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Colloque sur la technologie de l'information dans l'industrie du spectacle et des médiasColloque sur la technologie de l'information dans
l'industrie du spectacle et des médias:
répercussions sur l'emploi, les conditions de travail
et les relations professionnelles

(Genève 28 février - 3 mars 2000)

Organisation Internationale du Travail   Genève

Copyright ©2000 Organisation Internationale du Travail (OIT)

Illustration de la couverture: Geri Hall

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Préface

Le présent rapport a été établi par le Bureau international du Travail pour servir de base de discussion à un colloque sur la technologie de l'information dans l'industrie du spectacle et des médias. A sa 273e session (novembre 1998), le Conseil d'administration du BIT a décidé d'inscrire au programme des réunions sectorielles pour la période biennale 2000-01 une réunion sur le thème de la technologie de l'information dans l'industrie du spectacle et des médias: répercussions sur l'emploi, les conditions de travail et les relations professionnelles. A sa 274e session (mars 1999), le Conseil d'administration a décidé de tenir un colloque sur ce sujet à Genève du 28 février au 3 mars 2000, réunion qui rassemblerait 63 participants, et d'inviter les 21 pays suivants à y participer: Algérie, Allemagne, Brésil, Bulgarie, Cameroun, Canada, Chine, Egypte, Espagne, Etats-Unis, France, Inde, Japon, Jordanie, Mexique, Royaume-Uni, Sénégal, Slovaquie, Suède, Thaïlande et Ukraine. Il a également été proposé d'inscrire sur une liste de réserve les pays suivants, parmi lesquels d'autres participants seraient choisis si un gouvernement inscrit sur la première liste déclinait l'invitation: Argentine, Chili, Colombie, Comores, Finlande, Ghana, Grèce, Honduras, Lettonie, Lituanie, Luxembourg, Malaisie, Mauritanie, Nigéria, Pays-Bas, Pérou, Philippines, Portugal, Roumanie, Sainte-Lucie, Suisse, République arabe syrienne, Turquie et Uruguay. En outre, 21 représentants d'employeurs et de travailleurs seraient choisis dans le cadre de consultations avec les groupes respectifs du Conseil d'administration. L'objectif du colloque serait de procéder à un échange de vues sur des questions sociales et du travail déterminées dans le secteur du spectacle et des médias qui évolue rapidement (télévision et radiodiffusion, industrie cinématographique, interprétations en direct, médias, imprimerie et industrie graphique), en abordant des questions telles que la piraterie des droits d'auteur, le statut dans l'emploi, les arrangements contractuels et la protection sociale, les initiatives dans le domaine de la formation et la promotion du dialogue social, en vue d'élaborer des conclusions contenant des orientations pour les travaux futurs de l'OIT.

Ce colloque fait partie du programme des activités sectorielles de l'OIT, qui vise à aider les gouvernements et les organisations d'employeurs et de travailleurs à développer leur aptitude à traiter équitablement et efficacement les problèmes sociaux et ceux relatifs au travail dans certains secteurs économiques. C'est aussi un moyen d'alerter l'OIT au sujet de problèmes sociaux et de travail dans des secteurs déterminés. L'un des principaux moyens pour y parvenir est la tenue de réunions tripartites et, plus récemment, de colloques qui réunissent un échantillon de représentants des gouvernements, des employeurs et des travailleurs des pays qui sont au premier plan dans un secteur donné. Ces réunions sont également conformes à l'un des quatre objectifs stratégiques de l'OIT, car elles visent à renforcer le tripartisme et à promouvoir le dialogue social au niveau international.


Table des matières

Projet de Calendrier

Préface

Remerciements

1. Tendances mondiales des technologies de l'information et de la communication

2. Influence générale des technologies de l'information sur les procédés, les contenus et le rôle des pouvoirs publics

3. Les technologies de l'information: génératrices ou destructrices d'emplois pour les hommes et les femmes des industries des médias et du spectacle?

4. Impact des technologies de l'information sur les dispositions contractuelles, le statut et les relations salariat-patronat

5. Impact des technologies de l'information sur la sécurité et la santé

6. Les technologies de l'information et la formation

7. Les technologies de l'information et le piratage des droits d'auteur

8. Normes internationales du travail et activités internationales concernant l'industrie du spectacle et des médias

9. Le dialogue social dans les industries du spectacle et des médias

10. Résumé

Suggestions pour l'action future de l'OIT

Liste des tableaux et des figures


Remerciements

Les informations sur lesquelles s'appuie ce rapport proviennent de sources très diverses; il convient cependant de souligner que les statistiques sur les tendances de l'emploi dans le secteur examiné sont rares. On a largement puisé dans diverses publications, articles de presse, sites Internet et dans la «littérature souterraine». De précieuses informations ont en outre été fournies par des Etats Membres de l'OIT, des organisations d'employeurs et des organisations de travailleurs. Ce rapport a été établi par John Myers, du Département des activités sectorielles, sur la base des contributions d'une équipe composée de Linda Wirth, Brigitte Stek et Tara Bradbury, de documents d'information rédigés par Darryl Nelson, Peter Leisink, Garry Neil et Grant Buckler, de contributions écrites de plusieurs participants au Colloque de 1997 sur la convergence multimédia - dont Jürgen Warnken, du ministère du Travail et des Affaires sociales de l'Allemagne, Robert Zachariasiewicz, directeur des affaires publiques au ministère du Travail des Etats-Unis, Walter Durling, membre employeur du Conseil d'administration du BIT et membre du Consejo National de la Empresa Privada de Panamá, et Phil O'Reilly, directeur exécutif de la Newspaper Publishers Association de Nouvelle-Zélande - et de documents supplémentaires de Vittorio di Martino (Equipe interdépartementale des analyses et rapports) et de Messaoud Hammouya (Bureau de statistique).


1. Tendances mondiales des technologies
de l'information et de la communication

L'explosion de l'utilisation des ordinateurs personnels, téléphones portables et autres équipements issus des technologies de l'information et de la communication (TIC) et les performances sans cesse accrues de ces matériels, le développement de réseaux satellitaires, câblés ou autres, ainsi que celui des bandes passantes, ont engendré de nouvelles formes de distribution des produits et services offerts par les industries du spectacle et des médias. La restructuration de ce secteur, qui s'inscrit dans le cadre de l'évolution vers une industrie intégrée de l'information, est pour une large part mue par ces développements majeurs des technologies, que l'on regroupe souvent sous le terme de convergence(1). Cette convergence s'appuie sur des innovations technologiques de la microélectronique, de l'informatique et des télécommunications. Grâce à la numérisation, il est possible de manipuler et d'intégrer toutes sortes de données - indépendamment de leur origine - en s'appuyant sur leur structure d'information commune. De plus, le développement des technologies de la fibre optique et du satellite a rendu possible la transmission rapide de quantités croissantes d'informations par seconde. Le développement des circuits intégrés et la progression exponentielle de la capacité des puces électroniques ont également joué un rôle crucial dans la communication des données et l'intégration de différentes catégories de communications électroniques.

L'ordinateur et le modem, associés à nombre d'autres innovations et services relatifs aux matériels et logiciels des TIC, nous ont permis d'atteindre un stade de développement très élevé dans l'histoire des communications humaines, souvent qualifié de «société de l'information», et ont transformé la façon dont beaucoup d'hommes et de femmes travaillent dans les industries des médias et du spectacle. Les bases des autoroutes de l'information ont été posées il y a des années puisque ces dernières s'appuient sur l'ensemble du système des réseaux d'ordinateurs et de radiotélédiffusion par câble ou satellites, des réseaux hertziens numériques sans fils, du téléphone cellulaire ou mobile et des autres systèmes capables de transmettre de l'information, des données, des documents audiovisuels et des communications. Chaque jour, les particuliers reçoivent, stockent, traitent, affichent et expédient toute une variété de textes, de sons et d'images, parmi lesquels les programmes de télévision et de radio, dans leurs propres pays et dans le monde entier. Un défi majeur consiste à intégrer ces éléments divers et disparates en un ensemble global sans faille, numérique, à large bande, interactif et à grand débit, de façon à achever ce système d'autoroutes en s'assurant qu'il atteint toutes les parties du monde où il est nécessaire et qu'il est mis à disposition du plus grand nombre.

La clé de la compréhension des nouveaux médias est de reconnaître que le contenu, qu'il soit fourni sur CD-ROM (disque compact - mémoire utilisable en lecture seulement), sur DVD (disque vidéo numérique), sur disquette ou par réseau grand débit, doit être traité par un ordinateur avant de pouvoir être utilisé. L'innovation centrale de cette révolution est la numérisation, c'est-à-dire la transformation de toutes sortes d'informations, sons et images, en un système unifié basé sur des uns et des zéros, qui peuvent se combiner ensemble à l'infini. Ce faisant, des formes différentes de médias ont été rendues davantage compatibles, puisqu'elles se réduisent toutes à des bits d'information numérique équivalents.

La technologie numérique existe depuis un certain temps, mais la révolution des nouveaux médias a véritablement démarré dans les années quatre-vingt-dix avec l'apparition des technologies de la compression, qui ont permis de comprimer, stocker, manipuler et transmettre des informations numériques en volumes jusque-là inconnus. Entre autres récentes innovations, citons également: la télévision numérique interactive - le téléspectateur peut choisir ses propres angles de vision pour assister à certains événements sportifs, visionner les faits marquants et des ralentis pendant que l'événement se poursuit, et il peut aussi effectuer des transactions interactives à distance, telles qu'opérations bancaires, achats de produits ou services auprès de différents fournisseurs, etc.; le livre électronique - le lecteur peut charger une édition numérique d'un ouvrage dans un ordinateur personnel puis la charger dans un lecteur de livre électronique; et les logiciels de compression MP3 (acronyme abrégé de Moving Picture Expert Group Layer 3) pour la diffusion sur Internet et la vente directe d'enregistrements musicaux sur Internet (mais qui facilitent aussi le téléchargement de versions «piratées» depuis des sites web). Les fichiers MP3 de musique peuvent être stockés sur des ordinateurs et réécoutés sur des lecteurs portables ou appareils de musique avec une qualité parfaite ou presque.

En moins d'une décennie, la notion de «société de l'information» s'est répandue dans les pays industrialisés, où la plupart des gens sont en contact fréquent avec les TIC dans leur vie quotidienne: ainsi, ils traitent des informations à l'aide de réseaux informatiques sur leur lieu de travail, utilisent des distributeurs automatiques de billets, et les codes à barres des articles qu'ils achètent dans les magasins sont lus par des scanners. Il convient toutefois de ne pas surestimer l'importance des nouveaux médias électroniques. Les médias traditionnels, y compris ceux qui sont imprimés, ne seront pas remplacés dans l'avenir immédiat, et le pourcentage de la population connectée à Internet reste faible. Un pour cent seulement de la population mondiale disposait d'une adresse Internet en janvier 1999 - et même aux Etats-Unis, 11 pour cent seulement de la population en avait une(2). Les données relatives aux connexions à Internet montrent également que l'Afrique, l'Amérique latine et de grandes parties de l'Asie ne sont pas connectées à l'économie mondiale de l'information. En ce qui concerne les secteurs des médias et du spectacle, la plupart des entreprises des pays industrialisés disposent de multiples connexions à l'Internet et font largement appel aux TIC, ce qui serait l'exception plutôt que la règle dans les pays en développement.

Quelles sont les perspectives pour le 21e siècle? Business Week suggère:

Ainsi que l'observait un commentateur: «La technologie de la diffusion en continu a déjà entraîné une révolution dans la façon dont nous écoutons et achetons de la musique enregistrée. Elle a secoué les fondements de l'industrie de l'enregistrement et de la musique, et elle pourrait bien favoriser de nouveaux développements dans la télévision numérique et l'holographie(4).» De façon plus générale, la convergence multimédia pourrait conduire dans de nombreux pays industrialisés à transformer le foyer en un centre de consommation de biens et de services beaucoup plus direct que par le passé - grâce au commerce électronique, à la banque à distance, à la télévision interactive, à l'Internet, et ainsi de suite. Cette évolution vers une économie fondée sur la convergence multimédia sous-tend nombre des fusions et acquisitions auxquelles on assiste aujourd'hui dans le secteur des médias et du spectacle.

L'impact des technologies de l'information et de la communication ainsi que les effets de synergie et les gains d'efficacité connexes «ont influé sur les effectifs et la structure de la main-d'œuvre et modifié de façon significative les conditions de travail et les profils professionnels. En outre - et c'est d'ailleurs un développement relativement récent -, ils ont eu des répercussions croissantes sur le statut des travailleurs, en particulier ces dernières années. A moyen terme, peu de métiers ne seront pas touchés par les TIC(5)

Les technologies de l'information
favorisent la mondialisation
de l'industrie du spectacle et des médias

L'évolution technologique dans ces secteurs progresse à un rythme vertigineux, gommant les anciennes lignes de démarcation qui existaient entre la publication, l'impression, la diffusion et le spectacle. Dans le même temps, ces secteurs à fort coefficient de connaissance établissent des ponts avec les secteurs de l'informatique et des télécommunications dans le cadre de la convergence multimédia. Les catégories de métiers rencontrées dans l'impression, l'édition, le journalisme, le cinéma, la diffusion et les arts de la scène sont souvent bien différentes de celles d'il y a une décennie, exigent des compétences différentes et changent le statut de nombreux travailleurs, évolution qui se poursuivra dans les années à venir. Les employeurs de ce secteur seront probablement de plus en plus des conglomérats multimédia multinationaux, tandis que les gouvernements renoncent souvent à une implication directe en tant qu'employeur dans la diffusion, l'édition et autres secteurs pour adopter un rôle réglementaire plus distant, et les travailleurs occuperont sans doute davantage des formes d'emploi atypiques et seront moins souvent couverts par une convention collective.

La forte croissance de la consommation de produits et services des médias et du spectacle est un phénomène planétaire, que l'on rencontre même dans certains des pays les plus pauvres, alors même qu'il est la marque distinctive de l'économie de l'information postindustrielle dans les pays développés. Cette croissance a été étroitement liée à l'introduction et à l'utilisation des TIC, qui ont entraîné une forte augmentation de la taille des marchés des médias et du spectacle par la progression du nombre et de la couverture géographique des télévisions hertziennes et des stations de radio, et l'amélioration rapide de la qualité et d'un prix abordable des équipements depuis les postes de radio ou de télévision et enregistreurs de cassettes jusqu'aux studios d'enregistrement ou de tournage dernier cri et supports numériques de toutes sortes(6). Ces industries très dynamiques figurent souvent parmi les leaders de l'économie en termes de bénéfices et de croissance. En fait, nombre de conglomérats des médias et du spectacle ont pu répandre leurs messages dans le monde entier avec succès et rapidité, par des moyens qui auraient été impensables il y a seulement quelques années.

La société planétaire de l'information a rendu les pays plus interdépendants, en associant un déploiement rapide des technologies de l'information et de la communication (satellite, câble, radiotélédiffusion, télécommunications, Internet) à l'intégration économique et à la libéralisation du commerce à l'échelle mondiale. Toutefois, il est évident que, dans de nombreuses régions du monde(7), la portée de ces technologies est limitée par des facteurs tels que la pauvreté, un mauvais accès aux médias et aux moyens de communications, de faibles niveaux d'éducation et de qualification et des investissements insuffisants, ainsi que par un souci universel de maintenir la diversité culturelle locale(8). A la fin des années quatre-vingt-dix, le taux d'utilisation de l'Internet était estimé à une personne sur six en Amérique du Nord et en Europe et une pour 5 000 en Afrique(9). A l'avenir, on peut espérer qu'il sera relativement facile et économique d'améliorer la qualité et la couverture des nouvelles infrastructures de télécommunications dans les pays développés, dans la mesure où de nouvelles structures peuvent y être installées à partir de zéro, alors que les pays industrialisés devront mettre à jour une infrastructure existante souvent vieillissante, coûteuse et manquant de souplesse(10). Il resterait toutefois à résoudre les problèmes de l'acquisition d'équipements informatiques suffisants, de leur entretien et de l'achat des fournitures appropriées, de leur alimentation en courant électrique, du recrutement de personnels formés ou de leur formation, et à trouver des débouchés commerciaux appropriés.

La mondialisation a accéléré un processus d'«industrialisation des cultures», étroitement lié aux technologies et à la constitution de conglomérats planétaires impliqués dans les médias, le spectacle et parfois d'autres secteurs. Cinq grandes sociétés de disques dominent le secteur de la musique dans le monde - Sony, Warner, Universal, BMG et EMI. Les secteurs du film, de la radiodiffusion et des médias sont également dominés par d'importants protagonistes - Disney, Time-Warner (avec CNN, Fortune, Time, Metro Goldwyn Mayer), News Corporation (avec The Australian, The Times, The New York Post, Harper Collins, et de nombreux intérêts dans des télévisions et sociétés de cinéma), Viacom, Sony, Bertelsmann, Seagram/Universal-Polygram, Gannett, Kirch, Havas, Vivendi, Fininvest, Pearson et d'autres (voir figure 1.1), ainsi que par des géants régionaux tels que Globo et Televisa en Amérique latine. Ces secteurs sont extrêmement concurrentiels et deviennent de véritables structures de pouvoir à part entière. Leur réussite va souvent de pair avec l'absorption de plus petits acteurs, l'affaiblissement des entreprises et des cultures nationales et locales, la réduction de l'influence des syndicats, une plus grande intégration verticale, et une standardisation croissante des produits de médias et de spectacles vendus dans le monde. La fusion de Viacom et de CBS (septembre 1999) est un exemple récent d'une concentration intersectorielle dans le domaine des médias et du spectacle, qui a vu la création d'un énorme conglomérat pesant plus de 80 milliards de dollars des Etats-Unis et réalisant un chiffre d'affaires annuel de 20 milliards de dollars des Etats-Unis(11). Ce dernier chiffre représente davantage que le produit national brut de la Tunisie, de l'Equateur, du Sri Lanka ou de la Croatie, et dépasse de très loin celui de nombreux pays en développement(12).

Au milieu des années quatre-vingt, la technologie a commencé à générer une explosion de la demande de films et de télévision. On a assisté dans le monde entier à une prolifération de chaînes de télévision, par câble, satellite et technologies hertziennes numériques. Les services spécialisés et les télévisions à péage sont aujourd'hui répandus. Dans les villes nord-américaines, les systèmes par câble proposent 100 chaînes ou plus, avec de nombreux créneaux - informations, météorologie, comédie, sports et ainsi de suite, chacune ayant besoin de contenus, de programmes de télévision et de films, créant souvent du travail pour les présentateurs, journalistes, techniciens, interprètes et autres. En Inde (et de même partout dans le monde):

Figure 1.1 Industries du spectacle, édition et imprimerie: Les dix premières sociétés du monde selon Fortune (en fonction de l'emploi)

L'Internet relie des millions d'ordinateurs dans le monde, entre lesquels circule une variété infinie de documents 24 heures sur 24. Les estimations des nombres de personnes qui y sont connectées avancent des chiffres de l'ordre de 200 millions. S'il a fallu près de 40 ans à la radio pour atteindre 50 millions de foyers et 13 ans à la télévision pour atteindre ce chiffre, il a suffi de quatre années à Internet pour y parvenir. A l'heure actuelle, la plus grande partie du trafic Internet concerne des textes contenant des photos et des graphiques plus ou moins sophistiqués, ceci parce que la liaison se fait en général par les fils du téléphone qui restent encore incapables de transmettre rapidement les énormes volumes de données nécessaires aux documents audiovisuels, et du fait que la plupart des personnes ne disposent pas d'ordinateurs suffisamment puissants pour recréer rapidement les documents audiovisuels initiaux à partir des uns et zéros auxquels ils ont été réduits. Mais la technologie devrait bientôt résoudre ces problèmes. L'Internet est disponible depuis 1998 dans de nombreux pays par l'intermédiaire des câbles coaxiaux utilisés pour la télévision par câble, ce qui a permis d'accroître les capacités et la rapidité du système, ou par l'intermédiaire de réseaux satellitaires. Des ordinateurs chaque mois plus puissants sont vendus pour une utilisation domestique. L'ordinateur personnel moyen utilisé aujourd'hui est plus puissant que celui qui avait guidé le véhicule spatial Apollo 11 vers le premier alunissage de l'homme il y a 30 ans. Lorsque les limitations technologiques auront été surmontées, toute une catégorie de documents, qu'il s'agisse de télévision, de films ou de supports multimédias - utilisant les travaux des journalistes, concepteurs, techniciens, interprètes et autres acteurs du secteur des médias et du spectacle -, seront à la disposition via l'Internet de millions de personnes dans le monde.

Même avec ses limitations actuelles, l'Internet commence à avoir une influence sur les habitudes des spectateurs. Selon une étude réalisée par Nielsen Media Research, les ménages nord-américains ayant accès à l'Internet regardent en moyenne 13 pour cent de moins la télévision que les ménages qui ne sont pas connectés(14), 18 pour cent lisent moins de livres et de revues du fait de l'Internet, et 11 pour cent indiquent lire moins de journaux(15). Cette même étude rapporte qu'en juin 1998, plus de 70 millions d'américains, soit 35 pour cent de la population, utilisaient l'Internet(16).

La situation dans les pays en développement est toutefois très différente - en Afrique, même la radio n'atteint que 75 pour cent de la population, la télévision moins de 40 pour cent, et l'Internet peut-être 0,1 pour cent (Afrique du Sud incluse)(17). A la différence de la radio et de la télévision, l'Internet exige un niveau raisonnable d'alphabétisation et d'éducation (souvent dans une langue étrangère) qui n'est pas aussi répandu dans certains pays en développement que dans de nombreux pays industrialisés. En ce sens, l'Internet devrait représenter pour l'emploi dans les médias et le spectacle une menace moins directe dans les pays en développement que dans les pays industrialisés. Pour les entreprises de certains pays en développement, les technologies de l'information ont accéléré et facilité la production, réduit les coûts de production et amélioré la qualité des enregistrements, documents imprimés et autres. De nombreuses sociétés sont prêtes à investir dans les nouvelles technologies et à expérimenter de nouvelles méthodes de production, mais des contraintes financières les en empêchent souvent(18).

Federico Mayor, ancien Directeur général de l'UNESCO, a fait observer que l'avenir des sociétés démocratiques «repose en partie sur le développement et le renforcement de médias libres, indépendants et pluralistes dans le secteur public comme dans le secteur privé, car seule la liberté de communication facilite la diffusion du savoir et des valeurs»(19). Il a invité «tous les intéressés à rechercher des solutions en commun pour que les technologies de l'information et de la communication soient mises au service du progrès de l'humanité, tout en garantissant un véritable choix dans le respect de la dignité et de la liberté de chacun, et profitent au plus grand nombre, tant au Nord qu'au Sud, et à l'intérieur de chaque pays». Les technologies numériques permettent aussi d'offrir certaines facilités et certains services à certains groupes désavantagés, tels que les sourds et les handicapés.

Toutefois, à mesure que progressent la vitesse et la portée des communications (voir chapitre 5), les développements technologiques se sont parfois accompagnés de tentatives renforcées de contrôle de l'information. Les informations peuvent être envoyées dans le monde entier en quelques secondes grâce aux nouvelles technologies, et l'actualité peut atteindre les gens dès qu'elle se produit. De ce fait, les travailleurs et employeurs des médias qui utilisent les technologies de l'information peuvent gêner les groupes désireux d'éviter l'attention du public, ce qui peut conduire à des attaques visant les journalistes et les organisations de médias(20).

Le développement de l'Internet, des logiciels de compression et autres innovations des TIC transforme sensiblement la structure économique du secteur des médias et du spectacle en raison en particulier du faible coût de la production et de la distribution électroniques. Dans le passé, un obstacle important à la pénétration dans le secteur des mass média était inhérent aux coûts d'investissement élevés nécessités par les équipements tels que les imprimantes, les systèmes de reproduction de musique enregistrée ou de films, le stockage, les infrastructures de transmission de documents imprimés, diffusés ou enregistrés aux distributeurs ou consommateurs, etc. Avec les produits électroniques en ligne, ces coûts sont réduits. Les éditeurs électroniques en ligne peuvent utiliser la technologie pour rassembler, trier et sélectionner des informations de façon plus rapide et efficace. L'interactivité de ces médias et la possibilité de développer des profils de clientèle et de marché à partir des informations obtenues sur le World Wide Web (adresses électroniques, tranches d'âge, préférences, pouvoir d'achat et profils de consommation) offrent aux sociétés travaillant sur Internet de meilleures possibilités de ciblage et d'adaptation de leurs produits et services aux besoins des consommateurs (tout en respectant la vie privée et les droits des consommateurs).

Pour ces raisons, les sociétés traditionnelles d'impression, de films, de musique et de diffusion développent leurs produits et leur présence électroniques en restant souvent proches de leur métier d'origine tout en utilisant un nouveau vecteur, alors que les nouveaux entrants ont plus de chances d'offrir des produits et services spécifiquement conçus pour l'Internet. Malgré tout, les clients Internet ne peuvent pas «manipuler» un produit avant l'achat comme ils pourraient le faire dans une boutique; les produits électroniques copiés sur l'Internet ne procurent pas «l'impression tactile» d'un livre, d'un disque compact, d'un journal, d'un magazine ou d'une cassette vidéo; l'Internet n'atteint qu'une fraction (croissante) de la population mondiale; et les services qu'il offre peuvent être plus adaptés dans un pays ou sur un créneau de marché que dans d'autres.

