Il n'existe pas de discrimination dans l'accès à la formation technique et professionnelle. Les lois établissent que chacun à le droit de recevoir une solide formation dans "les disciplines fondamentales de la science, de la technique et de la culture" (Bouya, 1994: 3). Toutefois, cette volonté politique n'a pas toujours été assortie de moyens matériels et financiers et ces lois ne sont pas toujours appliquées. La baisse du budget alloué à l'enseignement technique et professionnel est sensible depuis 1985, et les frais de scolarité restent élevés dans les institutions privées (BIT, 1994). On remarque un très faible taux de scolarité des filles (27,7%) dans l'enseignement général et technique en 1988 et 89. En raison de mariages et de maternités précoces, les filles connaissent un taux considérable d'échec (33% en 1994) et, obligées de gagner leur vie, abandonnent très tôt leurs études (Bouya, 1994: 3). En outre, les disparités sont grandes entre zone urbaine et milieu rural. Dans la seule région de Dakar, se concentrent 40% des établissements scolaires et 75% des effectifs nationaux. Ainsi, en milieu rural, on manque, d'un point de vue quantitatif et qualitatif, de ressources matérielles et humaines, les enseignant(e)s qualifié(e)s ne souhaitant pas travailler dans un dénuement presque total.
Les filles qui achèvent leur scolarité de base, plutôt que de s'orienter vers des filières techniques à prédominance scientifique, préfèrent les disciplines sociales, non par manque d'aptitudes mais à cause de facteurs d 'ordre socio-culturel et économique . A ce propos, il existe des barrières discriminatoires implicitement acceptées par presque toute la société (BIT, 1994), car les rôles acceptables qu'aient la femme sont d'abord ceux d'épouse et de mère. Ainsi, bien qu'aucune loi n'interdise aux femmes de choisir la filière et le métier qui leur conviennent, leur nombre reste insignifiant dans l'enseignement technique et professionnel (Bouya, 1994: 5). Malgré une certaine évolution, cette image de la femme, véhiculée par la famille et renforcée par l'école, entraîne une sélection insidieuse qui cantonne les femmes dans les tâches qui leur sont traditionnellement dévolues. De ce fait, les professions dites féminines sont souvent mal connues de la société car elles découlent logiquement du rôle que la femme doit jouer aux yeux de la société (Perez, 1995: 11). Il convient aussi de tenir compte de l'importance de la religion musulmane qui détermine précisément les rôles de la femme et de l'homme dans la société (Perez, 1995: 11). Pour beaucoup de raisons, même dans l'enseignement technique et professionnel proprement dit, les métiers considérés comme féminins jouissent de l'estime des élèves et de quelques rares enseignantes. Notons tout de même que les responsables de ces établissements préfèrent recruter des hommes, moins souvent absents et plus ponctuels que les femmes, obligées parfois de s'absenter, en cas de grossesse notamment, ou de garder leurs enfants malades (Bouya, 1994: 6).
De même, ce sont les hommes qui profitent le plus des cours de recyclage et de perfectionnement technique et professionnel. En effet, lorsque les femmes doivent choisir entre leurs responsabilités familiales et leurs activités professionnelles, elles sacrifient leur profession. Or, si elles n'actualisent pas leurs compétences, leur promotion est impossible. C'est d'ailleurs l'une des raisons pour lesquelles il y a peu de femmes dans l'enseignement technique et professionnel. En 1988-89, elles ne représentaient que 12,7% des effectifs nationaux (Perez, 1995: 18) et n'étaient qu'une dizaine à occuper des postes de responsabilité. Selon l'atelier national (BIT, 1994), les raisons en sont, entre autres, la lourdeur des horaires d'enseignement pour les femmes ayant des responsabilités familiales, les moyens limités de promotion, par voie d'examen notamment, I'isolement d'une manière générale des lieux de travail et la modicité des salaires de la fonction publique, par rapport à ceux du secteur privé. Malgré tout, la situation évolue. Dans le secteur informel, des femmes sont fonnées aux métiers de l'électricité, de la mécanique auto et aux techniques du bâtiment, en dépit des faibles moyens logistiques. Ces femmes sont donc conscientes des possibilités qui existent en dehors des activités stéréotypées qu'on leur a assignées depuis toujours, et leur réussite stimule les nouvelles générations. Mais cette dynamique n'est possible que si elle s'accompagne d'une politique éducative d'encouragement, notamment en coordonnant les activités des secteurs formel et informel. Néanmoins, tout se joue dès l'éducation de base et il faut mettre en oeuvre une politique de scolarisation et d'éducation sexuelle des filles, de façon à les aider à terminer leur formation et à diminuer le nombre de mariages et de maternité précoces.
