
Un développement agricole durable dans une économie mondialisée
Rapport soumis aux fins de discussion à la Réunion tripartite sur les moyens d'assurer un développement agricole durable grâce à la modernisation de l'agriculture et de l'emploi dans une économie mondialisée
Genève, 18-22 Septembre 2000
Bureau international du Travail Genève
Copyright ® 2000 Organisation internationale du Travail (OIT)
Photographies de la couverture: BIT - Nick Rain et Jacques Maillard
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Table des matières
1. Mondialisation et agriculture
Etats et marchés
Le rôle de l’agriculture dans le développement
Durabilité
La modernisation de l’agriculture
2. Production et exportations.. 28
Le travail des enfants
Place respective des hommes et des femmes
Sécurité et santé au travail
Organismes génétiquement modifiés
Initiatives volontaires
6. Résumé et points suggérés pour la discussion
Tableaux
Tableau 1. Pourcentage de la main-d’œuvre ayant un emploi salarié
Tableau 2. Rendement des céréales par hectare (kg/ha), 1999, et indice 1999 (1975=100)
Tableau 3. Intrants agricoles
Tableau 4. Taux de croissance (tracteurs et terres irriguées), 1975-1997, et part mondiale en 1997
Tableau 5. Performance de l’agriculture, 1975-1999
Tableau 6. Performance des exportations, 1975-1998
Tableau 7. Economies avancées contre pays en développement, y compris les NPI: diversification des exportations (en pourcentage du total des exportations de marchandises)
Tableau 8. Croissance de la production, 1980-1997, et changements structurels intervenus dans le PIB
et la main-d’œuvre, 1970 et 1997
Tableau 9. Incidence de la malnutrition dans les régions en développement, 1969-1997
Tableau 10. Salaires agricoles et coût de la main-d’œuvre du secteur manufacturier, 1980-1984 et 1990-1994 (en dollars des Etats-Unis par année, sauf mention contraire)
Tableau 11. Incidence de la pauvreté (pourcentage de la population vivant en dessous du seuil de pauvreté national)
Tableau 12. Cours des produits primaires en valeur réelle, 1980-1998 (1990 = 100)
Tableau 13. Exemples d’OGM commercialisés aux Etats-Unis (juillet 1998)
Tableau 14. Programmes de labels sociaux (1998)
Figures
Figure 1. Répartition de la main-d’œuvre vers 1997
Figure 2a. Malaisie: structure de l’emploi, 1970-1995
Figure 2b. Malaisie: tendances de l’emploi, 1970-1995
Encadrés
Encadré 1 La technologie se développe et devient plus accessible
Encadré 2 Les entreprises publiques en recul mais toujours présentes
Encadré 3 L’alimentation dans la crise asiatique
Encadré 4 ADRD: Action 21
Encadré 5 «L’agriculture durable» par opposition à «l’agriculture»
Encadré 6 L’agriculture biologique – et après?
Encadré 7 Les travailleurs ruraux: qui sont-ils?
Encadré 8 Technologie de l’information et agriculture: le futur est déjà là
Encadré 9 Agriculture: le futur partout?
Encadré 10 Des bouquets en provenance de la Colombie
Encadré 11 La sécheresse en Afrique
Encadré 12 Deux pays d’Afrique, deux visages du SIDA
Encadré 13 Malaisie et Thaïlande – deux cas de progression spectaculaire des exportations
Encadré 14 Echecs et réussites économiques
Encadré 15 Les entreprises rurales en Chine: des entreprises florissantes
Encadré 16 Programme international pour l’abolition du travail des enfants
Encadré 17 La convention no 182
Encadré 18 Les femmes dans l’agriculture en Afrique subsaharienne
Encadré 19 Les femmes dans l’agriculture au Bangladesh
Encadré 20 Bureau de l’égalité entre hommes et femmes du BIT
Encadré 21 Activités du BIT concernant la sécurité et la santé des travailleurs agricoles
Encadré 22 Nouvelles normes concernant la sécurité et la santé des agriculteurs
Encadré 23 Génie génétique
Encadré 24 Contrôle renforcé des OGM aux Etats-Unis
Encadré 25 Initiatives volontaires concernant le commerce de la banane
Encadré 26 Le Pacte global et l’OIT
ADRD Agriculture et développement rural durables
ALENA Accord de libre-échange nord-américain
ANASE Association des nations de l’Asie du Sud-Est
APEC Conseil de coopération économique Asie/Pacifique
CEA Commission économique pour l’Afrique (ONU)
CISL Confédération internationale des syndicats libres
CNUCED Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement
CNUED Conférence des Nations Unies sur l’environnement et le développement (Sommet «Planète Terre»)
FAO Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture
FIDA Fonds international de développement agricole
FMI Fonds monétaire international
IED Investissement étranger direct
IPEC Programme international pour l’abolition du travail des enfants (OIT)
MERCOSUR Marché commun du Sud
NPI Nouveau pays industriel
OCDE Organisation de coopération et de développement économiques
OGM Organisme génétiquement modifié
OMC Organisation mondiale du commerce
ONG Organisation non gouvernementale
PIB Produit intérieur brut
PNUD Programme des Nations Unies pour le développement
TUAC Commission syndicale consultative auprès de l’OCDE
UITA Union internationale des travailleurs de l’alimentation, de l’agriculture, de l’hôtellerie-restauration, du tabac et des branches connexes
Pays en développement d’Afrique Tous les pays africains à l’exception de l’Afrique du Sud
Pays en développement d’Asie Tous les pays d’Asie excepté Israël et le Japon
Au cours de la prochaine décennie, le grand défi sera d’adapter les économies et les institutions nationales à la mondialisation et d’adapter celle-ci aux besoins de l’homme … La mondialisation a fait de l’«ajustement» un phénomène universel qui touche aussi bien les pays riches que les pays pauvres. Elle a un effet sur le développement, en développant les pôles de croissance à long terme et en modifiant la distribution des revenus.
BIT: Un travail décent,
rapport du Directeur général,
Conférence internationale du Travail,
87e session, Genève, 1999, p. 5.
En quoi le secteur agricole, premier employeur au monde, est-il touché par la mondialisation, quel est son rôle, et comment renforcer durablement ce rôle pour élever le niveau de vie des agriculteurs et des ouvriers agricoles? Tels sont les thèmes qui sont abordés dans le présent rapport, le premier concernant le secteur agricole à avoir été rédigé dans l’optique du XXIe siècle. On y verra que la mondialisation influe sur l’agriculture non seulement à travers les mécanismes habituels du commerce et de l’investissement étranger direct, mais aussi et surtout par la transmission rapide des idées qui est rendue possible par les nouvelles techniques de communication et en particulier les revendications sociales allant dans le sens d’un alignement des pratiques de travail sur les normes du travail. Par conséquent, en dehors de certaines questions macroéconomiques comme le rôle de l’agriculture dans le développement et les prix des produits de base, le rapport mettra l’accent sur des questions sociales telles que le travail des enfants, le rôle des femmes dans l’agriculture, la sécurité et la santé des travailleurs, les initiatives volontaires privées et les modifications génétiques, car c’est dans ces domaines que la transmission rapide des idées par les moyens de communication modernes est en train de modifier les pratiques de travail dans les exploitations agricoles. Il est même possible que ces mécanismes de transmission jouent un rôle encore plus important que le commerce et les investissements directs dans l’agriculture. On s’efforcera ici de déterminer de quelle manière ce secteur peut bénéficier au mieux de tous les facteurs modernisateurs de la mondialisation, le mot «modernisation» étant à prendre ici au sens de processus d’amélioration de la productivité, de diversification de la base d’exportations et de modification du régime foncier et des pratiques traditionnelles, surtout en matière de sécurité et de santé au travail, avec des normes plus élevées en matière de travail, telles qu’elles apparaissent dans les conventions fondamentales de l’OIT. Ce dernier point revêt une importance encore plus grande avec les discussions en vue de l’adoption d’instruments sur la sécurité et la santé dans l’agriculture prévues (au moment de la rédaction du présent rapport) pour la session de juin 2000 de la Conférence internationale du Travail.
Il est de plus en plus admis qu’aucune modernisation sérieuse du secteur agricole ni un développement économique global n’est possible sans ADRD (agriculture et développement rural durables) – un concept adopté en 1992 à la Conférence sur l’environnement et le développement des Nations Unies (Sommet «Planète Terre»). Certaines des composantes clés de ce concept, à savoir un emploi stable et des conditions de travail sûres, une réforme du régime foncier, l’acceptation des normes fondamentales du travail de l’OIT, la représentation des travailleurs agricoles, font l’objet d’un traitement séparé dans la quatrième partie du présent rapport. Il s’agit de montrer ici, comme dans le reste du rapport, que les normes fondamentales et les normes du travail agricole de l’OIT ont un lien étroit avec le concept de l’ADRD. Les questions qui sont abordées doivent permettre de renforcer les quatre objectifs stratégiques de l’OIT adoptés à la 87e session de la Conférence internationale du Travail (juin 1999), à savoir:
Cette réunion devrait permettre d’attirer l’attention de tous sur le rôle que l’agriculture continue de jouer en offrant un emploi et un revenu à la majorité de la population mondiale et en tant que moteur du développement économique. Rappelons que, malgré les progrès réalisés récemment, il y a 790 millions de personnes dans les pays en développement, soit près d’un cinquième de la population totale de ces pays, et 34 millions de personnes dans les pays industrialisés et les pays en transition qui sont sous-alimentées[1] et que 1,5 milliard de personnes vivent dans la pauvreté, pour la plupart dans les pays en développement, surtout en milieu rural. Malgré les progrès accomplis pour ces deux indicateurs de bien-être, on est loin du but fixé par le Sommet mondial de l’alimentation en 1996 et par l’OCDE dans le cadre de la Stratégie 21[2], qui était de réduire de moitié le nombre de ces personnes d’ici 2015. En outre, le fossé entre les riches et les pauvres, qu’il s’agisse des individus ou des pays, ne cesse de s’élargir, et les pauvres, qui vivent pour la plupart en milieu rural, sont marginalisés au cours du processus de croissance. L’agriculture étant le fondement même de tout développement économique, il est d’autant plus nécessaire d’attirer l’attention sur ce secteur, tandis que les liens indissolubles entre la faim, la pauvreté et les zones rurales font qu’il est d’autant plus nécessaire d’inscrire le développement agricole dans la durée et l’équité.
Cette réunion devrait aussi être l’occasion de rappeler le caractère inexorable du processus de mondialisation et le rôle que l’agriculture joue dans ce processus. Le phénomène de la marginalisation que nous venons d’évoquer est toujours associé à la mondialisation en tant que principal effet. Le secteur agricole pris dans sa totalité est certes marginalisé par rapport au secteur moderne, mais s’il s’ouvre aux investissements étrangers directs dans le cadre de la mondialisation les petits exploitants agricoles risquent non seulement d’être marginalisés, mais aussi dépossédés de leurs terres, au fur et à mesure que des exploitations agricoles dépendant de sociétés multinationales d’achat sont créées dans les pays en développement pour fournir des produits normalisés aux marchés mondiaux. Il est donc urgent de discuter du rôle que joue l’agriculture dans le cadre de la mondialisation et de tirer des enseignements sur la manière d’infléchir ce mouvement de façon à en faire profiter un maximum de personnes et de pays, ainsi que l’a déclaré récemment le Directeur général du BIT au 17e Congrès mondial de la Confédération internationale des syndicats libres (CISL)[3]:
La mondialisation telle que nous la connaissons aujourd’hui ne survivra pas si elle ne profite pas à plus de monde. Elle n’a pas encore réussi le test de la légitimité sociale. […] La forme qu’a prise la mondialisation est aussi le résultat de politiques qui peuvent être changées. Si le modèle actuel de la mondialisation ne change pas, il disparaîtra. Notre tâche commune consiste à modeler la façon dont les choses évoluent pour que le pouvoir et le potentiel du marché mondial, de l’économie de la connaissance et de la société des réseaux se fassent sentir dans toutes les nations, tous les villages et tous les ménages … La mondialisation ne durera que si elle permet d’offrir un travail décent à tous.
La présente réunion fait partie du Programme des activités sectorielles du BIT, qui vise à faciliter l’échange d’informations entre les mandants sur l’évolution, sur les plans social et du travail, dans certains secteurs économiques, complété par des recherches pragmatiques sur des questions sectorielles d’actualité. Le moyen habituel de réaliser cet objectif est la tenue de réunions sectorielles tripartites internationales destinées à permettre l’échange de vues et de données d’expérience avec pour finalité: de favoriser une meilleure perception des questions et des problèmes relatifs à des secteurs déterminés; de promouvoir un consensus tripartite international sur les préoccupations sectorielles et de fournir une orientation concernant les politiques et les mesures à adopter aux niveaux national et international pour traiter les questions et les problèmes s’y rattachant; de promouvoir l’harmonisation de toutes les activités sectorielles de l’OIT et de servir de point de convergence entre le Bureau et les mandants; enfin, de fournir aux mandants de l’OIT les conseils techniques, l’assistance pratique et le soutien concret nécessaires pour faciliter l’application des normes internationales du travail.
La réunion a été inscrite au programme des réunions sectorielles pour 2000-01 à la 273e session (novembre 1998) du Conseil d’administration. C’est aussi à cette session que le thème de la réunion a été défini de façon à refléter l’importance de la mondialisation en tant que cadre dans lequel il faut de plus en plus replacer les questions de «durabilité» et de «modernisation» de l’agriculture. Les gouvernements des 26 pays suivants ont été invités à envoyer des représentants: Afrique du Sud, Bangladesh, Bénin, Brésil, Bulgarie, Chili, Chine, Costa Rica, Danemark, Egypte, El Salvador, Equateur, Ethiopie, Ghana, Honduras, Inde, République islamique d’Iran, Kenya, Malaisie, Mexique, Nigéria, Ouganda, Philippines, Sri Lanka, République tchèque et Viet Nam. Une liste de réserve a été dressée par région pour le cas où l’un de ces gouvernements ne pourrait pas participer à la réunion. En outre, 26 représentants des employeurs et 26 représentants des travailleurs devaient être désignés après consultation avec les groupes respectifs du Conseil d’administration. Ces représentants ne devaient pas nécessairement venir des pays ci-dessus.
Le but de la réunion, tel qu’il a été défini par le Conseil d’administration, est le suivant:
Un échange de vues sur le secteur agricole au XXIe siècle, sur sa contribution à l’emploi, ses revenus et ses perspectives de gains de productivité […]; l’adoption de conclusions comprenant les propositions d’action avancées par les gouvernements et les organisations d’employeurs et de travailleurs au niveau national, et par l’OIT; l’adoption […] d’un rapport sur les débats.
Le présent rapport s’articule autour de quelques thèmes. Le chapitre 1 plante le décor en définissant les grands axes: mondialisation, durabilité et modernisation. La mondialisation est vue sous l’angle du changement de rôle des Etats et des marchés, du rôle traditionnel de l’agriculture dans le développement et de la modification de la structure de l’emploi qui accompagne le développement. La durabilité du développement agricole et de l’emploi dans l’agriculture et la modernisation de ce secteur sont vues sous l’angle de l’augmentation du niveau de productivité, de la diversification de la base d’exportations et de la modification du régime foncier, indispensables à cet égard (les aspects les plus récents de la modernisation, à savoir la pression sociale en faveur d’une amélioration des pratiques de travail, font l’objet de la quatrième partie). Le chapitre 2 est consacré à la performance du secteur agricole au cours des dernières décennies, l’accent étant mis sur la contribution de l’agriculture à l’amélioration du niveau de vie et à la transformation des économies. C’est dans ce chapitre que sont abordés les questions de salaires et le thème de la pauvreté. Le chapitre 3 examine de plus près les grandes questions macroéconomiques de l’agriculture, à savoir les prix et les subventions, les prix des produits de base et les termes de l’échange, ainsi que le rôle des activités rurales non agricoles, tandis que le chapitre 4 évoque les questions sociales dont les gouvernements et les agriculteurs doivent de plus en plus tenir compte en raison des changements d’attitude intervenus au niveau international par rapport aux conditions de travail, le travail des enfants, les questions d’égalité entre hommes et femmes, les initiatives volontaires privées, la sécurité et la santé au travail et les modifications génétiques. Si plusieurs de ces questions ont toujours été associées au secteur agricole, certaines sont nouvelles (c’est le cas des initiatives volontaires et du génie génétique), et même pour les premières (travail des enfants, égalité entre hommes et femmes, sécurité et santé des travailleurs) des pressions sont exercées de tous côtés sur les gouvernements pour les amener à changer les choses, souvent en réponse aux mouvements de défense des consommateurs. Pour ce qui est des questions sociales, l’inclusion de la question du génie génétique doit être justifiée, car cette question ne fait pas partie, de prime abord, des domaines de compétence de l’OIT. On notera toutefois que le génie génétique peut modifier les tendances de l’emploi, et donc les revenus des agriculteurs, et que c’est en outre une question qui figurera de plus en plus dans tous les débats sur le secteur agricole. Dans le chapitre 5, on trouvera les conclusions de la réunion, et dans le chapitre 6 un résumé et les points suggérés pour la discussion.
Un mot sur les données utilisées: la plupart de ces données sont tirées des annuaires et des bases de données de certaines organisations internationales, comme l’OIT, la FAO, le FIDA, le FMI, la CNUCED, le PNUD, la Banque mondiale et l’OMC. La source est toujours clairement indiquée et l’organisation en question est remerciée ici, de même que l’UITA pour les documents qu’elle a fournis. La plupart des données se rapportent à l’année la plus récente pour laquelle des données sont disponibles. Les enquêtes sur l’emploi et la main-d’œuvre n’étant faites que de manière sporadique, ces données se rapportent généralement à l’année 1997. En outre, il y a souvent des différences entre les données des différents annuaires, et entre ces dernières et les données provenant de sources nationales. Ces inconvénients sont inévitables et ne portent généralement pas à conséquence ici.
Le présent rapport est publié sous l’autorité du Bureau international du Travail et a été rédigé par Vali Jamal, spécialiste du secteur rural au Département des activités sectorielles.
Le commerce international et les investissements directs ne sont pas une chose nouvelle: en 1890 déjà, les exportations de produits représentaient 15 pour cent du produit intérieur brut (PIB) de l’Europe occidentale (près de 25 pour cent aujourd’hui) et 6 pour cent du PIB des Etats-Unis (8 à 10 pour cent aujourd’hui); de même, les investissements étrangers directs atteignaient 14 milliards de dollars des Etats-Unis quand la première guerre mondiale a éclaté[4].
L’élément nouveau est le contexte dans lequel la mondialisation actuelle se produit. Deux aspects sont particulièrement importants: l’évolution idéologique au niveau mondial et le développement de nouvelles technologies de l’information et des communications. Les années soixante-dix et quatre-vingt ont été marquées par un infléchissement des politiques nationales dans le sens d’une libéralisation économique, l’Etat se retirant peu à peu de la gestion économique et ouvrant davantage l’économie au commerce et aux investissements internationaux. Les droits de douane applicables aux nations les plus favorisées dans les pays en développement sont passés de 34 pour cent au milieu des années quatre-vingt à 20 pour cent en 1998 et devraient tomber à 14 pour cent conformément aux négociations d’Uruguay[5]. Partout où ils existaient, les obstacles aux investissements étrangers ont été levés. Les groupements régionaux (comme l’ANASE, l’APEC, le MERCOSUR, la Communauté de l’Afrique orientale, l’ALENA) ont accentué ces tendances. Le développement de la technologie numérique (Internet, téléphonie mobile, télécopie) et la baisse spectaculaire des prix (voir encadré 1) ont contribué au développement du commerce et des investissements, notamment sous la forme de la production transfrontières d’entreprises multinationales (implantées dans plusieurs pays) et de leurs réseaux de filiales et d’entreprises associées. Les entreprises multinationales contrôlent aujourd’hui un cinquième du PIB industriel mondial, et un tiers du commerce mondial est le fait d’usines d’entreprises multinationales réparties partout dans le monde[6].
Il est possible de cerner trois mécanismes de diffusion des effets de la mondialisation: le commerce, les investissements étrangers et la transmission de nouvelles idées. Le commerce international a progressé de manière particulièrement rapide pour les produits manufacturés, conformément à l’évolution de la demande, mais les modifications prévues dans l’accord conclu à l’issue des négociations d’Uruguay pourraient être lourdes de conséquences pour le commerce des produits agricoles également. Dans le cadre de cet accord, les droits
de douane sur les produits agricoles doivent être sensiblement réduits par rapport à leur niveau actuel qui est encore de 40 pour cent, et les subventions à l’exportation (essentiellement le fait des pays développés) devaient être réduites d’un tiers en 2000 par rapport à leur niveau de 1986-87. Le deuxième engagement a été tenu mais pas le premier. On estime que, lorsque toutes ces mesures auront été mises en œuvre, le commerce des produits agricoles pourrait progresser de 50 pour cent, apportant 160 milliards de dollars des Etats-Unis supplémentaires à l’économie mondiale[7]. Les prix des produits alimentaires pourraient, quant à eux, augmenter de 5 pour cent en dix ans. Il sera encore plus nécessaire d’améliorer la productivité de l’agriculture dans les pays en développement pour leur permettre de faire face à la concurrence, tandis que les pays importateurs nets de denrées alimentaires – notamment en Afrique subsaharienne – seront confrontés à une augmentation des prix à la consommation. Les pays compétitifs profiteront de la réduction générale des subventions. Ces changements ne se produiront pas du jour au lendemain et tous les pays auront donc le temps de procéder aux ajustements nécessaires.
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Encadré 1
L’ordinateur personnel, élément de la vie quotidienne aujourd’hui, est le fruit d’un inventeur qui travaillait dans son garage près de Stanford, en Californie, au début des années soixante-dix. La Toile d’araignée mondiale (Internet) a vu le jour en 1990, suivie de la distribution gratuite de Netscape en 1994. Le téléphone mobile, pratiquement inconnu au début des années quatre-vingt-dix, était omniprésent à la fin de la décennie. L’interaction de ces trois inventions va guider la «nouvelle économie» au cours des prochaines décennies. Le coût de ces nouvelles technologies, ainsi que des anciennes, baisse en permanence (voir figure ci-dessous): le coût du transport aérien a reculé de 84 pour cent entre 1930 et 1990, celui des appels téléphoniques longue distance de 99 pour cent et celui des ordinateurs de 95 pour cent entre 1970 et 1990. Coût en termes réels |
Les investissements étrangers directs ont déjà eu des répercussions sur l’agriculture des pays en développement, avec l’introduction de nouveaux produits destinés à l’exportation. Ainsi, la floriculture, en forte progression depuis vingt ans, doit beaucoup aux investissements transnationaux qui ont pris la forme de transferts de capitaux, de technologie et de personnel qualifié en provenance des pays développés. On peut s’attendre à de nouveaux phénomènes semblables. Ainsi, les chaînes internationales de supermarchés pourraient exiger que leurs fournisseurs remplissent des conditions strictes en matière de qualité, ce qui pourrait même entraîner un investissement direct des entreprises multinationales dans le secteur agricole. Si ces investissements se produisent trop rapidement, ils pourraient avoir des répercussions négatives sur les petits agriculteurs des pays en développement qui constituent la majorité de la main-d’œuvre mondiale. La vigilance est donc de mise.
Le rythme rapide de la mondialisation fait planer un véritable danger sur le secteur agricole. L’inquiétude est due à trois facteurs: i) le fait qu’un petit nombre d’entreprises multinationales dominent le commerce des produits alimentaires; ii) les écarts technologiques importants entre pays riches et pays pauvres; iii) le rôle de l’agriculture comme principal employeur dans les pays pauvres. L’implantation des entreprises multinationales dans les pays en développement va se renforcer car ces entreprises ne manqueront pas de profiter du climat de libéralisation qui prévaut. Les petits agriculteurs pourraient être les victimes de ce processus. De plus, les entreprises étrangères du secteur agricole pourraient tenter d’utiliser la technologie qui leur est familière, ce qui pourrait entraîner d’importantes réductions d’effectifs dans le secteur. Un phénomène semblable s’est déjà produit dans le secteur «moderne» avec l’élimination des petites entreprises à cause de l’IED, mais, alors que beaucoup des travailleurs urbains licenciés ont pu trouver un emploi dans les secteurs d’activité dynamiques, il ne faut pas en espérer autant dans le cas de l’agriculture, compte tenu de l’ampleur de la tâche. En effet, étant entendu que le secteur agricole emploie les trois quarts de la population active, comme c’est encore le cas dans de nombreux pays, un recul de 10 pour cent seulement de l’emploi dans ce secteur suppose une augmentation de 30 pour cent de l’emploi dans le secteur moderne. Il faut donc faire preuve de vigilance et modifier comme il convient les politiques. Ainsi que le Directeur général du BIT l’a souligné dans le discours déjà cité qu’il a prononcé devant le Congrès mondial de la CISL: «On entend beaucoup dire que la mondialisation ne peut être changée… Il faut dénoncer comme un mensonge l’idée qu’il n’y a rien d’autre à faire que de s’accommoder de la mondialisation. C’est absolument faux[8].» Dans le secteur agricole plus que nulle part ailleurs, les pays doivent intervenir, dicter le rythme de la mondialisation et indiquer son orientation.
Le troisième mécanisme de diffusion des effets de la mondialisation – la transmission des idées – pourrait être le plus important. Les pratiques de travail sont appelées à évoluer sous la pression des consommateurs et des groupes d’intérêts. Le travail des enfants, l’égalité entre hommes et femmes ainsi que la santé et la sécurité au travail font partie des domaines dans lesquels on cherche à introduire des changements. Pour l’OIT, il s’agit de sujets de préoccupation permanents qui sont examinés de manière détaillée dans le chapitre 4 du présent rapport.
La mondialisation est allée de pair avec la libéralisation, dont les manifestations extérieures étaient, comme indiqué plus haut, le démantèlement des obstacles au commerce, à l’IED et aux flux de capitaux; les manifestations internes comme le retrait de l’Etat de la gestion économique ont été tout aussi saisissantes, avec des conséquences importantes pour l’agriculture.
L’immixtion de l’Etat dans l’économie est partout allée croissant tout au long du XXe siècle, d’une part, parce que chacun était convaincu que seul l’Etat pouvait stimuler la croissance et le développement industriel et, d’autre part, parce qu’il fallait renflouer l’économie après des dépressions périodiques. Il semblait pour cela impératif de contrôler les leviers de commande de l’économie. Cette tendance a été renforcée par le fait que les preuves que les marchés n’étaient pas capables d’assurer l’équité s’accumulaient. Le test a été la révolution russe; l’expérience s’est répétée à divers degrés dans les pays nouvellement indépendants d’Asie et d’Afrique où les gouvernements, tout en encourageant la croissance et l’équité, s’efforçaient également de casser le schéma économique antérieur qui consistait à approvisionner les pays colonisateurs en produits primaires. La Grande Dépression des années trente a entraîné l’Etat à investir dans les infrastructures et dans des programmes sociaux afin de créer un effet multiplicateur et de mettre un terme au chômage généralisé tout en mettant en place un filet de sécurité pour les chômeurs. Ces conditions ont justifié durablement l’implication de l’Etat dans l’économie au nom de l’équité par le biais de paiements de transfert et de subventions, qui constituent l’attirail de l’Etat-providence moderne. Aujourd’hui, les dépenses gouvernementales par rapport au PIB restent supérieures à 45 pour cent en moyenne dans les pays de l’OCDE alors qu’elles sont inférieures de moitié aux Etats-Unis, et encore en deçà en Afrique subsaharienne.
