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LES FEMMES DANS LES FILIERES TECHNIQUES ET PROFESSIONNELLES

Partie 6

5.1 Scolarisation des filles et lutte contre les stéréotypes

Les différentes études et comités nationaux de suivi arrivent à la même constatation: alors que les filles sont très peu scolarisées, on observe une forte féminisation dans les premiers cycles d'enseignement. Plus on progresse dans les échelons liés aux qualifications et aux spécialisations, moins on trouve de femmes. Cette situation s'explique, d'une part, par le faible nombre de filles qui terminent l'enseignement de base, faute de moyens ou d' incitation sociale et familiale et, d'autre part, par l'insuffisante orientation professionnelle de celles qui souhaitent construire une carrière. Or, cette scolarisation est la condition sine qua non de toute perspective professionnelle et technique car tout se joue pendant l'adolescence. Pour améliorer cette situation, diverses stratégies ont été proposées dans différents ateliers, notamment à Abidjan (juillet 1994), à Bamako (décembre 1994), à Cotonou (décembre 1994) et à Dakar (novembre 1994).

Tout d'abord, les Etats doivent prendre des mesures pour accroitre le nombre de filles dans l'enseignement primaire et secondaire, et faire en sorte qu'elles achèvent leur scolarité, notamment en tenant compte de leurs problèmes spécifiques. Il est important de prendre à cette fin des mesures concrètes et efficaces de nature à décourager le mariage précoce des filles et le harcèlement sexuel dans les écoles, et d'inscrire systématiquement l'éducation sexuelle aux programmes des différents cycles d'enseignement. Il faut adopter une politique ferme de scolarisation des filles en prenant des mesures d'encouragement, comme la gratuité de la scolarité, la multiplication des écoles de base, la promotion de petits projets ruraux destinés à alléger les tâches domestiques et à créer des revenus supplémentaires pour les familles démunies, en harmonisant toutes les mesures prises en vue d'améliorer l'éducation des filles.

Ensuite, il faut initier dès le plus jeune âge les enfants à des activités manuelles, techniques et professionnelles en enseignant dès l'école primaire certaines matières appropriées, comme le dessin scientifique. Il serait également utile d'organiser, dans l'enseignement primaire, secondaire et supérieur, des visites dans diverses entreprises industrielles des secteurs formel et informel, visites qui pourraient donner lieu à des débats et à des émissions télévisées.

Enfin, il faut informer le personnel enseignant sur la législation relative, notamment, à l'égalité d'accès à l'éducation et à la formation et de traitement, de façon à ce qu'ils informent mieux leurs élèves, en particulier en ce qui concerne les domaines technique et professionnel. De même, il faudrait former des conseillers d'orientation dont la mission sera de mieux informer les élèves sur les filières porteuses d'emploi et d'avenir professionnel.

Par ailleurs, il faudrait coopérer avec les équipes chargées de concevoir les ouvrages pédagogiques afin d'intégrer dans les manuels la question de l'égalité des chances. La formation initiale et permanente des enseignants(es) devrait aussi être adaptée au service d'une pédagogie qui cesse de ventiler les stéréotypes, mais qui, au contraire, encourage les filles aussi bien que les garçons à développer pleinement leur potentiel. En même temps, il conviendrait d'inciter les parents à encourager leurs filles à s'orienter vers le domaine technique et professionnel non tertiaire. Mais, très tôt, il faut aussi faire comprendre aux femmes elles-mêmes qu'en confiant de préférence à leurs garçons ou à leurs filles des tâches domestiques déterminées par des stéréotypes sociaux, elles ne favorisent pas l'avenir professionnel de leurs filles. Les enfants, filles ou garçons, devraient pouvoir participer à toutes les activités domestiques quelles qu'elles soient. De plus, afin d'étayer ces mesures, les autorités compétentes devraient diffuser des statistiques sur la répartition des emplois selon le sexe et suivre l'évolution de la situation (Bouya, 1994: 6).

5.2 Formation technique et professionnelle

Nous avons vu qu'en règle générale les filles s'orientent vers les filières tertiaires, faute d' information sur les autres possibilités professionnelles, d'incitation et de modèles. De plus, les écoles ne sont guère ouvertes à la vie économique réelle des pays. Afin d'éliminer ces différents obstacles et d'ouvrir des perspectives techniques et professionnelles aux jeunes filles et aux femmes, il faudrait notamment:

- élaborer et mettre en oeuvre une solide stratégie de sensibilisation, d'information et de mobilisation sociale tournée vers toutes les couches de la société, afin de surmonter les entraves socio-culturelles à la participation des femmes à l'enseignement technique et professionnel;

- publier, au niveau de l´éducation nationale, un bulletin sur le profil de carrière des enseignants et renforcer l'encadrement pédagogique - en particulier l'équipe chargée de l'orientation professionnelle - en mettant tout en oeuvre pour informer autant que possible les jeunes filles des divers types de formation aux carrières technique et professionnelle;

