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PROGRAMME DES ACTIVITES SECTORIELLES

Document pour discussion

PEUT-ON AMELIORER LES CONDITIONS DE DEMOLITION DES NAVIRES?

par

Paul J. Bailey

 

Document préliminaire destiné à stimuler la discussion et l'analyse critique

Copyright ® 2000 Organisation internationale du Travail (OIT), Genève

video sur la démolition des navires

Photos: Anis Hassanein/BIT


Table des matières

1. LA DEMOLITION DES NAVIRES

1.1 Le problème

1.2 Des risques patents

Encadré 1. Démolition des navires: risques et normes pertinentes de l'OIT

1.3 Volume du travail de démolition

1.4 Où se fait le travail?

1.5 Initiatives récentes

1.6 La première conférence internationale

Encadré 2. La démolition des navires au Bangladesh

2. CONSTRUCTION NAVALE

2.1 Où construit-on des navires?

2.2 D'où proviennent les commandes?

3. QUE FAIRE MAINTENANT?

TABLEAUX

1. Tonnage démoli, par pays, 1996-1998

2. Navires sortis des chantiers, par région ou pays, 1998

3. Commandes de navires, par type et par pays constructeur, 1998

4. Provenance des commandes, par type de navire et par pays

1.LA DEMOLITION DES NAVIRES

1.1Le problème

La démolition des navires, pratiquée comme elle l'est, sur les plages, dans certains pays d'Asie, est une activité particulièrement dangereuse et insalubre. La rentabilité en est déterminée en grande partie par le prix de la ferraille. C'est la Chine qui était, il y a quelques années encore, le principal pays de démolition; avec le renforcement de la législation sur l'environnement et la sécurité, toutefois, l'activité a cessé d'être rentable. Et l'on cherche à trouver, dans des conditions qui ne font que se détériorer, des pays où l'on n'applique pas les normes de sécurité et de santé au travail.

Malgré les résolutions de l'ancienne Commission des industries mécaniques de l'OIT, qui appelait l'attention sur le problème (1)

, on a peu fait jusqu'à une époque récente pour améliorer les conditions de travail dans cette activité. Face à cette situation, une réunion tripartite convoquée par l'OIT en mai 2000 (2)

-- sur l'impact dans le domaine social et du travail de la mondialisation dans le secteur de la fabrication du matériel de transport -- a formulé dans ses conclusions les recommandations suivantes, que le Conseil d'administration du BIT a approuvées à sa 279e session, en novembre 2000:

le BIT devrait préparer dans un premier temps un recueil de consignes de travail adaptées aux conditions locales, pour élaborer ensuite un recueil complet de directives pratiques sur la sécurité et la santé dans la démolition des navires;

les gouvernements devraient exiger la tenue à bord des navires d'un inventaire des matières dangereuses, mis à jour tout au long de la vie du navire (3)

.

1.2Des risques patents

Les travailleurs, des migrants pour la plupart, employés à la démolition des navires sont confrontés à des problèmes très divers, qui touchent aussi bien aux conditions d'emploi et de travail qu'aux relations professionnelles et aux possibilités d'action collective, inexistantes (4)

. C'est surtout des questions de sécurité et de santé au travail, de prévention, que l'OIT s'est préoccupée jusqu'ici, comme l'indiquent les résolutions de la Commission des industries mécaniques. On est très attentif aussi, désormais, aux problèmes d'environnement, les ouvriers des chantiers étant eux-mêmes en première ligne en cas de catastrophe écologique frappant l'ensemble de la population.

Le travail s'effectue sur les plages, par une forte chaleur -- 40° C --, dans des conditions très périlleuses, sans mesures de prévention, sans aucun équipement de protection personnelle. L'encadré 1 donne une liste, établie par le BIT, des risques patents, des facteurs dangereux ou nocifs auxquels les ouvriers sont exposés. Il donne aussi la liste des normes et des directives pratiques de l'OIT applicables au travail de démolition. On pourra consulter également à ce sujet la base de données bibliographiques du Centre international d'informations de sécurité et de santé au travail (CIS).

Encadré1. Démolition des navires: risques et normes pertinentes de l'OIT

1.Facteurs dangereux ou nocifs

Amiante

Biphényles polychlorés

Plomb

Chromates

Mercure

Fumées produites par le soudage et l'oxycoupage

Radiations

Bruit

Vibrations

Pollution atmosphérique

Sources de radium faiblement actif

Liquides organiques (benzène, etc.)

Batteries, bouteilles de gaz comprimé, liquides extincteurs, etc.

Produits chimiques

Chalumeaux à plasma ou à gaz

Explosifs

Grues et engins de levage

Scies, meules, etc.

Chutes, commotions, chocs électriques, etc.

2.Normes et directives pratiques de l'OIT applicables aux opérations de démolition

Conventions

n° 13 Céruse (peinture)

n° 115 Protection contre les radiations

n° 119 Protection des machines

n° 127 Poids maximum des charges

n° 136 Benzène

n° 139 Cancer professionnel

n° 148 Milieu de travail (pollution de l'air, bruit et vibrations)

n° 155 Sécurité et santé des travailleurs

n° 161 Services de santé au travail

n° 162 Amiante

n° 170 Produits chimiques

n° 174Prévention des accidents industriels majeurs

Recommandations

n° 114Protection contre les radiations

n° 118Protection des machines

n° 128Poids maximum des charges

n° 144Benzène

n° 147Cancer professionnel

n° 156Milieu de travail (pollution de l'air, bruit et vibrations)

n° 164Sécurité et santé des travailleurs

n° 171 Services de santé au travail

n° 172 Amiante

n° 177 Produits chimiques

n° 181 Prévention des accidents industriels majeurs

Recueils de directives pratiques

Sécurité et hygiène dans l'industrie du fer et de l'acier, 1984

Sécurité dans l'utilisation de l'amiante, 1984

Radioprotection des travailleurs (rayonnements ionisants), 1987

Sécurité dans l'utilisation des produits chimiques au travail, 1993

Enregistrement et déclaration des accidents du travail et des maladies professionnelles, 1996

Source: BIT, Programme focal sur la sécurité et la santé au travail et sur l'environnement.