Partout, les gouvernements cherchent comment réduire ces dépenses et la solution la plus fréquente consiste à confier au marché les fonctions jusqu’à présent assumées par le gouvernement en privatisant les entreprises publiques, de même que les secteurs de la santé et de l’éducation. Cette méthode est rarement controversée s’agissant des entreprises publiques car celles-ci, particulièrement importantes dans les pays à faible revenu, sont généralement considérées comme inefficaces et grevant le budget, au détriment de dépenses consacrées à des causes sociales valables; cependant, malgré la récente vague de désengagements, ces entreprises restent importantes sur tous les continents en développement (voir encadré 2). En revanche, des conflits éclatent lorsque l’Etat tente de réduire les dépenses qu’il consacre aux questions sociales, essentiellement dans les domaines de la santé et de l’éducation. La privatisation, qui est la solution la plus courante, laisse les groupes vulnérables exposés aux aléas des marchés.
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Encadré 2
Les entreprises publiques sont des entités de production ou de services appartenant au gouvernement ou contrôlées par celui-ci. Les activités du secteur public comme l’éducation, la santé, la construction et l’entretien des routes sont exclues de cette définition. En Zambie, les entreprises publiques contrôlaient, en 1985-1990, 32 pour cent du PIB – un chiffre record. Une proportion de 10 pour cent était courante à l’époque dans de nombreux pays; la moyenne aujourd’hui serait de 7 à 8 pour cent. La figure ci-dessous montre qu’il y a eu peu de changements, voire aucun, en Inde et au Zimbabwe, au cours des périodes 1985-1990 et 1990-1995, puisque ce chiffre est resté supérieur à 10 pour cent. Les entreprises publiques en pourcentage du PIB |
Quelle était la position de l’agriculture dans ce modèle de développement et quel est son rôle nouveau dans le contexte de la mondialisation? D’après des théories économiques reconnues, l’agriculture jouait un rôle passif dans le développement économique en fournissant un excédent qui assurait la croissance du secteur industriel. Cet excédent prenait diverses formes: main-d’œuvre supplémentaire libérée du secteur rural pour travailler dans le secteur industriel; produits alimentaires destinés à nourrir la population urbaine et produits agricoles servant d’intrants dans l’industrie et de produits d’exportation pour engendrer des devises. Le secteur rural était également un marché pour les produits manufacturés[9].
Le transfert de l’excédent du secteur rural vers le reste de l’économie peut se faire de diverses manières: travail forcé, expropriation des terres, fiscalité, marges des offices de commercialisation et transferts liés aux termes de l’échange dans lesquels les prix relatifs sont biaisés en faveur des produits non agricoles, souvent en maintenant des taux de change surévalués. Un prélèvement excessif sur l’excédent peut décourager d’augmenter la production agricole. A la fin des années soixante-dix et dans les années quatre-vingt, un tel prélèvement excessif, associé à des organismes de commercialisation inefficaces ou corrompus, à des taux de change surévalués et à des politiques de fixation des prix faussées, a été considéré comme une cause de la crise agricole dans de nombreuses régions du monde. La crise a été exacerbée par un déficit d’intrants agricoles et de biens de consommation susceptibles d’être échangés contre des produits agricoles. La production officiellement commercialisée dans les pays d’Afrique subsaharienne a reculé. La baisse des prix internationaux a aggravé la crise. Cette expérience, de même que celle de nombreux nouveaux pays industriels, a souligné l’importance de l’agriculture, non seulement comme créateur passif d’excédents pour la croissance industrielle, mais aussi comme fournisseur des moyens de subsistance de 50 à 70 pour cent de la population mondiale toujours agricole et comme filet de sécurité pour la population urbaine confrontée aux crises économiques[10]. La crise financière asiatique de 1997-98 a souligné le rôle de l’agriculture à cet égard (voir encadré 3).
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Encadré 3
La récente crise financière asiatique a souligné l’imporance de l’alimentation. En Indonésie, les prix des produits alimentaires ont augmenté de plus de 70 pour cent en 1998, soit un chiffre bien supérieur au taux général de l’inflation. Si El Niño a joué un rôle dans ce phénomène, il faut l’imputer avant tout à l’augmentation des prix des intrants liée à la dévaluation. La production de riz a reculé de 4 millions de tonnes et les importations ont atteint des niveaux sans précédent puisqu’elles représentaient 20 pour cent du commerce mondial. Le gouvernement a réagi en distribuant du riz, dans des proportions correspondant à 20 pour cent des besoins caloriques journaliers, à 17 millions de familles déshéritées, soit environ 85 millions de personnes, à un tiers du prix du marché. Il a également renforcé les programmes d’alimentation scolaires pour 8,2 millions d’enfants dans des villages pauvres. En revanche, en Thaïlande, le secteur agricole dynamique a aidé à atténuer la crise non seulement en continuant à approvisionner les zones urbaines, mais aussi en offrant un emploi aux travailleurs licenciés des usines. Sources: FAO: «Impact de la récente instabilité financière mondiale et le changement des priorités dans la région de l’Asie et du Pacifique», présentation faite à des représentants permanents de la FAO, Rome, 27 nov. 1998, sur le site http://www.fao.org/WAICENT/FAOINFO/ECONOMIC/esd/finance/finance.htm. Voir également Eddy Lee: La crise financière asiatique: les enjeux d’une politique sociale (Genève, BIT, 1998). |
Le rôle de production d’excédents du secteur agricole demeure une constante dans tous les types d’économie et à toutes les époques. Cet excédent alimente un secteur industriel qui commence à connaître une croissance plus rapide que celle de l’agriculture avec, par conséquent, un déclin relatif du secteur agricole. La loi d’Engel montre l’évolution de la répartition des dépenses à mesure de l’enrichissement – plus faible proportion du revenu consacrée à l’alimentation, à l’habillement et aux autres produits de base en faveur des produits manufacturés et des services – et explique ces relations.
Le recul de l’agriculture avec le développement apparaît de manière particulièrement frappante dans l’évolution de la structure de l’emploi. Ce phénomène est présenté à la figure 1 avec un échantillon de pays, et dans les figures 2a et 2b avec des séries temporelles en Malaisie. A Madagascar (figure 1) – qui, avec un revenu par habitant de 250 dollars des Etats-Unis en 1997, figurait parmi les dix pays les plus pauvres au monde –, près de 80 pour cent de la main-d’œuvre appartenaient au secteur agricole au milieu des années quatre-vingt-dix (dernières données disponibles); ce chiffre est de 67 pour cent en Inde, 17 pour cent en Malaisie et 3 pour cent aux Etats-Unis et dans la majorité des pays de l’OCDE. Par contraste, la part de l’industrie progresse, passant de 15 pour cent environ pour les pays à faible revenu à 25-35 pour cent pour les pays développés, par exemple 31 pour cent en République de Corée et 24 pour cent aux Etats-Unis. Elle se situe entre 25 et 35 pour cent pour la majorité de ces pays, ce qui implique qu’à mesure qu’elle se développe l’économie est de plus en plus axée sur les services et de moins en moins sur le secteur manufacturé.
Figure 1. Répartition de la main-d’œuvre vers 1997

Les chiffres se rapportant à la Malaisie montrent l’évolution spectaculaire de la structure de la main-d’œuvre en vingt-cinq ans à partir de 1970, et illustrent les transformations qui devraient être attendues dans tout pays en développement. Au début de cette période, la majorité des travailleurs étaient employés dans le secteur agricole (figure 2a), alors qu’en 1995 cette proportion était tombée en dessous de 20 pour cent. La part de l’industrie est passée de 13 à 34 pour cent au cours de la même période et celle des services de 33 à 49 pour cent. La figure 2b en termes absolus montre ces tendances de manière encore plus frappante. La main-d’œuvre agricole de la Malaisie a commencé à diminuer de manière absolue à partir de 1965, montrant que toute la croissance de l’emploi s’est produite en zone urbaine. En 1995, le nombre des personnes employées dans des exploitations agricoles avait reculé de 25 pour cent par rapport à 1970. Le secteur manufacturé et celui des services ont non seulement absorbé avec succès les travailleurs ayant perdu leur emploi dans l’agriculture mais ont en outre créé 1,5 million et 3,1 millions d’emplois respectivement. Comme le montre la partie inférieure de la figure, les emplois urbains créés étaient en majorité des emplois salariés, si bien que les emplois non salariés qui correspondent aux emplois du secteur informel ne représentaient plus que 25 pour cent des emplois urbains en 1995, contre 40 pour cent en 1970. Le nombre des emplois non salariés a reculé, même en termes absolus, après 1988. Ainsi, la Malaisie est parvenue à créer de manière spectaculaire un secteur d’emploi «moderne», en transformant son économie d’une économie agricole à une économie d’industrie et de services, et en passant d’une économie urbaine essentiellement informelle à une économie presque entièrement structurée.
Figure 2a. Malaisie: structure de l’emploi, 1970-1995

Figure 2b. Malaisie: tendances de l’emploi, 1970-1995

L’évolution vers l’emploi salarié, illustrée par la Malaisie, est une caractéristique importante du processus de modernisation. Deux forces sont en présence: 1) le déclin de l’agriculture et de ses exploitations à vocation familiale; 2) le recul des petites entreprises familiales des autres secteurs. Les pays d’Afrique subsaharienne en sont encore à un stade précoce d’économie monétisée: en Ouganda, par exemple, 13,7 pour cent seulement de la main-d’œuvre avaient un emploi salarié en 1994 (dernière année disponible; voir tableau 1), les autres travailleurs étant soit des travailleurs indépendants, soit des travailleurs familiaux. Les chiffres correspondants étaient de 34 pour cent pour le Pakistan, 50 à 70 pour cent pour la majorité des pays d’Amérique latine et 90 pour cent pour les Etats-Unis et l’Europe occidentale. La corrélation avec le revenu par habitant apparaît clairement du fait que les pays du tableau 1 sont classés par ordre croissant. Comme le montre le tableau, Sri Lanka a également connu une transformation structurelle rapide puisque le pourcentage de main-d’œuvre ayant un emploi salarié est passé de 50 à 60 pour cent entre 1990 et 1996[11].
Tableau 1. Pourcentage de la main-d’œuvre ayant un emploi salarié
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Bangladesh, 1996 |
12,4 |
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Ouganda, 1994 |
13,7 |
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Pakistan, 1996 |
34,1 |
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Sri Lanka, 1990 |
49,8 |
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Sri Lanka, 1996 |
59,9 |
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Venezuela, 1993 |
61,8 |
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Chili, 1997 |
71,3 |
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Japon, 1997 |
82,2 |
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Etats-Unis, 1997 |
91,8 |
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Source: BIT: Key Indicators of the Labour Market 1999, op. cit., tableau 3. | |
Outre la «mondialisation» et la «modernisation», le «développement agricole durable», élargi à «l’agriculture et le développement rural durables» (ADRD), est l’un des thèmes fondamentaux du présent rapport. Le concept a été exposé pour la première fois dans le cadre d’Action 21, adopté par le Sommet «Planète terre» (Conférence des Nations Unies sur l’environnement et le développement (CNUED)) à Rio de Janeiro en 1992 et examiné de manière approfondie à la huitième session de la Commission du développement durable en avril-mai 2000. L’objectif général de l’ADRD est d’assurer un accroissement durable de la production vivrière et de la sécurité alimentaire. L’emploi, la création de revenus et l’équité, objectifs que l’OIT a pour mission de réaliser, sont au cœur même de l’ADRD (voir encadrés 4 et 5), le but essentiel étant «l’emploi durable», eu égard aux bénéfices qu’en retire la main-d’œuvre et aux bienfaits pour la sécurité et la santé des travailleurs. L’ADRD engage instamment toutes les parties intéressées – agriculteurs, travailleurs, employeurs, gouvernements, ONG – à s’attacher à préserver les ressources naturelles de la planète pour que l’agriculture, la foresterie et la pêche contribuent à répondre aux besoins essentiels non seulement de la génération actuelle, mais aussi des générations futures[12]. Bien qu’il n’existe pas de définition à proprement parler, les divers éléments qui différencient «l’agriculture durable» de «l’agriculture» sont désormais bien connus (voir encadré 5): premièrement, la notion d’entretien des ressources terrestres pour les générations présentes et futures; deuxièmement, l’adoption à l’échelon local de pratiques agricoles unifiées; troisièmement, la représentation des agriculteurs et des ouvriers agricoles (y compris les salariés) à tous les niveaux de la prise de décision; quatrièmement, un accès plus équitable aux ressources et aux denrées alimentaires. Le concept d’ADRD est encore précisé par la notion connexe de «caractère multifonctionnel de l’agriculture et des terres» (CMFAT), compte tenu du large éventail des fonctions écologiques, économiques et sociales que remplit l’agriculture, outre sa fonction première qui est de produire des aliments, des fibres et du combustible. Le CMFAT met en lumière les liens et les rapports d’interdépendance que peuvent avoir les activités rurales qui contribuent au développement rural durable. Quatre éléments sont essentiels:
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La notion d’«agriculture et développement rural durables» (ADRD) a acquis droit de cité à la Conférence des Nations Unies sur l’environnement et le développement (Sommet «Planète terre») qui a eu lieu en 1992 à Rio de Janeiro. Comme il est indiqué au chapitre 14 d’Action 21: L’objectif essentiel de l’ADRD est d’assurer un accroissement soutenu de la production alimentaire et d’améliorer la sécurité alimentaire. Pour ce faire, il faudra organiser des activités d’éducation, adopter des mesures d’incitation économique et promouvoir des technologies nouvelles appropriées de manière à garantir une offre stable de denrées alimentaires d’une valeur nutritive adéquate, auxquelles les groupes vulnérables auront accès et permettant une production commerciale; créer des emplois et des revenus pour réduire la pauvreté; gérer les ressources naturelles et protéger l’environnement. Parmi les 12 domaines d’activités mentionnés au chapitre 14, trois ont plus particulièrement trait au présent rapport et aux préoccupations de l’OIT: a) examen, planification et programmation intégrée des politiques agricoles, compte tenu du caractère multifonctionnel de l’agriculture et, en particulier, de son importance pour la sécurité alimentaire et un développement durable; b) participation de la population et mise en valeur des ressources humaines pour une agriculture viable; c) amélioration de la production et des systèmes d’exploitation agricoles par la diversification de l’emploi agricole et non agricole et le développement de l’infrastructure. Le chapitre 19 porte sur les questions de sécurité et de santé au travail et présente pour les activités de l’OIT un intérêt sur lequel il est inutile d’insister. |
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Encadré 5
A sa huitième session qui s’est achevée récemment (avril-mai 2000), la Commission du développement durable a procédé à un large débat sur l’agriculture durable. L’une des questions abordées était celle de savoir comment établir une distinction entre «agriculture durable» et «agriculture». Parmi les facteurs proposés, on peut citer: l’utilisation judicieuse des ressources disponibles pour répondre aux besoins de la population en matière d’énergie, d’aliments et de fibres (facteur proposé par les entreprises); une production en harmonie, aux niveaux écologique, économique et social, avec l’environnement (agriculteurs); des pratiques agricoles qui soient écologiquement viables (un gouvernement); des pratiques agricoles qui soient socialement équitables et rationnelles aux niveaux écologique et culturel (ONG et populations autochtones). Les syndicats ont déclaré que, dans le fond, l’agriculture traditionnelle n’était pas écologiquement viable et, bien qu’elle soit favorisée pour lutter contre la faim, que le problème résidait davantage dans la mauvaise distribution des denrées alimentaires et l’accès inégal à ces produits que dans la productivité. Les parties prenantes se sont entendues sur la nécessité de poursuivre le débat et de partager les informations sur les «meilleures pratiques [durables]» dans les différentes régions du monde compte tenu des différentes dotations en ressources. Source: Commission du développement durable (ONU), huitième session: résumé du président, op. cit., paragr. 21 et 22. |
Les pratiques agricoles durables englobent notamment l’utilisation de nutriments organiques et biologiques, la rotation des cultures, la lutte intégrée contre les ennemis des cultures[13] et un accroissement de la diversité biologique. Les pratiques durables ne sont pas seulement respectueuses de l’environnement mais permettent également d’obtenir des rendements plus élevés[14]. Il est nécessaire d’introduire des changements dans les politiques gouvernementales, les institutions économiques et les valeurs sociales pour être en mesure de promouvoir des politiques intégrées concernant l’hygiène du milieu, la rentabilité économique et l’équité sociale. Des solutions faisant appel aux mécanismes du marché pourraient être un moyen d’aider les agriculteurs à opérer leurs choix quant à une gestion durable des ressources. Des prix à la frontière pourraient servir à supprimer les préjugés défavorables aux pratiques agricoles durables. La décentralisation et la participation communautaire à la conservation des ressources seraient déterminantes pour encourager et promouvoir l’agriculture durable. L’agriculture biologique fait partie intégrante de l’agriculture durable. Toutefois, ce ne peut être qu’un objectif à long terme, étant donné les faibles quantités de matières organiques naturelles initialement disponibles pour le recyclage dans certains pays (encadré 6). L’important c’est que l’on s’achemine progressivement vers l’agriculture biologique et l’agriculture durable dans les pays industriels comme dans les pays en développement.
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Encadré 6
L’agriculture biologique suppose une condition préalable: la disponibilité en quantité suffisante de matières organiques pour le recyclage, faute de quoi l’agriculture biologique ne peut être considérée comme une solution immédiate aux pénuries alimentaires en Afrique. «Pour cela», affirme M. Gordon Conway, président de la Fondation Rockefeller, écologiste influent et expert en agriculture, «il faut des matières organiques à mettre dans le sol. Pour l’heure, le rendement des cultures [en Afrique] est bien trop faible pour fournir en grande quantité des tiges pouvant être réutilisées. Le bétail [en Afrique] n’est pas en très bon état et produit du fumier de qualité médiocre – dont la majeure partie est brûlée pour la production de combustible. Dans quinze ans peut-être, [l’Afrique] pourra s’offrir le luxe de l’agriculture biologique, mais uniquement si, dans un premier temps, une grande quantité d’azote est ajoutée au sol avec des engrais inorganiques en sacs.» Cette idée a été reprise à l’occasion du large dialogue qui a eu lieu à la huitième session de la Commission du développement durable: Certains ont signalé que de nombreux pays ne disposent pas d’un volume suffisant de matières organiques pour que l’agriculture biologique devienne la base exclusive de la production agricole. D’autres ont noté que les apports organiques et inorganiques pourraient être adaptés à des conditions locales diverses. Des exemples ont été donnés concernant les avantages et les inconvénients des apports industriels aux procédés agricoles; certains ont mis en avant leur efficacité, tandis que d’autres ont attiré l’attention sur les baisses de rendement provenant avec le temps d’une agriculture à forte consommation d’intrants. Source: Sunday Telegraph (Londres), 27 fév. 2000; et Commission du développement durable (ONU), huitième session: résumé du président, op. cit., paragr. 12. |
Les consommateurs pourraient jouer un rôle décisif dans la création d’un système alimentaire durable. La tâche consiste maintenant à mettre en œuvre des stratégies novatrices telles que des initiatives volontaires privées qui élargiraient les perspectives des consommateurs, de sorte que les préoccupations au sujet de la qualité de l’environnement, de l’utilisation des ressources et de l’équité sociale entrent en ligne de compte en même temps que les prix dans leur décision d’achat. Parallèlement, des mesures doivent être prises pour permettre aux producteurs qui ont adopté des pratiques durables de vendre leurs produits à un public plus large.
Le concept de «travail décent» actuellement soutenu par l’OIT, qui englobe toutes les catégories de travailleurs – salariés et travailleurs indépendants – et toutes les questions liées à l’emploi – la rémunération comme les conditions de travail et la représentation des travailleurs –, constitue aussi bien le but de la réalisation d’une agriculture durable que le moyen d’y parvenir, l’accent devant être mis sur la durabilité de l’emploi, des niveaux de vie et du bien-être. L’agriculture durable pourrait contribuer à la poursuite de ces objectifs en faisant en sorte que tous les travailleurs ruraux (voir encadré 7) suivent des pratiques saines qui feront augmenter les rendements non seulement maintenant mais pour les générations à venir. A cet égard, les salariés agricoles, qui représentent 40 pour cent de la main-d’œuvre dans les exploitations et les plantations, auraient un rôle particulièrement important à jouer. Les salaires et les conditions de travail dans l’agriculture sont en général inférieurs à ceux qui sont habituellement accordés dans d’autres secteurs. Cela étant, les salariés agricoles sont souvent un groupe négligé, en partie du fait qu’étant largement dispersés ils ne sont ni syndiqués ni représentés, ce qui peut faire gravement obstacle au développement agricole, et en particulier au développement durable, car les salariés exclus risquent de n’attacher aucune importance à la terre qu’ils travaillent. Le meilleur remède est l’acceptation au niveau international des normes fondamentales du travail de l’OIT, qui portent principalement sur la reconnaissance de la liberté d’association et du droit de négociation collective des travailleurs et sur l’élimination de la discrimination en matière d’emploi et de profession, ainsi que du travail forcé ou obligatoire et du travail des enfants. Les normes du travail applicables aux travailleurs agricoles sont énumérées dans l’annexe.
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Encadré 7
Les travailleurs agricoles appartiennent à la main-d’œuvre rurale au sens large. La convention (no 141) sur les organisations de travailleurs ruraux, 1975, et d’autres instruments de l’OIT définissent les travailleurs ruraux comme:
En résumé, les travailleurs ruraux considérés dans le présent rapport sont les hommes et les femmes (et souvent, malheureusement, les enfants) qui produisent des récoltes, élèvent du bétail et produisent des biens et des services non agricoles dans les régions rurales. Les pêcheurs ne sont pas inclus ici. |
L’agriculture durable a des liens évidents avec la sécurité et la santé des travailleurs. Le programme de l’OIT sur la sécurité et la santé dans l’agriculture met en avant la notion d’agriculture durable du point de vue de la protection des travailleurs agricoles. La réalisation de cet objectif passe par la promotion des normes fondamentales du travail, l’élimination de la pauvreté, l’accès à un emploi décent, la participation des employeurs et des travailleurs à la prévention des risques professionnels, l’amélioration des conditions de travail et la protection de l’environnement contre l’impact des activités exécutées sur le lieu de travail. L’OIT s’emploie activement à mettre en application les recommandations formulées par le Sommet «Planète terre» et figurant au chapitre 19 d’Action 21, concernant la gestion écologiquement rationnelle des produits chimiques toxiques. La contribution de l’OIT à l’agriculture durable a été expressément confirmée à la huitième session de la Commission du développement durable lorsque «les participants ont préconisé […] un appui de la Commission du développement durable aux règles internationales qui intègrent les normes fondamentales du travail telles qu’énoncées dans les instruments pertinents de l’OIT»[15].
La «modernisation» de l’agriculture comprend au moins quatre dimensions: i) l’augmentation de la productivité par le recours à de meilleures techniques; ii) la diversification par le biais de l’introduction de cultures d’exportation dynamiques; iii) l’adoption de modes de faire-valoir plus durables; iv) l’adoption des normes du travail fondamentales de l’OIT en tant que composante du développement durable. Les trois premières questions sont abordées dans la présente section et la dernière est traitée dans le chapitre 4 du rapport.
L’agriculture dispose maintenant de toute une gamme de techniques allant des machines les plus simples au génie génétique, en passant par les intrants chimiques, l’irrigation et le contrôle des intrants par ordinateur. Les dernières innovations, déjà bien implantées dans les pays développés (voir encadré 8), doivent sembler hors de portée aux 70 à 80 pour cent de la population des pays en développement qui sont toujours tributaires de la binette et du seau d’eau, leurs outils agricoles de base, même si, avec la chute des prix des techniques et l’infrastructure – satellites, logiciels – déjà en place, on peut s’attendre à ce qu’elles gagnent directement les grandes exploitations agricoles des pays en développement. Il y en a déjà des exemples (voir encadré 8). Les cultures transgéniques offrent indéniablement la possibilité de brûler des étapes; en raison de leur importance par rapport au volume de l’emploi, à l’augmentation de la productivité et aux risques potentiels, elles sont exainées de façon plus approfondie dans le chapitre 4 du rapport.
La technologie a atteint un tel niveau dans les pays industrialisés que plus personne ne parle d’«agriculture» mais d’«industrie agroalimentaire» – la chaîne allant de la fourniture des intrants nécessaires à la production au commerce de détail. Les agriculteurs y participent pour une faible part. En 1950 déjà, le marché de l’agroalimentaire était évalué à 420 milliards de dollars des Etats-Unis, la part des fermiers n’étant que d’un tiers; d’ici à 2028 le marché pourrait atteindre 10 billions de dollars des Etats-Unis, avec une participation des agriculteurs ramenée à un dixième[16]. La tendance sous-jacente est au regroupement des secteurs de l’offre, de la transformation et de la vente au détail. L’agriculture elle-même dans ces pays a de moins en moins de liens avec la terre (voir encadré 9).