- montrer aux jeunes filles que, au-delà du déterminisme socio-familial, les métiers techniques et professionnels non tertiaires sont à leur portée si elles acquièrent les compétences appropriées;

- organiser des journées "portes ouvertes" sur les métiers et les femmes, dans le cadre desquelles on mettra en relief la complémentarité des établissements de formation et des entreprises, en invitant des femmes qui réussissent dans des professions techniques et qui pourront servir de modèles aux élèves;

- élaborer, en collaboration avec les ministères techniques intéressés, divers projets visant à initier les femmes en milieu rural et urbain à la petite technologie et à son entretien;

- intensifier l'information sur la gestion administrative des carrières au cours de la formation initiale et publier des brochures d' information à I'usage des enseignantes;

- faire participer davantage les employeurs aux différents niveaux de la formation technique et professionnelle, notamment par le biais de stages pendant la formation, et sensibiliser à l'esprit d'entreprise dans les programmes de formation;

- créer un système d'échanges entre les secteurs informel et formel, de façon à mettre réciproquement à profit les avantages de l'un et de l'autre. Les élèves tireront parti de la capacité de création et d'entreprise des personnes qui travaillent et celles-ci amélioreront leur formation théorique et professionnelle;

- reconsidérer, au niveau gouvernemental, la répartition géographique des centres de formation et des entreprises qui, concentrés dans les centres urbains, défavorisent doublement les filles des régions rurales pauvres et éloignces. Une politique de décentralisation de ces établissements et entreprises permettrait un rééquilibrage et accroîtrait notablement l'accès des filles à la formation technique et professionnelle;

- améliorer l'équipement didactique des établissements et mieux adapter la formation des élèves aux besoins des pays en matière de développement social et économique, notamment en diversifiant les filières de formation.

5.3 Promotion de la fonction enseignante dans l'enseignement technique et professionnel et progression des carrières

Malgré la forte féminisation de certains niveaux de la profession enseignante observée dans les différents pays, les femmes, très peu nombreuses dans l'enseignement technique et professionnel, sont reléguées à des tâches administratives ou à l'enseignement de matières générales sans rapport avec leurs compétences techniques, et travaillent dans des conditions où il n'est pas tenu compte de leurs difficultés spécifiques.

Pour mieux comprendre cette problématique, il faudrait faciliter les recherches et recueillir des données statistiques, tant du point de vue quantitatif que qualitatif, à des fins de comparaison et de stimulation.

On devrait faire participer les syndicats d'enseignants aux décisions concernant les conditions de travail, les programmes et les vacances scolaires. Favoriser la participation des enseignantes dans les syndicats permettrait de mieux tenir compte de leurs problèmes spécifiques.

Il est important d'encourager la coopération des différents acteurs, décideurs, bailleurs de fonds, ONG et autres, de façon à mieux comprendre les problèmes propres aux femmes et à coordonner les initiatives prises en leur faveur. En effet, en raison de la conjoncture économique, les Etats doivent faire appel à d'autres acteurs pour améliorer l'accès de tous et, en particulier, des filles à l'éducation. Aussi faut-il organiser des séminaires et des colloques afin d'élaborer puis d'entreprendre des réformes.

Il revient en premier lieu aux femmes de prendre en main leur carrière professionnelle, et elles ont besoin d'une politique sociale et éducative appropriée. En particulier, il faudrait mettre sur pied des structures d'accueil pour les jeunes enfants, afin que les t´emmes puissent se consacrer davantage à leur formation et à leur perfectionnement professionnel. Avant tout, elles doivent croire davantage en elles-mêmes. Des séminaires de développement personnel, de gestion du temps, de plan de carrière et de connaissance de soi leur seraient utiles. Elles doivent prendre conscience du fait que seules les compétences et la conscience professionnelles leur permettront de revaloriser leur image dans la société. En favorisant les rencontres entre femmes, on leur permettrait de résoudre elles-mêmes certains problèmes d'organisation qui leur sont spécifiques et d'avoir plus confiance en elles-mêmes.

I1 convient d'organiser à 1'intention des enseignantes des sessions de formation continue et de perfectionnement adaptées à l'évolution technologique. Mais auparavant, il faut évaluer l'efficacité de mesures provisoires de discrimination positive visant à accroître la présence des femmes dans ce domaine et aux postes de responsabilités. Des formations de courte durée mais fréquentes sembleraient mieux répondre à leur condition de travailleuses et de mères de famille. Il faudrait, en outre, mettre en place à cette fin des systèmes de bourses, afin d'encourager les plus méritantes à poursuivre leur formation, malgré les difficultés économiques et financières.

