33. Ce thème, introduit par le représentant du Département TRAVINT de l'OIT, a fait l'objet de trois exposés succincts de la part de la représentante gouvernementale du Cap Vert, Mme Fereira, du Dr Abdou Karim NDOYE du Sénégal et de la représentante de la Section Sénégal du FAWE, Mme Mbaye Ngom. Ces exposés, de manière générale, ont porté sur la situation des femmes relative à leur accès à la profession enseignante dans les divers niveaux d'enseignement, à leurs conditions de travail, au double plan de l'emploi, de la carrière et de la rémunération.
34 . Les exposés faits, à l' exception de celui du Cap Vert, ont tous souligné le faible taux de scolarisation des filles, une diminution notable de leur effectif dans l'enseignement secondaire et dans le supérieur. Peu de filles s'orientent vers les branches techniques et professionnelles, à l'exception des filières traditionnellement féminines (secrétariat, coiffure). Les disparités entre les régions et entre les zones rurales et les zones urbaines ont également été soulignces. Il a été ainsi noté de manière générale, en matière de scolarisation un déséquilibre croissant et permanent au détriment des femmes, phénomène que les PAS ont contribué à aggraver dans la plupart des pays. Les restrictions budgétaires avec leurs corollaires tels que la suppression des internats, ont réduit de façon notable l'accès des flles à l'école. Face à la crise, beaucoup de familles se trouvant dans l'impossibilité d'assurer les charges scolaires à la fois des garçons et des filles ont o{,éré un arbitrage favorable aux premiers.
35. Les facteurs explicatifs de cette situation sont de divers ordres: des facteurs d'ordre socioculturel (la réticence des parents à la scolarisation des filles, les mariages précoces, les maternités rapprochées, la division du travail très marquée en zone rurale) et d'ordre pédagogique (I' image de la femme adonnée uniquement aux travaux domestiques à laquelle renvoient les manuels, l'exclusion des filles enccintes des écoles, collèges et lycées) ont ainsi été mis en avant.
36 Les conséquences de cette inégalité sur la place des femmes dans le personnel enseignant, ont pu dès lors être soulignées. De manière générale, tous les exposés ont fait ressortir une sousqualification des enseignantes dans le secteur élémentaire. Les femmes constituent la minorité du personnel enseignant au niveau des corps les plus qualifiés de l'enseignement élémentaire. Plus on s'élève dans les cycles d'enseignement, moins on trouve de femmes. Les femmes sont plus nombreuses dans les corps les moins qualifiés. Cette inégalité est aggravoe dans le supérieur.
L'exemple de l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar a ainsi été donné. En 1995/96, les femmes ne représentaient que 7% des enseignants de-rang A (Professeurs, Maîtres de Conferences, Chargés d'enseignement). Le pourcentage des femmes enseignantes de rang B (Maîtres- Assistants, Assistants) était de 13%.
37. Quel que soit le niveau du système d'enseignement considéré, il est apparu que ce sont les femmes qui ont eu le plus à souffrir des incidences des PAS sur le secteur de l'éducation. Le manque de centres de formation, prenant en compte les spécificités de femmes, a été également souligné. Il en a été de même des nombreux obstacles qui se dressent sur la carrière des enseignantes, notamment leurs responsabilités familiales qui les empêchent de participer pleinement à la formation continue. La persistance de législations ou de pratiques administratives discriminatoires envers les enseignantes a aussi été déplorée ainsi que les inégalités de traitements entre enseignants et enseignantes, en particulier en matière d' imposition fiscale.
38. Les efforts qui sont entrain d'être faits dans certains pays pour réduire de telles disparités, ont été cependant soulignés (les campagnes d'alphabétisation fonctionnelle ainsi que celles pour la scolarisation des filles ont par exemple donné des résultats encourageants ) . Ces efforts do i vent être intensifiés, notamment par l ' initiation d' actions de sensibilisation de toutes les composantes de la société, sur l' importance de la scolarisation des filles, surtout dans les zones rurales. Parmi d'autres mesures, I'institution de programmes d'éducation sexuelle, l'insertion professionnelle accrue des filles, ainsi que la nocessité de les orienter davantage dans les formations techniques, sont aussi relevoes. La nécessité d'alléger les charges des enseignantes est également apparue, ceci par le biais de crèches et d'une plus grande flexibilité dans l'organisation de leur temps de travail.
39. D'autres mesures ont également été avancées telles que l'organisation de programmes de formation initiale et de formation continue en faveur des enseignantes, la nomination de davantage de femmes à des postes de responsabilité sur la base de critères de compétence, I'octroi de bourses d'études aux femmes, la lutte contre les stéréotypes sexistes au niveau des centres de formation et au niveau des manuels scolaires. La mise en place d'un observatoire pour un examen judicieux de la logislation relative aux femmes a été enfin suggérce.
40. Toutes les interventions se sont accordées sur le fait que l'éducation est un secteur qui nocessite la mobilisation de ressources importantes, stables et diversifiées. Certains intervenants ont cependant déploré le manque de clarté dans les méthodes de financement et dans la gestion des fonds. Le déphasage entre les discours et la réalité a été souligné. Le bilan est ainsi globalement négatif aussi bien pour les bailleurs de fonds que pour les populations cibles.