Le commerce électronique (c'est-à-dire le commerce sur l'Internet), a constitué un développement très important pour les sociétés de médias et de spectacle - le développement de sites web qui vendent des livres, des cassettes vidéo et des disques compacts directement aux clients (à l'aide de cartes de crédit et autres systèmes de paiement) a généré une nouvelle demande de produits imprimés et enregistrés - ce qui confirme encore que l'Internet ne concerne pas seulement la vente d'accès à des services en ligne. De fait, en 1999, près de 7 pour cent de l'ensemble de la population de la Scandinavie, du Royaume-Uni et des Etats-Unis ont acheté des marchandises sur Internet, les livres et les disques compacts représentant environ la moitié des achats(21). La part des ventes en ligne en 1999 a été dominée par des revendeurs présents uniquement sur l'Internet dans le secteur des livres (87 pour cent) et de la musique et des vidéos (69 pour cent), alors que la moyenne se situait à 38 pour cent, le reste des ventes en ligne étant réalisé par des vendeurs sur catalogue et détaillants(22), mais ce marché évolue rapidement. Les sociétés de disques exploitent désormais des sites Internet promotionnels dans le cadre de leurs activités de marketing, mais le secteur ne pourra pas exploiter complètement le potentiel commercial de l'Internet tant que des versions numériques des enregistrements ne pourront être vendues directement aux clients, qui pourront les charger en quelques minutes sur leurs ordinateurs à l'aide de logiciels de compression MP3 (mais avec le risque associé de télécharger des musiques «piratées» depuis certains sites web). On estime qu'environ 8 pour cent des ventes mondiales (3,9 milliards de dollars des Etats-Unis) se feront sur Internet d'ici 2002. Cela soulève toutefois l'un des plus importants problèmes liés aux nouvelles technologies, qui affecte tout le secteur des médias et du spectacle: celui du piratage (voir chapitre 7).

Pour les détenteurs de droits d'auteurs (éditeurs, sociétés de cinéma et de disques, interprètes, compositeurs, etc.), l'Internet offre de nouveaux moyens de protéger, négocier et percevoir les recettes tirées de leur propriété intellectuelle, grâce à l'utilisation de bases de données, de filigranes numériques et autres méthodes de suivi de la propriété et de l'utilisation de leurs matériels, et de mettre un frein à la violation du droit d'auteur. Les redevances versées aux détenteurs de droits d'auteur pourraient beaucoup augmenter du fait des nouvelles utilisations des matériels (Internet, télévision par satellite ou par câble, etc.) si l'on parvient à combattre efficacement le piratage. Toutefois, les nouveaux systèmes de protection des droits d'auteur seront surtout utilisés pour protéger les intérêts des grandes sociétés et des interprètes et compositeurs connus; les avantages qui pourraient en résulter pour les petites sociétés et les compositeurs et interprètes mal payés risquent de rester faibles ou inexistants, sauf si de nouveaux accords ou législations peuvent être développés pour que le partage des bénéfices soit plus équitable.

En ce qui concerne la performance économique de ces secteurs, un observateur faisait remarquer que «vu sous l'angle des cours de bourse, l'époque n'est pas des plus favorables pour une société de médias traditionnelle. Pendant que de nouvelles sociétés de médias telles qu'America Online ne cessent de se renforcer, les anciennes les observent avec envie»(23). Les portails Internet offrant aux consommateurs un point d'entrée à l'Internet (avec la possibilité de télécharger textes, musique et images) ont fortement progressé en 1999. D'un autre côté, pour de nombreuses sociétés de diffusion et de publication, 1998 et 1999 ont été des années ternes. En ce qui concerne l'édition grand public, la menace provient non seulement des médias électroniques mais aussi de la récession et d'autres facteurs. Le défi, pour les radiotélédiffuseurs, consiste moins à se défendre contre les nouvelles technologies ou les menaces extérieures qu'à s'imposer dans le monde de la technologie numérique(24).

Nouveaux produits, nouvelles formes de travail
et nouveaux métiers

Les technologies émergentes ont offert toute une palette de possibilités pour créer de nouvelles formes d'expression et développer de nouveaux produits et services créatifs; d'autres apparaîtront dans les années à venir. Elles peuvent ouvrir de nouveaux débouchés pour les sociétés de médias et de spectacle, les fournisseurs de contenus, les interprètes et leurs oeuvres. Quand ils sont utilisés pour décrire ces produits, les nouveaux médias couvrent trois catégories:

a) L'enrichissement des formes traditionnelles de communication telles que la télévision haute définition et la diffusion numérique, les nouveaux formats pour l'enregistrement de la musique et de la vidéo, la télévision interactive, la publication de bases de données sur le web, etc.

b) Les combinaisons de médias auparavant séparés, souvent appelées multimédias. La présentation multimédia combine typiquement texte, images, graphiques, données et animation, et parfois sons, musique et vidéo sous des formes qui invitent ou obligent l'utilisateur à interagir avec le matériau d'une façon non permise par les «anciens médias». Des exemples de telles combinaisons sont donnés par les jeux vidéo et les journaux en ligne. Le consommateur dispose de différentes options d'utilisation du support, et ne se contente plus d'une exploitation linéaire (marche avant ou arrière) le long d'un cheminement prédéfini.

c) Des produits entièrement nouveaux, entre autres les «hypermédias», qui relient des supports sous des formes multidimensionnelles encore plus dynamiques; et la réalité virtuelle, qui permet à l'utilisateur de pénétrer dans un environnement audiovisuel tridimensionnel.

Certains domaines relativement nouveaux des médias et du spectacle - étroitement liés à l'industrie du cinéma, de la radiodiffusion et de l'édition - sont devenus des industries à part entière, telles que l'édition de logiciels interactifs et multimédias. Les jeux, les récits et produits similaires destinés aux formats du CD-ROM, de l'Internet et d'autres formats électroniques (Nintendo, SEGA, PlayStation) ont créé de nombreux métiers pour les acteurs, narrateurs, doubleurs, chanteurs, cascadeurs, danseurs, éditeurs, concepteurs graphiques et autres(25). Les hypermédias, comme d'autres domaines nouveaux, pourraient se développer de façon similaire.

Dans la mesure où le multimédia constitue la convergence de médias auparavant distincts, de nouvelles compétences sont souvent nécessaires(26) et les producteurs et distributeurs de nouveaux produits médias proviennent de milieux variés. Certains titres CD-ROM très réussis ont été développés par des éditeurs de livres, en particulier les ouvrages de référence dans lesquels ces éditeurs ont ajouté des sons, un discours narratif, des animations et des séquences animées pour créer une nouvelle génération d'encyclopédies, de dictionnaires et d'atlas. C'est également vrai des titres pour enfants, dans la mesure où les valeurs de production des documents audio et vidéo n'ont pas nécessairement à être d'une qualité exceptionnelle.

Les développeurs de nouveaux médias sont aussi issus des secteurs de l'informatique et du logiciel. Beaucoup de CD-ROM populaires de la décennie écoulée ont été des jeux vidéo, développés par une industrie qui n'existait pas auparavant. Les sociétés de logiciel élargissent leur portée et créent des produits de divertissement. Des sociétés de développement de nouveaux médias ont émergé un peu partout et la plupart des pays industrialisés possèdent leur propre «Silicon Valley».

Certains producteurs de films et de télévision créent par ailleurs directement de nouveaux produits médias, bien que l'essentiel de l'activité à ce jour consiste à ajouter de la valeur à des œuvres existantes. Toutes les grandes sociétés de production disposent de divisions nouveaux médias et cherchent à exploiter leurs produits - les jeux informatiques liés aux films Disney en sont un exemple particulièrement évident. Toutefois, de façon générale, les producteurs de films et de télévision n'ont pas encore commencé à produire des projets spécifiquement pour les nouveaux formats de médias, considérant ces marchés comme accessoires.

Sur les milliers de titres interactifs disponibles dans le monde, seuls quelques-uns ont été vendus ne serait-ce qu'à un million d'exemplaires, ce qui est peu par rapport au «marché de masse» normal d'autres productions culturelles telles que livres, disques, revues ou films. La plupart des titres CD-ROM sont encore vendus de façon groupée avec l'ordinateur lui-même.

Le rythme de l'évolution technologique est tel que les nouveaux produits médias sont souvent remplacés dans les quelques mois qui suivent leur lancement, que ce soit par des mises à jour issues du même fournisseur ou par de meilleurs produits issus d'un concurrent. En général, les produits de médias et de loisirs présentent des coûts fixes initiaux de production élevés et de faibles coûts de reproduction; pour les produits électroniques, les coûts de production et de distribution sont souvent très inférieurs à ceux de leurs homologues traditionnels (ouvrages imprimés, cassettes, etc.). L'Internet constitue un mécanisme de promotion et de distribution de faible coût qui attire un nombre important et toujours croissant de consommateurs, de sorte que les produits électroniques peuvent être vendus plus facilement et que les interprètes et compositeurs peuvent produire leur propres œuvres. De nouveaux équipements d'exploitation de ces produits sont arrivés sur le marché (par exemple, livres électroniques et lecteurs de musique Rio ou MP3), et les matériels non cryptés peuvent être reproduits et vendus de façon relativement économique. Il s'agit là d'une véritable menace pour les distributeurs, libraires et disquaires, imprimeurs et autres industries connexes, ainsi que pour les sociétés d'édition de musique ou de livres, et peut-être un mélange de menace et d'opportunité pour les auteurs et interprètes. Dans la plupart des cas, les sociétés constatent qu'elles doivent être beaucoup plus rapides dans le lancement de nouveaux produits et dans leurs réactions aux initiatives de leurs concurrents que ce n'était le cas il y a seulement une décennie.

La domination mondiale croissante de l'industrie américaine des médias et du spectacle(27) a eu de nombreux effets spécifiques, parmi lesquels la prédominance de l'anglais devenue aujourd'hui la lingua franca de l'Internet et de la production audiovisuelle, ce qui a conduit à une demande croissante d'employés sachant parler anglais, de traducteurs et plus particulièrement d'acteurs capables de réaliser des doublages, en particulier en animation(28).

Nombre des observations faites ci-dessus sont très éloignées des réalités des pays pauvres, où les TIC ont été plus lentes à affecter la société et l'économie. Ainsi, dans l'industrie graphique de la plupart des pays en développement (à l'exception de quelques grandes entreprises), les technologies utilisées sont beaucoup plus anciennes que celles utilisées par les sociétés des pays industrialisés. Qui plus est, les ordinateurs ne sont pas partout disponibles, les connexions à Internet sont encore plus rares, et l'impression numérique est inexistante ou presque. La pénétration par les médias s'est limitée principalement aux zones urbaines et aux clients aisés et éduqués(29).


1.  Voir par exemple BIT: Colloque sur la convergence multimédia, Rapport final (Genève, 1977); M. Castells: The rise of the network society (Oxford, Blackwell, 1996); et C. Freeman et L. Soete: Work for all or mass unemployment? (Londres, Pinter, 1994).

2.  Media Perspektiven (Frankfurt-am-Main), 1999, no 8, p. 438.

3.  Business Week (New York), 23-30 août 1999.

4.  Walter Durling, dans une communication personnelle envoyée au BIT le 6 septembre 1999.

5.  J. Warnken: «The information society in the 21st century. Experiences and suggestions for Government action in Germany», ministère fédéral du Travail et des Affaires sociales (Bonn, 1999).

6.  W. Krasilowsky et S. Shemel: This business of music (New York, Billboard Books, 1995).

7.   Programme des Nations Unies pour le développement: Rapport mondial sur le développement humain 1999 (New York, 1999). La Suède possède 68 lignes de téléphone pour 100 habitants, alors que l'Erythrée, le Cambodge, Haïti et beaucoup d'autres pays disposent de moins d'une ligne pour 100 habitants.

8.  Par exemple B. Motzney: «Vers un nouveau partenariat entre les gouvernements, les employeurs et les travailleurs», dans BIT, op. cit., pp. 23-27.

9.  Hors Afrique du Sud. T. Butterly: «Use of the Internet is growing in Africa» (dans NUA Internet Surveys (Dublin), 18 fév. 1998, sur le site web http://www.nua.ie. Il faut remarquer que ces estimations - ainsi que d'autres figurant dans ce même rapport - donnent des tendances, mais il est impossible de vérifier les hypothèses, définitions, méthodes, données, modèles, erreurs d'échantillonnage et couverture de ces études, de même que les exigences de recherche des clients.

10.  C. Fox: «Hi-tech for the grassroots», dans Sources (Paris, UNESCO), no 114, juillet-août 1999, p. 11.

11.  «Viacom and CBS to merge in $36 bn deal», dans Financial Times (Londres), 8 sept. 1999, p. 1.

12.  PIB total 1997 (méthode Atlas), donné sous forme CD-ROM, dans Banque mondiale: World Development Indicators, 1999 (Washington, DC, 1999).

13.  National Geographic (Washington, DC), août 1999. Mumbai est le nouveau nom officiel de Bombay.

14.  Cité par R. Cribb: «Rewired - Technology has transformed 20th century life, and we're only beginning to understand the implications», dans The Toronto Star, 29 août 1999, p. B-4.

15.  Sous-comité sur les communications: «Wired to win! Canada's positioning within the world's technological revolution», rapport du Comité permanent du Sénat canadien sur les transports et les communications, Ottawa, Sénat canadien, mai 1999, p. 4.

16.  Ibid, p. 9.

17.  Association européenne des Instituts de développement, Newsletter (Genève), 1998/1, p. 33.

18.  CNUCED: Becoming a globally competitive player: The case of the music industry in Jamaica, par J. Kozul-Wright et L. Stanbury (Genève, 1998), document de travail no 138.

19.  UNESCO: Rapport mondial sur la communication: les médias face aux défis des nouvelles technologies (Paris, 1997), préface.

20.  A. White: «Le journalisme», dans BIT: Encyclopédie de sécurité et de santé au travail, vol. 3 (Genève, version française en préparation).

21.  R. Seppänen: «Books and CDs account for half of purchases over the Net», dans The Bookseller (Londres), 13 août 1999, p. 11.

22.  «A nation of shopkeepers», dans The Economist (Londres), 21 août 1999, p. 52.

23.  Financial Times (Londres), 29 janv. 1999.

24.  Financial Times (Londres), 26 mars 1999.

25.  De nombreux emplois de ce type aux Etats-Unis sont occupés par des interprètes employés aux conditions stipulés par la SAG dans son Accord sur les médias interactifs (voir http://www.sag.com/interactivetext.html), tel que modifié en 1993-1995.

26.  Voir, par exemple, Bundesministerium für Wirtschaft und Technologie: Karrierewege in der Multimedia-Wirtschaft: Qualifikationsanforderungen und Arbeitsmarktentwicklung in einer Zukunftsbranche (Berlin, BMWi Dokumentation), no 464, sept. 1999.

27.  L. Gray et R. Seeber (directeurs de publication): Under the stars: Essays on labour relations in arts and entertainment (ILR Press, Ithaca, New York, 1996), p. 4.

28.  P. Miller et K. Sand: The status of the performer in 1997 (Londres, Fédération internationale des acteurs, Londres, 1997, non publié).

29.  A. Parisotto: «Transnational corporations and the emerging global media markets», dans l'ouvrage publié sous la direction de Y. Aharoni: The changing role of state intervention in services in an era of open international markets (New York, New York State University Press, 1997).


2. Influence générale des technologies
de l'information sur les procédés,
les contenus et le rôle des pouvoirs publics

Radiotélédiffusion

Au cours des vingt dernières années, la radiotélédiffusion, qui était jusque-là un secteur de service public national détenu ou subventionné par l'Etat, assez clairement délimité, s'est transformée en un secteur économique multinational axé davantage sur la réussite commerciale. Les grands radiotélédiffuseurs sont souvent présents dans le secteur des médias, du spectacle, du film ainsi que d'autres secteurs (logiciels, construction, télécommunications, réseaux, etc.) et nombre d'entre eux tirent bénéfice de la convergence multimédia. Dans le même temps, on a pu assister à une très forte croissance des petites sociétés indépendantes de production de télévision, et à des modifications significatives de l'industrie de la radio en ce qui concerne le nombre et le type de station, la qualité du son, la facilité de réception et d'emploi. L'externalisation et la mondialisation prennent une importance croissante. La radiodiffusion a été aux avant-postes de nombreux changements technologiques, en particulier pour la numérisation, l'amélioration des services existants (en radiodiffusion par exemple, la technologie numérique permet désormais aux auditeurs d'obtenir des informations de trafic et des journaux d'actualité tout en écoutant une cassette, un CD ou une autre station radio; d'améliorer la syntonisation; et d'afficher le nom de la station, etc.), de nouvelles façons de sélectionner le contenu à diffuser et les modes de facturation de ces services aux clients.

Toute une série de nouveaux développements technologiques sont intervenus ces dernières années dans la radiotélédiffusion, avec entre autres le développement rapide des réseaux câblés à fibres optiques dans le monde (pour les Jeux Olympiques de Sydney en 2000, un nouveau câble reliant plus de 25 pays sur quatre continents a été posé) et, dans certains pays, la mise en place de télévisions à péage pour les événements sportifs, culturels ou autres, l'expansion des technologies et infrastructures satellitaires, les images numériques haute définition sur grand écran, etc. En ce qui concerne plus directement l'emploi, les équipements de diffusion électromécaniques lents, compliqués et peu fiables ont été supplantés par leurs équivalents numériques, ce qui a offert des avantages majeurs en termes d'efficacité et a eu tendance à renforcer la position de l'employeur dans les relations professionnelles(1). La radiotélédiffusion numérique et le câble numérique commencent à se mettre en place en Amérique du Nord et en Europe. Les technologies du câble à fibres optiques et autres permettront la transmission et la réception de plus grandes quantités de données; l'expansion des capacités informatiques permettra aux consommateurs de les télécharger et de les remettre en forme à partir des données auxquelles elles auront été réduites. De ce fait, les consommateurs disposeront d'un éventail de choix toujours plus large. Le câble numérique et d'autres technologies telles que les systèmes de diffusion numérique hertziens permettront aux consommateurs d'envoyer des signaux de retour aux fournisseurs des programmes, ce qui ouvrira de nouvelles possibilités. L'intégration de l'ordinateur avec les systèmes de divertissement personnels et la nouvelle génération d'écrans de télévision se combineront avec cette fonction de signal de retour pour offrir une interactivité en ligne totale et un véritable service de vidéo à la demande, qui offre au consommateur la liberté de commander un film ou un programme chez lui, à tout moment. Au Canada, l'autorité de régulation de la radiodiffusion a concédé à plusieurs sociétés le droit de fournir des services de vidéo à la demande, afin d'anticiper sur la mise en œuvre du câble numérique. De tels systèmes vont constituer un défi fondamental pour les boutiques de location de vidéos, puisque les consommateurs bénéficieront d'une garantie d'accès et n'auront même plus à supporter le coût du déplacement jusqu'à la boutique. La télévision numérique interactive permet désormais aux spectateurs de choisir leurs angles de vision lors des matches de football ou autres événements sportifs, et de visionner les faits marquants de l'événement pendant le déroulement de l'action; via leur poste de télévision, les spectateurs ont accès à des services de transactions commerciales ou bancaires.

De façon générale, la convergence multimédia, la concentration industrielle et de nouvelles approches de l'organisation ont contribué à l'intégration de la production des films et programmes télévisés (en particulier aux Etats-Unis) qui ne sont plus réalisés par des structures séparées, ce qui a eu un impact négatif sur le niveau de l'emploi pour certaines catégories de personnels dans la diffusion et la production de films.

Dans les secteurs de la télévision et de la radio, la technologie de la diffusion par satellite et par câble autorise aujourd'hui davantage de chaînes, qui peuvent être reçues dans plusieurs pays à la fois, souvent dans des langues autres que la langue locale; pour beaucoup de sociétés de diffusion, ces facteurs ont eu un impact majeur sur la publicité, la concurrence, la programmation et les effectifs (ainsi que sur la langue et la culture). La Fédération internationale des acteurs (FIA) constate que beaucoup de programmes par satellite ou par câble reprennent d'anciennes séries télévisées ainsi que des programmes, événements sportifs ou films étrangers, et qu'il y a eu peu de nouveaux investissements dans des productions originales par les sociétés de diffusion par câble ou satellite. Ainsi, les possibilités d'emploi pour les interprètes, hormis peut-être aux Etats-Unis, au Canada et en Australie, diffèrent bien peu de ce qu'elles étaient avant le câble et le satellite(2), alors qu'il existe sensiblement plus de débouchés pour les travailleurs des médias - présentateurs, journalistes, techniciens, producteurs et autres - dans ces nouvelles chaînes.

Les journalistes de l'information diffusée doivent maîtriser différents systèmes de gestion de bases de données de contenus, ainsi que des applications telles que Photoshop, Illustrator et Quark, en particulier quand ils travaillent dans plusieurs médias. Les journalistes de production radio qui utilisent ces applications sont souvent responsables de la production de scripts prêts pour l'antenne et préenregistrés pour la transmission, prenant ainsi en charge des tâches accomplies auparavant par d'autres personnes dont les métiers ont disparu, tels que les directeurs de studio. Les journalistes de production de télévision dépendent encore d'une assistance technique plus étoffée, essentiellement parce que les systèmes électroniques de production de journaux pour la télévision sont encore en retard par rapport à ceux de la radio. Néanmoins, les équipes de télévision ont été réduites; et les journalistes partent en reportage avec un unique caméraman. Avec les nouveaux débouchés - radio et télévision numérique, chaîne TV mondiale, service d'information en ligne et services analogiques -, un reporter peut se voir demander d'enregistrer différentes versions de son article pour un nombre croissant de cibles.

Comme le remarquait récemment Trevor Goodchild, journaliste de radiodiffusion expérimenté au Royaume-Uni:

Certains employeurs prétendent que les journalistes acquièrent au niveau individuel de nouvelles qualifications qui les rendent davantage employables pour travailler ailleurs.

Les syndicats de journalistes ont toutefois tendance à affirmer que la plupart des diffuseurs ont poussé trop loin cette évolution, en optant pour des effectifs de journalistes sur des bulletins et programmes spécifiques trop réduits, et que les employeurs n'ont pas répercuté les avantages de ces gains de productivité sur les journalistes. Ils estiment que ces problèmes devraient être abordés dans le cadre d'une large réflexion, couvrant aussi la sécurité et la santé (en particulier en matière de stress et de fatigue par tension répétée). Un journaliste faisait observer qu'il lui fallait parfois produire ses reportages pour trois médias différents (la radio, la télévision et le web), ce qui triplait la durée d'enregistrement et l'obligeait à travailler jusque tard dans la nuit, devenant ainsi une sorte de touche-à-tout. Assumer tant de tâches différentes peut générer une forte tension nerveuse, et certains employeurs commencent à comprendre que ce n'est pas ainsi qu'ils peuvent tirer le meilleur de leurs journalistes(4).

La spectaculaire croissance des revenus de la publicité ou d'autres sources chez certaines sociétés de diffusion qui ont appuyé leur développement sur les TIC ont permis d'accorder des salaires très élevés à certains acteurs, comédiens ou autres personnalités très connus, mais les salaires des intervenants situés à des niveaux inférieurs ne semblent pas avoir progressé au même rythme. Commentant la défection de certains éléments de premier plan partis dans une autre société, Alan Yentob, directeur de la télévision à la BBC, a expliqué que «la BBC n'était pas contre le fait de payer un prix honnête pour certains talents ou émissions, mais que cela n'était pas un dû. Il faut que chacun y mette un peu du sien… Pourquoi faudrait-il qu'une société puisse utiliser la BBC pour développer ses talents puis au moment optimal s'adresser au plus offrant?»(5).

Le rôle des pouvoirs publics dans la réglementation de la radiotélédiffusion a par ailleurs considérablement évolué ces dernières années, bien qu'il soit extrêmement variable selon les pays et fortement influencé par des considérations politiques, religieuses, morales, commerciales et autres. Par exemple, le Secrétaire d'Etat britannique à la culture, aux médias et aux sports, Chris Smith, a annoncé pour septembre 1999 un important avant-projet de loi de réforme de la réglementation de la programmation télévisuelle pour l'ère numérique. Les pouvoirs publics continueraient de réglementer des questions telles que l'impartialité de l'information, l'étude des souhaits des spectateurs et la fixation de l'heure limite dans la soirée avant laquelle des programmes et autres documents jugés inadaptés aux enfants ne seraient pas autorisés. Les précédentes réglementations du contenu des programmes par les administrations fixaient des quotas de diffusion que les diffuseurs commerciaux devaient réserver au théâtre, à l'actualité locale, aux programmes pour enfants, aux émissions religieuses et aux documentaires. Les diffuseurs ne respectant pas ces quotas pouvaient encourir des sanctions - allant de l'avertissement public à des amendes et même au retrait ou à la restriction de leur licence(6). M. Smith a mis l'industrie au défi «de collaborer afin d'offrir aux consommateurs des services attractifs et des équipements abordables de façon que l'ensemble du pays puisse passer et passe effectivement à la télévision numérique»(7) d'ici 2010, et a souhaité qu'il soit possible, peu après la transition vers le numérique, de «garantir dans le bouquet de services de base l'accès à l'Internet pour tout foyer britannique disposant d'une télévision et d'un téléphone»(8).

