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SAP 2.81/WP.140

Service des activités industrielles
Document de travail

Le travail des enfants
dans les petites exploitations minières du Niger:
Cas des sites de natron, de sel,
de gypse et d'orpaillage


IV. Exploitation de l'or du Liptako-Gourma

1. Bref aperçu historico-géographique de l'exploitation

L'or du Liptako du Niger a été découvert en 1964 par le BRGM (France), mais n'a pas été exploité industriellement jusqu'à présent.

Le Liptako-Gourma est la région du fleuve Niger comprenant l'extrême sud-ouest du Niger, le sud-est du Mali et le nord du Burkina Faso.

L'orpaillage (exploitation artisanale de l'or) a commencé au Niger en 1966 et n'a connu un développement accéléré qu'à partir de 1984. L'orpaillage et l'exploitation semi-industrielle de l'or avaient déjà progressé à l'époque dans les deux pays voisins (Mali et Burkina Faso) qui présentent les mêmes contextes géologiques, mais traversaient des difficultés économiques plus aiguës que le Niger.

En effet, grâce à l'uranium, le Niger a connu de 1977 à 1983 un développement économique qualifié de «boom de l'uranium» qui lui a permis de distancer ses deux voisins (l'uranium constituait plus de 50 pour cent des recettes de l'Etat et plus de 80 pour cent des exportations du Niger). Mais, avec la chute du prix de l'uranium à partir de 1983, la misère s'est vite installée au Niger poussant la population soit à un exode massif, soit à des activités complémentaires à l'agriculture et à l'élevage, notamment l'orpaillage pour les habitants du Liptako, qui s'étend sur les postes administratifs de Gothèye, dans l'arrondissement de Téra, et de Torodi, dans les arrondissements de Say et de Kollo. Ces trois arrondissements sont situés dans le département de Tillabéry, à l'ouest du pays. Le département de Tillabéry, avec un taux de pauvreté de 80 pour cent, est considéré comme la région la plus pauvre du pays. Elle est pourtant riche en potentiel hydrique et minier. En effet, la région est traversée sur 500 km par le fleuve Niger (seul cours d'eau permanent du pays) et six affluents qui l'alimentent. De même, le sous-sol renferme des gisements de fer, de phosphates et d'or non encore exploités industriellement.

La population est essentiellement composée de Sonrhaïs, Peuls, Touaregs, Gourmantchés et Haoussa. Elle est estimée à 1 879 657 personnes, dont 50,4 pour cent de femmes, 49,6 pour cent d'hommes et 53 pour cent d'enfants de moins de 18 ans. Le taux de couverture sanitaire et le taux de scolarisation sont respectivement de 30,17 pour cent et 27,70 pour cent.

Les activités économiques sont axées sur l'agriculture qui est pratiquée par 87 à 89 pour cent de la population sédentaire et semi-sédentaire. L'élevage est pratiqué par les Peuls et les Touaregs, et la pêche surtout par les riverains du fleuve, notamment les Sorko venant parfois du Nigéria. L'orpaillage est une activité secondaire exercée essentiellement après la saison des pluies par des dizaines de milliers de travailleurs, dont plus de 10 pour cent viennent d'autres régions du pays et des pays limitrophes, notamment le Burkina Faso et le Mali.

Aussi bien les hommes que les femmes et les enfants participent aux travaux d'orpaillage, y compris à la saison des pluies, où les risques d'accidents deviennent plus importants, raison pour laquelle les sites sont officiellement fermés.
2. Méthode d'exploitation et de traitement de l'or

Aussi bien l'exploitation que le traitement se font de façon artisanale, tant sur les deux sites d'Alareni et de Tchalkam que sur l'ensemble des sites (environ 40) du Liptako nigérien. Cela explique le faible rendement et le taux élevé d'accidents que connaît cette activité.

2.1.Méthodes d'exploitation minière

On rencontre aussi bien des exploitations à ciel ouvert que des exploitations souterraines (galeries). L'exploitation à ciel ouvert se fait selon les méthodes suivantes:

­ fouilles superficielles;

­ puits verticaux ou inclinés;

­ tranchées.

L'exploitation souterraine se fait surtout quand la minéralisation d'or est très profonde (plus de 20 m en général).