Les différentes études montrent que l'enseignement technique et professionnel joue un rôle marginal dans l'évolution des pays. Ce rôle devrait être accru. Les plans d'ajustement structurel ont obligé à réduire les dépenses d'éducation. Diverses mesures ont entravé la bonne marche du système éducatif. Parce que l'on ne construit plus d'établissements scolaires, les élèves doivent suivre leurs études loin de leurs foyers et les parents rechignent à laisser partir leurs filles. Les transports scolaires sont devenus payants et un droit de scolarité est de plus en plus souvent exigé. Toutefois, au Bénin, les écoles primaires en milieu rural sont gratuites pour les filles, ce qui encourage notablement leur scolarisation. L'atelier du Bénin, dans ses différents travaux, s'est félicité de ce type de mesure et souhaite qu'elle se généralise dans d'autres pays où ce problème se pose (BIT/ACCESFEM,1995).
La suppression des internats rend encore plus difficile l'accès des filles à l'enseignement secondaire, auquel font déjà obstacle les coutumes, la religion et la situation économique. En effet, selon les comités nationaux de suivi (BIT/ACCESFEM/Bénin et Côte d'Ivoire) et les ateliers nationaux (Mali et Sénégal), les filles dont les parents ont des difficultés économiques doivent écourter leur scolarité ou, pour la poursuivre, aller vivre chez un parent ou une connaissance. Bien souvent, leurs conditions de logement sont précaires et il leur est difficile d'étudier. Par ailleurs, le temps dont elles devraient disposer pour faire leurs devoirs est souvent consacré à des tâches ménagères.
Bien que le concept d'égalité de chances dans la formation technique et professionnelle soit plus communément accepté, les différentes études montrent que les centres de formation ne tiennent pas compte des difficultés propres aux femmes, qu'elles suivent une formation ou qu'elles soient enseignantes dans ces établissements.
Il a été souligné que l'absence d'un service d'orientation professionnelle pour les jeunes filles est un frein, avec d'autres facteurs, à leur formation technique et professionnelle. De plus, comme l'indiquent les comités nationaux de suivi (BIT/ACCESFEM/Bénin et Côte d'Ivoire), les écoles techniques et professionnelles sont tournées sur elles-mêmes et ne mettent pas les adolescentes en contact avec des femmes employées dans le secteur technique qui pourrait leur servir d'exemple et les stimuler. Par manque d'information et d'orientation, les élèves s'orientent donc vers les filières que connaissent leurs enseignants, c'est-à-dire celles traditionnellement considérées comme féminines. Aussi y a-t-il peu d'enseignantes dans le technique et le professionnel (Perez, 1995: 25).
Les enseignantes sont très nombreuses dans l'enseignement préprimaire et, dans certains pays, dans l'éducation primaire. Cependant, dans les quatre pays à l'étude, plus le niveau d'enseignement est élevé, plus il exige des compétences spécialisées et moins il y a d'enseignantes. Pour les mêmes raisons, il n'y a pas de femmes aux postes de responsabilité et de décisions.
Les femmes de l'enseignement technique et professionnel sont rarement chargées des cours techniques. Il ressort des différentes études qu'elles enseignent les matières générales ou "féminines", comme le secrétariat, la dactylographie, etc. Néanmoins, elles donnent parfois des cours de biologie et d'agriculture, notamment au Sénégal (Perez, 1995: 20).
Dans certains établissements, on tient compte des responsabilités familiales et professionnelles des enseignantes, notamment en leur permettant de commencer leur journée de travail plus tard que les hommes ou les femmes célibataires (Perez, 1995: 20), mais ces mesures sont loin d'être généralisées.
Les enseignantes sont choisies, sur dossier ou par concours, par des comités de sélection. Lorsque ces comités sont uniquement composés d'hommes, les enseignantes ne peuvent pas en influencer les décisions dans la mesure où les critères favorisent les hommes.
Le fait que les enseignant(e)s vacataires ne bénéficient ni de protection sociale ni de congés payés, et encore moins de possibilités de progression professionnelle, nuit à la promotion de la profession d'enseignant en général, en particulier dans les filières technique et professionnelle.
Par ailleurs, la condition enseignante a empiré au fil des années, en raison des restrictions budgétaires dans la fonction publique, surtout en Côte d'Ivoire où certains avantages salariaux qui étaient liés à la fonction d'enseignant - longtemps considérés comme des acquis - ont été supprimés et les salaires sont moins élevés pour les nouveaux venus.
Dans le privé, la proportion d'enseignantes varie selon les établissements et atteint parfois 20 %. Certaines travaillent également dans l'enseignement public, d'autres enseignent uniquement mais dans plusieurs établissements à la fois.