La revue The Economist affirme que «les diffuseurs établis ont partout le même problème: jadis ils possédaient les ondes, mais aujourd'hui les chaînes se multiplient, les coûts augmentent du fait de la concurrence sur les talents, et les revenus des diffuseurs ne progressent pas aussi rapidement. Comme nombre d'entre eux sont des sociétés d'Etat, les pouvoirs publics dans le monde entier sont face à un dilemme: subventionner davantage ces diffuseurs, les priver de ressources ou les transférer vers le secteur privé(9). Ce choix a été rendu plus ardu encore du fait du succès de grandes sociétés de médias offrant des chaînes de télévision à péage partout dans le monde et celui des sociétés commerciales nationales de radiodiffusion. Les financements publics cherchent aujourd'hui moins à préserver des structures de diffusion d'Etat qu'à financer des projets individuels ou une chaîne de service public. Les pouvoirs publics ont souvent vendu tout ou partie de leurs participations dans les sociétés de radiotélédiffusion, tout en conservant un certain contrôle sur les normes, les contenus, l'éthique et autres aspects analogues.

En Grèce, selon le vice-président du POSPERT (Fédération grecque des travailleurs de la radiotélédiffusion), la radiodiffusion publique est un secteur qui a été très politisé, avec divers degrés d'interférence et de manipulation politique selon les gouvernements successifs. Le processus de déréglementation a commencé vers la fin des années quatre-vingt - la loi de 1989 sur la radio et la télévision a cassé le monopole d'Etat - et, en 1999, il y avait plus de 25 chaînes TV privées et trois chaînes publiques. Comme dans nombre d'autres pays, il existe un besoin analysé comme tel de promouvoir un secteur vigoureux et indépendant de radiodiffusion publique, moins affecté par l'intervention politique que par le passé(10).

En 1999, en Argentine, des communautés et autres groupes ont exprimé une certaine préoccupation concernant les changements de la législation sur la radiodiffusion relative aux stations de radio. En fait, une nouvelle loi visant à créer une concurrence entre radiodiffuseurs par la vente de fréquences au plus offrant risque dans les faits d'exclure les stations du secteur public ou dirigées par des groupes et organisations populaires. Environ 70 stations radio de communautés pourraient devoir fermer(11).

Aux Etats-Unis, jusqu'en 1994, les restrictions gouvernementales sur la propriété des stations de radio ont empêché les diffuseurs de posséder plus de deux stations sur un seul marché. Avec la déréglementation du secteur, qui permet à des sociétés de posséder jusqu'à huit stations sur un même marché, on a assisté à de nombreuses fusions et acquisitions, ainsi qu'à une réduction du nombre des opérateurs de radio purs. Cette évolution s'est accompagnée par une très forte croissance des sociétés de médias mixtes (telles que CBS et Chancellor Media, dont les chiffres d'affaires estimés pour 1998 étaient respectivement de 1,5 et 1,6 milliard de dollars des Etats-Unis) qui vendent des offres groupées d'espaces publicitaires à la radio, à la télévision et sur affichages publics. Le chiffre d'affaires brut en publicité pour la radio en 1998 devait atteindre 20 milliards de dollars des Etats-Unis(12).

Des restrictions similaires s'appliquent à la télévision - une société ne peut contrôler qu'un seul réseau de diffusion, et le total des stations de télévision régionales et locales détenues par un groupe ne peut dépasser 35 pour cent de l'audience américaine. Toutefois, les règles de propriété de deux réseaux ont été assouplies en août 1999 et des demandes ont été faites pour la suppression du seuil des 35 pour cent. Ces deux règles affecteraient le projet de fusion de Viacom et de CBS en septembre 1999(13).

En juillet 1999, la Commission européenne a lancé une étude formelle sur le financement des radiodiffuseurs publics en Italie et en France, suite à des réclamations de radiodiffuseurs privés protestant que les sociétés de télévision publiques leur faisaient une concurrence déloyale du fait d'injections de capitaux, de subventions, d'exonérations fiscales et autres. La commission a été sommée par les diffuseurs privés de clarifier les règles permettant aux chaînes publiques de remporter des marchés à des prix plus élevés que ceux de leurs concurrents privés pour certains types de programmes, ou de pratiquer des tarifs publicitaires inférieurs(14).

Entre autres grandes questions pour l'avenir, citons la poursuite des privatisations; la réglementation des contenus, l'équilibre des programmes, la discrimination, l'encouragement de la concurrence et la limitation des comportements monopolistiques, la liberté d'expression et l'accès aux médias, la réactivité à la demande du public; les effets de la technologie et de la restructuration sur l'emploi et les conditions de travail, en particulier pour les indépendants; le rôle de la publicité dans la diffusion; et la question de savoir qui doit assurer la formation - l'employeur ou l'individu.

L'industrie cinématographique

Dans de nombreux pays, le succès et la compétitivité de l'industrie cinématographique pâtissent de la pénétration croissante de films réalisés en Amérique, phénomène qui peut être attribué à la mondialisation, aux TIC, à un meilleur marketing, à la capacité d'attirer dans leurs studios les meilleurs talents du monde entier, à la dominance croissante d'une culture étroitement liée aux industries des médias et du spectacle des Etats-Unis, etc. En Inde, au Mexique, en Hongrie, en France, en Afrique du Sud, au Brésil et ailleurs, l'industrie cinématographique constate que les cinémas du pays passent de plus en plus de films américains doublés, avec lesquels, en termes de recettes, de moins en moins de films produits localement peuvent soutenir la comparaison(15).

En Inde, «Bollywood» (ce centre de l'industrie indienne du cinéma de Mumbai emploie plus de personnes qu'à Hollywood) est l'un des nombreux centres de production de films du pays qui produit le plus de films au monde, mais le nombre de films produits par an est en baisse (de 948 en 1990 à 697 en 1997)(16), en partie du fait de l'assouplissement récent des sévères restrictions sur les importations de films, offrant un accès plus grand aux films américains ou étrangers. Les technologies ont eu moins d'impact sur l'emploi en Inde qu'ailleurs, dans la mesure où les salaires des «journaliers» sont faibles et où les syndicats ont leur mot à dire sur l'introduction des technologies et sur les questions d'emploi.

Comme indiqué plus haut, les industriels américains du film, de la télévision et du spectacle sont des exportateurs nets et apportent une contribution très importante à l'économie. Ils fixent les normes de consommation dans le monde et n'ont pas de rivaux pour ce qui est de la taille ou du volume des exportations(17); toutefois, de nombreux travailleurs à Hollywood estiment que leurs possibilités d'emploi se sont réduites du fait que les investissements de l'industrie du film se portent sur quelques grands succès et en raison d'une tendance croissante à la «délocalisation» - c'est-à-dire à la production de films ailleurs qu'aux Etats-Unis pour des raisons économiques(18).

Les développements technologiques ont permis certaines innovations en matière de production: doublage à distance des voix et pistes sonores pour le cinéma et la télévision; enregistrement simultané de la musique sur une même piste par des artistes se trouvant dans des studios dans différents pays; synchronisation des effets visuels et de la préparation des partitions musicales en même temps des deux côtés de l'Atlantique à l'aide de lignes RNIS (Réseau numérique à intégration de services) et autres réseaux. Le secteur du cinéma a pu abandonner les traditionnelles bobines de film utilisées pour la projection en salle au profit de la transmission numérique directe de copies électroniques.

Les années quatre-vingt-dix ont vu l'explosion de l'exploitation des films sur des marchés complémentaires, la croissance de nouveaux marchés dans le monde et l'édition des produits sous d'autres formats. Le plus important aura peut-être été le CD-ROM informatique, qui permet l'interactivité avec l'utilisateur; sa capacité est cependant insuffisante pour les longs métrages, et son utilisation pour les films de cinéma et de télévision n'a pas été très répandue. La dernière technologie à ce jour est celle du DVD (disque vidéo numérique), capable de délivrer des images et des sons de qualité numérique pour des longs métrages, avec fonctions évoluées telles que variantes, autres langues, commentaires et biographies des participants, «son surround», etc. Nombre de grands films sortent désormais sur support DVD.

La convergence multimédia, la concentration industrielle et les nouvelles approches organisationnelles ont contribué à l'intégration de la production des films et programmes télévisés (en particulier aux Etats-Unis), réalisée jadis par des structures séparées, ce qui a eu un impact négatif sur le niveau de l'emploi pour certaines catégories de personnels, bien que le niveau global de l'emploi ait progressé de façon significative dans de nombreux pays. Les processus ont été modifiés pour intégrer le développement sur informatique des effets spéciaux et les possibilités de produire des animations, pistes sonores et autres éléments dans d'autres pays que ceux où la prise de vues est faite. La transition d'équipements de diffusion électromécaniques lents, compliqués et peu fiables au profit de leurs équivalents numériques a fait progresser l'efficacité et a eu tendance à affaiblir les syndicats dans les relations professionnelles (du fait des évolutions intervenant dans les charges de travail, les qualifications et le niveau de l'emploi dans le secteur).

Un autre développement, depuis la fin des années quatre-vingt, réside dans l'émergence de «marchés supplémentaires» (c'est ainsi qu'ils ont été désignés) dans le secteur du cinéma en Amérique du Nord et dans les conventions collectives. En sus des nouveaux marchés de la télévision au niveau intérieur et international, des produits ont été distribués pour la diffusion dans les avions, sur cassettes vidéo destinées à la vente ou à la location aux particuliers, sur circuits de télévision fermée dans les hôtels et les appartements, par les satellites de diffusion directe et autres. Ce phénomène a eu une certaine influence sur les processus et les contenus - avec parfois de légères variations du contenu en fonction du marché, avec des versions plus longues ou la suppression de certaines scènes jugées inappropriées à une utilisation familiale.

Le rôle traditionnel des pouvoirs publics dans le secteur du cinéma a souvent consisté à censurer ou approuver des films, à encourager ou restreindre les sociétés locales de production ou l'importation de produits étrangers, à promouvoir l'industrie nationale du film et les contenus à consonance nationale, et parfois à financer directement les films. Ils tendent à être aujourd'hui moins directement impliqués, et certaines de leurs fonctions antérieures sont désormais déléguées à des organismes indépendants. Beaucoup de gouvernements ont mis en place une ou plusieurs commissions du cinéma - en particulier aux Etats-Unis, au Canada et en Australie - pour promouvoir l'utilisation de leurs sites, installations et main-d'œuvre de production par les sociétés de cinéma, qu'elles soient locales ou étrangères. Certains concèdent exonérations ou abattements fiscaux, d'autres peuvent assurer une partie du financement d'un film. Dans certains pays, tels que l'Afrique du Sud, l'industrie locale du film serait incapable de survivre sans investissement des sociétés de production étrangères(19). En outre, la mondialisation et les TIC ont facilité la «production délocalisée» de films dans d'autres pays - en particulier au Canada. Toutefois, les variations des taux de changes et autres facteurs entraînent souvent de nouveaux déplacements vers d'autres lieux, et il est dangereux pour une industrie nationale du film d'asseoir son avenir à long terme sur l'accueil de productions délocalisées.

De fait, un sous-comité spécial du Congrès, dans le cadre du Groupe de travail sur le secteur du spectacle, a été mis en place en juillet 1999 pour traiter la crise de la délocalisation de la production, en cherchant à élaborer des législations et à offrir des incitations économiques et des aides à l'emploi pour la production aux Etats-Unis de films de cinéma et de télévision(20).

Le gouvernement français a exprimé son désir d'une «exception culturelle» au principe du libre-échange en faisant spécifiquement référence au secteur du cinéma et a plaidé en faveur d'un équilibre entre les films français, américains et autres diffusés dans les salles de cinéma en France. Cette discussion sera probablement à l'ordre du jour des discussions de l'OMC concernant le projet d'accord général sur le commerce des services en l'an 2000 (voir chapitre 8).

En France, les producteurs de films enregistrés auprès du Centre national de la cinématographie (CNC) peuvent obtenir une subvention annuelle calculée sur un pourcentage des droits perçus par le CNC sur tous les films sortis en France dans l'année - et payable uniquement en réinvestissements dans de nouvelles productions ou en remboursement de dettes sur un film déjà produit(21).

Spectacles de scène

Les artistes de scène (acteurs, chanteurs, danseurs, artistes de variété, présentateurs, invités, marionnettistes, cascadeurs et autres) interprètent des visions artistiques exprimées par des scripts, compositions, mimes ou sketches, donnant ainsi corps à ces visions et leur apportant une nouvelle signification ou les laissant au contraire en sommeil. Ils travaillent aussi dans d'autres médias, spectacles radiodiffusés, publicités ou films pour la télévision par exemple. Toutefois, dans de nombreux pays, le secteur des arts de la scène reste le principal employeur d'interprètes et celui dans lequel ils peuvent espérer gagner l'essentiel de leur revenu - non parce que le travail y est mieux rémunéré que dans la radiodiffusion ou la production de films, mais simplement parce qu'il y a plus de possibilités de se produire sur scène(22).

Ces interprètes sont généralement indépendants et, de ce fait, travaillent au cours d'une même année pour plusieurs producteurs (agents, employeurs) et connaissent parfois des périodes d'inactivité. Ceux qui travaillent pour des séries télévisées programmées sur de longues périodes peuvent bénéficier de contrats à durée indéterminée, mais dans la plupart des pays occidentaux, ils conservent leur statut d'indépendant pour d'autres raisons légales.

Les artistes interprètes estiment parfois que l'enregistrement réduit la demande d'interprétations, mais l'enregistrement de spectacles de direct stimule souvent l'intérêt pour ce genre de spectacles. Au demeurant, il se trouvera toujours des publics pour préférer le direct - les enregistrements de studio ne peuvent tout simplement s'y mesurer, aussi bien pour les artistes que pour le public.

Dans de nombreux pays, les artistes interprètes ont un intérêt économique à long terme dans leur travail, dans la mesure où d'autres bénéficient de la valeur qu'ils ajoutent à une œuvre et parce qu'ils peuvent se concurrencer eux-mêmes. Cet intérêt économique peut revêtir la forme de paiements résiduels, de paiements répétitifs ou de paiements de royalties.

L'emploi des musiciens concerne davantage l'industrie de la musique et de l'enregistrement que l'industrie du cinéma et de la télévision. Cependant, même si les musiciens ont différents employeurs et sont représentés dans la plupart des pays par leurs syndicats respectifs, ils partagent de nombreuses positions d'autres interprètes sur les développements de nouveaux médias.

Jusqu'au 20e siècle, le travail des artistes interprètes était éphémère, ils ne se produisaient qu'en un lieu et en un moment, et les efforts d'organisation des artistes en syndicats ne s'étaient manifestés que dans quelques pays. Lorsque l'enregistrement des images et des sons est devenu disponible dans de nombreux endroits simultanément, le monde a changé et les artistes ont dû acquérir de nouvelles compétences pour réussir. Des spectacles complètement nouveaux ont fait leur apparition. Certains n'ont pas su faire la transition vers l'enregistrement, ou celles qui sont intervenues par la suite - du film muet au parlant, par exemple. Les médias enregistrés ont apporté de nouveaux défis pour les artistes et leurs interprètes. Certains syndicats représentant les artistes de scène ont considéré ces évolutions comme des menaces ou ont estimé que les nouveaux interprètes étaient moins compétents et n'ont pas cherché à représenter ces nouveaux secteurs, alors que d'autres ont élargi leur mandat pour les y inclure.

En règle générale, le spectacle de direct utilise relativement peu de TIC, à l'exception des instruments de musique utilisant l'informatique et des systèmes de changement de décors, d'éclairage et d'écrans géants (par exemple) affichant des vues rapprochées du spectacle ou des sous-titres des paroles d'un opéra à l'intérieur du théâtre. L'un des exemples frappants de la conjonction du divertissement de scène et des technologies de communication de l'information a été le concert Net Aid donné le 9 octobre 1999 à Londres, à Genève et à New York, et qui a été transmis par télévision et sur l'Internet. La performance directe sur scène était complétée par un élément interactif disponible sur ordinateur, permettant aux spectateurs de trouver par Internet de plus amples informations sur l'événement et les bénéficiaires des fonds collectés.

Partout dans le monde, les artistes interprètes ont un intérêt vital au développement de l'Internet. Dès les premiers pas du World Wide Web, les navigateurs sur Internet permettaient d'obtenir des copies numériques parfaites de différents programmes de radio et de télévision, bien que les programmes audiovisuels complets restent rares. La plupart des grands producteurs et diffuseurs exploitent des sites web, essentiellement à des fins promotionnelles et pour la vente de marchandises liées à leurs productions. Mais il est également possible de télécharger des bandes-annonces et échantillons de leurs derniers enregistrements musicaux. Certains producteurs indépendants de films utilisent l'Internet pour distribuer leurs derniers courts-métrages. Les technologies MP3 pourraient bientôt permettre à l'Internet de servir de système de distribution viable pour les dernières œuvres musicales, contournant ainsi les distributeurs traditionnels de musique et les boutiques de disques, bien qu'un développement similaire pour les documents audiovisuels ne soit pas envisageable à l'heure actuelle compte tenu des volumes de données nécessaires beaucoup plus importants.

Les artistes interprètes ont des intérêts dans les deux aspects des nouveaux médias - nouvelles méthodes de distribution et nouveaux produits créatifs. Les programmes existants dans lesquels les artistes apparaissent trouvent une seconde vie dans ces développements, et les producteurs/développeurs disposent de nouveaux circuits pour distribuer les œuvres. Les artistes sont appelés pour jouer, chanter, raconter et de façon générale interpréter dans des productions créées spécifiquement pour ces nouveaux formats et marchés émergents.

En ce qui concerne les musiciens, le développement de systèmes informatiques utilisés lors de spectacles en direct et de sessions d'enregistrement ont réduit la demande d'exécutants de scène et de répétitions, nivelé les compétences musicales exigées pour interpréter des œuvres, et ont eu une influence négative sur le statut professionnel des musiciens. Mais ce développement a aussi un aspect positif; il a en effet également permis toute une série d'innovations musicales, et il est probable que de nombreux artistes élargissent leurs possibilités d'emploi en adoptant les nouveaux équipements informatiques ou en s'y adaptant. Les techniques d'enregistrement numérique ont beaucoup amélioré la qualité sonore des enregistrements des musiciens de direct, en studio comme en salle de concert, ce qui peut générer des suppléments de revenus pour les artistes et sociétés de musique qui vendent ces enregistrements de direct.

La musique jamaïcaine a connu un énorme succès international - et a constitué une grande réussite pour les sociétés de disques britanniques, américaines et autres, plus que pour le pays d'origine de cette musique. On peut probablement en attribuer l'origine au fait que les processus de fabrication jamaïcains sont pour l'essentiel restés confinés aux enregistrements de disques vinyle (et de cassettes dans une moindre mesure) alors que le CD a depuis longtemps acquis une position dominante sur les marchés mondiaux(23). Les sociétés et studios d'enregistrement jamaïcains ne peuvent concurrencer efficacement leurs contreparties multinationales en termes de technologie, de réseaux de distribution, de puissance industrielle, de redevances pour les musiciens, de marketing ou autres facteurs.

Les gains déclarés par les artistes ont généralement davantage progressé sur la décennie que les augmentations d'honoraires obtenues par la négociation collective; de 1988 à 1998, les rémunérations dans les médias enregistrés ont progressé de 54,4 pour cent aux Etats-Unis (SAG, Guilde des acteurs de cinéma) et de 119,5 pour cent au Canada (ACTRA, Alliance des artistes canadiens de cinéma, de télévision et de radio). Il est important de remarquer que ces chiffres se basent sur les cotisations versées aux programmes de retraites et de couverture maladie administrés par les syndicats. De ce fait, il n'est pas tenu compte de certains montants perçus par les artistes. En ce qui concerne la SAG, il existe pour un film donné un plafond de gains donnant lieu à cotisations, ce qui exclut certains paiements substantiels versés aux principaux acteurs. Cela conduit en général à une sous-estimation des sommes finales versées, puisque ce plafond sera dépassé par les paiements initiaux effectués à ces stars - si elles reçoivent des honoraires résiduels, ces montants ne donnent lieu à aucune contribution à des plans de retraite et de couverture maladie.

S'il y a eu progression des honoraires initiaux de production et des honoraires résiduels, ces derniers ont progressé plus vite, ce qui signifie que les artistes reçoivent relativement plus lors de la circulation et de la réutilisation de leurs œuvres suscitées par l'explosion de la demande de diffusion. La SAG a négocié sa première formule d'honoraires résiduels en 1960 en exigeant des rémunérations pour les films de théâtre diffusés à la télévision. Depuis 1991, elle a collecté des données sur les gains qui séparent les rémunérations versées pour l'enregistrement initial - y compris les utilisations initiales de l'œuvre (honoraires de session) - des paiements d'utilisations supplémentaires (honoraires résiduels), comme l'indique le tableau 2.1. Les autres syndicats n'ont pas de données équivalentes, pour différentes raisons - certains n'ont pas de données sur les gains de leurs membres, ou bien aucune information hormis les honoraires minima prévus dans les contrats; d'autres ne font pas la différence entre les honoraires d'origine et les honoraires résiduels.

Tableau 2.1. Revenu des productions de théâtre et de télévision, Etats-Unis, 1991-1998 - Guilde des acteurs de cinéma (en milliers de dollars des Etats-Unis)
 


1991

1998

Progression (%)


Honoraires de session

485 303

701 606

44,6

Honoraires résiduels

171 642

264 748

54,2

Source: Site web de la SAG, à l'adresse http://www.sag.org, consulté le 25 août 1999.


L'accord sur les productions indépendantes de l'ACTRA prévoit un avantage pour les producteurs qui paient des avances sur les droits d'utilisation au moment de la production. Les honoraires pour chaque marché sont plus faibles que si le producteur décide plus tard d'exploiter l'œuvre sur ce marché particulier. En conséquence, les honoraires perçus par l'interprète au moment de la production constituent un mélange d'honoraires de session et d'honoraires d'utilisation. Un représentant de l'Association des acteurs britanniques a indiqué que la rémunération des membres de l'association suit des tendances similaires à celles de l'ACTRA ou de la SAG. En Australie, l'Alliance des arts des médias et du spectacle note que les revenus de ses membres n'ont pas connu une telle progression sur la décennie, du fait de la suppression d'un crédit d'impôt préférentiel qui a généré des niveaux de production record dans les années quatre-vingt, et du fait de la déréglementation des règles sur les contenus pour la production de publicités. Toutefois, dans ces quatre pays, les honoraires résiduels sont un élément important de la négociation collective.

En Amérique du Nord, le paiement pour utilisation sur des marchés supplémentaires fait intervenir en général des royalties ou une part des recettes du producteur, divisée entre les acteurs concernés, ceci parce que les marchés sont immatures et que le potentiel économique reste flou. Les principaux contrats stipulent que 3,6 pour cent des revenus bruts du distributeur reviennent aux interprètes et sont répartis entre tous les interprètes classés dans des catégories résiduelles sur la base d'une formule qui tient compte du temps effectivement passé à travailler sur la production et des honoraires initiaux perçus, avec un maximum qui évite qu'un ou deux acteurs ne perçoivent la majeure partie des royalties.

Les interprètes apportent une contribution supplémentaire aux films et programmes télévisés existants pour leur sortie sous divers formats, par l'ajout de développements, de doublages, de variantes de fins ou de nouveaux dialogues. Lorsque les producteurs filment des scènes ou séquences supplémentaires au moment de la production, afin de permettre l'ajout ultérieur de composants interactifs, il en résulte un supplément de travail pour les interprètes. Toutefois, l'utilisation de films et programmes de télévision existants pour la distribution interactive reste plus de l'ordre de l'essai, et il n'y a pas eu d'impact significatif sur les revenus des interprètes.

Les problèmes pour les interprètes dans les œuvres multimédias
et autres nouveaux médias

L'un des segments les plus mûrs de la production de nouveaux médias qui utilise des interprètes est celui de la production de séquences d'action pour les jeux informatiques ou vidéo. La quasi-totalité des syndicats d'acteurs dans les pays industrialisés a une expérience de ce secteur. Si l'on ne dispose pas de chiffres certains, les témoignages recueillis montrent que cette production a engendré de nouvelles opportunités pour les cascadeurs dans le monde, et qu'elle revêt une importance croissante au Japon, bien qu'elle reste dans la majorité des cas un fait relativement isolé. En 1993, la Guilde des acteurs de cinéma (SAG) a négocié avec succès une nouvelle convention collective pour les productions interactives aux Etats-Unis, accord qui couvre les séquences d'action des jeux vidéo, la production pour édition directe sur CD-ROM et autres. Les revenus perçus dans le cadre de cet accord étaient d'environ 1 million de dollars des Etats-Unis en 1998, soit moins de 0,06 pour cent du total de 1,57 milliard de dollars des Etats-Unis de revenus déclarés sous juridiction de la SAG.

La télévision numérique va nécessiter de nouvelles productions, mais cela aura un impact direct faible sur l'interprète dans la mesure où son rôle fondamental ne change pas et où cette production va pour l'essentiel remplacer les technologies traditionnelles telles que la bande vidéo. Il y aura davantage de travail pour filmer les scènes dans des productions totalement interactives, dont les scripts peuvent être cinq fois plus longs que ceux d'un film de cinéma ou de télévision type; toutefois, ce supplément sera compensé par un recours accru à des images et séquences générées par informatique. Des différences et nuances peuvent exister lorsque les droits des interprètes sont fixés par la loi plutôt que par des droits contractuels, et entre des droits contractuels accordés ou stipulés par la loi et ceux qui sont purement volontaires. Dans la production de nouveaux médias, les intérêts des interprètes et des producteurs peuvent diverger de façon importante, à la différence des anciens supports, ceci dans la mesure où les producteurs disposent d'un contrôle important sur le processus. En général, les droits accordés par la loi améliorent la situation des interprètes, bien que cela ne soit pas toujours vrai. Lorsque la négociation collective se fait d'après les termes du droit du travail du pays, les autorités de tutelle peuvent certifier les syndicats d'interprètes comme représentants et exiger des négociations.

