
Un développement agricole durable dans une économie mondialisée
Rapport soumis aux fins de discussion à la Réunion tripartite sur les moyens d'assurer un développement agricole durable grâce à la modernisation de l'agriculture et de l'emploi dans une économie mondialisée
Genève, 18-22 Septembre 2000
Bureau international du Travail Genève
Copyright ® 2000 Organisation internationale du Travail (OIT)
Photographies de la couverture: BIT - Nick Rain et Jacques Maillard
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Table des matières
1. Mondialisation et agriculture
Etats et marchés
Le rôle de l’agriculture dans le développement
Durabilité
La modernisation de l’agriculture
2. Production et exportations.. 28
Le travail des enfants
Place respective des hommes et des femmes
Sécurité et santé au travail
Organismes génétiquement modifiés
Initiatives volontaires
6. Résumé et points suggérés pour la discussion
Tableaux
Tableau 1. Pourcentage de la main-d’œuvre ayant un emploi salarié
Tableau 2. Rendement des céréales par hectare (kg/ha), 1999, et indice 1999 (1975=100)
Tableau 3. Intrants agricoles
Tableau 4. Taux de croissance (tracteurs et terres irriguées), 1975-1997, et part mondiale en 1997
Tableau 5. Performance de l’agriculture, 1975-1999
Tableau 6. Performance des exportations, 1975-1998
Tableau 7. Economies avancées contre pays en développement, y compris les NPI: diversification des exportations (en pourcentage du total des exportations de marchandises)
Tableau 8. Croissance de la production, 1980-1997, et changements structurels intervenus dans le PIB
et la main-d’œuvre, 1970 et 1997
Tableau 9. Incidence de la malnutrition dans les régions en développement, 1969-1997
Tableau 10. Salaires agricoles et coût de la main-d’œuvre du secteur manufacturier, 1980-1984 et 1990-1994 (en dollars des Etats-Unis par année, sauf mention contraire)
Tableau 11. Incidence de la pauvreté (pourcentage de la population vivant en dessous du seuil de pauvreté national)
Tableau 12. Cours des produits primaires en valeur réelle, 1980-1998 (1990 = 100)
Tableau 13. Exemples d’OGM commercialisés aux Etats-Unis (juillet 1998)
Tableau 14. Programmes de labels sociaux (1998)
Figures
Figure 1. Répartition de la main-d’œuvre vers 1997
Figure 2a. Malaisie: structure de l’emploi, 1970-1995
Figure 2b. Malaisie: tendances de l’emploi, 1970-1995
Encadrés
Encadré 1 La technologie se développe et devient plus accessible
Encadré 2 Les entreprises publiques en recul mais toujours présentes
Encadré 3 L’alimentation dans la crise asiatique
Encadré 4 ADRD: Action 21
Encadré 5 «L’agriculture durable» par opposition à «l’agriculture»
Encadré 6 L’agriculture biologique – et après?
Encadré 7 Les travailleurs ruraux: qui sont-ils?
Encadré 8 Technologie de l’information et agriculture: le futur est déjà là
Encadré 9 Agriculture: le futur partout?
Encadré 10 Des bouquets en provenance de la Colombie
Encadré 11 La sécheresse en Afrique
Encadré 12 Deux pays d’Afrique, deux visages du SIDA
Encadré 13 Malaisie et Thaïlande – deux cas de progression spectaculaire des exportations
Encadré 14 Echecs et réussites économiques
Encadré 15 Les entreprises rurales en Chine: des entreprises florissantes
Encadré 16 Programme international pour l’abolition du travail des enfants
Encadré 17 La convention no 182
Encadré 18 Les femmes dans l’agriculture en Afrique subsaharienne
Encadré 19 Les femmes dans l’agriculture au Bangladesh
Encadré 20 Bureau de l’égalité entre hommes et femmes du BIT
Encadré 21 Activités du BIT concernant la sécurité et la santé des travailleurs agricoles
Encadré 22 Nouvelles normes concernant la sécurité et la santé des agriculteurs
Encadré 23 Génie génétique
Encadré 24 Contrôle renforcé des OGM aux Etats-Unis
Encadré 25 Initiatives volontaires concernant le commerce de la banane
Encadré 26 Le Pacte global et l’OIT
ADRD Agriculture et développement rural durables
ALENA Accord de libre-échange nord-américain
ANASE Association des nations de l’Asie du Sud-Est
APEC Conseil de coopération économique Asie/Pacifique
CEA Commission économique pour l’Afrique (ONU)
CISL Confédération internationale des syndicats libres
CNUCED Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement
CNUED Conférence des Nations Unies sur l’environnement et le développement (Sommet «Planète Terre»)
FAO Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture
FIDA Fonds international de développement agricole
FMI Fonds monétaire international
IED Investissement étranger direct
IPEC Programme international pour l’abolition du travail des enfants (OIT)
MERCOSUR Marché commun du Sud
NPI Nouveau pays industriel
OCDE Organisation de coopération et de développement économiques
OGM Organisme génétiquement modifié
OMC Organisation mondiale du commerce
ONG Organisation non gouvernementale
PIB Produit intérieur brut
PNUD Programme des Nations Unies pour le développement
TUAC Commission syndicale consultative auprès de l’OCDE
UITA Union internationale des travailleurs de l’alimentation, de l’agriculture, de l’hôtellerie-restauration, du tabac et des branches connexes
Pays en développement d’Afrique Tous les pays africains à l’exception de l’Afrique du Sud
Pays en développement d’Asie Tous les pays d’Asie excepté Israël et le Japon
Au cours de la prochaine décennie, le grand défi sera d’adapter les économies et les institutions nationales à la mondialisation et d’adapter celle-ci aux besoins de l’homme … La mondialisation a fait de l’«ajustement» un phénomène universel qui touche aussi bien les pays riches que les pays pauvres. Elle a un effet sur le développement, en développant les pôles de croissance à long terme et en modifiant la distribution des revenus.
BIT: Un travail décent,
rapport du Directeur général,
Conférence internationale du Travail,
87e session, Genève, 1999, p. 5.
En quoi le secteur agricole, premier employeur au monde, est-il touché par la mondialisation, quel est son rôle, et comment renforcer durablement ce rôle pour élever le niveau de vie des agriculteurs et des ouvriers agricoles? Tels sont les thèmes qui sont abordés dans le présent rapport, le premier concernant le secteur agricole à avoir été rédigé dans l’optique du XXIe siècle. On y verra que la mondialisation influe sur l’agriculture non seulement à travers les mécanismes habituels du commerce et de l’investissement étranger direct, mais aussi et surtout par la transmission rapide des idées qui est rendue possible par les nouvelles techniques de communication et en particulier les revendications sociales allant dans le sens d’un alignement des pratiques de travail sur les normes du travail. Par conséquent, en dehors de certaines questions macroéconomiques comme le rôle de l’agriculture dans le développement et les prix des produits de base, le rapport mettra l’accent sur des questions sociales telles que le travail des enfants, le rôle des femmes dans l’agriculture, la sécurité et la santé des travailleurs, les initiatives volontaires privées et les modifications génétiques, car c’est dans ces domaines que la transmission rapide des idées par les moyens de communication modernes est en train de modifier les pratiques de travail dans les exploitations agricoles. Il est même possible que ces mécanismes de transmission jouent un rôle encore plus important que le commerce et les investissements directs dans l’agriculture. On s’efforcera ici de déterminer de quelle manière ce secteur peut bénéficier au mieux de tous les facteurs modernisateurs de la mondialisation, le mot «modernisation» étant à prendre ici au sens de processus d’amélioration de la productivité, de diversification de la base d’exportations et de modification du régime foncier et des pratiques traditionnelles, surtout en matière de sécurité et de santé au travail, avec des normes plus élevées en matière de travail, telles qu’elles apparaissent dans les conventions fondamentales de l’OIT. Ce dernier point revêt une importance encore plus grande avec les discussions en vue de l’adoption d’instruments sur la sécurité et la santé dans l’agriculture prévues (au moment de la rédaction du présent rapport) pour la session de juin 2000 de la Conférence internationale du Travail.
Il est de plus en plus admis qu’aucune modernisation sérieuse du secteur agricole ni un développement économique global n’est possible sans ADRD (agriculture et développement rural durables) – un concept adopté en 1992 à la Conférence sur l’environnement et le développement des Nations Unies (Sommet «Planète Terre»). Certaines des composantes clés de ce concept, à savoir un emploi stable et des conditions de travail sûres, une réforme du régime foncier, l’acceptation des normes fondamentales du travail de l’OIT, la représentation des travailleurs agricoles, font l’objet d’un traitement séparé dans la quatrième partie du présent rapport. Il s’agit de montrer ici, comme dans le reste du rapport, que les normes fondamentales et les normes du travail agricole de l’OIT ont un lien étroit avec le concept de l’ADRD. Les questions qui sont abordées doivent permettre de renforcer les quatre objectifs stratégiques de l’OIT adoptés à la 87e session de la Conférence internationale du Travail (juin 1999), à savoir:
Cette réunion devrait permettre d’attirer l’attention de tous sur le rôle que l’agriculture continue de jouer en offrant un emploi et un revenu à la majorité de la population mondiale et en tant que moteur du développement économique. Rappelons que, malgré les progrès réalisés récemment, il y a 790 millions de personnes dans les pays en développement, soit près d’un cinquième de la population totale de ces pays, et 34 millions de personnes dans les pays industrialisés et les pays en transition qui sont sous-alimentées[1] et que 1,5 milliard de personnes vivent dans la pauvreté, pour la plupart dans les pays en développement, surtout en milieu rural. Malgré les progrès accomplis pour ces deux indicateurs de bien-être, on est loin du but fixé par le Sommet mondial de l’alimentation en 1996 et par l’OCDE dans le cadre de la Stratégie 21[2], qui était de réduire de moitié le nombre de ces personnes d’ici 2015. En outre, le fossé entre les riches et les pauvres, qu’il s’agisse des individus ou des pays, ne cesse de s’élargir, et les pauvres, qui vivent pour la plupart en milieu rural, sont marginalisés au cours du processus de croissance. L’agriculture étant le fondement même de tout développement économique, il est d’autant plus nécessaire d’attirer l’attention sur ce secteur, tandis que les liens indissolubles entre la faim, la pauvreté et les zones rurales font qu’il est d’autant plus nécessaire d’inscrire le développement agricole dans la durée et l’équité.
