 500 plus grandes sociétés du monde, on ne trouve que trois grossistes européens, deux entreprises allemandes et une entreprise irlandaise (voir tableau 2.1). De même, on n'y trouve que trois détaillants asiatiques et trois européens (voir tableau 2.2).

Tableau 2.1. Les grossistes les plus importants au monde, 1997
 


Société

Rang parmi les
500 plus grandes
sociétés

Recettes


Bénéfices


En millions de
dollars

Variation en % par
rapport à 1996

En millions de
dollars

Variation en % par
rapport à 1996


McKesson Corporation

174

20 857,3

32,8

154,9

15,7

Supervalu Inc.

222

17 201,4

3,9

230,8

31,8

Franz Haniel & Cie. GmbH

226

16 907,1

0,9

177,6

-13,6

Ingram Micro Inc.

233

16 581,5

37,9

193,6

75,0

Fleming Companies Inc.

254

15 372,7

-6,8

25,4

-4,9

Sysco Corporation

281

14 454,6

7,9

302,5

9,2

Bergen Brunswig Corporation

387

11 660,5

17,3

81,7

11,1

Cardinal Health Inc.

415

10 968,0

23,8

181,1

61,9

Edeka Zentrale

465

9 887,3

- 8,3

46,8

19,2

-

133 890,4

-

1 394,4

-

Source: Fortune Magazine (New York).


Tableau 2.2. Les principales entreprises généralistes, 1997
 


Société

Rang parmi les
500 plus grandes
sociétés

Recettes


Bénéfices


En millions de
dollars

Variation en % par
rapport à 1996

En millions de
dollars

Variation en % par
rapport à 1996


Wal-Mart Stores Inc.

8

119 299,0

12,4

3 526,0

15,4

Sears, Roebuck and Co.

50

41 296,0

8,0

1 188,0

- 6,5

K-mart Corporation

76

32 183,0

2,4

249,0

0,0

J.C. Penney Co. Inc.

87

30 546,0

29,2

566,0

0,2

Dayton Hudson Corporation

107

27 757,0

9,4

751,0

62,2

The Daiei Inc.

120

25 882,2

- 8,5

9,9

0,0

Federated Department Stores Inc.

246

15 668,3

2,9

536,0

101,6

Groupe Pinault-Printemps

256

15 280,0

- 2,8

488,8

21,1

MYCAL Corporation

262

15 005,8

- 7,3

83,2

- 39,1

Karstadt Group

300

13 720,4

- 14,1

93,6

141,3

Marks & Spencer PLC

308

13 536,5

8,8

1 361,2

13,7

The May Department Stores Co.

344

12 685,0

0,7

775,0

2,6

Takashimaya Co. Ltd.

431

10 463,9

- 8,7

67,7

- 19,1

-

373 323,1

-

9 695,4

-

Source: Fortune Magazine (New York).


En Europe, on trouve parmi les vingt premiers détaillants des entreprises allemandes, françaises, britanniques et néerlandaises. En Asie, le Japon se détache nettement du lot. Parmi les trente-cinq premiers détaillants, il y a deux entreprises australiennes et une entreprise de la République de Corée. Le reste est constitué d'entreprises japonaises (voir tableau 2.3). Le tableau2.4 décrit les effectifs des grands distributeurs de différents pays.

Tableau 2.3. Les principaux détaillants d'Asie, 1998 (en millions de dollars)
 


Classement
sur 1 000 sociétés

Société

Pays

Activité
principale

Chiffre
d'affaires

Bénéfices
nets

Actifs

Capital-
action

Capitalisation
boursière


29

Ito-Yokado

Japon

Commerce de détail

25 867

582,4

16 318

7 756

22 820

62

Coles Myer

Australie

Commerce de détail

14 305

289,8

4 983

1 872

4 964

74

Woolworths

Australie

Commerce de détail

12 867

207,9

3 039

1 021

3 880

106

Takashimaya

Japon

Grands magasins

10 269

68,4

7 312

1 775

2 439

130

UNY

Japon

Grands magasins

8 702

106,1

5 123

1 792

3 275

136

Mitsukoshi

Japon

Grands magasins

8 413

- 320,6

5 165

276

1 302

152

Daimaru

Japon

Grands magasins

7 251

11,4

3 603

587

619

231

Seibu Dept. Stores

Japon

Grands magasins

5 073

4,2

3 736

98

-

241

Isetan

Japon

Grands magasins

4 880

21,2

4 350

990

2 116

267

Marui

Japon

Grands magasins

4 531

158,9

6 011

3 265

6 316

279

Tokyu Dept. Store

Japon

Grands magasins

4 312

- 127,1

3 827

597

232

284

Matsuzakaya

Japon

Grands magasins

4 214

- 29,7

2 167

637

887

349

Hankyu Dept. Stores

Japon

Grands magasins

3 445

9,6

2 804

833

1 144

369

Nagasakiya

Japon

Vêtements

3 226

- 35,0

3 144

9

158

484

Kintetsu Dept. Store

Japon

Grands magasins

2 491

4,8

1 401

106

-

510

Seven-Eleven Japan

Japon

Bazarettes

2 371

504,2

4 877

3 514

29 947

512

Parco

Japon

Magasins de mode

2 356

6,8

1 846

429

242

561

Best Denki

Japon

Electronique

2 202

- 29,4

1 550

788

884

573

York-Benimaru

Japon

Commerce de détail

2 166

52,3

839

655

1 419

650

Lotte Shopping

Rép. de Corée

Grands magasins

1 906

21,4

2 137

304

-

652

Joshin Denki

Japon

Electronique

1 904

- 27,5

1 157

489

104

673

Chiyoda Co.

Japon

Chaussure

1 853

20,9

1 261

531

252

723

Deodeo Corp.

Japon

Electronique

1 735

- 97,9

1 358

518

422

724

East Japan Kiosk

Japon

Commerce de détail

1 734

- 8,2

n.d.

n.d.

-

739

Tobu Dept. Stores

Japon

Grands magasins

1 689

n.d.

n.d.

471

-

743

Amway Japan

Japon

Articles de ménage

1 681

191,1

911

524

1 646

773

Odakyu Dept. Store

Japon

Grands magasins

1 615

- 32,6

n.d.

n.d.

-

807

Senshukai Co.

Japon

Commerce de détail

1 545

3,5

1 046

526

290

829

Sogo

Japon

Grands magasins

1 498

5,2

3 018

341

205

834

Cécile

Japon

Vente par correspondance

1 482

- 21,7

807

350

297

899

Aoyama Trading

Japon

Vêtements

1 338

82,2

2 155

1 835

1 765

917

Daikuma

Japon

Minimarges

1 308

13,8

493

n.d.

-

918

Keiyo

Japon

Articles de ménage

1 308

5,7

792

350

192

926

Marutomi Group

Japon

Chaussure

1 291

- 4,1

824

181

38

987

Nagoya Mitsukohi

Japon

Grands magasins

1 193

8,2

n.d.

n.d.

-

Source: Asia Week.


Tableau 2.4. L'emploi dans quelques-unes des plus grosses entreprises
 


Nom de la société

Pays d'origine

Nombre d'employés


Wal-Mart Stores

Etats-Unis

825 000

Sears, Roebuck

Etats-Unis

296 000

J.C. Penney

Etats-Unis

260 000

K-mart

Etats-Unis

258 000

Kroger

Etats-Unis

212 000

Metro

Allemagne

177 470

Jardine Matheson

Etats-Unis

175 000

Dayton Hudson

Etats-Unis

149 500

Coles Myer

Australie

148 346

Safeway

Etats-Unis

147 000

Koninklijke Ahold

Pays-Bas

142 020

Limited

Etats-Unis

137 100

Home Depot

Etats-Unis

130 000

Tesco

Royaume-Uni

124 172

Carrefour

France

123 437

American Stores

Etats-Unis

121 000

May Department Stores

Etats-Unis

116 000

Federated Department Stores

Etats-Unis

114 700

J. Sainsbury

Royaume-Uni

114 042

Delhaize «Le Lion»

Belgique

107 208

Ito-Yokado

Japon

102 617

Daiei

Japon

100 000

Woolworths

Australie

100 000

Winn-dixie Stores

Etats-Unis

95 000

Karstadt

Allemagne

94 463

Albertson's

Etats-Unis

94 000

Toys 'R' Us

Etats-Unis

93 000

CVS

Etats-Unis

90 000

George Weston

Canada

83 000

Groupe Auchan

France

81 000

Publix Super Markets

Etats-Unis

76 750

ASDA Group

Royaume-Uni

76 619

Walgreen

Etats-Unis

70 500

Groupe Pinault-Printemps

France

63 301

Lowe's

Etats-Unis

58 504

Migros

Suisse

57 051

Republic Industries

Etats-Unis

56 000

Great Atlantic & Pacific Tea

Etats-Unis

52 400

Promodès

France

50 781

Safeway

Etats-Unis

50 580

Groupe Casino

France

49 990

Kingfisher

Royaume-Uni

49 225

Marks & Spencer

Royaume-Uni

48 200

Costco

Etats-Unis

42 750

Otto Versand

Allemagne

41 476

MYCAL

Japon

38 322

Jusco

Japon

41 177

Inchcape

Royaume-Uni

37 889

Seiyu

Japon

19 752

Takashimaya

Japon

17 101

Source: Fortune Global 500 (1998).


2.1.4 Part des filiales étrangères des grossistes
dans le chiffre des ventes

Comme l'indique un document de l'Organisation mondiale du commerce sur les services de distribution (1998), on dispose de deux sources d'information sur le commerce des services de distribution effectué par l'intermédiaire de filiales étrangères. Jusqu'à une date récente, les Etats-Unis étaient le seul pays qui recueillait périodiquement des données à ce sujet, mais désormais l'Office statistique des Communautés européennes a entrepris un travail analogue.

D'après les données américaines, le commerce de gros occupe la première place dans les services de distribution et compte pour une part notable dans l'ensemble du commerce des services effectué par l'entremise des filiales. Les services de commerce de gros vendus à des personnes étrangères par des filiales américaines ont atteint près de 15 milliards de dollars en 1995, soit 9 pour cent du total des ventes américaines de services par l'intermédiaire de filiales (voir tableau 2.5).

Tableau 2.5. Ventes de services à des personnes étrangères par des filiales de sociétés américaines - commerce de gros et commerce de détail, 1995 (en millions de dollars)
 


Tous pays

Canada

Europe


Amérique latine et autres pays
de l'hémisphère occidental

Autres pays


Total

Dont:


Total

Dont:


France

Allemagne

Pays-Bas

Suisse

Royaume-Uni

Australie

Japon


Commerce de gros

14977

746

8491

741

535

857

774

926

2 071

3669

658

1 075

Commerce de détail

1 133

138

761

(D)

251

10

30

100

57

177

(D)

4

(D) Supprimé pour éviter de divulguer des données concernant certaines sociétés.
Source: Organisation mondiale du commerce (OMC): Survey of current business, 1997, dans OMC:
Services de distribution, note du secrétariat, document S/C/W/37, Genève, 1998.