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Encadré 8
Les percées futuristes de la technologie de l’information ont déjà trouvé leur voie dans les fermes des pays développés. La plupart des applications ont trait à «l’agriculture de précision». Dans un cas, des cartes géographiques numériques générées par des satellites GPS (système mondial de localisation), des mesures de la production données par des «contrôleurs du rendement» adaptés à des moissonneuses-batteuses et des échantillons de sol prélevés manuellement sont mis en corrélation pour créer un profil détaillé de la terre et faciliter l’application sélective de produits chimiques. Dans un autre cas, des capteurs fixés sur les plantes sont utilisés pour régler, par l’intermédiaire d’un système de contrôle automatisé, le débit d’irrigation ou les concentrations de gaz. La technologie de l’information offre autant de possibilités de changement dans le secteur agricole des pays en développement. En Inde, où elle a beaucoup progressé sur le «Silicon Plateau», des mesures viennent d’être prises pour connecter les régions rurales. Le 1er décembre 1999, le ministre principal du Karnataka, en Inde du Sud, a lancé la vidéoconférence entre neuf districts de son Etat. La première question qu’il a posée à l’un des receveurs de district a été la suivante: «Quel est le prix de la tur daal à Gulbarga aujourd’hui? (tur daal: sorte de lentille, principale source de protéines en Inde). Les domaines d’application prioritaires de l’informatique en Inde seront l’agriculture, les soins de santé primaires et de santé générique et les communications à faible coût. «La gestion par l’électronique changera la façon de gouverner», a déclaré le ministre principal. Un autre pas de géant a été fait par les habitants de Siddapur (Inde), un village menacé il y a quinze ans d’inondation à cause d’un barrage, qui ont connecté à Internet l’ordinateur dont ils ont eux-mêmes financé l’achat, l’accès étant fourni gratuitement par une société locale. «Nous sommes fiers de posséder un ordinateur relié à Internet» a été le premier message qu’ils ont envoyé au ministre principal d’Andhra Pradesh. L’affichage des prix du riz paddy et du curcuma, comme promis, devrait empêcher les fraudes actuellement endémiques chez certains négociants peu scrupuleux. Une utilisation importante de l’informatique dans les pays en développement pourrait être la surveillance de la situation alimentaire après une catastrophe naturelle, comme au Venezuela après les tempêtes de décembre 1999. Un réseau Intranet d’urgence a été créé avec l’aide de la FAO pour fournir des informations sur les dommages à l’agriculture et les besoins urgents. Ce réseau est accessible à tous les ministères, organismes internationaux et organismes non gouvernementaux pertinents. Des mises à jour régulières devraient permettre de surveiller les récoltes et d’atténuer les crises futures. Sources: Agriculture and technology, op. cit., p. 7; India Today (New Delhi), 27 déc 1999; The Times of India (Mumbai), 19 avril 2000; et http://www.fao.org/new/2000/000104-e.htm. |
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Encadré 9
«Pour dissiper toute illusion bucolique qui pourrait subsister au sujet de l’agriculture à notre époque [dans les pays développés], faites un voyage à "hog heaven" (le paradis du cochon). Cette bande de 16 km de long au nord d’Ames (Iowa) fournit pratiquement un dixième de la viande de porc en Amérique. Seulement, on n’y voit pas un seul animal. Dans des hangars métalliques imposants, des truies, par groupes de 4 000, sont élevées pour être ensuite menées à l’abattoir; leur régime alimentaire est surveillé de près et leurs déchets sont régulièrement évacués à l’aide d’un siphon; les personnes chargées de les garder prennent des douches régulières et sont vêtues comme des chirurgiens pour éviter d’infecter le troupeau … Ou alors, visitez les fermes du Mato Grosso, au sud-ouest du Brésil. Ici, les plantations de soja appartenant à une seule personne peuvent s’étendre sur 60 000 hectares et un agriculteur peut devoir conduire sa moissonneuse-batteuse pendant toute une journée pour faire un simple aller-retour. Ou alors, visitez une serre géante au sud d’Amsterdam où 280 000 rosiers sont entretenus par des systèmes informatisés, et tout à fait occasionnellement par la main verte.» Source: Agriculture and technology, op. cit. |
Les questions techniques auxquelles se heurtent la plupart des agriculteurs dans le monde sont beaucoup plus banales: comment tirer le meilleur parti de l’eau tirée d’un puits éloigné; comment économiser les engrais; comment passer de la binette à la charrue. Des corrélations bien établies existent entre l’utilisation de ces intrants et les rendements; elles sont indiquées dans les trois tableaux suivants, à commencer par le tableau 2 qui établit une hiérarchie des rendements en prenant pour référence les céréales, groupe alimentaire le plus représentatif en raison de leur prévalence beaucoup plus grande dans le monde (les «racines et tubercules», le deuxième groupe alimentaire le plus important, étant plus étroitement confiné à la ceinture tropicale).
Tableau 2. Rendement des céréales par hectare (kg/ha), 1999, et indice 1999 (1975=100)
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Rendement (kg/ha) |
Indice 1999 (1975=100) |
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Monde |
3 043 |
159,2 |
|
Afrique développée a |
2 260 |
139,0 |
|
Afrique en développement |
1 159 |
115,1 |
|
Asie développée b |
5 720 |
99,3 |
|
Asie en développement |
3 215 |
177,3 |
|
Europe orientale |
3 482 |
119,0 |
|
Europe occidentale |
5 512 |
170,5 |
|
Amérique du Nord |
5 125 |
161,3 |
|
Océanie |
1 982 |
137,2 |
|
Amérique du Sud |
2 891 |
180,0 |
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a Afrique du Sud. b Israël, Japon. Source: Statistiques de la FAO, 1999. | ||
Le rendement mondial des céréales par hectare a augmenté de 59 pour cent au cours des vingt-cinq dernières années, les gains les plus élevés ayant été obtenus en Amérique du Sud (80 pour cent) et en Asie (77 pour cent) (tableau 2). Les pays africains sont restés en retrait, peut-être en raison des problèmes liés à la modernisation de leurs cultures céréalières traditionnelles, le sorgho et le millet[17]. Les rendements ont fortement augmenté en Europe orientale jusqu’en 1990, puis ont brutalement baissé et sont maintenant en train de se redresser lentement, ce qui reflète les perturbations économiques provoquées par les changements structurels dans ces économies en transition.
Les pays développés d’Asie (Japon et Israël) ont le meilleur rendement au monde pour les céréales, mais ils ont atteint un palier depuis 1975. Les rendements de l’Amérique du Nord et de l’Europe occidentale ont fortement progressé durant la période et approchent maintenant ceux des pays de l’Asie développée. Les rendements en Afrique (tous les pays à l’exception de l’Afrique du Sud) se situent seulement à un tiers de ceux de l’Asie en développement. La meilleure explication de ces disparités réside dans les différences dans le degré d’utilisation de l’irrigation et des moyens mécaniques et chimiques modernes (tableaux 3 et 4).
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Terres irriguées
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Consommation d’engrais (100 g par ha de terres arables) |
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Machines agricoles | ||||||
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Tracteurs/1 000 travailleurs agricoles |
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Tracteurs/ha de terres arables | |||||||||
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| ||||||||
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1979-81 |
1994-96 |
1979-81 |
1994-96 |
1979-81 |
1994-96 |
1979-81 |
1994-96 | ||||
|
| |||||||||||
|
Monde |
16,6 |
17,4 |
|
867 |
941 |
|
19 |
20 |
|
172 |
187 |
|
Asie orientale et Pacifique |
– |
– |
|
2 444 |
3 076 |
|
2 |
2 |
|
55 |
61 |
|
Europe et Asie centrale |
– |
9,7 |
|
– |
810 |
|
67 |
103 |
|
223 |
172 |
|
Amérique latine et Caraïbes |
9,8 |
11,2 |
|
786 |
931 |
|
25 |
34 |
|
95 |
112 |
|
Moyen-Orient et Afrique du Nord |
23,6 |
31,1 |
|
605 |
992 |
|
12 |
24 |
|
61 |
118 |
|
Asie méridionale |
27,8 |
37,2 |
|
918 |
1 370 |
|
2 |
5 |
|
26 |
83 |
|
Afrique subsaharienne |
3,6 |
3,8 |
|
419 |
576 |
|
3 |
2 |
|
23 |
18 |
|
Europe (UME) |
– |
– |
|
1 949 |
2 343 |
|
451 |
812 |
|
888 |
953 |
|
Source: Banque mondiale: World Development Indicators 1999. | |||||||||||
Tableau 4. Taux de croissance (tracteurs et terres irriguées), 1975-1997, et part mondiale en 1997
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Taux de croissance, 1975-1997
|
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Pourcentage du total mondial, 1997 | ||
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|
Tracteurs |
Terres irriguées |
|
Tracteurs |
Terres irriguées |
|
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|
Pays en développement |
5,2 |
1,7 |
|
24,5 |
75,2 |
|
Afrique |
3,4 |
1,5 |
|
1,7 |
4,1 |
|
Asie |
6,7 |
1,7 |
|
16,7 |
64,3 |
|
Amérique du Sud |
3,2 |
2,2 |
|
4,9 |
3,7 |
|
Pays développés |
0,8 |
1,3 |
|
75,5 |
24,8 |
|
Monde |
1,5 |
1,6 |
|
100,0 |
100,0 |
|
Source: Statistiques de la FAO, 1999. | |||||
L’irrigation est bien moins développée en Afrique qu’ailleurs; ici le pourcentage des terres irriguées par rapport à l’ensemble des terres cultivables n’était que d’un cinquième du total mondial au milieu des années quatre-vingt-dix, et ne représentait qu’un dixième du même taux en Asie méridionale (3,8 pour cent en Afrique contre 17,4 et 37,2 pour cent respectivement; voir tableau 3). La consommation d’engrais atteignait moins d’un cinquième (18,7 pour cent) de celle de l’Asie orientale et de la région du Pacifique, et le parc des tracteurs représentait un tiers à un quart de celui de l’Asie.
Il est indéniable que l’Asie occupait la première place sur le plan de l’irrigation avec environ les deux tiers des terres irriguées dans le monde en 1997[18]. Malgré cela, l’Asie a continué à connaître la plus forte croissance de toutes les régions en développement en ce qui concerne l’irrigation (1,7 pour cent par an en 1975-1997). C’est aussi en Asie qu’a eu lieu la mécanisation la plus rapide avec un taux de croissance pour les tracteurs de 6,7 pour cent par an, contre 5,2 pour cent pour l’ensemble des pays en développement; l’Afrique et l’Amérique du Sud ont enregistré un taux de croissance d’environ 3,3 pour cent. Le développement de la mécanisation a surtout touché les pays en développement, où le nombre des tracteurs était en 1997 trois fois plus élevé qu’en 1975, le nombre des moissonneuses-batteuses étant quant à lui 4,4 fois supérieur et le nombre des trayeuses huit fois supérieur. Pourtant, en 1997, les pays développés possédaient 75 pour cent de l’ensemble des tracteurs, 80 pour cent des moissonneuses-batteuses et 5 pour cent des trayeuses dans le monde. A mesure que les pays pauvres progressent, il ne fait pas de doute que ces proportions évoluent en leur faveur. Il faut veiller à ce que les risques pour les travailleurs et pour l’environnement qui accompagnent cette plus grande utilisation de machines et de pesticides ne contrebalancent pas les avantages liés à l’augmentation des rendements. Cette question sera abordée plus loin dans la partie du chapitre 4 consacrée à la sécurité et la santé au travail.
Une des voies de la modernisation de l’agriculture est l’introduction de cultures d’exportation «dynamiques» – fruits, fleurs, légumes et épices étant à ce jour les plus notables. Parmi ces cultures, c’est celle des fleurs qui a connu le plus grand succès, en grande partie grâce aux progrès des techniques de transport et aux nouveaux modes de commercialisation, de même que grâce à d’autres vecteurs de globalisation tels que l’investissement étranger direct et le savoir-faire technique importé (voir encadré 10). La plupart des nouveaux venus dans cette industrie[19] ont enregistré des taux de croissance à deux chiffres. Néanmoins, l’un des inconvénients est l’exclusion des petits exploitants en raison des capitaux élevés exigés par l’industrie pour les serres, les entrepôts réfrigérés, les matériaux importés et le personnel. Leur participation, peut-être en tant qu’exploitants de petites plantations satellites, devrait être l’un des fers de lance de la stratégie de développement de ce secteur. Ceci exigerait diverses mesures:
Un plus grand développement de l’industrie devrait aussi passer par une réduction des risques pour les travailleurs et l’environnement liés à l’utilisation forcément massive d’engrais chimiques dans la floriculture. Cette question est abordée plus loin au chapitre 4, dans la section relative aux initiatives volontaires privées.
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Encadré 10
L’entrée en scène de la Colombie en tant que deuxième exportateur mondial de fleurs illustre l’impact des forces de la mondialisation sur les modes de production. Il y a trente ans, la floriculture en Colombie était une simple activité domestique et les Etats-Unis se ravitaillaient en fleurs principalement dans leurs propres exploitations. Au milieu des années soixante-dix, la Colombie a pris le relais grâce à la baisse des coûts du transport aérien et de l’entreposage et aux investissements réalisés par Floramerica. Les entreprises locales ont emboîté le pas à cette entreprise, souvent avec l’aide du personnel de cette dernière. Le gouvernement a encouragé cette expansion en supprimant les obstacles réglementaires. Parties modestement de 20 000 dollars des Etats-Unis en 1965, les exportations ont atteint un demi-milliard de dollars en 1996, soit environ 5 pour cent des exportations totales de la Colombie. Sources: Stefano Farné, 1998, «Employment and working conditions in the Colombian flower industry», document de travail no 129 du Programme des activités sectorielles (Genève, BIT, 1998); et J.A. Mendes: «The development of the colombian cut flower industry», Policy, Research and External Affairs working papers (Washington, DC, Banque mondiale, 1991). |
Le passage à une agriculture durable et fortement productive ne sera possible que si tous ceux qui utilisent aujourd’hui la terre et leurs descendants ont l’assurance qu’ils bénéficieront pleinement de pratiques écologiquement saines. La sécurité du statut d’occupation des terres est une condition sine qua non à cet égard, étant donné que de nombreuses pratiques de conservation ne sont rentables qu’à long terme. La première condition est que les groupes marginalisés des zones rurales aient accès à la terre. Ainsi, la «modernisation» de l’agriculture en recourant à des techniques durables requiert des efforts parallèles de modernisation du régime foncier, interprété comme la répartition des droits et des responsabilités du propriétaire et de l’utilisateur entre l’Etat, les individus, les collectivités et d’autres entités[20]. La question est complexe et controversée – complexe parce qu’il existe une multitude de modes de faire-valoir, et controversée parce que toute modification des droits sur la terre empiète, presque par définition, sur des droits acquis.
Il existe de nombreux régimes d’occupation des terres, qui vont des terres détenues par un groupe en vertu de sa lignée aux terres détenues par des propriétaires privés individuels ou des plantations. La propriété publique existe aussi, bien qu’elle commence à décliner. Il existe également des modes de concession très divers permettant aux travailleurs sans terres d’en obtenir et qui vont de la location de terres contre paiement en espèces à la servitude pour dettes, en passant par le métayage. Le problème de certains baux est l’avantage abusif concédé aux propriétaires, qui aggrave le problème plus général de l’exclusion des groupes marginalisés de l’accès à la terre.
La répartition inégale des terres fait la liaison entre les deux problèmes, une forme extrême de cette inégalité étant l’acquisition de larges superficies par un petit nombre d’individus en Amérique latine, bien que la même situation existe aussi dans une certaine mesure dans d’autres régions en développement, comme l’a montré la récente lutte au sujet des terres au Zimbabwe. Sur les 44 pays pour lesquels le FIDA possédait des données, dans 28 d’entre eux le coefficient de Gini[21] était supérieur à 0,5, ce qui veut dire que 10 pour cent des propriétaires fonciers possédaient plus de 40 pour cent des terres. Si la distribution de terres est souhaitable et constitue une recommandation de longue date dans tous les rapports traitant de l’agriculture, il existe d’autres mesures moins radicales permettant d’améliorer l’accès des pauvres à la terre, comme la privatisation de terres antérieurement détenues au titre de la coutume, l’établissement de familles sur des terres nouvellement mises en valeur et l’établissement de droits individuels de jouissance. Cette dernière mesure est particulièrement nécessaire dans les pays d’Asie où, en raison du nombre croissant de personnes sans terres, certains locataires se voient contraints de céder plus de 50 pour cent de leur récolte au titre du loyer. Le chiffre le plus fréquent cependant est de 25 pour cent, reflétant l’application de certaines lois de réforme récemment adoptées. Ces lois offrent le meilleur remède contre les pratiques abusives de certains propriétaires.
Les régimes fonciers examinés plus haut constituent peut-être l’obstacle le plus important à une évolution de l’agriculture. Il faut cependant reconnaître que des progrès ont été faits depuis le Sommet «Planète Terre» (CNUED). Ces changements ont eu lieu dans le cadre de trois processus parallèles[22]:
a) régularisation de l’occupation des terres, avec création de cadastres intégrés, de registres fonciers et de systèmes d’information foncière;
b) participation croissante des utilisateurs des terres et des autres acteurs concernés à l’exploitation de ces systèmes à des fins de régularisation et de planification foncière;
c) application de ces méthodes, non seulement aux terres en propriété privée, mais aussi dans le cadre de la régularisation des droits des utilisateurs et de l’exploitation rationnelle des terres communales.
Il reste encore beaucoup à faire dans les trois domaines susmentionnés pour que les investissements dans l’agriculture soient faits dans une perspective à long terme, y compris pour les générations futures. Les progrès dans ces domaines permettraient aussi de faire participer une plus grande partie de la population au processus de croissance, condition sine qua non d’un développement durable.
De 1975 à 1999, la production agricole mondiale a progressé au taux annuel de 2,2 pour cent (voir tableau 5), ce qui, en tenant compte de la croissance démographique, correspond à une augmentation totale d’environ 15 pour cent par habitant. L’essentiel de cette progression a eu lieu au cours des années soixante-dix et quatre-vingt, alors qu’on a enregistré les résultats les plus mauvais au cours des cinq premières années de la décennie quatre-vingt-dix. Des deux composantes de la production agricole (produits alimentaires et produits non alimentaires), c’est la première qui a progressé le plus, près de deux fois plus que la seconde (71 pour cent contre 36 pour cent).
Tableau 5. Performance de l’agriculture, 1975-1999
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Index 1999 (1975=100) |
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Taux de croissance, 1975-1999
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| ||||
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|
Agriculture |
Produits alimentaires |
Produits non alimentaires |
|
Agriculture |
Produits alimentaires |
Produits non alimentaires |
|
| |||||||
|
Mondial |
168 |
171 |
136 |
|
2,2 |
2,2 |
1,3 |
|
Pays avancés |
118 |
120 |
93 |
|
0,7 |
0,7 |
–0,4 |
|
Pays en développement |
225 |
231 |
164 |
|
3,4 |
3,5 |
2,1 |
|
Afrique |
181 |
185 |
139 |
|
2,5 |
2,6 |
1,4 |
|
Asie |
246 |
250 |
198 |
|
3,8 |
3,9 |
2,9 |
|
Amérique du Sud |
204 |
214 |
103 |
|
3,0 |
3,2 |
0,1 |
|
Europe orientale |
95 |
98 |
38 |
|
0,0 |
0,0 |
–4,0 |
|
Europe occidentale |
124 |
125 |
121 |
|
0,9 |
0,9 |
2,0 |
|
Amérique du Nord |
147 |
147 |
143 |
|
1,6 |
1,6 |
1,5 |
|
Source: Statistiques de la FAO, 1999. | |||||||
La progression a été beaucoup plus forte dans les pays en développement que dans les pays développés, avec un taux respectif de 125 et 18 pour cent (voir également tableau 5). Ainsi, l’équilibre mondial de la production alimentaire s’est déplacé vers le premier groupe; pour donner quelques exemples, de 1975 à 1999, la part des pays en développement est passée de moins de 50 à 59 pour cent pour les céréales, de 29 à 48 pour cent pour la viande de bœuf, de 30 à 51 pour cent pour la volaille et de 30 à 66 pour cent pour les œufs.
La progression a été particulièrement forte en Asie, continent où la production s’est accrue de 146 pour cent pour l’ensemble de l’agriculture et de 150 pour cent pour la sous-catégorie de la production alimentaire, soit une augmentation de 60 pour cent par habitant. Si l’utilisation accrue et l’amélioration des semences, de l’irrigation et des produits chimiques ont joué un rôle dans cette progression, il ne faut pas sous-estimer les effets de la libéralisation, particulièrement en Chine, en Inde et au Viet Nam.
La croissance a également été forte en Amérique du Sud, particulièrement dans la sous-catégorie de la production alimentaire, avec une augmentation de 114 pour cent, soit 36 pour cent par habitant. Ici encore, l’Afrique fait apparaître des résultats négatifs, avec une production alimentaire par habitant en baisse de 3,2 pour cent. Si, comme on l’affirme fréquemment, les déficiences structurelles expliquent largement ce résultat, il y a lieu de penser en même temps que la sécheresse a joué un rôle considérable (voir encadré 11) et que le SIDA frappe durement l’agriculture par le biais d’un absentéisme accru et du nombre croissant de foyers ayant une femme à leur tête ainsi que d’enfants qui travaillent dans ce secteur. Dans nombre de pays d’Afrique, cette terrible maladie qu’est le SIDA a pour effet de faire diminuer la population active (voir encadré 12). En Europe orientale, la production alimentaire par habitant a diminué de 8,5 pour cent, soit plus encore qu’en Afrique. Dans les pays industriels, la production agricole, après avoir enregistré une progression modeste jusqu’en 1990, a stagné en Europe occidentale mais a continué à progresser en Amérique du Nord, avec un gain total de 47 pour cent et un gain de 20 pour cent depuis cette dernière date.
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Encadré 11
La sécheresse frappe souvent l’Afrique – de plus en plus souvent, en fait. De 1985 à 1992, quatre ou cinq des 53 pays du continent en ont souffert chaque année; le nombre a augmenté depuis lors, avec 16 pays en 1995. De 1980 à 1997, l’Ethiopie a été frappée au cours de dix années, le Botswana au cours de huit et le Cap-Vert au cours de sept, tandis que 19 autres pays, dont la plupart sont situés dans la zone équatoriale, n’ont jamais été touchés. | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
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Pays ayant été frappés plus de cinq fois entre 1980 et 1997: Ethiopie (10); Botswana (8); Cap-Vert (7); Niger (7); Tchad (6); Zambie (6); Zimbabwe (6); Algérie (6). Source: Banque mondiale: African Development Indicators, 1998-99 (Washington, DC, 1998), tableau 8-14 et figure 8-5. | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
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Encadré 12
Un rapport établi pour la neuvième Réunion régionale africaine (décembre 1999) comprenait une évaluation des conséquences du SIDA sur la population active du Zimbabwe et du Togo. La conclusion de ce rapport est sombre. Il en ressort en effet que ces conséquences seront «très graves en vérité» et qu’elles se traduiront par «une augmentation des taux de morbidité et de mortalité, une diminution de la population et une baisse de l’offre de main-d’œuvre». Au Zimbabwe, pays où l’incidence du SIDA dans la population adulte atteignait 21 pour cent en 1997, on prévoit que la population active sera inférieure de 17,5 pour cent en 2015 à ce qu’elle aurait été sans le SIDA, ayant augmenté alors de 40 pour cent au lieu de 68 pour cent. Au Togo, où l’incidence du SIDA atteint 7 pour cent, la population active sera inférieure de 4 pour cent, soit une augmentation de 65 pour cent au lieu de 70 pour cent. Source: BIT: Action contre le VIH et le SIDA en Afrique: une initiative lancée dans le contexte du monde du travail (Genève, 2000). |
De 1975 à 1998, le commerce mondial des produits agricoles a progressé au taux annuel de 5,6 pour cent. Il a été ainsi multiplié par 3,5 au cours de cette période (voir tableau 6). Cependant, comme il y a lieu de s’y attendre, cette progression est inégalement répartie, l’Europe occidentale et les pays en développement d’Asie enregistrant les meilleurs résultats, et l’Afrique subsaharienne enregistrant les plus mauvais. Le résultat final de cette évolution a été une baisse de la part des pays en développement dans les exportations agricoles mondiales, qui sont tombées de 32 pour cent en 1975 à 30 pour cent en 1998, les gains réalisés par l’Asie ayant été annulés par les pertes subies par l’Afrique subsaharienne, l’Amérique latine et les Caraïbes. Pour l’ensemble du monde, les exportations agricoles représentaient 10,5 pour cent des exportations totales à la fin des années quatre-vingt-dix, soit un pourcentage faible et en nette baisse depuis de nombreuses décennies. C’est pour les pays d’Amérique latine et des Caraïbes que les exportations agricoles représentent le chiffre le plus élevé, avec 23,8 pour cent des exportations totales, soit un pourcentage plus élevé encore que pour l’Afrique, où il est de 19,5 pour cent.
Tableau 6. Performance des exportations, 1975-1998
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Taux de croissance 1975-1998 (en % par année) |
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Part du total des exportations agricoles mondiales (en %) |
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Part des exportations agricoles dans les exportations totales en 1998 (en %) | |
|
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1975 |
1998 |
| |||
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| ||||||
|
Mondial |
5,6 |
|
100,0 |
100,0 |
|
10,5 |
|
Pays avancés |
5,8 |
|
67,7 |
69,7 |
|
– |
|
Pays en développement |
5,3 |
|
32,3 |
30,3 |
|
– |
|
Afrique subsaharienne |
2,3 |
|
6,3 |
3,0 |
|
19,5 |
|
Asie |
6,7 |
|
11,7 |
14,7 |
|
7,7 |
|
Amérique latine et Caraïbes |
5,1 |
|
14,0 |
12,4 |
|
23,8 |
|
Europe orientale |
2,9 |
|
4,3 |
2,3 |
|
11,7 |
|
Europe occidentale |
6,9 |
|
32,6 |
43,2 |
|
10,1 |
|
Amérique du Nord |
4,5 |
|
21,4 |
16,6 |
|
11,1 |
|
Sources: Statistiques de la FAO, 1999; OMC: Rapport annuel, 1999. | ||||||
Si les exportations agricoles ont progressé plus lentement que les exportations industrielles, elles n’en ont pas moins progressé plus vite que la production agricole. Ainsi, de 1950 à 1998, l’indice de la production agricole a triplé (passant de 100 à 311), mais celui des exportations agricoles a quintuplé (passant à 531). Cependant, ces chiffres apparaissent modestes comparés à l’indice de la production industrielle, qui a été multiplié par neuf au cours de la même période (passant à 900) et des exportations industrielles, dont le montant a été multiplié par 34[23]. Trois tendances se dégagent: i) la production industrielle a progressé beaucoup plus vite que la production agricole, comme on vient de l’indiquer, ce qui a fait baisser la part de l’agriculture dans l’économie mondiale; ii) une part accrue de la production industrielle mondiale a commencé à être commercialisée; iii) les exportations industrielles ont totalement dominé le commerce mondial des marchandises à partir de 1998, année où leur part a atteint 90 pour cent. Ainsi, la mondialisation a été dans une très large mesure une mondialisation des exportations industrielles.
Les pays en développement ont joué un rôle croissant dans cette évolution, leur part du commerce mondial totale des produits agricoles et industriels passant de 23 pour cent en 1985 à 29 pour cent dix ans plus tard. Mieux encore, la part des produits manufacturés dans leurs exportations totales est passée de 47 pour cent en 1985 à 83 pour cent en 1995, ce qui témoigne de leur industrialisation croissante (voir tableau 7). Une large part de ces gains est imputable aux nouveaux pays industriels d’Asie (NPI), dont la part du commerce mondial est passée de 2 pour cent en 1968 à 10 pour cent en 1996. Le cas de la Malaisie et de la Thaïlande est exposé dans l’encadré 13. En dehors des NPI, la part des pays en développement a stagné à 17,5 pour cent. L’Afrique a été parmi les perdants, sa part ne représentant plus en 1996 que la moitié de ce qu’elle représentait en 1968, soit 1,5 pour cent au lieu de 3 pour cent.