Le matériel utilisé, aussi bien pour les exploitations à ciel ouvert que pour les exploitations souterraines, comprend essentiellement des pics, des pioches, des seaux, des échelles de corde, des sacs en plastique et des lampes torches.

2.1.1. Exploitation par fouilles superficielles et par puits

d'Alareni, dans le poste administratif de Torodi,

arrondissement de Say (site de Taboura)

Il s'agit d'une exploitation qui a débuté en 1997, mais qui a déjà entraîné en juillet 1998 un accident qui a coûté la vie à plus de 27 personnes sur le site de Taboura.

L'exploitation se fait à ciel ouvert car, étant à ses débuts, les profondeurs ne sont généralement pas très grandes, bien qu'elles puissent atteindre parfois 50 m, ce qui laisse supposer l'existence de quelques exploitations souterraines.

Les deux méthodes d'exploitation les plus couramment utilisées sont les suivantes:

­ fouilles superficielles: on procède par grattage superficiel sur les cuirasses latéritiques ou les terrasses alluvionnaires, ou encore sur les épandages de quartz. La profondeur des excavations est en général inférieure à 20 m et les accidents y sont rares. La profondeur maximale autorisée par les autorités est de 10 m;

­ puits verticaux ou inclinés: les minerais alluvionnaires et les veines minéralisées sont exploités par puits verticaux ou inclinés au moyen de pics et de barres à mine. Les matériaux (stérile et minerai) abattus sont extraits à l'aide de pelles et de seaux. La hauteur des puits peut atteindre 50 m, leur diamètre est généralement faible (de 1,5 à 2 m) afin d'accéder le plus rapidement possible au minerai par la réduction du volume de stérile à extraire.

Le site compte plus de 20 puits, chaque puits est exploité par des personnes dont le nombre augmente en fonction de la profondeur (de 10 à 30 personnes en général). Le puits appartient à un propriétaire et les travailleurs sont dirigés par un chef d'équipe. Pour accéder aux puits ou pour remonter la matière extraite du fond du puits, les travailleurs, qui sont généralement des enfants de 14 à 17 ans, se placent en chaîne sur une échelle de bois et de corde. Ils se passent ainsi les sacs de minerai qui pèsent de 5 à 10 kg. Pour prévenir les chutes, chaque enfant est attaché à une corde fixée sur le parement du puits à l'aide d'un piquet.

2.1.2. Exploitation par tranchée des minerais

filoniens (Alareni et Tchalkam)

L'opération consiste à exécuter une série de trous dont chacun représente une parcelle appartenant à un orpailleur (propriétaire du trou). Les puits sont alignés dans l'axe du filon et forment une grande tranchée d'une centaine de mètres de longueur, large de 15 à 30 m et d'une profondeur de 30 à 50 m. L'accès au fond de la tranchée et la remontée des matières se font de la même manière que pour les puits.

Les déblais déposés autour des tranchées au fur et à mesure du creusement forment des tas de 5 à 10 m de hauteur. L'accumulation de ces déblais considérés comme stériles constitue un véritable danger pour la stabilité de la tranchée qui peut ainsi s'effondrer, ce qui a provoqué plus de 27 morts en 1998 à Alareni (site de Taboura), et cela toujours à la saison des pluies (2).

2.1.3. Exploitation en galeries souterraines à Tchalkam

L'exploitation de Tchalkam ayant démarré en 1984, la prospection de l'or en profondeur se fait par galeries horizontales ou inclinées creusées à partir du fond des puits (verticaux ou inclinés) ou des tranchées. Les galeries communiquent entre elles en profondeur et se prolongent sur plusieurs dizaines de mètres.

Ce type d'exploitation est le plus dangereux, car il y a non seulement risque d'accidents par effondrement du trou (grande profondeur sans soutènement), mais également risque d'asphyxie (grande profondeur sans ventilation). C'est l'exploitation en galeries souterraines qui a causé la mort de 23 orpailleurs à Tchalkam en 1984. Depuis cet accident, dans lequel plusieurs enfants perdirent la vie, il est interdit aux enfants de travailler en galeries et la profondeur maximale autorisée est de 30 m. Mais, dans la pratique, les orpailleurs la dépassent. 2.2. Méthode de traitement artisanal de l'or

Le traitement artisanal de l'or se fait par l'une des trois méthodes suivantes:

­ panage;

­ vannage;

­ sluice box artisanal.