Cette réunion devrait aussi être l’occasion de rappeler le caractère inexorable du processus de mondialisation et le rôle que l’agriculture joue dans ce processus. Le phénomène de la marginalisation que nous venons d’évoquer est toujours associé à la mondialisation en tant que principal effet. Le secteur agricole pris dans sa totalité est certes marginalisé par rapport au secteur moderne, mais s’il s’ouvre aux investissements étrangers directs dans le cadre de la mondialisation les petits exploitants agricoles risquent non seulement d’être marginalisés, mais aussi dépossédés de leurs terres, au fur et à mesure que des exploitations agricoles dépendant de sociétés multinationales d’achat sont créées dans les pays en développement pour fournir des produits normalisés aux marchés mondiaux. Il est donc urgent de discuter du rôle que joue l’agriculture dans le cadre de la mondialisation et de tirer des enseignements sur la manière d’infléchir ce mouvement de façon à en faire profiter un maximum de personnes et de pays, ainsi que l’a déclaré récemment le Directeur général du BIT au 17e Congrès mondial de la Confédération internationale des syndicats libres (CISL)[3]:
La mondialisation telle que nous la connaissons aujourd’hui ne survivra pas si elle ne profite pas à plus de monde. Elle n’a pas encore réussi le test de la légitimité sociale. […] La forme qu’a prise la mondialisation est aussi le résultat de politiques qui peuvent être changées. Si le modèle actuel de la mondialisation ne change pas, il disparaîtra. Notre tâche commune consiste à modeler la façon dont les choses évoluent pour que le pouvoir et le potentiel du marché mondial, de l’économie de la connaissance et de la société des réseaux se fassent sentir dans toutes les nations, tous les villages et tous les ménages … La mondialisation ne durera que si elle permet d’offrir un travail décent à tous.
La présente réunion fait partie du Programme des activités sectorielles du BIT, qui vise à faciliter l’échange d’informations entre les mandants sur l’évolution, sur les plans social et du travail, dans certains secteurs économiques, complété par des recherches pragmatiques sur des questions sectorielles d’actualité. Le moyen habituel de réaliser cet objectif est la tenue de réunions sectorielles tripartites internationales destinées à permettre l’échange de vues et de données d’expérience avec pour finalité: de favoriser une meilleure perception des questions et des problèmes relatifs à des secteurs déterminés; de promouvoir un consensus tripartite international sur les préoccupations sectorielles et de fournir une orientation concernant les politiques et les mesures à adopter aux niveaux national et international pour traiter les questions et les problèmes s’y rattachant; de promouvoir l’harmonisation de toutes les activités sectorielles de l’OIT et de servir de point de convergence entre le Bureau et les mandants; enfin, de fournir aux mandants de l’OIT les conseils techniques, l’assistance pratique et le soutien concret nécessaires pour faciliter l’application des normes internationales du travail.
La réunion a été inscrite au programme des réunions sectorielles pour 2000-01 à la 273e session (novembre 1998) du Conseil d’administration. C’est aussi à cette session que le thème de la réunion a été défini de façon à refléter l’importance de la mondialisation en tant que cadre dans lequel il faut de plus en plus replacer les questions de «durabilité» et de «modernisation» de l’agriculture. Les gouvernements des 26 pays suivants ont été invités à envoyer des représentants: Afrique du Sud, Bangladesh, Bénin, Brésil, Bulgarie, Chili, Chine, Costa Rica, Danemark, Egypte, El Salvador, Equateur, Ethiopie, Ghana, Honduras, Inde, République islamique d’Iran, Kenya, Malaisie, Mexique, Nigéria, Ouganda, Philippines, Sri Lanka, République tchèque et Viet Nam. Une liste de réserve a été dressée par région pour le cas où l’un de ces gouvernements ne pourrait pas participer à la réunion. En outre, 26 représentants des employeurs et 26 représentants des travailleurs devaient être désignés après consultation avec les groupes respectifs du Conseil d’administration. Ces représentants ne devaient pas nécessairement venir des pays ci-dessus.
Le but de la réunion, tel qu’il a été défini par le Conseil d’administration, est le suivant:
Un échange de vues sur le secteur agricole au XXIe siècle, sur sa contribution à l’emploi, ses revenus et ses perspectives de gains de productivité […]; l’adoption de conclusions comprenant les propositions d’action avancées par les gouvernements et les organisations d’employeurs et de travailleurs au niveau national, et par l’OIT; l’adoption […] d’un rapport sur les débats.
Le présent rapport s’articule autour de quelques thèmes. Le chapitre 1 plante le décor en définissant les grands axes: mondialisation, durabilité et modernisation. La mondialisation est vue sous l’angle du changement de rôle des Etats et des marchés, du rôle traditionnel de l’agriculture dans le développement et de la modification de la structure de l’emploi qui accompagne le développement. La durabilité du développement agricole et de l’emploi dans l’agriculture et la modernisation de ce secteur sont vues sous l’angle de l’augmentation du niveau de productivité, de la diversification de la base d’exportations et de la modification du régime foncier, indispensables à cet égard (les aspects les plus récents de la modernisation, à savoir la pression sociale en faveur d’une amélioration des pratiques de travail, font l’objet de la quatrième partie). Le chapitre 2 est consacré à la performance du secteur agricole au cours des dernières décennies, l’accent étant mis sur la contribution de l’agriculture à l’amélioration du niveau de vie et à la transformation des économies. C’est dans ce chapitre que sont abordés les questions de salaires et le thème de la pauvreté. Le chapitre 3 examine de plus près les grandes questions macroéconomiques de l’agriculture, à savoir les prix et les subventions, les prix des produits de base et les termes de l’échange, ainsi que le rôle des activités rurales non agricoles, tandis que le chapitre 4 évoque les questions sociales dont les gouvernements et les agriculteurs doivent de plus en plus tenir compte en raison des changements d’attitude intervenus au niveau international par rapport aux conditions de travail, le travail des enfants, les questions d’égalité entre hommes et femmes, les initiatives volontaires privées, la sécurité et la santé au travail et les modifications génétiques. Si plusieurs de ces questions ont toujours été associées au secteur agricole, certaines sont nouvelles (c’est le cas des initiatives volontaires et du génie génétique), et même pour les premières (travail des enfants, égalité entre hommes et femmes, sécurité et santé des travailleurs) des pressions sont exercées de tous côtés sur les gouvernements pour les amener à changer les choses, souvent en réponse aux mouvements de défense des consommateurs. Pour ce qui est des questions sociales, l’inclusion de la question du génie génétique doit être justifiée, car cette question ne fait pas partie, de prime abord, des domaines de compétence de l’OIT. On notera toutefois que le génie génétique peut modifier les tendances de l’emploi, et donc les revenus des agriculteurs, et que c’est en outre une question qui figurera de plus en plus dans tous les débats sur le secteur agricole. Dans le chapitre 5, on trouvera les conclusions de la réunion, et dans le chapitre 6 un résumé et les points suggérés pour la discussion.
Un mot sur les données utilisées: la plupart de ces données sont tirées des annuaires et des bases de données de certaines organisations internationales, comme l’OIT, la FAO, le FIDA, le FMI, la CNUCED, le PNUD, la Banque mondiale et l’OMC. La source est toujours clairement indiquée et l’organisation en question est remerciée ici, de même que l’UITA pour les documents qu’elle a fournis. La plupart des données se rapportent à l’année la plus récente pour laquelle des données sont disponibles. Les enquêtes sur l’emploi et la main-d’œuvre n’étant faites que de manière sporadique, ces données se rapportent généralement à l’année 1997. En outre, il y a souvent des différences entre les données des différents annuaires, et entre ces dernières et les données provenant de sources nationales. Ces inconvénients sont inévitables et ne portent généralement pas à conséquence ici.
Le présent rapport est publié sous l’autorité du Bureau international du Travail et a été rédigé par Vali Jamal, spécialiste du secteur rural au Département des activités sectorielles.
Le commerce international et les investissements directs ne sont pas une chose nouvelle: en 1890 déjà, les exportations de produits représentaient 15 pour cent du produit intérieur brut (PIB) de l’Europe occidentale (près de 25 pour cent aujourd’hui) et 6 pour cent du PIB des Etats-Unis (8 à 10 pour cent aujourd’hui); de même, les investissements étrangers directs atteignaient 14 milliards de dollars des Etats-Unis quand la première guerre mondiale a éclaté[4].
