SAP 2.77/WP.136
Service des activités industrielles
Document de travail
L'objet de notre étude était de déterminer les besoins des chefs d'entreprise des petites et moyennes entreprises et les conditions de travail de la main-d'oeuvre féminine du secteur du textile-habillement. Afin d'arriver à notre objectif, nous avons adopté comme méthodologie une enquête à deux volets: l'une auprès des chefs d'entreprise et la seconde auprès des femmes.
Finalement, malgré la très modeste taille de l'échantillon des entreprises et de la main- d'uvre interrogées, nous avons pu trouver un certain nombre d'éléments intéressants:
-- Les chefs d'entreprise: nos entretiens avec ces derniers révèlent leurs préoccupations concernant l'avenir de leur entreprise face aux défis du démantèlement des AMF et de la mise en place de l'Accord de libre-échange avec l'UE. D'autre part, ils rencontrent des problèmes dans le manque d'informations et de compétences dans les technologies nouvelles, les modes, les tendances du marché international, les capacités locales mises à leur disposition par l'Etat. Ils ont un besoin essentiel de formation de courte durée et non contraignante pouvant les aider à devenir et rester compétitifs.
-- La main-d'oeuvre féminine: un fait saillant est que les femmes ne subissent pas de discrimination sexuelle dans leur travail; il y a une totale égalité des chances entre les hommes et les femmes dans les promotions. Cependant, il y a une difficulté d'accéder à la formation continue. C'est le problème majeur rencontré lors de nos entretiens avec les femmes.
Il existe une complémentarité évidente entre les besoins en formation des chefs d'entreprise et ceux exprimés par les femmes. En Tunisie, où il existe une nécessité nouvelle d'accéder de manière plus autonome aux marchés internationaux, l'avenir des PME du secteur du textile-habillement passe par une montée en gamme de la production qui suppose que l'ensemble des acteurs du secteur possèdent un niveau de qualification adapté à ses nouvelles exigences.
Par ailleurs, le besoin accru de flexibilité et de production en «juste-à-temps» requiert une plus grande polyvalence de la main-d'oeuvre qui ne pourra être obtenue que par des programmes de formation appropriés. La force de la Tunisie réside dans l'existence de réseaux de formation qui ne demandent qu'à être mieux exploités.
Les avancées sociales qui ont permis notamment à la femme tunisienne de bénéficier d'avantages accrus dans un environnement non discriminatoire posent paradoxalement, dans le cadre du secteur du textile-habillement, un certain nombre de problèmes. L'industrie du textile-habillement est par essence une activité aléatoire où se succèdent les périodes de grande activité et de relatifs ralentissements. Dans ce contexte, il est difficile d'appliquer des règles strictes en matière de temps de travail, par exemple. Un certain degré de flexibilité est indispensable. Afin de le faire accepter tout en réduisant l'absentéisme, un renforcement du dialogue social est nécessaire et possible si toutes les parties concernées y trouvent leurs avantages.
Après avoir analysé ces résultats, il semble possible d'envisager quelques pistes susceptibles de répondre aux problèmes rencontrés, que ce soit pour les chefs d'entreprise ou la main- d'uvre féminine. Ces solutions peuvent être regroupées en deux blocs distincts:
| Solutions ponctuelles | Formation |
| Pour les chefs d'entreprise: | |
| Conseils techniques lors de l'achat
d'équipements nouveaux; |
Aux technologies nouvelles; |
| Meilleur accès à l'information en matière de technologie, de mode, d'évolution des marchés internationaux; | A des méthodes de gestion appropriées au secteur du textile-habillement; |
| En matière de design, de corruption des produits et d'utilisation des nouvelles matières textiles. | |
| Pour la main-d'oeuvre féminine: | |
| Contrôle de l'application des réglementations concernant l'accès à la formation professionnelle et continue; | Amélioration et suivi du contenu des formations; |
| La formation devrait être envisagée à la fois:
de manière ponctuelle: séminaires d'un ou deux jours, foires et salons (conférences), mais aussi sur le long terme à travers les centres de formation existants ou regroupés dans un centre national de formation ayant pour objet de satisfaire les besoins précis du secteur. | |
Enfin, les résultats de notre enquête nous confortent dans l'idée de poursuivre la réflexion entre les divers acteurs et partenaires concernés par le sujet, à savoir:
-- la Fédération nationale du textile-UTICA;
-- l'Union générale des travailleurs tunisiens (UGTT);
-- le Groupe de recherche sur l'entreprise et la production (GREP-Université de Tunis I);
-- l'Agence de la promotion industrielle (API);
-- le Centre technique du textile (CETTEX);
-- l'Institut supérieur du travail (IST);
-- le Centre de recherche, d'étude et d'information sur la femme (CREDIF);
-- l'Agence tunisienne de la formation professionnelle (ATFP).
Il pourrait être intéressant de réunir ces différents partenaires pour faire le constat sur les besoins des chefs d'entreprise et les conditions de travail des femmes dans les petites et moyennes entreprises, et de voir ensemble quelles solutions pourraient être apportées aux problèmes rencontrés.
L'objectif serait de définir une planification stratégique qui comporterait quatre phases:
-- En premier lieu, il faudrait déterminer le SWOT (17) du secteur du textile-habillement.
-- La deuxième phase consisterait à définir une mission ou vision stratégique, à savoir une série d'objectifs à long terme.
-- La troisième phase consisterait en la détermination d'objectifs intermédiaires.
-- Enfin, pour la phase finale, il conviendrait d'évaluer et de déterminer les moyens et les ressources nécessaires pour l'élaboration de la stratégie.
Le Bureau international du Travail pourrait jouer un rôle de modérateur.