41. C'est pourquoi, la nécessité d'élaboration de nouvelles stratégies de financement et de gestion des systèmes éducatifs, est apparue fondamentale. I1 importe de trouver des réponses aux questions essentielles suivantes: Quelles sont les priorités à financer ? Quelle proportion de son Produit National Brut (PNB) l'Etat devrait-il affecter à l'éducation ? Les pistes suivantes ont été avancées s'agissant des politiques de financement:
- le développement d'un partenariat impliquant toutes les parties concernces;
- la création des fondations pour l'éducation;
- l'encouragement du mécénat pédagogique;
- l'allégement ou le reconversion de la dette en faveur des secteurs sociaux et en particulier
- l'éducation;
- la passation de marchés à des centres de formation/produc tion qui pourra it do ter en équipements les écoles;
- l'exonération de certaines taxes ou impôts aux entreprises qui octroyaient des bourses, stages-études.
42. Dans le même ordre d'idées, l'expérience de certains pays en la matière a été évoquée à
travers certaines propositions notamment:
- L'existence d'un fonds national pour l'éducation;
- le relèvement voire l'extension des taux des inscriptions scolaires;
- la participation des municipalités et des collectivités locales;
- l'instauration d'un plan d'urgence pour l'école.
43. Les propositions suivantes ont été formulées par les groupes de travail:
- l'institution de mécanismes de contrôle et de supervision des structures scolaires qui, par leur existence, peuvent apporter des fonds au système éducatif à l'exemple des
- coopératives scolaires;
- la réactivation des projets sous-régionaux financés par l'UNESCO et relatifs à la mobilité
- professionnelle pour combler le déficit en professeurs de certains pays;
- l'instauration de politiques de discrimination positive en faveur des femmes pour les responsabiliser davantage dans les structures de gestion des écoles.
44. Les participants s'accordent aussi sur l'importance de la gestion participative (Ecoles, Associations de parents d'élèves, Syndicats d'enseignants, Entreprises), qui leur semble être la voie la plus indiquée, car gage de transparence et de plus grande efficacité. L'expérience d'un Comité de gestion institué dans un Etat membre a pu ainsi être signalée. Ce Comité composé de tous les partenaires de l'école, a fixé un taux de cotisations et a pu participer à hauteur de 15% à un projet financé par des autorités dans le cadre de son programme de micro réalisations. Cette expérience, qui s'inspire de méthodes participatives, constitue pour les intervenants, un exemple à suivre. Les expériences en cours, dans certains pays où les populations ont pris partiellement en charge la construction de salles de classe, ont été également saluées. Enfin, la nécessité d'une décentralisation dans la gestion dans certains cas, de façon à en assurer un meilleur contrôle, a été aussi mise en exergue.
45. Développer le partenariat dans le secteur de l'éducation, constitue présentement, un enjeu important face aux conséquences des PAS dans les systèmes éducatifs des différents pays. Tel est le sentiment partagé par tous les participants. L'élargissement du partenariat aux employeurs et travailleurs, aux dirigeants communautaires, aux parents et élèves, faciliterait l'obtention de consensus et permettrait un développement harmonieux du système éducatif avec moins de résistances.
46. Le rôle et la place des enseignants devraient être prépondérants dans le partenariat pour l'école, d'autant qu'ils sont un maillon important du système éducatif. Grâce à un partenariat soutenu, les décisions prises auront plus de chance d'être efficaces et mieux réussies dans leur planification et leur application avec la pleine participation des enseignants et de leurs organisations.
47. Une telle option aura l'avantage dans un cadre concerté, d'aboutir à des consensus sur toutes les questions qui touchent le secteur de l'éducation. De même il serait souhaitable que l' esprit de partenariat, avec une implication effective des enseignants, puisse prévaloir à tous les niveaux de discussions avec les partenaires au développement et les gouvernements sur les questions relatives à l'éducation.
48. A ce titre, le renforcement du partenariat devrait nécessairement passer par le respect des droits fondamentaux de la liberté syndicale et de négociation collective (Convention N° 87 et Convention N° 98 de 1'OIT) et la Recommandation OIT/UNESCO concernant la condition du personnel enseignant.
49. Il est aussi recommandé la mise en place d'un cadre juridique et institutionnel afin de favoriser un processus de concertation et de négociation collective.
50. Dans les négociations avec les pouvoirs publics, il serait souhaitable que les positions des syndicats d'enseignants soient harmonisées. Il est également nécessaire que les organisations syndicales assurent une formation adéquate de leurs membres sur leurs droits et devoirs.
51. Les participants ont émis le voeu que l'OIT et l'UNESCO initient des activités pour renforcer la diffusion et la promotion de la Recommandation au sein des Etats de la région et pour apporter une contribution à la recherche des solutions aux problèmes des personnels enseignants et des systèmes éducatifs, par l ' organisation notamment d' ateliers, de séminaires nationaux ainsi que d'études de cas.