Les services de commerce de gros achetés par des personnes américaines à des filiales de sociétés étrangères ont représenté plus de 9 milliards de dollars en 1995, soit 7 pour cent du total des achats américains de services à des filiales étrangères (voir tableau 2.6).

Tableau 2.6. Ventes de services à des personnes américaines par des filiales de sociétés étrangères établies aux Etats-Unis - commerce de gros et commerce de détail, 1995 (en millions de dollars)
 


Tous pays

Canada

Europe


Amérique latine et autres pays de l'hémisphère occidental

Autres pays


Total

Dont:


Total

Dont:


France

Allemagne

Pays-Bas

Suisse

Royaume-Uni

Australie

Japon


Commerce de gros

9363

105

3202

41

2 339

213

293

249

5

6051

0

5885

Commerce de détail

575

41

207

26

0

41

34

185

48

279

0

125

Source: Organisation mondiale du commerce (OMC): Survey of current business, 1997, dans OMC: Services de distribution, op. cit.


La proportion de services fournis par les détaillants dans l'ensemble du commerce des services est nettement plus modeste. En 1995, les ventes et les achats américains de services de commerce de détail par le truchement de filiales n'ont pas dépassé 1,1 milliard de dollars (moins de 1 pour cent des ventes de services) et 0,6 milliard de dollars (moins d'un demi pour cent des achats de services), respectivement.

Les principaux débouchés des Etats-Unis pour le commerce de gros ont été le Japon et l'Allemagne, mais pour le commerce de détail le Royaume-Uni a pris la place de l'Allemagne. Une fraction appréciable des ventes des filiales américaines consiste en ventes de matériels et de fournitures à usage professionnel ou commercial, notamment dans le domaine de l'informatique. Les filiales de sociétés japonaises et britanniques assurent l'essentiel des services de commerce de gros aux Etats-Unis, et celles de sociétés allemandes et britanniques sont les principales fournisseuses de services de commerce de détail.

2.1.5 Part des entreprises étrangères dans le chiffre d'affaires
du commerce de gros et de détail en Europe

En 1997, l'Office statistique des Communautés européennes (Eurostat) a publié les premières statistiques sur le commerce des filiales de sociétés étrangères qui ont trait à la situation des sociétés étrangères se livrant au commerce de gros et de détail dans l'Union européenne au regard de la démographie, de l'emploi et des opérations financières. Ces statistiques montrent que, dans tous les cas, le capital des entreprises était pour une large part détenu par des ressortissants du pays, ce qui n'est guère surprenant. Alors que sept des neuf pays examinés comptent moins de 2 pour cent d'entreprises à capitaux étrangers, en Irlande et en Italie la proportion est sensiblement plus élevée (17 et 16 pour cent respectivement). Cinquante-huit pour cent des entreprises étrangères appartenaient à des sociétés ou des personnes physiques d'autres pays de l'UE, mais au Royaume-Uni les capitaux de 63 pour cent des entreprises sous contrôle étranger étaient détenus par des ressortissants de pays extracommunautaires.

D'après l'OMC, les entreprises à capitaux étrangers représentent une part notable du chiffre d'affaires total du commerce de gros et de détail dans l'Union européenne. Dans l'ensemble, le chiffre d'affaires est plus élevé pour les entreprises étrangères de pays extracommunautaires que pour celles d'autres pays communautaires. Cette prédominance s'explique par le rôle joué au Royaume-Uni et aux Pays-Bas par les entreprises non communautaires, contrairement à ce qui est constaté dans les autres pays de l'UE.
 

Encadré 2.2
L'arrivée d'entreprises internationales en Pologne accélère
le processus de mondialisation du commerce

L'accession de la Pologne à l'OMC et les accords bilatéraux que ce pays a conclus avec les pays européens (notamment) ont offert aux entreprises commerciales polonaises l'occasion de participer au mouvement de mondialisation. Cette évolution ouvre aussi des perspectives aux investisseurs étrangers dans le secteur des services aux entreprises.

L'ampleur de la mondialisation du commerce polonais peut être attribuée essentiellement à l'entrée de capitaux étrangers sous la forme d'investissements directs de distributeurs étrangers.

Les entreprises étrangères de commerce de détail entrent sur le marché polonais de diverses manières:

  • alliances stratégiques et acquisition de biens immobiliers appartenant à des entreprises en activité sur le marché polonais et formation de réseaux sur cette base (par exemple Globi, Robert, Savia);
  • investissements (par exemple Auchan, Leclerc, Géant);
  • franchisage (par exemple Rema 1000, Spar, Yves Rocher).

La manifestation la plus caractéristique de la mondialisation du commerce de détail en Pologne est le développement de réseaux d'établissements commerciaux de grande taille vendant des produits d'usage quotidien:

  • réseaux de supermarchés (par exemple Globi, Robert, Rema 1000);
  • réseaux d'hypermarchés (par exemple Auchan, Géant, Hit);
  • réseaux de magasins minimarges (par exemple Netto, Plus, Sezam, Tip);

et, dans une moindre mesure, des produits non alimentaires (par exemple Ikea, Nomi, Rossman, Leroy Merlin).

Une autre forme de mondialisation du commerce de détail en Pologne est le développement par des entreprises étrangères:

  • de réseaux de bazarettes (par exemple Star Market dans les stations-service);
  • de réseaux de magasins spécialisés offrant des produits de marque et des services de qualité destinés généralement aux consommateurs aisés (par exemple Pierre Cardin, Yves Rocher);
  • de la vente directe au domicile ou au bureau du client (par exemple Oriflame SA -parfumerie; Lux - producteur suédois d'aspirateurs; Avon - entreprise de parfumerie américaine).

La mondialisation du commerce de gros prend la forme suivante:

  • création de réseaux de distribution par des producteurs étrangers (par exemple Procter & Gamble, Unilever, Danone, Tchibo et Bonduelle);
  • organisation de réseaux de magasins de détail indépendants autour d'un centre de distribution (par exemple Comi Polska, filiale du groupe français Intermarché);
  • diverses formes d'organisation de la distribution basées sur des règles logistiques:
    • centres de distribution prenant la place de l'entreprise pour des fonctions logistiques de base (expédition et stockage des produits, rôle d'intermédiaire de gros, etc.);
    • centres de services logistiques organisés et gérés par des entreprises spécialisées qui assurent divers services à la demande (stockage, codage des produits, mise sur palette, etc.). Ces centres reposent sur un système intégré d'information regroupant tous les participants de la filière de distribution (producteurs, grossistes, détaillants), par exemple Raben Logistic Sp. z.o.o. à Gabki, près de Poznan.

Source: Ministère de l'Economie, Département du commerce et des services, Varsovie, 1999.

2.1.6 Filiales de sociétés européennes et des Etats-Unis
dans les pays en développement

L'OMC souligne qu'il n'existe malheureusement pas de statistiques complètes sur le volume du commerce des filiales dans les autres parties du monde. Il semble que des entreprises américaines telles que J.C. Penney, Toys' R' Us, Price Club, Compaq Computer, Wal-Mart, Levi Strauss, Tower Records, Ace Hardware, McDonald's, Kentucky Fried Chicken, IBM et K-mart investissent beaucoup en Asie et dans le Pacifique. Les autres grandes sociétés établies dans la région sont notamment Marks & Spencer, HMV, Virgin (Royaume-Uni), Siemens (Allemagne), Makro (Pays-Bas), Gucci (Italie), Carrefour et Delifrance (France) et un certain nombre de grossistes japonais comme Family Mart. Des firmes comme Wal-Mart, J.C. Penney, Makro et Carrefour seraient présentes dans plusieurs pays latino-américains (Argentine, Brésil et Chili).

Les activités des entreprises susmentionnées illustrent bien les diverses raisons de la mondialisation des services de distribution. Certaines de ces sociétés, comme Compaq Computer et Levi Strauss, sont plus connues comme fabricants, et leur vocation nouvelle d'exportateur de services de distribution découle probablement d'un avantage concurrentiel dans leur production de base.

La pénétration de Compaq Computer sur le marché de la distribution est sans doute due aux avantages que présente l'intégration verticale dans le cas des fabricants de biens de consommation durables pour lesquels le service avant et après la vente est important. En décidant de commercialiser ses propres produits, Levi Strauss a peut-être voulu supprimer les externalités verticales résultant des majorations de prix successives qui se produisent quand la chaîne de distribution est formée d'entreprises indépendantes.

McDonald's et Kentucky Fried Chicken fournissent des services de restauration, mais leurs ventes de produits non consommés sur place constituent des services de distribution. Leur avantage concurrentiel tient non seulement aux produits fournis mais aussi à un style de vente caractérisé par la rapidité et la simplicité. Des sociétés comme Marks & Spencer ont lancé avec succès des marques qui sont une garantie de qualité pour les consommateurs. Enfin, il y a des firmes comme Wal-Mart dont l'avantage concurrentiel provient essentiellement de leur mode de vente au détail, c'est-à-dire de la manière dont elles présentent et vendent leurs produits.

2.1.7 Le franchisage, forme courante d'entrée sur les marchés
des économies émergentes ou en transition

Le franchisage reste une nouveauté pour la majorité des économies émergentes ou en transition. A l'exception de quelques pays, on ne dispose d'aucune statistique sur les activités de franchisage. Ces dernières années, toutefois, on a noté une nette tendance de la part des détaillants internationaux à pénétrer sur le marché de ces économies grâce au franchisage. Dans de nombreux pays, ce concept a été introduit par les entreprises multinationales qui dominent généralement l'activité.

D'après le «Guia do Franchising», enquête annuelle de l'Association brésilienne de franchisage et d'Editora Globo, 14 pour cent des franchiseurs présents au Brésil, soit 102sociétés, ont leur siège à l'extérieur de ce pays. Près des deux tiers (66 sociétés) ont leur siège aux Etats-Unis; viennent ensuite l'Italie et la France (huit sociétés chacune). Les ventes de ces franchises étrangères représentaient 36,3 pour cent des ventes totales réalisées en franchise (voir tableau 2.7).

Tableau 2.7. Ventes de franchises étrangères et de franchises nationales au Brésil, 1996-1998 (en millions de dollars E.-U.)
 


1996

1997

1998


Ventes totales en franchise

11 500

12 075

12 728

Franchises locales

7 300

7 665

8 048

Franchises étrangères

4 200

4 410

4 680

Franchises des Etats-Unis

2 100

2 205

2 315

Taux de change: un dollar E.-U. = 1,17consado (juin 1998).
Source:
Brazil Franchise Census, publications spécialisées, contacts commerciaux.