En dépit du manque d'expérience concrète significative des syndicats d'interprètes dans les productions de nouveaux médias, il est possible de faire plusieurs observations générales:

a) Les développeurs dans les nouveaux médias ont souvent des budgets limités par comparaison aux moyens métrages ou dramatiques télévisées de durée plus réduite. Ils travaillent sur des marchés instables et incertains, dont la distribution se fait par l'intermédiaire des librairies, des disquaires ou des boutiques d'informatique ou de jeux vidéo. Beaucoup ont peu ou pas d'expérience des syndicats professionnels et interviennent dans un secteur dont les pratiques en matière de droit du travail sont en général médiocres. On n'y trouve pas d'expérience du concept de droits économiques réguliers. Même lorsqu'une grande multinationale est en fin de compte responsable de la distribution, il y a des chances que le développement de l'œuvre et l'embauche des interprètes soient confiés à une petite entreprise. On ne sait pas toujours très bien quelles associations représentent les intérêts des développeurs de nouveaux médias. Certains développeurs ont des liens avec les sociétés traditionnelles de cinéma, de télévision et d'édition, dont les associations peuvent représenter leurs intérêts, et les représentent, y compris dans la négociation collective. Dans la plupart des pays, des associations professionnelles représentant les développeurs de nouveaux médias commencent à émerger à mesure que le secteur lui-même croît en taille, ce qui pose des problèmes nouveaux aux syndicats.

La plupart des syndicats d'interprètes constatent que les développeurs demandent des honoraires réduits pour l'œuvre originale et cherchent à obtenir tous les droits à perpétuité pour tous les marchés potentiels. L'accord sur les médias interactifs de la SAG prévoit une clause de «rachat» pour toutes les utilisations en cours. L'ACTRA a négocié des arrangements pour plusieurs projets, qui prévoient 30 années de droits d'utilisation sur les formats CD-ROM et DVD. Si ces positions ont un sens pour les développeurs aux budgets relativement faibles et dont les circuits de distribution sont incertains, les syndicats se sont souvent battus âprement pour faire échouer ailleurs ces concepts.

b) Tous les syndicats représentant les interprètes dans les médias enregistrés essaient de les couvrir dans les nouveaux médias. Les membres plus anciens de ces syndicats possèdent l'expertise nécessaire aux développeurs de nouveaux médias, et les conventions collectives couvrent les situations créées par la réalisation d'œuvres sur les nouveaux médias. Des développeurs ont demandé les services d'interprètes professionnels au moment de débuter leurs productions, et la plupart des syndicats ont réussi à faire reconnaître leur compétence. Toutefois, à mesure que ce secteur mûrit, la compétence des syndicats et l'applicabilité des conventions à ces œuvres risquent d'être remis en cause. La situation dans ce domaine varie selon les pays; l'issue sera déterminée par les lois locales, la force relative des syndicats et des employeurs et d'autres facteurs. Il reste que si la loi dispose qu'une personne ne peut en filmer une autre sans son consentement ou prévoit une procédure pour la reconnaissance de la compétence dans un pays ayant une forte tradition d'organisation syndicale, la tâche des syndicats en sera rendue d'autant plus aisée.

c) Le manque de succès des développeurs de nouveaux médias à créer des applications pour les marchés de masse peut s'expliquer en partie par des inadéquations de la technologie, mais aussi par leur incapacité à intégrer le concept que l'interactivité puisse nécessiter de nouvelles techniques de déroulement du récit. Le récit linéaire traditionnel avec un début, une partie intermédiaire et une fin pourrait devoir être remplacé par un processus plus dynamique permettant aux consommateurs de modeler leur propre récit individuel à partir des options présentées. Déjà, les scripts des productions interactives peuvent s'avérer beaucoup plus longs que ceux de productions traditionnelles équivalentes. Les scénaristes doivent acquérir de nouvelles techniques et peut-être adopter de nouvelles façons de penser. Les directeurs et autres membres des équipes de production créatives peuvent aussi devoir adopter de nouvelles méthodes.

Plusieurs sociétés produisent aujourd'hui des matériels directement pour l'Internet. Une société canadienne développe ce qu'elle appelle une «sit.com», série de 13 épisodes dans laquelle les spectateurs vont pouvoir participer en cliquant sur différents boutons d'options. Le spectateur peut par exemple savoir ce que pense l'un des personnages et comparer ses pensées à ses paroles. Des projets sont en cours dans de nombreux pays pour produire des programmes de télévision spécifiques pour la diffusion sur le web.

Certaines catégories d'interprètes seront affectées par ces changements, entre autres les marionnettistes, les cascadeurs et autres acteurs. Les nouvelles techniques numériques de production peuvent exiger plus de sensibilité dans les mouvements physiques pour la saisie de mouvements, par exemple. Toutefois, le travail de l'acteur a toujours été de convaincre le spectateur qu'il est quelqu'un qu'il n'est pas, ou que la situation fictive est réelle. Les acteurs doivent interpréter leurs rôles dans différentes combinaisons, en travaillant avec une autre personne ou seuls, ou en prétendant se trouver dans une situation dangereuse alors qu'ils sont en studio. Les acteurs dans Jurassic Park contemplent avec effroi un champ vide sur lequel les dinosaures ont été ajoutés plus tard par informatique, cependant que ceux du Titanic ne se sont jamais trouvés sur un navire en train de couler. Tous ont pourtant fait croire aux spectateurs que tel était bien le cas. Tout cela n'est guère différent de la production sur fond bleu d'une scène en studio, comme on le fait pour de nombreux projets interactifs. Ces compétences continueront à être nécessaires, quelle que soit la façon dont la production est assemblée ou l'implication de l'ordinateur.

d) A plus long terme, le travail de l'acteur pourra aussi être modifié par les nouvelles technologies. Nous avons déjà vu le passage aux effets spéciaux numériques et aux cascades numériques. Les techniques d'animation s'améliorent et rendent ces productions de plus en plus réalistes. On a vu des productions impliquant des interprètes physiquement séparés dans le temps ou par la géographie, et des exemples de modifications importantes du jeu des acteurs. Ainsi, John Goodman, qui est droitier, devenait gaucher dans The Babe, et une seconde tribune a été ajoutée à un petit stade, 1 000 figurants devenant ainsi 20 000 spectateurs; Paula Abdul a dansé avec Gene Kelly dans une publicité, bien qu'ils ne se soient jamais rencontrés; Natalie Cole a chanté avec son père disparu Nat King Cole dans des spectacles enregistrés à des décennies d'écart; The Crow, dans lequel joue le maître en arts martiaux Brandon Lee, a été achevé après sa mort survenue entre-temps, grâce à la superposition de séquences où il apparaît sur des scènes enregistrées après son décès; le film Titanic a fait appel à des centaines de figurants numériques pour recréer l'atmosphère nécessaire.

La synthèse vocale émerge comme système de remplacement possible pour l'artiste vocal, et la technique de la saisie de mouvements peut commencer à remplacer les danseurs. La prochaine génération, qui sera bientôt parmi nous, sera la création de scènes et de stars entièrement générées par ordinateurs, que l'on appelle «synthespiens» ou acteurs virtuels (vactors).

Une nouvelle société installée à Hollywood a l'intention de recréer de façon numérique des acteurs célèbres. En août 1999, Marlène Dietrich a fait ses débuts numériques dans une courte publicité pour un studio, qui a produit toute une série de stars qu'il a l'intention de ramener à la vie à l'aide d'un procédé électronique qui suit les expressions du visage et d'une technique d'animation tridimensionnelle déjà exploitable. Cette société filmera des acteurs de corpulence comparable puis manipulera l'apparence de la personnalité avec jusqu'à 5 000 mesures par image, et devrait pouvoir produire des scènes avant trois ans et des longs métrages pour l'année suivante, en travaillant sur la base de contrats signés avec la famille du disparu. Mais ces procédés soulèvent des questions légales et éthiques fondamentales. Si l'on peut ramener à la vie des acteurs ayant eu des carrières confirmées pour les faire apparaître dans des œuvres totalement nouvelles, cela ne risque-t-il pas d'augmenter les difficultés pour la prochaine génération d'interprètes? Quelle est la situation juridique pour la société et ses acteurs sous contrat? Les récentes affaires juridiques traitées aux Etats-Unis semblent montrer que les détenteurs de droits d'auteurs d'œuvres dérivées créées de façon numérique à partir de versions numérisées de scènes enregistrées dans lesquelles un interprète accepte d'apparaître ont des droits supérieurs à ceux de l'interprète dans l'œuvre initiale.

Les artistes en arts martiaux et danseurs qui ont accepté d'exécuter des mouvements scénographiés pour la vidéo ont été utilisés pour développer les jeux vidéo Mortal Kombat, qui ont connu une grande réussite. Les développeurs ont utilisé des versions numériques des mouvements et images, les ont modifiées en changeant leurs caractéristiques faciales, et les ont combinées de nouvelle façon. Les tribunaux ont estimé que l'altération numérique des mouvements et des images créait des œuvres dérivées, protégées par droit d'auteur, qui anticipaient le droit publicitaire des interprètes. Ces derniers devront sans doute chercher une protection dans la disposition de la SAG régissant la réutilisation des photographies ou documents sonores, en plaidant que les manipulations numériques de leurs images et de leurs interprétations ne peuvent pas être utilisées sans négociation ou dédommagements séparés. Toutefois, les tribunaux ont jugé que les studios pouvaient créer de nouveaux produits numériques à partir de films sous droit d'auteur sans violer la Clause de réutilisation de l'Accord SAG, dans la mesure où, dans le cas particulier en question, les caractéristiques physiques de l'interprète ne constituaient que la base de création d'un nouveau matériau(24).

La situation pour les interprètes des pays disposant d'un arsenal complet de dispositions de protection du droit d'auteur peut s'avérer un peu meilleure. Beaucoup des mêmes principes peuvent s'y appliquer et la même question peut se poser - s'agit-il de la réutilisation d'une œuvre protégée par droit d'auteur ou d'une œuvre originale? Dans tous les cas, les interprétations ne sont protégées que pendant 50 ou 75 ans, après quoi l'œuvre passe dans le domaine public et est à la disposition de tous ceux qui désirent l'utiliser de façon nouvelle ou la manipuler d'une façon non prévue par l'interprète d'origine.

L'interprétation en direct est une composante indispensable et fondamentale des arts, qui bénéficie traditionnellement de financements et subventions publics importants dans la plupart des pays. De fait, nombre de pays disposaient auparavant de théâtres, opéras, ballets et autres compagnies de représentation financées par l'Etat, mais nombre de ces institutions ont été réduites, privatisées ou arrêtées. De façon générale, au cours des 20 dernières années, on a constaté une diminution des subventions aux arts, et les spectacles de direct ont été l'une des grandes victimes du déclin du financement public des arts(25). Toutefois, des actions de promotion des arts de la scène sont prévues par le dialogue social au niveau de l'Union européenne (voir chapitre 9). Selon une étude sur l'Afrique, l'Asie et l'Amérique latine réalisée par la Fédération internationale des musiciens, de nouvelles lois ont été adoptées pour promouvoir la culture au Brésil, et des financements publics accrus ont été mis en place pour la formation musicale, les spectacles de direct et les concerts locaux aux Philippines; mais, dans de nombreux autres pays, peu de choses ont été faites pour promouvoir les spectacles de direct(26).

Les possibilités offertes par l'Internet pour la promotion de spectacles de direct, y compris la vente de tickets ou la réservation de places en lignes, montrent que de nombreuses institutions de théâtre et de concert ne peuvent se permettre de ne pas adopter ces nouvelles technologies. Une dissémination plus large des enregistrements de théâtre, de concert, spectacles de danse et autres par la télévision et l'Internet peut susciter un regain d'intérêt du public voulant assister à l'«événement en direct».

Un projet mené dans différents pays européens a consisté à étudier comment les acteurs, les musiciens et autres interprètes pouvaient travailler dans les hôpitaux, les prisons, associations artistiques communautaires, lieux de travail ou écoles, au lieu de rester inactifs entre leurs périodes sous contrat, afin de divertir les patients, les étudiants et autres populations, tout en acquérant en même temps de nouvelles compétences et en élargissant leurs possibilités de trouver des emplois. Les interprètes ont rarement la possibilité d'être employés de façon régulière, mais ils possèdent des savoirs qui pourraient leur permettre de compléter leurs revenus et d'acquérir d'autres compétences, par exemple en assurant des formations dans les secteurs de la santé et de l'éducation sur les problèmes de la drogue, ou en transmettant un apprentissage de la vie à de jeunes délinquants(27).

Médias (journalistes de journaux et de magazines)

La production numérique et les flux de travail électronique sont aujourd'hui monnaie courante dans les salles de rédaction. Si les journaux disposent de systèmes de gestion des contenus, les télévisions et radios disposent de systèmes électroniques de production des informations. Ces systèmes sont alimentés en matériel numérique par des fournisseurs de contenus - journalistes, opérateurs de prises de vues, photographes, illustrateurs - qui, à leur tour, sont de plus en plus alimentés par des services en ligne: agences de presse, banques de données, banques d'images et Internet.

Pour les médias, le développement le plus important et le plus profond des technologies de communication de l'information a été la croissance de l'Internet, qui a révolutionné les processus de collecte de l'actualité et des informations, de publication et de distribution, ainsi que les produits, services et façons de travailler. Ces dernières années, l'Internet est devenu un support à part entière important. Les journaux, magazines et éditeurs ont beaucoup appris sur Internet à partir de leur propre expérience et de l'étude de l'activité de concurrents localement et dans le monde entier. L'Internet doit être traité comme un médium entièrement nouveau, et les journaux ne pourront accomplir tout ce qu'ils peuvent s'ils se contentent de penser l'Internet comme un journal en ligne(28).

Les éditeurs exploitent activement les opportunités offertes par l'Internet en proposant différents produits et services nouveaux, qui ne sont plus simplement des versions en ligne de leurs produits imprimés. Ainsi, certains journaux publient leurs annonces classées uniquement sur le web, cependant que d'autres se concentrent sur des publications dans les technologies de l'information ciblées sur des audiences spécialisées(29). Le secteur des journaux a longtemps été le seul bénéficiaire des revenus des annonces classées, qui représente des milliards de dollars rien qu'aux Etats-Unis, mais ces revenus sont rapidement transférés vers l'Internet, et les sociétés de médias ont dû agir rapidement pour ne pas se laisser distancer(30).

Les entreprises travaillant dans l'impression sont appelées à connaître un recul de leurs activités, malgré l'impulsion que les nouveaux médias peuvent donner à la vente de produits imprimés. Pour certaines, comme les journaux locaux qui dépendent fortement des petites annonces ou les imprimeurs fabriquant des ouvrages de référence qui tendent aujourd'hui à être présentés sous des formats électroniques beaucoup plus conviviaux et facilement consultables, l'avenir paraît bien gris(31).

Pour les journalistes en général, et en particulier les indépendants et employés de petites publications, la technologie a changé la façon de travailler. La plupart des changements sont positifs, bien que la technologie ait parfois des effets secondaires indésirables. Elle peut ainsi accroître la pression pesant sur le journaliste par le relèvement des exigences qui lui sont imposées et conduire à une «surcharge d'information». L'ordinateur personnel d'abord, puis le modem, puis l'Internet ont accéléré le processus d'écriture et d'enregistrement des articles. Quand l'ordinateur personnel a remplacé la machine à écrire, il a éliminé les fastidieuses étapes de correction sur épreuves papier et de frappe multiple. De nombreux créateurs et certains journalistes s'en plaignent, estimant que l'obligation de frapper deux ou plusieurs avant-projets les aidait à parfaire leur prose. D'autres affirment que le traitement de texte facilite grandement les changements et corrections, ce qui invite les rédacteurs à polir davantage encore leurs textes plutôt que l'inverse. Le temps économisé constitue sans doute un avantage considérable, même si certains reporters estiment que la seconde lecture à froid lors de la deuxième frappe d'un brouillon mal rédigé pouvait parfois produire de meilleurs résultats qu'une correction rapide d'un texte à l'écran.

Pour les indépendants, le traitement de texte se traduit par une plus grande productivité. Le temps passé jadis à retaper une copie au propre peut désormais être consacré au prochain article. S'il y a du travail, cela peut procurer un surcroît de revenus, mais il faut de l'argent pour acheter l'ordinateur et des équipements qui sont de plus en plus indispensables. Pour les écoles de rédaction et de journalisme(32), le coût de ces équipements constitue un problème, qui devient critique dans les pays en développement.

Même si la technologie a introduit des coûts supplémentaires, elle a apporté en retour certains avantages. Les ordinateurs portables permettent à des journalistes se trouvant loin de leurs bureaux de remettre leurs articles de façon rapide, simple et fiable à l'aide d'un modem, plutôt qu'en les dictant à une dactylo d'un bureau de rédaction. La possibilité de remettre des articles - et de communiquer avec les éditeurs - de façon électronique fait gagner du temps à la plupart des journalistes, en particulier les indépendants, qui livraient souvent jadis leurs travaux finis en main propre. Ils peuvent désormais travailler facilement pour des publications situées loin de chez eux, sans avoir à se soucier des temps et coûts induits par la livraison du travail terminé. Toutefois, l'impact des ordinateurs et modems est déjà une chose du passé pour la plupart des reporters et éditeurs d'aujourd'hui. C'est désormais le potentiel de l'Internet qui retient l'attention. Si le traitement de texte et le courrier électronique ont accéléré et simplifié la rédaction et la correction, la promesse de l'Internet repose pour l'essentiel sur la collecte anticipée d'informations qu'il permet; bien utilisé, il peut faire beaucoup pour démanteler une sorte de système de castes journalistiques, qui voyait les employés de rédaction de journaux de taille moyenne ou importante disposer d'avantages substantiels refusés à leurs collègues travaillant pour des journaux plus modestes ou des périodiques spécialisés ainsi qu'aux indépendants. Les agences de communiqués de presse en sont un bon exemple: elles opèrent pour l'essentiel comme des serveurs de véritables dépêches d'agence, à la différence qu'au lieu d'articles rédigés par des journalistes, elles diffusent des communiqués de presse préparés par des entreprises, des organisations gouvernementales et autres organismes tels que syndicats. Bien qu'intéressées et partiales, ces agences constituent cependant une source importante d'informations. Naguère encore, seuls les grands journaux avaient accès aux agences de communiqués de presse, ces nouvelles étant diffusées de la même façon que des communiqués de presse - à l'aide de machines dédiées ou «datafeeds». Les agences installaient ces serveurs gratuitement chez les grands journaux, mais ni les petites publications ni les indépendants n'y avaient accès, quel que soit le prix, dans la mesure où les agences n'estimaient pas rentable de leur offrir ce service. Puis vint l'Internet. Les communiqués de presse paraissent sur des sites web accessibles à tous ou qui, dans certains cas tels que le Newswire américain ou le NEWSdesk britannique, exigent des journalistes qu'ils soient accrédités et prouvent leur affiliation à un titre légitime - qui, toutefois, n'a pas nécessairement à être un quotidien important. D'un seul coup, les magazines, publications professionnelles, les petits services d'information en ligne ont accès à des informations qu'ils ne pouvaient obtenir auparavant ou qu'ils devaient demander par d'autres circuits, souvent par courrier postal de surface, personne n'étant prêt à financer des méthodes plus rapides. Dans le même temps, les sites web mis en place par les entreprises, ministères et agences officielles, groupes d'intérêts publics et même tribunaux fournissent des informations utiles que les journalistes peuvent obtenir rapidement sur leurs bureaux.

Le désavantage potentiel est que cette masse d'informations facilement accessible mais souvent biaisée et intéressée devient un substitut au reportage indépendant. Les journalistes et rédacteurs doivent rester vigilants, mais les communiqués de presse sont une réalité, et la possibilité de se les procurer rapidement et de façon commode quand cela est nécessaire devrait laisser un peu plus de temps au reportage authentique(33).

D'autres technologies contribuent également à offrir un accès plus large. Par exemple, il est de plus en plus courant pour les entreprises d'organiser des conférences téléphoniques avec leurs reporters pour discuter des résultats financiers, des annonces de produits, fusions et acquisitions et autres. Certaines sociétés, surtout dans le secteur de la haute technologie, utilisent le web à ces fins, et diffusent un document vidéo qui vient étayer le support audio. Les reporters qui devaient jadis choisir entre le déplacement vers un site distant pour couvrir un événement ou recourir à l'appel téléphonique - probablement à des personnes situées à un niveau relativement bas de l'organisation - peuvent désormais écouter la direction générale de l'entreprise et lui poser des questions sans quitter leur bureau. Les conférences audio et vidéo peuvent se substituer aux réunions en face à face, dans le journalisme comme ailleurs; ces alternatives permettent aux journalistes d'atténuer les contraintes de délais auxquelles ils sont confrontés, et ouvrent aux indépendants et à tous ceux qui travaillent pour de plus petites publications des possibilités jadis réservées à ceux dont les employeurs prenaient en charge les frais de déplacement. Auparavant, pour beaucoup de publications, investir du temps et de l'argent dans l'envoi d'un reporter à distance devait nécessairement conduire à la production d'un article afin de justifier le déplacement. La possibilité de couvrir plus d'événements en moins de temps et à un coût plus faible peut aider à porter des jugements plus équilibrés - il vaut mieux perdre du temps sur une conférence téléphonique sans intérêt que de passer par profits et pertes un déplacement de deux jours avec frais de voyage et d'hôtel.

Chez News International, au Royaume-Uni, tous les journalistes des quatre titres de journaux ont depuis 1998 accès à l'Internet depuis leur bureau. Les services offerts incluent non seulement le web et le courrier électronique, mais aussi un intranet au sein de l'entreprise, avec accès à des bibliothèques pour chaque titre du groupe et aux archives d'autres journaux avec lesquels le groupe a conclu des contrats bilatéraux, et d'autres bases de données commerciales telles que FT Profile. De même, tous les employés des groupes Guardian Newspapers et Associated Newspapers disposent de ce type d'accès. Au Daily Telegraph, qui utilise encore le système Atex, il y avait huit ou neuf terminaux Internet dans la salle de rédaction à la mi-1999, chacun offrant un accès à environ sept journalistes, mais il était prévu d'offrir à tous les journalistes des services sur leurs propres bureaux dans un délai d'une à deux années.

A la BBC, premier employeur de journalistes du Royaume-Uni avec plus de 2 000 employés, la quasi-totalité des journalistes disposent d'un accès aux services en ligne depuis leur bureau et qui regroupent, outre la base de données interne de l'entreprise, des serveurs de dépêches, le web et le courrier électronique. En 1997, la BBC a également introduit le Système électronique de production d'informations, que d'autres diffuseurs semblent adopter et qui permet aux journalistes de tout faire à l'écran, y compris l'édition audio et vidéo.

S'il est impossible d'obtenir des informations de chaque employeur de journalistes en Europe, on peut probablement affirmer avec certitude que les salles de rédaction dans la majeure partie de l'Europe occidentale sont désormais totalement en ligne, et qu'elles sont passées depuis 1997 d'un accès nettement insuffisant pour la plupart des journalistes à un accès partiel puis à un accès quasi total - tout du moins pour les principales d'entre elles. Toutefois, cela est loin d'être vrai pour les journaux des pays en développement. Comme on peut s'y attendre, l'utilisation de l'Internet dans les médias des pays industrialisés est aujourd'hui quasiment universelle. Si certains spécialistes, comme les journalistes du show-business, utilisent l'Internet depuis quelque temps déjà, cela est désormais vrai pour quasiment tous les journalistes. Les commentaires ci-après, émanant de journalistes, confirment ce point: «l'utilisation de l'Internet en particulier est aujourd'hui extrêmement importante pour les journalistes pour l'obtention d'informations». On commence à constater qu'à côté des liens web mentionnés dans les articles du Times, les reporters donnent également leur adresse e-mail à la fin de l'article. Le web offre essentiellement des informations de contexte, mais parfois des éditoriaux. Le courrier électronique est beaucoup utilisé pour atteindre et communiquer avec des contacts, et moins pour la conduite effective des entretiens (Judith Dunn, directrice des services éditoriaux, News International)(34). «La plupart des journalistes de copie, et certainement tous les collaborateurs de nos bureaux, utilisent le Net pour leurs recherches, qu'il s'agisse simplement de vérifier l'éditeur d'un ouvrage, de retrouver un numéro de téléphone ou d'effectuer des recherches pour un article. Je dirais qu'environ la moitié ou les trois-quarts de nos rédacteurs travaillent désormais par e-mail, ce qui nous facilite beaucoup les choses et nous permet de reculer un peu nos délais de bouclage. Nous utilisons également beaucoup le Net pour trouver des photographies (Ian Katz, journaliste, The Guardian, Londres)(35).» L'Internet permet aux journalistes d'effectuer des recherches à l'aide du web. L'agence Associated utilise des technologies de navigation pour aider les journalistes, en donnant aux rédacteurs et secrétaires de rédaction l'accès à des bibliothèques de photos électroniques ou d'articles (Martin Dunn, rédacteur en chef, Associated New Media)(36). «J'utilise encore les sources traditionnelles mais la journée débute aujourd'hui en ligne avec la consultation d'articles sur des sites du Net tels que Slashdot, Technet, Wired et Newsnow. Ma boîte aux lettres électronique est toujours pleine de communiqués de presse et de notes et réponses des lecteurs (Chris Nuttall, journaliste à la BBC)(37)

Un récent rapport(38) du Réseau mondial de communications financières (GFC Net) a confirmé que l'utilisation des TIC par les journalistes économiques et financiers progresse rapidement. Fondé sur une étude conduite en Europe, à Hong-kong (Chine), au Japon et aux Etats-Unis, il indique que tous les journalistes utilisent Internet - au moins une fois par jour à des fins de recherche par 80 pour cent d'entre eux - et que 80 pour cent font publier leurs travaux sur Internet ainsi que sur des publications hors ligne. Selon un des directeurs d'un membre du GFC: «Les recherches effectuées montrent que l'Internet a déjà un effet significatif sur la façon dont les journalistes travaillent, et cette tendance semble devoir s'accélérer. A mesure que la concurrence se développe entre titres médias, les journalistes qui ne s'y sont pas encore confrontés vont se trouver de plus en plus pressés de le faire afin de garder une longueur d'avance sur leurs rivaux dans l'obtention des informations.»

