M. Pai OBANYA, Directeur du BREDA
M. Louis NDADA-HAGAMYE, Directeur du Bureau de l'OIT, Dakar
M. Séga Seck FALL, Président du Comité d'experts (CEART)
M. André SONKO, Ministre de l'Education Nationale du Sénégal
Allocution de M. Pai OBANYA
Directeur du BREDA
Excellence, Monsieur le Ministre de l'Education Nationale, Monsieur le Représentant de l'OIT au Sénégal, Mesdames et Messieurs les Représentants du Corps diplomatiques et des Organisation internationales, Honorables délégués, Représentants des Ministères, des Employeurs et des Syndicats, Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,
Permettez-moi de souhaiter la plus chaleureuse bienvenue au Bureau régional de l'UNESCO de Dakar aux délégués au Colloque sous-régional, organisé conjointement par l'OIT et l' UNESCO sur l'ajustement structurel et la condition des personnels enseignants. Nous sommes d'autant plus heureux de les accueillir que le thème du Colloque qui nous réunit ce jour, est de la plus pertinente actualité. En effet, comme l'affirme le rapport de la Commission Internationale de l 'Education au 21e siècle initiée par le Directeur Général de l'UNESCO et présidée par Jacques DELORS, nous sommes convaincus 'qu'un bon enseignement exige de bons enseignants'.
L'Education est la plus grande entreprise qu'il soit donnce à un Etat d'organiser. Son impact est déterminant pour toute action de développement. C'est ce qui incite chaque Etat à la suivre de très près en initiant des réformes pour lui permettre de faire face à la nature changeante des besoins éducatifs. Malheureusement, très souvent, la plupart de ces dernières deviennent inappropriées, faute d'une anticipation suffisante, avant même d'avoir été mises en oeuvre.
On oublie, souvent, dans ces réformes une dimension essentielle, la grande part des financements étant consacrée à la réalisation d' infrastructures. C 'est que l'enseignant est la composante dominante du système éducatif. La mise en oeuvre de tout changement repose essentiellement sur lui. En outre, dans un monde dominé par des avancées croissantes dans tous les domaines de la technologie et de la science, les exigences vis-à-vis de l'enseignant sont de plus en plus grandes. On leur confie la responsabilité déterminante de préparer les jeunes, non seulement pour aborder l'avenir avec confiance, mais pour le construire eux-mêmes de manière responsable.
Par ailleurs, I'enseignant joue un rôle crucial lorsqu'il s'agit de relever les nouveaux défis: Aider les jeunes à la maîtrise de la mondialisation, favoriser le changement social; créer les conditions nocessaires au succès de l'éducation formelle et de l'Education permanente; développer l'esprit de tolérance et de lutte contre les préjugés et les discriminations; développer la créativité et l'esprit critique, promouvoir l 'esprit d' entreprise. Face à cette exigence croissante, les conditions de recrutement, de formation, de travail, de statut social sont-elles toujours n ~a hauteur des espérances ? N'assistons-nous pas, jour après jour, à un décalage grandissant entre la recommandation à laquelle les Etats ont eux-mêmes souscrits avec l'UNESCO et l'OIT et les réalités qui prévalent sur le terrain ?
On évoque le plus souvent comme explication, la situation économique de plus en plus difficile des Etats, ce qui les oblige à s'engager dans des ajustements structurels qui aboutissent à la réduction des dépenses publiques. Confrontés à des priorités de toutes sortes, les Etats imposent aux systèmes éducatifs les dures conséquences de ces réductions budgétaires. Le montant par habitant des dépenses consacrces à l'éducation en Afrique subsaharienne est passé de 42 dollars des Etats Unis en 1980 à 28 dollars en 1992. Les résultats qui en découlent sont éloquents: détérioration des conditions de recrutement et de travail des enseignants, réduction de la qualification, di~nution du nombre des auxiliaires, dégradation de la disponibilité en matériels didactiques, détérioration de l'image même de l'enseignant dans la société.
Devant une telle situation, il nous a paru opportun, dans le cadre de l'appui à la recommandation UNESCO/OIT sur la condition du personnel enseignant, d'organiser entre les partenaires de l'éducation, un échange sur l'impact réel que les programmes d'ajustement structurel ont sur les principaux paramètres:
- Les politiques éducatives en général et particulièrement les innovations que les programmes ont suscité au niveau des Etats membres dans les domaines du financement et de la gestion des systèmes éducatifs.
- Quelle est la nouvelle place des enseignants dans la conduite de la politique et la prise de décision ?