Avant les changements politiques de 1989-90, le franchisage n'existait pratiquement pas en Hongrie, mais depuis il s'est développé rapidement dans certains secteurs. On compte aujourd'hui entre 150 et 180 réseaux de franchise dans le pays, représentant de 2 à 3 pour cent du secteur du commerce de détail. On estime que 40 pour cent environ de ces réseaux sont étrangers. La majorité des franchises concernent le secteur de la restauration rapide. Viennent ensuite d'autres activités de commerce de détail, notamment le vêtement, les services photographiques, les services de photocopie/impression, les stations-service, les services aux entreprises et les hôtels.

Les Etats-Unis sont le premier investisseur en Hongrie (35 pour cent des investissements directs étrangers). Ils sont présents dans toute une gamme de secteurs: alimentation, télécommunication, automobile, produits de consommation domestique, appareils électriques et services.

Les statistiques officielles ne contiennent pas de données sur le franchisage et il n'existe aucune statistique sur les ventes de franchises étrangères. Les statistiques présentées ci-dessous sont donc des estimations officieuses établies sur la base des informations fournies par l'Association hongroise de franchisage et des statistiques officielles relatives au commerce de détail (voir tableau2.8).

Tableau 2.8. Nombre de franchises étrangères et de franchises nationales en Hongrie, 1995-1997 (estimation) (en millions de dollars E.-U.)
 


1995

1996

1997 (estimation)


Franchises nationales

318

350

385

Franchises étrangères

212

230

255

Franchises des Etats-Unis

106

115

128

Total

530

580

640

Source: Association hongroise de franchisage.


Le franchisage est une activité relativement nouvelle en République tchèque, mais on y dénombrait néanmoins une trentaine de franchises, en majorité étrangères, à la fin de 1997. Ces entreprises de franchisage gèrent maintenant des centaines d'unités individuelles (magasins, restaurants, etc.), essentiellement dans le secteur du commerce de détail et celui de la restauration rapide. La majorité des détaillants internationaux qui sont entrés sur le marché tchèque ces dernières années l'ont fait par le biais du franchisage. Il s'agit notamment de Next (Royaume-Uni), Mothercare (Royaume-Uni) et Futurekids (Etats-Unis).

2.1.8 Produits fabriqués dans les économies émergentes
et consommés dans les pays industrialisés

Comme indiqué précédemment, la distinction entre production, commerce de gros et commerce de détail est de plus en plus difficile à établir. Dans de nombreux cas aujourd'hui, la fonction du sous-secteur de la distribution en gros est partiellement ou entièrement assumée par le producteur alors que certains détaillants sont actifs dans la distribution de gros et la production.

Des entreprises comme Levi Strauss qui produisent et commercialisent leurs produits déplacent de plus en plus fréquemment leurs usines de production, des pays industrialisés vers les économies émergentes. Levi Strauss Americas, division de Levi Strauss & Co., a annoncé en février 1999 son intention de fermer 11 de ses 22 entreprises de production aux Etats-Unis et au Canada et de licencier environ 5 900 personnes, soit 30 pour cent de ses effectifs en Amérique du Nord. L'entreprise transfère une part importante de la production destinée aux marchés américain et canadien vers des sous-traitants établis dans le monde entier; aujourd'hui, 60 pour cent des activités de production ont lieu à l'étranger. L'entreprise commercialise des vêtements sous sa marque dans plus de 60 pays. Elle emploie environ 1 900 personnes à son siège de San Francisco et 30000 dans le monde entier. Elle gère 41 entreprises de production et 27 centres de service au consommateur dans plus de 50 pays.

Tableau 2.9. Principaux franchiseurs étrangers en République tchèque, 1997
 


Allemagne

Italie

France

Royaume-Uni

Etats-Unis


OBI (maison, loisirs)

Nord-West-Ring (chaussures en gros)

Family Frost (produits surgelés)

Zimbo Czechia (viandes, épicerie de luxe)

Stefannel (mode)

Versace (mode)

Ungaro (mode)

Versu (mode)

Sergio Rossi (mode)

Yves Rocher (cosmétiques)

Kookai (habillement)

Lacoste (vêtements)

Marks & Spencer (habillement)

Mothercare (vêtements et accessoires pour lamère et l'enfant)

Next (habillement pour la famille)

McDonald's

Kentucky Fried Chicken

Pizza Hut

TGIFriday's

Dunkin Donuts

Future Kids (formation en informatique pour les enfants)

Holiday Inn

Choice Hotel International

Rentex-Hertz

Source: The Central and Eastern European Business Information Center.


Les produits à faible technologie sont de plus en plus fréquemment fabriqués dans les pays en développement, et une part croissante de ces produits est vendue sur le marché des pays industrialisés. D'après une étude sur le développement humain publiée par le PNUD en 1998, la consommation par habitant a augmenté régulièrement dans les pays industrialisés (environ 2,3pour cent par an) depuis vingt-cinq ans; elle a enregistré une progression spectaculaire en Asie de l'Est (6,1 pour cent) et une certaine accélération en Asie du Sud (2 pour cent). Ces régions en développement sont néanmoins loin de rattraper le niveau de consommation des pays industrialisés et, dans d'autres, la croissance de la consommation est lente, voire stagnante. En fait, au moment de la rédaction du rapport du PNUD, la consommation du ménage africain moyen était en recul de 20 pour cent par rapport à il y a vingt-cinq ans. A l'échelle mondiale, 20 pour cent d'êtres humains vivant dans les pays à plus hauts revenus se partagent 86 pour cent de la consommation privée totale contre 1,3 pour cent seulement pour les 20 pour cent vivant dans les pays les plus pauvres.

Une étude de l'OCDE sur les perspectives de l'emploi en 1997 suggère que le volume des importations en provenance des économies émergentes vers les pays de l'OCDE est particulièrement élevé dans des secteurs caractérisés aussi bien par des salaires relativement bas que par l'emploi d'une forte proportion de travailleurs manuels, par exemple les textiles et l'habillement. Cette étude a identifié six secteurs qui sont des importateurs nets, c'est-à-dire des secteurs dans lesquels la valeur des importations en provenance des économies émergentes est supérieure à celle des exportations du secteur vers ces pays. Il s'agit des textiles, de l'habillement, des articles en bois, des caoutchoucs et matières plastiques, du matériel informatique, de la fabrication de matériels de transport (autres que construction aéronautique et production de véhicules à moteur) et de divers produits de consommation comme les jouets.

Les fabricants et détaillants de vêtements font de plus en plus appel à des fournisseurs étrangers à faibles coûts pour compléter la production nationale. Les accords de libre-échange ont amplifié ce phénomène. Ainsi, l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) prévoit une baisse, voire la suppression, des taxes d'importation et élimine la majorité des contingents concernant les vêtements en provenance du Mexique et du Canada qui satisfont à certaines règles d'origine. Les vêtements fabriqués au Mexique à partir de tissus coupés et préparés aux Etats-Unis sont admis sans contingent et en franchise de douane sur le marché de ce pays. Enfin, dans le cadre d'un programme spécial pour les Caraïbes (Programme 807A), certains vêtements assemblés dans des pays participants à partir de tissus préparés et coupés aux Etats-Unis bénéficient d'une entrée sans contingent et de droits préférentiels lorsqu'ils reviennent sur le marché des Etats-Unis.

Alors que les vêtements sont de plus en plus souvent fabriqués dans des économies émergentes, ceux qui sont produits aux Etats-Unis sont de plus en plus fréquemment fabriqués par des immigrants de pays en développement. Joel Kotkin, de l'Université Pepperdine, estime qu'à Los Angeles, qui est le plus gros centre de production des Etats-Unis, le secteur de la confection est devenu le deuxième employeur, après le secteur des loisirs. A l'origine de ce phénomène, on trouve une nouvelle génération d'immigrants en provenance d'Asie, du Moyen-Orient et d'Amérique latine.

Pour sa part, John Dunlop, ancien secrétaire au Travail qui étudie les liens entre les industries du textile, de l'habillement et du commerce de détail aux Etats-Unis, estime que ce ne sont plus les coûts de main-d'œuvre qui déterminent l'économie mondiale mais le temps. Les phénomènes de mode, les programmes de promotion et les offres saisonnières exigent de la souplesse. Les distributeurs de Nike doivent commander les chaussures auprès de leurs fournisseurs asiatiques des mois à l'avance, un système qui suppose que celles-ci restent à la mode. Lorsque l'enthousiasme des adolescents américains pour Nike est tombé récemment, le système a été encombré d'invendus.

2.2 Effets sur l'emploi

2.2.1 Le risque de perte d'emplois est plus grand
dans les entreprises rachetées que dans les autres
- le cas des Etats-Unis

Avant 1998, il n'existait pour aucun pays de données complètes sur les fusions et acquisitions de petites ou grandes entreprises dans les différents secteurs. En conséquence, la plupart des études se fondaient sur des bases de données sectorielles ou sur des échantillons de grandes entreprises. Les informations désormais disponibles grâce au fichier LEEM (Longitudinal Enterprise and Establisment Microdata) établi aux Etats-Unis par l'administration des petites entreprises en collaboration avec le Bureau des recensements permettent pour la première fois aux analystes d'examiner les sources et les effets des fusions et acquisitions aux Etats-Unis. Cette analyse porte sur les secteurs, établissements et effectifs, par taille de l'entreprise.

Sur les 5,5 millions d'établissements du secteur privé occupant des salariés aux Etats-Unis en 1990, 3,8 millions étaient encore actifs et occupaient des salariés en 1994. Sur ce total, 98924établissements (2,6 pour cent) avaient été rachetés par une autre entreprise entre 1990 et 1994. Ces établissements «acquis» employaient 5,25 millions de personnes en 1990 -soit 6,9pour cent de l'emploi dans les établissements survivants en 1990. Les entreprises sources étaient au nombre de 43 085 et les entreprises absorbantes au nombre de 31 555. En 1994, le nombre d'emplois était tombé aux alentours de 5,07 millions, soit une baisse de 3,3 pour cent, dans les établissements rachetés tandis que, dans les autres établissements, il avait augmenté de 0,7 pour cent, soit 470 000 emplois de plus (voir tableau 2.10).

Tableau 2.10. Evolution de l'emploi dans les établissements survivants acquis et non acquis par industrie (Etats-Unis, 1990-1994)
 


Etablissements rachetés


Etablissements non rachetés


Emplois
en 1990

Change-
ment net

Gain
d'emploi

Perte
d'emploi

Emploi en
1990

Change-
ment net

Gain
d'emplois

Perte
d'emplois


Industrie manufacturière

1 360 870

- 5,6

16,9

- 22,5

15 313 215

- 2,7

14,1

- 16,9

Transports, communications, services publics

244 726

0,8

25,1

- 24,3

4 342 876

- 0,8

18,6

- 19,4

Commerce de gros

287 712

- 2,7

22,3

- 25,0

4 799 006

2,4

21,1

- 18,7

Commerce de détail

951 737

- 12,6

12,7

- 25,3

14 542 342

- 2,6

15,1

- 17,7

Finance, assurance, immobilier

644 857

- 14,6

19,6

- 34,2

4 695 374

- 3,5

18,9

- 22,4

Services

1622009

7,8

29,4

- 21,6

22560140

7,2

22,6

- 15,5

Autres

135 696

- 3,8

26,8

- 30,6

4 720 166

- 5,5

22,5

- 27,9

Total

5247607

- 3,3

21,3

- 24,6

70 974 100

0,7

18,6

- 18,0

Source: Administration des petites entreprises, Etats-Unis.


