SAP 2.81/WP.140
Service des activités industrielles
Document de travail
Le travail des enfants
dans les petites exploitations minières du Niger:
Cas des sites de natron, de sel,
de gypse et d'orpaillage
II. Exploitation du sel (Nacl) de Tounouga (Foga Gaya)
1. Bref aperçu historico-géographique
de l'exploitation du sel
Le site étudié se trouve dans la localité de Tounouga, sous-région de Foga dans l'arrondissement de Gaya, département de Dosso. Le village de Tounouga se trouve à 320 km au sud-est de Niamey, à la frontière du Nigéria. La route Niamey-Gaya est goudronnée. De Gaya, l'accès à Tounouga se fait par une piste en terre battue sur 10 km jusqu'à Tounga, puis sur un terrain sans piste jusqu'à Tounouga sur une distance d'environ 5 km. L'exploitation du sel n'est pas liée au statut social des travailleurs, contrairement à celle du natron du Boboye réservée aux anciens esclaves et aux personnes vivant dans une grande pauvreté. En effet, la région de Gaya est la plus arrosée du pays, aussi l'agriculture y est-elle plus développée; les habitants sont par conséquent moins pauvres que ceux du reste du pays.
L'exploitation du sel se fait après la période des pluies pour occuper la population qui n'a pratiquement pas d'activités après les trois à quatre mois de culture des champs de mil, maïs, sorgho et riz, essentiellement (de juin à septembre). En effet, aussi bien le sel que le natron ne peuvent être exploités en saison pluvieuse car, avec les pluies, la matière s'infiltre dans le sol pour ne remonter qu'après les pluies par évaporation. La population est composée essentiellement de Haoussa et Djerma qui sont les deux principales ethnies du Niger. En fait les autochtones de la région, métis de Haoussa et de Djerma, s'appellent des Tchianga. On trouve également des Peuls (éleveurs nomades qui se sont sédentarisés) dans la région.
La population pratique aussi l'élevage. L'exploitation du sel permet de se procurer quelques revenus, nécessaires pour se vêtir et s'acquitter des impôts de l'Etat. L'exploitation de Foga emploie plus de 200 familles.
2. Méthode de production
(Voir le schéma du cycle de production du sel en annexe.)
L'exploitation du sel de Foga suit le même principe que l'exploitation du natron du Boboye (Birni N'Gaouré). Le même matériel est requis dans les deux unités d'exploitation.
L'extraction est rigoureusement identique et se fait essentiellement par grattage à la binette. Le traitement requiert également le même matériel que pour celui du natron. Toutefois, le traitement doit être complété par un retraitement pour obtenir un sel propre à la consommation humaine, le sel du 1er cycle étant réservé à l'engraissement des animaux.
Deux cents familles exploitent le gisement de sel, avec une taille moyenne de 15 membres (les familles sont moins éclatées ici par rapport au Boboye ou la moyenne est de 5). La production annuelle des 200 familles est estimée à 32 000 unités Foga (sel emballé dans des nattes de 15 kg), soit 32 000 x 15 kg = 480 tonnes. Le chiffre d'affaires des 200 producteurs, à raison de 1 000 FCFA l'unité Foga, s'élève donc à 32 000 000 FCFA, soit 160 000 FCFA par famille et par an contre 100 000 FCFA pour le natron.
Cela montre que l'exploitation du sel, bien que mal rémunérée, est plus valorisée que cette du natron. Il faut toutefois relativiser les choses car les effectifs des familles qui exploitent le sel de Foga sont trois fois plus importants.
Les moyens de transport sont identiques à ceux qui sont utilisés pour le natron, et l'achat aux producteurs se fait par des intermédiaires qui revendent aux régions et pays voisins, mais les producteurs arrivent aussi à vendre sur les marchés des villages avoisinants.
4. Conditions de travail et risques
Aussi bien pour les adultes que pour les enfants les conditions de travail sont similaires à celles de l'exploitation du natron. Il reste néanmoins à vérifier, du point de vue des risques pour la santé, lequel des deux produits est le plus nocif pour l'organisme humain, compte tenu du fait que le natron et le sel n'ont pas rigoureusement le même comportement physico-chimique.
Les 200 familles exploitant le sel de Tounouga totalisent 3 000 membres, dont 1 620 enfants, soit 54 pour cent d'enfants travailleurs de moins de 18 ans. Ces enfant participent à toutes les phases d'activités de la production du sel. Ils sont, par conséquent, soumis à tous les risques, et de façon plus grave non seulement en raison de la faiblesse de leur organisme, mais également parce qu'ils sont les plus nombreux pour la phase d'extraction qui s'accompagne d'une inhalation de poussières et endommage la peau qui se dessèche et se fendille (pénurie de pommade), surtout en période froide.
L'extraction du sel (grattage) est presque exclusivement réservée aux enfants qui, par manque d'expérience, se blessent avec l'outil d'extraction. Ils travaillent plus de huit heures par jour sans possibilité de rémunération ni d'aménagement de ces horaires de travail. L'exploitation du sel est à la base de la non-scolarisation ou de l'abandon de l'école par les enfants, qui hypothèquent ainsi leur avenir.
6. Système de prévention et infrastructures sanitaires
Il n'y a aucun texte législatif ou réglementaire traitant des questions de santé et de sécurité spécifiques à l'exploitation du sel ou de la prévention du travail des enfants dans ce secteur.
Les inspecteurs des mines, qui n'arrivent même pas à visiter les mines du secteur formel, n'inspectent pas et ne contrôlent pas ces sites d'exploitation du sel. Comme dans la plupart des activités du secteur informel, les exploitants du sel ne se procurent ni équipement de protection collective ni équipement de protection individuelle. Il ressort d'un entretien avec la responsable du centre médical de Tounouga que les maladies apparemment liées à l'extraction du sel sont les suivantes:
asthénie (fatigue générale);
maladies causées par la malnutrition, qui aggrave les infections les plus bénignes;
pneumonie sévère et affections ORL.
Le problème du dessèchement et du fendillement de la peau se rencontre surtout pendant la période froide.
Ici aussi, la fréquentation du centre médical est insuffisante du fait de la facturation des frais de soins, de la pauvreté de la population et, parfois, par simple méfiance vis-à-vis de la médecine moderne.
7. Conclusions et recommandations
Les mêmes causes entraînant les mêmes effets, les recommandations formulées pour le natron de la région du Boboye restent valables pour le sel de la région de Foga. Il s'agit de deux produits exploités dans le même département dans des conditions non seulement physiquement pénibles, mais également économiquement non rentables.
Il convient, par conséquent, d'aider ces paysans à s'organiser en coopératives ou associations et de les équiper en outils de travail plus adaptés. La prévention du travail des enfants passe par la lutte contre la pauvreté et l'appui aux ONG et associations de lutte contre le travail des enfants. L'appui à l'Etat, à travers le ministère du Travail, dans la définition et la mise en uvre d'une politique sur le travail des enfants serait d'une grande utilité.