- Comment la priorité affirmée par tous les Etats membres pour une égalité des chances dans les domaines de l'éducation, particulièrement en ce qui concerne la participation des filles s'est-elle comportée face à ces politiques d'ajustement ?
- A-t-on réussi à préserver les conditions qui garantissent l'efficacité de l'enseignement ?
Loin de constituer un tremplin pour la formulation de critiques stériles, je voudrais suggérer que le présent colloque nous offre une opportunité nouvelle, pour développer un partenariat vrai entre vous tous: Représentants des Ministères, Représentants des employeurs et des syndicats d'enseignants, pour la formulation de propositions constructives tirées de l'expérience du terrain, afin que l'enseignant africain retrouve les compétences et les motivations indispensables à l'accomplissement de sa mission.
Je vous souhaite un plein succès à vos travaux et je vous remercie de votre aimable attention.
Allocution de M. Louis NDABA HAGAMYE Directeur du Bureau de l'Organisation internationale du Travail (OIT) à Dakar
Monsieur le Ministre de l'Education nationale de la République du Sénégal, Monsieur le Directeur du Bureau régional de l'Education pour l'Afrique, Monsieur le Président du-Comité conjoint OIT/UNESCO d'Experts, Distingués invités, Mesdames et Messieurs, Mesdames et Messieurs les participants, Chers collègues,
C'est à la fois un honneur et un privilège pour moi, de prendre la parole, à l'ouverture de ce Colloque sous-régional que nous organisons coujointement avec l'UNESCO dans les magnifiques locaux de cette dernière, pour vous faire part de quelques unes des réflexions que nous inspire le thème choisi qui porte sur l'ajustement structurel et la condition du personnel enseignant.
Auparavant, je voudrais d'abord souhaiter, au nom du Directeur général du BIT, du Sousdirecteur général pour l'Afrique et en mon nom personnel, la bienvenue à tous les participants venus du Cap-Vert, de la Guinée, de la Guinée-Bissau, du Mali, du Niger, sans oublier les représentants du pays hôte, le Sénégal.
Le thème central de votre colloque n'est pas nouveau mais reste d'une brûlante actualité et d'une importante capitale. En effet, I'ajustement structurel, défini comme l'adaptation aux nouvelles conditions économiques pour surmonter les déséquilibres causés par des facteurs nationaux ou internationaux, continue d'avoir de graves répercussions sur l'éducation et sur les conditions de vie et de travail du personnel de l'enseignement, en particulier dans les pays africains. Le présent colloque apportera sans aucun doute, si besoin en était, la preuve que la voie du dialogue et de la négociation reste incontournable aussi bien pour mieux cerner les problèmes qui sont à la base des programmes d'ajustement, que pour y apporter des solutions efficaces, équilibrées et durables.
Comme vous le savez sans doute, depuis plusieurs années, I'OIT consacre des efforts soutenus aux aspects sociaux de l'ajustement structurel. Des recherches et des échanges, en particulier la réunion de haut niveau de 1987, ont souligné avec force le besoin de concevoir et de mettre en oeuvre des plans d'ajustement structurel qui s'accordent avec les dispositions des normes essentielles de l'OlT, spécialement les conventions liées aux droits de l'homme, et d'autres normes de l'OIT ayant un rapport particulier avec les interventions de l'ajustement structurel. Il faut aussi rappeler ici que, depuis plus de trente ans, I'OIT travaille en étroite collaboration avec l'UNESCO dans la recherche et la promotion d'une meilleure application des normes relatives au personnel enseignant. L' instrument principal et exclusif de cette promotion est sans conteste la recommandation OIT/UNESCO, connue sous le nom de Recommandation concernant la condition du personnel enseignant, adoptée en 1996. Cette Recommandation, tout comme les autres conventions de l'OIT et de l'UNESCO relatives à divers droits et obligations des enseignants, seront au centre de vos débats pour rechercher la meilleure façon de les appliquer afin que la profession enseignante et le système éducatif durement frappés par l'ajustement structurel retrouvent leur attrait.
Je suis persuadé que ce colloque sera une occasion pour vous d'enrichissement mutuel et que vous y trouverez de quoi nourrir vos réflexions et votre action future. D'autre part, les idées et les préoccupations que vous allez exprimer trouveront un écho favorable auprès de l'OIT et guideront ses actions de conseils et de coopération technique, menées notamment par l'intermédiaire de ses équipes consultatives multidisciplinaires mises sur pied dans le cadre de la décentralisation et de la rnise en oeuvre de la politique de partenariat actif. Certaines de ces actions tendent à promouvoir la formation professionnelle et l'éducation des adultes et un dialogue tripartite pouvant favoriser l'amélioration des conditions de travail du personnel de l'enseignement dans un contexte d'ajustement structurel.
