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C o n t e n u |
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Alors que les taux de croissance du secteur des transports aériens accusaient déjà un ralentissement, voire une croissance négative du fait d'un ralentissement de l'économie, les événements du 11 septembre n'ont pu qu'accentuer brutalement cette détérioration. Le secteur du transport aérien emploie près de quatre millions de personnes dans le monde et les premiers chiffres signalent déjà plus de 200.000 suppressions d'emplois effectives ou imminentes.
L'aviation civile est directement et indirectement pourvoyeuse d'emplois pour toute une série de secteurs connexes. Pour chaque avion en service, on compte 150 à 250 emplois directs et autant d'emplois indirects. Les aéroports, les entreprises tournées vers l'activité aéroportuaire, les sociétés d'avitaillement, les équipementiers de la construction aéronautique et leurs prestataires de services sont également touchés par la crise. Aux Etats-Unis, selon l'avertissement lancé par les syndicats, toute nouvelle mesure de suppression des repas servis à bord des avions menacerait l'emploi de 45.000 travailleurs.
L'aviation civile traverse sans doute sa crise la plus grave depuis la fin de la deuxième Guerre mondiale. Selon une déclaration de la réunion informelle de réflexion de l'OIT sur l'impact des événements du 11 septembre pour l'aviation civile (Genève, 29-30 octobre 2001), les quatre attentats simultanés ont eu des conséquences directes dévastatrices et sans précédent sur toutes les branches du secteur de l'aviation.
Les attentats ont provoqué, pour la première fois dans l'histoire de l'aviation civile américaine, l'immobilisation au sol de l'ensemble de la flotte nationale. Au nombre des quelque 3.500 victimes de ces attentats se trouvent huit pilotes et vingt-cinq agents de cabine.
L'Association du transport aérien international (IATA) a revu à la hausse son estimation des pertes enregistrées par les compagnies membres sur leurs vols internationaux réguliers. Précédemment chiffrées à 2,5 milliards de dollars américains, ces pertes sont maintenant estimées à 7 milliards pour l'année 2001, auxquels il faut ajouter 3 à 5 milliards de pertes sur les vols internes aux Etats-Unis.
Les compagnies aériennes nord-américaines membres de l'IATA ont enregistré au mois d'octobre une réduction d'en moyenne 33 pour cent du trafic de passagers; quant aux compagnies aériennes d'Europe, d'Extrême-Orient et d'Amérique centrale et du Sud, la baisse est d'en moyenne 20 à 25 pour cent.
Les compagnies aériennes ont abandonné certaines destinations et réduit le nombre de vols sur d'autres, de sorte qu'aux Etats-Unis, près de 20 pour cent des avions destinés au transport de passagers ont été remisés dans les dépôts, de même qu'environ 10 pour cent du reste de la flotte mondiale.
Thai Airways, Malaysia Airlines et Philippine Airlines ont fait état d'un endettement de plus de 2 milliards de dollars.
Transbrasil, le transporteur brésilien créé voici cinquante ans, est en cessation de paiement et a suspendu tous ses vols. Plus de 2.000 salariés n'ont pas perçu de rémunération depuis près de trois mois.
Ansett, Canada 3000, Midway, Sabena et Swissair sont toutes en redressement judiciaire, tandis que le gouvernement néo-zélandais s'est porté au secours de Air New Zealand pour sauver la compagnie de la faillite.
Ayant annoncé des pertes de 1 milliard de dollars dans les deux semaines suivant les attentats, Delta Airlines a licencié 13.000 salariés et réduit sa capacité de 15 pour cent.
En établissant un parallèle avec la situation consécutive à la guerre du Golfe en 1990-1991, on peut supposer que la reprise sera extrêmement lente, mais il faut admettre que les événements sans précédent survenus le 11 septembre se prêtent difficilement à une quelconque prévision. Durant la guerre du Golfe, les compagnies aériennes ont connu une baisse catastrophique d'activité et en un an, ont licencié près de 10 pour cent de leur personnel, ceci dans un contexte économique beaucoup plus réglementé qu'aujourd'hui. La crise actuelle a contraint les transporteurs à des réductions de main-d'oeuvre de presque 10 pour cent en l'espace de trois mois.
Face à l'effondrement des recettes et du nombre de passagers, les compagnies aériennes ont commencé à licencier. Elles ont également réorienté leur capacité vers des avions plus petits et plus rentables tout en réduisant le nombre de vols. Cette crise va accélérer la restructuration du secteur du transport aérien, et l'on peut s'attendre à un mouvement de concentration des compagnies. Ces rapprochements se traduiront à leur tour par de nouveaux licenciements. Des milliers de travailleurs des transports aériens sont déjà - ou seront bientôt - sans emploi, et vont exiger de la part des gouvernements des mesures de protection sociale et d'aide au revenu. Il importe par conséquent de multiplier les initiatives telles que la réunion informelle de réflexion de l'OIT afin de définir des solutions propres à stabiliser le secteur et à remettre les gens au travail.
L'OIT procédera à un examen plus poussé de ces questions lors de sa Réunion tripartite sur l'aviation civile: conséquences sociales et en matière de sécurité de la crise consécutive aux événements du 11 septembre, prévue à Genève du 21 au 25 janvier 2002.
M. Marios Meletiou
Spécialiste des transports
Service des activités sectorielles
Bureau international du Travail
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Tel.: (+41.22)799-7368
Fax: (+41.22) 799-7046
Courriel: meletiou@ilo.org ou sector@ilo.org
* Auteurs: Jon Beaulieu, Bert Essenberg