En chiffres absolus, c'est dans le commerce de détail que les acquisitions ont été les plus nombreuses (un peu plus de 29 000, soit environ 30 pour cent du total). Viennent ensuite le secteur de la finance (environ 22 000 acquisitions) et celui des services (environ 22 000 aussi), soit 23 pour cent chacun (voir tableau 2.11).

Tableau 2.11. L'emploi dans les établissements acquis par industrie (Etats-Unis, 1990-1994)
 


Etablissements rachetés


Emplois


Nombre

Pourcentage

Nombre

Pourcentage


Industrie manufacturière

8 371

3,1

1 360 870

8,2

Transports, communications, services publics

5 090

3,4

244 726

5,3

Commerce de gros

9 372

2,9

287 712

5,7

Commerce de détail

29 291

3,1

951 737

6,1

Finance, assurance, immobilier

22 473

6,4

644 857

12,1

Services

22 434

1,6

1 622 009

6,7

Autres

1 893

0,5

135 696

2,8

Total

98 924

2,6

5 247 607

6,9

Source: Administration des petites entreprises, Etats-Unis.


2.2.2 Les salariés risquent davantage de perdre leur emploi
lorsque l'entreprise acquise est grande

Les établissements survivants détenus par de grandes entreprises (au minimum 500salariés en 1990) risquent cinq fois plus que ceux des petites entreprises d'être rachetés: 9,2pour cent des établissements des grandes entreprises ont été rachetés contre 1,6pour cent de ceux des petites entreprises.

Les travailleurs des grandes entreprises rachetées risquent également davantage de perdre leur emploi. Les sites achetés de grandes entreprises par de grandes entreprises ont perdu 9,3pour cent de leurs effectifs en moyenne, tandis que ceux achetés à de petites entreprises par de petites entreprises ont gagné 1,1pour cent. Les sites achetés à de grandes entreprises par de petites entreprises ont perdu près de 40 pour cent de leurs effectifs et ceux achetés à des petites entreprises par de grandes entreprises ont vu leurs effectifs progresser de 18,5pour cent.

Alors que l'emploi a diminué de 6,7pour cent en moyenne dans les établissements rachetés par des entreprises existant déjà en 1990, l'emploi dans les établissements rachetés par des entreprises créées après 1990 a augmenté en moyenne de 6,2pour cent. Les établissements achetés par ces nouvelles entreprises à de petites entreprises ont connu une croissance encore supérieure (11,1pour cent).

2.2.3 Parmi les établissements rachetés, les pertes nettes
d'emplois sont plus élevées en pourcentage
dans le commerce de détail que dans le commerce de gros

Il n'y a que dans deux grands secteurs que l'emploi dans les établissements rachetés a augmenté entre 1990 et 1994 (secteur des transports, communications et services publics et secteur des services), et il a augmenté davantage que dans les établissements non rachetés. Dans les établissements du secteur des services, rachetés ou non, le taux de création d'emplois a été supérieur à la moyenne et le taux de perte d'emplois inférieur à la moyenne, d'où un taux net de croissance de l'emploi exceptionnellement élevé.

C'est dans le secteur de la finance, de l'assurance et de l'immobilier que le taux net de perte d'emplois est le plus élevé dans les établissements rachetés, essentiellement en raison d'un taux élevé de destruction d'emplois. Ces établissements rachetés ont aussi un taux net de perte d'emplois élevé, ce qui tient principalement à un faible taux de création d'emplois. Dans le commerce de gros, le taux net de perte d'emplois est faible, principalement grâce à un taux élevé de création d'emplois.

2.2.4 Les travailleurs déplacés se retrouvent souvent
avec des emplois à temps partiel et des revenus inférieurs

Aux Etats-Unis, 8 millions de travailleurs ont perdu leur emploi entre janvier 1995 et décembre1997, dont 3,6millions qui occupaient le même emploi depuis au moins troisans. En février 1998, 76pour cent de ces travailleurs avaient retrouvé un emploi.

Dans le commerce de gros, 79,8pour cent des travailleurs ayant perdu leur emploi et 74,7pourcent de ceux qui occupaient cet emploi depuis au moins troisans ont retrouvé du travail. Dans le commerce de détail, les pourcentages correspondants sont de 73,6 pour cent et 75,1pour cent. Au total, 1882000travailleurs ont été déplacés dans le commerce de gros et de détail (voir tableau2.12).

Tableau 2.12. Travailleurs déplacés aux Etats-Unis entre janvier1995 et décembre 1997
 


Total
(en milliers)

Répartition en pourcentage de ces travailleurs en février 1998


Total

Employés

Sans emploi

Ne faisant pas
partie de la
main-d'œuvre


Cadres et professions libérales

1 708

100,0

82,6

8,7

8,8

Soutien technique, ventes, administration

2 650

100,0

75,5

9,8

14,7

Services

853

100,0

69,2

16,5

14,3

Travaux de précision, artisanat et réparation

924

100,0

81,8

10,7

7,5

Opérateurs, ouvriers et manœuvres

1 510

100,0

71,1

15,1

13,8

Agriculture, foresterie et pêche

138

100,0

73,2

18,8

8,9

Travailleurs salariés de l'agriculture

114

100,0

79,5

15,9

8,2

Travailleurs salariés hors agriculture

7 634

100,0

76,4

11,5

12,1

Travailleurs salariés du secteur privé

7 189

100,0

76,3

11,7

12,0

Construction

636

100,0

79,5

15,3

5,2

Industrie manufacturière

1 782

100,0

74,6

11,3

14,2

Biens durables

992

100,0

78,6

10,8

10,6

Biens non durables

791

100,0

69,5

11,8

18,7

Transports et services publics

524

100,0

81,0

7,7

11,3

Commerce de gros et de détail

1 882

100,0

74,8

10,4

14,8

Commerce de gros

347

100,0

79,8

10,1

10,1

Commerce de détail

1 535

100,0

73,6

10,5

15,9

Finance, assurance et immobilier

511

100,0

77,9

11,3

10,8

Services

1 815

100,0

77,0

12,9

10,1

Agents de l'Etat

444

100,0

77,1

8,5

14,4

Source: Bureau of Labor Statistics, Etats-Unis.


Une proportion étonnamment élevée des 508000travailleurs du commerce de gros et de détail qui ont perdu l'emploi à plein temps qu'ils occupaient depuis au moins trois ans se sont retrouvés avec un travail à temps partiel (58000) (voir tableau 2.13) ou avec des revenus inférieurs dans leur nouvel emploi à plein temps (149000) (voir figure 2.1).

Tableau 2.13. Travailleurs des Etats-Unis ayant perdu un emploi salarié à plein temps entre janvier 1995 et décembre 1997 et occupant un nouvel emploi en février 1998 (en milliers)
 


Secteur de l'emploi perdu

Total

Occupant un nouvel emploi en février 1998


A temps
partiel

A plein
temps

Revenu des travailleurs à plein temps par rapport àl'emploi perdu


Travailleurs
indépendants
ou familiaux

Perte d'au
moins 20%

Perte de
20% ou
moins

Gain nul ou
de moins de
20 %

Gain de
20 % ou
plus


Total des travailleurs ayant perdu un emploi salarié à plein temps

2 413

265

1 984

417

334

501

426

164

Mines

16

-

11

4

2

2

-

5

Construction

126

8

109

23

17

36

11

9

Industrie manufacturière

691

88

564

140

72

132

106

39

Biens durables

403

47

340

71

55

85

65

15

Transformation primaire des métaux

15

2

10

4

2

2

2

3

Produits métalliques ouvrés

55

6

49

15

9

6

8

-

Machines non électriques

77

10

62

16

10

17

12

5

Machines électriques

59

4

55

5

14

15

6

-

Equipement de transport

72

13

59

8

9

18

13

-

Automobiles

25

2

22

6

4

7

4

-

Autre équipement de transport

47

11

37

2

5

11

9

-

Biens non durables

289

41

224

69

17

47

41

24

Transport et services publics

183

15

161

58

30

23

24

8

Commerce de gros et de détail

508

58

406

84

65

102

103

44

Finance, assurance et immobilier

202

23

171

33

43

52

27

8

Services

541

61

431

59

81

112

127

49

Services spécialisés

328

54

253

38

39

60

90

22

Autres services

213

8

178

21

42

52

38

28

Administration publique

85

7

76

4

13

26

20

2

Source: Bureau of Labor Statistics (Etats-Unis).


En février 1998, la durée médiane d'occupation de l'emploi dans le commerce de détail n'était que de 1,8année aux Etats-Unis. La durée de l'emploi pour les vendeurs était même plus courte -1,2année. En janvier 1983, elle était encore de 1,6année. Dans le commerce de détail, la stabilité médiane de l'emploi est plus faible que dans les autres secteurs et la durée d'occupation de l'emploi des vendeurs est inférieure à celle de toutes les autres professions. Dans le commerce de gros, la durée médiane d'occupation de l'emploi est beaucoup plus longue -4,1années.

2.2.5 De par leur taille, les entreprises multinationales
évincent les entreprises locales - notamment
dans les pays en développement

Selon l'OMC, dans le commerce de gros et de détail, l'importance des sociétés à capitaux étrangers tient davantage au volume d'emploi qu'elles offrent qu'à leur nombre, d'où l'on peut déduire que la taille des entreprises étrangères est en moyenne de beaucoup supérieure à celle des entreprises nationales. Dans le document sur les services de distribution qu'elle a publié en 1998, l'OMC indique qu'environ unmillion de personnes dans l'Union européenne, soit approximativement 9pour cent du total, travaillaient pour des entreprises dont le capital était détenu en totalité ou majoritairement par des personnes établies à l'extérieur du pays où ces entreprises exerçaient leur activité.

Dans les économies émergentes ou en transition, les entreprises locales ont encore plus de difficultés à concurrencer les entreprises multinationales que dans les pays industriels. Le principal atout des entreprises à capitaux étrangers est la taille.

L'Amérique latine offre un bon exemple d'économies émergentes. La région Amérique latine et Caraïbes est la région en développement qui a le mieux réussi en 1997 à attirer les investissements directs étrangers des entreprises multinationales.

En Amérique latine, les petits commerces et superettes ont eu du mal à résister aux géants étrangers qui ont des coûts unitaires très bas et un énorme pouvoir de négociation avec les fournisseurs. Ainsi, au Brésil, une concurrence acharnée a obligé les propriétaires de quatre des douze plus grandes chaînes de supermarchés à vendre en 1996. Dans ce pays, Carrefour dégage des marges de profit nettes de près de 4pour cent, contre seulement 1pour cent environ en France.