Un autre impact des TIC sur les journalistes est que, depuis vingt ans, la technologie a été l'un des sujets les plus populaires pour l'édition. Les magazines consacrés à l'informatique et aux télécommunications ont proliféré. Les quotidiens et magazines professionnels et grand public ont renforcé leur couverture de la technologie. Les journalistes qui avaient acquis une certaine connaissance du sujet ont pu profiter d'une riche veine d'opportunités professionnelles et de travail en indépendant. La seule préoccupation est de savoir si cette vague de prospérité, qui a déjà passé son point culminant, va progressivement disparaître à mesure que l'informatique se banalise tellement qu'elle n'a plus d'intérêt. Certains estiment que tout le battage technologique va bientôt disparaître(39).

Les journalistes indépendants peuvent éviter certaines des incertitudes générées par une industrie en transition en intervenant dans les deux mondes et en réalisant un mélange de travail pour des médias traditionnels et pour de nouveaux médias. A condition d'être ouvert au changement pour tirer parti de cette possibilité, l'arrivée de médias en ligne offre de nouvelles opportunités; mais des marchés anciens déclineront inévitablement, et les indépendants, comme la plupart des travailleurs de l'économie moderne, doivent apprendre à être adaptables.

Le monopole que les médias institutionnels traditionnels (journaux, radiodiffuseurs, services de presse et autres) exercent sur la dissémination de l'information a été rapidement érodé par les réseaux numériques, non seulement parce que presque tous ceux qui ont accès à un ordinateur peuvent se transformer en reporters ou éditeurs, mais aussi parce que ces médias institutionnels doivent établir un dialogue avec leur public. Cette perte d'exclusivité sur l'actualité et cet affaiblissement du rôle des médias en tant qu'arbitre de l'information a commencé dans les années quatre-vingt-dix, et le prochain millénaire va apporter d'autres changements aux fonctions professionnelles et sociales du journaliste. «Nombreux sont ceux dans l'industrie qui n'ont pas encore saisi l'importance des changements que l'ère numérique induit… Les journalistes ont besoin de nouveaux outils, et nous devons comprendre comment les utiliser afin de devenir plus productifs et de rendre ce que nous produisons plus accessible. Si les journalistes ne prennent pas le contrôle des nouveaux outils numériques, d'autres acteurs n'ayant pas l'éthique journalistique le feront(40)

Sans conteste, le plus important changement récent dans la pratique journalistique est celui de l'irruption de l'Internet, avec l'utilisation du web pour les recherches et le courrier électronique pour la communication depuis environ 1995. Une étude menée d'avril 1997 à mars 1998 a examiné l'impact de l'Internet sur la façon dont les journalistes obtiennent l'information(41), et a identifié sept types de journalistes contemporains en fonction de leurs attitudes vis-à-vis de l'Internet:

Utilisateurs de l'Internet

i) Les adorateurs du Net sont des personnes familières de l'informatique, jeunes (le plus souvent), qui ont grandi avec les TIC et sont culturellement liées à ces technologies. Travaillant en général dans les nouveaux médias ou en indépendants, elles voient l'Internet comme un moyen de faire progresser la démocratie. Les journalistes dans les nouveaux médias ne se rencontrent généralement pas dans le courant dominant de l'information et ont en général entre 20 et 30 ans, ce qui est beaucoup plus jeune que leurs collègues de copie traditionnels. Ils font en général leurs recherches et publient leurs travaux dans le secteur en ligne: «Surcharge de travail, autorité, coût et déplacements sont balayés comme n'étant pas des problèmes ou étant sans conséquences (compte tenu des avantages universels qu'il apporte).»

ii) Les économiquement contraints travaillent en général dans de petits journaux ou magazines ne disposant pas d'une bibliothèque, ou sont des indépendants qui utilisent l'Internet pour la masse d'informations gratuites qu'il offre avec relativement peu d'effort. L'accès depuis leur bureau est la règle sur leur lieu de travail, et ils savent trouver les informations générales (par exemple financières) qui seraient autrement coûteuses à obtenir. La plupart sont au sommet de la profession: les directeurs et rédacteurs en chef considèrent l'Internet comme un moyen d'économiser de l'argent. Comme le premier groupe, ils sont enthousiastes à l'idée d'utiliser le web pour publier et sont inquiets à l'idée de se faire distancer.

iii) Les pragmatiques sont des journalistes plus traditionnels qui ont intégré l'Internet dans leur série de sources. Ils n'y voient pas une modification fondamentale de la société ni une façon de réduire les coûts pour la société, mais apprécient sa commodité et sa puissance et l'utilisent de façon efficace. On trouve dans cette catégorie la plupart des journalistes nationaux et régionaux disposant d'un accès facile; pour chaque article, ils prennent une décision professionnelle et choisissent d'effectuer la recherche en ligne, hors ligne, ou selon une méthode combinant les deux approches.

iv) Les piocheurs occasionnels utilisent l'Internet uniquement quand les autres sources ne leur fournissent pas les informations requises, plus par manque d'accès ou de connaissance du web que par réelle aversion.

Non-utilisateurs de l'Internet

v) Les novices enthousiastes ne savent pas exactement ce qu'offre l'Internet; la plupart sont soit des journalistes âgés (plus de 50 ans) soit de jeunes stagiaires en formation, bien qu'aucun ne prétende que son âge constitue un obstacle ou un élément dissuasif à l'apprentissage. Cela dit, les plus jeunes citent la pression professionnelle comme principal motif expliquant qu'ils n'en savent pas plus sur le sujet.

vi) Les non-croyants ne sont fondamentalement pas intéressés par l'Internet du fait du problème de l'authentification des données qu'on y trouve; ce groupe est habitué à travailler selon les anciennes méthodes et les trouve plus fiables.

vii) Les dinosaures amers considèrent l'Internet comme une menace pour leur accès privilégié à l'information et ne sont pas intéressés par la délégation ou la démocratisation des informations. Ils protègent jalousement leurs sources et leurs postes et sont irrités par la facilité avec laquelle le web fait de tout un chacun un éditeur potentiel. Ils sont particulièrement préoccupés par la fourniture électronique de journaux et l'effet sur leurs postes, avec les dates de bouclage révisables, l'interactivité et les liens vers les sources qui permettent au public de vérifier l'exactitude des reportages.

Les auteurs de cette étude ont relevé que l'enthousiasme pour l'Internet se rencontrait surtout chez les directeurs généraux et les journalistes de plus de 40 ans, qui voyaient dans l'Internet un moyen de réduire les coûts; les journalistes plus âgés avaient plus de chances de disposer d'un accès depuis leur bureau et de pouvoir se permettre d'avoir un PC chez eux - et disposaient d'un crédit suffisant leur offrant plus de flexibilité et de liberté d'expérimentation; alors que les journalistes plus jeunes avaient des postes moins assurés, et donc trop de pression pour pouvoir se former eux-mêmes à l'Internet. Toutefois, l'utilisation était «faible et parcellaire, sauf pour les indépendants et certains journalistes de la presse spécialisée». Pour la majorité d'entre eux, l'accès était limité, ils ne bénéficiaient que d'une formation minime dans les écoles de journalisme ou en interne, et on constatait une attitude globale de désintérêt; l'Internet était considéré comme «marginal». Consulter le web pour obtenir des recherches sur les sociétés, les ministères et les institutions officielles constituait l'utilisation principale, suivie par la lecture des journaux étrangers et des communiqués de presse. L'utilisation du courrier électronique était encore moins présente, sauf chez les deux premières catégories d'utilisateurs de l'Internet, et restait surtout confinée à l'obtention de compléments d'information ou d'organisation de réunions avec des contacts, en particulier à l'étranger. Les forums de discussion étaient très rarement utilisés. Il a été observé que l'impact perçu des TIC sur les pratiques de travail allait de «pas du tout» à «complètement». Pour les utilisateurs de type i), l'effet de l'Internet était considéré comme total; il changeait complètement leur rôle de travail et dans certains cas leur déroulement de carrière. Pour la plupart des autres, les effets étaient minimes, avec peu de cas de journalistes travaillant depuis leur domicile ou rencontrant moins leurs contacts. Toutefois, certains journalistes s'essayaient à des articles qui seraient autrement restés hors de leur portée, du fait des ressources de recherche supplémentaires nécessaires; et ces articles avaient en général plus d'ampleur.

Une étude de Wallace a relevé que l'utilisation dans les salles de rédaction se partageait de façon relativement équilibrée entre l'accès au web, l'interrogation de bases de données en ligne et la communication par courrier électronique, en interne comme en externe. L'utilisation principale des services Internet consistait à rassembler des informations de contexte et à obtenir des communiqués de presse officiels. Les journalistes de copie et ceux des nouveaux médias pouvaient aussi télécharger des graphiques, cependant que ces derniers «utilisent aussi les capacités de l'Internet pour trouver des experts et avoir avec eux des entretiens en ligne». Toutefois, l'accès à des services en ligne était encore très partagé, allant de l'accès pour tous depuis le bureau à l'accès pour une seule personne pour la totalité de la salle de rédaction. Il est intéressant de noter que l'accès le plus limité semblait se rencontrer chez les journalistes de la presse écrite, qui utilisaient le moins ces services - en général moins d'une fois par jour -, moins d'un article sur dix de leur production s'appuyant sur des recherches en ligne. Les rédacteurs n'étaient pas en général des utilisateurs importants, et ne consultaient le web qu'une à cinq fois par jour en moyenne. En tant que groupe, ils semblent encore préférer les méthodes traditionnelles pour se procurer des informations. L'étude concluait que:

Wallace a également observé que les rédacteurs pensaient à une écrasante majorité que la technologie serait de plus en plus utilisée, le courrier électronique, la remise électronique des articles et la consultation de communiqués de presse devant augmenter. Il a relevé - tout comme Nicholas et Williams en 1998 - que les TIC étaient de plus en plus centrales dans le processus journalistique, à tout le moins dans les esprits des journalistes - sinon dans la pratique quotidienne. Toutefois, si les attitudes envers les technologies étaient de plus en plus ouvertes, l'accès aux services en ligne, en particulier chez les rédacteurs de la presse écrite, semblait rester à la traîne. En 1999, cela ne semble déjà plus vrai. De plus en plus d'éditeurs, en particulier dans les journaux nationaux, ont fait de l'Internet un outil universel et indispensable.

Les effets sur les travailleurs:
affaiblissement des droits et pressions accrues

«Le Net remet les indépendants à égalité - dans le passé, l'accès que pouvaient avoir les employés en poste fixe à de puissantes bases de données telles que FT Profile leur procurait un avantage considérable par rapport aux indépendants, mais désormais n'importe qui peut consulter toute une batterie d'archives en ligne qui leur donnent accès à autant d'informations que les services formels(43)

De façon générale, les journalistes indépendants sont ceux qui utilisent et exploitent les TIC à la fois depuis le plus longtemps et pour le bénéfice le plus important. Dans leur étude, Nicholas et Williams ont constaté que le courrier électronique permettait aux indépendants de se forger et de maintenir un profil professionnel relevé, grâce à un contact permanent avec les éditeurs. Nouvelles et communiqués de presse, données contextuelles et autres sources Internet ont renforcé leur position par rapport aux employés fixes - ils ont désormais accès à autant de bibliothèques d'articles que les salles de rédaction des journaux nationaux; et les experts de n'importe quel domaine sont accessibles et peuvent fournir entretiens ou commentaires partout dans le monde.

Comme le remarquait un journaliste indépendant:

Les avantages ne résident pas seulement dans la capacité à rédiger des articles plus puissants et à les remettre de façon électronique, mais aussi dans la plus grande souplesse offerte, les délais effectivement plus longs et la possibilité accrue de réaliser une mission n'importe où ou presque.

Avantages et inconvénients des nouvelles technologies

Si l'Internet semble avoir rendu la vie beaucoup plus facile aux indépendants, c'est le contraire qui semble vrai pour les journalistes salariés. La surcharge d'informations est l'une des principales récriminations des journalistes à plein temps qui utilisent l'Internet de façon régulière, le courrier électronique étant le principal coupable. Communiqués de presse, lettres d'information électroniques, mémos internes et réponses des lecteurs leur garantissent un flux constant de données dans les boîtes aux lettres. Si ce phénomène a accéléré et facilité l'obtention de l'information, c'est une arme à double tranchant, et l'on pourrait dire en l'occurrence que «le mieux est l'ennemi du bien».

Ce paradoxe se trouve au cœur du premier aspect négatif principal qui émerge de la prolifération des technologies numériques: une charge de travail accrue. Comme les TIC permettent aux journalistes de travailler plus rapidement, de plus grandes attentes sont imposées aux équipes de rédaction. Les flux de travail numériques permettent désormais aux contenus d'être «retravaillés» pour d'autres médias, ce qui a exacerbé le problème. Ironiquement d'ailleurs, le second grand problème, celui de la réduction des droits d'auteurs, n'affecte en réalité que les indépendants; du moins est-ce le cas au Royaume-Uni, depuis que la loi de 1988 sur le droit d'auteur attribue dans les faits les droits d'auteurs à l'employeur (voir chapitre 4).

Le nouveau journalisme (de médias)

«Les gens s'intéressent aujourd'hui beaucoup plus à l'histoire elle-même. L'activité du journaliste est beaucoup plus étroitement liée à ses sujets, ce qui permet un meilleur travail d'investigation et de meilleures relations entre les organisations de presse et les lecteurs. Nous avons maintenant quatre personnes qui ne font que trier les courriers électroniques des lecteurs, et nous avons donc chaque jour cette intense interaction avec nos lecteurs. Cela change de façon fondamentale le journalisme(45). Les technologies des nouveaux médias ont nettement influencé les vies professionnelles des journalistes, de façon à la fois positive et négative. Les organisations de médias offrent à leurs effectifs éditoriaux toujours plus d'assistance technique, mais réduisent aussi les niveaux d'assistance humaine tout en exigeant une productivité plus grande. L'Internet a offert aux journalistes un accès plus facile et plus large aux ressources d'information, mais les inonde aussi de données. Il est plus facile aujourd'hui pour les indépendants d'obtenir des commissions et de soumettre des articles dans le monde entier, mais il leur est plus difficile de contrôler leurs droits d'auteurs sur leur travail.»

Il faudrait des études quantitatives et qualitatives pour mieux comprendre comment tout cela affecte la vie professionnelle des journalistes. Les technologies exigent d'eux qu'ils acquièrent de nouvelles compétences - par exemple, pour effectuer des recherches efficaces sur le web ou conduire un entretien par courrier électronique - et influencent la façon dont ils travaillent, estompant encore davantage les frontières entre travail et loisirs (les journalistes peuvent désormais travailler à toute heure du jour et de la nuit, en particulier s'ils disposent d'un accès à Internet depuis chez eux). Toutefois, la plupart estiment que leurs compétences journalistiques traditionnelles restent importantes: contrôler des faits et, lorsque cela est possible, s'adresser aux sources; instruire des hypothèses; ne pas accepter la rumeur ni la première opinion rencontrée; rentrer dans le cœur d'un article et se libérer de différents biais. Depuis les débuts de la profession, ces compétences constituent les outils de base du métier de journaliste et - même avec toute la technologie du monde - nombreux sont ceux qui estiment qu'elles ne peuvent pas être remplacées.

On aura toujours besoin de journalistes. La façon dont ils accomplissent leur travail et les outils qu'ils utilisent à ces fins peuvent changer de façon spectaculaire grâce aux nouvelles voies de communication, mais il faudra toujours que quelqu'un collecte et organise l'information, sache rédiger de façon soignée et assure le contrôle des faits et la mise en forme nécessaires pour que les informations deviennent utiles. Si la nature interactive de l'Internet est à même de développer la réactivité du média vis-à-vis de ses lecteurs, c'est une bonne chose pour tous ceux qui sont concernés, et certainement pour les journalistes, pour qui la méfiance du public est gênante dans leur travail, crée un stress personnel et amoindrit la satisfaction professionnelle. Il n'est pas certain que les médias d'information en ligne puissent gagner la confiance du public - certains signes avant-coureurs ne sont pas encourageants. Quand les journaux ont lancé leurs premières diffusions en ligne, ils craignaient que le courrier électronique ne génère un problème de surcharge, mais le retour d'information par courrier électronique est aujourd'hui mieux intégré et fait partie partout des processus éditoriaux. Ainsi, quelques heures après le tremblement de terre en Turquie en août 1999, alors que la BBC commençait juste à appréhender son importance, News Online invita sur son site web toute personne se trouvant à proximité de la zone à envoyer un récit des événements. En moins de 10 minutes, la station disposait de quatre commentaires vérifiables provenant de Turquie, avec des témoignages oculaires directs de ce qui était en train de se passer.

La publication à l'échelle de la planète est désormais disponible pour tous, et si les gens préfèrent les titres en qui ils ont confiance, ce ne sera pas nécessairement le cas beaucoup plus longtemps. Sur une journée ordinaire, 44 000 articles différents sont visionnés sur le seul site BBC News; mais il est certain qu'ils ne sont pas écrits que par des journalistes. En définitive, les nouveaux circuits des médias ont à bien des égards transformé des sources primaires et des personnes ordinaires en journalistes de facto, mettant ainsi peut-être à mal l'ancien monopole dont un groupe choisi de professionnels disposait pour produire des informations publiques. La désintermédiation permet aux internautes d'aller directement à la source des informations désirées. Cela a-t-il amoindri ou amélioré la qualité et la disponibilité des informations et opinions? Si les mass media travaillaient jadis de façon purement unilatérale, disséminant la vision mondiale des intérêts directs qui les contrôlaient, cela n'est plus de mise aujourd'hui et les communications peuvent être plus directement interactives.

Les pouvoirs publics ont un rôle essentiel dans la promotion de la liberté de la presse, le contrôle de la publication de certains contenus sur les médias (par exemple, pornographie, propagande, activités frauduleuses ou criminelles et opinions hostiles à l'Etat). Toutefois, les pouvoirs publics ont parfois tendance à limiter ces libertés, pas toujours pour des raisons de sécurité nationale. Ils sont redevables de la protection de la vie des gens et du maintien de l'ordre public; ce qui devrait signifier que les journalistes et les entreprises de médias sont protégés de la violence et peuvent travailler sans restrictions, les médias devant quant à eux agir de façon responsable et dans le cadre de normes acceptables.

L'édition et l'industrie graphique

L'industrie de l'impression est très diverse en ce qui concerne les technologies utilisées et la taille des entreprises. Pour ce qui est des volumes de production, il existe un petit nombre de grandes unités, et beaucoup de petites. D'un point de vue économique, le secteur de l'impression est l'un des plus importants secteurs et génère un chiffre d'affaires annuel d'au moins 500 milliards de dollars dans le monde(46). La restructuration de l'édition et des industries graphiques et leur incorporation dans une industrie intégrée de l'information ont été commandées dans une large mesure par une convergence et des développements technologiques majeurs, s'appuyant sur la microélectronique, l'informatique et les télécommunications. La numérisation des données leur permet d'être manipulées et intégrées à partir de leur structure commune, et la fibre optique et la technologie satellitaire offrent des transmissions rapides de quantités croissantes d'informations par seconde. Le développement des circuits intégrés et de la microélectronique a été crucial pour la communication de données et l'intégration des communications électroniques, et il s'est accompagné de la convergence et de l'intégration des activités économiques. Un exemple frappant(47) en est la fin de la séparation et même de la distinction entre médias audiovisuels et médias imprimés, divertissement et information, résultat de l'avènement du multimédia et de l'Internet. Une analyse similaire de l'émergence d'une industrie intégrée de l'information du fait des TIC a été faite par des instituts de recherche du secteur de l'impression en Amérique et en Europe(48).

Cet ensemble convergent de technologies de l'information et de la communication explique pourquoi la convergence dans les industries des médias est désormais qualitativement différente de l'aggrégation des activités de divertissement et des médias dans les années quatre-vingt. Un exemple en est donné par Time-Warner, groupe issu de la fusion en 1989 de Time et de Warner Bros qui produisaient des magazines, des livres, de la musique et des films, activités pour l'essentiel séparées. Aujourd'hui, cependant, la technologie numérique facilite la génération, le stockage, la consultation, le traitement et la transmission de toutes sortes d'informations: textes, données, sons et images. On va donc assister à la croissance de sociétés de médias multiples - celles s'engageant dans des activités qui appartenaient à différents secteurs de l'industrie des médias - et une nouvelle race de sociétés multimédias, spécialisées dans les produits hors ligne (CD-ROM et DVD) et les services d'informations en ligne (par exemple sites web, commerce électronique) et qui intègrent totalement textes, données, sons, images fixes et vidéos et en permettent l'usage interactif(49).

Ainsi, l'un des effets fondamentaux est la dissolution des frontières technologiques entre les différents secteurs de l'industrie des médias. Certes, toutes les firmes spécialisées dans l'impression ne vont pas disparaître, mais un nombre croissant de sociétés vont s'intéresser à différentes activités médias, et certaines, qui ne réalisaient traditionnellement aucun travail d'édition ou graphique, le feront désormais en s'appuyant sur la technologie numérique et le stockage des informations dans des bases de données indépendantes des médias. Les commandes de travaux d'impression ne sont plus envoyées automatiquement aux imprimeurs; ainsi, une étude néerlandaise sur les acheteurs d'impressions a établi qu'environ 80 pour cent seulement d'entre eux ont passé des commandes d'impression à des imprimeurs en 1998, contre un peu moins de 90 pour cent en 1996(50). Mais, d'un autre côté, les imprimeurs offrent désormais des services non traditionnels tels que la mise en place et l'entretien de bases de données, la production de sites Internet et le conseil en communication.

Toutefois, le processus de convergence et l'émergence de sociétés multimédias ne signifient pas simplement des firmes de plus en plus géantes et opérant à l'échelle mondiale. En fait, la structure de l'industrie graphique - connue depuis toujours pour sa proportion supérieure à la moyenne de petites et moyennes entreprises - ne sera probablement pas fortement changée par les TIC. Dans l'édition et l'impression, on devrait continuer à assister à la combinaison d'un petit groupe d'entreprises énormes et d'un grand nombre de petites firmes. C'est un schéma qui émerge aussi de différentes prévisions, effectuées par des instituts de recherche sur les industries américaines et européennes de l'impression, et qui ont étudié certains segments du secteur de l'information et du divertissement:

Pour chaque segment, il est facile d'identifier des exemples de grandes sociétés mondiales. Dans le traitement de l'information, citons l'exemple de la société SPI, située aux Philippines, spécialisée dans la conversion de bases de données, qui emploie actuellement plus de 2 000 personnes à Manille et dispose d'un réseau de bureaux de marketing et de vente aux Etats-Unis, en Europe (France, Allemagne, Pays-Bas et Royaume-Uni), en Australie, à Hong-kong (Chine), et qui est au service d'éditeurs internationaux tels que Bertelsmann, Elsevier Science et Wolters Kluwer. Son objectif est de contrôler la moitié du chiffre d'affaires de ce segment d'ici à l'an 2000. Dans le cadre de cette stratégie, elle a acquis l'usine de préimpression de Reed-Elsevier, Northprint, qui dispose désormais de connexions en ligne avec le site de Manille et ses principaux clients, ce qui permet aux fichiers de textes et d'images d'être transférés vers n'importe quel site de production selon des considérations d'expertise technique et de coût de la main-d'œuvre. Pour le segment industriel des catalogues de produits d'information et de divertissement, on peut citer les bibliothèques Microsoft et Leo Kirch, qui renferment tous les films produits par la Columbia Tristar, la MCA, Paramount, Walt Disney et Warner Brothers, et qui sont des exemples de sociétés mondiales de médias.

L'impression à l'échelle de la planète n'était déjà pas inconnue dans les années quatre-vingt. Certains éditeurs de journaux internationaux faisaient appel à des usines d'impression situées à l'étranger, comme le International Herald Tribune, avec ses dix sites d'impression installés hors des Etats-Unis(53). Toutefois, l'impression planétaire est aujourd'hui qualitativement différente et s'appuie sur une coopération entre les sociétés de télécommunications et les fabricants de machines d'impression couleur tels que Scitex, Xerox, Indigo et Agfa, dont certains disposent d'équipements d'impression numérique dans le monde entier et que leurs clients alimentent par le réseau téléphonique, l'impression se faisant alors à la demande(54).

Ces exemples montrent que les activités de vente et de production de ces firmes sont mondiales, parce que l'information constitue leur matière première et qu'une fois numérisée elle peut être transportée partout dans le monde sans perte de temps grâce au réseau d'information et de communication mondial; elles s'appuient sur la mondialisation du transfert d'informations, dont l'universalité du langage numérique et les réseaux de communications ont créé les conditions technologiques. Pour ces firmes impliquées dans les opérations de médias électroniques à grande échelle, il n'est donc pas nécessaire d'être une société de médias de premier plan.