Il est important aussi de tenir particulièrement compte de la situation économique des femmes au travail et de faire de celles-ci des personnes autonomes, comme c'est le cas en Côte d'Ivoire. De même, il est urgent d'établir un statut des enseignants vacataires car ils ne peuvent pas prétendre à une promotion ou à une formation professionnelle, alors qu'ils dispensent des formations reconnues et certifiées. En organisant à leur intention des ateliers de formation pédagogique et technique, on améliorera en qualité et en quantité les ressources humaines qui sont insuffisantes dans l'enseignement technique et professionnel, et l'image de la fonction enseignante. Il faut également promouvoir la formation technique des femmes dans le secteur informel, notamment en octroyant des crédits d' installation et des bourses de formation et de perfectionnement professionnel.

6. Actions de suivi

6.1 Renforcement des comités nationaux de suivi et collaboration entre les pays

Afin de mieux comprendre les questions liées à l'accès des femmes à la formation et à l'enseignement technique et professionnel, et à leur insertion dans le corps enseignant, le BIT a mené des recherches qui ont mit en évidence la nécessité d'organiser des séminaires et de mettre sur pied des mécanismes de suivi à l'échelle nationale. Des mesures de ce type ont été prises au Bénin, en Côte d'Ivoire, au Mali et au Sénégal. Dans les deux premiers pays, on a créé les comités nationaux de suivi (CNS). Structures permanentes de suivi du projet ACCESFEM/CIADFOR, ils sont devenus des ONG à l'issue des travaux des ateliers (BIT/ACCESFEM/Bénin et Côte d'Ivoire).

Au Mali et au Sénégal, les comités nationaux de suivi ont été crÈe;s à l'issue des travaux de ces ateliers. Ces comités nationaux de suivi ont pour mission de poursuivre les activités entamées au cours des recherches, séminaires ou ateliers entrepris par le BIT, les difficultés des femmes dans l'enseignement technique et professionnel étant loin d'être résolues.

Il reste encore beaucoup d'aspects à étudier en profondeur et on dispose de peu d'informations sur la formation ou la promotion professionnelle dans l'enseignement technique informel. On ignore presque tout du profil social, culturel, familial et économique des femmes qui s'investissent dans les domaines technique et professionnel, et des circonstances qui les ont amenées à ce choix. On ne dispose pas non plus d'un observatoire qui permettrait d'évaluer les modalités de leur progression technologique et leur évolution dans ces carrières, et de fournir des exemples aux adolescentes qui souhaitent se tourner vers des professions d'avenir. On manque encore de statistiques sur la condition des enseignantes dans l'enseignement technique et professionnel, de données sur les difficultés propres aux femmes dans l'organisation des cours et de la formation, dans la conception des infrastructures, et de moyens pour prendre contact avec ces femmes pour mieux les comprendre et tenir compte de leurs propositions. Eclaircir ces questions fondamentales permettrait de faire face aux difficultés liées à la promotion technique et professionnelle des femmes.

Par ailleurs, il est important de suivre de près l'application des recommandations et propositions des ateliers. Il faut donc renforcer les capacités technique et organisationnelle des comités nationaux de suivi. La dynamique à l'échelle régionale, qui s'est créée à la suite des différentes activités du BIT et d'autres organisations telles que l'UNESCO, diverses ONG et les agences de développement, pourrait être maintenue, voire développée, notamment en créant un réseau régional de recherches, de séminaires et d'organisations d'ateliers sur la question de la femme dans l'enseignement technique et professionnel dans ces pays. Un bulletin, qui rendrait régulièrement compte de la situation et de l'évolution des divers métiers, pourrait servir d'instrument de liaison et d'observatoire régional de l'évolution des femmes dans cet enseignement.

Afin de traduire dans les faits la politique de scolarisation massive des filles dans les pays en question, les Etats pourraient mettre sur pied, au sein des ministères de l'éducation, des cellules de promotion de la scolarisation des filles qui oeuvreraient en étroite collaboration avec les comités nationaux de suivi. A cette fin, ces CNS devraient être dotés d'une cellule permanente chargée de sensibiliser les différents acteurs sociaux (parents, enseignants, entreprises, ONG), d'orienter les jeunes et de promouvoir et d'observer l'évolution professionnelle dans l'enseignement technique et professionnel.

En collaboration avec les ministères intéressés et en disposant, autant que possible, des ressources humaines féminines disponibles, les CNS pourraient mettre sur pied des projets destinés à former les femmes en milieu rural et urbain à la petite technologie et à son entretien. Cette mesure pourrait améliorer la situation économique des familles, décourageant ainsi les parents de sacrifier la formation des filles qu'ils considèrent comme une main d'oeuvre dont ils ne peuvent pas se passer.

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Mise à jour par BR. Approuvée par OdVR. Dernière modification: 26 novembre 2001.