La méthode de traitement dépend du type de gîte du minerai. Pour les minerais alluvionnaires et éluvionnaires affleurant et/ou subaffleurants, le traitement se résume à la concentration de l'or qui se fait soit par panage soit par vannage, car le minerai est à l'état meuble et non consolidé en blocs de roche. Pour le minerai filonien, toutefois, plusieurs opérations de concassage, de broyage et de tamisage son effectuées avant d'arriver au stade du panage. Toutes ces phases du traitement sont exécutées aussi bien par les hommes que par les femmes et les enfants.

Concassage des blocs de quartz

Le bloc de minerai est placé dans une grosse pierre creuse où il est fragmenté à l'aide d'un marteau jusqu'à l'obtention de morceaux de 2 à 3 cm de granulométrie, qui sont transvasés dans des assiettes ou des calebasses avant d'être broyés.

Broyage

Les fragments de quartz contenant l'or sont broyés très finement jusqu'à l'obtention d'une granulométrie inférieure ou égale à 1 mm, et cela à l'aide d'un pilon et d'un mortier métalliques fabriqués localement.

Tamisage

La poudre est tamisée pour séparer les fractions fines des particules grossières, qui sont de nouveau broyées et tamisées. Il est beaucoup fait appel aux femmes et aux filles pour cette opération considérée comme moins pénible, mais qui comporte une forte exposition à la poussière.

Concentration de l'or

Elle se fait soit par panage, soit par vannage:

­ Le panage consiste à laver le minerai tout en cherchant à séparer par gravité les gros éléments des fins, par plusieurs rotations manuelles de la calebasse contenant le produit (graviers alluvionnaires ou fins issus du tamisage des minerais filoniens). La matière légère est éliminée par gravité, alors que le concentré d'or associé aux autres métaux de base contenus est récupéré et ensuite séché au feu dans des poêles métalliques ou dans des assiettes au soleil.

­ Le vannage se fait à sec au moyen de calebasses, d'assiettes ou de bâtées après avoir préalablement sélectionné le minerai extrait.

La séparation des paillettes d'or et des impuretés magnétiques s'effectue à l'aide d'un aimant par le propriétaire même du minerai (ce travail ne se sous-traite pas en raison du risque de vol d'or).

Traitement du minerai aurifère par sluice box artisanal

Ce traitement consiste à laver le minerai dans une rigole en pente. L'or est alors récupéré sur des morceaux de tissu en laine. La concentration de l'or et de minéraux lourds associés se fait dans une assiette ou une poêle contenant de l'eau et du savon pour retenir les éléments fins dans les concentrés. La poudre d'or obtenue est pesée à l'aide de balances de précision avec des poids de 0,5 à 50 grammes.

Conditionnement de l'or

La poudre d'or obtenue est soit mise dans des flacons, soit nouée dans des morceaux de tissu.

Raffinage de l'or

La poudre d'or est revendue à des grossistes par le producteur ou par des intermédiaires. Les deux plus grands commerçants d'or du Niger possèdent chacun une fonderie à Niamey pour la fusion et le moulage de l'or.

3. Commercialisation

Le commerce de l'or est réglementé par les décrets no 74-110/PCMS/MMH du 28 mai 1974 et no 89-029/PMS/MMH du 6 février 1989. Ce dernier décret confère le monopole d'achat de l'or sur les sites d'orpaillage à l'Office national des ressources minières (ONAREM), mais des commerçants sont également agréés pour acheter et revendre leurs produits à l'ONAREM.

Il n'existe pas de statistiques fiables concernant les quantités d'or produites, car non seulement les commerçants agréés ne déclarent pas toute leur production, mais également l'or acheté peut provenir du Burkina Faso limitrophe.

Selon le rapport de M. Mahamadou Souley sur le potentiel et la valorisation des exploitations artisanales et à petite échelle des gîtes aurifères du Liptako-Gourma au Niger (décembre 1993):

La mission orpaillage entreprise par le ministre chargé des mines en 1989 a enregistré sur cinq sites (dont Tchalkam) un volume d'achat d'or d'environ 217 kg sur une période de quatre mois.