Pour terminer, je souhaite que votre séjour à Dakar soit utile et agréable et que vous en gardiez un souvenir inoubliable.
Je vous remercie.
Allocution de M. Séga Seck FALL
Président du CEART
Monsieur le Ministre de l'Education Nationale de la République du Sénégal, Monsieur le Directeur du Bureau régional de l'Organisation internationale du Travail, Monsieur le Directeur du Bureau régional de l'UNESCO à DaLar, Honorables invités, Mesdames et Messieurs les participants.
Au nom du "Comité conjoint OIT/UNESCO d'Experts sur l'application de la Rcccr.~q´nndation concernant la condition du personnel enseignant" (CEART), je m'associe aux souhaits formulés par les deux Directeurs qui viennent de s'adresser à vous.
Le Comité quc j'ai l'horlrlem' de présider présentement est !'instance mise en place de manière paritaires par l'OIT et l'UNESCO en vue d'assurer le suivi de l'application de la Recommandation de 1966 par les Etats membres des deux organisations internationales. Cet organe comprend douze (12) membres (6 désignés par le BIT et 6 par l'UNESCO) ayant un mandat de six ans. Ils sont désignés à titre personnel en respectant les règles habituelles d'une répartition géographique équilibrée. Dans l'accomplissement de ses missions, le Comité s'appuie sur un secrétariat conjoint très efficace constituée de fonctionnaires du BIT (Service des employés et travailleurs intellectuels) et de fonctionnaires de l'UNESCO (Secteur de l'Education, Division de l'enseignement secondaire et de la formation professionnelle). Le Comité se réunit tous les trois ans alternativement à Paris (siège de l'UNESCO, session spéciale) et à Genève (siège du BIT, session ordinaire). La session spéciale permet d'élaborer les instruments destinés à guider les gouvernements des Etats membres dans la rédaction de leurs rapports sur l'application de la Recommandation de 1966. On comprendra, dès lors, les raisons qui ont conduit le Comité à privilégier la technique du questionnaire afin de faire rapport, aux organes directeurs de l'OlT et de l' UNESCO, sur le dogré d' application de la Recommandation. Cependant, la méthodologie du questionnaire a montré ses limites.
Aussi le Comité conjoint OIT/UNESCO a-t-il proposé une autre méthodologie basée sur des études de cas et de rapports sur des activités conjointes ou non. C'est ainsi que lors de sa session spéciale, 22-26 juillet 1991, le Comité s'est félicité de l'organisation d'activités conjointes par l'OIT et l'UNESCO en vue d'une meilleure diffusion et connaissance de la Recommandation de 1966. C'est dans ce cadre que s'inscrit le présent colloque sous-régional dont le thème: l'AJUSTEMENT STRUCTUREL ET LA CONDITION DES ENSEIGNANTS constitue une brûlante actualité pour les pays d'Afrique au Sud du Sahara.
Je remercie les organisateurs de cette rencontre d'avoir bien voulu associer le CEART, par ma personne, aux débats à venir. Merci pour votre bienveillante attention.
Allocution de M. André SONKO
Ministre de l'Education Nationale de la République du Sénégal
Monsieur le Directeur,
Monsieur le Directeur du Bureau régional de l'OIT
Monsieur le Président du Comité d'Experts
Mesdames, Messieurs les Participants
Mesdames, Messieurs les Invités
Quelques mois après la 45è Conférence du Bureau International de l'Education dont le thème portait sur le rôle de l'enseignement dans un monde en changement, nous voici réunis pour rélléchir à nouveau sur les conditions de travail et de vie des principaux acteurs ~e l'Education et de la Formation. Moment ne pouvait être mieux choisi, la plupart de nos pays ayant des projets éducatifs ambitieux tout en vivant sous l'empire de l'ajustement structurel.
Au lendemain du choc pétrolier de 1973, le Sénégal a été l'un des premiers pays africains à initier une politique d'ajustement dans le but d'assurer à son économie une croissance soutenue et une stabilité durable. Outre une réduction générale des dépenses publiques, l'Etat a dû d-iminuer les subventions et reconsidérer sa politique de recrutement avec la création de la "Cellule de contrôle des effectifs et de la masse salariale".