Bien que les TIC favorisent l'émergence d'un réseau d'information mondial, il n'est pas certain que l'édition et l'industrie graphique en général soient des marchés mondialisés, comme le montrent les données relatives aux Etats membres de l'Union européenne(55). Entre 1985 et 1996, le chiffre d'affaires total du secteur de l'édition, de l'impression et de la reproduction de médias enregistrés a progressé de 57 004 millions d'écus à 129 980 millions d'écus. Ces données commerciales révèlent une tendance modeste à l'internationalisation du commerce dans ce secteur. Le montant des exportations (entre Etats membres de l'UE, et depuis l'UE vers d'autres régions), en pourcentage du chiffre d'affaires total des Etats membres de l'UE, a légèrement augmenté passant de 10,5 pour cent en 1988 à 10,7 pour cent en 1995, tandis que la valeur des importations en pourcentage de la consommation apparente a légèrement baissé, de 8,5 pour cent à 8,3 pour cent. La part des exportations entre les Etats membres de l'UE est tombée de 63,4 pour cent en 1988 à 62,0 pour cent en 1995, tandis que les exportations hors UE sont passées de 34,1 pour cent à 38 pour cent. Les importations en provenance d'autres Etats membres de l'UE, représentaient 78,3 pour cent des importations totales en 1988, sont tombées à 74,2 pour cent en 1995, tandis que les importations en provenance de pays extérieurs à l'UE ont augmenté de 21,6 pour cent à 25,8 pour cent. Ces chiffres n'indiquent pas une forte croissance de l'internationalisation du commerce dans l'impression et l'édition. De fait, les principaux marchés d'exportation pour les Etats membres de l'UE sont traditionnellement les autres pays européens, dont certains (Autriche, Finlande et Suède) ont rejoint l'UE en 1995.

Les échanges s'opèrent surtout au sein de l'UE et avec les autres pays européens, puis avec les Etats-Unis, le Japon et l'Asie (on ne dispose malheureusement pas de données spécifiques sur le «reste du monde»). Toutefois, si l'on complète cette analyse agrégée par une analyse des segments de l'édition (information scientifique, professionnelle, commerciale, publique générale), un profil d'internationalisation différencié émerge(56): certains segments, tels l'information scientifique et les services électroniques d'information, tendent vers une économie globalisée, avec une distribution mondiale des ventes et un type de marché oligopolistique contrôlé par quelques multinationales; l'information professionnelle et économique et les magazines d'intérêt général font au contraire l'objet d'une internationalisation limitée, avec des blocs régionaux ou structures de production nationales desservant un marché contrôlé par des sociétés de médias nationales ou multinationales; et d'autres segments ont des structures de contrôle et de production purement nationales - par exemple, éditeurs de produits éducatifs en langue non anglaise. L'industrie de l'édition de livres aux Etats-Unis a réalisé un chiffre d'affaires de 23 milliards de dollars en 1998, soit une augmentation de 6 pour cent par rapport à 1997 et le double du chiffre de 1987(57).

Toute une série de développements technologiques ont transformé la façon dont les éditeurs et imprimeurs s'organisent pour fabriquer leurs produits imprimés. Les textes des rédacteurs sont désormais présentés sur disque ou par courrier électronique et non plus de façon dactylographiée, dictée ou manuscrite. L'édition à l'écran - avec vérification orthographique, relecture, formatage et logiciels de calcul - a pris de l'importance, et peut se faire pendant que les graphistes et équipes de production préparent le texte pour impression en utilisant la même version électronique du texte. Le contrôle des faits, les références croisées et les recherches peuvent être effectués à l'aide de l'Internet, et la correspondance électronique et la transmission de documents complètement formatés aux imprimeurs deviennent la norme. Différentes versions du même texte peuvent être transformées en produits électroniques ou placées sur l'Internet.

La composition mécanique a été de plus en plus supplantée par la composition numérique, les développements intervenus dans la reconnaissance de caractères et la technologie de la scannérisation et l'utilisation accrue de fichiers PostScript ou de disques zippés produits par les auteurs/éditeurs, qui minimisent le volume de travail pour les typographes. Pour les petites séries, l'impression numérique remplace la lithographie et permet de proposer des produits personnalisés(58). Elle représente même une part fortement croissante de l'impression en général dans les pays industrialisés. Les technologies du transfert de l'ordinateur sur la plaque d'impression ont supprimé plusieurs phases du processus de production (ainsi, il n'est plus nécessaire de tirer des clichés photographiques des compositions et illustrations à partir desquels étaient réalisées les plaques lithographiques, la mise en page pouvant être effectuée à l'écran et non plus selon des techniques de découpage d'éléments). La reproduction couleur a été transformée par les technologies numériques qui, par exemple, permettent de télécharger des photographies d'une bibliothèque photo sur l'Internet et de les «vider» dans une composition de page, sans que l'imprimeur ait jamais disposé du transparent photographique d'origine.

Les mutations des technologies utilisées pour la préparation de copie, la composition, l'impression et la reliure, comme indiqué ci-dessus, ont transformé les industries graphiques dans de nombreux pays. Les éditeurs se sont bien souvent aperçus que leurs journaux «devaient exploiter le support [électronique] au maximum, en s'écartant de leurs homologues papier, et qu'ils avaient besoin d'une conception nouvelle et radicale d'un… produit multimédia interactif à liens hypertextes»(59). L'interactivité des produits en ligne offre d'évidents avantages, par exemple la possibilité d'une lecture croisée d'articles universitaires par des confrères, des réponses instantanées provenant du monde entier à des informations affichées sur l'Internet, et un accès direct par hyperlien aux sources des articles et autres informations pertinentes. Et il existe des produits de corédaction qui permettent aux écrivains du monde entier de collaborer sur la préparation de projets pour publication.

Un nouveau problème est soulevé par l'édition à la demande s'appuyant sur les nouvelles technologies. Jusqu'à ce jour, l'auteur d'un ouvrage pouvait vendre son droit d'auteur à un éditeur sur une durée fixe pendant laquelle l'éditeur garantissait la disponibilité du livre auprès du public. Après cette période, le droit d'auteur revenait à l'auteur qui pouvait en disposer à nouveau. Les nouvelles technologies, en particulier l'Internet, changent cette structure de façon fondamentale. De nos jours, les éditeurs peuvent proposer des «livres à la demande»(60) via l'Internet ou par d'autres moyens, et peuvent donc les rendre disponibles sans limite de temps. Les services d'édition de livres à la demande permettent à l'éditeur d'offrir un livre via l'Internet ou par d'autres moyens, que l'ouvrage soit en stock ou non. Au moment où le client désire acheter le livre, l'éditeur en fabrique un exemplaire et le livre au client. Avec cette nouvelle méthode, le droit d'auteur ne revient jamais à l'auteur, puisque l'éditeur peut diffuser le livre à tout moment.


1.  A. McKinlay et B. Quinn: «Management, technology and work in commercial broadcasting, c. 1979-98», dans Technology, work and employment (Oxford, Blackwell), vol. 14, no 1, 1999, pp. 2-17.

2.  Miller et Sand, op. cit.

3.  D. Nelson: Journalism and new media technologies, document d'information non publié préparé pour le BIT, 1999.

4.  Cité par Nelson, op. cit.

5.  M. Collins: «You've got to be joking», dans The Guardian (Londres), 6 sept. 1999.

6.  J. Gibson: «Smith signals TV free-for-all», dans The Guardian (Londres), 18 sept. 1999, p. 1.

7.  Dans un discours devant la Convention de Cambridge de la Société royale de télévision, le 17 septembre 1999, sur le site web http://www.rts.org.uk/rts/html/magazine/smith.htm, consulté le 23 septembre 1999.

8.  Ibid.

9.  «The BBC's begging bowl», dans The Economist (Londres), 7 août 1999, p. 14.

10.  Z. Lanara: The media and public broadcasting in Greece (Athènes, POSPERT, 1999), non publié, pp. 1-3.

11.  «The fight for radio rights in Argentina», dans Action (Londres), no 214, mars 1999.

12.  «Mixed-media companies fill the space», dans Financial Times (Londres), 8 oct. 1998, p. 2.

13.  «The odd media couple», dans Financial Times (Londres), 8 sept. 1999, p. 11.

14.  «Brussels probes state TV in Italy, France», dans Financial Times (Londres), 21 juillet 1999.

15.  Cela ressort des discussions du troisième congrès du MEI (l'Internationale des médias et du spectacle) Berlin, 7-8 oct. 1999.

16.  Fédération internationale des acteurs (FIA): Actors and the international audiovisual production industries (Londres, 1999), p. 14, non publié.

17.  Gray et Seeber, op. cit., p. 4.

18.  Directors Guild of America/Screen Actors Guild: Runaway production study report, sur le site web http://www.sag.org, consulté le 20 octobre 1999; et FIA: Actors and the international audiovisual production industries, op. cit., 1999.

19.  FIA, ibid, p. 20.

20.  Screen Actors Guild: «SAG applauds appointment of special congressional subcommittee to address US runaway production», communiqué de presse du 14 juillet 1999.

21.  FIA, op. cit., p. 56.

22.  Miller et Sand, op. cit.

23.  Kozul-Wright et Stanbury, op. cit., p. 25.

24.  Tiré de G. Neil: New media: Opportunity or threat? The performers' perspective, document pour le BIT non publié, 1999, où l'auteur cite: G. Sweeney, Jr., et John T. Williams, dans Entertainment and Sports Lawyer (American Bar Association), 1999.

25.  Miller et Sand, op.cit., p. 13. En fait, d'après The Guardian Weekly (21-27 oct. 1999), le Conseil des arts du Royaume-Uni devait verser 10 millions de livres sterling aux orchestres symphoniques du pays, qui sont au bord de la faillite, pour apurer leurs dettes et assurer leur financement pour 2000-01; en retour, les orchestres devaient offrir une «méthode de travail plus souple».

26.  Fédération internationale des musiciens: Etude sur la situation des artistes-interprètes de la musique en Asie, en Afrique et en Amérique latine (Paris, 1998), pp. 119-123, non publiée.

27.  Théâtre royal national: Third System and Employment Action (Londres, 1999), non publié.

28.  P. O'Reilly, communication personnelle au BIT, 25 août 1999, mettant à jour son article «Les implications de la convergence multimédia sur les qualifications qui seront exigées à l'avenir» paru dans BIT, 1997.

29.  Idem.

30.  «Weekly Web News», dans The Digital Edge (27 août 1999), sur le site web http://www.naa.org/edge/webnews.

31.  Voir «Newspapers and the Internet», dans The Economist (Londres), 17 juillet 1999, p. 18.

32.  C. Dornan: «Between the rock and a hard-up place», dans The Globe and Mail (Toronto), 16 sept. 1999, p. T1.

33.  R. E. Schmid: Journalism and the Internet: A new world of information (Associated Press, janv. 1998).

34.  Nelson, op. cit.

35.  Idem.

36.  Idem.

37.  Idem.

38.  Réseau GFC: International study of journalists' attitudes towards using technology, New York, 1999 (sur le site web http://www.gfcnet.com).

39.  S. Kirsner: «Covering cyberspace», dans Editor & Publisher, 14 nov. 1998, p. 30.

40.  Tiré de la brochure de la première Conférence NetMedia, City University, Londres, 1995.

41.  Nicholas et Williams: Journalism and the Internet (Londres, City University, 1998). Cette étude a été suivie par une étude similaire des salles de rédaction de tous les médias (TV, radio, presse, nouveaux médias) dans Wallace: Use of online services in the newsroom (Londres, City University NetMedia Survey Report, 1998).

42.  Wallace: Use of online services in the news room, London, City University NetMedia Survey Report, 1998.

43.  Ian Katz, journaliste, The Guardian, cité par Nelson, op.cit.

44.  Bill Thompson, journaliste indépendant, cité par Nelson, op.cit.

45.  B. Eggington, directeur de projet, BBC News Online, cité par Nelson, op.cit.

46.  D. Richardson: «L'industrie de l'imprimerie, de la photographie et de la reprographie: profil général», dans BIT: Encyclopédie de sécurité et de santé au travail, vol. 3.

47.  Castells, op.cit., pp. 364 et 372.

48.  PIA (Printing Industries of America): Bridging to a digital future, Cannes, Conférence internationale Comprint, 1994; et PIRA (Printing Industries Research Association, Royaume-Uni): Communication 2000: Visions and strategies for printers and publishers, Cannes, Conférence internationale Comprint, 1994.

49.  Voir Fédération européenne des industries graphiques (EGF): New media, new challenge! (Bruxelles, EGF, 1998).

50.  Koninklijk Verbond van Grafische Ondernemingen (Association royale des entreprises graphiques - KVGO): Grafische Opdrachtgeversonderzoek 1998 (Amstelveen, KVGO, 1998).

51.  PIA, 1994, op. cit., pp. VII-3/4; et PIRA, op. cit., 1994, p. ix.

52.  PIA, 1994, op. cit., p. VII-4.

53.  R. McArthur: The internationalisation of print: Trends, socioeconomic impact and policy (Genève, BIT, 1990).

54.  Personnel (New York), 12 oct. 1995 et 7 mai 1997.

55.  Données provenant de la publication de la Commission européenne: Panorama of EU Industry 97 (Luxembourg, Bureau des publications officielles des Communautés européennes, 1997), de la base de données DEBA (Eurostat) et d'un certain nombre d'associations professionnelles européennes.

56.  P. Leisink: «The international restructuring of the media industries», dans l'ouvrage publié sous la direction de P. Leisink: Globalization and Labour Relations (Cheltenham, Royaume-Uni, Edward Elgar, 1999).

57.  Association of American Publishers: «Book sales total $ 23.03 billion in 1998», sur le site web http://www.publishers.org/home/stats/index.htm, consulté le 1er septembre 1999.

58.  G. Ward: «You can't stop the countdown to digital», British Printer (Tonbridge, Kent), juillet 1999, p. 5.

59.  S. Hitchcock et coll.: «A survey of STM online journals 1990-95: The calm before the storm», sur le site web http://journals.ecs.soton.ac.uk/survey/survey.html, Southampton, Royaume-Uni, 1996.

60.  Die Welt (Frankfurt-am-Main), 19 août 1999.


3. Les technologies de l'information:
génératrices ou destructrices d'emplois
pour les hommes et les femmes
des industries des médias et du spectacle?

Personne n'est en mesure de répondre de manière catégorique à cette question. Lorsqu'on examine les statistiques portant sur les changements intervenus dans l'emploi, il est impossible de distinguer les facteurs technologiques des autres, et ces données ne donnent rien d'autre qu'une vue d'ensemble d'une série d'entreprises et d'individus très hétérogène; toute prévision repose sur des hypothèses et on ne dispose pas encore de série de données détaillées sur des professions déterminées. Néanmoins, pour certains groupes de travailleurs, en particulier ceux qui apportent un contenu créatif dans ces entreprises, le développement des canaux de distribution a créé d'immenses possibilités de travail dans de nombreux pays. Une partie au moins de cette croissance, qui s'est maintenue jusqu'au moment de la rédaction du présent rapport et est susceptible de se poursuivre, concerne des activités liées aux techniques de l'information et de la communication (TIC) dans des domaines tels que la production digitale générée par ordinateur, les technologies des effets visuels spéciaux et la gestion des systèmes et des réseaux; néanmoins, certaines professions (cameramen, ingénieurs du son, compositeurs-typographes et graphistes de montage) ont subi des réductions d'emploi majeures en raison des nouvelles technologies.

Certains syndicalistes dans ces industries estiment que les employeurs n'acceptent pas de considérer les musiciens, les acteurs, les journalistes et les autres travailleurs freelance sous contrat ou temporaires comme leurs salariés. Cette conviction est renforcée par le fait que les grands employeurs de l'industrie du film, de la radiodiffusion et des médias sont rarement en contact avec les organisations de travailleurs, et certains grands conglomérats des médias et du divertissement sont des entreprises opposées aux syndicats ou «sans syndicat». C'est pourquoi lorsque des travailleurs d'un secteur syndicalisé perdent leur emploi par suite d'une adaptation de leur employeur à des changements concernant la technologie, la concurrence, la structure de la société ou la demande, ils peuvent être dans l'impossibilité de trouver un nouvel emploi ailleurs que dans une entreprise non syndiquée.

Il est très difficile d'évaluer la qualité et la durabilité de tout nouvel emploi créé mais l'utilisation novatrice des nouvelles technologies dans les médias et le divertissement a créé indiscutablement des emplois souvent instables et pas toujours ouverts aux personnes travaillant déjà dans le secteur. Les travailleurs peu qualifiés ou à qualification traditionnelle sont les victimes toutes désignées de la technologie, mais il existe peut-être d'autres groupes vulnérables - les travailleurs âgés en général, les cadres moyens de la gestion et de l'administration, par exemple. Les effets positifs sur l'emploi dans certains pays peuvent aller de pair avec un impact négatif dans d'autres pays concurrents.

Pour toute une série de raisons, la demande de travailleurs des technologies de l'information (TI) a augmenté plus rapidement que la demande de travailleurs possédant d'autres types de qualifications. Parallèlement à la croissance explosive de l'Internet, la plupart des entreprises de médias des pays industriels ont également connu une rapide expansion de l'utilisation des techniques avancées de l'information telles que l'Intranet, pour augmenter la productivité ou améliorer le flux d'information(1).

Quels types d'emplois seront créés et où? Il est probable que, pour les personnes géographiquement mobiles, convenablement formées, polyvalentes et adaptables, de nombreuses nouvelles possibilités apparaîtront, mais de plus en plus d'emplois risquent d'être des emplois sans stabilité, temporaires, sans avantages marginaux ou protection sociale, et des pertes d'emploi et des déclassements sont inévitables.

Le développement récent des chaînes de télévision et de la programmation ainsi que celui du World Wide Web ont contribué à créer de nouvelles possibilités et débouchés sur le plan de l'emploi pour les acteurs, musiciens, concepteurs, journalistes et autres. De nouvelles professions se sont multipliées telles que celles de webmestres, éditeurs de web et spécialistes des technologies de l'information. On utilise de plus en plus le télétravail, la production à distance et d'autres avantages offerts par les technologies de communication, et des possibilités d'accélérer les processus de travail ont fait leur apparition.

Le télétravail

Ce mode de travail, de plus en plus répandu dans certaines professions des médias et du divertissement, revêt plusieurs aspects: travailler à plein temps (ou à temps partiel) à domicile pour un employeur, tout en continuant à bénéficier des mêmes avantages que les travailleurs sur place; travailler à plein temps pour l'employeur mais télétravailler uniquement un certain nombre de jours par semaine ou par mois; enfin, être un sous-traitant indépendant et ne pas percevoir de prestations ou d'équipement de l'employeur(2). Les responsabilités des employeurs en ce qui concerne les conditions de travail, de sécurité sociale, etc. vis-à-vis des télétravailleurs varient selon le contrat ou l'accord passé entre les deux parties et les prescriptions des lois du travail pertinentes. Les statistiques sur le télétravail reposent sur diverses hypothèses et définitions et les chiffres suivants devraient être considérés avec prudence. Si le télétravail est répandu surtout aux Etats-Unis, où l'on estime en 1997 qu'il concerne 8 millions de travailleurs et représente 6,5 pour cent de la main-d'œuvre, d'autres pays comptent également des effectifs non négligeables cette même année - plus de 500 000 au Royaume-Uni, 150 000 en Allemagne et 100 000 en Espagne. Cette forme de travail est également courante dans certains pays tels que la Suède et le Canada, et représente plus de 30 000 travailleurs en Irlande - environ 4 pour cent de la main-d'œuvre(3). Le télétravail est particulièrement répandu dans le journalisme, l'édition et l'indexage, mais il existe aussi dans d'autres secteurs des industries des médias et du divertissement. Au Royaume-Uni, en 1999, environ 59 000 travailleurs et télétravailleurs indépendants opéraient dans les industries des médias et du divertissement et, parmi ceux-ci, la catégorie des «auteurs, écrivains et journalistes» représentait environ 33 000 personnes, tandis que les «artistes, concepteurs-graphiques, etc.» représentaient 22 000 personnes(4). Plusieurs raisons expliquent la tendance à la hausse du télétravail, notamment les efforts déployés pour diminuer les délais, les coûts et l'impact écologique des transports entre le lieu de travail et le domicile; les changements technologiques, l'informatisation et la communication électronique ont permis aux entreprises d'employer des travailleurs dans plusieurs sites; les coûts liés à la gestion de vastes lieux de travail nécessaires pour accueillir les travailleurs; la réponse aux besoins des travailleurs qui préfèrent le télétravail en raison de handicaps physiques, de responsabilités familiales ou d'autres raisons; les stratégies de réduction de l'absentéisme; enfin, la prise en compte du fait que les travailleurs ont des cycles de productivité et de créativité variables. L'accroissement de la productivité constitue un autre facteur, et un certain nombre d'études ont démontré que le télétravail pouvait conduire à de vastes gains de productivité(5).

Le gouvernement allemand est en train d'examiner les répercussions de l'introduction et du développement du télétravail sur ordinateur pour donner des conseils pratiques aux employeurs sur les aspects économiques, juridiques et techniques du télétravail, favoriser les formes socialement acceptables de ce type de travail en conjonction avec les syndicats et familiariser les travailleurs avec les nouvelles demandes pour ce type de travail et les questions de santé, de sécurité et de sécurité sociale intéressant le travail à domicile(6). Cette démarche vise à prévenir les problèmes tels que l'emploi indépendant «fictif» et le travail non assujetti aux cotisations de sécurité sociale, et à promouvoir l'idée d'alterner le télétravail avec des tâches permettant des contacts directs avec l'employeur et des collègues.

Le développement de nouveaux types de travail (travaux sur les effets spéciaux par l'ordinateur, webmestres et concepteurs de web) et de nouveaux produits (livres électroniques, films à format DVD, etc.) créera de nouveaux emplois et carrières pour certains, mais nuiront souvent aux perspectives de travail d'autres. Aucune donnée solide n'était disponible pour indiquer si les conséquences de ces types d'emploi ont un effet différencié sur les hommes ou les femmes ou s'ils affectent d'autres groupes de façon inégale encore que l'on puisse déduire que les travailleurs âgés paient un tribut plus lourd.

Les pertes d'emplois consécutives aux nouvelles technologies sont souvent difficiles à distinguer de celles découlant des fusions, acquisitions, réorganisations, faillites, problèmes macroéconomiques et autres facteurs. Elles peuvent également être masquées par certains éléments tels que la création d'emplois pour de nouvelles recrues dans la même entreprise ou industrie. La distribution de médias et de produits et services de divertissement sur la base du réseau affecte généralement l'emploi dans les points de vente de détail traditionnels, tout en offrant des possibilités d'emploi chez les créatifs, les techniciens et les gestionnaires et dans la vente directe.

Certains emplois ou professions traditionnels ont maintenant un lien direct et étroit avec les TIC. Ainsi, peu de journalistes de la presse écrite peuvent accomplir leur travail sans être directement liés à l'Internet(7) et ils sont nombreux à penser que les téléphones mobiles, les pagers, les ordinateurs portables et les autres instruments sont devenus des outils essentiels de ce métier. Les journalistes financiers doivent maintenant être «branchés» pour accomplir leur travail. De plus en plus de journalistes freelance, les éditeurs, les concepteurs-graphiques et d'autres travailleurs ne peuvent travailler pratiquement qu'en utilisant ces technologies; en effet, ils trouvent souvent de nouvelles missions ou de nouveaux emplois par les avis de vacance de postes sur l'Internet, les sites de recrutement en ligne, etc. Il est donc de plus en plus difficile d'obtenir ces emplois sans posséder des qualifications dans le domaine des TIC, et les rémunérations risquent d'être inférieures pour les personnes qui ne possèdent pas ces compétences. Dans le cas des cameramen et des techniciens, la technologie digitale tend à éliminer les qualifications artisanales et à élargir la gamme des autres tâches à accomplir - des équipes de taille plus réduite doivent maintenant faire appel à diverses compétences et leurs responsabilités sont souvent plus larges et moins clairement définies. La première vague des nouvelles technologies de l'information dans ce domaine avait eu apparemment peu d'impact sur les emplois, mais les récents changements tendant vers la numérisation semblent avoir un plus grand impact sur l'emploi(8).

Les fusions et les acquisitions à l'échelle mondiale dans l'industrie de la radiodiffusion et l'industrie cinématographique - et les progrès des TIC - ont conduit à une multiplication de coentreprises, de coproductions et de partenariats à l'échelon international, accompagnée d'investissements et de canaux de distribution internationaux pour le produit, bien souvent dans l'optique d'un marché beaucoup plus vaste. Toute cette évolution a eu des répercussions sur les processus de production, le financement, la commercialisation, les méthodes de travail et les conditions d'emploi de la plupart des travaux dans les conglomérats multinationaux et les entreprises apparentées. Dans les pays industriels, on relève que certaines entreprises comme Disney, Time-Warner, Fox et Viacom pèsent de plus en plus sur l'emploi des interprètes et sur les conventions collectives et que cela n'a pas toujours un effet bénéfique. Bien souvent, les travailleurs acceptent par force des salaires et des conditions de travail inférieurs à la normale plutôt que de ne pas travailler du tout. L'internationalisation de la production permet d'éviter de passer des accords avec les syndicats, d'offrir à des artistes locaux des pays en développement des conditions inférieures et inappropriées et de saper les taux syndicaux établis(9).