La mission pilote de l'ONAREM, installée sur trois sites d'orpaillage en vue d'implanter des comptoirs d'achat d'or, a pu collecter en un mois (du 19 avril au 17 mai 1992) jusqu'à 13,8 kg de concentré d'or brut, soit 479 g d'or par jour.

Quant au circuit de commercialisation, il comprend:

­ les orpailleurs indépendants (individuels);

­ les acheteurs intermédiaires locaux;

­ les commerçants indépendants;

­ les commerçant grossistes;

­ les bijoutiers;

­ les représentants des négociants étrangers;

­ les clients à l'étranger.

Le propriétaire d'un puits rémunère ses travailleurs en nature par partage de la production entre lui-même et ses travailleurs. Ce partage se fait selon une périodicité variable allant d'une semaine à deux mois. Chacun traite sa part de minerai et revend l'or extrait, en général à des intermédiaires.
4. Conditions de travail et risques

4.1. Conditions de travail et risques liés à l'extraction

Les conditions de travail sont réputées difficiles et dangereuses, même dans le secteur formel industriel, malgré les améliorations apportées par le progrès technique. Dans le secteur informel, et particulièrement dans celui de l'orpaillage, les méthodes de travail sont restées moyenâgeuses et comportent des risques énormes, pour une faible productivité donc un faible revenu, qui s'ajoutent à l'aspect aléatoire de la recherche de l'or. Les travaux sont pénibles car effectués manuellement sans aucune autre source d'énergie artificielle (électrique, mécanique, chimique, éolienne, hydraulique, pneumatique).

L'activité la plus difficile physiquement est le creusement dans le minerai, constitué généralement de filons de quartz à des profondeurs allant jusqu'à 50 m, alors que la réglementation fixe la profondeur maximale pour l'exploitation souterraine à 30 m et à 10 m pour les fouilles.

Les puits et galeries étant étroits, le travailleur se sent coincé et surtout ne bénéficie pas d'une aération suffisante non seulement pour respirer correctement, mais aussi pour compenser les pertes de calories dues à la transpiration. La durée de travail journalière est de sept à huit heures, et parfois plus. Au fond des galeries, où le travail s'organise par équipes de deux à trois personnes, le travailleur peut creuser pendant deux heures de temps selon sa résistance avant de remonter jusqu'à la surface pour respirer quelques bouffées d'oxygène.

Les risques de chute de blocs, d'effondrement et de chute des échelles sont omniprésents par manque de techniques minières adaptées (purge contre les chutes de blocs, soutènement contre les effondrements et utilisation de gradins au lieu d'échelles). Les effondrements peuvent résulter de la nature des terrains encaissants qui sont généralement des schistes fracturés et altérés, donc peu résistants. Les déblais entassés au bord immédiat de l'excavation peuvent non seulement causer des chutes de blocs de roche au fond où se trouvent les mineurs, mais également entraîner un effondrement sous l'effet de leur poids.

Il arrive que l'exploitation se fasse la nuit bien que cette pratique soit interdite. Il arrive aussi, surtout en début de campagne d'orpaillage, après la saison des pluies, que les galeries profondes débouchent sur des venues d'eau souterraines du fait de la remontée de la nappe phréatique alimentée par les pluies. Cela entraîne une importante augmentation de la charge de travail physique et des contraintes financières, car il faut se procurer des motopompes de débit moyen pour procéder à l'exhaure (évacuation de l'eau). Ces venues d'eau peuvent provoquer des noyades.

4.2. Conditions de travail et risques liés au traitement du minerai d'or

Le traitement est moins pénible et moins dangereux que l'exploitation du fait qu'il se pratique en surface. Toutefois, ces opérations dégagent beaucoup de poussières et les phases de concassage et de broyage demandent beaucoup d'efforts physiques et provoquent des douleurs aux bras et une fatigue générale. Le concassage et le broyage engendrent un bruit intense susceptible de provoquer des lésions auditives. Le lavage du minerai dans les rivières polluées cause la bilharziose.