L’élément nouveau est le contexte dans lequel la mondialisation actuelle se produit. Deux aspects sont particulièrement importants: l’évolution idéologique au niveau mondial et le développement de nouvelles technologies de l’information et des communications. Les années soixante-dix et quatre-vingt ont été marquées par un infléchissement des politiques nationales dans le sens d’une libéralisation économique, l’Etat se retirant peu à peu de la gestion économique et ouvrant davantage l’économie au commerce et aux investissements internationaux. Les droits de douane applicables aux nations les plus favorisées dans les pays en développement sont passés de 34 pour cent au milieu des années quatre-vingt à 20 pour cent en 1998 et devraient tomber à 14 pour cent conformément aux négociations d’Uruguay[5]. Partout où ils existaient, les obstacles aux investissements étrangers ont été levés. Les groupements régionaux (comme l’ANASE, l’APEC, le MERCOSUR, la Communauté de l’Afrique orientale, l’ALENA) ont accentué ces tendances. Le développement de la technologie numérique (Internet, téléphonie mobile, télécopie) et la baisse spectaculaire des prix (voir encadré 1) ont contribué au développement du commerce et des investissements, notamment sous la forme de la production transfrontières d’entreprises multinationales (implantées dans plusieurs pays) et de leurs réseaux de filiales et d’entreprises associées. Les entreprises multinationales contrôlent aujourd’hui un cinquième du PIB industriel mondial, et un tiers du commerce mondial est le fait d’usines d’entreprises multinationales réparties partout dans le monde[6].
Il est possible de cerner trois mécanismes de diffusion des effets de la mondialisation: le commerce, les investissements étrangers et la transmission de nouvelles idées. Le commerce international a progressé de manière particulièrement rapide pour les produits manufacturés, conformément à l’évolution de la demande, mais les modifications prévues dans l’accord conclu à l’issue des négociations d’Uruguay pourraient être lourdes de conséquences pour le commerce des produits agricoles également. Dans le cadre de cet accord, les droits
de douane sur les produits agricoles doivent être sensiblement réduits par rapport à leur niveau actuel qui est encore de 40 pour cent, et les subventions à l’exportation (essentiellement le fait des pays développés) devaient être réduites d’un tiers en 2000 par rapport à leur niveau de 1986-87. Le deuxième engagement a été tenu mais pas le premier. On estime que, lorsque toutes ces mesures auront été mises en œuvre, le commerce des produits agricoles pourrait progresser de 50 pour cent, apportant 160 milliards de dollars des Etats-Unis supplémentaires à l’économie mondiale[7]. Les prix des produits alimentaires pourraient, quant à eux, augmenter de 5 pour cent en dix ans. Il sera encore plus nécessaire d’améliorer la productivité de l’agriculture dans les pays en développement pour leur permettre de faire face à la concurrence, tandis que les pays importateurs nets de denrées alimentaires – notamment en Afrique subsaharienne – seront confrontés à une augmentation des prix à la consommation. Les pays compétitifs profiteront de la réduction générale des subventions. Ces changements ne se produiront pas du jour au lendemain et tous les pays auront donc le temps de procéder aux ajustements nécessaires.
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Encadré 1
L’ordinateur personnel, élément de la vie quotidienne aujourd’hui, est le fruit d’un inventeur qui travaillait dans son garage près de Stanford, en Californie, au début des années soixante-dix. La Toile d’araignée mondiale (Internet) a vu le jour en 1990, suivie de la distribution gratuite de Netscape en 1994. Le téléphone mobile, pratiquement inconnu au début des années quatre-vingt-dix, était omniprésent à la fin de la décennie. L’interaction de ces trois inventions va guider la «nouvelle économie» au cours des prochaines décennies. Le coût de ces nouvelles technologies, ainsi que des anciennes, baisse en permanence (voir figure ci-dessous): le coût du transport aérien a reculé de 84 pour cent entre 1930 et 1990, celui des appels téléphoniques longue distance de 99 pour cent et celui des ordinateurs de 95 pour cent entre 1970 et 1990. Coût en termes réels |
Les investissements étrangers directs ont déjà eu des répercussions sur l’agriculture des pays en développement, avec l’introduction de nouveaux produits destinés à l’exportation. Ainsi, la floriculture, en forte progression depuis vingt ans, doit beaucoup aux investissements transnationaux qui ont pris la forme de transferts de capitaux, de technologie et de personnel qualifié en provenance des pays développés. On peut s’attendre à de nouveaux phénomènes semblables. Ainsi, les chaînes internationales de supermarchés pourraient exiger que leurs fournisseurs remplissent des conditions strictes en matière de qualité, ce qui pourrait même entraîner un investissement direct des entreprises multinationales dans le secteur agricole. Si ces investissements se produisent trop rapidement, ils pourraient avoir des répercussions négatives sur les petits agriculteurs des pays en développement qui constituent la majorité de la main-d’œuvre mondiale. La vigilance est donc de mise.
Le rythme rapide de la mondialisation fait planer un véritable danger sur le secteur agricole. L’inquiétude est due à trois facteurs: i) le fait qu’un petit nombre d’entreprises multinationales dominent le commerce des produits alimentaires; ii) les écarts technologiques importants entre pays riches et pays pauvres; iii) le rôle de l’agriculture comme principal employeur dans les pays pauvres. L’implantation des entreprises multinationales dans les pays en développement va se renforcer car ces entreprises ne manqueront pas de profiter du climat de libéralisation qui prévaut. Les petits agriculteurs pourraient être les victimes de ce processus. De plus, les entreprises étrangères du secteur agricole pourraient tenter d’utiliser la technologie qui leur est familière, ce qui pourrait entraîner d’importantes réductions d’effectifs dans le secteur. Un phénomène semblable s’est déjà produit dans le secteur «moderne» avec l’élimination des petites entreprises à cause de l’IED, mais, alors que beaucoup des travailleurs urbains licenciés ont pu trouver un emploi dans les secteurs d’activité dynamiques, il ne faut pas en espérer autant dans le cas de l’agriculture, compte tenu de l’ampleur de la tâche. En effet, étant entendu que le secteur agricole emploie les trois quarts de la population active, comme c’est encore le cas dans de nombreux pays, un recul de 10 pour cent seulement de l’emploi dans ce secteur suppose une augmentation de 30 pour cent de l’emploi dans le secteur moderne. Il faut donc faire preuve de vigilance et modifier comme il convient les politiques. Ainsi que le Directeur général du BIT l’a souligné dans le discours déjà cité qu’il a prononcé devant le Congrès mondial de la CISL: «On entend beaucoup dire que la mondialisation ne peut être changée… Il faut dénoncer comme un mensonge l’idée qu’il n’y a rien d’autre à faire que de s’accommoder de la mondialisation. C’est absolument faux[8].» Dans le secteur agricole plus que nulle part ailleurs, les pays doivent intervenir, dicter le rythme de la mondialisation et indiquer son orientation.
Le troisième mécanisme de diffusion des effets de la mondialisation – la transmission des idées – pourrait être le plus important. Les pratiques de travail sont appelées à évoluer sous la pression des consommateurs et des groupes d’intérêts. Le travail des enfants, l’égalité entre hommes et femmes ainsi que la santé et la sécurité au travail font partie des domaines dans lesquels on cherche à introduire des changements. Pour l’OIT, il s’agit de sujets de préoccupation permanents qui sont examinés de manière détaillée dans le chapitre 4 du présent rapport.
La mondialisation est allée de pair avec la libéralisation, dont les manifestations extérieures étaient, comme indiqué plus haut, le démantèlement des obstacles au commerce, à l’IED et aux flux de capitaux; les manifestations internes comme le retrait de l’Etat de la gestion économique ont été tout aussi saisissantes, avec des conséquences importantes pour l’agriculture.
L’immixtion de l’Etat dans l’économie est partout allée croissant tout au long du XXe siècle, d’une part, parce que chacun était convaincu que seul l’Etat pouvait stimuler la croissance et le développement industriel et, d’autre part, parce qu’il fallait renflouer l’économie après des dépressions périodiques. Il semblait pour cela impératif de contrôler les leviers de commande de l’économie. Cette tendance a été renforcée par le fait que les preuves que les marchés n’étaient pas capables d’assurer l’équité s’accumulaient. Le test a été la révolution russe; l’expérience s’est répétée à divers degrés dans les pays nouvellement indépendants d’Asie et d’Afrique où les gouvernements, tout en encourageant la croissance et l’équité, s’efforçaient également de casser le schéma économique antérieur qui consistait à approvisionner les pays colonisateurs en produits primaires. La Grande Dépression des années trente a entraîné l’Etat à investir dans les infrastructures et dans des programmes sociaux afin de créer un effet multiplicateur et de mettre un terme au chômage généralisé tout en mettant en place un filet de sécurité pour les chômeurs. Ces conditions ont justifié durablement l’implication de l’Etat dans l’économie au nom de l’équité par le biais de paiements de transfert et de subventions, qui constituent l’attirail de l’Etat-providence moderne. Aujourd’hui, les dépenses gouvernementales par rapport au PIB restent supérieures à 45 pour cent en moyenne dans les pays de l’OCDE alors qu’elles sont inférieures de moitié aux Etats-Unis, et encore en deçà en Afrique subsaharienne.
Partout, les gouvernements cherchent comment réduire ces dépenses et la solution la plus fréquente consiste à confier au marché les fonctions jusqu’à présent assumées par le gouvernement en privatisant les entreprises publiques, de même que les secteurs de la santé et de l’éducation. Cette méthode est rarement controversée s’agissant des entreprises publiques car celles-ci, particulièrement importantes dans les pays à faible revenu, sont généralement considérées comme inefficaces et grevant le budget, au détriment de dépenses consacrées à des causes sociales valables; cependant, malgré la récente vague de désengagements, ces entreprises restent importantes sur tous les continents en développement (voir encadré 2). En revanche, des conflits éclatent lorsque l’Etat tente de réduire les dépenses qu’il consacre aux questions sociales, essentiellement dans les domaines de la santé et de l’éducation. La privatisation, qui est la solution la plus courante, laisse les groupes vulnérables exposés aux aléas des marchés.