Carrefour est arrivé au Brésil dans les années quatre-vingt et, en diminuant les marges et en augmentant les volumes, est devenu l'une des principales chaînes de supermarchés du pays. En 1998, Wal-Mart a commencé à ouvrir des magasins. L'arrivée à SãoPaulo de Blockbusters, chaîne américaine de location de vidéos, devrait bouleverser le marché local où les prix sont surévalués.

Certes, les magasins à capitaux étrangers sont de plus grande taille -le nombre de salariés y est plus élevé que dans les entreprises nationales-, mais le nombre de travailleurs par rapport au chiffre des ventes est bien inférieur dans les grands magasins que dans les petits. Par exemple, au Brésil, où le commerce alimentaire de détail représente 2,5pour cent du PIB et 4,2pour cent de l'emploi, les formats traditionnels - superettes, épiceries de quartier, marchés, vendeurs de rue - assurent 64pour cent des ventes et 93pour cent de l'emploi, tandis que les formats modernes tels que les super et hypermarchés représentent 36pour cent des ventes et seulement 7pour cent de l'emploi.

2.2.6 Les multinationales stimulent la productivité du travail
dans les entreprises locales

Une récente étude de l'OCDE estime les niveaux de productivité dans le secteur manufacturier et les services. Les Etats-Unis arrivent sans conteste en tête des grandes économies. En queue de peloton, on trouve, selon l'OCDE, l'Australie. Mais les données montrent que le Japon et l'Europe se sont rapprochés de plus en plus des Etats-Unis dans les années soixante et soixante-dix. Depuis 1985, cependant, les Etats-Unis ont conforté leur avantage en matière de productivité par rapport à la plupart des économies d'Europe continentale.

Ces différences sur le plan de la productivité du travail sont imputables à différents secteurs: échelle, capital et en particulier intensité technologique des établissements, et degré de qualification des effectifs (instruction et formation).

Les études comparatives de la productivité du travail dans les entreprises étrangères et les entreprises nationales se concentrent plus particulièrement sur le secteur manufacturier. Selon ces études, la productivité du travail des entreprises étrangères est supérieure-même aux Etats-Unis. Une étude du Bureau of Economic Analysis (BEA) des Etats-Unis, publiée en 1996, examine le cas des établissements détenus par des investisseurs de six grands pays investisseurs: Allemagne, Canada, France, Japon, Pays-Bas et Royaume-Uni. L'une des principales conclusions de l'étude est que la productivité du travail des établissements des six pays varie beaucoup d'un pays à l'autre, mais que les établissements de chacun de ces pays ont une productivité du travail supérieure à celle des établissements à capitaux américains dans les mêmes secteurs.

Dans les pays en développement, les différences en matière de productivité du travail entre entreprises locales et multinationales sont encore plus marquées. Ainsi, au Brésil, dans le commerce alimentaire, la productivité du travail des formats modernes (supermarchés et hypermarchés) est inférieure de moitié environ à celle des détaillants des Etats-Unis, mais, pour les structures traditionnelles, la différence est de un à huit, de sorte que, au total, le secteur n'atteint que 14 pour cent de la norme américaine. Avec une telle marge d'amélioration de la productivité, le commerce alimentaire de détail constitue un secteur hautement attractif pour les opérateurs internationaux.

Les entreprises locales d'Amérique latine et aussi des économies en transition d'Europe centrale et orientale ont commencé à réagir. La forte baisse du coût de la technologie les y a aidées. Les chaînes de distribution locales peuvent maintenant s'offrir des ordinateurs pour le contrôle des stocks et la logistique, ordinateurs qui ont beaucoup contribué à l'efficacité des géants.

En Amérique latine, un certain nombre de détaillants commencent déjà à se défendre efficacement. L'un d'entre eux est la Companhia Brasileira de Distribuicao (mieux connu sous le nom de Pao de Azucar, le nom de ses supermarchés). Comme tant d'autres entreprises latino-américaines, il s'agit d'une entreprise familiale ayant récemment subi des changements radicaux. L'entreprise a fait appel à des gestionnaires professionnels et s'est développée et modernisée en émettant des actions. Avec des ventes nettes de 3milliards de dollars en 1996, Pao de Azucar est le deuxième détaillant du Brésil par la taille, avec 155 supermarchés, 10 hypermarchés et 11commerces alimentaires à bas prix (en plus d'une chaîne de magasins d'électricité). Pao de Azucar consacre près de la moitié de son budget annuel d'investissement de près de 250millions de dollars à l'ouverture de nouveaux magasins, mais le reste sert à accroître la productivité des commerces existants. L'entreprise a investi dans les technologies de l'information et a doublé la taille de son entrepôt central de SãoPaulo. Elle a augmenté ses ventes par employé de 11,6pourcent en 1996. Selon LuizAntonioViana, dirigeant de Pao de Azucar, ce résultat a été rendu possible par l'introduction de primes d'encouragement et de pratiques de travail flexible. Mais c'est la rénovation des supermarchés de quartier, souvent idéalement situés - avantage dont ne disposent pas toujours les nouveaux venus -, qui a rapporté le plus.

Tableau 2.14. Croissance et productivité de la main-d'œuvre du secteur de la distribution dans les pays de l'OCDE, 1979-1994
 


Pays

Croissance du secteur de la distribution, 1979-1994


Valeur ajoutée

Emplois

Productivité
de la main-d'œuvre


Etats-Unis1

3,84

1,76

2,04

Japon

4,74

0,58

4,14

Allemagne

2,22

0,96

1,24

France

1,84

0,18

1,65

Italie

2,47

1,46

1,00

Royaume-Uni

2,53

0,72

1,80

Canada

2,86

1,51

1,33

Australie

1,94

1,97

- 0,02

Autriche2

3,13

1,31

1,80

Belgique

0,82

- 0,11

0,93

République tchèque

n.d.

3,13

n.d.

Danemark

2,20

- 0,96

3,19

Finlande

0,89

- 1,10

2,02

Grèce

1,61

3,15

- 1,50

Hongrie

n.d.

n.d.

n.d.

Islande

n.d.

1,51

n.d.

Irlande

n.d.

1,70

n.d.

Corée, République de

7,42

4,50

2,80

Luxembourg

3,46

1,40

2,02

Mexique

1,12

1,28

- 0,16

Pays-Bas

3,42

1,61

1,79

Nouvelle-Zélande

n.d.

n.d.

n.d.

Norvège

n.d.

0,40

n.d.

Pologne

n.d.

n.d.

n.d.

Portugal

1,55

0,42

1,13

Espagne

1,93

1,36

0,56

Suède

2,79

- 0,64

3,45

Suisse

n.d.

n.d.

n.d.

Turquie

n.d.

n.d.

n.d.

1La distribution et le commerce de détail incluent les restaurants. 2Inclut la location et la location-vente de machines et d'équipements. n.d.: non disponible.
Source: Organisation mondiale du commerce.


Les entreprises locales ont également mis en œuvre d'autres stratégies pour stimuler leur productivité. En plus de l'adoption de procédés logistiques modernes de base d'informatique, les détaillants tchèques ont commencé à réunir leurs forces par des fusions. Par exemple, la première et la troisième entreprise tchèque, Interkontakt et M-holding ont fusionné en 1997 pour former le groupe Interkontakt, la plus grande chaîne de distribution de la République tchèque. Les détaillants sont en train d'unir leurs forces dans des organisations telles que la Czech Marketing Distribution (CMD) et en constituant des alliances. Ainsi, pour obtenir des rabais, les petites entreprises constituent des alliances afin d'acheter en gros aux fournisseurs et des «alliances volontaires» pour traiter avec certains grossistes.


3. Un marché plus libéral

3.1 Evolution récente

3.1.1 Libéralisation des IDE et législation
régissant la concurrence

Dans de nombreux pays, la libéralisation des échanges commerciaux et des IDE (investissements directs étrangers) s'est accompagnée de la mise en place d'organes chargés de réglementer la concurrence.

En 1997, il existait une législation spécifique pour les IDE dans au moins 143pays et territoires. A l'origine, les lois régissant l'investissement visaient généralement à contrôler la pénétration et le fonctionnement des entreprises étrangères mais, récemment, la plupart des pays ont adopté des systèmes visant à attirer les investisseurs et à créer un environnement favorable aux investissements.

Depuis 1990, une trentaine de pays en développement et de pays en transition se sont dotés de lois antitrust. Au total, il existe aujourd'hui de telles lois dans environ 80pays.

Divers problèmes relatifs à la politique de la concurrence se posent dans le secteur de la distribution. On s'est surtout interrogé sur l'effet anticoncurrentiel que peuvent avoir les relations verticales entre les fabricants et les distributeurs. Outre les restrictions verticales, plusieurs catégories de réglementation ont retenu l'attention, notamment les restrictions concernant la fixation des prix, la promotion, les grands points de vente et les heures d'ouverture des magasins, et les lois sur le zonage et la planification.

Il est à noter que beaucoup des réglementations qui s'appliquent au secteur de la distribution sont mises en œuvre par les autorités locales et les municipalités, qui jouent un grand rôle dans la délivrance des autorisations pour l'ouverture de nouveaux magasins et les conditions d'exploitation. Les distributeurs doivent donc compter avec la disparité non seulement des politiques nationales, mais aussi des attitudes régionales et locales.

La Commission européenne a arrêté une politique particulière pour quatre types de distribution: la distribution exclusive, dans le cadre de laquelle un producteur s'engage à ne vendre ses produits qu'à un seul distributeur déterminé sur un territoire défini; l'achat exclusif, par lequel un distributeur s'engage à ne s'approvisionner, pour les produits visés dans l'accord, qu'auprès d'un seul fournisseur (système couramment pratiqué pour la fourniture de bière et avec les stations-service); la franchise, accord par lequel est concédé à un franchisé le droit d'exploiter, sur un territoire exclusif, le savoir-faire et les droits de propriété intellectuelle du franchiseur et de commercialiser des produits ou des services conformément aux normes du franchiseur; la distribution sélective, dans le cadre de laquelle des distributeurs sont choisis en fonction de critères objectifs pour assurer une distribution efficace du produit considéré et ne peuvent vendre qu'à des consommateurs finals (auxquels ils fournissent un service connexe) ou à d'autres distributeurs déterminés qui remplissent les critères objectifs. Ce système est pratiqué en particulier dans le secteur de la haute technologie (certains produits de l'électronique grand public, par exemple) ou des produits de luxe (notamment les parfums).