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|
Pays avancés (sans les économies nouvellement industrialisées) |
|
Pays en développement, plus nouveaux pays industriels | ||||
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|
|
1975 |
1985 |
1995 |
|
1975 |
1985 |
1995 |
|
| ||||||||
|
Produits primaires autres que les combustibles |
|
7,1 |
5,6 |
4,2 |
|
10,1 |
7,4 |
5,7 |
|
Combustibles |
|
5,9 |
8,9 |
3,8 |
|
61,4 |
45,4 |
11,2 |
|
Produits manufacturés |
|
87,0 |
85,5 |
92,0 |
|
28,2 |
47,2 |
83,0 |
|
Source: FMI: Perspectives de l'économie mondiale, oct 1997. | ||||||||
La progression de l’agriculture et du PIB varie d’une région à l’autre, de même que les transformations structurelles des économies, qui constituent la marque du développement. On examinera ici ces différences, en mettant l’accent sur les pays les plus représentatifs. Le tableau 8 fait apparaître le taux de progression du PIB total et du PIB agricole depuis 1980, ainsi que les changements qui s’en sont ensuivis dans la contribution de l’agriculture au PIB et à la population active entre 1970 et 1997.
En Asie orientale et dans le Pacifique, le PIB total a progressé de 7,5 pour cent par an au cours des années quatre-vingt et de 9,4 pour cent par an au cours des sept premières années de la décennie quatre-vingt-dix. Le secteur agricole a enregistré une croissance annuelle de 4 pour cent pour l’ensemble de la période, contre un taux d’environ 9,5 pour cent pour les secteurs non agricoles, c’est-à-dire l’industrie et les services. La production de ces derniers secteurs a presque quintuplé, ce qui a contribué à faire baisser respectivement la part de l’agriculture dans le PIB et dans la population active de 35 et de 76 pour cent en 1970 à 18 et 69 pour cent en 1997.
|
Encadré 13
Les exportations totales de la Malaisie ont été multipliées par 15 de 1973 à 1993, puis ont progressé de 65 pour cent de 1993 à 1997, tandis que, au cours de la même période, celles de la Thaïlande étaient multipliées par 24, puis gagnaient 57 pour cent. En 1973, plus de 90 pour cent des exportations des deux pays consistaient en produits primaires – produits agricoles, combustibles, minerais et métaux. En 1993, ce pourcentage était tombé à 27 pour la Thaïlande et à 35 pour la Malaisie, puis à 24 en 1997 pour ce dernier pays. De 1973 à 1993, les exportations industrielles de la Thaïlande ont été multipliées par 327 et celles de la Malaisie par 277.
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On constate de larges différences. En Mongolie, la part du PIB provenant de l’agriculture s’est accrue, passant de 15 pour cent en 1980 à 37 pour cent en 1997, ce qui constitue une distinction douteuse partagée avec quelques autres pays seulement, dont la République démocratique du Congo, où ce pourcentage est passé de 15 à 58 pour cent (voir encadré 14). Dans tous ces cas, la tendance ainsi constatée correspond à un effondrement de l’économie moderne, et non à une reprise de l’agriculture. La Chine a enregistré l’un des taux de croissance agricole les plus élevés de tous les pays (environ 5 pour cent) durant la même période de dix-sept ans mais, même alors, les secteurs non agricoles ont progressé encore plus vite, si bien que la part de l’agriculture a diminué, tombant de 35 pour cent en 1970 à 19 pour cent en 1997. En Malaisie, la contribution de l’agriculture au PIB et à la population active est tombée de 29 et 54 pour cent en 1970 à 12 et 27 pour cent en 1997. Autrement dit, comme on l’a indiqué plus haut, ce pays est passé d’une économie essentiellement agricole à une économie essentiellement urbaine.
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|
PIB
|
|
Agriculture
|
|
Part de l’agriculture (%) | ||||||
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|
PIB |
|
|
Main-d’œuvre | |||||
|
|
|
|
|
|
|
|
| ||||
|
|
1980-90 |
1990-97 |
|
1980-90 |
1990-97 |
|
1970 |
1997 |
|
1970 |
1997 |
|
Mondial |
3,2 |
2,4 |
|
2,7 |
1,1 |
|
9 |
4 |
|
55 |
49 |
|
Asie de l'Est et Pacifique |
7,5 |
9,4 |
|
4,7 |
3,8 |
|
35 |
18 |
|
76 |
69 |
|
Europe orientale et Asie centrale |
3,5 |
–4,3 |
|
– |
-6,3 |
|
– |
12 |
|
33 |
23 |
|
Amérique latine et Caraïbes |
1,6 |
3,8 |
|
2,1 |
2,7 |
|
12 |
8 |
|
41 |
25 |
|
Moyen-Orient et Afrique du Nord |
2,1 |
2,9 |
|
5,5 |
1,7 |
|
13 |
14 |
|
50 |
35 |
|
Asie du Sud |
5,6 |
5,6 |
|
3,2 |
2,7 |
|
43 |
25 |
|
71 |
63 |
|
Afrique subsaharienne |
1,8 |
2,0 |
|
2,4 |
2,5 |
|
21 |
18 |
|
78 |
68 |
|
Source: Banque mondiale: World Development Indicators, 1999, tableaux 1.5 et 4.1. | |||||||||||
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Encadré 14
La République démocratique du Congo et la Mongolie sont deux des quatre pays du monde, avec la République centrafricaine et le Myanmar, où la part de l’agriculture dans le PIB est en augmentation, augmentation qui s’explique par l’effondrement de l’industrie et des services. En République démocratique du Congo, par exemple, la production industrielle a baissé de 4,8 pour cent par an de 1980 à 1997 et les services ont diminué de 5,5 pour cent, soit une réduction de plus de la moitié au cours de la période. A l’opposé, la Chine et la Malaisie constituent des exemples frappants de transformation économique réussie. En Chine, la production industrielle a été multipliée par huit depuis 1980, tandis qu’elle l’a été au moins par quatre en Malaisie. Taux de progression sectorielle (1980-1997) et part de l'agriculture
Source: Banque mondiale: World Development Indicators, 1999, tableaux 4.1 et 1.5. | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
En Europe orientale et en Asie centrale, la situation est moins grave et plus grave en même temps. Elle l’est moins en raison de ce que cette région est richement dotée sur les plans physique et humain; elle l’est plus en raison de ce que l’évolution en cours augure mal de son développement futur. Au cours des années quatre-vingt-dix, le PIB a diminué de 4,3 pour cent par an et la production agricole a chuté encore plus – de 6,3 pour cent par an. Tandis que certains défendent les réformes tendant à introduire l’économie de marché dans les pays en transition, d’autres accusent leurs promoteurs de n’avoir pas su développer le capital social accumulé. Le fait est que, dans ces pays, la diminution de l’activité économique se traduit par une aggravation de l’instabilité sociale qui rend un retour en arrière encore plus difficile. Comme l’indique le rapport intitulé Un travail décent, «l’un des problèmes les plus inquiétants qui se posent dans cette région est celui de la «nouvelle» pauvreté. Autrefois, la pauvreté déclarée était plus fréquente mais, à la suite de la transition, on observe une pauvreté et une inégalité déclarées et généralisées. Les salaires sont très bas, à supposer même qu’ils soient payés[24].»
L’Amérique latine a connu une évolution beaucoup plus diverse et nettement plus positive, surtout dans les années quatre-vingt-dix, malgré les difficultés rencontrées dans le développement rural, qui ont suscité des préoccupations dans certains pays. Ces différences s’expliquent par la diversité de la situation socio-économique et des pratiques agricoles des différents pays. Le Mexique, le Chili et l’Argentine disposent d’une agriculture moderne, tandis que la Bolivie et Haïti restent fortement dépendants de l’agriculture de subsistance. Pour l’ensemble du continent, le secteur agricole a perdu progressivement de l’importance au cours des deux dernières décennies, et il ne contribue plus au PIB que pour 8 pour cent, alors que sa part de la population active reste de 25 pour cent.
Au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, la croissance a été naturellement conditionnée par la production pétrolière, dont dépendent la plupart des pays de la région (ceux du Moyen-Orient sont bien connus; en Afrique du Nord, il s’agit de l’Algérie et de la Jamahiriya arabe libyenne), l’agriculture ne jouant qu’un rôle minime. En 1970, le secteur agricole ne contribuait que pour 13 pour cent à l’économie, et le chiffre était le même en 1997, en raison de la baisse des prix du pétrole. Le secteur agricole employait cette année-là 35 pour cent de la main-d’œuvre, ce qui traduit à la fois la place beaucoup plus importante de ce secteur dans les pays d’Afrique du Nord et sa faible productivité.
L’Asie du Sud – Bangladesh, Inde, Népal et Pakistan – compte le plus grand nombre de paysans pauvres du monde, environ les trois cinquièmes, l’incidence de la pauvreté se situant entre 40 et 50 pour cent. On trouve également un fort taux de pauvreté dans les zones urbaines. Nombreux sont ceux qui ne possèdent pas la terre qu’ils cultivent. En raison du taux de croissance divergent entre le PIB total (5,6 pour cent pour les deux périodes examinées, 1980-1990 et 1990-1997) et le PIB agricole (3 pour cent), la part de l’agriculture dans le PIB total et dans la population active a diminué, tombant respectivement de 43 et de 71 pour cent en 1970 à 25 et 63 pour cent en 1997.
La situation de l’Afrique subsaharienne reste précaire. La «décennie perdue» des années soixante-dix s’est poursuivie par la «décennie perdue» des années quatre-vingt, et les sept premières années de la décennie quatre-vingt-dix n’ont guère été meilleures – avec seulement 2 pour cent de croissance annuelle globale; encore ce résultat s’explique-t-il par les performances améliorées de l’agriculture (plus 2,5 pour cent), qui compensent la stagnation des secteurs non agricoles. La population active agricole représente toujours 68 pour cent de la population active totale, mais le PIB agricole ne représente que 18 pour cent du PIB total, ce qui traduit l’écart considérable qui existe entre la productivité rurale et la productivité urbaine. L’incidence de la pauvreté est la plus élevée du monde[25], la sécurité alimentaire est précaire et les perspectives de croissance sont incertaines, en raison de la dépendance de la plupart de ces pays envers quelques rares produits de base touchés par une baisse des prix de longue durée et de ce qu’une large proportion du produit des exportations – en déclin – est absorbée par le service de la dette. A cela s’ajoute l’instabilité économique. Les programmes d’ajustement structurel lancés à partir de la fin des années soixante-dix ont suscité une foi excessive dans la notion de «vérité des prix» – c’est-à-dire dans le renoncement par l’Etat à intervenir sur les marchés –, censée guérir les maux du continent; c’est bien tard qu’on a pris conscience de la baisse du cours des produits de base[26] et de ce qu’il pouvait y avoir de vain à attendre une forte réaction de l’offre aux prix en raison de la faiblesse du reste de l’économie[27].
L’augmentation générale de la production s’est traduite par une amélioration générale du niveau de vie. Dans les pays en développement, l’incidence de la malnutrition a diminué, tombant de 37 pour cent en 1969-1971 à 18 pour cent en 1995-1997, ce qui correspond en termes absolus à une baisse de 960 à 791 millions, soit 17,7 pour cent (voir tableau 9). La baisse la plus forte s’est produite en Asie de l’Est et du Sud-Est, où le nombre a été divisé par deux, ce qui a ramené l’incidence de la malnutrition de 43 à 13 pour cent. La proportion a aussi diminué notablement en Asie du Sud, tombant de 38 à 23 pour cent, mais cette réduction n’a pas été suffisante pour empêcher une augmentation du nombre total des personnes souffrant de la faim, qui s’est accrue de 6,4 pour cent. L’Afrique subsaharienne est à la traîne, puisque non seulement l’incidence de la faim n’y a pas diminué, mais que le nombre des personnes qui en souffrent a doublé en termes absolus.
Tableau 9. Incidence de la malnutrition dans les régions en développement, 1969-1997
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Pourcentage de personnes souffrant
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Pourcentage de changement absolu | |||||||
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| ||||||
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1969-71 |
|
1979-81 |
|
1990-92 |
|
1995-97 |
|
1995-97 ÷ 1969-71 |
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| |||||||||
|
Afrique subsaharienne |
34 |
|
37 |
|
35 |
|
33 |
|
+102,2 |
|
Moyen-Orient et Afrique du Nord |
25 |
|
9 |
|
8 |
|
9 |
|
–26,7 |
|
Asie de l'Est et du Sud-Est |
43 |
|
29 |
|
17 |
|
13 |
|
–52,2 |
|
Asie du Sud |
38 |
|
38 |
|
26 |
|
23 |
|
+6,4 |
|
Amérique latine et Caraïbes |
19 |
|
13 |
|
13 |
|
11 |
|
–1,9 |
|
Ensemble des régions en développement |
37 |
|
29 |
|
20 |
|
18 |
|
|
|
Nombre de personnes souffrant de malnutrition (millions) |
960 |
|
938 |
|
831 |
|
791 |
|
–17,7 |
|
Source: FAO: L'état de l'insécurité alimentaire dans le monde, 1999, http://www.fao.org/focus/e/SOFI/home-e.htm. | |||||||||
Comme on l’a vu plus haut, le PIB a progressé partout, plus encore dans les secteurs non agricoles que dans l’agriculture. C’est pourquoi les revenus ont considérablement augmenté au cours des trente dernières années dans les quatre NPI d’Asie (République de Corée, Malaisie, Singapour et Taiwan, Chine), à tel point que, de 1965 à 1995, le revenu moyen est passé de 18 à 66 pour cent de la moyenne des pays industriels[28], pour diminuer ensuite de 20 à 30 pour cent au cours de la crise financière asiatique. Globalement, les chiffres tendanciels montrent que le revenu par habitant a été multiplié par dix en République de Corée, par cinq en Thaïlande et par quatre en Malaisie. Il a doublé en Amérique latine jusqu’en 1980, puis a stagné au cours des quinze années suivantes, période dominée par la crise de l’endettement et ses retombées. Par rapport aux pays industriels, le revenu des pays d’Afrique a diminué de moitié, tombant de 14 pour cent en 1965 à 7 pour cent. Etant donné que seuls les NPI d’Asie ont enregistré une hausse de revenus régulière, l’écart d’ensemble entre les pays les plus riches et les pays les plus pauvres s’est encore creusé, poursuivant une tendance de l’économie mondiale qui est apparue au début de la révolution industrielle[29].
Dans les rares pays pour lesquels on dispose de données, les rémunérations agricoles, exprimées en dollars, se sont améliorées de 1980 à 1994, sauf en Chine, au Mexique et au Paraguay, pays qui ont connu une baisse respective de 7, 12 et 25 pour cent (voir tableau 10); par ailleurs, ces rémunérations ont dépassé le salaire minimum au cours de la période 1990-1994 pour l’ensemble des pays à l’exception de la Tunisie, mais ont été très inférieures aux salaires industriels de tous les pays, sauf au Canada et en Roumanie. Le cas du Mexique mérite particulièrement d’être noté, en raison de ce que les rémunérations agricoles sont inférieures de moins de 15 pour cent aux rémunérations industrielles. De 1980 à 1984 et de 1990 à 1994, les rémunérations agricoles ont baissé par rapport aux rémunérations industrielles dans sept des 13 pays figurant au tableau et ont augmenté dans les six autres. Malgré l’augmentation générale des rémunérations, on constate certaines évolutions préoccupantes dans les conditions générales de travail, évolutions partiellement imputables à la mondialisation. En raison de la recherche de la «flexibilité», l’emploi agricole est devenu précaire, et on constate une nette augmentation du nombre des travailleurs migrants, des journaliers, des saisonniers et des temporaires, toutes catégories qui sont défavorisées du point de vue du salaire, de la protection sociale, du logement, de l’éducation et de la protection médicale.
Le résultat ultime de l’évolution de la production, des revenus et des salaires a été une baisse de la pauvreté (on trouvera des chiffres à ce sujet au tableau 11). Il y a particulièrement lieu de noter le cas de la Chine, où l’incidence de la pauvreté a chuté de 11,8 pour cent en 1994 à 7,9 pour cent en 1996, soit une baisse absolue de 40 millions de personnes en tout juste deux ans. En Inde également, on a enregistré une baisse d’une quarantaine de millions de personnes en deux ans, le taux de la pauvreté rurale tombant de 43,5 pour cent en 1992 à 36,7 pour cent en 1994. L’insuffisance des données rend difficiles les conclusions définitives, mais il apparaît cependant de manière incontestable que, dans les situations de forte croissance économique, comme celles que connaissent actuellement la Chine et le Viet Nam et qu’ont connues plus tôt la Malaisie, l’Indonésie et la Thaïlande, la pauvreté diminue: la croissance a bel et bien des retombées, à la fois sous la forme d’une augmentation de la demande de produits alimentaires et de matières premières agricoles et sous celle de l’exode rural. Les migrations de travailleurs ont deux effets importants sur les revenus ruraux et la pauvreté: i) par le biais des envois de fonds aux familles; et ii) par la réduction de l’excédent de la main-d’œuvre rurale. Le second facteur est incontestablement celui qui contribue le plus aux retombées de la croissance. A mesure que le marché du travail se tend, l’accroissement des rémunérations urbaines finit par s’étendre aux zones rurales, si bien que les rémunérations agricoles finissent par égaler à peu près les rémunérations industrielles, comme cela s’est produit en République de Corée et à Taiwan, Chine, au cours de la phase de transformation structurelle, comme cela est en train de se produire en Malaisie et comme cela commençait à se produire en Indonésie avant la crise asiatique.
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Salaire minimum |
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Salaire agricole |
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Coût de la main-d'œuvre par travailleur dans le secteur manufacturier |
|
Salaire agricole (en % du coût de la main-d'œuvre du secteur manufacturier | |||
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|
|
|
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|
|
|
| |||
|
|
1990-94 |
|
1980-84 |
1990-94 |
|
1980-84 |
1990-94 |
|
1980-84 |
1990-94 |
|
| ||||||||||
|
Australie |
12 712 |
|
11 212 |
15 124 |
|
14 749 |
26 087 |
|
76,0 |
58,0 |
|
Botswana |
|
|
650 |
1 223 |
|
3 250 |
|
|
20,0 |
|
|
Canada |
7 897 |
|
20 429 |
30 625 |
|
17 710 |
28 346 |
|
115,4 |
108,0 |
|
Chine |
|
|
349 |
325 |
|
472 |
434 |
|
73,9 |
74,9 |
|
Costa Rica |
1 638 |
|
982 |
1 697 |
|
1 788 |
2 645 |
|
54,9 |
64,2 |
|
Hongrie |
1 132 |
|
1 186 |
1 766 |
|
1 410 |
2 777 |
|
84,1 |
63,6 |
|
Israël |
5 861 |
|
4 582 |
7 906 |
|
13 541 |
26 635 |
|
33,8 |
29,7 |
|
Kenya |
|
|
508 |
568 |
|
1 040 |
940 |
|
48,8 |
60,4 |
|
Mexique |
843 |
|
1 031 |
908 |
|
3 772 |
6 138 |
|
27,3 |
14,8 |
|
Paraguay |
|
|
1 606 |
1 210 |
|
2 509 |
3 241 |
|
64,0 |
37,3 |
|
Roumanie |
|
|
1 669 |
1 864 |
|
1 739 |
1 190 |
|
96,0 |
156,6 |
|
Sri Lanka |
|
|
198 |
264 |
|
447 |
717 |
|
44,3 |
36,8 |
|
Suède |
|
|
9 576 |
27 098 |
|
22 734 |
59 913 |
|
42,1 |
45,2 |
|
Tunisie |
1 525 |
|
668 |
968 |
|
3 344 |
|
|
20,0 |
|
|
Turquie |
1 254 |
|
1 015 |
2 896 |
|
3 582 |
7 958 |
|
28,3 |
36,4 |
|
Uruguay |
967 |
|
1 289 |
|
|
4 128 |
3 738 |
|
31,2 |
|
|
Note: Les pays qui figurent dans ce tableau sont ceux pour lesquels on dispose de données. Source: Banque mondiale: World Development Indicators, 1999. | ||||||||||
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| |||||||
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|
|
Zones rurales |
Zones urbaines |
Total | |||
|
| |||||||
|
Bangladesh
|
|
1991-92
|
46,0
|
23,3
|
42,7
|
| |
|
Chine
|
|
1994
|
11,8
|
<2
|
8,4
|
| |
|
Inde
|
|
1992
|
43,5
|
33,7
|
40,9
|
| |
|
Indonésie
|
|
1987
|
16,4
|
20,1
|
17,4
|
| |
|
Nigéria
|
|
1985
|
49,5
|
31,7
|
43,0
|
| |
|
Philippines
|
|
1994
|
53,1
|
28,0
|
40,6
|
| |
|
Sri Lanka
|
|
1985-86
|
45,5
|
26,8
|
40,6
|
| |
|
Source: Banque mondiale, World Development Indicators, 1999. |
| ||||||
Paradoxalement pour un rapport qui défend le secteur agricole, la première leçon à tirer de la discussion qui précède est que le destin de ce secteur doit bien être de «décliner». Qui dit développement dit en effet déclin inévitable de la part relative de l’agriculture dans le PIB et dans l’emploi. Il serait faux d’en conclure que l’agriculture est sans importance, ou de la taxer inconsidérément pour accélérer le développement industriel. L’agriculture ne peut «décliner» comme il convient que si sa croissance est forte. C’est à cette condition seulement qu’elle pourra se défaire d’une partie de sa main-d’œuvre au profit du secteur industriel et la nourrir. Le déclin du rôle de l’agriculture n’est donc que relatif; dans l’absolu, l’importance d’un secteur agricole fort ne fait aucun doute. La mondialisation – du fait en particulier qu’en facilitant l’afflux de capitaux étrangers elle réduit les contraintes liées à l’épargne, d’où l’économie qui peut être faite de cette phase pénible d’accroissement de la productivité agricole – tend à occulter le rôle de moteur du développement général que joue l’agriculture. Pourtant, l’enseignement à tirer de l’expérience de Taiwan, Chine, et de la République de Corée est que, si ces pays se sont industrialisés rapidement, c’est parce qu’ils ont pu s’appuyer sur un secteur agricole fort. L’effondrement économique de l’Indonésie pendant la dernière crise en Asie, beaucoup plus marqué que celui des autres pays de la région, montre également combien il est dangereux de se lancer dans un processus d’industrialisation rapide sans se doter d’abord d’un secteur agricole productif.
Les autres raisons traditionnelles de ne pas négliger le secteur agricole sont toujours valables. Les économies qui veulent entrer dans la phase de l’industrialisation induite par la mondialisation n’ont d’ailleurs guère d’autre choix, compte tenu du poids de la main-d’œuvre agricole. Comme nous l’avons vu, dans les pays en développement en général, et même dans les nouvelles économies industrialisées, l’agriculture absorbe plus des deux tiers de la main-d’œuvre totale, et jusqu’aux trois quarts si l’on exclut les nouvelles économies industrialisées et les pays d’Amérique latine les plus industrialisés. Pour que cette main-d’œuvre puisse accroître ses revenus directement, et non pas en émigrant en ville et en se mettant au service du secteur industriel, la croissance agricole est un impératif.
La politique des prix est un bon indicateur de l’importance que les pouvoirs publics accordent au secteur agricole. Il apparaît clairement qu’en période de stagnation les agriculteurs réagissent partout de manière rationnelle à une politique d’incitation par les prix; toutefois, on peut tout autant conclure à l’absence de réaction positive de la part de l’offre lorsque le supplément de pouvoir d’achat qui se dégage ne peut pas se traduire par l’achat de biens de consommation. En outre, la fourniture rapide d’intrants, tels que crédit, engrais chimiques et transport, est un facteur tout aussi déterminant de la réaction de l’offre. Par ailleurs, la politique des prix ne saurait être ramenée à un simple problème technique d’ajustement confié à des bureaucrates. Les termes de l’échange internes montrent à quel point il est difficile d’arriver à un équilibre dans les rapports économiques et politiques entre agriculteurs, travailleurs urbains et propriétaires d’unités de traitement. Les fluctuations des prix peuvent avoir des répercussions politiques énormes, d’où le décalage entre le moment où apparaît un problème et le moment où il y est remédié.
Prenons comme exemple les subventions alimentaires, qui sont tombées en discrédit dans le climat actuel de libéralisation économique, ce qui peut surprendre quand on connaît l’importance qu’elles ont pour des pans entiers de la population, auxquels elles garantissent un accès aux produits alimentaires (c’est le cas à Sri Lanka). Il y a deux sortes de subventions qui donnent des résultats totalement opposés en matière de production alimentaire. On peut soit décider de maintenir les prix à la production, qui sont fixés par l’Etat, à un niveau bas, ce qui peut évidemment avoir pour effet de détourner les exploitants agricoles de la production de produits alimentaires, soit décider d’établir des prix à la production avantageux tout en réduisant les prix à la consommation grâce au budget de l’Etat. C’est cette dernière méthode qui est utilisée en Zambie et dans d’autres pays d’Afrique subsaharienne depuis de nombreuses années, et qui est appliquée aujourd’hui en Chine, où le coût des subventions a plus que doublé entre 1978 et 1995, passant à 36,4 milliards de yuan, soit le double des sommes investies dans l’infrastructure rurale[30]. Etant donné la forte élasticité-revenu (proche de 0,6)[31] de la demande de produits alimentaires et le rythme de la croissance démographique urbaine, le montant total des subventions peut monter en flèche et apparaître sous forme de créances douteuses dans les comptes des institutions bancaires étatiques. Il ne reste plus guère alors qu’à réduire ce montant, même si cela est difficile politiquement. La solution qui consiste à cibler les plus démunis en subventionnant «leurs» produits alimentaires est plus facile à gérer sur le plan budgétaire, et permet de préserver, par ailleurs, certains de leurs acquis sociaux.