Durant le traitement, le travailleur est souvent anxieux à l'idée qu'il risque de ne pas trouver d'or. En effet, contrairement au natron et au sel, la prospection de l'or est aléatoire. Il est fréquent que les prospecteurs ne trouvent rien. C'est pourquoi il est difficile de parler de recette. A titre indicatif, la recette mensuelle peut varier de 0 à 1 000 000 FCFA.

4.3. Conditions de travail et risques liés aux activités induites

Le travail de l'or ne se limite pas à l'extraction et au traitement. Il se forme autour des sites des villages induits (généralement en paillotes) avec diverses activités contribuant plus ou moins à l'orpaillage. Parmi ces activités, celles qui mobilisent beaucoup les enfants sont principalement:

­ le transport (sur une dizaine de kilomètres) et la vente d'eau par les enfants âgés de 15 à 17 ans en général;

­ la vente de nourriture par les femmes et les filles;

­ la vente de drogue;

­ la prostitution des femmes et des filles dès l'âge de 12 ans.
5. Travail des enfants

Les enfants participent pleinement à 9 des 12 phases d'activité que nous avons recensées dans le domaine de l'orpaillage. L'abattage (extraction) en fond de puits, de tranchée ou de galerie est interdit aux enfants de moins de 18 ans, car dangereux, et les opérations de concassage et de broyage leur sont déconseillées car pénibles. Mais, dans la pratique, il arrive de rencontrer des enfants de 16 à 17 ans qui accomplissent ces travaux interdits ou déconseillés.

Dans la phase d'extraction, les enfants sont utilisés pour une activité très dangereuse, même si elle n'est pas très pénible en apparence. Il s'agit des «enfants convoyeurs de minerai». En effet, pour remonter à la surface les stériles ou les minerais, ces enfants se placent à la chaîne sur une échelle de corde et de bois (un échelon en bois sert de support à chaque enfant) pour se passer des sacs pesant généralement de 5 à 10 kg. Pour empêcher la chute de l'enfant lors des différents mouvements qu'il fait pour saisir les sacs vers le bas et les passer vers le haut, il est retenu par une corde attachée à une tige de bois fixée dans le parement du trou.

En plus d'être exposé au risque de recevoir des blocs de roche se détachant du parement et des déblais en surface, l'enfant peut tomber au fond de l'excavation quand la corde se casse ou quand le piquet se décroche du parement. Notons que l'enfant peut être pris de vertige aussi. Dans certains cas, il s'est drogué avant de pénétrer dans le trou et a perdu le sens de l'équilibre.

On voit là clairement que les enfants (leur nombre peut atteindre une vingtaine selon la profondeur du puits) sont utilisés pour transporter le produit dans des conditions dangereuses que seul les convoyeurs, les skips ou autres techniques d'extraction modernes peuvent assurer dans les mines d'exploitation industrielle.

Il s'agit là d'une forme intolérable du travail de l'enfant tout comme certaines activités induites par l'orpaillage qu'exercent les enfants, à savoir la prostitution des filles dès l'âge de 12 ans et la consommation de drogue par les enfants des deux sexes.

Le transport de l'eau par les garçons de 15 à 17 ans, essentiellement à l'aide des charrettes tractées par des ânes, se fait sur environ 10 km à Alareni, soit 40 km pour deux voyages aller-retour quotidiens. Le prix du transport de l'eau est de 2 000 FCFA, mais il arrive que l'enfant ne soit pas payé car la vente se fait souvent à crédit, le remboursement étant lié à la probabilité de trouver de l'or dans le minerai à laver. Ce risque de ne pas être payé est d'ailleurs couru dans les autres transactions comme la vente de nourriture et la prostitution pour les filles. Mais cet aléa devient plus grand encore pour les garçons et les hommes qui travaillent dans l'exploitation d'une excavation (abattage et transport de la matière) pour le compte d'un propriétaire d'excavation qui les paie non en espèces mais en nature, c'est-à-dire en minerai, qui peut se révéler stérile après traitement.