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Encadré 2
Les entreprises publiques sont des entités de production ou de services appartenant au gouvernement ou contrôlées par celui-ci. Les activités du secteur public comme l’éducation, la santé, la construction et l’entretien des routes sont exclues de cette définition. En Zambie, les entreprises publiques contrôlaient, en 1985-1990, 32 pour cent du PIB – un chiffre record. Une proportion de 10 pour cent était courante à l’époque dans de nombreux pays; la moyenne aujourd’hui serait de 7 à 8 pour cent. La figure ci-dessous montre qu’il y a eu peu de changements, voire aucun, en Inde et au Zimbabwe, au cours des périodes 1985-1990 et 1990-1995, puisque ce chiffre est resté supérieur à 10 pour cent. Les entreprises publiques en pourcentage du PIB |
Quelle était la position de l’agriculture dans ce modèle de développement et quel est son rôle nouveau dans le contexte de la mondialisation? D’après des théories économiques reconnues, l’agriculture jouait un rôle passif dans le développement économique en fournissant un excédent qui assurait la croissance du secteur industriel. Cet excédent prenait diverses formes: main-d’œuvre supplémentaire libérée du secteur rural pour travailler dans le secteur industriel; produits alimentaires destinés à nourrir la population urbaine et produits agricoles servant d’intrants dans l’industrie et de produits d’exportation pour engendrer des devises. Le secteur rural était également un marché pour les produits manufacturés[9].
Le transfert de l’excédent du secteur rural vers le reste de l’économie peut se faire de diverses manières: travail forcé, expropriation des terres, fiscalité, marges des offices de commercialisation et transferts liés aux termes de l’échange dans lesquels les prix relatifs sont biaisés en faveur des produits non agricoles, souvent en maintenant des taux de change surévalués. Un prélèvement excessif sur l’excédent peut décourager d’augmenter la production agricole. A la fin des années soixante-dix et dans les années quatre-vingt, un tel prélèvement excessif, associé à des organismes de commercialisation inefficaces ou corrompus, à des taux de change surévalués et à des politiques de fixation des prix faussées, a été considéré comme une cause de la crise agricole dans de nombreuses régions du monde. La crise a été exacerbée par un déficit d’intrants agricoles et de biens de consommation susceptibles d’être échangés contre des produits agricoles. La production officiellement commercialisée dans les pays d’Afrique subsaharienne a reculé. La baisse des prix internationaux a aggravé la crise. Cette expérience, de même que celle de nombreux nouveaux pays industriels, a souligné l’importance de l’agriculture, non seulement comme créateur passif d’excédents pour la croissance industrielle, mais aussi comme fournisseur des moyens de subsistance de 50 à 70 pour cent de la population mondiale toujours agricole et comme filet de sécurité pour la population urbaine confrontée aux crises économiques[10]. La crise financière asiatique de 1997-98 a souligné le rôle de l’agriculture à cet égard (voir encadré 3).
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Encadré 3
La récente crise financière asiatique a souligné l’imporance de l’alimentation. En Indonésie, les prix des produits alimentaires ont augmenté de plus de 70 pour cent en 1998, soit un chiffre bien supérieur au taux général de l’inflation. Si El Niño a joué un rôle dans ce phénomène, il faut l’imputer avant tout à l’augmentation des prix des intrants liée à la dévaluation. La production de riz a reculé de 4 millions de tonnes et les importations ont atteint des niveaux sans précédent puisqu’elles représentaient 20 pour cent du commerce mondial. Le gouvernement a réagi en distribuant du riz, dans des proportions correspondant à 20 pour cent des besoins caloriques journaliers, à 17 millions de familles déshéritées, soit environ 85 millions de personnes, à un tiers du prix du marché. Il a également renforcé les programmes d’alimentation scolaires pour 8,2 millions d’enfants dans des villages pauvres. En revanche, en Thaïlande, le secteur agricole dynamique a aidé à atténuer la crise non seulement en continuant à approvisionner les zones urbaines, mais aussi en offrant un emploi aux travailleurs licenciés des usines. Sources: FAO: «Impact de la récente instabilité financière mondiale et le changement des priorités dans la région de l’Asie et du Pacifique», présentation faite à des représentants permanents de la FAO, Rome, 27 nov. 1998, sur le site http://www.fao.org/WAICENT/FAOINFO/ECONOMIC/esd/finance/finance.htm. Voir également Eddy Lee: La crise financière asiatique: les enjeux d’une politique sociale (Genève, BIT, 1998). |
Le rôle de production d’excédents du secteur agricole demeure une constante dans tous les types d’économie et à toutes les époques. Cet excédent alimente un secteur industriel qui commence à connaître une croissance plus rapide que celle de l’agriculture avec, par conséquent, un déclin relatif du secteur agricole. La loi d’Engel montre l’évolution de la répartition des dépenses à mesure de l’enrichissement – plus faible proportion du revenu consacrée à l’alimentation, à l’habillement et aux autres produits de base en faveur des produits manufacturés et des services – et explique ces relations.
Le recul de l’agriculture avec le développement apparaît de manière particulièrement frappante dans l’évolution de la structure de l’emploi. Ce phénomène est présenté à la figure 1 avec un échantillon de pays, et dans les figures 2a et 2b avec des séries temporelles en Malaisie. A Madagascar (figure 1) – qui, avec un revenu par habitant de 250 dollars des Etats-Unis en 1997, figurait parmi les dix pays les plus pauvres au monde –, près de 80 pour cent de la main-d’œuvre appartenaient au secteur agricole au milieu des années quatre-vingt-dix (dernières données disponibles); ce chiffre est de 67 pour cent en Inde, 17 pour cent en Malaisie et 3 pour cent aux Etats-Unis et dans la majorité des pays de l’OCDE. Par contraste, la part de l’industrie progresse, passant de 15 pour cent environ pour les pays à faible revenu à 25-35 pour cent pour les pays développés, par exemple 31 pour cent en République de Corée et 24 pour cent aux Etats-Unis. Elle se situe entre 25 et 35 pour cent pour la majorité de ces pays, ce qui implique qu’à mesure qu’elle se développe l’économie est de plus en plus axée sur les services et de moins en moins sur le secteur manufacturé.
Figure 1. Répartition de la main-d’œuvre vers 1997

Les chiffres se rapportant à la Malaisie montrent l’évolution spectaculaire de la structure de la main-d’œuvre en vingt-cinq ans à partir de 1970, et illustrent les transformations qui devraient être attendues dans tout pays en développement. Au début de cette période, la majorité des travailleurs étaient employés dans le secteur agricole (figure 2a), alors qu’en 1995 cette proportion était tombée en dessous de 20 pour cent. La part de l’industrie est passée de 13 à 34 pour cent au cours de la même période et celle des services de 33 à 49 pour cent. La figure 2b en termes absolus montre ces tendances de manière encore plus frappante. La main-d’œuvre agricole de la Malaisie a commencé à diminuer de manière absolue à partir de 1965, montrant que toute la croissance de l’emploi s’est produite en zone urbaine. En 1995, le nombre des personnes employées dans des exploitations agricoles avait reculé de 25 pour cent par rapport à 1970. Le secteur manufacturé et celui des services ont non seulement absorbé avec succès les travailleurs ayant perdu leur emploi dans l’agriculture mais ont en outre créé 1,5 million et 3,1 millions d’emplois respectivement. Comme le montre la partie inférieure de la figure, les emplois urbains créés étaient en majorité des emplois salariés, si bien que les emplois non salariés qui correspondent aux emplois du secteur informel ne représentaient plus que 25 pour cent des emplois urbains en 1995, contre 40 pour cent en 1970. Le nombre des emplois non salariés a reculé, même en termes absolus, après 1988. Ainsi, la Malaisie est parvenue à créer de manière spectaculaire un secteur d’emploi «moderne», en transformant son économie d’une économie agricole à une économie d’industrie et de services, et en passant d’une économie urbaine essentiellement informelle à une économie presque entièrement structurée.
Figure 2a. Malaisie: structure de l’emploi, 1970-1995

Figure 2b. Malaisie: tendances de l’emploi, 1970-1995

L’évolution vers l’emploi salarié, illustrée par la Malaisie, est une caractéristique importante du processus de modernisation. Deux forces sont en présence: 1) le déclin de l’agriculture et de ses exploitations à vocation familiale; 2) le recul des petites entreprises familiales des autres secteurs. Les pays d’Afrique subsaharienne en sont encore à un stade précoce d’économie monétisée: en Ouganda, par exemple, 13,7 pour cent seulement de la main-d’œuvre avaient un emploi salarié en 1994 (dernière année disponible; voir tableau 1), les autres travailleurs étant soit des travailleurs indépendants, soit des travailleurs familiaux. Les chiffres correspondants étaient de 34 pour cent pour le Pakistan, 50 à 70 pour cent pour la majorité des pays d’Amérique latine et 90 pour cent pour les Etats-Unis et l’Europe occidentale. La corrélation avec le revenu par habitant apparaît clairement du fait que les pays du tableau 1 sont classés par ordre croissant. Comme le montre le tableau, Sri Lanka a également connu une transformation structurelle rapide puisque le pourcentage de main-d’œuvre ayant un emploi salarié est passé de 50 à 60 pour cent entre 1990 et 1996[11].