Ce que l’on retiendra de tout cela pour la gestion macroéconomique est que l’intervention des pouvoirs publics dans la politique des prix milite pratiquement toujours contre les mesures d’incitation et revient cher à l’économie en termes de pertes de production. Lorsque des agriculteurs en sont réduits à se mettre hors la loi et à utiliser des circuits de commercialisation parallèles pour écouler leurs produits, c’est que quelque chose ne fonctionne pas bien dans la politique des prix à la production et dans la politique de commercialisation; lorsque l’augmentation des prix à la production des produits agricoles d’exportation réduit à la faillite l’office de commercialisation ou la banque d’Etat qui finance cette augmentation, c’est que quelque chose ne fonctionne pas bien dans la politique des prix; lorsque la réglementation des prix profite à la corruption, c’est que quelque chose ne fonctionne pas bien dans la politique des prix. On peut, pour sortir de cette impasse, privatiser les circuits de commercialisation et améliorer ainsi l’efficacité si le circuit monopolistique de l’Etat est devenu incompétent ou corrompu, mais les problèmes qui ont poussé l’Etat à intervenir dans un premier temps risquent de réapparaître à ce moment-là. Il risque d’y avoir des marges de monopole importantes, une marginalisation des petits agriculteurs ou des régions isolées, ainsi que des délais de paiement arbitraires. En outre, les différentes régions du monde n’ont pas toutes ce secteur privé dynamique que les programmes d’ajustement considèrent comme acquis. Beaucoup font valoir qu’en Afrique l’Etat pourrait être contraint à continuer de jouer un rôle beaucoup plus important qu’ailleurs, aucune autre solution valable n’étant envisageable. On souligne souvent qu’en réduisant les investissements publics dans des services essentiels comme l’irrigation, l’infrastructure, la recherche et la vulgarisation, les programmes de réforme eux-mêmes risquent de compromettre indirectement les avantages des réformes concernant les prix, ce qui montre que la politique des prix ne saurait être dissociée des autres mesures prises en faveur du secteur agricole[32].
Etant donné que l’industrialisation est un processus de longue haleine et que la population vivant en milieu rural est appelée à croître au cours des cinquante prochaines années, c’est pour elles-mêmes que les zones rurales doivent être renforcées, et pas uniquement parce qu’elles sont une source de main-d’œuvre et de débouchés pour le secteur industriel urbain.
Les prix des produits agricoles n’ont pratiquement pas cessé de baisser depuis 1980, ce qui est catastrophique pour les pays en développement, notamment ceux d’Afrique subsaharienne et d’Amérique latine, qui sont fortement tributaires des exportations de produits agricoles. Le tableau 12 montre l’évolution des prix «réels» des produits de l’agriculture en général et de trois de ses composantes – boissons (cacao, café, thé), produits alimentaires, et matières premières (coton, grumes, caoutchouc, tabac)[33]. Ces prix ont baissé d’environ 60 pour cent entre 1980 et 1998. On estime à 2,5 milliards de dollars des Etats-Unis la perte de pouvoir d’achat subie par les pays en développement chaque année, du fait de la détérioration des termes de l’échange, ce qui signifie que, pour arriver à seulement maintenir le rythme actuel de leurs importations, ces pays doivent accélérer leurs exportations: pour importer par exemple un ballot de chemises en coton d’une quantité donnée, ces pays doivent exporter plus de deux fois plus de tissu charpie, compte tenu de la baisse de 60 pour cent des prix du coton.
Tout autant que la chute des cours, leurs fluctuations sont une constante du secteur agricole. Selon les chiffres sur lesquels se fonde le tableau 12, les prix des boissons en valeur nominale ont augmenté de 75 et 33 pour cent en 1994 et 1997, et ont diminué de 14 à 18 pour cent en 1992, 1996 et 1998. Les prix des produits alimentaires ont en moyenne baissé pendant toute la période, et ont aussi fluctué, bien que de façon moins marquée. La volatilité est donc endémique et pratiquement inhérente à la production des produits de base. L’offre dépend des conditions
Tableau 12. Cours des produits primaires en valeur réelle, 1980-1998 (1990 = 100)
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1980 |
1985 |
1990 |
1991 |
1992 |
1993 |
1994 |
1995 |
1996 |
1997 |
1998 |
|
| |||||||||||
|
Agriculture |
265 |
210 |
100 |
93 |
82 |
87 |
102 |
92 |
96 |
110 |
100 |
|
Boissons |
351 |
346 |
100 |
81 |
67 |
73 |
122 |
107 |
97 |
146 |
130 |
|
Produits
|
265 |
180 |
100 |
95 |
88 |
87 |
88 |
82 |
95 |
99 |
97 |
|
Matières
|
201 |
149 |
100 |
95 |
86 |
97 |
104 |
95 |
98 |
97 |
81 |
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Source: Banque mondiale, World Development Indicators, 1999. Le déflateur utilisé est l’indice de la valeur unitaire des produits manufacturés des pays du G5, mesure supplétive du prix des produits manufacturés importés par les pays en développement. | |||||||||||
météorologiques et, l’élasticité-prix de la demande étant faible, les variations de l’offre se traduisent par des fluctuations des prix. En outre, la production est souvent inélastique à court terme (surtout pour les produits périssables et pour les produits à période de maturation longue), de sorte que les variations de la demande influent fortement sur les prix[34]. Les conséquences de la baisse des prix dépendent évidemment de la structure de la production. Alors que l’Afrique subsaharienne a toujours été perdante, l’Asie de l’Est a réussi à éviter une détérioration des termes de l’échange des produits primaires en orientant sa production vers les produits manufacturés. L’Amérique latine et les Caraïbes ont enregistré sur toute la période une baisse constante des prix à l’exportation de leurs produits primaires autres que les combustibles.
Les pays en développement n’ont aucune protection efficace contre la baisse ou la fluctuation des prix, qu’ils ne sont pas à même d’influencer, aucun n’ayant la dimension nécessaire. Même lorsqu’ils ont un certain pouvoir d’intervention sur le marché, ils sont incapables de réduire l’offre car ils ne disposent pas des moyens de stockage nécessaires, et les producteurs ne sont pas toujours d’accord entre eux. Les accords de produits n’ont plus la cote, les contingents fixés dans les années soixante-dix pour le thé, le café, le cacao, le sucre et le sisal n’ayant réussi que très peu de temps à atténuer les fluctuations et à maintenir les prix. L’opposition concertée des pays industrialisés était (et reste) le principal obstacle à de tels accords.
Autrefois, c’était l’Etat qui, par le biais des offices de commercialisation, se chargeait de stabiliser les prix internes à la production pour compenser les fluctuations des prix externes. Il le faisait en constituant en période de vaches grasses des stocks pour les années de vaches maigres, mais les pouvoirs publics n’ont jamais pu résister à la tentation de mettre ces stocks à la disposition de tous et de taxer ou d’utiliser tout bénéfice exceptionnel. Ces derniers temps, les contraintes budgétaires, les emprunts contractés pour l’ajustement du secteur agricole et les accords commerciaux internationaux[35] ont débouché sur différentes formes et différents degrés de libéralisation économique, empêchant les pays de recourir aux mesures qui leur avaient permis de se protéger contre les fluctuations des prix. Aujourd’hui, on préfère s’en tenir aux lois du marché. Le Mexique a adopté un système de primes d’options, sorte de mécanisme qui permet aux agriculteurs de se protéger par le biais des marchés à terme en s’assurant contre une chute des cours. On peut également atténuer les fluctuations des cours en mettant en place des moyens de stockage modernes et en utilisant les récépissés-warrants comme gages pour les prêts de stockage[36].
Il y a trois stratégies axées sur le long terme. La première consiste à diversifier l’agriculture, les cours des produits de base ayant des tendances temporelles et des schémas de volatilité différents. On peut, par exemple, remplacer les importations de produits alimentaires par la production locale, une décision politiquement difficile, les cours mondiaux étant bas. Il est plus réaliste de chercher à diversifier les produits exportés, ce qui a été fait jusqu’à un certain point ces quinze dernières années avec la production de fleurs, de fruits, y compris à écale, d’épices, etc. Cela ne va pas de soi, les agriculteurs connaissant mal les marchés et les méthodes de production. La question fait l’objet d’un examen plus détaillé dans le chapitre 1.
Le deuxième type de diversification, axé sur le tourisme, offre la possibilité de renforcer l’agriculture sans sortir du secteur rural. Il peut induire un effet d’entraînement en amont par le biais de l’approvisionnement en vivres et créer de nouvelles sources de devises pour l’artisanat rural. Les résultats varient selon les pays et sont plutôt concluants dans certains pays d’Asie et d’Afrique comme la Thaïlande et le Kenya; en revanche, sur certaines destinations touristiques de qualité de la région des Caraïbes, on a jugé préférable d’importer les aliments et les boissons destinés aux touristes, dont les goûts dans ce domaine paraissaient difficiles à changer. Le tourisme connaît lui aussi, à sa façon, le problème de l’instabilité des revenus, qui dépendent de la conjoncture dans les pays industrialisés.
La troisième possibilité de diversification, plus viable, réside dans les activités rurales non agricoles – transport d’intrants et de produits, broyage et traitement des récoltes, abattage et traitement du bétail, fabrication et réparation d’outils –, qui jouent un rôle essentiel dans l’agriculture. De fait, transporteurs, broyeurs, bouchers, forgerons et fabricants de jougs et de harnais ont toujours fait partie de la communauté des agriculteurs. On trouve aussi en milieu rural des producteurs de biens de consommation simples, qui utilisent notamment des matières premières locales. Les commerçants jouent un rôle plu ambigu: en achetant les récoltes et en fournissant des biens qui s’échangent, ils remplissent une fonction aussi importante que l’activité agricole à proprement parler; par ailleurs, la position monopolistique qu’ils occupent dans le commerce, souvent en rapport avec le prêt d’argent, le broyage et le stockage des céréales, leur permet de tirer des excédents importants de l’agriculture, les conditions étant ainsi créées pour contrôler toute une série d’activités rurales, commerciales, financières ou industrielles[37].
Une économie rurale non agricole forte peut aider à accroître la productivité agricole si les pouvoirs publics prennent des mesures allant dans ce sens. On en vient souvent à opposer la politique de l’Union soviétique à celle de la Chine sous Mao. Les Soviétiques ont barré aux artisans et aux ateliers de réparation ruraux l’accès aux matériaux dès la fin des années vingt, ces activités ne leur paraissant pas être une priorité pour leurs projets d’industrialisation à grande échelle. L’abattage des animaux de trait pendant les grandes campagnes de collectivisation forcée n’a fait qu’aggraver le problème, ce qui explique le faible niveau de productivité et d’innovation du système des fermes collectives[38]. En Chine, au contraire, c’est l’industrialisation à petite échelle des zones rurales qui est devenue sous Mao la pièce maîtresse du Grand bond en avant, et même si cette politique n’a pas toujours été efficace elle a réussi à consolider l’économie rurale et à créer entre les exploitations agricoles et les usines des liens assez étroits, ce qui n’a jamais été le cas en URSS[39]. Les entreprises florissantes des petites villes et villages de Chine témoignent de l’efficacité de cette politique (voir encadré 15).
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Encadré 15
Les entreprises des petites villes et villages de Chine produisent toute une gamme de produits qui va de l’outillage agricole aux textiles et produits alimentaires transformés. Ces entreprises absorbent 13 pour cent de la main-d’œuvre et contribuent au revenu des ménages pour plus de 25 pour cent. Leur main-d’œuvre est essentiellement masculine, et l’agriculture en Chine est en train de devenir de plus en plus le domaine des femmes et des enfants. Selon des estimations, en 2005, ces entreprises auront absorbé 50 millions de travailleurs supplémentaires mais, étant donné la croissance démographique et l’accroissement de la productivité dans le secteur agricole, cela ne représentera pas plus d’un sixième de la croissance prévue du chômage rural. Source: Li Xiaoyuan et collaborateurs, op. cit. |
D’après les schémas de développement des activités rurales non agricoles, il semble qu’en Afrique et dans la plupart des pays d’Asie du Sud ces activités, qui consistent principalement à produire à domicile et à petite échelle des produits non commercialisables (vendus localement surtout) en soient au premier stade d’évolution. A ce stade, l’agriculture est généralement tributaire de l’approvisionnement local en intrants et services agricoles et de la transformation et de la distribution locales des produits agricoles, dont se chargent habituellement des petites entreprises[40].
En Amérique latine, ces activités en sont au deuxième stade de développement, avec une proportion moindre de la population rurale qui dépend de l’agriculture. Des interactions existent au sein du secteur agricole et avec d’autres secteurs ruraux – tourisme, activités minières, services –, et les relations ville-campagne se développent également avec les contrats de sous-traitance entre ateliers ruraux et entreprises urbaines (par exemple dans la confection) et la progression rapide des migrations journalières entre campagne, villes rurales et villes intermédiaires. On y voit également se développer la petite production à forte intensité de main-d’œuvre, ainsi que l’industrie agroalimentaire.
L’Asie de l’Est est entrée dans la troisième phase de développement des activités rurales non agricoles, dans laquelle s’établissent des formes plus avancées de relations commerciales entre ville et campagne: contrats de sous-traitance portant sur des biens légers, durables ou intermédiaires, migrations journalières de la main-d’œuvre, industrialisation rapide de l’agriculture commerciale. Contrairement aux autres pays d’Asie du Sud, Sri Lanka en est déjà à ce stade: après avoir réussi à disséminer des ateliers de confection dans tout le milieu rural, ce pays s’efforce aujourd’hui d’y attirer des industries à plus haute technologie afin de réduire la dépendance à l’égard de la confection[41].
Il faut enfin préciser que la progression des activités rurales non agricoles ne reflète pas toujours une évolution positive. Pour certains ménages des régions où se pratique une agriculture à haut risque, ces activités ne sont rien d’autre qu’une stratégie de survie, comme elles l’ont été dans une grande partie de l’Afrique subsaharienne ces vingt dernières années[42]. En outre, elles ne débouchent pas forcément sur une meilleure répartition des revenus ruraux. En Colombie, par exemple, le tourisme agro-écologique est aujourd’hui une activité florissante dans les vieilles plantations de café, mais pour des milliers de paysans qui vivaient jusqu’ici de la cueillette du café cela s’est traduit par une montée du chômage.
A bien des égards, les activités rurales non agricoles sont le pendant du secteur informel urbain – ce sont des activités artisanales à forte intensité de main-d’œuvre qui utilisent des matériaux locaux et répondent à une demande locale. Mais ce qui fait leur intérêt par rapport au secteur informel urbain, c’est précisément leur localisation en milieu rural. Elles méritent donc doublement d’être encouragées car elles permettent d’alléger la pression qui s’exerce sur les zones rurales en matière d’emploi. La Chine, Sri Lanka et le Viet Nam, parmi d’autres pays, ont déjà ouvert la voie.
«La mondialisation change tout.» Cette phrase est désormais un cliché, mais sa banalité même lui confère un certain degré de vérité. Il n’est que de voir les consommateurs qui, partout dans le monde, exigent que la nourriture qu’ils mangent ou les fleurs qu’ils offrent soient produites «en toute sécurité» – sécurité pour les travailleurs, pour l’environnement, pour eux-mêmes. Les organisations non gouvernementales sont souvent en première ligne, et leur message se propage à travers d’innombrables sites sur Internet. Elles n’étaient que quelques centaines dans les années soixante, et on en compte désormais presque 30 000[43]. Elles s’organisent entre elles pour faire du prosélytisme dans le secteur de l’agriculture, prêcher en faveur de normes du travail plus élevées dans les exploitations – particulièrement en faveur de l’élimination du travail des enfants et de l’égalité entre hommes et femmes –, d’une utilisation plus sûre des produits chimiques et des machines agricoles, de la production d’aliments de meilleure qualité, de l’étiquetage des aliments génétiquement modifiés. L’application de normes de travail plus humaines, certifiée par des labels, est récompensée par des prix élevés au supermarché.
Bien que les termes «travail des enfants» évoquent le plus souvent l’image d’enfants travaillant dans des usines ou ateliers, la plupart des enfants qui travaillent – les trois quarts des 120 millions de petits travailleurs à plein temps âgés de 5 à 14 ans – travaillent en fait dans l’agriculture. Le travail des enfants est un problème que l’on observe surtout dans les pays en développement; or ces pays sont majoritairement agricoles. On estime que plus des trois cinquièmes des enfants qui travaillent sont en Asie, 32 pour cent en Afrique et 7 pour cent en Amérique latine[44]; compte tenu de la part de chaque continent en matière de démographie, la proportion des enfants qui travaillent est deux fois plus élevée en Afrique que sur les autres continents. Dans 10 des 13 pays africains récemment étudiés, plus de 30 pour cent des enfants de 10 à 14 ans travaillaient dans des exploitations agricoles[45]. Les enfants souffrent, d’une manière disproportionnée, de lésions, telles que coupures et autres blessures, infections oculaires, problèmes cutanés, fièvre et maux de tête provoqués par l’exposition aux pesticides[46].
Le travail des enfants dans les exploitations agricoles familiales constitue un cas à part compte tenu de la stratégie de survie des ménages dans le tiers monde[47]. Les enfants participent non seulement aux tâches ménagères mais aussi aux travaux agricoles, notamment lorsque ces travaux sont urgents. En Amérique latine, les garçons gardent les moutons, ramassent du bois, du fourrage, vont chercher de l’eau et participent aux semailles et aux récoltes; les filles participent au broyage des céréales, à la cuisine, et elles s’occupent de leurs jeunes frères et sœurs. En Afrique subsaharienne, les enfants travaillent souvent pour aider leur famille à survivre, jusqu’à 45 heures par semaine à la saison des récoltes. Le travail des enfants est toléré dans un contexte familial, car l’élément d’exploitation en est absent.
Le travail des enfants prend une ampleur beaucoup plus inquiétante lorsqu’il s’inscrit dans le contexte de l’agriculture commerciale et de la servitude pour dettes. Des études récentes du BIT ont révélé que la participation des enfants à l’agriculture commerciale était beaucoup plus forte que ce que l’on imaginait jusqu’ici. Au milieu des années quatre-vingt-dix, au nord-est du Brésil, 25 pour cent de la main-d’œuvre dans la production de canne à sucre étaient des enfants âgés de 14 ans ou moins; dans les Etats du nord du Mexique, 20 à 35 pour cent de la main-d’œuvre dans la production des fruits et légumes étaient des enfants âgés de 8 à 14 ans. Quant aux plantations de caféiers du Kenya, on a constaté que plus de 30 pour cent des récolteurs au plus fort de la saison avaient moins de 15 ans. «Les enfants qui travaillent dans l’agriculture commerciale effectuent pendant de longues heures un travail très dur sur le plan physique, peuvent se blesser avec des outils, doivent transporter des charges très lourdes, risquent constamment des morsures d’insectes et de serpents et sont exposés aux dangers de la manutention de produits agrochimiques[48].»
Les enfants font souvent partie de la main-d’œuvre familiale recrutée par les grandes entreprises qui produisent pour l’exportation. Pour accomplir le travail à la pièce, les sous-traitants qui assurent l’exploitation des plantations recrutent souvent des enfants, car c’est une main-d’œuvre bon marché qui peut accomplir des travaux dangereux. Invariablement, les salaires qui leur sont versés sont inférieurs à ceux qui sont versés aux adultes pour un travail équivalent.
La pire forme de travail des enfants est la servitude pour dettes, qui existe surtout en Asie du Sud et en Amérique latine; c’est une forme d’esclavage moderne, aux termes de laquelle, en échange d’un crédit, une personne offre son travail ou celui de ses enfants. Les enfants en situation servile travaillent dans de grandes exploitations agricoles et pour de gros propriétaires terriens, et ils accomplissent des travaux domestiques et non domestiques à titre de remboursement partiel de la dette familiale. Le travail forcé dans l’agriculture commerciale existe également dans le contexte de la récolte du rotin aux Philippines, de la canne à sucre et du caoutchouc au Brésil et des légumes au Honduras et en Afrique du Sud[49].
Les mesures prises face au problème du travail des enfants se divisent entre les interventions sur le plan juridique et l’action des pouvoirs publics. La législation nationale prescrit un âge minimum d’admission à l’emploi et réglemente les conditions de travail des jeunes[50], tandis que par des interventions en collaboration l’Etat s’efforce de modifier le milieu économique afin que les parents retirent volontairement leurs enfants de la population active. Beaucoup d’initiatives sont prises pour traiter le problème du travail des enfants dans l’agriculture commerciale, en partie avec l’aide de l’OIT; elles vont des commissions nationales aux travaux de recherche, en passant par la sensibilisation du public, l’organisation de séminaires de formation tripartites et la formulation de projets spéciaux. La stratégie du BIT suit actuellement les quatre grands axes suivants, l’IPEC (encadré 16) étant le programme vedette en ce qui concerne le travail des enfants:
Les travaux de l’IPEC ont acquis un nouvel élan avec l’adoption, à la session de juin 1999 de la Conférence internationale du Travail, de la convention (nº 182) sur les pires formes de travail des enfants, 1999, qui définit ainsi le travail des enfants: «des travaux qui, par leur nature ou les conditions dans lesquelles ils s’exercent, sont susceptibles de nuire à la santé, à la sécurité ou à la moralité de l’enfant» (voir encadré 17). Bien des travaux effectués dans les plantations et les exploitations agricoles commerciales correspondent à cette définition. C’est particulièrement le cas lorsqu’il y a utilisation de produits chimiques, d’engrais et de pesticides ou lorsque les enfants effectuent des travaux dangereux dans les usines de transformation attachées aux plantations.
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Encadré 16
Les travaux relatifs au travail des enfants sont menés à bien sous l’égide du Programme international pour l’abolition du travail des enfants (IPEC). L’expérience acquise dans le cadre de ce programme a montré que la manière la plus efficace de traiter le problème est de mobiliser une vaste alliance de partenaires et de faire une large place aux interventions communautaires. Parmi les solutions de rechange viables pour les enfants que l’on retire des travaux agricoles, on peut citer une instruction élémentaire ou une formation professionnelle, la réintégration des enfants dans le système scolaire officiel et la fourniture de services de santé et d’un soutien nutritionnel. Des incitations – notamment une formation professionnelle et un accès au microcrédit – sont offertes aux familles des petits travailleurs pour les empêcher de dépendre de nouveau du travail de leurs enfants. L’action conjointe des groupes d’employeurs et de travailleurs a permis la mise au point d’accords qui limitent l’emploi des enfants dans des conditions dangereuses ou d’exploitation et qui améliorent les conditions d’emploi des adultes. La réussite de ces programmes s’explique par la politique qui consiste à sensibiliser les employeurs sans les menacer de mesures coercitives ou de sanctions. |
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Encadré 17
La nouvelle convention sur les pires formes de travail des enfants et la recommandation qui l’accompagne (no 190) ont été adoptées par un vote à l’unanimité à la session de juin 1999 de la Conférence internationale du Travail. Cette convention prévoit l’adoption de mesures immédiates pour bannir et éliminer:
– la vente et la traite des enfants, la servitude pour dettes;
La convention no 182 et la recommandation no 190 ne remplacent pas la convention no 138 ni la recommandation no 146 qui demeurent les instruments fondamentaux concernant le travail des enfants. Elles les complètent plutôt, en prévoyant des mesures de base pour assurer l’élimination immédiate des pires formes de travail des enfants pour toutes les personnes âgées de moins de 18 ans. Elles prennent en compte l’importance d’une éducation de base gratuite pour tous et reconnaissent la valeur des stratégies de prévention et des programmes de réadaptation visant l’insertion sociale de ces enfants. |
L’agriculture est la principale source d’emploi pour les femmes dans la plupart des pays en développement, notamment en Afrique subsaharienne et en Asie de l’Est et du Sud-Est, où les normes culturelles n’excluent pas le travail des femmes dans les lieux publics. Cependant, cette liberté a un revers puisque les femmes doivent souvent assumer la plus grosse part du travail agricole contre une compensation monétaire très faible (voir encadré 18 concernant l’Afrique subsaharienne). A mesure que la pauvreté s’aggrave, les traditions perdent du terrain, même en Asie du Sud où les femmes travaillent désormais dans les champs et non plus seulement dans les jardins familiaux. Au Bangladesh, les femmes sont de plus en plus souvent chargées des semailles, de la préparation des sols, du repiquage, du désherbage, de l’irrigation, des pulvérisations et de la moisson (encadré 19). Cependant, la tradition prévaut encore pour ce qui est de l’accès aux ressources, puisque les femmes n’ont guère leur mot à dire pour ce qui est de la répartition des dépenses du ménage. L’un des principaux problèmes est le fait que les femmes n’exercent aucun contrôle sur les terres arables et qu’elles ne jouissent d’aucun droit sur la terre, que ce soit par héritage, dans le cadre d’une distribution de terres ou par acquisition. Cette situation détermine non seulement les options qui s’offrent à elles pour assurer leur subsistance, mais aussi leur statut politique et social[51].
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Encadré 18
En Afrique subsaharienne, la contribution des femmes à l’agriculture a toujours été très importante puisque c’est dans ce secteur que sont occupées les trois quarts des femmes actives. Une division du travail s’opère selon le sexe, les hommes s’acquittant des tâches les plus difficiles au stade de la préparation des sols et les femmes étant plus nombreuses à travailler aux étapes suivantes. Par ailleurs, et c’est aussi une tradition dans la répartition du travail, les femmes sont confinées aux cultures vivrières tandis que les hommes s’occupent des récoltes commerciales. Ceci signifie également que les femmes ne contrôlent que dans une très faible mesure le revenu familial puisque ces cultures vivrières sont généralement destinées à assurer la subsistance de la famille. Au total, les femmes représentent plus de la moitié de la main-d’œuvre dans l’agriculture, sauf pour le défrichement des forêts et la préparation des sols. | |||||||||||||||||||||
Bien que les données ci-dessus soient un peu anciennes, tout porte à croire que la situation n’a pas beaucoup changé, si ce n’est pour empirer, en raison de l’aggravation de la crise économique en Afrique. Source: Commission économique pour l’Afrique (ONU): UN handbook on women in Africa: Today and tomorrow (Addis-Abeba, CEA, 1975), cité dans BIT: Promotion de l’emploi rural, rapport VII, Conférence internationale du Travail, 75e session, Genève, 1988, p. 45; voir aussi BIT: Genre! Partenaires et égaux, dossier d’information du Bureau de l’égalité entre hommes et femmes (Genève, 2000). | |||||||||||||||||||||
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Encadré 19
Plus de 70 pour cent des ménages du Bangladesh dépendent de l’agriculture et des activités connexes, la culture du riz étant la plus importante de toutes les activités rurales. Les femmes jouent un rôle crucial dans la production du riz, comme le montre le tableau suivant:
Ces rôles sont nouveaux: traditionnellement, les femmes ne travaillaient que dans les jardins familiaux, mais l’aggravation de la pauvreté les a incitées à travailler également dans les champs. Source: T.A. Abdullah et S.A. Zeldenstein: Village women of Bangladesh: Prospects for change (Oxford, Pergamon Press, 1982), et M. Shirin: «Achievements of women in mixed farming», dans U. Ahmed et M.A.H. Miah (directeurs de publication): Success stories of women in agriculture: Proceedings of a National Workshop on Case Studies (Bangladesh Agricultural Research Council, 1995), cité par la FAO à Dhaka, http://www.fao.org/sd/wpdirect/wpre 0104.htm. |
Cette situation est déterminée par les normes traditionnelles concernant le rôle des femmes et le partage des revenus, mais cinq facteurs interdépendants sont tout aussi importants: le fait que les femmes ne contrôlent pas les ressources productives, les inégalités dans les offres d’emploi, l’exclusion des femmes de la prise de décisions et de l’élaboration des politiques, le cadre juridique qui leur est défavorable et la prédominance croissante des ménages dirigés par une femme. Ces facteurs empêchent effectivement les femmes de bénéficier d’une répartition égale de la rémunération, au mépris total de leur contribution à la sécurité alimentaire de la famille. Le fait que cette contribution prend souvent la forme d’un apport alimentaire de subsistance la rend invisible, mais elle est pourtant bien réelle. La prédominance croissante des ménages dirigés par une femme, parce que les hommes sont partis en ville à la recherche d’un emploi et aussi en raison de l’augmentation du nombre des divorces et des abandons, signifie que les femmes doivent supporter une charge plus lourde pour élever leurs enfants.