1.3Volume du travail de démolition

Sachant que bien des navires doivent être démolis pour des raisons de sécurité après vingt ou vingt-cinq années de service, on peut facilement estimer le volume de travail à prévoir, compte tenu de l'âge de la flotte actuelle. En 1998, année de grosse activité, 673 navires au total, représentant un tonnage de 27 254 525 tpl, ont été démolis, et les prévisions pour 1999 étaient du même ordre.

L'âge moyen de la flotte en service à la fin de l'an 2000 -- quelque 88 000 unités -- était de dix-neuf ans. Pour maintenir cet âge, il faudrait démolir chaque année près de 1 900 navires d'un âge moyen de vingt-cinq ans, soit trois fois plus qu'actuellement (5)

.

1.4 Où se fait le travail?

La plus grande partie du travail de démolition se fait en Inde, au Bangladesh et au Pakistan, régions où les marées sont fortes, ce qui facilite l'échouage des navires sur les plages. Ce sont plus de 300 navires qui sont démolis chaque année à Alang, en Inde, plus de 2000 qui l'ont été là depuis la création des chantiers au début des années quatre-vingt.

Cette activité est une source non négligeable d'emplois et de revenus. Aux ouvriers, des migrants souvent, employés dans les chantiers -- 40 000 à Alang, 25 000 à Chittagong, au Bangladesh --, il faut ajouter toutes les personnes qu'elle touche ou qui en bénéficient indirectement, en multipliant ces chiffres par cinq ou dix peut-être. Peut-on priver les travailleurs du revenu qu'ils peuvent ainsi gagner, si maigre soit-il selon les critères occidentaux? Ce qui est sûr en tout cas, c'est qu'il faut leur garantir un minimum de protection contre les risques auxquels ils sont exposés.

Tableau 1. Tonnage démoli, par pays, 1996-1998

(millions de tpl)

Pays 1996 1997 1998

Inde 8,9 7,6 8,5

Bangladesh 4,4 2,9 5,2

Pakistan 2,0 0,8 2,7

Chine 0,2 0,2 1,4

Autres pays 2,3 3,8 2,6

otal 17,9 14,5 20,4

Source: Iron and Steelscrap and Shipbreakers Association of India, d'après la Lloyd's List.

A l'évidence, la seule manière sûre de démolir les navires consisterait à les démolir dans des chantiers navals, comme cela se faisait dans les pays industriels. Il y a un quart de siècle cependant qu'on ne démolit plus de navires au Royaume-Uni. Il existe encore des installations utilisables en Espagne et en Turquie. L'Australie étudie la possibilité de créer de telles installations. Une étude a été aussi entreprise dans l'Union européenne. La Chine, qui jusqu'en 1993 réalisait la moitié des opérations de démolition dans le monde, s'est retirée du secteur après l'adoption d'une législation plus stricte sur l'environnement. Quand bien même il est possible de démolir un navire en deux semaines dans un chantier naval alors que cela prend plus de six mois sur une plage, il est peu probable que les pays industriels s'intéressent à nouveau à cette activité car il faut qu'il existe un marché pour la ferraille à proximité des chantiers.

1.5 Initiatives récentes

Les directives envisagées -- le projet américain de directives sur les conditions de travail à bord des navires exportés pour la démolition (6)

, le projet soumis par la Norvège à l'Organisation maritime internationale (OMI) (7)

, les projets examinés par l'Assemblée générale des Nations Unies (8)

 -- font généralement une grande place à la protection de l'environnement et à la prévention de la pollution. Les références faites à la démolition des navires dans la Convention de Bâle sur le contrôle des mouvements transfrontières de déchets dangereux et de leur élimination vont également dans ce sens (9)

; la convention, au demeurant, n'est pas axée sur ce problème et est sans incidence pour tous les pays qui ne sont pas signataires. De nombreux projets désignent l'OMI ou le secrétariat de la convention de Bâle comme les organisations compétentes, sans qu'on sache exactement quelle serait leur autorité en ce qui concerne les conditions de travail sur les navires et dans le périmètre alentour après l'échouage.

On peut mentionner encore, au chapitre des études ou des initiatives récentes, le rapport publié en Inde sur les conditions de travail à Alang, qui montre comment renforcer les services d'inspection et améliorer la formation de base dans le domaine de la prévention (10)

; l'étude sur la démolition des navires à Chittagong demandée par le Bureau de l'OIT à Dhaka en prévision de la réunion tripartite de l'OIT sur l'impact dans le domaine social et du travail de la mondialisation dans le secteur de la fabrication du matériel de transport (mai 2000) ainsi que les campagnes d'information lancées par la Fédération internationale des organisations de travailleurs de la métallurgie, la Fédération internationale des ouvriers du transport et Greenpeace.

1.6La première conférence internationale

En 1999 s'est tenue la première conférence internationale sur la démolition des navires (11)

, qui n'est pas parvenue à un accord sur les questions dont elle était saisie (12)

. Parmi les solutions proposées figuraient les suivantes: