SAP 2.77/WP.136
Service des activités industrielles
Document de travail
2. Les besoins des chefs d'entreprise des PME
Après avoir décrit dans quel contexte s'intègrent les petites et moyennes entreprises du secteur du textile-habillement, nous allons adopter une démarche microéconomique. Pour ce faire, nous allons présenter les principaux résultats d'une enquête sur le terrain et essayer d'évaluer les besoins des chefs d'entreprise.
2.1.Les besoins en formation des chefs d'entreprise
Les entretiens que nous avons menés avec les chefs d'entreprise des petites et moyennes entreprises du secteur du textile-habillement nous enseignent que le besoin en formation est primordial afin de rester compétitifs, suite aux mutations du marché international du textile-habillement et comme nous l'avons vu dans la section précédente au démantèlement des AMF et à la mise en place de l'Accord de libre-échange avec l'UE.
La formation des chefs d'entreprise
La majeure partie des chefs d'entreprise ou des membres de la direction (plus de 56 pour cent) que nous avons rencontrés ont reçu une formation sur le tas. Il faut tout de même noter que rares sont les chefs d'entreprise qui ont bénéficié d'une promotion interne dans l'entreprise qu'ils dirigent. En effet, 95 pour cent d'entre eux sont entrés à leur poste à la création de l'entreprise.
Tableau 6.Formation de base des chefs d'entreprise par taille
| Effectifs | Formation de base | |||||
| Primaire | Secondaire | Baccalauréat | BTS textile | Gestion | Sur le tas | |
| de 10 à 50 | 7 | 1 | 11 | |||
| de 51 à 100 | 2 | 5 | ||||
| de 101 à 200 | 2 | 1 | 1 | |||
| Total | 11 | 2 | 17 | |||
| Total (%) | 36,66 | 6,66 | 56,66 | |||
| Source: Enquête BIT, juin 1998. | ||||||
Les besoins en formation
Une grande proportion des chefs d'entreprise (89 pour cent) avouent ne pas avoir les connaissances suffisantes pour faire face à la compétitivité internationale.
En particulier, les chefs des PME qui sont partie prenante du processus de production ne disposent pas du temps nécessaire ni même parfois de l'information, qui leur permettrait de visiter les grandes foires internationales dans lesquelles sont présentées les technologies nouvelles.
Par ailleurs, les PME travaillent souvent en sous-traitance et ne sont, en conséquence, que rarement confrontées aux problèmes de conception des modèles et de développement de lignes originales de produits. Lorsque les chefs d'entreprise envisagent d'accéder à une plus grande autonomie, ce qui est actuellement le cas dans les moyennes entreprises, ils ne disposent pas des connaissances suffisantes en matière de conception et de design pour devenir «créatifs».
Il est intéressant de noter que la Tunisie dispose d'un Centre technique du textile (CETTEX) qui diffuse les technologies nouvelles, mais auxquelles peu d'entrepreneurs font appel, souvent par manque de temps ou d'information.
Un autre point, qui mérite d'être souligné, réside dans le fait que beaucoup de chefs d'entreprise des PME manquent d'une véritable formation de base en management, ce qui est préjudiciable à toute stratégie d'expansion, surtout internationale.
Enfin, l'importance du phénomène de sous-traitance, qui est la clé de voûte du développement des PME en Tunisie, fragilise toute stratégie d'expansion internationale autonome, dans la mesure où la plupart des chefs d'entreprise rencontrés n'ont pas une véritable connaissance des éléments susceptibles d'améliorer leur compétitivité à l'échelle internationale.
Il ressort de l'enquête que la majorité des chefs d'entreprise des PME est prête à remédier à cette situation en suivant une formation non contraignante adaptée à ses besoins. La notion de formation non contraignante a été souvent soulignée dans les entretiens avec les chefs d'entreprise; elle recouvre la notion évoquée plus haut du manque de disponibilité en terme de temps, dont souffrent la plupart des responsables de PME. Pour un chef d'entreprise de petite ou moyenne taille, il est quasiment impossible de s'absenter pour une longue période sans risquer de mettre en péril la viabilité de l'entreprise. Cette contrainte constitue vraisemblablement l'un des obstacles majeurs au développement optimal de la formation de ces responsables.
Comme le montre le graphique suivant, leur préoccupation première (62 pour cent) est la maîtrise des nouvelles technologies dans l'industrie du textile-habillement qui leur permettrait d'être plus productifs. D'autre part, ils sont à la recherche d'informations relatives aux modes nouvelles afin d'améliorer leur créativité par leur productivité.
Graphique 11.Domaines de formation privilégiés par les chefs d'entreprise
Source: Enquête BIT, juin 1998.
Une des caractéristiques qui ressort de nos entretiens avec les chefs d'entreprise est qu'ils sont tous préoccupés par l'Accord de libre-échange européen qu'a ratifié la Tunisie.
L'échantillon au complet (100 pour cent) nous a donné la même réponse: ils recherchent les moyens pour devenir compétitifs et le rester face aux entreprises européennes. Ils veulent se sentir prêts pour l'adhésion finale à l'espace économique européen en 2010.
Une proportion de 90 pour cent des chefs d'entreprise est prête à suivre une formation de courte durée sous forme de séminaires qui les informerait régulièrement sur l'évolution du marché du textile-habillement au niveau international.