Tableau 1. Pourcentage de la main-d’œuvre ayant un emploi salarié
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Bangladesh, 1996 |
12,4 |
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Ouganda, 1994 |
13,7 |
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Pakistan, 1996 |
34,1 |
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Sri Lanka, 1990 |
49,8 |
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Sri Lanka, 1996 |
59,9 |
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Venezuela, 1993 |
61,8 |
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Chili, 1997 |
71,3 |
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Japon, 1997 |
82,2 |
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Etats-Unis, 1997 |
91,8 |
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Source: BIT: Key Indicators of the Labour Market 1999, op. cit., tableau 3. | |
Outre la «mondialisation» et la «modernisation», le «développement agricole durable», élargi à «l’agriculture et le développement rural durables» (ADRD), est l’un des thèmes fondamentaux du présent rapport. Le concept a été exposé pour la première fois dans le cadre d’Action 21, adopté par le Sommet «Planète terre» (Conférence des Nations Unies sur l’environnement et le développement (CNUED)) à Rio de Janeiro en 1992 et examiné de manière approfondie à la huitième session de la Commission du développement durable en avril-mai 2000. L’objectif général de l’ADRD est d’assurer un accroissement durable de la production vivrière et de la sécurité alimentaire. L’emploi, la création de revenus et l’équité, objectifs que l’OIT a pour mission de réaliser, sont au cœur même de l’ADRD (voir encadrés 4 et 5), le but essentiel étant «l’emploi durable», eu égard aux bénéfices qu’en retire la main-d’œuvre et aux bienfaits pour la sécurité et la santé des travailleurs. L’ADRD engage instamment toutes les parties intéressées – agriculteurs, travailleurs, employeurs, gouvernements, ONG – à s’attacher à préserver les ressources naturelles de la planète pour que l’agriculture, la foresterie et la pêche contribuent à répondre aux besoins essentiels non seulement de la génération actuelle, mais aussi des générations futures[12]. Bien qu’il n’existe pas de définition à proprement parler, les divers éléments qui différencient «l’agriculture durable» de «l’agriculture» sont désormais bien connus (voir encadré 5): premièrement, la notion d’entretien des ressources terrestres pour les générations présentes et futures; deuxièmement, l’adoption à l’échelon local de pratiques agricoles unifiées; troisièmement, la représentation des agriculteurs et des ouvriers agricoles (y compris les salariés) à tous les niveaux de la prise de décision; quatrièmement, un accès plus équitable aux ressources et aux denrées alimentaires. Le concept d’ADRD est encore précisé par la notion connexe de «caractère multifonctionnel de l’agriculture et des terres» (CMFAT), compte tenu du large éventail des fonctions écologiques, économiques et sociales que remplit l’agriculture, outre sa fonction première qui est de produire des aliments, des fibres et du combustible. Le CMFAT met en lumière les liens et les rapports d’interdépendance que peuvent avoir les activités rurales qui contribuent au développement rural durable. Quatre éléments sont essentiels:
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La notion d’«agriculture et développement rural durables» (ADRD) a acquis droit de cité à la Conférence des Nations Unies sur l’environnement et le développement (Sommet «Planète terre») qui a eu lieu en 1992 à Rio de Janeiro. Comme il est indiqué au chapitre 14 d’Action 21: L’objectif essentiel de l’ADRD est d’assurer un accroissement soutenu de la production alimentaire et d’améliorer la sécurité alimentaire. Pour ce faire, il faudra organiser des activités d’éducation, adopter des mesures d’incitation économique et promouvoir des technologies nouvelles appropriées de manière à garantir une offre stable de denrées alimentaires d’une valeur nutritive adéquate, auxquelles les groupes vulnérables auront accès et permettant une production commerciale; créer des emplois et des revenus pour réduire la pauvreté; gérer les ressources naturelles et protéger l’environnement. Parmi les 12 domaines d’activités mentionnés au chapitre 14, trois ont plus particulièrement trait au présent rapport et aux préoccupations de l’OIT: a) examen, planification et programmation intégrée des politiques agricoles, compte tenu du caractère multifonctionnel de l’agriculture et, en particulier, de son importance pour la sécurité alimentaire et un développement durable; b) participation de la population et mise en valeur des ressources humaines pour une agriculture viable; c) amélioration de la production et des systèmes d’exploitation agricoles par la diversification de l’emploi agricole et non agricole et le développement de l’infrastructure. Le chapitre 19 porte sur les questions de sécurité et de santé au travail et présente pour les activités de l’OIT un intérêt sur lequel il est inutile d’insister. |
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Encadré 5
A sa huitième session qui s’est achevée récemment (avril-mai 2000), la Commission du développement durable a procédé à un large débat sur l’agriculture durable. L’une des questions abordées était celle de savoir comment établir une distinction entre «agriculture durable» et «agriculture». Parmi les facteurs proposés, on peut citer: l’utilisation judicieuse des ressources disponibles pour répondre aux besoins de la population en matière d’énergie, d’aliments et de fibres (facteur proposé par les entreprises); une production en harmonie, aux niveaux écologique, économique et social, avec l’environnement (agriculteurs); des pratiques agricoles qui soient écologiquement viables (un gouvernement); des pratiques agricoles qui soient socialement équitables et rationnelles aux niveaux écologique et culturel (ONG et populations autochtones). Les syndicats ont déclaré que, dans le fond, l’agriculture traditionnelle n’était pas écologiquement viable et, bien qu’elle soit favorisée pour lutter contre la faim, que le problème résidait davantage dans la mauvaise distribution des denrées alimentaires et l’accès inégal à ces produits que dans la productivité. Les parties prenantes se sont entendues sur la nécessité de poursuivre le débat et de partager les informations sur les «meilleures pratiques [durables]» dans les différentes régions du monde compte tenu des différentes dotations en ressources. Source: Commission du développement durable (ONU), huitième session: résumé du président, op. cit., paragr. 21 et 22. |
Les pratiques agricoles durables englobent notamment l’utilisation de nutriments organiques et biologiques, la rotation des cultures, la lutte intégrée contre les ennemis des cultures[13] et un accroissement de la diversité biologique. Les pratiques durables ne sont pas seulement respectueuses de l’environnement mais permettent également d’obtenir des rendements plus élevés[14]. Il est nécessaire d’introduire des changements dans les politiques gouvernementales, les institutions économiques et les valeurs sociales pour être en mesure de promouvoir des politiques intégrées concernant l’hygiène du milieu, la rentabilité économique et l’équité sociale. Des solutions faisant appel aux mécanismes du marché pourraient être un moyen d’aider les agriculteurs à opérer leurs choix quant à une gestion durable des ressources. Des prix à la frontière pourraient servir à supprimer les préjugés défavorables aux pratiques agricoles durables. La décentralisation et la participation communautaire à la conservation des ressources seraient déterminantes pour encourager et promouvoir l’agriculture durable. L’agriculture biologique fait partie intégrante de l’agriculture durable. Toutefois, ce ne peut être qu’un objectif à long terme, étant donné les faibles quantités de matières organiques naturelles initialement disponibles pour le recyclage dans certains pays (encadré 6). L’important c’est que l’on s’achemine progressivement vers l’agriculture biologique et l’agriculture durable dans les pays industriels comme dans les pays en développement.
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Encadré 6
L’agriculture biologique suppose une condition préalable: la disponibilité en quantité suffisante de matières organiques pour le recyclage, faute de quoi l’agriculture biologique ne peut être considérée comme une solution immédiate aux pénuries alimentaires en Afrique. «Pour cela», affirme M. Gordon Conway, président de la Fondation Rockefeller, écologiste influent et expert en agriculture, «il faut des matières organiques à mettre dans le sol. Pour l’heure, le rendement des cultures [en Afrique] est bien trop faible pour fournir en grande quantité des tiges pouvant être réutilisées. Le bétail [en Afrique] n’est pas en très bon état et produit du fumier de qualité médiocre – dont la majeure partie est brûlée pour la production de combustible. Dans quinze ans peut-être, [l’Afrique] pourra s’offrir le luxe de l’agriculture biologique, mais uniquement si, dans un premier temps, une grande quantité d’azote est ajoutée au sol avec des engrais inorganiques en sacs.» Cette idée a été reprise à l’occasion du large dialogue qui a eu lieu à la huitième session de la Commission du développement durable: Certains ont signalé que de nombreux pays ne disposent pas d’un volume suffisant de matières organiques pour que l’agriculture biologique devienne la base exclusive de la production agricole. D’autres ont noté que les apports organiques et inorganiques pourraient être adaptés à des conditions locales diverses. Des exemples ont été donnés concernant les avantages et les inconvénients des apports industriels aux procédés agricoles; certains ont mis en avant leur efficacité, tandis que d’autres ont attiré l’attention sur les baisses de rendement provenant avec le temps d’une agriculture à forte consommation d’intrants. Source: Sunday Telegraph (Londres), 27 fév. 2000; et Commission du développement durable (ONU), huitième session: résumé du président, op. cit., paragr. 12. |
Les consommateurs pourraient jouer un rôle décisif dans la création d’un système alimentaire durable. La tâche consiste maintenant à mettre en œuvre des stratégies novatrices telles que des initiatives volontaires privées qui élargiraient les perspectives des consommateurs, de sorte que les préoccupations au sujet de la qualité de l’environnement, de l’utilisation des ressources et de l’équité sociale entrent en ligne de compte en même temps que les prix dans leur décision d’achat. Parallèlement, des mesures doivent être prises pour permettre aux producteurs qui ont adopté des pratiques durables de vendre leurs produits à un public plus large.