Au centre de ces mesures qui ont affecté le système économique et social, il y a bien entendu le secteur de l'Education. Néanmoins, conscient du rôle particulièrement important des enseignants dans le devenir de la nation, le Gouvernement a pris de nombreuses mesures pour valoriser leur fonction. Ainsi des dispositions pratiques concernant, entre autre, l'amélioration de la couverture médicale, le relèvement de l'indemnité de logement et d'enseignement furent adoptées.
Parallèlement, le dialogue social et l'approche consensuelle ont été érigés en règle pour être à l'écoute des partenaires sociaux. Ce dialogue permanent prend en compte non seulement les questions lices à la revalorisation de la fonction enseignante, mais aussi toutes celles qui interpellent le secteur de l'Education. Ainsi, les organisations syndicales d'enseignants sont étroitement associées à toutes les réflexions initiées par le Ministère de l'Education Nationale. Leur implication se fait à tous les niveaux: de la préparation à l'évaluation, en passant par la réalisation des recornmandations issues des différentes concertations. L'expérience a montré que la participation des enseignants et de leurs instances syndicales aux décisions conditionne leur adhésion aux réformes sectorielles.
Pour clore mon propos, je voudrais vous assurer que le Sénégal salue fortement la tenue de ce colloque dont les principaux thèmes sont au coeur des préoccupations de la plupart de nos Etats. Les résultats de vos travaux, que nous souhaitons fructueux, seront, j'en suis convaincu, largement exploités. Notre voeu le plus profond est qu'ils puissent contribuer au renforcement de la dignité et de la motivation des enseignants.
Bon séjour au Sénégal. Je vous remercie de votre attention.
A la suite des travaux du colloque, un questionnaire d'évaluation a été distribué a~x participants et 27 d'entre eux y ont répondu. Les différents éléments de cette évaluation sont les suivants:
1. Pour la majorité des participants, I'organisation de ce colloque est venue à son heure ct a pemlis de mieux cerner la problématique des politiques d'ajustement structurel et de la condition du personnel enseignant dans la sous région. Le colloque semble donc avoir répondu aux attentes de ses participants et la concertation gouvernements/syndicats a été jugée constructive.
2. Du point de vue du contenu du programme, la majorité des participants s'accordent sur sa qualité et sa richesse. L'UNESCO et l'OIT ont une bonne approche des questions de l'éducation. Le colloque a permis une réflexion interdisciplinaire sur un sujet d'actualité dans chacun des pays de la sous région.
3. Du point de vue de l'organisation du programme, les deux tiers des participants ont estimé que le principe des débats alternés en séances plénières et en travaux de groupe était une bonne idée. L'approche pédagogique fut aussi très appréciée. Le temps consacré a néanmoins paru un peu court à certains, étant donné la richesse des débats. L'implication des participants fut totale et l'ambiance excellente. De plus, l'horaire trop dense ne permettait pas aux participants de récupérer. I1 a été constaté, par moment, que les délégués sénégalais ont orienté les débats du colloque vers les préoccupations du moment dans le pays - crise scolaire et universitaire.
4. L'organisation matérielle (cadre, documentation fournie, accueil, etc.) fut globalement très appréciée avec néanmoins, comme mentionné ci-dessus, une certaine réserve pour le découpage horaire. Etant donné l'horaire retenu, l'organisation par l'UNESCO du déjeuner sur place aurait évité les retards constatés. Enfin, la rnise à disposition des documents aux participants avant la rencontre aurait permis une meilleure contribution de chacun.
5. Les mesures préconisées sont applicables à court terme sous réserve de l'engagement effectif de tous les partenaires de l'école, en particulier du gouvernement. Ii semble malheureusement que ce soit la volonté politique et/ou les moyens financiers qui font défaut. Un observatoire OIT/UNESCO pour le suivi de la mise en oeuvre des recommandations serait le bienvenu, bien qu'il est reconnu que l'OIT et l'UNESCO ne peuvent pas se substituer aux Etats.
6. Dans l'ensemble, les participants se sont donc félicités de la tenue d'un tel colloque et suggèrent qu'il soit créé des mécanismes de suivi dans chaque pays. Ils préconisent aussi l'organisation de ce colloque au niveau national ainsi que des séminaires nationaux pour vulgariser les résultats de ce colloque. Les syndicats d'enseignants ont relevé qu'il aurait été aussi souhaitable que les institutions de Bretton Woods fussent présentes afin de leur permettre de mieux appréhender les conséquences de l'ajustement structurel sur l'éducation.