Les politiques publiques concernant la technologie ne visent pas systématiquement à limiter les effets des TIC sur l'emploi. Dans la plupart des pays, elles comprennent des mesures de déréglementation (privatisation et libéralisation) ayant souvent des répercussions négatives sur l'emploi des intéressés. Il n'y a que dans les industries culturelles - notamment le cinéma - que certains pays, en particulier le Canada(10) et la France, ont adopté une réglementation visant à protéger l'industrie «culturelle» nationale/régionale contre le libre-échange (en d'autres termes, généralement contre les importations américaines). D'une manière générale, les politiques technologiques nationales impliquant le soutien plus ou moins enthousiaste de la société de l'information(11), qui s'accompagne généralement de fonds pour la formation, la recherche et le développement dont peuvent bénéficier les entreprises et les travailleurs. S'agissant de la gestion des répercussions des TIC, les syndicats ont joué un rôle majeur en tentant de réglementer les effets sur l'emploi du processus de restructuration avec un degré variable de soutien des employeurs et des gouvernements, selon les circonstances.

Pour de nombreux travailleurs, notamment ceux qui exercent des métiers liés à certaines technologies, il est évident que l'aptitude des intéressés à s'adapter aux changements et leur volonté de le faire sont déterminantes. Pour certains, ces changements peuvent être difficiles, impossibles, voire inacceptables, tandis que pour d'autres ils peuvent être bien accueillis et relativement aisés. De nombreux travailleurs peuvent estimer que leurs qualifications ne répondent pas aux nouvelles exigences, ou que leur satisfaction au travail est altérée par les changements dans leurs tâches ou dans le produit ou le service dont ils sont responsables. Du point de vue du nombre des emplois perdus ou créés, l'impact des technologies de l'information est très difficile à estimer et varie selon les secteurs, les métiers et les pays. A titre d'exemple, des prévisions indiquent qu'en Allemagne l'emploi dans l'industrie des médias imprimés devrait décliner de 12 pour cent entre 1992 et 2010, tandis que l'emploi dans les médias électroniques, qui comprennent les médias électroniques «traditionnels» tels que la radiodiffusion et les nouveaux multimédias, augmenterait de 62 pour cent(12) -, soit une augmentation nette de 8 000 emplois environ(13).

La radiodiffusion, l'industrie cinématographique
et les spectacles de scène

Selon d'autres prévisions du département du Travail des Etats-Unis, le nombre de «travailleurs spécialisés indépendants» devrait augmenter de 13 pour cent entre 1996 et 2006, les débouchés étant particulièrement nombreux pour les écrivains, les artistes et les artistes du spectacle. Parmi les métiers appelés à se développer le plus figure celui de spécialiste en édition électronique (avec un taux de croissance de 74 pour cent), tandis que les professions qui devraient perdre le plus d'emplois comprennent les compositeurs typographes et les travailleurs de la mise en page des bandes diascopiques en imprimerie. Le nombre d'annonceurs à la radio et à la télévision et des présentateurs des nouvelles devrait demeurer stable (52 000) entre 1996 et 2006, avec des possibilités de croissance chez les concepteurs, écrivains, artistes, producteurs, acteurs et artistes du spectacle(14). Le tableau 3.1 donne certaines projections plus détaillées. Néanmoins, il ne faut pas perdre de vue que, lorsque ce tableau a été établi, le passage à l'équipement numérique tant que pour la radiodiffusion que pour les films avait déjà été réalisé aux Etats-Unis. Tel n'est pas le cas ailleurs - notamment dans les pays en développement où la transition (et ses effets sur l'emploi) est toujours en cours ou s'est achevée plus récemment.

Tableau 3.1. Emploi par profession dans la radiodiffusion et l'industrie cinématographique, Etats-Unis, 1996, et projections pour 2006 (en milliers d'emplois)
 


Profession

Emploi


Variation


Nombre total
d'emplois
créés par la croissance et remplacements
nets 1996-20061

Nombre


Répartition en %


Nombre

%

1996

2006

1996

2006


Ecrivains, artistes et artistes du spectacle

1 726

2 138

1,3

1,4

412

23,8

772

Danseurs et chorégraphes

23

30

0,0

0,0

7

28,0

12

Concepteurs

342

431

0,3

0,3

89

26,1

149

Concepteurs, à l'exception des architectes d'intérieur

279

361

0,2

0,2

72

25,7

120

Architectes d'intérieur

63

80

0,0

0,1

17

27,5

28

Musiciens

274

366

0,2

0,2

92

33,4

130

Photographes et caméramen

154

180

0,1

0,1

26

16,9

48

Cameramen, télévision, films, vidéos

20

23

0,0

0,0

3

14,5

6

Photographes

134

157

0,1

0,1

23

17,3

42

Producteurs, metteurs en scène, acteurs et artistes du spectacle

105

130

0,1

0,1

25

23,6

48

Annonceurs radio et TV et annonceurs de nouvelles

52

52

0,0

0,0

0

-0,6

21

Reporters et correspondants

60

58

0,0

0,0

-2

-3,1

17

Ecrivains et éditeurs, y compris les écrivains techniques

286

347

0,2

0,2

61

21,2

124

Ensemble des travailleurs spécialisés

880

1 104

0,7

0.7

224

25,5

437

1 Le nombre total d'emplois créés représente la somme des emplois créés et des remplacements nets. Si la variation dans l'emploi est négative, les emplois créés en raison de la croissance sont de zéro et le nombre total d'emplois créés équivaut aux remplacements nets.
Source: Département du Travail des Etats-Unis, 1997, p. 65.


L'emploi dans la production de films et de produits audiovisuels en 1995 est resté stable avec un chiffre de plus de 850 000 en Europe contre seulement 630 000 en 1985(15). L'industrie cinématographique américaine employait plus de 590 000 personnes en septembre 1995, contre 221 000 en 1985, avec une croissance multipliée par trois dans la catégorie de la production/des services (de 101 000 en 1985 à 314 000 en 1995)(16), et elle emploie maintenant plus de personnes que l'industrie aérospatiale. Une partie de cette croissance, qui s'est poursuivie jusqu'au moment de la rédaction de ce rapport, peut être attribuée aux activités liées aux TIC dans des domaines tels que la production numérique, les effets spéciaux visuels numériques et la gestion des systèmes et de réseaux.

L'impact économique des films et des productions télévisées délocalisés a été estimé à 10,3 milliards de dollars en 1998, c'est-à-dire cinq fois plus qu'au début des années quatre-vingt-dix, ce qui représente pour l'industrie américaine du divertissement une perte équivalant à plus de 60 000 emplois à plein temps entre 1996 et 1998 et un total cumulatif de 125 100 emplois entre 1990 et 1998 (6 900 emplois perdus en 1990 et 23 500 en 1998 par exemple)(17). Parmi les emplois perdus, on compte essentiellement des cascadeurs, des figurants, des techniciens, des costumiers, des maquilleurs et des décorateurs, voire quelques acteurs de renom.

Les TIC ont peut-être renforcé la tendance chez les acteurs et les autres travailleurs de l'industrie cinématographique à se mettre à leur compte plutôt que d'être salariés, et à la déprofessionnalisation de leurs métiers. Il y a eu aussi des pertes d'emploi chez les acteurs, les figurants et d'autres personnels de l'industrie du film et de la télévision, car les nouvelles techniques permettent maintenant de créer des effets spéciaux se substituant à leur travail. Pour les artistes, cela signifie souvent qu'ils doivent s'adapter de plus en plus à un système qui leur permet de faire fonctionner des équipements de contrôle de la lumière et de changement de décors par ordinateur, étant donné le manque de ressources dans l'industrie du théâtre.

A mesure que le nombre de chaînes de télévision augmente dans le monde, on diffuse de plus en plus d'émissions en direct. Toutefois, la FIA signale que souvent les artistes ne touchent rien pour ces émissions, et certains soutiennent que cela peut mettre en péril les représentations théâtrales et remplace médiocrement la représentation en direct(18). Les émissions radiodiffusées peuvent cependant susciter un plus grand intérêt pour les spectacles en direct et créer de nouvelles possibilités de travail. Les organisations de travailleurs s'efforcent de faire en sorte que l'exploitation accrue des droits dérivés des artistes dans les productions en direct soit convenablement rémunérée (vidéos, enregistrements de la distribution, radiodiffusion, etc.) à l'avenir, et que l'on redouble d'efforts pour éviter l'enregistrement non autorisé de spectacles en direct et le piratage d'enregistrements autorisés (voir chapitre 7).

Tous ces nouveaux éléments créent d'immenses possibilités pour les artistes du monde. Une indication de ce phénomène ressort de la déclaration du Syndicat français des artistes-interprètes (SFA), selon lequel le nombre d'artistes en France a progressé de 16 310 en 1985 à 40 437 en 1995(19); il y a davantage de travail et les enregistrements ont une plus grande durée de vie. Une autre indication ressort du fait que les possibilités de travail pour les artistes américains sont considérées comme particulièrement bonnes (voir tableau 3.2); la croissance concerne les musiciens (33 pour cent), les producteurs, les directeurs, les acteurs et les artistes (24 pour cent) et les danseurs et chorégraphes (28 pour cent)(20).

Tableau 3.2. Emploi par profession des artistes interprètes ou exécutants aux Etats-Unis, 1996, et projections pour 2006 (en milliers d'emplois)
 


Profession

Emploi


Variation


Nombre total d' emplois
créés par la croissance
et remplacements nets
1996-2006
1

Nombre


Répartition en %


Nombre

%

1996

2006

1996

2006


Ecrivains et artistes du spectacle

1 726

2 138

1,3

1,4

412

23,8

772

Danseurs et chorégraphes

23

30

0,0

0,0

7

28,0

12

Musiciens

274

366

0,2

0,2

92

33,4

130

Producteurs, metteurs en scène, acteurs et artistes du spectacle

105

130

0,1

0,1

25

23,6

48

1 Le nombre total d'emplois créés représente la somme des emplois créés et des remplacements nets. Si la variation dans l'emploi est négative, les emplois créés en raison de la croissance sont de zéro et le nombre total d'emplois créés équivaut aux remplacement nets.
Source: Département du Travail des Etats-Unis, 1997, p. 65.


Une étude réalisée par la Fédération internationale des musiciens révèle cependant que les musiciens traditionnels de la République de Corée ont moins de possibilités d'emploi depuis l'avènement de l'ordinateur sur la scène musicale - certains avaient continué en tant qu'artistes, mais bon nombre des musiciens sont passés à la composition ou à l'arrangement musical. En Inde, le développement et la facilité d'accès aux instruments électroniques s'étaient traduits par une réduction radicale de la demande de musiciens acoustiques - un seul musicien doté d'un clavier peut maintenant produire un son équivalant à une centaine d'instrumentistes acoustiques, ce qui a conduit à une augmentation du chômage chez les artistes. Au Japon, l'explosion enregistrée dans l'utilisation des synthétiseurs et des instruments musicaux faisant appel à l'ordinateur - et le développement du karaoké - avait provoqué une croissance marquée du chômage chez les musiciens(21).

Lorsque le personnel régulier de ces industries est menacé de chômage, certains membres peuvent avoir la possibilité de suivre un recyclage ou d'être redéployés au sein de leur propre entreprise (souvent dans le cadre d'un accord passé entre la direction et les syndicats), tandis que ceux qui perdent leur emploi pourront trouver du travail chez d'autres employeurs (peut-être après un recyclage ou une relocalisation). Néanmoins, certains secteurs durement touchés par les technologies réductrices de main-d'œuvre offrent peu de possibilités aux travailleurs déplacés. Un régime de retraite anticipée négocié par la POSPERT, la Fédération grecque des travailleurs de la radiodiffusion, vise à minimiser les pertes d'emplois chez le personnel grec de la radio et de la télévision (ERT). Les effectifs permanents qui s'élèvent à 3 350 personnes diminueront progressivement entre 1999 et 2003, avec environ 800 retraites anticipées dans des conditions favorables. Cette diminution des effectifs peut être attribuée en partie à l'impact des technologies ainsi qu'à d'autres facteurs liés à la restructuration(22). En Espagne, la radiotélévision espagnole comptait environ 9 500 personnes en 1998 contre quelque 15 000 en 1993. Cette baisse est due en partie à la restructuration ainsi qu'aux changements technologiques et du marché et elle s'est accélérée avec l'endettement croissant du groupe(23). L'emploi permanent dans les organismes publics de radiotélévision en Europe a baissé de façon sensible durant la période 1992-1997 en Allemagne, Autriche, Belgique, Espagne, Hongrie, Italie, Portugal et Royaume-Uni(24).

Les journalistes

De manière générale, les journalistes travaillent plus régulièrement que les artistes, ils sont fréquemment salariés et leurs structures syndicales et conventions collectives sont très différentes de celles des artistes. Tout comme ces derniers, les journalistes partagent les mêmes préoccupations en ce qui concerne l'intégrité de leur tâche et le risque de mauvaise utilisation et d'abus possible imputable à la technologie. Ces dernières années, il y a eu des changements considérables dans la nature du journalisme et l'emploi des journalistes. A titre d'exemple, les nouveaux médias tels que les services de nouvelles en ligne peuvent attirer les lecteurs et les spectateurs et les détourner des journaux, de la radio et de la télévision jusqu'à un certain point encore qu'il soit difficile de dissocier les effets des nouveaux médias des autres facteurs. Une enquête réalisée en 1996 sur les utilisateurs de PC aux Etats-Unis a révélé que 78 pour cent de ces personnes ont déclaré prendre du temps sur la télévision pour se consacrer à leur ordinateur mais elle a prédit que les journaux et les magazines d'intérêt général risquaient d'en souffrir du fait que les informations qu'ils donnent sont déjà disponibles sur l'Internet(25).

Le développement des médias en ligne risque d'aboutir au déclin d'au moins certains médias traditionnels, mais les journaux et les compagnies de radiodiffusion peuvent lancer avec succès leur propre entreprise dans le cyberespace et réaliser ce qu'ils n'avaient jamais pu faire auparavant et finalement créer des emplois pour un plus grand nombre de journalistes(26).

Contrairement à certaines prédictions, la demande de reporters et d'éditeurs se maintient et il n'y a pas de raison de penser que d'importantes parties de leurs tâches seront automatisées d'une manière telle que le nombre de leurs emplois diminuera. Entre-temps, les progrès technologiques tels que l'Internet aident à maints égards les journalistes à améliorer leurs travaux, et ce de façon plus efficace. Néanmoins, les progrès techniques suscitent certaines préoccupations et présentent certains défis. Pour les journalistes indépendants, une grande question a trait aux droits de reproduction électronique de leurs travaux. Cependant, tous les journalistes ont tout lieu de s'inquiéter qu'avec le développement des nouveaux médias et les progrès techniques la manière dont les nouvelles sont recueillies et diffusées l'éthique risque d'être oubliée, leur indépendance menacée, et la confiance du public dans les nouveaux médias - déjà limitée - pourrait s'amenuiser plus encore.

A certains égards, la technologie a eu des effets positifs pour le marché de l'emploi des journalistes mais, pour d'autres, son impact reste confus. Il ne fait pas de doute que les quotidiens perdent des lecteurs depuis plusieurs années. En 1967, environ 75 pour cent des adultes américains lisaient des quotidiens. En 1998, ce chiffre se situe tout juste en dessous de 59 pour cent(27). Le nombre des lecteurs des journaux du dimanche a chuté moins rapidement mais est aussi en baisse. Cependant, cette tendance remonte assez loin pour montrer que les médias en ligne ne sont pas responsables, mais plutôt la télévision.

Les projections de l'emploi pour la période 1996-2006 par profession et média aux Etats-Unis font apparaître que les possibilités seront particulièrement bonnes pour les écrivains et les éditeurs (avec un taux de croissance de 21 pour cent), tandis que ces possibilités resteront plutôt stables pour les annonceurs à la radio et à la télé, de même pour les présentateurs de nouvelles et les reporters et correspondants (voir tableau 3.3)(28).

Tableau 3.3. Emploi par profession dans les médias aux Etats-Unis, 1996, et projections pour 2006 (en milliers d'emplois)
 


Profession

Emploi


Variation


Nombre total
d'emplois créés par la croissance et remplacements nets
1996-2006
1

Nombre


Répartition en %


Nombre

%

1996

2006

1996

2006


Photographes

157

0,1

0,1

23,0

17,3

42

Annonceurs radio et TV et présentateurs de nouvelles

52

52

0,0

0,0

0,0

-0,6

21

Reporters et correspondants

60

58

0,0

0,0

-2,0

-3,1

17

Ecrivains et rédacteurs, y compris écrivains techniques

286

347

0,2

0,2

61,0

21,2

124

1 Le nombre total d'emplois créés représente la somme des emplois créés et des remplacements nets. Si la variation dans l'emploi est négative, les emplois créés en raison de la croissance sont de zéro et le nombre total d'emplois créés équivaut aux remplacements nets.
Source: Département du Travail des Etats-Unis, 1997, p. 65.


Selon le Syndicat des travailleurs de la presse de Buenos Aires (UTPBA), la situation des journalistes en Argentine s'est sérieusement détériorée entre 1998 et 1999 avec 800 licenciements à la suite de la fermeture du journal Perfil en 1998, de l'incertitude sur l'avenir de l'ATC (Argentina Televisor Color, la seule chaîne publique), de 12 fusions et acquisitions dans les industries des journaux et de la publication, entre janvier 1997 et mars 1998, de doutes sur l'avenir de nombreuses stations de radio et de plaintes en violation des règlements concernant le statut des journalistes et autres personnels des publications(29).

Les données en provenance d'Espagne montrent les changements dans l'emploi et la répartition selon le sexe chez les rédacteurs entre 1992 et 1998 dans les quotidiens (voir figures 3.1 et 3.2). Si l'on note une nette diminution de la main-d'œuvre, le personnel de rédaction et les femmes constituent une proportion sans cesse croissante. Durant cette période, les effectifs ont diminué de 15 pour cent, tandis que la part du personnel de rédaction est passée de 37 à 46 pour cent et la proportion de femmes dans ce groupe a augmenté de 27 à 29,5 pour cent(30). De même, le nombre de journalistes enregistrés au Portugal a augmenté très fortement, passant de 1 281 en 1987 à 4 247 en 1997. Sur ce nombre, les femmes représentaient 19 pour cent en 1987 et 32,8 pour cent en 1997(31). Plus que jamais, les femmes sont nombreuses à devenir journalistes et les recherches menées sur les femmes dans le journalisme au Royaume-Uni en 1998 ont révélé que les femmes de moins de 35 ans travaillant dans la presse gagnaient en moyenne 32 000 livres contre 25 000 pour leurs homologues de sexe masculin(32).

Figure 3.1. Evolution de l'emploi dans les quotidiens espagnols, 1992-1998

Un exemple illustrant l'impact sur l'emploi de l'internationalisation du travail de journaliste est le fait que plusieurs journaux de Singapour, y compris le Straits Times, sont en partie sous-édités et conçus dans des bureaux satellites situés dans d'autres pays, et les travaux de copie et d'iconographie sont envoyés électroniquement entre les bureaux. Cette pratique découlait de la pénurie de journalistes à Singapour, mais elle a été favorisée par l'utilisation des TIC.

Figure 3.2. Répartition par sexe du personnel de la rédaction dans les quotidiens espagnols, 1992-1998

Les nouveaux médias en ligne contribuent maintenant à la création de nouveaux emplois dans de nombreux pays industriels (en particulier aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, en Allemagne, au Japon, au Canada, en France et ailleurs). Si l'emploi dans les médias traditionnels est resté relativement stable, les opérations en ligne dans les entreprises telles que CNet, Salon, Slate, Newsbytes, Thestreet.com, Legi-Slate et d'autres embauchent de nouveaux travailleurs. CNet emploie environ 50 reporters, rédacteurs et concepteurs et producteurs rémunérés selon une échelle de salaires comparable à celle des journaux quotidiens de la ville-siège de San Francisco, à emplois comparables(33). Nombreux maintenant sont les jeunes journalistes à être davantage attirés par les médias en ligne que par l'imprimé traditionnel jugé «ennuyeux»(34). En revanche, les journalistes travaillant pour certains de ces nouveaux médias se heurtent à des défis que leurs homologues de la presse écrite et de la radiodiffusion n'ont pas à relever. Ils ont dû par exemple batailler ferme pour la reconnaissance des médias en ligne. C'est ainsi qu'ils ont eu du mal à obtenir une accréditation et les privilèges que les autres journalistes tiennent pour acquis comme l'accès à la Galerie de la presse du Congrès à Washington, DC(35). De même, les emplois, dans les nouveaux médias, sont moins bien définis et les personnes qui les acceptent doivent s'adapter rapidement et souvent écrivent pratiquement leur propre description des tâches(36).

Le journalisme web se révèle une activité lucrative pour de nombreux rédacteurs de journaux et de magazines. Selon un observateur, «les personnes possédant un profil média seront très demandées pour développer des sites web. Les médias absorbent les sites web de la vente du détail et des banques qui doivent être écrits et conçus comme s'ils étaient des journaux(37).

Le remplacement des anciens médias par des nouveaux constitue normalement une menace pour les emplois dans le journalisme. La technologie constitue une autre menace sur le lieu de travail en diminuant les besoins de main-d'œuvre. Sur ce front, les journalistes ont de la chance. Les nouvelles technologies ont peu affecté le besoin de reporters et de rédacteurs dans les médias traditionnels. Elles ont supprimé de nombreux emplois dans les journaux au cours des 25 dernières années, principalement dans les ateliers de composition et chez les employés de bureau. Le nombre de personnes nécessaires dans une salle de rédaction a légèrement diminué, mais les journalistes ne sont pas remplacés par des ordinateurs.

L'édition et les industries graphiques

L'impact des progrès techniques sur l'emploi dans ces domaines ne saurait être évalué isolément car ils ont lieu conjointement avec des processus tels que la libéralisation, la privatisation, la mondialisation et la déréglementation; ils affectent le nombre des emplois, la structure qualitative de l'emploi, l'organisation et la qualité du travail, les aptitudes exigées et les relations professionnelles.

La Commission européenne (1993) s'attendait à ce que l'emploi européen augmente de 5 à 10 millions d'emplois d'ici 2010 à la suite des investissements dans les TIC(38). Ces prévisions sont spéculatives et se fondent sur certaines hypothèses concernant les effets des conditions juridiques, politiques, économiques et technologiques. En concentrant les prévisions relatives à l'emploi sur des secteurs particuliers, on peut obtenir des chiffres plus fiables. Ainsi, Seufert a prévu que l'emploi dans les médias imprimés de l'Allemagne diminuerait de 12 pour cent entre 1992 et 2010, tandis que l'emploi dans les médias électroniques (y compris les médias électroniques «traditionnels» comme la radiodiffusion et les nouveaux multimédias) augmenterait de 62 pour cent(39) - les emplois dans les médias de l'imprimerie tombant de 416 000 en 1992 à 393 000 en 2000 et 366 000 en 2010, tandis que les emplois dans les médias électroniques augmenteraient, passant de 93 000 à 127 000, puis à 150 000 durant cette période -, une croissance nette de quelque 8 000 emplois sur la base du statu quo(40). L'évolution s'était déjà produite dans les industries telles que l'édition où certains éditeurs allemands étaient passés à des domaines tels que l'élaboration de logiciels et de vidéos ou la production de CD et de disquettes, de sorte que les développements ultérieurs dans l'édition électronique ont souvent fait appel à du personnel ayant connu antérieurement le passage aux produits non imprimés.

Il apparaît clairement que l'emploi dans les médias imprimés est en baisse. Jusqu'en 1991, l'emploi dans le secteur de l'imprimerie et de l'édition a augmenté de façon stable dans les douze pays membres de l'Union européenne, passant de 801 632 en 1985 à 882 654 en 1991, mais en 1995 l'emploi a baissé, tombant à 817 318, soit un recul de 7,4 pour cent par rapport à 1991(41). Il ne faut pas pour autant extrapoler et penser qu'il s'agit d'une tendance constante vers une société sans documents imprimés. Le débat concernant les effets des technologies de la société de l'information sur les livres, les magazines et les journaux s'est concentré sur la thèse de la substitution mais si, dans certains segments tels que l'information relative au commerce, à la science et aux professions libérales, on note une tendance vers davantage de substitution, aucune tendance nette vers une société dotée de documents sans support papier ne se dégage encore. En fait, l'emploi dans l'industrie graphique semble diminuer légèrement mais pas de façon spectaculaire. Entre mai 1994 et 1999, l'emploi dans le secteur graphique européen a baissé de 17 pour cent dans les pays de l'Union européenne et de 20 pour cent dans l'ensemble de l'Europe avec une baisse plus légère en 1998-99 que les années précédentes(42). La baisse dans l'emploi est en partie imputable à la plus forte productivité des processus automatisés de production.