En ce qui concerne la répartition des enfants par phase d'activité suivant le sexe et l'âge, le tableau 5 ci-dessous indique que sont interdits aux enfants le creusement des trous (filles et garçons) et le transport de la matière hors du trou (filles), alors que le concassage et le broyage sont déconseillés sans être interdits. Le tableau 6 montre que, malgré ces contre-indications, les enfants, notamment ceux qui sont âgés de 14 à 17 ans, accomplissent toutes les activités des adultes. Les enfants âgés de 6 à 9 ans accomplissent trois types d'activités et ceux qui ont de 10 à 13 ans en accomplissent cinq. La majorité des enfants travailleurs sont des garçons de 14 à 17 ans, qui sont utilisés dans 25 pour cent des cas comme convoyeurs de minerai, et dans 10 pour cent des cas comme transporteurs-vendeurs d'eau. Quant aux filles, elles pratiquent à la fois la vente de nourriture (6 pour cent des enfants) et la prostitution (8 pour cent des enfants et probablement plus de 50 pour cent des filles).

Tableau 5. Utilisation des enfants par phase d'activité
Activités Hommes Femmes Filles Garçons
Abattage en puits, galerie ou tranchée X 0 0 0
Transport de roches du trou X 0 0 X
Concassage X
Broyage X
Tamisage ­ X X X
Panage (à l'eau) X X X X
Vannage (à sec) X X X X
Commercialisation de l'or X X X X
Transport et vente d'eau X X X X
Vente de nourriture X X
Prostitution X X
Vente et consommation de drogue X X X X
Légende: X = Exerce l'activité; = Activité déconseillée; 0 = Activité interdite.

Tableau 6. Répartition des enfants par tranche d'âge et par activité

Echantillon de 100 enfants, dont 50 d'Alareni et 50 de Tchalkam
Activités

Tranche d'âge

Nombre d'enfants

6-9 ans 10-13 ans 14-7 ans
Abattage en puits, galerie ou tranchée 0 0 1 1
Transport de roches du trou 0 0 25 25
Concassage 0 0 5 5
Broyage 0 2 4 6
Tamisage 5 10 7 22
Panage (à l'eau) 0 0 9 9
Vannage (à sec) 0 3 8 11
Commercialisation de l'or 0 0 2 2
Transport et vente d'eau 2 0 10 12
Vente de nourriture 3 8 6 17
Prostitution 0 2 8 10
Vente et consommation de drogue 0 0 5 5
Total 10 25 90 125
Pourcentage 8 20 72 100

6. Système de prévention et infrastructures sanitaires

6.1. Prévention des risques d'accident

Les orpailleurs n'utilisent aucune des techniques de sécurité minière modernes. Aucun moyen de protection collective ou individuelle spécifiquement destiné à assurer la sécurité n'est utilisé. Pourtant les tentatives pour améliorer la sécurité ont commencé dès 1986-87 par la mise en place d'équipes mixtes de sécurité comprenant des agents de différents départements ministériels (techniciens des mines, agents de santé, gendarmes, gardes républicains, policiers et agents des eaux et forêts).

Ces équipes, qui n'existent plus depuis 1990 (l'Etat n'arrivant pas à assurer leur prise en charge), donnaient des conseils et faisaient respecter quelques mesures, telles que:

­ interdiction de creuser des galeries;

­ respect d'une distance minimale entre les puits;

­ interdiction de stocker les déblais au bord immédiat de l'excavation;

­ limitation des horaires de travail de 7 heures à 17 heures (interdiction de travailler la nuit);

­ recommandation de pratiquer certaines techniques minières comme les gradins;

­ fermeture des sites d'orpaillage à la saison des pluies, où les risques d'effondrement sont importants (tous les accidents mortels sont enregistrés à cette période).

Jusqu'à présent, seuls des textes relatifs à la commercialisation de l'or ont été élaborés; aucun texte réglementaire sur la sécurité n'a vu le jour, hormis les arrêtés portant fermeture des sites à la saison des pluies et les recommandations formulées par les équipes de sécurité ou par les techniciens des mines dans leurs rapports de mission. Aucune organisation spécifique à la sécurité n'a été mise en place pour ou par les orpailleurs.

Les orpailleurs ne tiennent pas de statistiques des accidents, et l'administration des mines ne dispose que de quelques chiffres concernant essentiellement des accidents collectifs mortels. Ces chiffres sont en deçà de la réalité selon les informations recueillies sur le terrain.