Le concept de «travail décent» actuellement soutenu par l’OIT, qui englobe toutes les catégories de travailleurs – salariés et travailleurs indépendants – et toutes les questions liées à l’emploi – la rémunération comme les conditions de travail et la représentation des travailleurs –, constitue aussi bien le but de la réalisation d’une agriculture durable que le moyen d’y parvenir, l’accent devant être mis sur la durabilité de l’emploi, des niveaux de vie et du bien-être. L’agriculture durable pourrait contribuer à la poursuite de ces objectifs en faisant en sorte que tous les travailleurs ruraux (voir encadré 7) suivent des pratiques saines qui feront augmenter les rendements non seulement maintenant mais pour les générations à venir. A cet égard, les salariés agricoles, qui représentent 40 pour cent de la main-d’œuvre dans les exploitations et les plantations, auraient un rôle particulièrement important à jouer. Les salaires et les conditions de travail dans l’agriculture sont en général inférieurs à ceux qui sont habituellement accordés dans d’autres secteurs. Cela étant, les salariés agricoles sont souvent un groupe négligé, en partie du fait qu’étant largement dispersés ils ne sont ni syndiqués ni représentés, ce qui peut faire gravement obstacle au développement agricole, et en particulier au développement durable, car les salariés exclus risquent de n’attacher aucune importance à la terre qu’ils travaillent. Le meilleur remède est l’acceptation au niveau international des normes fondamentales du travail de l’OIT, qui portent principalement sur la reconnaissance de la liberté d’association et du droit de négociation collective des travailleurs et sur l’élimination de la discrimination en matière d’emploi et de profession, ainsi que du travail forcé ou obligatoire et du travail des enfants. Les normes du travail applicables aux travailleurs agricoles sont énumérées dans l’annexe.
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Encadré 7
Les travailleurs agricoles appartiennent à la main-d’œuvre rurale au sens large. La convention (no 141) sur les organisations de travailleurs ruraux, 1975, et d’autres instruments de l’OIT définissent les travailleurs ruraux comme:
En résumé, les travailleurs ruraux considérés dans le présent rapport sont les hommes et les femmes (et souvent, malheureusement, les enfants) qui produisent des récoltes, élèvent du bétail et produisent des biens et des services non agricoles dans les régions rurales. Les pêcheurs ne sont pas inclus ici. |
L’agriculture durable a des liens évidents avec la sécurité et la santé des travailleurs. Le programme de l’OIT sur la sécurité et la santé dans l’agriculture met en avant la notion d’agriculture durable du point de vue de la protection des travailleurs agricoles. La réalisation de cet objectif passe par la promotion des normes fondamentales du travail, l’élimination de la pauvreté, l’accès à un emploi décent, la participation des employeurs et des travailleurs à la prévention des risques professionnels, l’amélioration des conditions de travail et la protection de l’environnement contre l’impact des activités exécutées sur le lieu de travail. L’OIT s’emploie activement à mettre en application les recommandations formulées par le Sommet «Planète terre» et figurant au chapitre 19 d’Action 21, concernant la gestion écologiquement rationnelle des produits chimiques toxiques. La contribution de l’OIT à l’agriculture durable a été expressément confirmée à la huitième session de la Commission du développement durable lorsque «les participants ont préconisé […] un appui de la Commission du développement durable aux règles internationales qui intègrent les normes fondamentales du travail telles qu’énoncées dans les instruments pertinents de l’OIT»[15].
La «modernisation» de l’agriculture comprend au moins quatre dimensions: i) l’augmentation de la productivité par le recours à de meilleures techniques; ii) la diversification par le biais de l’introduction de cultures d’exportation dynamiques; iii) l’adoption de modes de faire-valoir plus durables; iv) l’adoption des normes du travail fondamentales de l’OIT en tant que composante du développement durable. Les trois premières questions sont abordées dans la présente section et la dernière est traitée dans le chapitre 4 du rapport.
L’agriculture dispose maintenant de toute une gamme de techniques allant des machines les plus simples au génie génétique, en passant par les intrants chimiques, l’irrigation et le contrôle des intrants par ordinateur. Les dernières innovations, déjà bien implantées dans les pays développés (voir encadré 8), doivent sembler hors de portée aux 70 à 80 pour cent de la population des pays en développement qui sont toujours tributaires de la binette et du seau d’eau, leurs outils agricoles de base, même si, avec la chute des prix des techniques et l’infrastructure – satellites, logiciels – déjà en place, on peut s’attendre à ce qu’elles gagnent directement les grandes exploitations agricoles des pays en développement. Il y en a déjà des exemples (voir encadré 8). Les cultures transgéniques offrent indéniablement la possibilité de brûler des étapes; en raison de leur importance par rapport au volume de l’emploi, à l’augmentation de la productivité et aux risques potentiels, elles sont exainées de façon plus approfondie dans le chapitre 4 du rapport.
La technologie a atteint un tel niveau dans les pays industrialisés que plus personne ne parle d’«agriculture» mais d’«industrie agroalimentaire» – la chaîne allant de la fourniture des intrants nécessaires à la production au commerce de détail. Les agriculteurs y participent pour une faible part. En 1950 déjà, le marché de l’agroalimentaire était évalué à 420 milliards de dollars des Etats-Unis, la part des fermiers n’étant que d’un tiers; d’ici à 2028 le marché pourrait atteindre 10 billions de dollars des Etats-Unis, avec une participation des agriculteurs ramenée à un dixième[16]. La tendance sous-jacente est au regroupement des secteurs de l’offre, de la transformation et de la vente au détail. L’agriculture elle-même dans ces pays a de moins en moins de liens avec la terre (voir encadré 9).
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Encadré 8
Les percées futuristes de la technologie de l’information ont déjà trouvé leur voie dans les fermes des pays développés. La plupart des applications ont trait à «l’agriculture de précision». Dans un cas, des cartes géographiques numériques générées par des satellites GPS (système mondial de localisation), des mesures de la production données par des «contrôleurs du rendement» adaptés à des moissonneuses-batteuses et des échantillons de sol prélevés manuellement sont mis en corrélation pour créer un profil détaillé de la terre et faciliter l’application sélective de produits chimiques. Dans un autre cas, des capteurs fixés sur les plantes sont utilisés pour régler, par l’intermédiaire d’un système de contrôle automatisé, le débit d’irrigation ou les concentrations de gaz. La technologie de l’information offre autant de possibilités de changement dans le secteur agricole des pays en développement. En Inde, où elle a beaucoup progressé sur le «Silicon Plateau», des mesures viennent d’être prises pour connecter les régions rurales. Le 1er décembre 1999, le ministre principal du Karnataka, en Inde du Sud, a lancé la vidéoconférence entre neuf districts de son Etat. La première question qu’il a posée à l’un des receveurs de district a été la suivante: «Quel est le prix de la tur daal à Gulbarga aujourd’hui? (tur daal: sorte de lentille, principale source de protéines en Inde). Les domaines d’application prioritaires de l’informatique en Inde seront l’agriculture, les soins de santé primaires et de santé générique et les communications à faible coût. «La gestion par l’électronique changera la façon de gouverner», a déclaré le ministre principal. Un autre pas de géant a été fait par les habitants de Siddapur (Inde), un village menacé il y a quinze ans d’inondation à cause d’un barrage, qui ont connecté à Internet l’ordinateur dont ils ont eux-mêmes financé l’achat, l’accès étant fourni gratuitement par une société locale. «Nous sommes fiers de posséder un ordinateur relié à Internet» a été le premier message qu’ils ont envoyé au ministre principal d’Andhra Pradesh. L’affichage des prix du riz paddy et du curcuma, comme promis, devrait empêcher les fraudes actuellement endémiques chez certains négociants peu scrupuleux. Une utilisation importante de l’informatique dans les pays en développement pourrait être la surveillance de la situation alimentaire après une catastrophe naturelle, comme au Venezuela après les tempêtes de décembre 1999. Un réseau Intranet d’urgence a été créé avec l’aide de la FAO pour fournir des informations sur les dommages à l’agriculture et les besoins urgents. Ce réseau est accessible à tous les ministères, organismes internationaux et organismes non gouvernementaux pertinents. Des mises à jour régulières devraient permettre de surveiller les récoltes et d’atténuer les crises futures. Sources: Agriculture and technology, op. cit., p. 7; India Today (New Delhi), 27 déc 1999; The Times of India (Mumbai), 19 avril 2000; et http://www.fao.org/new/2000/000104-e.htm. |
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Encadré 9
«Pour dissiper toute illusion bucolique qui pourrait subsister au sujet de l’agriculture à notre époque [dans les pays développés], faites un voyage à "hog heaven" (le paradis du cochon). Cette bande de 16 km de long au nord d’Ames (Iowa) fournit pratiquement un dixième de la viande de porc en Amérique. Seulement, on n’y voit pas un seul animal. Dans des hangars métalliques imposants, des truies, par groupes de 4 000, sont élevées pour être ensuite menées à l’abattoir; leur régime alimentaire est surveillé de près et leurs déchets sont régulièrement évacués à l’aide d’un siphon; les personnes chargées de les garder prennent des douches régulières et sont vêtues comme des chirurgiens pour éviter d’infecter le troupeau … Ou alors, visitez les fermes du Mato Grosso, au sud-ouest du Brésil. Ici, les plantations de soja appartenant à une seule personne peuvent s’étendre sur 60 000 hectares et un agriculteur peut devoir conduire sa moissonneuse-batteuse pendant toute une journée pour faire un simple aller-retour. Ou alors, visitez une serre géante au sud d’Amsterdam où 280 000 rosiers sont entretenus par des systèmes informatisés, et tout à fait occasionnellement par la main verte.» Source: Agriculture and technology, op. cit. |
Les questions techniques auxquelles se heurtent la plupart des agriculteurs dans le monde sont beaucoup plus banales: comment tirer le meilleur parti de l’eau tirée d’un puits éloigné; comment économiser les engrais; comment passer de la binette à la charrue. Des corrélations bien établies existent entre l’utilisation de ces intrants et les rendements; elles sont indiquées dans les trois tableaux suivants, à commencer par le tableau 2 qui établit une hiérarchie des rendements en prenant pour référence les céréales, groupe alimentaire le plus représentatif en raison de leur prévalence beaucoup plus grande dans le monde (les «racines et tubercules», le deuxième groupe alimentaire le plus important, étant plus étroitement confiné à la ceinture tropicale).