L’expérience acquise par l’OIT de l’assistance aux femmes dans l’agriculture (ainsi que dans d’autres secteurs) a montré combien il importe de replacer la situation des femmes dans le contexte des règles et des pratiques du ménage, de la communauté, du marché et de l’Etat qui perpétuent leur subordination. On s’attache à rendre plus limpide tout le processus de discrimination fondée sur le sexe – des incitations aux contraintes, en passant par les récompenses. L’intégration de considérations de parité dans les programmes, la production de données et d’informations différenciées selon le sexe et le renforcement des capacités, associés à une plus grande participation des femmes à tous les stades de la prise de décision, sont considérés comme le fondement des travaux de l’OIT en matière d’égalité entre les sexes (voir encadré 20).
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Encadré 20
Dans le cadre du suivi de la plate-forme d’action adoptée à la quatrième Conférence mondiale sur les femmes tenue à Beijing en 1995, et conformément aux conclusions concertées du Conseil économique et social de 1997 sur l’intégration des questions de genre*, le BIT a créé (en mars 1999) un Bureau de l’égalité entre hommes et femmes qui a adopté un plan d’action pour une politique intégrée de promotion de l’égalité entre hommes et femmes dans les activités du BIT. L’action du Bureau est orientée vers:
Comme dans d’autres domaines des travaux de l’OIT, les moyens d’action pour promouvoir l’égalité entre hommes et femmes comprennent l’activité normative et le contrôle de l’application des normes, la coopération technique, les services consultatifs, le renforcement des capacités, les réunions et autres activités promotionnelles, les travaux de recherche et les publications ainsi que la constitution de réseaux et la diffusion d’informations. * Les conclusions concertées adoptées par le Conseil économique et social des Nations Unies définissent le concept d’intégration d’une démarche d’équité entre les sexes de la manière suivante: «c’est évaluer les incidences pour les femmes et pour les hommes de toute action envisagée, notamment dans la législation, les politiques ou les programmes, dans tous les secteurs et à tous les niveaux. Il s’agit d’une stratégie visant à incorporer les préoccupations et les expériences des femmes aussi bien que celles des hommes dans l’élaboration, la mise en œuvre, la surveillance et l’évaluation des politiques et des programmes dans tous les domaines – politique, économique et social –, de manière que les femmes et les hommes bénéficient d’avantages égaux et que l’inégalité ne puisse se perpétuer. Le but ultime est d’atteindre l’égalité entre les sexes.» |
Une participation accrue des femmes contribuerait non seulement à élever les revenus des ménages, mais aussi à favoriser un développement durable en mettant à profit la connaissance acquise par les femmes de la diversité génétique à la faveur de leurs tâches routinières consistant à fournir des produits alimentaires, du combustible et de l’eau à leurs familles et au marché. Une approche à trois volets est préconisée:
Font aussi partie intégrante de cette approche la production de meilleures données et des recherches sur les techniques agricoles et domestiques différenciées selon le sexe.
L’agriculture est, avec les industries extractives et la construction, l’un des trois secteurs d’activité les plus dangereux, tant dans les pays en développement que dans les pays industrialisés. C’est dans ce secteur que se sont produits plus de la moitié des 330 000 accidents mortels du travail enregistrés en 1997. En outre, le taux de mortalité y est en hausse alors qu’il est en baisse dans d’autres métiers dangereux[52]. A l’échelon mondial, le risque de mourir au travail est, au bas mot, deux fois plus élevé pour les agriculteurs que pour les travailleurs des autres secteurs; aux Etats-Unis, l’écart est encore plus marqué: en 1996, le taux d’accidents mortels était de 20,9 pour 100 000 dans le secteur agricole, contre une moyenne de 3,9 tous secteurs confondus. Ces statistiques, aussi effrayantes soient-elles, demeurent très en deçà de la réalité, ce qui tient à de nombreux facteurs et notamment à la difficulté de savoir si une maladie est d’origine professionnelle ou non ainsi qu’à la diversité des statuts des travailleurs dans l’agriculture. Dans ce secteur, donc très exposé, la protection sociale est très limitée: le plus souvent, les agriculteurs ne sont protégés que s’ils cotisent volontairement à un régime d’assurance. Les travailleurs des exploitations familiales, les travailleurs journaliers des plantations, les travailleurs saisonniers et les travailleurs migrants, ainsi que les femmes et les enfants sont les groupes les plus vulnérables.
Les machines et les produits chimiques sont, pour les agriculteurs, la principale cause des accidents et maladies. La mécanisation a incontestablement rendu moins pénibles les travaux agricoles, mais elle a aussi contribué à faire augmenter le nombre des accidents. C’est notamment le cas dans les pays en développement faute de dispositifs appropriés de protection et faute d’un effort suffisant de prévention et de formation. Dans les pays développés aussi, les machines sont la première cause d’accidents du travail: en France, par exemple, elles sont à l’origine de 25 pour cent des accidents agricoles; en Espagne, 40 pour cent de ces accidents sont dus aux machines, dont la moitié aux seuls tracteurs[53]. En Argentine, entre avril et juin 1997, les machines agricoles ont provoqué 30 pour cent environ des accidents non mortels et 4 pour cent des accidents mortels. En Colombie, les tracteurs ont été à l’origine de la moitié des accidents enregistrés dans le secteur agricole en 1996.
Les produits chimiques sont le deuxième grand risque auquel sont exposés les agriculteurs. Ces derniers utilisent près de trois quarts de million de produits chimiques et de composés chimiques – et des milliers de nouveaux produits sont lancés chaque année sur le marché sans qu’on ait toujours le temps d’évaluer parfaitement les risques qu’ils peuvent présenter. Dans ce cas aussi, ce sont les agriculteurs du monde en développement qui sont les plus vulnérables: ils sont trop pauvres pour utiliser des équipements de protection et ils sont en outre mal informés des dangers. En 1994, seulement 20 pour cent des pesticides utilisés dans l’agriculture ont été appliqués dans les pays en développement, mais c’est dans ces pays que l’on a enregistré la quasi-totalité (99 pour cent) des intoxications causées par ces produits[54].
L’Organisation mondiale de la santé estime que de 3,5 à 5 millions de personnes sont intoxiquées chaque année par les pesticides et que 40 000 d’entre elles en meurent. Selon des estimations du gouvernement des Etats-Unis, 735 000 personnes dans le monde seraient atteintes chaque année de maladies dues aux pesticides et, dans le monde en développement, selon une source canadienne, le nombre de morts dues aux pesticides serait de 10 000 par an et le nombre d’intoxications de 4 millions[55]. Des intoxications aiguës sont à craindre lorsque des pesticides sont utilisés dans des milieux confinés où ils peuvent atteindre des concentrations très élevées dans l’air. Des expositions répétées à des concentrations même modérées de pesticides entraînent elles aussi des intoxications, rarement diagnostiquées. Elles peuvent provoquer des cancers, des maladies respiratoires, des troubles neurologiques, neuromusculaires ou psychiatriques, des allergies, etc. L’exposition des femmes enceintes à des produits chimiques peut avoir des effets tératogènes.
Pour un développement agricole durable, plus respectueux de l’être humain et de sa santé, il faudrait bannir peu à peu les pesticides les plus dangereux – ceux qui causent le cancer, qui ont un effet génésique ou qui attaquent le système nerveux. Il faudrait notamment:
La prise de conscience des risques que les pesticides font courir à l’homme et à l’environnement a conduit les fabricants à accepter de mieux en mieux les mesures et programmes visant à réduire l’utilisation de ces produits.
En dehors des dangers que présentent les machines et les produits chimiques, les principales maladies professionnelles qui menacent les agriculteurs sont les affections infecto-contagieuses transmises par contact avec les animaux (zoonoses), les affections respiratoires, les dermatoses, les allergies, le cancer, les lésions dues au bruit et aux vibrations, ainsi que les troubles liés aux tâches répétitives, aux postures inadaptées, au port de lourdes charges, au travail prolongé. Il y a aussi un risque non négligeable d’asphyxie en cas de chute dans les silos de stockage. Maladies et affections sont responsables d’une grande dépense énergétique, aboutissant à un vieillissement prématuré, d’un absentéisme important, d’une productivité réduite et d’un coût social et de santé très élevé au niveau national.
Au BIT, le Programme mondial sur la sécurité, la santé et l’environnement (SafeWork) (ex-Service de la sécurité et de la santé au travail) se charge de tout ce qui touche à la sécurité et à la santé au travail. Un exemple de projet de coopération technique qui a donné d’excellents résultats est présenté dans l’encadré 21. L’adoption de nouvelles normes en matière de sécurité et de santé dans l’agriculture, qui ont fait l’objet d’une première discussion à la 88e session de la Conférence internationale du Travail (encadré 22), devrait donner un nouvel élan aux travaux dans ce domaine.
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Encadré 21
Le projet du BIT sur la sécurité et la santé des agriculteurs d’Amérique centrale (1993-1998) est l’exemple d’un projet de coopération technique qui a donné d’excellents résultats. Il a permis de tester une stratégie type pour l’élaboration des politiques nationales de promotion de la sécurité et de la santé des travailleurs agricoles dans le monde en développement et, ainsi, de définir l’orientation de l’action future du BIT dans ce domaine. Ce projet visait les ouvriers agricoles, les petits exploitants et leurs familles ainsi que les travailleurs temporaires. Il comportait les volets suivants: élaboration d’un cadre législatif, y compris l’actualisation de la législation en matière de sécurité et de santé au travail; définition d’une politique nationale pour le secteur; établissement d’un système de classification des produits agrochimiques et d’un programme de surveillance préventive de la santé; renforcement des capacités nationales et mécanismes d’appui pour la mise en œuvre du programme; mise en place d’un réseau d’information et de formation sur la sécurité et la santé au travail; promotion d’une agriculture durable car respectueuse de l’environnement. Pour certaines activités, le BIT a collaboré avec la FAO et l’OMS. L’expérience acquise a aidé à mettre au point un certain nombre d’outils de formation, de directives et de règlements types utilisés pour des activités de coopération technique dans d’autres pays. La combinaison de diverses activités – activité normative, promotion de la sécurité et de la santé, échanges d’informations, renforcement des capacités – a renforcé l’impact et la visibilité du programme du BIT relatif à la sécurité et à la santé des travailleurs agricoles. |
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Encadré 22
Il n’existe aucune norme internationale détaillée concernant la sécurité et la santé des agriculteurs, même si la convention (no 155) sur la sécurité et la santé des travailleurs, 1981, et la convention (no 161) sur les services de santé au travail, 1985, posent le principe d’une politique de santé et de sécurité au niveau national et au niveau des entreprises qui doit s’appliquer à toutes les branches d’activité économique, et que la convention (no 110) sur les plantations, 1958, vise les conditions de travail dans les plantations. C’est pourquoi le Conseil d’administration du BIT a décidé d’inscrire à l’ordre du jour de la 88e session (2000) de la Conférence internationale du Travail une question concernant l’adoption éventuelle de nouvelles normes. Cette question fera l’objet d’une double discussion selon la procédure prévue à l’article 39 du Règlement de la Conférence. Les nouvelles normes serviraient de cadre à l’élaboration des politiques nationales de santé et de sécurité au travail dans l’agriculture. |
Le génie génétique permet, par transfert de matériel génétique d’une espèce à l’autre, d’améliorer la résistance des végétaux et des animaux à différents stress, ravageurs et agents pathogènes et d’optimiser l’apport nutritif (voir encadré 23)[57]. Dans le cas des cultures, cette technique devrait permettre d’accroître la production, notamment sur les terres marginales, et d’utiliser moins de produits agrochimiques. Beaucoup considèrent donc que les manipulations génétiques aideront à nourrir l’humanité, à protéger l’environnement et à faire reculer la pauvreté[58]. Toutefois, les conséquences imprévisibles de cette technique suscitent beaucoup d’inquiétudes aussi[59]. Il faut faire preuve de vigilance et évaluer les problèmes potentiels soulevés par les scientifiques et les écologistes: prolifération des mauvaises herbes, flux de gènes, apparition de nouveaux virus, effets imprévus des insecticides produits par les végétaux modifiés génétiquement sur d’autres organismes[60]. De «super mauvaises herbes» risquent de voir le jour si des caractéristiques telles que la tolérance à des herbicides sont transférées à des plantes sauvages. Il pourrait aussi arriver que des plantes transgéniques se révèlent nocives pour des insectes qui se nourrissent d’autres insectes dangereux pour les cultures. Des variétés transgéniques homogènes risquent d’entraîner un appauvrissement génétique en évinçant les variétés locales et la recombinaison vectorielle pourrait faire apparaître de nouvelles souches résistantes de virus, notamment si la plante acquiert une résistance à des virus par transfert de gènes viraux. Vu ces inquiétudes, la Commission du développement durable, à sa huitième session (avril-mai 2000), a demandé que les OGM fassent l’objet d’un moratoire aussi longtemps que les recherches sur leur impact ne seront pas terminées[61].
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Le génie génétique permet d’améliorer des organismes en les dotant de nouvelles qualités ou en éliminant leurs défauts. Pour cela, il faut identifier le gène, ce qui revient à trouver une aiguille dans une meule de foin – meule de foin de la taille des Etats-Unis. Le génie génétique permet de remédier à un défaut génétique, d’améliorer une caractéristique déjà présente (par exemple, accélération de la croissance), d’accroître la résistance aux maladies ou au stress (par exemple, chaleur ou froid extrêmes) ou d’obtenir d’un organisme quelque chose qui n’est pas naturel (par exemple, produire de l’insuline pour les diabétiques, éviter que les tomates ne pourrissent). Quelques étapes:
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Malheureusement, les sommes allouées à l’évaluation des risques demeurent limitées. Par exemple, le ministère de l’Agriculture des Etats-Unis n’y consacre que le dixième des fonds alloués à la recherche biotechnologique, soit entre 1 et 2 millions de dollars par an. C’est très loin d’être suffisant compte tenu de l’essor actuel des OGM.
La prédominance de plus en plus marquée du secteur privé, et plus précisément de quelques entreprises commerciales, dans la mise au point des OGM suscite aussi des préoccupations (voir tableau 13). On se rappelle que, dans le cas de la Révolution verte, le secteur public avait joué un rôle déterminant. L’extension de la notion de droits de propriété intellectuelle favorise aussi la privatisation du développement des OGM. Monsanto, par exemple, a déposé des demandes de brevets pour tous les cotons et brassicas transgéniques. L’existence de semences brevetées pourrait être préjudiciable aux agriculteurs, notamment des pays en développement, obligés d’en racheter à chaque semis[62]. Il serait également possible aux multinationales d’établir un lien entre les végétaux résistant à des herbicides et leurs propres herbicides. Certains vont jusqu’à craindre que les produits
Tableau 13. Exemples d’OGM commercialisés aux Etats-Unis (juillet 1998)
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Caractéristiques |
Entreprises |
Applications |
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Maïs
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Maïs Bt Tolérance au glyphosate
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Monsanto, Novartis, Mycogen Monsanto
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Lutte contre les insectes Lutte contre les mauvaises herbes Lutte contre les mauvaises herbes Production de semences hybrides |
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Coton |
Tolérance au bromoxynil
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Monsanto/Galgene/Rhône Poulenc DuPont
Monsanto/Calgene/Rhône Poulenc
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Lutte contre les mauvaises herbes Lutte contre les mauvaises herbes Lutte contre les mauvaises herbes Lutte contre les mauvaises herbes et les insectes
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Soja |
Tolérance au glyphosate
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Monsanto
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Lutte contre les mauvaises herbes Lutte contre les mauvaises herbes Stabilité accrue. Effet sur les acides gras polyinsaturés |
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Source: Gene Exchange (Washington, DC, Union of Concerned Scientists, été 1998). | |||
biotechnologiques des pays industrialisés évincent les produits traditionnels des pays en développement[63].
La nouvelle révolution agricole n’est pas allée aussi vite que les entreprises spécialisées dans les «sciences de la vie» l’auraient peut-être souhaité. L’opinion publique se montre de plus en plus inquiète depuis quelques années. L’Union européenne fait obligation aux fabricants de produits alimentaires de signaler sur leurs étiquettes l’origine biotechnologique éventuelle des produits. Certaines grandes chaînes de magasins alimentaires de l’UE ont renoncé à vendre des produits contenant des ingrédients issus de manipulations génétiques, et le gouvernement des Etats-Unis a décidé de contrôler plus strictement ce genre de produits (encadré 24).
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Encadré 24
En mai 2000, le gouvernement des Etats-Unis a rendu public un plan qui vise à renforcer le contrôle des autorités fédérales sur les aliments génétiquement modifiés et à mieux informer les consommateurs afin d’accroître leur confiance dans ces produits. Désormais, les entreprises de biotechnologie devront informer la Food and Drug Administration quatre mois avant la mise sur le marché d’un nouvel aliment génétiquement modifié et devront rendre publics les résultats de recherches démontrant que ces produits sont sans danger. En outre, le ministère de l’Agriculture vérifiera que les produits dont les fabricants affirment qu’ils ne contiennent pas d’ingrédients issus de manipulations génétiques sont effectivement exempts de tels ingrédients. Des produits végétaux issus des biotechnologies sont en vente aux Etats-Unis depuis 1996. Ils couvrent désormais des millions d’hectares. Ils représentent la moitié de la production de soja et de coton du pays, un tiers de la production de maïs et une forte proportion de la production de colza, de pommes de terre et de courges. Toutefois, face à la montée des critiques, plusieurs grands producteurs comme Frito-Lay et McDonald ont récemment accepté de cesser d’utiliser certains ingrédients d’origine transgénique. En réaffirmant que les aliments transgéniques ne sont pas plus dangereux que les autres et qu’ils sont correctement contrôlés, le nouveau plan du gouvernement des Etats-Unis vise à renforcer la confiance du public dans ces produits. Source: International Herald Tribune, 4 mai 2000, p. 3. |
Après quatre ans de négociations, le premier instrument international visant à réglementer l’utilisation, le traitement et les mouvements transfrontières des OGM a été adopté le 29 janvier 2000 à Montréal. Il s’agit du Protocole de Carthagène sur la prévention des risques biotechnologiques relatif à la Convention sur la diversité biologique. Ce nouvel instrument parvient à concilier souci de l’environnement et exigences du libre-échange. La disposition la plus importante exige des exportateurs qu’ils obtiennent l’accord préalable du pays importateur pour la première livraison d’un organisme vivant modifié destiné à être utilisé dans l’environnement, autorisation qui n’est pas nécessaire pour les produits alimentaires destinés à être consommés ou transformés. Le principe de précaution qui figure dans cet instrument signifie qu’une nation peut prendre des mesures pour se protéger – en l’occurrence en interdisant l’importation d’un OGM – même si le danger n’est pas prouvé scientifiquement.
Même s’ils sont prometteurs en ce qui concerne les rendements, et peut-être aussi pour la protection de l’environnement, les OGM en sont encore au stade expérimental et doivent donc être contrôlés de près. Les mandants tripartites de l’OIT – gouvernements, travailleurs, employeurs – ont, les uns et les autres, un rôle à jouer dans ce domaine. Cette question sera l’un des points de la discussion.
Les initiatives volontaires – création de labels, adoption de codes de conduite – visent à favoriser les biens et services qui sont produits dans des conditions de travail justes et équitables. Ces initiatives sont volontaires dans la mesure où les producteurs ou détaillants qui décernent un label à un produit ou service ou qui adoptent un code de conduite le font de leur plein gré, sans y être obligés par la législation ou par des restrictions à l’importation, et que le consommateur est libre d’acheter ou non le produit visé[64]. Les labels sociaux, qui s’adressent aux consommateurs ou aux partenaires commerciaux potentiels, peuvent être apposés sur les produits, affichés dans les magasins ou attribués à des entreprises. Un code de conduite est une déclaration écrite par laquelle une entreprise s’engage à suivre des règles déterminées. Ces codes peuvent être adoptés unilatéralement par les entreprises, être le fruit de négociations entre la direction, les travailleurs et/ou des ONG, ou être influencés d’une manière ou d’une autre par les actionnaires[65].
A la suite du succès des campagnes contre le travail des enfants dans certaines industries exportatrices, on a vu apparaître dans les années quatre-vingt-dix les premiers labels sociaux qui visaient à compléter les efforts entrepris pour mettre définitivement un terme à l’exploitation des enfants et à améliorer le sort de ceux qui restent astreints au travail[66]. D’autres initiatives ont été lancées par la suite, par exemple en vue de promouvoir le respect des normes internationales du travail concernant le travail forcé, la non-discrimination, la liberté d’association et le droit de négociation collective ou l’amélioration des conditions de travail (salaires, prestations sociales, durée du travail). Des initiatives plus récentes concernent la protection de l’environnement.
Il existe des initiatives volontaires visant à promouvoir un commerce équitable pour le café, le thé et la banane (voir encadré 25). Ces produits sont achetés directement aux petits planteurs à un prix minimum garanti, les surcoûts étant à la charge des consommateurs. Le Forest Stewardship Council ne se limite plus aujourd’hui aux aspects techniques de l’aménagement des forêts et s’attache aussi à promouvoir la liberté syndicale ainsi que la sécurité et la santé des travailleurs. Le Flower Label Program, qui vise à garantir que les fleurs importées sont produites dans des conditions respectueuses de l’environnement et des impératifs sociaux, a été influencé dès le départ par le mouvement syndical.
Les partisans des initiatives volontaires citent l’exemple des écolabels qui existent depuis plus de vingt ans. Ces labels écologiques ou «labels verts» ont proliféré sur beaucoup de marchés et sont désormais facilement reconnus par les consommateurs. Le tableau 14 présente un certain nombre de programmes de labels sociaux. Cela ne signifie pas que le BIT y souscrive.
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Encadré 25
Il existe quatre grandes initiatives:
En outre, le CEPAA, qui s’est attaché à promouvoir l’application des conventions de l’OIT dans les industries manufacturières, étudie actuellement l’applicabilité à l’agriculture de sa norme de responsabilité sociale SA 8000. Les quatre initiatives visent à la fois la protection de l’environnement et l’application de normes sociales. Elles citent expressément les conventions nos 87 et 98 de l’OIT (liberté syndicale et négociation collective), sauf l’IFOAM qui, s’intéressant davantage à l’environnement, se contente de recommander que toutes les conventions de l’OIT relatives au bien-être des travailleurs soient respectées. Les autres initiatives insistent sur le droit des travailleurs de se syndiquer et sur le droit de leurs représentants d’exercer librement leurs fonctions. Toutes les initiatives indiquent que le salaire minimum légal doit être respecté, les initiatives SA 8000 et ETI soulignant en outre que ce salaire doit être suffisant pour que les intéressés puissent largement satisfaire leurs besoins essentiels. L’initiative FLO exige qu’une «prime sociale» soit versée aux producteurs. Source: FAO: Comparative analysis of the main environmental and social certification programmes in the banana sector, document présenté à une réunion d’experts sur la production et le commerce responsables de la banane, Rome, 22-24 mars 2000. |
Tout prouve que la pression des consommateurs peut contribuer à améliorer les conditions de production. Les primes associées aux labels peuvent servir à améliorer la situation dans les régions productives. Des enquêtes menées aux Etats-Unis et en Europe indiquent que les consommateurs sont prêts à payer plus cher des produits «socialement corrects». Les labels ont un effet boule de neige lorsqu’ils représentent au moins 10 pour cent du marché. Cela donne aux syndicats la possibilité de négocier des codes de conduite s’appliquant à tout un secteur. Bien appliqués, ces codes pourraient éliminer la nécessité de labels spécifiques concernant les droits de l’homme ou l’environnement, la marque du produit étant une garantie suffisante[67].
Il est manifeste que les initiatives volontaires privées sont un puissant moyen de promouvoir des valeurs universelles et, dans cette optique, les Nations Unies ont proposé un pacte global au monde des affaires (encadré 26). Ce pacte est une initiative visant à préserver une croissance durable dans le contexte de la mondialisation par la promotion d’un ensemble de valeurs universelles qu’il est fondamental de respecter pour répondre aux besoins socio-économiques de l’humanité. L’objectif est de donner au marché mondial un visage humain[68].
Il n’est pas étonnant que les principes consacrés par les normes fondamentales de l’OIT fassent partie des valeurs universelles préconisées par le pacte. Certaines des activités que le Bureau se propose d’entreprendre en rapport avec ce pacte sont décrites dans l’encadré 26.
Tableau 14. Programmes de labels sociaux (1998)
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Programme/
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Produits |
Marchéa |
Principaux pays intéressés |
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Direction | |
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Producteurs |
Acheteurs |
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Care & Fair
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Tapis noués à la main |
Ex |
Inde, Népal, Pakistan |
Allemagne, Luxembourg, Pays-Bas, Royaume-Uni |
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E |
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Kaleen 1995 |
" |
Ex |
Inde |
Allemagne, pays nordiques |
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E + G |
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RUGMARK
|
" |
Ex |
Inde, Népal, Pakistan |
Allemagne, autres pays d'Europe occidentale, Etats-Unis, Canada |
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ONG |
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STEP 1995 |
" |
Ex |
Inde, Népal, Pakistan,
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Suisse |
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E + ONG |
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Double Income
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Produits textiles,
|
Ex |
Kenya, Inde, AL, notamment Pérou |
Suisse |
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E |
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Pro-Child 1995 |
Chaussure |
I |
Brésil |
Brésil |
|
E |
|
Abrinq 1995 |
Chaussure et autres produits |
Ex + 1 |
Brésil |
Brésil, autres pays d'AL |
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E + ONG |
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Baden 1997 |
Ballons de sport |
Ex |
Chine |
Surtout AN et Europe occidentale, mais aussi AL et pays riverains du Pacifique |
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E |
|
Reebok 1996 |
Ballons de football |
Ex |
Pakistan |
Etats-Unis, Europe, AL |
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E |
|
Fairtrade
1988 |
Produits agricoles |
Ex |
Environ 20 en Afrique,
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Europe occidentale, Etats-Unis, Canada, Japon |
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ONG |
|
Flower Label
1997 |
Fleurs coupées |
Ex |
Equateur, Israël, Kenya, Zambie,
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Allemagne, Autriche, Suède, Suisse |
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T + ONG |
|
Forest
|
Produits forestiers, y compris bois |
Ex + 1 |
Afrique du Sud, Brésil, Mexique, Malaisie, Sri Lanka, Pologne, Royaume-Uni, Suède, Etats-Unis |
Australie, Japon,
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T + E + ONG |
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Ex: Exportation. I: Marché intérieur. T: Organisations de travailleurs. E: Entreprises. G: Gouvernements. AL: Amérique latine. AN: Amérique du Nord. Ol: Organisations intergouvernementales. ONG: Organisations non gouvernementales. RUGMARK International veille à l’uniformité des normes dans tout le système RUGMARK; les fondations RUGMARK d’Allemagne et des Etats-Unis gèrent et protègent la marque et s’attachent à promouvoir les tapis portant cette marque dans les pays importateurs; les fondations Rugmark d’Inde et du Népal, agissant de manière autonome, se chargent de faire respecter les critères Rugmark localement. STEP (Stiffung für gerechte Bedingungen in Teppichherstellungt und-handel – Fondation pour des conditions équitables de production et de commerce des tapis) est une fondation créée à l’initiative d’une association professionnelle et de cinq ONG suisses. La Fondation de défense des droits des enfants (Abrinq) a lancé le label Child-Friendly qui est décerné aux entreprises. Il s’agit d’une ONG créée par des membres de l’Association brésilienne des fabricants de jouets. Son action porte sur les jouets, les produits agricoles, les produits chimiques, le matériel de transport, les services financiers et autres (restauration, garages, etc.). FLO International est une organisation faîtière qui regroupe les labels indépendants Max Havelaar, Transfair and Fairtrade. Les produits agricoles visés (café, thé, miel, sucre, cacao, bananes, jus d’orange) sont en grande partie exportés par des filières commerciales alternatives, mais le but est de les faire passer par les filières normales du commerce de détail, ce qui accroîtra les débouchés. Source: Diller, op. cit., p. 105. | ||||||
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Encadré 26
Le Pacte global du système des Nations Unies établit un lien entre progrès social et croissance économique en consacrant les principes et droits fondamentaux au travail reconnus par les Etats, les employeurs et les travailleurs. Il demande au monde des affaires:
Au BIT, le Programme des initiatives volontaires privées est chargé de s’occuper de tous les aspects du Pacte global qui intéressent l’OIT. Les activités suivantes sont envisagées: i) un rapport sur le Pacte global décrivant les pratiques novatrices, suggérant des mesures pour exploiter ces pratiques et surmonter les obstacles, et donnant des orientations concrètes pour résoudre les problèmes au niveau sectoriel et au niveau mondial; ii) un forum qui permettrait de promouvoir un dialogue interactif entre toutes les parties prenantes, d’examiner les stratégies locales, régionales et mondiales et d’établir des scénarios pour la planification stratégique. Source: Nations Unies: «The Global Compact» (1999), brochure. Voir aussi http://www.unglobalcompact.org. |
Il est évident que les gouvernements, les organisations de travailleurs et les organisations d’employeurs envisagent de diverses manières les initiatives privées. La réunion sera invitée à examiner le rôle que peuvent jouer les partenaires tripartites pour promouvoir les impératifs sociaux dans le cadre des initiatives volontaires privées.
Des trois mécanismes de diffusion des effets de la mondialisation identifiés dans le présent rapport – le développement des exportations du fait de la réduction des frais de transport et de stockage, la transmission des idées et l’investissement étranger direct (IED) – ce sont les deux premiers qui ont eu, jusqu’ici, les plus grandes retombées: la réduction des frais de transport et de stockage a ouvert de nouveaux marchés aux exportations non traditionnelles, et la transmission rapide des idées a suscité des pressions en faveur de meilleures pratiques dans le domaine du travail. Les investissements transfrontières ont cependant joué aussi un rôle important, en permettant notamment le lancement d’exportations non traditionnelles et la transmission en amont par les chaînes d’achat internationales des exigences concernant la production agricole. Ce type d’investissement n’est pas nouveau; il y en a eu chaque fois que de nouveaux pays se sont ouverts à l’exportation de thé, de sucre, de café, de cacao, d’huile de palme, de caoutchouc et de bananes. L’expérience se répète maintenant avec les nouvelles exportations «dynamiques», et lorsque l’exigence est à la production de produits normalisés.
A n’en pas douter, la mondialisation aura de plus en plus d’impact sur le secteur agricole, mais il y a tout de même certaines limites. Par définition pour ainsi dire, le phénomène ne touche que le secteur moderne; cela est dû à deux facteurs externes – l’élasticité de la demande par rapport au revenu et la nature des innovations technologiques – et à un facteur interne – l’importance stratégique et symbolique de l’agriculture et de la terre. En principe, l’élasticité-revenu doit permettre de plus grands profits dans l’industrie et les services que dans l’agriculture, en stimulant les apports de capitaux dans ces secteurs. Les innovations technologiques récentes ont également trouvé une application plus rapide dans les secteurs autres que l’agriculture. Dans les pays développés, elles ont fait leur chemin jusqu’aux exploitations agricoles par la voie de la technologie de l’information – et, récemment, du génie génétique – mais, malgré tout, les gains de productivité dans l’agriculture ont été beaucoup plus restreints que dans le reste de l’économie. Cela est d’autant plus vrai dans les pays en développement, où l’écart de productivité entre le secteur agricole et les autres secteurs a toujours été important et où il s’est encore creusé depuis le début de la mondialisation.
Il n’en reste pas moins que toute une gamme d’innovations est accessible aux pays en développement pour moderniser leurs exploitations agricoles, et que les mesures de libéralisation adoptées pour tenir compte de la mondialisation rendent possible un transfert rapide. En outre, bon nombre de ces innovations ont déjà été mises à l’essai dans une première série de pays en développement. Pourquoi les pays aujourd’hui en voie de développement ont-ils tardé à adopter ces techniques et, en particulier, pourquoi ont-ils hésité à attirer des investissements extérieurs dans leur secteur agricole comme ils l’ont fait pour le secteur moderne à la faveur de la mondialisation? Cela tient au facteur «interne» mentionné plus haut, à savoir l’importance stratégique et symbolique du secteur agricole. Là où l’agriculture occupe encore, comme c’est le cas dans un grand nombre de pays en développement, plus de la moitié de la population active, on craint à juste titre que l’introduction rapide des nouvelles technologies évince un grand nombre de travailleurs agricoles et les coupe de leurs terres. Aux premiers stades du développement, un tel déplacement de main-d’œuvre excéderait la capacité du secteur industriel naissant d’intégrer les travailleurs privés de leur emploi. Il y a aussi la crainte, souvent fondée, que cet éloignement systématique de la terre compromette la sécurité alimentaire; en effet, étant donné la rentabilité respective des cultures vivrières et des autres cultures, on peut s’attendre à ce que ce soient plutôt les autres cultures qui bénéficient de l’IED. En outre, vu qu’il est presque impératif de recourir plus lourdement aux intrants chimiques pour convertir l’agriculture aux technologies plus avancées, cela comporte également un risque pour la sécurité et la santé de la main-d’œuvre, lorsque les travailleurs agricoles sans instruction sont encore majoritaires dans les zones rurales. Il est donc prudent de n’ouvrir que progressivement l’agriculture à l’IED. Le développement de la floriculture dans les pays d’Afrique et d’Amérique latine montre la voie, bien que la rupture avec la terre, la sécurité alimentaire et la sécurité et la santé des travailleurs suscitent des inquiétudes même dans ce contexte.
Il est paradoxal que, bien qu’elle soit maintenant reléguée à un rôle de second plan, l’agriculture ait été l’un des premiers secteurs à participer au premier mouvement de mondialisation, marqué par le développement de la navigation maritime et des liaisons terrestres au début du XXe siècle. Le coton, le café, le cacao, l’huile de palme, le thé et le caoutchouc sont les principales cultures qui, à l’époque, favorisèrent ce mouvement. Dans le processus de mondialisation actuel, ces cultures n’ont bénéficié d’aucune innovation propre à en améliorer la productivité ni d’un accroissement de la demande. En réalité, depuis longtemps la demande a plutôt tendance à décroître à mesure que des produits de remplacement sont inventés. Entre-temps, les pays dont l’économie n’a pu suivre le mouvement de la mondialisation, en Afrique subsaharienne notamment, ont continué à accroître leurs disponibilités de ces produits traditionnels, contribuant à la baisse des prix. Un grand nombre de ces pays mettent à présent tous leurs espoirs dans la diversification de leur base d’exportations en s’adonnant à des cultures pour lesquelles la demande est en hausse, comme les fleurs, les épices, les fruits et les légumes, dont l’exportation est devenue rentable grâce aux progrès techniques qui, dans le cadre de la mondialisation, ont permis d’améliorer le transport et l’entreposage.
C’est à propos des pays qui ont réussi à mondialiser leur économie – en pratique, les pays d’Asie orientale – que l’on parle de «marginalisation» du secteur agricole, les exportations de produits manufacturés s’y étant développées beaucoup plus vite que les exportations de produits agricoles. En conséquence, ces pays ont échappé aux pires effets de la détérioration des termes de l’échange des produits agricoles, tandis que leur agriculture a bénéficié indirectement de la croissance en cédant une grande part de sa main-d’œuvre aux zones urbaines où les salaires sont plus élevés. Aux premiers stades de ce processus, les envois de fonds des travailleurs récemment installés en ville deviennent des compléments importants du revenu des familles rurales, mais ensuite, lorsque les effectifs de la main-d’œuvre agricole commencent à diminuer en termes absolus, même les salaires des travailleurs des exploitations agricoles commencent à augmenter. C’est là le scénario «historique» de la participation de l’agriculture à la croissance, qui est confirmé par l’expérience d’un grand nombre de pays dont l’économie se mondialise.
Un aspect de la mondialisation qu’il y a lieu de noter est celui des migrations transfrontières de main-d’œuvre, le courant d’émigration le plus fort touchant les travailleurs des pays d’Asie méridionale qui s’installent dans les Etats du Golfe. Les travailleurs migrants sont souvent originaires des zones rurales ou y ont de la famille, et leurs envois de fonds ont été une composante importante, voire essentielle, des revenus ruraux.
La phase actuelle de mondialisation s’est déroulée parallèlement à la libéralisation des marchés internes et du commerce international – la libéralisation des marchés internes étant souvent dénommée «ajustement structurel» en Afrique subsaharienne et en Amérique latine et «transition» dans les pays naguère à économie planifiée. L’ajustement structurel a permis aux pays africains d’exporter de nouveaux produits, tandis que dans les économies en transition, particulièrement en Asie, le déblocage du système d’incitation a fortement stimulé la croissance. La libéralisation des échanges en cours dans le cadre des négociations d’Uruguay peut avoir pour effet de modifier sensiblement la structure de la production à mesure que les pays, qu’ils soient en développement ou industrialisés, s’adaptent aux nouveaux prix relatifs, débarrassés des subventions et libérés des obstacles non tarifaires. Le développement des échanges et des courants d’information influent sur les normes du travail dans l’agriculture des pays en développement, car les groupes de consommateurs exigent de plus en plus que les cultures destinées à l’exportation respectent certaines normes fondamentales concernant la sécurité et la santé des travailleurs, l’emploi des enfants, les droits des travailleurs et l’environnement.
On peut ébaucher de grands principes directeurs pour l’action des pouvoirs publics. Premièrement, dans tous les pays, il est possible d’adopter des techniques qui améliorent la productivité des cultures vivrières afin d’accélérer la transformation structurelle menant à une désaffection de l’agriculture, qui correspond au schéma normal de croissance, sans compromettre pour autant la sécurité alimentaire. Deuxièmement, il faudrait aider les pays qui sont encore prisonniers des exportations traditionnelles à diversifier leur base de production en introduisant de nouvelles cultures d’exportation pour lesquelles la demande est forte. Troisièmement, les pays en développement devraient rester prudents lorsqu’ils attirent l’IED dans leur secteur agricole, car cela peut aboutir au déplacement d’une main-d’œuvre nombreuse et à l’insécurité alimentaire. Quatrièmement, les pays en développement devront de plus en plus respecter les normes du travail fondamentales pour tenir compte de la plus grande vigilance des consommateurs à l’égard des conditions de travail dans l’agriculture tournée vers l’exportation. Cinquièmement, étant donné qu’il faut souvent beaucoup de temps pour que les bénéfices indirects de la mondialisation atteignent les zones rurales, il importe de fournir une assistance continue au secteur rural sous la forme d’investissements dans l’infrastructure et les services sociaux.
Les principes directeurs ci-dessus prennent d’autant plus d’importance lorsque l’on s’avise que les travailleurs ruraux – les exploitants agricoles comme les salariés – sont les travailleurs les plus défavorisés sur les plans du salaire, de la sécurité et de la santé, de la protection sociale et de la représentation – les quatre dimensions d’un «travail décent». Le cinquième élément central des politiques – les efforts déployés par les pouvoirs publics pour transformer l’agriculture – revêt une importance particulière à cet égard.
Là encore, il est possible de définir des paramètres généraux. La priorité est d’élever les niveaux de productivité et de rendement extrêmement bas dans l’agriculture, tout en améliorant les conditions de travail des travailleurs ruraux. Pour beaucoup de pays en développement qui ne sont pas en mesure d’attirer des investissements extérieurs directs importants pour leur secteur moderne – en pratique, les pays africains –, le secteur agricole doit demeurer le «moteur de la croissance» afin de fournir l’excédent nécessaire au développement du secteur industriel. Le développement de la production vivrière fait partie intégrante de ce processus, tout d’abord pour élever le niveau nutritionnel lorsque l’on n’en est qu’à la couverture minimum des besoins, et ensuite pour nourrir une population non agricole plus nombreuse. Cependant, il convient aussi de développer les cultures d’exportation afin d’engendrer des devises qui financeront l’importation d’intrants pour le secteur agricole lui-même, ainsi que pour le secteur industriel en expansion. Il apparaît à l’évidence qu’un cercle vertueux est ici à l’œuvre: une production vivrière plus importante permet de libérer des travailleurs qui font marcher l’industrie, tandis que le développement des exportations facilite l’achat d’intrants modernes pour les exploitations agricoles, qui sont elles-mêmes un maillon du cercle vertueux en ce sens qu’elles contribuent à augmenter la productivité à la fois des cultures vivrières et des cultures d’exportation. Etant donné la large gamme de possibilités techniques, la sélectivité est primordiale. Il est hors de question d’adopter des techniques qui entraînent un bouleversement de l’organisation des exploitations agricoles existantes, de même que des techniques qui assurent une forte croissance de la productivité mais cela au prix du déplacement d’un grand nombre de travailleurs agricoles. Si ces travailleurs sont voués au chômage – parce que le secteur industriel ne connaît pas une expansion assez rapide – alors l’économie n’y gagnera rien, et en réalité le pays y perdra en raison des conséquences sociales. Du fait même que l’agriculture emploie encore plus de la moitié de la population active dans une grande majorité des pays en développement, l’introduction des changements doit se faire à petits pas, en surveillant les améliorations dans le reste de l’économie.
Il faut aussi faire preuve de sélectivité en choisissant la stratégie d’exportation, encore que la nécessité de diversifier la base d’exportations soit maintenant largement considérée comme allant de soi. Les cultures d’exportation traditionnelles – boissons et fibres pour l’habillement – n’assurent tout simplement pas une base viable pour engendrer les excédents nécessaires au développement, vu que la demande de ces produits décroît à mesure qu’apparaissent des produits de remplacement, ou bien n’augmente pas suffisamment vite en raison du rang qu’ils occupent dans la hiérarchie des besoins humains. La fourniture aux pays développés de fruits exotiques, de légumes et d’épices offre de meilleures perspectives, car la demande de ces produits devient plus élastique à mesure que les consommateurs acquièrent des goûts nouveaux dans un monde où les distances s’effacent, avec le développement du tourisme et des migrations internationales. Cet aspect important de la mondialisation, conjugué aux progrès des techniques de transport et de stockage, entraîne un développement des marchés. Les importations de fleurs en provenance de pays de plus en plus éloignés sont une autre manifestation de l’effacement des distances, imputable dans ce cas à la réduction des frais de transport et de stockage. La floriculture est une agriculture «moderne» par excellence: les fleurs doivent être cultivées dans des serres suivant un régime très strict, en ayant recours à l’irrigation et à des doses massives de produits chimiques et d’engrais. Les inconvénients de l’utilisation de ces intrants «modernes» sont évidents si l’on considère les risques pour la santé et l’environnement, lesquels doivent être éliminés pour eux-mêmes mais aussi, de plus en plus, pour tenir compte des exigences de la société concernant une agriculture sans danger, qui s’expriment sous la forme d’initiatives volontaires privées. Ces mouvements de consommateurs sont voués à se développer. En tenir compte n’est pas seulement souhaitable en soi, mais présente des avantages supplémentaires si l’on considère le prix que les consommateurs sont prêts à payer pour les produits d’exportation qu’ils approuvent.
L’optimisme est de mise à l’aube du nouveau siècle. La technologie des communications poursuivra sa marche en avant inéluctable vers le progrès et ouvrira de nouveaux marchés et de nouvelles zones géographiques pour fournir ces marchés. La biotechnologie fera un bond en avant dans la mesure où de nouveaux secrets des génomes végétal et animal seront découverts. La sélection des semences et l’élevage d’animaux supérieurs font partie de l’agriculture depuis qu’elle existe, et des modifications génétiques se produisent même dans la nature; aujourd’hui, des expériences de modifications génétiques sont menées en laboratoire et entrent dans le monde réel à la vitesse d’Internet. Les conséquences à long terme de ces modifications pour l’environnement et les êtres humains soulèvent bien des questions, mais leur effet positif du point de vue de l’amélioration de la productivité peut accélérer la transformation de l’économie. La conscience aiguë qu’a le public des éventuelles répercussions négatives de ces innovations tiendra en échec les plus hasardeuses d’entre elles tant que leurs effets n’auront pas été établis.
Le concept d’un «travail décent» récemment mis en avant par l’OIT, avec ses quatre composantes principales – la promotion des principes et droits fondamentaux au travail, un emploi stable avec une rémunération équitable, la protection sociale pour tous, et le renforcement du tripartisme et du dialogue social –, fournit la plupart des ingrédients essentiels à un développement agricole sans risque et durable. Les quatre composantes d’un «travail décent» reflètent également les quatre dimensions d’un «développement durable». Il est particulièrement important, dans le cas du secteur agricole, de reconnaître la contribution de tous les travailleurs agricoles – les agriculteurs comme les salariés – à une agriculture durable. Cela suppose que les gouvernements se conforment aux normes fondamentales de l’OIT concernant la liberté d’association, le droit de négociation collective et l’élimination de la discrimination en matière d’emploi et de profession, le travail forcé ou en servitude et le travail des enfants. L’acceptation universelle de ces normes fondamentales sera la garantie que la promesse de la mondialisation ne deviendra pas la prérogative de la minorité de ceux qui travaillent dans le secteur moderne, à l’exclusion de la majorité des travailleurs occupés dans les exploitations agricoles.
S’il est vrai que la «mondialisation» – c’est-à-dire l’intégration des marchés au niveau mondial – a marqué le développement économique au XXe siècle, ce qui frappe aujourd’hui c’est la rapidité de ce processus. Cela tient essentiellement au rythme de l’évolution technologique, qui n’est nulle part plus tangible que dans le domaine des télécommunications – notamment de l’informatique, d’Internet et de la téléphonie mobile. L’accroissement de l’investissement étranger direct a été le catalyseur d’une mondialisation rapide, dont la production transnationale et le développement des exportations de produits manufacturés sont les manifestations les plus visibles. L’évolution profonde, dans le monde entier, de l’attitude idéologique à l’égard des rôles respectifs de l’Etat et des marchés a accéléré le mouvement de mondialisation, se traduisant, entre autres mesures, par l’adoption de lois plus libérales à l’égard de l’investissement étranger direct et des flux de capitaux et le démantèlement des obstacles tarifaires et non tarifaires aux échanges. Le présent rapport examine comment le secteur agricole a été affecté par cette évolution. Il montre que des trois forces qui sous-tendent la mondialisation
– l’investissement étranger direct, le commerce et la transmission des idées – c’est peut-être la troisième qui a eu le plus d’incidence à ce jour en exerçant une pression sur les gouvernements et les agriculteurs des pays en développement afin qu’ils se rallient aux idées favorables à la collectivité concernant l’emploi des enfants, l’égalité entre hommes et femmes et la sécurité et la santé des travailleurs. Bon nombre de ces idées se matérialisent, grâce à des initiatives volontaires privées, en des labels sociaux et des codes de conduite. Un nouveau problème que l’agriculture mondiale doit affronter ressortit au domaine du génie génétique, dont le développement rapide témoigne également du rythme soutenu de l’évolution technologique dans le monde aujourd’hui. Les cultures génétiquement modifiées offrent la possibilité de nourrir la population mondiale, mais elles ont aussi des effets inconnus sur l’environnement et sur la santé et peut-être aussi sur la structure de l’emploi si elles sont implantées dans les pays en développement en sautant des étapes.
Le secteur agricole a toujours eu pour rôle de faciliter l’industrialisation en fournissant un excédent de denrées alimentaires, de fibres, de combustible et de travailleurs. L’industrie se développe plus vite que l’agriculture en raison de l’élasticité de la demande par rapport au revenu (c’est-à-dire de la structure des dépenses), et l’agriculture commence à décliner relativement au secteur moderne. Les travailleurs agricoles quittent peu à peu les exploitations, ce qui fait que la part de l’agriculture dans l’emploi est également en recul. Un développement réussi passe donc inévitablement par un déclin de l’agriculture du point de vue de sa contribution relative au PIB et à l’emploi. Pour assurer le succès et la rapidité de ce déclin, il faut l’appuyer, en particulier aux premiers stades du développement, lorsque plus des deux tiers de la population tirent encore leur subsistance de l’agriculture. Ce n’est que si la croissance est forte que le secteur agricole peut libérer des travailleurs pour l’industrie tout en étant à même de les nourrir.
On insiste de plus en plus sur la «durabilité» et la «multifonctionnalité» du développement agricole, eu égard au rôle essentiel de l’agriculture pour les générations à venir et à ses fonctions multiples en dehors de la production de denrées alimentaires, de fibres et de combustible. La multifonctionnalité appelle l’attention sur les synergies et les rapports d’interdépendance qui existent entre l’agriculture et les autres activités rurales, ces liens pouvant être exploités pour stimuler le développement tant de l’agriculture que des zones rurales en général. La durabilité englobe un grand nombre des thèmes abordés dans le présent rapport – le développement durable et la rémunération, la sécurité et la santé des travailleurs, la sécurité du statut d’occupation des terres, et l’élimination du travail des enfants et de l’inégalité entre hommes et femmes. Ainsi, l’«agriculture durable» est, de maintes façons, le corollaire du «travail décent», et l’observation des normes fondamentales de l’OIT est inhérente aux deux notions, l’accent étant mis sur la liberté d’association et le droit de négociation collective des travailleurs.
Quatre dimensions de la «modernisation» de l’agriculture sont examinées: le recours à de meilleures techniques; la diversification par le biais de l’introduction de cultures d’exportation «modernes»; l’adoption de modes de faire-valoir plus durables; enfin, l’amélioration des pratiques de travail afin de tenir compte des exigences sociales. L’amélioration des niveaux de rendement est la condition sine qua non de la croissance de l’agriculture et du développement économique. Il est certes possible de brûler des étapes en adoptant les technologies les plus modernes, mais cela est à éviter aux premiers stades du développement, tout simplement parce que le secteur de l’agriculture est disproportionné par rapport aux autres secteurs économiques. En pareil cas, l’amélioration sur le plan des techniques serait contrebalancée par un déplacement massif de main-d’œuvre agricole que les autres secteurs économiques ne pourraient absorber. Le recours accru à des outils mécaniques et à des produits chimiques simples est l’objectif le plus réaliste pour les pays où l’agriculture est encore dominante. Il existe une large gamme de nouvelles techniques, et si les mécanismes du marché déterminent le prix des facteurs, comme c’est de plus en plus souvent le cas, il y a de bonnes chances pour que la modernisation des techniques se fasse sans à-coups, sans entraîner un chômage généralisé.
Il est aussi possible de moderniser l’agriculture en la diversifiant par l’adjonction de cultures d’exportation plus «modernes» – fruits, légumes, épices, fleurs, etc. Outre la nécessité de la modernisation, un autre motif de diversification est l’état défavorable du marché pour les exportations agricoles traditionnelles (boissons, denrées alimentaires et fibres). Les prix de ces produits ont connu une baisse presque constante en termes réels au cours des vingt dernières années, et les fluctuations de prix sont fréquentes. La réduction des frais de transport et de stockage a permis une diffusion géographique plus large des exportations modernes qui, mieux situées que les exportations traditionnelles sur l’échelle de l’élasticité-revenu, sont plus rentables. La floriculture a connu le succès dans beaucoup de pays d’Afrique et d’Amérique latine et les perspectives restent encourageantes pour ce type d’exportations, comme pour d’autres exportations dynamiques.
L’adoption de technologies à plus haut rendement et de pratiques viables est compromise par l’insécurité du statut d’occupation des terres dans la plupart des pays en développement, par suite d’une répartition historiquement inéquitable des terres. S’il est vrai que la réforme agraire est le remède habituellement proposé, d’autres mesures moins radicales peuvent être prises pour améliorer l’accès des pauvres à la terre – par exemple la privatisation des terres auparavant occupées conformément au droit coutumier, l’établissement de familles sur des terres récemment mises en valeur et l’établissement de droits de jouissance individuels. Cette dernière mesure est particulièrement nécessaire dans les pays asiatiques afin de protéger les fermiers des loyers exorbitants que leur réclament les propriétaires fonciers.
Cinq questions sont retenues pour la discussion dans le contexte de la nécessité de «moderniser» les pratiques de travail compte tenu de la mondialisation des mouvements de consommateurs: le travail des enfants, l’égalité entre hommes et femmes, la sécurité et la santé des travailleurs, les initiatives volontaires privées et les organismes génétiquement modifiés (OGM). Les trois premières questions ont pris de l’importance au cours des vingt dernières années, souvent grâce à des initiatives volontaires privées, tandis que la question des OGM est nouvelle et reflète le rythme rapide du développement technologique.
Il est établi que la majorité des enfants qui travaillent sont occupés dans des exploitations agricoles et que la plupart d’entre eux travaillent pour l’exploitation familiale, ce qui atténue un peu la gravité du problème, bien que l’objectif à long terme reste de faire sortir les familles de la pauvreté afin d’éviter aux enfants de travailler et de leur permettre de fréquenter l’école, où est leur place. Le travail des enfants dans l’agriculture commerciale a une connotation d’exploitation plus marquée, car les enfants effectuent de longues heures de travail, sont soumis à des travaux pénibles et exposés à des risques, en étant très peu rémunérés. Le travail des enfants dans l’agriculture (ou dans d’autres secteurs) dans le contexte de la servitude pour dettes est à l’évidence encore plus répréhensible.
L’agriculture est la principale source d’emplois pour les femmes dans la plupart des pays en développement, en particulier en Afrique subsaharienne et en Asie. Ce n’est pas un bienfait sans mélange, car les femmes constituent la majorité de la main-d’œuvre dans les exploitations agricoles tout en étant très faiblement rémunérées. Améliorer leur situation est une tâche de longue haleine, car les normes traditionnelles concernant le rôle des hommes et des femmes et le partage des revenus sont en jeu. On s’attache de plus en plus à rendre plus limpide le processus de discrimination fondée sur le sexe. C’est en assurant une plus grande participation des femmes à toutes les étapes du processus de décision que l’on peut espérer le mieux mobiliser la société en faveur d’un changement social et économique.
L’agriculture compte parmi les trois occupations les plus dangereuses dans les pays en développement comme dans les pays industriels et, contrairement à ce qui se passe dans d’autres secteurs, les statistiques dans ce domaine montrent que la situation se détériore. Le développement de l’utilisation des machines et des produits chimiques en est la cause principale, particulièrement lorsque la main-d’œuvre n’a pas été formée aux pratiques sûres et que les employeurs cherchent avant tout à rogner sur les dépenses. Il est nécessaire de former les travailleurs et de leur fournir un équipement de protection afin de diminuer le risque de lésions. Il importe de prendre d’urgence des mesures pour réduire l’exposition des travailleurs aux produits chimiques nocifs, et notamment d’interdire l’épandage aérien de pesticides.
Le débat sera de plus en plus centré sur les avantages et les inconvénients des cultures génétiquement modifiées. Malgré les gains sur le plan de la production agricole qui s’en trouve accrue et du moindre recours aux produits chimiques, on s’inquiète des conséquences imprévisibles des manipulations génétiques, et la vigilance est de mise pour surveiller les éventuels problèmes, comme la prolifération des mauvaises herbes, les flux de gènes, l’apparition de nouveaux virus et les effets imprévus des insecticides produits par les végétaux modifiés génétiquement sur d’autres organismes. La technologie est «évolutive», c’est-à-dire qu’elle peut être appliquée à petite échelle puis adoptée par les pays en développement en permettant à leur agriculture de sauter des étapes, avec un risque – celui de perturber la structure de l’emploi.
Les problèmes sociaux évoqués plus haut sont de plus en plus souvent traités par le biais d’initiatives volontaires privées sous la forme d’un étiquetage, qui vise à apposer un sceau approbateur sur les biens et les services produits dans des conditions de travail justes et équitables et jugés sans danger pour le consommateur. Les initiatives volontaires sont courantes pour le café, le thé et la banane sous la forme d’«initiatives pour un commerce équitable». Ces initiatives garantissent aux planteurs un prix minimum et leur octroient une prime s’ils observent les normes. Les initiatives volontaires privées sont une manière efficace d’orienter en douceur les pratiques agricoles vers l’observation de règles universellement acceptées concernant le travail des enfants, la sécurité et la santé des travailleurs et l’égalité entre hommes et femmes.
Les points ci-après, qui découlent des informations présentées dans le présent rapport, sont proposés par le Bureau comme cadre de discussion pour la réunion, étant entendu que, compte tenu des caractéristiques générales des réunions sectorielles de l’OIT, les participants à la réunion sont libres d’organiser leur travail comme bon leur semble.
1. Etant donné l’importance de l’agriculture dans beaucoup de pays en développement, comment les gouvernements devraient-ils orienter leur politique pour faire en sorte que l’agriculture contribue à la création d’emplois stables et à un développement global durable? Comment les organisations d’employeurs et de travailleurs devraient-elles agir pour faciliter un développement agricole durable?
2. L’Etat a-t-il encore un rôle à jouer dans la fixation des prix et dans la mise en ordre et la compétitivité du commerce des grandes cultures d’exportation? Comment, en particulier, concilier les intérêts antagoniques des agriculteurs et des consommateurs s’agissant du prix des denrées alimentaires?
3. Quelle devrait être la position des gouvernements à l’égard de la mondialisation, et en particulier de l’investissement étranger direct (IED) dans l’agriculture? Une diversification par le biais de l’introduction de cultures non traditionnelles pourrait contribuer à attirer des investissements extérieurs et du personnel étranger. Des directives à cet égard sont-elles possibles?
4. Le travail des enfants est courant dans l’agriculture. Comment faire pour le réduire et, en fin de compte, l’éliminer? La distinction entre le travail des enfants dans les exploitations familiales et dans les exploitations commerciales se justifie-t-elle, ou bien le travail des enfants devrait-il être dans tous les cas assujetti aux mêmes directives?
5. Les femmes contribuent dans une très large mesure aux travaux agricoles, en plus de leurs tâches domestiques. Quelles mesures à court terme peut-on envisager (par exemple, la fourniture d’outils simples pour alléger leur tâche) et quelles sont les stratégies possibles à long terme pour assurer l’égalité entre hommes et femmes?
6. L’agriculture est l’une des trois occupations les plus dangereuses, et le développement de l’utilisation des machines et des produits chimiques dans les pays en développement ne peut qu’accroître les taux d’accidents du travail et de maladies professionnelles. Quelles sont à cet égard les responsabilités respectives de l’Etat, des travailleurs et des employeurs? Une action internationale est également nécessaire pour faire respecter les interdictions qui frappent certains produits chimiques dangereux.
7. Le génie génétique est une science nouvelle et, partant, ses effets négatifs sont encore inconnus, même s’ils sont très controversés. La réunion peut-elle donner des orientations générales pour le traitement des diverses questions connexes?
8. Les initiatives volontaires privées sont un moyen efficace de faire progresser les normes du travail fondamentales. Comment peut-on encore les encourager en fonction des activités et des questions sociales visées?
9. Quels devraient être les domaines d’action prioritaires de l’OIT, pour ce qui est en particulier des travaux de recherche et de l’assistance technique, dans le contexte de la mondialisation et de son impact sur la stabilité des emplois et les conditions de travail dans l’agriculture?
Annexe
Conventions et recommandations de l’OIT
applicables à l’agriculture adoptées depuis 1919
Dispositions générales
Convention (nº 11) sur le droit d’association (agriculture), 1921
Convention (nº 12) sur la réparation des accidents du travail (agriculture), 1921
Recommandation (nº 11) sur le chômage (agriculture), 1921
Recommandation (nº 16) sur le logement et le couchage (agriculture), 1921
Recommandation (nº 17) sur les assurances sociales (agriculture), 1921
Convention (nº 97) et recommandation (no 86) sur les travailleurs migrants (révisée), 1949
Convention (nº 99) et recommandation (nº 89) sur les congés payés (agriculture), 1951
Convention (nº 101) et recommandation (no 93) sur les congés payés (agriculture), 1952
Dispositions relatives à la sécurité
et la santé des travailleurs
Convention (nº 110) sur les plantations, 1958 [et Protocole, 1982], et recommandation (nº 110) sur les plantations, 1958
Convention (nº 119) et recommandation (no 118) sur la protection des machines, 1963
Convention (nº 121) sur les prestations en cas d’accidents du travail et de maladies professionnelles, 1964 [Tableau I modifié en 1980], et recommandation (nº 121) sur les prestations en cas d’accidents du travail et de maladies professionnelles, 1964
Convention (nº 127) et recommandation (no 128) sur le poids maximum, 1967
Convention (nº 129) et recommandation (no 133) sur l’inspection du travail (agriculture), 1969
Convention (nº 138) et recommandation (no 146) sur l’âge minimum, 1973
Convention (nº 139) et recommandation (no 147) sur le cancer professionnel, 1974
Convention (nº 148) et recommandation (no 156) sur le milieu de travail (pollution de l’air, bruit et vibrations), 1977
Convention (nº 155) et recommandation (no 164) sur la sécurité et la santé des travailleurs, 1981
Convention (nº 161) et recommandation (no 171) sur les services de santé au travail, 1985
Convention (nº 167) et recommandation (no 175) sur la sécurité et la santé dans la construction, 1988
Convention (nº 170) et recommandation (no 177) sur les produits chimiques, 1990
[1] FAO: L’état de l’insécurité alimentaire dans le monde, 1999 (Rome, 1999), http://www.fao.org/focus/e/SOFI/home-e.htm.
[2] OCDE: Le rôle de la coopération pour le développement à l’aube du XXIe siècle (Paris, 1996). Disponible en ligne sur le site http://www.ocde.org/dac/htm/stc.htm.
[3] Congrès tenu à Durban, en Afrique du Sud, le 4 avril 2000; voir BIT: Travail, n° 34, avril-mai 2000, p. 13.
[4] Voir Peter Stalker: Workers without frontiers: The impact of globalization on international migration (Boulder, Colorado, et Londres, Lynne Rienner Publishers, et Genève, BIT, 2000), pp. 3-5.
[5] En Inde, les droits de douane sont passés de 87 pour cent en moyenne en 1990-91 à 25 pour cent en 1996-97, et les obstacles non tarifaires ont reculé de manière encore plus spectaculaire. FMI: Perspectives de l’économie mondiale, avril 2000.
[6] Source: Banque mondiale: Global economic prospects and the developing countries, 1998/99.
[7] «Agriculture and technology», The Economist (Londres), 25 mars 2000, p. 9.
[8] BIT: Travail, op. cit.
[9] Johnston et Mellor ont écrit à ce sujet un traité très souvent cité: Bruce F. Johnston et John Meller: «The role of agriculture in economic development», dans American Economic Review (Menasha, Wisconsin), sept. 1961, pp. 566-593.
[10] Le meilleur exemple de ce rôle est l’absorption dans les zones rurales des travailleurs urbains licenciés pendant la crise asiatique en 1997-98. Un exemple antérieur est celui de l’absorption au Ghana de plus d’un million de réfugiés expulsés du Nigéria avec un préavis très court au début des années quatre-vingt.
[11] Pour un examen détaillé du cas de Sri Lanka, voir Vali Jamal: Employment and poverty in Sri Lanka: Long term perspectives, document de travail no 157 (à paraître).
9 Conférence des Nations Unies sur l’environnement et le développement: Action 21, chap. 14 et 19; Commission du développement durable (ONU), huitième session: «Agriculture: décision de la Commission du développement durable à sa huitième session», et «Résumé du Président concernant le débat sur l’agriculture écologiquement viable», mai 2000. Voir également Peter Hazell et Ernst Lutz: «Integrating environmental and sustainability concerns into rural development policies», dans l’ouvrage publié sous la direction d’Ernst Lutz: Agriculture and the environment: Perspectives on sustainable rural development, Washington, DC, Banque mondiale, 1998.
[13] Ce programme conjugue les méthodes biologiques, mécaniques et chimiques pour lutter contre les ravageurs et réduire au minimum leurs effets sur l’environnement.
[14] UITA, Policy Brief No. 4, sept. 1999. Voir également UITA: Aliment sain, travail sans risque: les organisations syndicales et l’agriculture durable (Genève, 2000).
[15] Commission du développement durable (ONU), huitième session: résumé du président, op. cit., paragr. 49.
[16] Agriculture and technology, op. cit., p. 1. D’importants changements dans la répartition des revenus sont implicites dans ces chiffres avec une «marginalisation» accrue des agriculteurs dans toute la chaîne de l’agroalimentaire. La déclaration faite par Lucien Royer au nom de la CISL, de la CSC et de l’UITA à la Commission du développement durable est tout à fait pertinente à cet égard: «Où va l’argent?» a-t-il demandé en signalant l’écart qui se creuse entre les riches et les pauvres. Voir Lucien Royer: «Plough to plate approaches to food and agricultural production: Trade unions at the United Nations», discours à la Commission du développement durable, 28 fév. 2000.
[17] En prenant une perspective à plus long terme – les cinquante dernières années –, les données de la FAO montrent que les rendements du millet et du sorgho ont augmenté de 57 pour cent, contre 134 pour cent pour le blé et 104 pour cent pour le riz. Le maïs – la céréale de base la plus cultivée en Afrique tropicale – a permis de relever la moyenne céréalière de l’Afrique, car il a connu le meilleur accroissement du rendement au cours des cinquante dernières années (139 pour cent).
[18] Statistiques de la FAO, 1999.
[19] Voir aussi les études de cas sur l’Equateur, l’Ouganda et la République-Unie de Tanzanie: Zonia Palán et Carlos Palán: Employment and working conditions in the Ecuadorian flower industry, SAP 2.79/WP.138 (Genève, BIT, 1999); Patrick K. Asea et Darlison Kaija: «Impact of the flower industry in Uganda», SAP.WP/148 (Genève, BIT, 2000); Haji Hatibu Haji Semboja, Rhoda Mbelwa et Charles Bonaventura: The cut-flower industry in Tanzania, SAP.WP/152 (Genève, BIT, 2000). Le document d’ensemble pour la série considère les études dans une perspective globale. Voir G. van Liemt: The world cut-flower industry: Trends and prospects, SAP.WP.139 (à paraître).
[20] FIDA: The state of world rural poverty: An inquiry into its causes and consequences (New York, New York University Press, 1992), p. 107. Les paragraphes suivants s’inspirent également de cette source.
[21] Indicateur statistique mesurant l’amplitude de la divergence entre la distribution effective du revenu et une distribution équitable parfaitement théorique. Plus le coefficient de Gini est élevé, plus la distribution du revenu est inégale.
[22] Nations Unies: Agriculture et développement rural durables, Rapport du Secrétaire général, huitième session de la Commission du développement durable, doc. E/CN.17/2000/7, paragr. 32.
[23] Voir OMC: Rapport annuel 1999 (Genève, 1999), tableau 11.1
[24] BIT, Un travail décent, op. cit., p. 61.
[25] La Banque mondiale considère que l’Afrique subsaharienne est la région du monde dans laquelle la part la plus élevée de la population vit avec moins de 1 dollar par jour. Banque mondiale: Les perspectives économiques mondiales et les pays en développement, 2000 (Washington, DC, 1999), pp. 33-34.
[26] Voir en particulier CNUCED: Rapport sur le commerce et le développement, 1998 (New York et Genève, 1998). Auparavant, Vali Jamal et John Weeks avaient prononcé un plaidoyer vigoureux dans: Africa misunderstood or whatever happened to the rural-urban gap (Londres, Macmillan, 1993).
[27] L’effet cumulé de l’insuffisance des infrastructures, de la faiblesse technique, du lent développement du commerce et des fortes incertitudes du régime de propriété de la terre a fortement contribué à réduire la réponse de l’offre à la libéralisation des prix et des institutions. J. Meerman: Reforming agriculture: The World Bank goes to market, World Bank Operations Evaluation Study No. 16701 (Washington, DC, Banque mondiale, 1997), p. 54.
[28] FMI: Perspectives de l’économie mondiale, oct. 1997.
[29] Ainsi, en 1820, l’écart entre le pays le plus riche (le Royaume-Uni) et le pays le plus pauvre (la Chine) était de 3 à 1; en 1900, il était de 10 à 1 entre le Royaume-Uni et le Ghana; en 1992, il était de 72 à 1 entre les Etats-Unis et l’Ethiopie. Au début de 2000, la valeur du portefeuille de Bill Gates, le créateur de Microsoft (100 milliards de dollars des Etats-Unis), était supérieure à celle du PIB de la Malaisie en 1997 (98 milliards de dollars des Etats-Unis); les fluctuations du Nasdaq étant ce qu’elles sont, la fortune de M. Gates n’était plus en avril 2000 que la seconde du monde, et elle ne dépassait plus que le PIB de la République tchèque! (PNUD: Rapport mondial sur le développement humain, 1999, p. 38).
[30] Voir Li Xiaoyuan et collaborateurs: «Sustainable agriculture and rural development in China», sous http://www.fao.org/sd/epdirect/epan0010.htm, Promotion of sustainable agriculture and rural development in China.Elements for a policy framework and a National Agenda 21 Programme (FAO/PNUD/ministère de l’Agriculture, Chine, 1997).
[31] Voir Johnston et Mellor, op. cit., p. 572. L’élasticité indique la variation en pourcentage de variations de X (dans ce cas les dépenses alimentaires) pour une variation de 1 pour cent de Y (dans ce cas le revenu).
[32] S. Subramanian, E. Sadoulet et A. de Janvry: Structural adjustment and agriculture: African and Asian experiences, Economic and Social Development Paper, no 124 (Rome, FAO, 1994).
[33] Les prix «réels» indiquent la quantité de produits manufacturés importés que l’on peut acheter avec une unité de tel ou tel produit d’exportation.
[34] Banque mondiale: «Managing the recent commodity price cycle» (chap. 4), Global Economic Prospects and the Developing Countries 2000, op. cit.
[35] Avec la mise en œuvre de l’accord sur l’agriculture conclu en 1994 dans le cadre des négociations du Cycle d’Uruguay, le secteur agricole a dû se soumettre pour la première fois à des règles multilatérales. Les pays contractants ont accepté de transformer toutes les barrières commerciales agricoles non tarifaires en barrières tarifaires et de les abaisser. La dépendance à l’égard des aides à la production intérieure et des exportations a été réduite en faveur d’une aide qui fausse moins la concurrence comme les aides directes au revenu versées aux agriculteurs. Les barrières commerciales non tarifaires propres à l’agriculture, comme les contingents à l’importation, les prélèvements variables et les prix minima à l’importation, ne sont pas interdites.
[36] Pour en savoir plus, voir Jacob Meerman: Reforming agriculture: The World Bank goes to market, op. cit.
[37] Barbara Harris: «Another awkward class: Merchants and agrarian change in India», dans l’ouvrage publié sous la direction de Henry Bernstein: The food question: Profits versus people (New York, Monthly Review Press, 1990).
[38] A propos du Viet Nam, où les mesures n’ont pas été aussi draconiennes, voir Vali Jamal et Karel Jansen: Agrarian transition in Viet Nam, SAP 2.74/WP.128 (Genève, BIT, 1998); sur le Guyana et l’évolution du secteur agricole après les réformes, voir John Loxley et Vali Jamal: Structural adjustment and agriculture in Guyana: From crisis to recovery, SAP 2.84/WP.143.
[39] Charles Bettelheim: «Class struggles in the USSR: Second period, 1923-1930», Monthly Review (New York, 1978).
[40] FAO: «Les revenus ruraux non agricoles dans les pays en développement», chap. III de La situation mondiale de l’alimentation et de l’agriculture 1998 (Rome, 1998), pp. 283-351. Voir aussi BIT: Promotion de l’emploi et accroissement des revenus des déshérités ruraux, y compris les femmes, au travers d’activités non agricoles, Commission consultative du développement rural, dixième session, Genève, 22 nov. – 1er déc. 1983, p. 85.
[41] Pour une discussion plus approfondie, voir rapport de l’Atelier tripartite national du BIT sur les perspectives à long terme pour l’emploi rural et la pauvreté, Colombo, 1-3 oct. 1999 (document non publié); Vali Jamal: «Employment and poverty in Sri Lanka: Long-term perspectives» (Genève, BIT, 2000).
[42] Voir Deborah Fahy Bryceson et Vali Jamal (directeurs de publication): Farewell to farms: De-agrarianisation and employment in Africa, African Studies Centre Research Series 1997/10 (Aldershot, Ashgate, 1997).
[43] Source: PNUD: Rapport mondial sur le développement humain 1999, p. 26 (Paris et Bruxelles, De Boeck Université, 1999).
[44] Alec Fyfe: Bitter harvest: Child labour in agriculture (Genève, BIT, 1997), p. 5.
[45] BIT: Child labour in commercial agriculture in Africa, Genève, 1997. Le pourcentage d’enfants astreints au travail n’est inférieur à 30 pour cent que dans les pays dont le produit national brut par habitant est de plus de 1 500 dollars (Tunisie, Afrique du Sud et Maurice). Les pays de l’échantillon dépendent lourdement de leurs exportations agricoles qui représentent en moyenne 52 pour cent de leurs exportations totales.
[46] Voir V. Forastieri: Children at work: Health and safety risks (Genève, BIT, 1997).
[47] Il existe une relation étroite entre les besoins en matière de travail de la famille et le nombre des enfants qu’elle élève. Une famille qui a peu d’enfants est considérée comme étant désavantagée sur le plan économique tout au long du cycle familial. Voir BIT: Marchés de l’emploi rural et politiques de l’emploi: problèmes relatifs à l’utilisation de la main-d’œuvre, à la rémunération et à la situation des femmes, Commission consultative du développement rural, dixième session, Genève, 22 nov. – 1er déc. 1983 (Genève, 1983).
[48] BIT: Child labour in commercial agriculture in Africa, op. cit., p. 6.
[49] Fyfe, op. cit., p. 10.
[50] En 1921, l’OIT a adopté la convention (nº 10) sur l’âge minimum (agriculture), 1921, qui précise que «les enfants de moins de 14 ans ne pourront être employés ou travailler pour les entreprises agricoles publiques ou privées, ou dans leurs dépendances, qu’en dehors des heures fixées pour l’enseignement scolaire». La convention (nº 138) sur l’âge minimum, 1973, fixe l’âge minimum d’admission à l’emploi à 15 ans et précise que cette disposition est applicable aux plantations et autres entreprises agricoles exploitées principalement à des fins commerciales, à l’exclusion des entreprises familiales ou de petites dimensions produisant pour le marché local et n’employant pas régulièrement des travailleurs salariés.
[51] Bina Agarwal: «Gender inequality: Some critical neglected dimensions», présentation au Colloque du Conseil d’administration du BIT sur un travail décent pour les femmes, Genève, 24 mars 2000.
[52] BIT: Sécurité et santé dans l’agriculture, rapport VI (1), Conférence internationale du Travail, 88e session, Genève, 2000, p. 3. D’autres estimations citées dans cette section proviennent de ce même document. Voir aussi BIT: Annuaire des statistiques du travail 1996 (Genève); J.L. Murray et A.D. Lopez (directeurs de publication): The global burden of disease (Genève, OMS, 1996); V. Forastieri: note d’information concernant le programme du BIT sur la sécurité et la santé dans l’agriculture (site de l’OIT, pages concernant le Programme mondial sur la sécurité, la santé et l’environnement (SafeWork)).
[53] Mutualité sociale agricole (MSA): Prévention des risques professionnels des salariés agricoles. Des conseillers au service des entreprises (Paris, 1994); L. Marquez Delgado: «Seguridad en la maquinaria agrícola», Salud y Trabajo (Madrid, 1986), no 56.
[54] BIT: «Les produits chimiques dans le milieu de travail», Le travail dans le monde 1994 (Genève, 1994).
[55]Ibid.
[56] Pesticide Action Network North America: Fields of poison: California farmworkers and pesticides (1999). Voir aussi: http://www.panna.org.
[57] Banque mondiale: Agricultural biotechnology: The next «Green Revolution», document technique no 133 (Washington, DC, 1989).
[58] «En tête des préoccupations se trouve le besoin de maintenir des niveaux de production alimentaire adaptés aux taux toujours élevés de croissance démographique. Mais une autre préoccupation majeure touche au domaine de l’approvisionnement alimentaire. Il s’agit de la dégradation de l’environnement due principalement à deux causes: l’augmentation des taux de croissance démographique et l’exploitation d’un nombre croissant de terres de faible rendement pour la production agricole; l’utilisation intensive (mais hautement productive) des produits chimiques agricoles. Ce modèle de production agricole en vigueur dans les pays industrialisés est de plus en plus souvent adopté et encouragé dans les pays en développement.» Barliene Brenner: Politiques de biotechnologie pour l’agriculture des pays en développement, Centre de développement de l’OCDE, cahier de politique économique no 14 (OCDE, 1997). En 1997, la Banque mondiale et le Groupe consultatif pour la recherche agricole internationale indiquaient que les organismes transgéniques qui sont mis au point et utilisés avec sagesse peuvent être d’une grande utilité et se révéler même essentiels pour accroître la production vivrière mondiale et promouvoir un développement agricole durable. Voir Banque mondiale: Bioengineering of crops: Report of the World Bank Panel on Transgenic Crops, Environmentally and Socially Sustainable Development Series, no 23 (Washington, DC, oct. 1997).
[59]Bioengineering of crops, op. cit.
[60] A. Miguel Altieri: Ten reasons why biotechnology will not ensure food security, protect the environment and reduce poverty in the developing world (Université de Californie, oct. 99). Voir http://www.gene.ch/. Voir aussi UITA: «Breveter la vie, détruire des vies», Bulletin d’information, vol. 69, nos 3 et 4.
[61] Commission du développement durable, huitième session: Résumé du Président, op. cit., paragr. 14 d).
[62] «Genetic engineering: Can it feed the world?», GeneWatch, Briefing no 3, août 1998, sur le site http://www.genewatch.org/Publications/Briefs/Brief3.htm. Cette technologie a été qualifiée de «terminator», car elle empêche les paysans de réutiliser leurs semences. Face à la montée du mécontentement, Monsanto a annoncé, en 1999, qu’il ne commercialiserait pas cette technologie. En avril 2000, il a aussi annoncé qu’il mettrait les résultats de ses recherches sur le riz à la disposition du projet IRGSP (International Rice Genome Sequencing Project), qui est financé par des fonds publics. Toutefois, ceux qui utiliseront les données de Monsanto pour un usage commercial devront signer avec cette société une licence non exclusive. Source: Financial Times, 5 avril 2000.
[63] J.F.G. Bunders: Biotechnology for small-scale farmers in developing countries: Analysis and assessment procedures (Amsterdam, VU University Press, 1990).
[64] Janelle Diller: «Responsabilité sociale et mondialisation: qu’attendre des codes de conduite, des labels sociaux et des pratiques d’investissement?», Revue internationale du Travail, vol. 138, no 2, 1999, pp. 107-139; Janet Hilowitz: «Label social et lutte contre le travail des enfants: quelques réflexions», Revue internationale du Travail, vol. 136, no 2, 1997, pp. 231-251.
[65] Diller, op. cit.
[66] Une étude du BIT cite les initiatives suivantes contre le travail des enfants: A) pour les tapis d’Orient noués à la main: 1) RUGMARK en Allemagne, aux Etats-Unis, en Inde, au Népal et aux Pays-Bas; 2) Care & Fair en Allemagne, au Royaume-Uni, en Inde, au Népal et aux Pays-Bas; 3) Kaleen en Inde; 4) STEP, qui est basé en Suisse; B) pour le textile et l’habillement: 5) Double Income Project, basé en Suisse; C) pour la chaussure: 6) Abrinq, créé par des entrepreneurs de l’Etat de São Paulo au Brésil. Voir aussi Hilowitz, op. cit.
[67] Geir Myrstad: Social labelling and trade union efforts to fight child labour: Some comments to the Hilowitz Report (http://www.ilo.org/public/english/dialogue/actrav/child/codecond/social2.htm).
[68] Nations Unies: «The Global Compact» (1999), brochure.