2.2. Les autres besoins auxquels sont confrontés les chefs d'entreprise
Les besoins des chefs d'entreprise en main-d'oeuvre qualifiée
Pour un bon fonctionnement de leur entreprise, les chefs d'entreprise ont identifié leurs besoins majeurs. Le premier d'entre eux est le manque de main-d'oeuvre qualifiée. En effet, plus de la moitié des personnes interrogées considèrent qu'elles se trouvent en situation de déficit en personnel qualifié: notamment en techniciens, techniciens supérieurs et agents de maîtrise. Selon le CETTEX, ce déficit s'élèverait dans la branche de l'habillement à 477 techniciens et agents de maîtrise.
Pour y remédier, les autorités locales ont décidé de mettre en place de nouveaux centres de formation professionnelle et d'agrandir et de créer de nouvelles filières dans les centres existants.
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| Le huitième Plan a permis à la Tunisie de développer ses capacités en termes de formation professionnelle afin de remédier aux problèmes de la faible technicité et du faible taux d'encadrement des employés du secteur du textile-habillement. Ainsi a été créé le Centre technique du textile (CETTEX) et deux centres de formation professionnelle (Bir Kassa et Ksar Hellal).
Mais ces faibles capacités se sont vite révélées nécessaires mais non suffisante, car ces centres de formation sont plutôt orientés vers le textile alors que les besoins en habillement sont bien plus importants. «Cette anomalie sera corrigée par le neuvième Plan qui verra la création de trois nouveaux centres de formation en habillement (deux à Tunis et un à Monastir) et la création de deux sections de l'habillement dans les centres de Bir Kassaa et Ksar Hellal.» Selon le rapport de Gherzi Organisation «La résorption du déficit passe par l'accélération de la réalisation du programme prévu.». D'autre part, un accord entre la FENATEX et le ministère de la Formation professionnelle et de l'Emploi prévoit la création de centres de formation en habillement, dont les premières promotions sont attendues pour l'an 2000. |
| Source: Gherzi Organisation, mai 1998. |
Cette situation est une caractéristique de la branche de l'habillement seulement, alors que dans le textile nous sommes en présence d'une situation de surcapacité puisque les jeunes diplômés ne trouvent pas de travail. Cet excédent est de l'ordre de 22 techniciens supérieurs et de 58 techniciens et agents de maîtrise. Graphique 12. Les besoins des chefs d'entreprise pour un bon fonctionnement de leur entreprise
Source: Enquête BIT, juin 1998
Les problèmes d'accès à l'information
Par ailleurs, nous avons remarqué que, pour combler certains besoins en technologie (CAO et PAO) des chefs d'entreprise, il suffisait d'engager des jeunes diplômés des centres de formation en textile et habillement. Or 95 pour cent des chefs d'entreprise ignorent que de telles formations existent et, après avoir été informés de leur existence lors de l'enquête, se sont déclarés prêts à y envoyer des membres de leur personnel pour y suivre une formation ou se faire recycler. On peut ainsi donc noter qu'il y a un problème de circulation de l'information sur les capacités existantes dans le pays.
Les problèmes d'accès aux nouvelles
techniques de production
En effet, les chefs d'entreprise interrogés nous ont indiqué qu'ils avaient des problèmes d'accession aux nouvelles techniques de production, exception faite des PME qui sont des sous-traitantes d'entreprises étrangères et qui bénéficient, de ce fait, d'un transfert technologique limité dans le cadre de leur collaboration. D'autre part, les salons professionnels du textile-habillement sont les moyens les plus cités comme outils les plus répandus pour résoudre le problème. Mais nous constatons de nouveau que les salons ne sont pas suffisants; les chefs d'entreprise insistent sur leur désir d'accéder à des formations de courte durée les informant sur l'évolution technologique de leur domaine de production.
Les problèmes de main-d'oeuvre
Le problème le plus souvent rencontré avec la main-d'oeuvre est celui de l'absentéisme suivi du retard. En effet, les chefs d'entreprise évaluent l'absentéisme à 25 pour cent en moyenne, ce qui est un taux très élevé. La première conséquence de ce phénomène est l'arrêt de la chaîne de production; les objectifs de production ne pouvant donc pas être remplies, ce qui implique une possibilité de perte de marché si l'on ne sous-traite pas le travail. Il semble donc être très difficile de faire des programmes de production sur le long terme du fait de la non-flexibilité des contrats de travail dans le secteur du textile-habillement.
En effet, les contrats et les conditions de travail sont régis par une convention collective qui est négociée entre le patronat et le syndicat des travailleurs tous les trois ans.
Ainsi, les patrons rencontrés, de la même façon qu'ils sont motivés pour suivre des formations de courte durée pour combler leurs besoins en technologie et leur ignorance partielle dans l'évolution du marché international du secteur du T-H, cherchent à connaître et donc à apprendre les méthodes utilisés par leurs concurrents européens pour discipliner et motiver leur main-d'oeuvre (mis à part les primes de productivité classiques).
Graphique 13.Les problèmes de main-d'oeuvre rencontrés par les chefs d'entreprise
Source: Enquête BIT, juin 1998.