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SAP 2.81/WP.140

Service des activités industrielles
Document de travail

Le travail des enfants
dans les petites exploitations minières du Niger:
Cas des sites de natron, de sel,
de gypse et d'orpaillage


Conclusion générale

Le travail des enfants est extrêmement répandu au Niger, mais surtout dans le secteur informel.

Les petites exploitations minières artisanales sont les plus dangereuses de toutes les activités du secteur informel nigérien. Pourtant, cette seule branche d'activité emploie plusieurs centaines de milliers de travailleurs. Nos estimations donnent les chiffres suivants:

­ petites mines: 147 380 travailleurs, dont 70 000 enfants (47,5 pour cent);

­ petites mines et carrières: 442 000 travailleurs, dont 250 000 enfants (57 pour cent).

Pourtant, légalement, l'âge minimum du travail au Niger est de 14 ans en général, et de 18 ans pour le secteur minier.

Après l'agriculture et l'élevage, le Niger est un pays essentiellement minier au vu de la richesse de son sous-sol, qui n'a malheureusement pas fait l'objet d'exploitations industrielles plus rentables et plus sécurisantes. N'ayant pas su saisir à temps toutes les opportunités qui s'offraient à lui et n'ayant pu engager et mener à terme une politique judicieuse en la matière, l'Etat s'est contenté, en guise de mesure, de laisser le secteur informel s'investir dans l'exploitation des ressources minières.

Cette mesure dite sociale a pour but de lutter contre la pauvreté des populations. Mais, dans la réalité, cela s'est traduit par la formation d'un cercle vicieux dans la mesure où les populations n'ont pas les moyens de rentabiliser leurs activités minières et n'ont pas bénéficié de soutien à cet effet.

Pour essayer de compenser cette insuffisance de moyens de production, les adultes emploient leurs enfants, compromettant ainsi le développement socio-économique à long terme sans pour autant améliorer la situation présente qui, au contraire, n'a fait que se dégrader, car la main-d'uvre enfantine ne peut être concurrentielle (ou rentable) dans le domaine minier.

Ces travaux pénibles et dangereux ont pour principal résultat de porter gravement atteinte aux enfants, tant au plan physique que psychosocial. Ainsi, au Niger, le travail des enfants dans les petites exploitations minières a pour cause:

­ la pauvreté de la population (le Niger a été classé au dernier rang des pays au plan économique en 1996);

­ le manque d'engagement des différents partenaires susceptibles d'améliorer la situation, notamment:

l'Etat qui n'a pas adopté une politique et une réglementation spécifiques en la matière et n'arrive pas à appliquer la réglementation générale en vigueur pour une meilleure prise en compte des questions de sécurité et du travail des enfants;

la société civile qui n'a pas songé à s'organiser en associations, ONG ou coopératives pour mieux s'impliquer dans la prévention du travail des enfants: seules deux ONG s'occupant du travail des enfants ont pu voir le jour, et cela seulement en 1998;

les investisseurs nigériens qui ne s'intéressent qu'au commerce, considéré comme activité traditionnelle et sans risque.

Les quatre sortes d'exploitations étudiées (natron, sel, gypse et or) emploient toutes une forte proportion d'enfants (plus de 50 pour cent en général) et comportent d'importants risques d'accidents et de maladies. Elles ont par conséquent toutes besoin d'appui non seulement pour améliorer les conditions de travail, mais également pour prévenir les risques d'accidents et de maladies ainsi que pour s'opposer au travail des enfants.

Si la solution à long terme consiste à lutter contre la pauvreté, il n'en demeure pas moins que certaines formes intolérables du travail des enfants ne peuvent qu'être interdites à court ou moyen terme. Il faut à cet effet:

­ appuyer l'Etat pour qu'il élabore et fasse appliquer une politique et une réglementation spécifiques adaptées;

­ appuyer la société civile, notamment les ONG s'occupant du travail des enfants, dans ses actions de sensibilisation et d'éducation;

­ appuyer le secteur privé et engager d'autres initiatives dans le domaine des petites exploitations minières: redéploiement des cadres expérimentés ayant servi dans d'autres mines industrielles;

­ encourager les organisations internationales et organisations sous-régionales à s'investir davantage dans la solution des problèmes relatifs aux conditions de travail, au travail des enfants et à la sécurité, notamment dans le domaine de l'orpaillage qui fait beaucoup de victimes humaines, dont des enfants.

Enfin, il serait souhaitable de chercher à mieux apprécier le travail des enfants dans les petites exploitations minières en:

­ approfondissant les investigations sur les autres sites du pays où sont exploitées les quatre matières choisies (natron, sel, gypse, or) dans le cadre de la présente étude préliminaire;

­ étendant l'étude à l'exploitation des autres matières, notamment la cassitérite (étain) et les matériaux de construction.

 

 

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Mise à jour par BR. Approuvée par OdVR. Dernière modification: 28 septembre 2000.