Tableau 2. Rendement des céréales par hectare (kg/ha), 1999, et indice 1999 (1975=100)
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Rendement (kg/ha) |
Indice 1999 (1975=100) |
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Monde |
3 043 |
159,2 |
|
Afrique développée a |
2 260 |
139,0 |
|
Afrique en développement |
1 159 |
115,1 |
|
Asie développée b |
5 720 |
99,3 |
|
Asie en développement |
3 215 |
177,3 |
|
Europe orientale |
3 482 |
119,0 |
|
Europe occidentale |
5 512 |
170,5 |
|
Amérique du Nord |
5 125 |
161,3 |
|
Océanie |
1 982 |
137,2 |
|
Amérique du Sud |
2 891 |
180,0 |
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a Afrique du Sud. b Israël, Japon. Source: Statistiques de la FAO, 1999. | ||
Le rendement mondial des céréales par hectare a augmenté de 59 pour cent au cours des vingt-cinq dernières années, les gains les plus élevés ayant été obtenus en Amérique du Sud (80 pour cent) et en Asie (77 pour cent) (tableau 2). Les pays africains sont restés en retrait, peut-être en raison des problèmes liés à la modernisation de leurs cultures céréalières traditionnelles, le sorgho et le millet[17]. Les rendements ont fortement augmenté en Europe orientale jusqu’en 1990, puis ont brutalement baissé et sont maintenant en train de se redresser lentement, ce qui reflète les perturbations économiques provoquées par les changements structurels dans ces économies en transition.
Les pays développés d’Asie (Japon et Israël) ont le meilleur rendement au monde pour les céréales, mais ils ont atteint un palier depuis 1975. Les rendements de l’Amérique du Nord et de l’Europe occidentale ont fortement progressé durant la période et approchent maintenant ceux des pays de l’Asie développée. Les rendements en Afrique (tous les pays à l’exception de l’Afrique du Sud) se situent seulement à un tiers de ceux de l’Asie en développement. La meilleure explication de ces disparités réside dans les différences dans le degré d’utilisation de l’irrigation et des moyens mécaniques et chimiques modernes (tableaux 3 et 4).
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Terres irriguées
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Consommation d’engrais (100 g par ha de terres arables) |
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Machines agricoles | ||||||
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Tracteurs/1 000 travailleurs agricoles |
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Tracteurs/ha de terres arables | |||||||||
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| ||||||||
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1979-81 |
1994-96 |
1979-81 |
1994-96 |
1979-81 |
1994-96 |
1979-81 |
1994-96 | ||||
|
| |||||||||||
|
Monde |
16,6 |
17,4 |
|
867 |
941 |
|
19 |
20 |
|
172 |
187 |
|
Asie orientale et Pacifique |
– |
– |
|
2 444 |
3 076 |
|
2 |
2 |
|
55 |
61 |
|
Europe et Asie centrale |
– |
9,7 |
|
– |
810 |
|
67 |
103 |
|
223 |
172 |
|
Amérique latine et Caraïbes |
9,8 |
11,2 |
|
786 |
931 |
|
25 |
34 |
|
95 |
112 |
|
Moyen-Orient et Afrique du Nord |
23,6 |
31,1 |
|
605 |
992 |
|
12 |
24 |
|
61 |
118 |
|
Asie méridionale |
27,8 |
37,2 |
|
918 |
1 370 |
|
2 |
5 |
|
26 |
83 |
|
Afrique subsaharienne |
3,6 |
3,8 |
|
419 |
576 |
|
3 |
2 |
|
23 |
18 |
|
Europe (UME) |
– |
– |
|
1 949 |
2 343 |
|
451 |
812 |
|
888 |
953 |
|
Source: Banque mondiale: World Development Indicators 1999. | |||||||||||
Tableau 4. Taux de croissance (tracteurs et terres irriguées), 1975-1997, et part mondiale en 1997
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Taux de croissance, 1975-1997
|
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Pourcentage du total mondial, 1997 | ||
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|
Tracteurs |
Terres irriguées |
|
Tracteurs |
Terres irriguées |
|
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Pays en développement |
5,2 |
1,7 |
|
24,5 |
75,2 |
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Afrique |
3,4 |
1,5 |
|
1,7 |
4,1 |
|
Asie |
6,7 |
1,7 |
|
16,7 |
64,3 |
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Amérique du Sud |
3,2 |
2,2 |
|
4,9 |
3,7 |
|
Pays développés |
0,8 |
1,3 |
|
75,5 |
24,8 |
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Monde |
1,5 |
1,6 |
|
100,0 |
100,0 |
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Source: Statistiques de la FAO, 1999. | |||||
L’irrigation est bien moins développée en Afrique qu’ailleurs; ici le pourcentage des terres irriguées par rapport à l’ensemble des terres cultivables n’était que d’un cinquième du total mondial au milieu des années quatre-vingt-dix, et ne représentait qu’un dixième du même taux en Asie méridionale (3,8 pour cent en Afrique contre 17,4 et 37,2 pour cent respectivement; voir tableau 3). La consommation d’engrais atteignait moins d’un cinquième (18,7 pour cent) de celle de l’Asie orientale et de la région du Pacifique, et le parc des tracteurs représentait un tiers à un quart de celui de l’Asie.
Il est indéniable que l’Asie occupait la première place sur le plan de l’irrigation avec environ les deux tiers des terres irriguées dans le monde en 1997[18]. Malgré cela, l’Asie a continué à connaître la plus forte croissance de toutes les régions en développement en ce qui concerne l’irrigation (1,7 pour cent par an en 1975-1997). C’est aussi en Asie qu’a eu lieu la mécanisation la plus rapide avec un taux de croissance pour les tracteurs de 6,7 pour cent par an, contre 5,2 pour cent pour l’ensemble des pays en développement; l’Afrique et l’Amérique du Sud ont enregistré un taux de croissance d’environ 3,3 pour cent. Le développement de la mécanisation a surtout touché les pays en développement, où le nombre des tracteurs était en 1997 trois fois plus élevé qu’en 1975, le nombre des moissonneuses-batteuses étant quant à lui 4,4 fois supérieur et le nombre des trayeuses huit fois supérieur. Pourtant, en 1997, les pays développés possédaient 75 pour cent de l’ensemble des tracteurs, 80 pour cent des moissonneuses-batteuses et 5 pour cent des trayeuses dans le monde. A mesure que les pays pauvres progressent, il ne fait pas de doute que ces proportions évoluent en leur faveur. Il faut veiller à ce que les risques pour les travailleurs et pour l’environnement qui accompagnent cette plus grande utilisation de machines et de pesticides ne contrebalancent pas les avantages liés à l’augmentation des rendements. Cette question sera abordée plus loin dans la partie du chapitre 4 consacrée à la sécurité et la santé au travail.
Une des voies de la modernisation de l’agriculture est l’introduction de cultures d’exportation «dynamiques» – fruits, fleurs, légumes et épices étant à ce jour les plus notables. Parmi ces cultures, c’est celle des fleurs qui a connu le plus grand succès, en grande partie grâce aux progrès des techniques de transport et aux nouveaux modes de commercialisation, de même que grâce à d’autres vecteurs de globalisation tels que l’investissement étranger direct et le savoir-faire technique importé (voir encadré 10). La plupart des nouveaux venus dans cette industrie[19] ont enregistré des taux de croissance à deux chiffres. Néanmoins, l’un des inconvénients est l’exclusion des petits exploitants en raison des capitaux élevés exigés par l’industrie pour les serres, les entrepôts réfrigérés, les matériaux importés et le personnel. Leur participation, peut-être en tant qu’exploitants de petites plantations satellites, devrait être l’un des fers de lance de la stratégie de développement de ce secteur. Ceci exigerait diverses mesures:
Un plus grand développement de l’industrie devrait aussi passer par une réduction des risques pour les travailleurs et l’environnement liés à l’utilisation forcément massive d’engrais chimiques dans la floriculture. Cette question est abordée plus loin au chapitre 4, dans la section relative aux initiatives volontaires privées.