Dans l'industrie graphique, l'emploi dans la composition a particulièrement souffert des TIC; à titre d'exemple, l'introduction de la microédition a causé la fermeture de nombreux ateliers de composition et de lithographie. L'emploi s'est déplacé en partie vers les nouveaux ateliers de microédition, et dans les départements internes de microédition il y a également eu une relocalisation mondiale du travail dans ce domaine(43). De fait, les opérations «délocalisées» de composition, d'impression et de sélection chromatique existent depuis de nombreuses années mais les possibilités dans ce domaine ont beaucoup augmenté avec la numérisation des données et l'utilisation de liens sophistiqués ISDN et autres. L'emploi pour les graphistes des pays où les travailleurs ont un bon niveau de protection sociale et de bonnes conditions de travail a beaucoup souffert, tandis que, dans les pays en développement offrant des normes d'impression satisfaisantes et des salaires et prestations inférieurs, les graphistes ont connu des améliorations de leurs perspectives d'emploi et de leurs salaires. Des recherches entreprises par Mitter et Pearson ont conclu qu'en 1992 environ 8 000 travailleurs, en particulier des femmes dans les pays d'Amérique, d'Afrique et d'Asie, travaillaient à la saisie de données pour le compte d'entreprises multinatinales occidentales(44). Ce chiffre serait certainement supérieur aujourd'hui, ne serait-ce que parce que trois entreprises (SPI à Manille et les imprimeries de Thomson Press et Macmillan en Inde) emploient à elles seules plus de la moitié de cet effectif - mais servent également des clients locaux. Les éditeurs français, britanniques et d'autres pays industriels utilisent depuis longtemps des entreprises de composition, d'impression et de reliure en Colombie, en Inde, à Madagascar, à Malte, au Maroc, à Maurice, aux Philippines et à Singapour (entre autres pays) et utilisent maintenant des fournisseurs de pays émergents tels que la Chine. L'intensification de la concurrence mondiale a conduit à une baisse des coûts de la composition d'environ 70 pour cent au cours de la dernière décennie, ce qui fait baisser les niveaux de salaire dans les pays industriels. La saisie mécanique des données a été menacée par les progrès de la reconnaissance optique des caractères et la technologie du scanner ainsi que par l'utilisation grandissante de fichiers Post Script de l'auteur/de l'éditeur ou de disques comprimés n'exigeant pratiquement du compositeur pas ou peu de travail. Les pays en développement spécialisés dans la saisie de données s'efforcent d'attirer des travaux de traitement de l'information à forte valeur ajoutée des pays industriels moins susceptibles d'être dépassés par les progrès techniques.

Le travail dans la composition a été complètement transformé par la révolution numérique dans les pays industriels et, dans une moindre mesure, dans les pays en développement. Le processus traditionnel de montage comprenait des activités distinctes (composition, mise en page, lithographie, retouche, etc.) effectuées par diverses catégories de techniciens et de techniciennes. Les technologies de la communication et de l'information ont abouti à l'intégration de tout le processus sous le contrôle d'un opérateur d'éditique qui contrôle même parfois le processus d'impression par l'intermédiaire d'un ordinateur ou de systèmes numériques d'impression. En outre, la composition se déroule avec des contacts plus directs avec la clientèle, par exemple par des procédures de correction des épreuves à distance.

L'organisation du travail dans l'imprimerie a également changé encore que moins fondamentalement que dans la composition. Les technologies de l'information constituent la base de fabrication intégrée par ordinateur. Il en résulte que le travail de l'imprimeur dans les pays développés se scinde en deux typologies différentes(45). D'une part, on note une tendance à la gestion moderne du traitement des commandes, y compris l'ingénierie de la composition, la planification et la gestion du flux de travail; d'autre part, il existe des opérateurs de presse exploitant des machines à imprimer et se chargeant aussi des activités traditionnelles telles que le nettoyage, la fourniture d'encre et de papier et effectuant les petits dépannages. Cette polarisation entraîne des exigences distinctes en matière de qualifications. La tâche du gestionnaire du processus exige des compétences techniques poussées et une connaissance aprofondie des TIC ainsi que des aptitudes à gérer les projets et à travailler en équipe. Le conducteur de presse aura besoin de compétences techniques de niveau inférieur même si la spécialisation dans certains types de presse peut exiger une formation spécifique. Dans la pratique, les conducteurs de presse doivent souvent contrôler des procédés plus complexes ou s'occuper de plus d'une machine; les tâches peuvent exiger une plus forte intensité de travail, une utilisation accrue de la quadrichromie, et parfois même un relèvement des normes du contrôle de la qualité.

La transformation des processus de travail a eu des répercussions significatives pour diverses catégories de professions traditionnelles dans les pays industriels. Dans les pays en développement, ces transformations se situent généralement à un stade plus précoce et évoluent à un rythme plus lent, de sorte que les informations données ci-dessous concernent davantage les pays industriels. Les typographes et les compositeurs appartiennent aux catégories qui ont diminué de la façon la plus spectaculaire. Certains d'entre eux ont reçu une nouvelle formation d'opérateur d'éditique, mais il est très peu probable que des compositeurs seront en mesure de bénéficier de la croissance attendue dans les nouveaux médias électroniques, même en ce qui concerne les emplois qui sont les plus proches de la composition, celui de concepteur de sites web par exemple. Un commentateur a fait l'observation suivante: «Supposons que 30 typographes travaillent pour un journal. Un jour, on leur annonce que dix d'entre eux devront partir pour cause de la restructuration. En même temps, ils découvrent que le journal sera sous peu publié sur l'Internet. Si les typographes ont déjà été formés à l'utilisation de l'Internet, ils peuvent conserver leur emploi(46).» Par ailleurs, des recherches menées sur l'emploi dans l'industrie du multimédia(47) aux Etats-Unis, en Autriche, en Allemagne, aux Pays-Bas et en Suède indiquent que les exigences en matière de qualification sont généralement plus élevées que dans les médias imprimés. De nombreux travailleurs du multimédia ne sont pas passés par l'industrie graphique et certains d'entre eux ont trouvé un emploi immédiatement après leurs études supérieures, tandis que les emplois techniques dans l'imprimerie exigent des connaissances du niveau du secondaire et une formation professionnelle. Comme l'a noté un syndicaliste en Asie, «ce qui est fascinant chez les jeunes travailleurs du multimédia - le type de personnes que nous devons maintenant recruter dans les syndicats -, c'est que ce sont en grande partie des autodidactes des technologies de l'information, qu'ils sont très bien payés et qu'ils espèrent et veulent changer d'emploi et d'employeur très régulièrement, qu'ils n'appartiennent pas à un syndicat et n'en voient pas vraiment la nécessité(48). Les travailleurs de l'imprimerie recherchant un emploi dans le multimédia sont aussi limités par le fait qu'en plus des qualifications techniques qu'ils possèdent d'autres compétences sont requises, telles que la créativité, la flexibilité, l'ouverture vers le client, des qualités de communication et l'aptitude à travailler en équipe(49). D'autres catégories de travailleurs bénéficieront de créations d'emplois. Les professions qui se développent le plus vite sont principalement celles qui nécessitent des qualifications élevées. Aux Pays-Bas, pour les années quatre-vingt-dix, on peut citer les catégories suivantes: journalistes, auteurs et annonceurs (19,9 pour cent de croissance); analystes de systèmes, programmeurs, contrôleurs de systèmes (16,5 pour cent); spécialistes du service de l'information et des médias (14,2 pour cent); photographes, cinéastes, concepteurs (13,1 pour cent), et artistes visuels et artistes exécutants (12 pour cent)(50).

Entre 1996 et 2006, les professions qui devraient connaître la plus forte croissance seront probablement les spécialistes de l'éditique (avec un taux de croissance de 74 pour cent), tandis que les professions qui connaîtront les plus grosses pertes d'emplois comprendront les compositeurs, les travailleurs de la mise en page et les assembleurs de films dans l'imprimerie. Ici, les réductions prévues dans l'emploi peuvent avoir un lien direct avec la technologie, puisque les principales baisses se comptent parmi les personnes directement touchées par la révolution numérique - compositeurs, metteurs en page, photograveurs, opérateurs de caméra, opérateurs d'impression typographique, clicheurs en photogravure et travailleurs du pelliculage (voir tableau 3.4)(51).

Tableau 3.4. Emploi par profession dans l'imprimerie et l'édition aux Etats-Unis, 1996, et projections pour 2006 (en milliers d'emplois)
 


Profession

Emploi


Variation


Nombre total
d''emplois
créés par la croissance et remplacements nets,1996-2006
1

Nombre


Répartition en %


Nombre

%

1996

2006

1996

2006


Travailleurs de l'imprimerie, précision

141

124

0,1

0,1

–17

–12,1

44

Relieurs

4

4

0,0

0,0

–1

–15,0

1

Travailleurs de l'imprimerie affectés au montage, précision

123

106

0,1

0,1

–16

–13,4

41

    Compositeurs et typographes, précision

6

3

0,0

0,0

–3

–50,3

1

    Imprimeurs à façon

15

15

0,0

0,0

1

4,90

3

    Metteurs en page

15

4

0,0

0,0

–11

–75,0

2

    Spécialistes de l'éditique

30

53

0,0

0,0

22

73,5

27

    Photograveurs

5

3

0,0

0,0

–2

–35,8

1

Opérateurs de caméras

11

10

0,0

0,0

–2

–14,9

2

Travailleurs du pelliculage, imprimerie

26

7

0,0

0,0

–20

–75,0

4

Clicheurs en photogravure

14

12

0,0

0,0

–2

–15,1

2

Tous les autres travailleurs de l'imprimerie, précision

13

14

0,0

0,0

0,0

1,1

2

Travailleurs de l'imprimerie, de la reliure et secteurs apparentés

383

394

0,3

0,3

11

2,9

81

Opérateurs de machine à relier et monteurs

81

85

0,1

0,1

4

4,9

16

Monteurs dans l'imprimerie, production

19

8

0,0

0,0

–11

–56,2

3

Photograveurs et lithographes (opérateurs
et ouvriers)

6

5

0,0

0,0

–1

–9,5

1

Assembleurs et travailleurs de la composition

14

3

0,0

0,0

–10

–75,1

2

Opérateurs d'imprimerie

215

226

0,2

0,1

11

5,0

45

Opérateurs de presse typographique

14

9

0,0

0,0

–5

–34,8

2

Conducteurs de machines offset

76

80

0,1

0,1

4

5,9

15

Assembleurs opérateurs et ouvriers, machines d'imprimerie

119

129

0,1

0,1

10

8,6

27

Tous les autres assembleurs de la presse et compositeurs

6

7

0,0

0,0

1

14,4

2

Opérateurs de machine à imprimer au cadre

29

31

0,0

0,0

2

6,1

6

Tous les autres travailleurs de l'imprimerie, de la reliure, etc.

38

44

0,0

0,0

5

14,0

11

1 Le nombre total d'emplois créés représente la somme des emplois créés et des remplacements nets. Si la variation dans l'emploi est négative, les emplois créés en raison de la croissance sont de zéro et le nombre total d'emplois créés équivaut aux remplacement nets.
Source: Département du Travail des Etats-Unis, 1997, pp. 73-74.


Travailleurs de la radiodiffusion, des médias
et de l'industrie cinématographique non inclus
dans les sections précédentes

Toutes ces catégories ont été touchées à un certain degré par les tendances des TIC, l'organisation du travail, la sous-traitance, le travail occasionnel, les fusions et acquisitions, la mondialisation, la privatisation, la flexibilité, etc. Il y a eu un transfert général de pouvoirs dans les entreprises de radiodiffusion, cinématographiques et des médias au détriment des travailleurs et des syndicats et au profit des employeurs, avec une mise à l'écart de la négociation collective centralisée. C'est ainsi que les cameramen, les techniciens, les spécialistes des décors, les employés de bureau, etc. sont également touchés par les changements, mais il n'a pas été possible d'examiner ces effets en détail.

Impact différent des technologies
sur les femmes et sur les hommes

D'une manière générale, les formes d'emploi précaires se développent dans ce secteur - en partie du fait des changements technologiques -, ce qui implique que les travailleurs ayant des responsabilités familiales ont plus de mal à organiser de façon satisfaisante la garde de leurs enfants. Cela a souvent des conséquences négatives sur les perspectives d'emploi des femmes. Les possibilités d'emploi pour les femmes dans le milieu du spectacle sont particulièrement liées à l'âge pour plusieurs raisons, et cela peut décourager plus encore les jeunes femmes de se lancer dans cette voie.

Les nouvelles technologies, le marché unique européen, le chômage (en hausse) et les changements intervenus dans l'organisation du travail ont affecté radicalement le secteur des médias de l'Union européenne et ont souvent eu des répercussions négatives pour les femmes. Au nombre de ces changements, on peut citer la part accrue des sociétés commerciales de radiodiffusion plus sensibles au marché qu'à l'opinion publique; une augmentation de la part des compagnies de production indépendantes; une diminution constante du personnel permanent et la multiplication des contrats à court terme ou freelance - souvent signés par des unités individuelles, de sorte qu'on ne tient aucun registre centralisé de ces travailleurs; enfin, des restructurations majeures au sein des entreprises publiques de radiodiffusion, faisant de l'égalité de chances une question moins prioritaire. Si le secteur indépendant peut offrir de nouvelles possibilités de carrière aux femmes, certaines pratiques discriminatoires constatées dans les anciennes institutions de radiodiffusion sont passées au secteur indépendant et les hommes continuent à occuper la majorité des postes de décision, selon une étude pilote de la Commission européenne sur la situation des femmes au Royaume-Uni et aux Pays-Bas(52). Kate Holman, ex-coordinatrice du comité directeur de la Commission européenne pour l'égalité des chances dans la radiodiffusion, a noté que la meilleure façon de changer les comportements de la direction et du personnel est de créer une meilleure mentalité sur le lieu de travail et d'utiliser des données précises et des renseignements présentés de manière intéressante pour démontrer que l'égalité entre les sexes dans la radiodiffusion contribue à la fois au succès commercial et à l'amélioration des programmes(53). Des informations sur les femmes journalistes en Espagne, au Portugal et au Royaume-Uni sont fournies plus haut dans le présent chapitre.

Aux Etats-Unis, en 1997, les femmes représentaient 15 pour cent de l'ensemble des écrivains de films, producteurs, metteurs en scène, cinématographes et éditeurs, tandis que pour la télévision ces chiffres étaient légèrement inférieurs, avec 21 pour cent pour l'ensemble des créateurs, des producteurs exécutifs, des producteurs, des metteurs en scène, des écrivains, des éditeurs et directeurs de la photographie pour les programmes les mieux cotés(54). Les statistiques canadiennes indiquaient que, globalement, les hommes et les femmes étaient également représentés dans les arts créatifs et les arts d'interprétation en 1996, le nombre de femmes étant toutefois supérieur parmi les danseurs (86 pour cent), les musiciens, les chanteurs et les plasticiens, tandis qu'elles étaient en minorité parmi les producteurs, metteurs en scène, chefs d'orchestre, acteurs et autres métiers. Chez les écrivains, traducteurs et professionnels des relations publiques, les femmes sont en majorité, à l'exception du journalisme (48 pour cent). Cependant, parmi les photographes, les techniciens des arts graphiques et dans les métiers techniques de l'industrie cinématographique, de la radiodiffusion et des arts d'interprétation, elles sont en minorité dans toutes les catégories (environ 30 pour cent)(55).

En ce qui concerne les pays en développement, les femmes de l'industrie cinématographique de l'Inde ont tendance à avoir moins de possibilités d'emploi et gagnent moins que les hommes, même s'il est prouvé que les jeunes actrices gagnent davantage que leurs homologues de sexe masculin et travaillent plus régulièrement. Toutefois, les actrices plus âgées ont plus de mal à trouver un emploi. D'une manière générale, les Indiennes trouvent maintenant plus facilement des emplois comme productrices, metteurs en scène et techniciennes qu'autrefois, avec davantage de débouchés dans la télévision que dans le cinéma. Les femmes représentent environ un tiers des acteurs dans le cinéma et la télévision à Mumbai, environ 50 pour cent des chanteurs et 40 pour cent des danseurs et moins de 1 pour cent des musiciens(56).

Les récents changements structurels intervenus dans les industries des médias, et en particulier l'introduction de nouvelles technologies, ont multiplié le nombre de travailleurs freelance dans ce secteur. Les grandes entreprises de radiodiffusion et d'édition licencient de plus en plus pour rester économiquement viables et sous-traitent souvent à de petites équipes (ainsi la BBC est tenue de sous-traiter 25 pour cent de ses programmes à des entrepreneurs indépendants). Le secteur indépendant peut offrir davantage de possibilités aux femmes en raison de la plus grande souplesse de ses horaires, etc., mais la discrimination envers les femmes peut rester un problème. Il semblerait que - par comparaison avec les femmes - les hommes aient davantage tendance à travailler à plein temps dans les médias et le spectacle, et on craint que la perte d'emplois permanents dans les grandes entreprises de radiodiffusion ait des effets négatifs sur la formation et la qualification des femmes de cette industrie(57). Du fait que les femmes se familiarisent de plus en plus avec les nouvelles technologies dans les applications quotidiennes et que l'on encourage les filles à acquérir des qualifications dans le domaine de l'informatique à l'école, l'écart hommes-femmes en ce qui concerne les qualifications techniques pourrait disparaître dans un proche avenir(58).


1.  D'après des observations écrites de Robert Zachariasiewicz à l'OIT en date du 26 août 1999. Il ajoute que la forte demande pour ces travailleurs aux Etats-Unis se manifeste par une pression grandissante des employeurs en vue d'admettre des travailleurs étrangers temporaires dans le pays par l'intermédiaire du programme H-1B - le plafond pour les admissions est passé de 65 000 travailleurs en 1998 à 115 000 en 1999, mais le nombre total d'admissions a une fois encore dépassé la limite, aboutissant à un arriéré de candidatures. Ceci montre à quel point le marché des TI est extraordinairement serré en général.

2.  V. di Martino: The high road to teleworking (Genève, BIT, à paraître).

3.  BIT: «Working world», dans World of Work (Genève, 1997), no 19, pp. 26-27.

4.  Communication personnelle à l'OIT de l'Office of National Statistics (Londres, 4 oct. 1999), sur la base de l'enquête sur la main-d'œuvre (portant sur les travailleurs et les travailleurs indépendants dont le travail à domicile nécessite à la fois un téléphone et un ordinateur).

5.  BIT: «Telework», dans Conditions of Work Digest, vol. 9, 1990/1 (Genève, 1990).

6.  Warnken, op. cit., p. 4.

7.  On estime que 87 pour cent des journalistes de la presse écrite étaient connectés en 1998 - Internet Index no 23, 28 fév. 1999, sur le site web http://www.openmarket.com/intindex/99-02htm.

8.  McKinlay et Quinn, op. cit., pp. 2-17.

9.  Miller and Sand, op. cit., p. 18.

10.  B. Motzney: «Vers l'adoption d'une politique culturelle. Convergence et contenu de la société de l'information: l'expérience canadienne», dans BIT: Education ouvrière (Genève, 1998), numéro spécial, nos 110-111, pp. 5-11.

11.  B. Kahin et E. Wilson (directeurs de publication): National information infrastructure initiatives (Cambridge, Massachusetts et Londres, MIT Press, 1997).

12.  W. Seufert: «Beschäftigungswachstum in der Informationsgesellschaft?», dans Media Perspektiven (Frankfurt-am-Main), 1996, 9/96, pp. 499-506.

13.  Institut allemand de la recherche économique (DIW), cité par J. Warnken, dans Education ouvrière, op.cit., p. 20.

14.  Département du Travail des Etats-Unis: «Employment outlook: 1996-2000», dans Monthly Labour Review (Washington, DC, 1997), p. 65.

15.  BIT, 1997, op. cit., p. 7.

16.  Chiffres du département du Commerce des Etats-Unis, cités dans «Content as a new growth industry», OECD Working Papers (Paris), vol. VI, no 46, 1998, tableau 8, p. 18.

17.  Directors Guild of America/Screen Actors Guild, op. cit., p. 16.

18.  Miller and Sand, op. cit., p. 15.

19.  Fédération internationale des acteurs: Compilation of survey data on conditions in live performance - Word Live Performance Conference [Conférence mondiale sur les représentations en direct], Lisbonne, 1999 (Londres, 1999).

20.  Département du Travail des Etats-Unis, op. cit., pp. 60 et 65.

21.  Fédération internationale des musiciens, op. cit., pp. 121-122.

22.  Lanara, op. cit., pp. 9-10.

23.  Federación de Servicios UGT: Estrategias de concentración y nuevas tecnologías en los medios de comunicación (Madrid, secretaria de Gabineties, Documentación y Estudios, 1999), pp. 75-76 et 164-165.

24.  Observatoire européen de l'audiovisuel: Annuaire statistique, Strasbourg, 1999, p. 75.

25.  Forrester Research Inc.: PC time and money, 1996.

26.  P. Boutie: «Will this kill that?», dans Communication World, 1er avril 1996, p. 34; H. Hafrash: "Will the growing popularity of the Internet kill newspapers?", dans Saudi Gazette, 17 juin 1999.

27.  Statistiques du nombre de lecteurs de la Newspaper Association of America.

28.  Département du Travail des Etats-Unis, op. cit., pp. 60 et 65.

29.  Communication personnelle à l'OIT, en espagnol, de Daniel das Neves, secrétaire général de l'UTPBA, 2 sept. 1999.

30.  Informe Anual de la Comunicación 1997-1998: Estado y tendencias de los medios en España (Madrid, Grupo Zeta, 1998).

31.  Institut européen de recherche comparative sur la culture (ERICarts): «Women in management or artistic decision-making positions in broadcasting» sur le site web http://www.ericarts.org/women/ staaudio.html, consulté le 24 août 1999.

32.  L. Brook: «So far, so feminised,» dans The Guardian (Londres), G2 Europe, 18 oct. 1999, p. 10.

33.  S. Outing: «Why online journalism is a great career choice», dans Editor & Publisher, 1er mai 1999, p. 49.

34.  A. Marks: «Internet redefines news business for many young journalists,» dans Christian Science Monitor, 8 août 1999.

35.  D. Noack: «Bias against online news reporters: The second class citizens of journalism», dans Editor & Publisher, janv. 1998, p. 13.

36.  P. Zollman: «New media hiring: Vets offer tips», dans Editor & Publisher, 21 mars 1998, p. 20.

37.  N. Denton, ancien journaliste au Financial Times, à la tête aujourd'hui de sa propre entreprise Internet, cité dans J. Robins: «How to create a website and get ahead in journalism», dans The Independent (Londres), 27 juillet 1999.

38.  Commission européenne: Croissance, compétitivité, emploi (Livre blanc), Bruxelles, 1993.

39.  W. Seufert: «Beschäftigungswachstum in der Informationsgesellschaft?», dans Media Perspektiven (Frankfurt-am-Main), 1996, 9/96, pp. 499-506.

40.  Institut allemand pour la recherche économique (DIW), cité par J. Warnken dans Education ouvrière, op. cit.

41.  Commission européenne, op. cit., section 6, p. 20.

42.  Selon l'étude sur la négociation collective de l'EGF, citée dans la publication de la Fédération graphique européenne: Collective bargaining: What's new in 1999? (Bruxelles, 1999), pp. 6 et 10-11.

43.  Commission européenne, op. cit., section 25, pp. 66-68; et U. Huws, N. Jager et S. O'Regan: Teleworking and globalization, Londres, Institute for Employment Studies, 1999.

44.  S. Mitter et R. Pearson: Global information processing: The emergence of software services and data entry jobs in selected developing countries (Genève, BIT, 1992), p. 22.

45.  British Printing Industry Federation: Managing technology - Strategies for profitable growth (Londres, 1997).

46.  O. Boye, secrétaire international de la Fédération graphique internationale, cité dans S. Grumiau: «Life-long learning», dans Trading Union World (Bruxelles, CISL), no 3, mars 1998, p. 24.

47.   Respectivement - A. Scott: «Patterns of employment in southern California's multimedia and digital visual effects industry», document présenté à un atelier multimédia (Université d'Utrecht), 1997; R. Hummel: «Which multimedia jobs?», dans Medien Journal, 1998, vol. 22, no 1, pp. 3-12; L. Michel: «Qualification requirements within professional multimedia production», idem, pp. 13-24; P. Leisink: «From media to multimedia industry in the Netherlands», dans idem, pp. 25-33; et A. Sandberg: New media in Sweden (Solna, Arbetslivsinstitutet, 1998).

48.  Rapport d'un colloque sur la convergence multimédia organisé par des organisations des communications internationales d'Asie et du Pacifique et la Fédération graphique internationale, 19-21 janv. 1998, Kuala Lumpur, Malaisie, p. 3, sur le site web http://www.cwu.org/cwu/kuala.htm.

49.  Hummel, 1998, op. cit., pp. 3-12; Michel, 1998, op. cit., pp. 13-24; et Leisink, 1998, op. cit., pp. 25-33.

50.  CED-SER (Commissie van Economische Deskundigen SER): Arbeidsmarkt, informatietechnologie en internationalisering (La Haye, SER), 1996, p. 51.

51.  Département du Travail des Etats-Unis, op. cit., pp. 73-74 , 77 et 80.

52.  Cité dans Women in arts and media professions: European comparisons, première Conférence européenne d'experts, Königswinter/Bonn, 1997, documents de projet no 1, p. 12.

53.  K. Holman: Equal opportunities for women in broadcasting, document présenté à la première Conférence européenne d'experts sur le thème «Les femmes dans les professions des arts et des médias», Bonn, 1997.

54.  Selon M. Lauzen et Women in Film, sur le site web http://www.wif.org, lu le 2 octobre 1999.

55.  Statistiques du Canada: Population active âgée de 15 ans et plus, par profession (sur la base de la Classification type des professions de 1991) et par sexe, pour le Canada, recensement de 1996 (échantillon de 20 pour cent), SOC code F, sur le site web http://www.statcan.ca, consulté le 21 juillet 1999.

56.  Arunaraje: Role of women in the film and television industry (Mumbai, Inde), 1999, pp. 4-5, non publié.

57.  M. Woolf: cité dans Women in arts and media professions: European comparisons, 1997, op. cit., p. 12.

58.  Ibid., p. 26.

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