Le développement de nouveaux circuits internationaux de distribution a conduit de nombreux experts à réclamer une meilleure coordination des politiques de la concurrence. Certains ont fait valoir que les relations verticales (qui vont de l'intégration complète à certains contrôles verticaux) sont essentiellement destinées à améliorer l'efficience interne de la structure verticale; d'autres ont insisté sur l'effet anticoncurrentiel qui pouvait résulter de leur interdiction, mais le débat n'a guère permis de dégager des conclusions précises. Dans le monde du commerce, le sentiment que les relations verticales entre les fabricants et les distributeurs nationaux compromettaient l'accès au marché des marchandises étrangères a provoqué des tensions. Un différend dont a été saisie l'OMC en fournit un exemple. Le 18mai 1995, la société Eastman Kodak a présenté au gouvernement des Etats-Unis une plainte dans laquelle elle affirmait qu'au Japon Fuji et son réseau de grossistes et de distributeurs se livraient à des pratiques anticoncurrentielles en vue de limiter l'accès des pellicules et papiers photographiques Kodak au marché japonais.

Dans son document sur les services de distribution, l'OMC souligne que les arrangements jugés préoccupants sont notamment la distribution sélective, l'exclusivité des transactions, les territoires exclusifs et les prix imposés.

Elle ajoute que l'impact des relations verticales sur les conditions de concurrence dans le secteur de la distribution dépend de l'intervention des autorités compétentes. Globalement, ces dernières ont plutôt adopté une approche relativement permissive à l'égard des arrangements verticaux non fondés sur les prix, surtout dans le cas de biens de consommation durables comme les automobiles. L'attitude à l'égard des arrangements fondés sur les prix a évolué avec le temps. Ainsi, aux Etats-Unis, la pratique des prix imposés avait été exemptée des sanctions antitrust pour empêcher les entreprises à succursales multiples et les magasins de vente au détail minimarge de casser les prix de marchandises de marque fixés par les fabricants et demandés par les petits détaillants. Sa remise en cause, d'abord dans la réalité puis sur le plan juridique, a sans doute joué un rôle dans l'apparition des entreprises à succursales multiples, des magasins de vente au rabais et des grandes surfaces de vente au détail.

Comme les services de distribution sont étroitement liés aux échanges de marchandises, le régime du commerce des marchandises a forcément un effet sur le secteur. Si la libéralisation du commerce des marchandises a favorisé la croissance du commerce des services de distribution, la persistance de certains obstacles au commerce des marchandises a des effets secondaires néfastes pour le commerce des services de distribution.

La complexité des formalités de dédouanement, les écarts entre les normes de produits, les pratiques rigoureuses en matière de certification et d'essai des produits sont autant d'obstacles non tarifaires qui sont préjudiciables au commerce des services de distribution. Selon l'OMC, certains éléments portent à croire que l'harmonisation technique, la suppression des obstacles dus aux différences de réglementation en matière de produits et l'élimination des contrôles à la frontière peuvent grandement favoriser l'internationalisation de la distribution.

Un certain nombre de membres de l'OMC se sont engagés à éliminer les barrières et restrictions au commerce dans le secteur des services, y compris les services de distribution. Toutefois, les engagements de libéralisation totale du secteur des services de distribution sont rares. Quelques membres ont pris des engagements concernant les services de commerce de gros(34) et les services de commerce de détail (33), et un plus petit nombre d'entre eux des engagements concernant les services de courtage (21) et les services de franchisage (23). La plupart des membres de l'OMC n'ont contracté d'engagement dans aucun sous-secteur, mais ceux qui ont souscrit des engagements représentent en moyenne 90pour cent du PIB de l'ensemble des membres (voir tableaux 3.1 et 3.2).

Tableau 3.1. Résumé numérique des engagements des Etats membres de l'OMC concernant les modes 1, 2 et 3 dans les services de distribution (nombre de membres et pourcentage du PIB)
 


Secteur

Membres ayant pris des engagements (% du PIB de l'ensemble des membres)

Membres ayant pris des engagements sans limitations concernant les modes 1, 2 et 3

Fourniture transfrontière (Mode 1)

Consommation à l'étranger
(Mode 2)

Présence commerciale (Mode 3)




Total

Assorti de limitations

Non conso-
lidation

Total

Assorti de limitations

Non conso-
lidation

Total

Assorti de limitations

Non conso-
lidation

Courtage

21
(86%)

2
(0,04%)

3
(0,04%)

14
(97%)

3 + 1
(3%)

3
(0,04%)

16
(98%)

1 + 1
(2%)

2
(0,04%)

19
(99,96%)

0
(0%)

Commerce de gros

34
(92%)

4
(0,06%)

9
(2%)

19
(93%)

5 + 1
(5%)

11
(35%)

18
(60%)

3 + 1
(5%)

5
(0,1%)

29
(99,9%)

0
(0%)

Commerce de détail

33
(92%)

1
(0,004%)

6
(2%)

19
(92%)

7 + 1
(6%)

7
(2%)

22
(93%)

4 + 1
(5%)

1
(0,004%)

30
(99,98%)

1 + 1
(0,02%)

Franchisage

23
(89%)

1
(0,03%)

10
(4%)

13
(96%)

0
(0%)

10
(5%)

11
(92%)

1 + 1
(3%)

1
(0,03%)

20
(99,9%)

1 + 1
(0,06%)

Note: Total: l'ensemble du secteur est visé, aucune limitation en matière d'accès au marché ou de traitement national. Assorti de limitations: le secteur n'est que partiellement visé ou il existe des limitations en matière d'accès au marché/de traitement national. Non-consolidation: l'accès au marché et le traitement national sont tous les deux non consolidés, ou bien l'accès au marché est non consolidé. Sauf indication contraire (comme dans la deuxième colonne), les pourcentages de chaque sous-secteur sont calculés par rapport au PIB de l'ensemble des membres ayant pris des engagements dans le secteur.
Source: OMC:
Services de distribution (Genève, 1998).


Tableau 3.2. Analyse numérique des limitations maintenues par les membres de l'OMC dans les services de distribution (nombre de membres et pourcentage du PIB)
 


Secteur

Limitations portant sur l'étendue du secteur visé appliquées aux modes 1, 2 et 3

Fourniture transfrontière
(Mode 1)


Consommation à l'étranger
(Mode 2)


Présence commerciale
(Mode 3)


Limitation horizontale uniquement

Limitation
propre au
secteur


Limitation horizontale uniquement

Limitation
propre au
secteur


Limitation horizontale uniquement

Limitation
propre au
secteur


MA

NT

MA

NT

MA

NT


Courtage

14
(46%)

1
(31%)

1
(6,8%)

0
(0%)

2
(2,1%)

0
(0%)

0
(0%)

3
(31%)

1
(1,3%)

1
(0,7%)

Commerce de gros

23
(98%)

0
(0%)

3
(38,5%)

1
2,4%)

1
(0,05%)

1
(29%)

0
(0%)

7
(3,1%)

8
(48,5%)

1
(0,05%)

Commerce de détail

24
(98%)

1
(0,2%)

4
(36%)

3
(35%)

2
(0,3%)

0
(0%)

1
(0,6%)

7
(2%)

8
(21,9%)

1
(0,6%)

Franchisage

11
(60%)

4
(33%)

4
(6%)

1
(3%)

4
(32%)

0
(0%)

0
(0%)

11
(39%)

4
(4%)

0
(0%)

Note: Certains membres ont maintenu des limitations portant sur l'étendue du secteur visé ainsi que des limitations horizontales et des limitations propres au secteur. Les chiffres figurant dans les rangées ne s'ajoutent donc pas au nombre de membres ayant indiqué des limitations. Les pourcentages concernant chaque sous-secteur sont calculés par rapport au PIB de l'ensemble des membres ayant pris des engagements dans le secteur.
Source: OMC:
Services de distribution (Genève, 1998).


Selon l'OMC, le régime des investissements étrangers limite l'accès au marché dans de nombreux pays. Ce sont les grossistes et les détaillants qui sont le plus tributaires de la liberté d'établir une présence commerciale. Les obstacles qui limitent la capacité des entreprises dans ce domaine ainsi que leur capacité d'employer des ressortissants de leur pays affectent donc davantage ces deux catégories que les services de franchisage et de courtage.

Le régime général des investissements étrangers conditionne les conditions d'accès au marché dans les divers pays. Les limitations concernant l'investissement étranger, y compris les limitations relatives à la participation de capital étranger (par exemple la limitation de la participation étrangère à certains niveaux), au type d'entité juridique requis (par exemple les prescriptions concernant la constitution en société dans le pays), à la détention d'actifs déterminés (comme le terrain) et à l'étendue des opérations (restrictions concernant le nombre et l'emplacement des points de vente), ont aussi un effet considérable sur le secteur. De même, l'obligation de former une coentreprise avec des fournisseurs locaux restreint la liberté que les fournisseurs étrangers peuvent avoir de choisir la formule commerciale optimale. Sur un plan plus général, l'exigence d'un examen des besoins économiques préalablement à l'autorisation d'entrée sur le marché réduit la transparence en matière de réglementation et laisse un important pouvoir discrétionnaire à l'administration.

Etant grosse consommatrice de main-d'œuvre, la distribution (surtout le commerce de détail) se ressent des limitations apportées au recrutement d'expatriés. Les prescriptions en matière de nationalité empêchent les entreprises de réduire à un minimum les coûts de main-d'œuvre en recrutant à l'étranger. Les prescriptions en matière de résidence visant les dirigeants et les administrateurs défavorisent de facto les fournisseurs étrangers, même quand elles s'appliquent à tous les distributeurs. La politique d'immigration, les restrictions en matière de visa ainsi que les prélèvements et les charges au titre de la sécurité sociale ont également des conséquences.

La discrimination à l'égard des sociétés étrangères peut également provenir des impôts ou des subventions, encore que les incitations fiscales favorisent aussi parfois les investisseurs étrangers. Les prescriptions en matière de résultats et d'apport local peuvent entraîner une modification des conditions de concurrence qui porte préjudice aux investisseurs étrangers. Par ailleurs, la discrimination à l'égard des travailleurs étrangers peut résulter des impôts ou des subventions, du refus de leur faire bénéficier d'indemnités et autres avantages, des restrictions concernant les droits des personnes à charge et d'un traitement inéquitable sur le lieu de travail.

Les limitations concernant le commerce transfrontière des services de distribution comprennent des mesures comme l'imposition discriminatoire des marchandises livrées par voie postale. La consommation à l'étranger est couramment assujettie à des limitations relatives aux montants en devises et aux dépenses autorisées et parfois à des restrictions ayant trait aux voyages.

La République de Corée, par exemple, appliquait autrefois un système de permis qui restreignait la superficie et le nombre des magasins accessibles aux capitaux étrangers. En janvier 1996, ces restrictions ont été levées et ont été remplacées par un système de notification. En Indonésie, la loi sur l'investissement étranger empêchait les sociétés étrangères d'accéder au marché de la distribution. Selon un décret présidentiel, les maisons de commerce étrangères étaient autorisées seulement à ouvrir un bureau de représentation, sans pouvoir se livrer à la vente ou à la commercialisation, mais, en janvier 1996, les autorités ont annoncé un programme de déréglementation permettant aux exportateurs étrangers de faire le commerce de tout produit et de créer des entreprises d'importation dont les capitaux seraient à 100 pour cent étrangers pour approvisionner des zones comme les zones franches industrielles d'exportation. En outre, depuis juin 1996, les fabricants étrangers sont habilités à vendre en gros directement leurs produits et à acheter des produits complémentaires destinés à la vente en gros à des sociétés liées établies à l'étranger. A partir de mars 1998, des mesures de libéralisation analogues ont été prises dans le commerce de détail.