Comme dans les autres branches d'activité des exploitations informelles, les travailleurs de l'orpaillage ne sont pas couverts par la sécurité sociale et ne bénéficient pas de visites médicales préventives.

6.2. Infrastructures sanitaires et systématiques de soins

Les infrastructures sanitaires de la région d'Alareni et de Tchalkam sont les deux centres médicaux des deux chefs-lieux de poste administratif de Torodi, à 60 km, et de Gothèye, à 100 km. Ces deux infirmeries ne sont pas dotées de moyens humains ni de matériels quantitativement et qualitativement suffisants. L'accès à ces deux villages se fait par des pistes non goudronnées difficilement praticables. L'hôpital de district de Téra (chef-lieu d'arrondissement) est à environ 200 km.

En cas d'accident ou de maladie sur les sites d'orpaillage d'Alaréni ou de Tchalkam, le système de soins est le suivant:

Pour les premiers soins en cas d'accident ou de maladie: deux cas de figure peuvent se rencontrer:

­ si le propriétaire du puits en a les moyens financiers, les soins relatifs à un accident peuvent être assurés par des infirmiers privés installés sur les sites; en revanche, en cas de maladie, les soins sont à la charge de la victime, qui retourne généralement dans sa famille pour se faire soigner (soins traditionnels) ou simplement se reposer;

­ si le propriétaire du puits n'en a pas les moyens financiers, les accidents sont traités comme des maladies, à savoir que la victime retourne dans sa famille.

Pour les seconds soins en cas d'accident grave:

­ la victime est évacuée vers l'hôpital de district de Téra, à environ 200 km (dont 100 km de piste difficilement praticable, soit trois heures et demie à quatre heures de route), ou vers celui de Niamey; il y a lieu de signaler que la présence de véhicules sur le site n'est pas permanente, mais plutôt aléatoire;

­ dans tous les cas, même si un véhicule est disponible, la victime sera évacuée plutôt vers sa famille si le propriétaire du puits n'a pas les moyens d'assurer son transport jusqu'à l'hôpital de district.
7. Conclusion et recommandations

L'orpaillage est une des activités les plus pénibles, les plus dangereuses et, de surcroît, les plus aléatoires.

C'est la grande pauvreté du Niger, classé au dernier rang des pays en 1996 au plan économique, qui pousse la population à chercher sa nourriture quelles que soient les conditions. Le département de Tillabéry, où se pratique l'orpaillage, est considéré comme le plus pauvre du pays (taux de pauvreté de 80 pour cent).

Contrairement au Mali et au Burkina Faso, l'exploitation industrielle de l'or n'a toujours pas commencé au Niger.

L'orpaillage se poursuit donc sans aucune technique de sécurité, exposant ainsi plusieurs milliers de travailleurs à tous les dangers. En effet, en partant de l'hypothèse que les deux sites d'Alareni et de Tchalkam (1 100 travailleurs, dont 187 enfants, soit 17 pour cent) ne constituent qu'environ 5 pour cent de la quarantaine de sites d'orpaillage du pays, le nombre total d'orpailleurs peut être estimé à environ 30 000, dont 5 100 enfants.

On y rencontre plusieurs formes intolérables du travail des enfants, comme le convoyage de minerai par les garçons, ou d'activités connexes, comme la prostitution des filles et la consommation de drogue par les enfants des deux sexes. Aussi, devant l'impossibilité d'y mettre fin, des solutions urgentes s'imposent, telles que:

­ lutter contre la pauvreté;

­ mener une étude approfondie pour mieux cerner les problèmes et proposer des solutions plus efficientes;

­ élaborer des textes réglementaires spécifiques concernant la sécurité;

­ aider l'Etat à revenir à la solution des équipes mixtes de sécurité;

­ aider les orpailleurs à créer des coopératives ou des associations mixtes;

­ réglementer le travail des enfants et en interdire les formes intolérables, comme le travail au fond des puits, pour les moins de 18 ans;

­ assurer une organisation et un encadrement des orpailleurs par l'utilisation d'ingénieurs, d'agents de maîtrise et d'ouvriers expérimentés ayant servi dans les mines industrielles, mais se trouvant actuellement au chômage.

 

 

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Mise à jour par BR. Approuvée par OdVR. Dernière modification: 28 septembre 2000.