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Encadré 10
L’entrée en scène de la Colombie en tant que deuxième exportateur mondial de fleurs illustre l’impact des forces de la mondialisation sur les modes de production. Il y a trente ans, la floriculture en Colombie était une simple activité domestique et les Etats-Unis se ravitaillaient en fleurs principalement dans leurs propres exploitations. Au milieu des années soixante-dix, la Colombie a pris le relais grâce à la baisse des coûts du transport aérien et de l’entreposage et aux investissements réalisés par Floramerica. Les entreprises locales ont emboîté le pas à cette entreprise, souvent avec l’aide du personnel de cette dernière. Le gouvernement a encouragé cette expansion en supprimant les obstacles réglementaires. Parties modestement de 20 000 dollars des Etats-Unis en 1965, les exportations ont atteint un demi-milliard de dollars en 1996, soit environ 5 pour cent des exportations totales de la Colombie. Sources: Stefano Farné, 1998, «Employment and working conditions in the Colombian flower industry», document de travail no 129 du Programme des activités sectorielles (Genève, BIT, 1998); et J.A. Mendes: «The development of the colombian cut flower industry», Policy, Research and External Affairs working papers (Washington, DC, Banque mondiale, 1991). |
Le passage à une agriculture durable et fortement productive ne sera possible que si tous ceux qui utilisent aujourd’hui la terre et leurs descendants ont l’assurance qu’ils bénéficieront pleinement de pratiques écologiquement saines. La sécurité du statut d’occupation des terres est une condition sine qua non à cet égard, étant donné que de nombreuses pratiques de conservation ne sont rentables qu’à long terme. La première condition est que les groupes marginalisés des zones rurales aient accès à la terre. Ainsi, la «modernisation» de l’agriculture en recourant à des techniques durables requiert des efforts parallèles de modernisation du régime foncier, interprété comme la répartition des droits et des responsabilités du propriétaire et de l’utilisateur entre l’Etat, les individus, les collectivités et d’autres entités[20]. La question est complexe et controversée – complexe parce qu’il existe une multitude de modes de faire-valoir, et controversée parce que toute modification des droits sur la terre empiète, presque par définition, sur des droits acquis.
Il existe de nombreux régimes d’occupation des terres, qui vont des terres détenues par un groupe en vertu de sa lignée aux terres détenues par des propriétaires privés individuels ou des plantations. La propriété publique existe aussi, bien qu’elle commence à décliner. Il existe également des modes de concession très divers permettant aux travailleurs sans terres d’en obtenir et qui vont de la location de terres contre paiement en espèces à la servitude pour dettes, en passant par le métayage. Le problème de certains baux est l’avantage abusif concédé aux propriétaires, qui aggrave le problème plus général de l’exclusion des groupes marginalisés de l’accès à la terre.
La répartition inégale des terres fait la liaison entre les deux problèmes, une forme extrême de cette inégalité étant l’acquisition de larges superficies par un petit nombre d’individus en Amérique latine, bien que la même situation existe aussi dans une certaine mesure dans d’autres régions en développement, comme l’a montré la récente lutte au sujet des terres au Zimbabwe. Sur les 44 pays pour lesquels le FIDA possédait des données, dans 28 d’entre eux le coefficient de Gini[21] était supérieur à 0,5, ce qui veut dire que 10 pour cent des propriétaires fonciers possédaient plus de 40 pour cent des terres. Si la distribution de terres est souhaitable et constitue une recommandation de longue date dans tous les rapports traitant de l’agriculture, il existe d’autres mesures moins radicales permettant d’améliorer l’accès des pauvres à la terre, comme la privatisation de terres antérieurement détenues au titre de la coutume, l’établissement de familles sur des terres nouvellement mises en valeur et l’établissement de droits individuels de jouissance. Cette dernière mesure est particulièrement nécessaire dans les pays d’Asie où, en raison du nombre croissant de personnes sans terres, certains locataires se voient contraints de céder plus de 50 pour cent de leur récolte au titre du loyer. Le chiffre le plus fréquent cependant est de 25 pour cent, reflétant l’application de certaines lois de réforme récemment adoptées. Ces lois offrent le meilleur remède contre les pratiques abusives de certains propriétaires.
Les régimes fonciers examinés plus haut constituent peut-être l’obstacle le plus important à une évolution de l’agriculture. Il faut cependant reconnaître que des progrès ont été faits depuis le Sommet «Planète Terre» (CNUED). Ces changements ont eu lieu dans le cadre de trois processus parallèles[22]:
a) régularisation de l’occupation des terres, avec création de cadastres intégrés, de registres fonciers et de systèmes d’information foncière;
b) participation croissante des utilisateurs des terres et des autres acteurs concernés à l’exploitation de ces systèmes à des fins de régularisation et de planification foncière;
c) application de ces méthodes, non seulement aux terres en propriété privée, mais aussi dans le cadre de la régularisation des droits des utilisateurs et de l’exploitation rationnelle des terres communales.
Il reste encore beaucoup à faire dans les trois domaines susmentionnés pour que les investissements dans l’agriculture soient faits dans une perspective à long terme, y compris pour les générations futures. Les progrès dans ces domaines permettraient aussi de faire participer une plus grande partie de la population au processus de croissance, condition sine qua non d’un développement durable.
De 1975 à 1999, la production agricole mondiale a progressé au taux annuel de 2,2 pour cent (voir tableau 5), ce qui, en tenant compte de la croissance démographique, correspond à une augmentation totale d’environ 15 pour cent par habitant. L’essentiel de cette progression a eu lieu au cours des années soixante-dix et quatre-vingt, alors qu’on a enregistré les résultats les plus mauvais au cours des cinq premières années de la décennie quatre-vingt-dix. Des deux composantes de la production agricole (produits alimentaires et produits non alimentaires), c’est la première qui a progressé le plus, près de deux fois plus que la seconde (71 pour cent contre 36 pour cent).
Tableau 5. Performance de l’agriculture, 1975-1999
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Index 1999 (1975=100) |
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Taux de croissance, 1975-1999
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|
Agriculture |
Produits alimentaires |
Produits non alimentaires |
|
Agriculture |
Produits alimentaires |
Produits non alimentaires |
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| |||||||
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Mondial |
168 |
171 |
136 |
|
2,2 |
2,2 |
1,3 |
|
Pays avancés |
118 |
120 |
93 |
|
0,7 |
0,7 |
–0,4 |
|
Pays en développement |
225 |
231 |
164 |
|
3,4 |
3,5 |
2,1 |
|
Afrique |
181 |
185 |
139 |
|
2,5 |
2,6 |
1,4 |
|
Asie |
246 |
250 |
198 |
|
3,8 |
3,9 |
2,9 |
|
Amérique du Sud |
204 |
214 |
103 |
|
3,0 |
3,2 |
0,1 |
|
Europe orientale |
95 |
98 |
38 |
|
0,0 |
0,0 |
–4,0 |
|
Europe occidentale |
124 |
125 |
121 |
|
0,9 |
0,9 |
2,0 |
|
Amérique du Nord |
147 |
147 |
143 |
|
1,6 |
1,6 |
1,5 |
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Source: Statistiques de la FAO, 1999. | |||||||
La progression a été beaucoup plus forte dans les pays en développement que dans les pays développés, avec un taux respectif de 125 et 18 pour cent (voir également tableau 5). Ainsi, l’équilibre mondial de la production alimentaire s’est déplacé vers le premier groupe; pour donner quelques exemples, de 1975 à 1999, la part des pays en développement est passée de moins de 50 à 59 pour cent pour les céréales, de 29 à 48 pour cent pour la viande de bœuf, de 30 à 51 pour cent pour la volaille et de 30 à 66 pour cent pour les œufs.
La progression a été particulièrement forte en Asie, continent où la production s’est accrue de 146 pour cent pour l’ensemble de l’agriculture et de 150 pour cent pour la sous-catégorie de la production alimentaire, soit une augmentation de 60 pour cent par habitant. Si l’utilisation accrue et l’amélioration des semences, de l’irrigation et des produits chimiques ont joué un rôle dans cette progression, il ne faut pas sous-estimer les effets de la libéralisation, particulièrement en Chine, en Inde et au Viet Nam.
La croissance a également été forte en Amérique du Sud, particulièrement dans la sous-catégorie de la production alimentaire, avec une augmentation de 114 pour cent, soit 36 pour cent par habitant. Ici encore, l’Afrique fait apparaître des résultats négatifs, avec une production alimentaire par habitant en baisse de 3,2 pour cent. Si, comme on l’affirme fréquemment, les déficiences structurelles expliquent largement ce résultat, il y a lieu de penser en même temps que la sécheresse a joué un rôle considérable (voir encadré 11) et que le SIDA frappe durement l’agriculture par le biais d’un absentéisme accru et du nombre croissant de foyers ayant une femme à leur tête ainsi que d’enfants qui travaillent dans ce secteur. Dans nombre de pays d’Afrique, cette terrible maladie qu’est le SIDA a pour effet de faire diminuer la population active (voir encadré 12). En Europe orientale, la production alimentaire par habitant a diminué de 8,5 pour cent, soit plus encore qu’en Afrique. Dans les pays industriels, la production agricole, après avoir enregistré une progression modeste jusqu’en 1990, a stagné en Europe occidentale mais a continué à progresser en Amérique du Nord, avec un gain total de 47 pour cent et un gain de 20 pour cent depuis cette dernière date.
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Encadré 11
La sécheresse frappe souvent l’Afrique – de plus en plus souvent, en fait. De 1985 à 1992, quatre ou cinq des 53 pays du continent en ont souffert chaque année; le nombre a augmenté depuis lors, avec 16 pays en 1995. De 1980 à 1997, l’Ethiopie a été frappée au cours de dix années, le Botswana au cours de huit et le Cap-Vert au cours de sept, tandis que 19 autres pays, dont la plupart sont situés dans la zone équatoriale, n’ont jamais été touchés. | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
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Pays ayant été frappés plus de cinq fois entre 1980 et 1997: Ethiopie (10); Botswana (8); Cap-Vert (7); Niger (7); Tchad (6); Zambie (6); Zimbabwe (6); Algérie (6). Source: Banque mondiale: | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||