Dans les quatre pays en question, le ralentissement de l'économie a entraîné une baisse de l'emploi dans le secteur formel, une hausse du chômage parmi les jeunes et une augmentation du nombre des "laissés-pour-compte" du système éducatif. Les mesures d'ajustement structurel demandées par les institutions financières internationales, qui débouchent sur des licenciements pour restructuration économique, touchent en priorité les femmes peu ou pas qualifiées. C'est seulement dans le secteur informel qu'elles trouvent un premier emploi où, grâce à leur esprit d'entreprise, elles sont plus nombreuses que les hommes. Or, il leur est difficile d'obtenir un crédit, que ce soit pour créer une petite entreprise ou un petit commerce, pour accéder à la propriété, ou pour suivre une formation appropriée, à la mesure de leurs activités rémunératrices potentielles. Peu ou pas scolarisées, ces jeunes femmes ont des activités économiques précaires qui découlent de leurs tâches quotidiennes. Qui plus est, en cas de perte d'emploi salarié, les femmes sont privés de protection légale puisque, le plus souvent, le secteur informel échappe à toute réglementation.
Si les femmes, en milieu urbain et rural, travaillent, c'est parce qu'elles ne se satisfont pas de leurs seules tâches ménagères. En outre, elles y sont parfois obligées pour subvenir aux besoins de leur famille, lorsqu'elles sont mères célibataires, lorsque le salaire de leur mari ne suffit plus ou lorsque celui-ci est au chômage. Une étude du BIT sur le recensement national des établissements économiques urbains (Maldonado, 1994: 20) met en relief la forte féminisation du secteur informel au Bénin et la place qu'occupent les femmes dans des activités économiques qui sont le prolongement de leurs travaux domestiques (petite restauration, artisanat alimentaire, petit commerce). Elle montre aussi que les filles sont souvent les " laissées-pour-compte " du système scolaire et les victimes de stéréotypes familiaux et sociaux alimentés par la division selon le sexe du travail. Selon certaines statistiques, les taux d'analphabétisme (78,7 %) et d'illettrisme sont plus élevés parmi les femmes que parmi les hommes, ce qui est pour elles un handicap majeur.
Le secteur informel prenant une place considérable, les Etats estiment nécessaire de mieux informer les travailleurs de ce secteur. Depuis plusieurs années, diverses organisations internationales, gouvernements et ONG ont élaboré des programmes visant à améliorer les conditions de ces travailleurs. L'enseignement technique et professionnel informel occupe une place importante au Sénégal mais les conditions d'apprentissage y sont difficiles. Les personnes qui rejoignent l'enseignement technique informel sont souvent celles qui ont échoué dans l'enseignement technique formel ou n'ont jamais eu la possibilité de commencer des études formelles (Perez, 1995: 23).
Certaines recherches montrent qu'il y a dans ces établissements des enseignantes qui, d'une manière générale, ne travaillent pas dans le secteur public mais exercent à plein temps ou à mi- temps d'autres activités économiques, comme le petit commerce. Ces enseignantes sont souvent titulaires de diplômes préparés avec des ONG. Les formatrices ne reçoivent pas des salaires aussi élevés que ceux de l'enseignement public et ne bénéficient d'aucun droit social. Ces ONG n'offrent pas de progression dans la carrière mais des femmes sont parfois choisies pour occuper des postes plus importants par les assemblées de ces organisations. Ces formatrices jouent souvent un rôle important dans l'exécution et le suivi des formations proposées et certaines participent même à la programmation et à l'administration des programmes. Au Sénégal, les jeunes filles et les femmes sont parfois formées aux métiers de l'électricité, de la mécanique auto et du bâtiment, ainsi qu'à des activités dites féminines.
Ainsi, les jeunes filles et les femmes sont devenues conscientes de ces nouvelles possibilités de carrière, même si la plupart ne déploient que des activités traditionnellement féminines. Afin de devenir économiquement autonomes, les femmes créent leur propre petit comrmerce ou effectuent dans le secteur informel des tâches techniquement simples qu'elles ont apprises dans leur milieu familial, alors que les hommes créent de petites entreprises, grâce à la formation ou aux compétences acquises dans des emplois antérieurs (Kuiper, 1991: 2).
La promotion de la femme dans l'enseignement technique et professionnel passe par des initiatives dans, entre autres, les quatre domaines suivants: la scolarisation des filles et la lutte contre des stéreotypes; l'information et l'orientation professionnelle; la formation technique et profèssionnelle des jeunes filles et des femmes, et la promotion professionnelle.