3.1.2 Accentuation des différences en ce qui concerne
les autorisations et les heures d'ouverture

Les réglementations applicables à la création d'entreprises, au choix du site, à la location de locaux commerciaux et aux heures d'ouverture varient beaucoup d'un pays à l'autre et, ces dernières années, ces différences se sont accentuées. Certains pays ont adopté une attitude plus libérale tandis que d'autres ont suivi le chemin inverse.

En Belgique, en Italie et au Japon, par exemple, il faut une autorisation ou un diplôme pour ouvrir un commerce. En revanche, en Allemagne, en France, au Portugal et au Royaume-Uni, seules certaines activités - par exemple la vente d'armes et de munitions ou celle de boissons alcooliques - sont réglementées.

En ce qui concerne la construction de commerces, des réglementations spécifiques exigeant une autorisation au-delà d'une certaine surface sont en vigueur depuis les années soixante-dix en Belgique, en France et en Italie. Au début de 1996, l'Espagne s'est dotée d'une législation analogue. En France, la loi Raffarin a abaissé, en 1996, à 300 m2 le seuil des surfaces de vente à partir duquel une autorisation préalable est nécessaire. Les règlements de zonage peuvent aussi freiner la création de grandes surfaces. Au Royaume-Uni, la législation est très stricte en matière de planification, ce qui explique en partie le coût des terres et des loyers et ce qui rend plus difficile la construction d'hypermarchés. Ainsi, il a récemment fallu deux ans à Costco, magasin d'usine de type américain, pour obtenir l'autorisation d'ouvrir un nouveau commerce. Costco envisage aujourd'hui d'ouvrir 47 nouveaux magasins au Royaume-Uni; on y vendra plus de 3500produits avec des réductions allant jusqu'à 40 pour cent. Un rapport récent de l'Institut Mckkinsey sur la productivité (cité dans un rapport de l'OCDE intitulé Regulation and performance in the distribution sector) indique que l'espace de vente, en moyenne, est 40 pour cent plus cher au Royaume-Uni qu'aux Etats-Unis et 20 pour cent plus cher qu'en France.

Un des meilleurs exemples de la disparité des politiques nationales est la réglementation des heures d'ouverture, qui peut avoir beaucoup d'impact dans les zones frontalières. Dans le cas de l'Autriche, par exemple, l'augmentation des achats dans les pays voisins dont la législation était plus libérale a dans une certaine mesure accéléré la déréglementation. Aujourd'hui, la réglementation des horaires d'ouverture varie beaucoup dans la zone de l'OCDE. Dans un certain nombre de pays, les horaires sont complètement libres, même si les autorités locales (états ou municipalités) peuvent y apporter des restrictions. Dans d'autres pays, les heures d'ouverture et de fermeture sont strictement réglementées et les magasins ne peuvent pas être ouverts plus d'un certain nombre d'heures par semaine.

En Italie, depuis 1998, les commerces peuvent rester ouverts beaucoup plus longtemps. Ils n'ont plus besoin d'aucune autorisation s'ils ne dépassent pas une certaine surface et peuvent pratiquement vendre n'importe quoi. On n'a plus besoin de demander une autorisation distincte pour 14 catégories de marchandises.

Au Japon, jusqu'en 1992, toute entreprise souhaitant créer une grande surface devait demander l'autorisation des petits commerces, autorisation que ceux-ci donnaient rarement, d'où la prédominance des commerces employant une ou deux personnes seulement (14pour cent des ventes totales de détail, soit deux fois plus qu'en Amérique). En 1992, la législation a été assouplie. Pour ouvrir une grande surface, il suffit de demander l'autorisation des collectivités locales.

Ces dernières années, l'Allemagne, l'Autriche, le Danemark, la Grèce, le Japon, les Pays-Bas et le Royaume-Uni ont assoupli leur réglementation des heures d'ouverture, qui était auparavant assez stricte.

A l'inverse, la Norvège a adopté en 1998 une loi qui interdit aux grands commerces d'ouvrir le dimanche. Stein Erik Hagen, propriétaire de RIMI, la plus grande chaîne de supermarchés du pays, ayant noté que la nouvelle loi ne permet qu'aux grandes stations-service d'ouvrir le dimanche, a annoncé, le 23 juillet 1998, que, en partenariat avec une entreprise suédoise (ICA), il rachèterait 1 500 stations de Statoil, la compagnie pétrolière nationale, pour 26 milliards de couronnes (3,4 milliards de dollars).

3.2 Effets sur l'emploi

3.2.1 La libéralisation de la distribution joue en faveur
des types de magasins à valeur élevée susceptibles
d'accroître le nombre des emplois

La transformation du commerce de détail entraîne des innovations dans la forme des nouveaux magasins, innovations qui portent soit sur l'amélioration de l'efficacité par la réalisation d'économies d'échelle, soit sur l'accroissement de la valeur pour le consommateur par le biais de la spécialisation dans un groupe de produits particulier.

Les pouvoirs publics sont à même d'influer sur les types de magasins créés par les entreprises de détail. En modifiant les règles relatives aux pratiques anticoncurrentielles, ils peuvent favoriser la création d'emplois dans les types de magasins à valeur élevée.

Selon une étude publiée en 1994 dans The McKinsey Quarterly, les obstacles à la commercialisation des produits favorisent dans certains pays - Allemagne, France et Japon - la création des magasins à efficacité élevée par rapport aux magasins à valeur élevée, ce qui nuit finalement à l'emploi.

De fait, aux Etats-Unis, le caractère moins contraignant du cadre réglementaire a entraîné une évolution du modèle à efficacité élevée vers le modèle à valeur élevée tout en créant de l'emploi. De 1980 à 1990, les détaillants américains ont créé près de cinq emplois par tranche de 1000 actifs, tandis que des emplois disparaissaient en Allemagne, en France et au Japon. C'est en France que la chute a été la plus forte (-3,6 emplois par tranche de 1000 actifs), alors qu'elle a été plus faible en Allemagne (-2,1) et au Japon (-2,3).

3.2.2 La libéralisation favorise également
les magasins de grande taille
qui menacent l'emploi indépendant traditionnel

Le principal argument avancé en faveur d'une restriction de la concurrence est le sort des petits magasins et des travailleurs.

Les éditeurs allemands affirment que la fixation des prix leur permet de financer, grâce aux bénéfices tirés de la vente des best-sellers, les ouvrages de valeur qui se vendent mal. Enlevez les subventions, disent-ils, et les ventes se concentreront sur les ouvrages bon marché, avec pour double conséquence d'écarter les bons livres des rayons et de réduire les petits libraires à la faillite, entraînant de ce fait une concentration du pouvoir entre quelques éditeurs et détaillants avides de profit. Le syndicat allemand des travailleurs du commerce de détail et les associations de détaillants se sont opposés en 1996 à la libéralisation des règles en vigueur en matière d'horaires d'ouverture des magasins en soutenant qu'elle ferait disparaître les petites boutiques en incitant les clients à les déserter au profit des supermarchés, ce qui entraînerait une perte d'emplois.

En France, la législation sur la concurrence, qui soumet l'ouverture de grandes surfaces à autorisation et interdit la revente à perte, a été justifiée par la nécessité d'empêcher les chaînes d'hypermarchés, comme Carrefour et Leclerc, de réduire les petits boutiquiers à la faillite. En limitant l'ouverture de nouvelles grandes surfaces, soutient-on, le gouvernement se contente de donner leur chance aux petits magasins.

De nombreuses études ont été menées sur l'impact de la loi japonaise de 1974 sur les magasins à grande surface («la Loi»), qui limite la création de magasins de grande dimension. La principale conclusion qui résultait de ces études est que, si cette loi a eu un impact profond sur la création des grandes surfaces et sur la dimension et la densité des magasins de détail, sa libéralisation a aussi eu des effets notables (voir encadré 3.1). Le nombre des nouveaux magasins de plus de 500 m2 augmente actuellement de près de 12 pour cent par an. Par ailleurs, les magasins familiaux disparaissent, souvent rachetés par les grandes chaînes de magasins d'alimentation, comme 7 Eleven. La libéralisation de la législation a également contribué à faire évoluer la structure de la chaîne d'approvisionnement. Dans le passé, les fabricants s'efforçaient de normaliser la fixation des prix dans l'ensemble des magasins et fixaient souvent ces prix en fonction du coût plus élevé des plus petits d'entre eux, les plus grands n'étant pas autorisés à fixer des prix plus bas, mais bénéficiant de rabais de volume sur les promotions spéciales de courte durée. Actuellement, les grandes surfaces négocient souvent directement avec les fabricants.
 

Encadré 3.1
La loi japonaise sur les magasins à grande surface

Plus que tout autre facteur, la loi sur les magasins à grande surface («la Loi»), adoptée en 1974, a donné sa forme au commerce de détail japonais au cours des dernières décennies. Aujourd'hui, la déréglementation du secteur entraîne des changements essentiels.

La Loi faisait obligation aux détaillants qui envisagent d'ouvrir un magasin de catégorie 1 de soumettre un plan d'exploitation détaillé au Conseil de la réglementation commerciale local (Shogyo Chosei Kyogi) pour approbation. Il devait ensuite obtenir l'avis de la Chambre de commerce locale. Le dossier était ensuite transmis au MITI (ministère du Commerce international et de l'Industrie), où l'on y incorporait des éléments complémentaires soumis par les responsables et résidents locaux. Le permis définitif comprenait souvent un certain nombre de changements visant à protéger les commerçants locaux, par exemple sous la forme d'une réduction de l'espace commercial autorisé. L'opération prenait d'un an à dix-huit mois. Il est à peine besoin de dire que, si elle était déjà difficile pour les détaillants et promoteurs japonais, elle apparaissait comme un obstacle presque insurmontable pour les détaillants étrangers. La révision de la Loi décidée en 1991 (et entrée en vigueur en janvier 1992) visait à simplifier la procédure d'ouverture des grandes surfaces. Tout d'abord, la taille minimum des magasins de la catégorie1 était doublée, passant de 1500 à 3000 m2. Ensuite, l'examen des demandes d'ouverture était transféré du Conseil de la réglementation commerciale local au Conseil du commerce de détail à grande échelle, organe consultatif du MITI. Enfin, les magasins les plus grands étaient autorisés à ouvrir jusqu'à 19 heures - soit une heure de plus -, sans autorisation spéciale, et le nombre des jours de fermeture obligatoire tombait de quatre par mois à 44 par an.

L'un des effets immédiats de la révision de 1991 a été d'accélérer la procédure d'ouverture des nouveaux magasins. La durée maximum exigée pour le traitement des différentes demandes et approbations a été fixée à douze mois. Une proportion accrue des projets ont ainsi pu aboutir, les détaillants étant mieux à même de réagir aux variations du climat des affaires et à intégrer le développement de leur réseau dans leur planification. Avant la révision, 30 pour cent des projets étaient retirés dans les douze mois suivant la demande.

La Loi a été modifiée de nouveau en mai 1994. Cette modification portait essentiellement sur les points suivants:

  • libéralisation de l'ouverture des nouveaux magasins d'une surface maximum de 1000 m2;
  • libéralisation des changements de gérance;
  • suppression de l'obligation de permis pour les ventes en dehors des magasins;
  • ouverture des magasins jusqu'à 20 heures sans permis spécial;
  • nombre minimum de jours de fermeture annuelle pour les magasins réduit de 44 à 24.

Il convient de noter particulièrement le fait que les magasins d'une surface inférieure à 1000m2 ne devaient plus faire l'objet d'une longue procédure de demande. D'autres éléments de la révision ont été jugés surtout positifs parce qu'ils simplifiaient la vie aux détaillants.

Si elle a été bien accueillie par les magasins à succursales multiples, la mesure autorisant l'ouverture jusqu'à 20 heures a créé de nouveaux problèmes. En effet, si les magasins continuaient à ouvrir à 10 heures comme auparavant, l'augmentation d'une heure de la durée du travail nécessitait l'introduction d'un système de travail par équipes.

Il est difficile d'estimer la mesure dans laquelle la réglementation a accru les coûts des détaillants. Cependant, avant la dernière révision de la Loi, chaque nouvelle ouverture de magasin exigeait 20 différents types de permis liés à 18 lois différentes, 45 exigences administratives et plus de 200 pages de documentation, pour un coût total annuel de 60 millions de yen.

Source: Japan External Trade Organization (JETRO).

Un certain nombre d'études ont été aussi menées - avec des résultats analogues - sur l'impact de la libéralisation sur les heures d'ouverture.

Une réglementation libérale favorise les grandes entreprises, qui sont généralement mieux à même d'en profiter. Certains petits magasins - par exemple les magasins d'alimentation de proximité - peuvent en profiter également, mais la majorité d'entre eux y perd. C'est particulièrement le cas dans le secteur alimentaire, où les petits supermarchés et les magasins d'alimentation générale risquent de voir leur part de marché se rétrécir.

La libéralisation des heures d'ouverture joue largement à l'avantage des clients, qui peuvent prendre davantage leur temps et mieux profiter du côté «distraction» des courses. Sur le plan de l'emploi, les effets de cette libéralisation sont incontestablement positifs, essentiellement en raison d'un accroissement de la réserve de main-d'œuvre nécessaire, mais peut-être aussi par suite de l'augmentation des ventes.

Dans un document de travail établi pour l'OCDE, Dirk Pilat émet l'idée qu'il n'est peut-être pas nécessaire de protéger les petits magasins de la concurrence des grands pour sauver l'emploi. Il ressort de l'évolution constatée au cours des dernières décennies que les petits magasins continuent à avoir une place importante dans les réseaux de détail développés, particulièrement en dehors du marché de l'alimentation de masse. Les petits magasins se spécialisent davantage et tiennent mieux compte des besoins des clients. Par ailleurs, ils trouvent de nouveaux moyens pour rester compétitifs par rapport aux grandes surfaces, par exemple grâce à des formules de type coopératif, comme le franchisage, qui leur permettent de réduire leurs coûts et de réaliser des économies d'échelle. En outre, nombre d'entre eux trouvent leur propre créneau spécialisé dans le marché. En revanche, les petits supermarchés et les magasins d'alimentation générale risquent de disparaître sous l'effet de la concurrence des grandes surfaces (et aussi des petits magasins spécialisés), cette évolution ne risquant toutefois guère d'affecter l'emploi d'ensemble du commerce de détail.

De fait, les magasins de détail modernes emploient une main-d'œuvre abondante. Les grandes surfaces ont souvent besoin d'une réserve de main-d'œuvre, en particulier lorsqu'elles ouvrent le soir et le dimanche, ou lorsqu'elles mettent l'accent sur le service, et doivent donc faire appel à davantage de main-d'œuvre que les supermarchés et hypermarchés classiques. Certains magasins spécialisés sont souvent très axés sur le service et ont besoin d'un personnel nombreux. Ainsi, le secteur de la distribution des Etats-Unis, considéré à juste titre comme l'un des plus développés du monde, n'a cessé de créer de l'emploi au cours des quinze dernières années. Par ailleurs, la libéralisation de la loi japonaise sur les magasins à grande surface qui s'est produite au cours des cinq dernières années ne semble pas avoir entraîné de perte d'emplois. Chose plus importante encore, l'analyse menée par l'OCDE dans le cadre de l'Etude sur l'emploi aboutit à la conclusion que le ralentissement de l'ajustement obtenu par l'adoption de mesures protectionnistes, tant sur le plan intérieur que sur le plan international, n'est pas la meilleure réponse aux préoccupations liées à l'emploi et au chômage.

3.2.3 Les formes de travail flexible jouent en faveur de l'emploi

Les pressions exercées en faveur d'une flexibilité accrue des heures d'ouverture reposent en partie sur l'idée selon laquelle des heures d'ouverture réduites vont à l'encontre de la demande générale de flexibilité dans les horaires de travail. Cette demande provient en partie elle-même d'une diversité accrue dans les horaires de travail de l'ensemble de l'économie ainsi que de l'accroissement de la part des femmes dans la population active.

Aux Etats-Unis, selon l'analyse faite par Harriet Presser, de l'Université du Maryland, une personne sur cinq travaille maintenant selon une formule différente du «neuf à cinq» classique. En outre, dans un tiers des familles ayant des enfants, l'un des membres du couple travaille essentiellement en dehors des heures de jour normales.

La réglementation initiale des heures d'ouverture visait essentiellement à fixer un jour de repos commun (souvent le dimanche) et à éviter que les salariés ne soient contraints de travailler selon un horaire excessif. Les syndicats et les travailleurs du commerce de détail s'opposent parfois à la libéralisation des heures d'ouverture, craignant qu'elle n'entraîne un allongement des heures de travail. Cependant, la législation du travail de nombreux pays réglemente déjà ce point. Il peut donc ne pas être nécessaire d'adopter une législation supplémentaire sur les heures d'ouverture des magasins pour éviter les risques d'horaires trop longs (voir encadré 3.2).
 

Encadré 3.2
La nouvelle convention collective de Carrefour France

A Carrefour France (55 000 salariés), la loi sur les 35 heures a donné aux syndicats et à la direction l'occasion d'une refonte complète de la convention collective de l'entreprise en 1999. La réduction du temps de travail s'accompagne de la création de 1 000 emplois ainsi que d'une importante revalorisation du travail à temps partiel. Concrètement, la réduction du temps de travail se traduit, pour les employés, par le passage, le 1er juin à 35 heures (contre 35 heures 3/4 de travail effectif jusqu'ici) ainsi que par l'obtention d'une sixième semaine de congés payés. Le personnel à temps partiel (35 pour cent des effectifs) bénéficie notamment d'une hausse compensatrice de 2,1 pour cent de sa rémunération. Le temps de travail des cadres sera désormais décompté en jours: ils devront travailler 214 jours sur l'année, ce qui leur donne droit de facto à une semaine de repos supplémentaire. Les jours travaillés en excédent seront soit payés au taux majoré, soit versés sur un compte-épargne temps. La forte modulation des horaires (ils varieront de 29 à 41 heures hebdomadaires) sera gérée en îlots. Un «plan de modulation» de 52 semaines sera mis en place en fonction des prévisions de fréquentation du magasin pour équilibrer à 35 heures en moyenne le travail effectué sur l'année. Les salariés d'un îlot recevront, trois semaines à l'avance, un «plan de charge» détaillé qu'une «animatrice» répartira entre les salariés en fonction de leurs souhaits. Pour sa part, la direction a obtenu la suppression d'une prime de présence obsolète, le gel des augmentations générales en 1999, le gel (pour les anciens) ou la suppression (pour les nouveaux) de la prime d'ancienneté qui n'existait que dans certains magasins, et la modulation des horaires est accentuée (plus ou moins six heures par semaine, contre plus ou moins trois heures depuis 1982).

Source: Les Echos (Paris), 1er avril 1999, p. 21.

L'un des autres sujets de préoccupation importants des salariés est de savoir si les entreprises sont disposées à verser une prime pour les heures du soir et du week-end, la réponse à cette question dépendant essentiellement du poids relatif des travailleurs et des employeurs dans le secteur de la distribution. En raison de la faible syndicalisation de ce secteur et de la proportion élevée des salariés qui travaillent à temps partiel ou selon des formules non classiques, le poids relatif des salariés risque d'être assez faible. Selon une enquête portant sur quelque 5000travailleurs du commerce de détail britannique, une majorité des travailleurs du dimanche ne voient pas d'inconvénient à travailler ce jour-là. La plupart choisissent de le faire pour des raisons financières, et quelque 70 pour cent perçoivent pour cette journée un salaire au moins égal à 150pour cent de la paie normale. Tel est du moins le cas pour le secteur de l'alimentation, car dans les magasins de bricolage, en revanche, les travailleurs du dimanche sont moins nombreux à recevoir une prime, ou reçoivent une prime d'un montant moindre. Une proportion non négligeable (34 pour cent) travaille moins de 10 heures par semaine, ce qui semble indiquer qu'ils travaillent seulement le dimanche. Une étude complémentaire a montré que les cadres de ces magasins étaient plus réticents à travailler le dimanche que la plupart des autres travailleurs. Pour eux, l'ouverture dominicale se traduit par du travail supplémentaire, la plupart d'entre eux travaillant un dimanche sur trois. Nombre d'entre eux se sentent «contraints» de travailler le dimanche pour des raisons de contrat ou de carrière.

Aux Etats-Unis, pays où la réglementation relative aux autorisations et aux heures d'ouverture est très libérale, plus de la moitié des caissiers et caissières travaillent à temps partiel. Les heures de travail varient fréquemment en fonction des besoins de l'employeur. De manière générale, les caissiers et caissières doivent travailler le week-end, le soir et les jours fériés afin de répondre aux besoins de la clientèle. Mais, précisément pour cette raison, nombre d'employeurs proposent des formules flexibles. Par exemple, les salariés à plein temps qui travaillent le week-end peuvent bénéficier de jours de congé durant la semaine. Du fait que la saison des vacances est la saison la plus active pour la plupart des commerces de détail, nombre d'employeurs contraignent les salariés à prendre leurs congés entre Thanksgiving (fin octobre) et début janvier. La plupart des conditions de travail des caissiers et caissières s'appliquent aux salariés de la vente au détail.

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