Bonnes Pratiques dans
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_____Labour Relations_____
Conciliation des conflits collectifs du travail
Cas de la Belgique
Règlement des conflits individuels du travail
Cas du Chili
Le rôle d’une administration du travail
dans les pays sortant d’un conflit armé
Cas du Mozambique
(revisée en Septembre 2000)
L’émergence au cours des dernières décennies de nombreux conflits armés à caractère civil et le règlement de ces conflits – suite parfois à de nombreuses années de combat et de destruction - donnent lieu, dans les pays impliqués, à la mise sur pied de projets de réintégration et de reconstruction.
Généralement, les tâches urgentes à entreprendre portent sur l’aide humanitaire, la démobilisation des soldats, le retour des populations, l’emploi, la formation, la reconstruction des infrastructures, etc. Il s’agit en grande partie d’activités impliquant directement ou indirectement les institutions œuvrant dans le domaine de l’administration du travail, c’est-à-dire l’emploi, l’information sur le marché du travail (statistiques), l’orientation et la formation professionnelles, etc.
Les réflexions qui suivent tentent de dégager, à la lumière de l’expérience du Mozambique, le rôle effectif de l’administration du travail dans le processus de réintégration et de reconstruction dans un pays sortant d’un conflit armé.
En octobre 1992, lors de la signature de l’Accord général de paix (AGP) du Mozambique, la situation intérieure du pays était des plus affligeantes, avec une économie quasiment paralysée, environ 5,7 millions de personnes déplacées à l’intérieur du pays et dans les pays voisins, soit près du tiers de la population totale, des taux de chômage élevés et une bonne centaine de milliers de jeunes arrivant chaque année sur le marché du travail.
Suite à la signature de cet Accord, 92 928 militaires ont été démobilisés des troupes jusque-là en conflit, lesquels sont venus s’ajouter aux 16 000 militaires que le gouvernement avait déjà démobilisés en dehors de cet Accord.
Tel était le climat dans lequel vivait la société mozambicaine lorsque nous avons entamé le processus de réinsertion socio-économique des militaires démobilisés.
Peu de temps après la fin des discussions, l’Accord général de paix fut intégré dans l’ordre juridique national, lors de sa ratification par l’ex-Assemblée populaire.
L’AGP stipulait l’établissement de la Commission de réinsertion (CORE), rassemblant des représentants du gouvernement, de la Résistance nationale mozambicaine (RENAMO) – le groupe armé qui 16 ans durant s’était battu contre le gouvernement, et des pays invités, ainsi qu’un représentant des Nations Unies, qui en assurait la présidence, sans oublier les représentants d’autres organisations internationales.
La CORE avait pour mission de mettre en œuvre la réinsertion socio-économique des militaires démobilisés et de prendre, à cet effet, des mesures de planification, d’organisation, de réglementation des procédures, de direction, de supervision et de surveillance.
Dans le cadre de sa stratégie de fonctionnement, la commission a mis sur pied un groupe restreint, constitué de représentants des deux parties et des Nations Unies, chargé d’examiner et de discuter diverses questions inscrites à l’ordre du jour de la CORE afin de préparer le mieux possible ses délégations.
La CORE a mis sur pied les programmes suivants:
Projet d’appui à la réinsertion (PAR)
Dans le cadre du Projet d’appui à la réinsertion, chaque démobilisé a reçu 24 mois de salaire correspondant à son grade au moment de la démobilisation, le premier salaire étant versé sur-le-champ et le solde durant les 23 mois suivant la démobilisation, dans la localité où il avait choisi de s’installer.
Le gouvernement a payé six mois de salaire, le solde étant couvert par la communauté internationale.
Service d’information et de référence (SIR)
Le Service d’information et de référence, qui a été mis sur pied par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), implantée sur l’ensemble du territoire mozambicain, remplissait les fonctions suivantes :
Programme de développement des activités de formation professionnelle (DAFP)
Ce programme, qui s’est déroulé en collaboration avec l’OIT, avait pour principales attributions d’assurer la formation des militaires démobilisés dans le cadre de l’AGP et de leur distribuer des trousses d’outils professionnels. Lorsque le mandat de la CORE arriva à son terme, la mise en œuvre de ce programme fut confiée à l’Institut national de l’emploi et de la formation professionnelle (INEFP)1.
Le fonctionnement du projet était assuré par un directeur, le Directeur national de la formation professionnelle de l’INEFP, un conseiller technique principal, spécialiste de l’OIT, deux experts de l’OIT, chargés respectivement de l’élaboration des programmes de formation et des trousses. Les spécialistes nationaux ont été engagés dans d’autres domaines d’activité, notamment la formation professionnelle, le crédit et la formation pédagogique.
Ce projet a permis de former avec succès 9 245 démobilisés, de distribuer 8 554 trousses et de créer 2 457 postes de travail.
Fonds provincial (FP)
Ce fonds a permis de financer des activités d’orientation professionnelle en faveur de 25 511 démobilisés. A l’instar du SIR, le Fonds provincial était coordonné par l’OIM.
Fonds de réinsertion ouvert (FARE)
Dirigé par la GTZ (Agence allemande de coopération technique), le FARE était destiné au financement direct des agents chargés de l’exécution des projets de création d’emplois. Le FARE a fonctionné dans les provinces de Inhambane, Sofala, Manica et Tete.
Le FARE a collaboré à 319 projets, qui ont débouché sur la création de 8 073 postes de travail.Durant le mandat de la CORE, seuls les deux premiers programmes ont effectivement été mis en œuvre, ainsi qu’une infime partie du troisième. Les autres programmes ont été exécutés durant la période postélectorale, c’est-à-dire après l’institution du gouvernement élu.
Après avoir signé un accord avec l’ambassade d’Italie, l’INEFP, en collaboration avec l’Istituto sindicale per la cooperazione allo sviluppo (ISCOS) (organisation non gouvernementale italienne), a mis sur pied un projet portant essentiellement sur la formation professionnelle et la distribution de trousses aux démobilisés et à d’autres personnes sans emploi. L’ISCOS a travaillé à Maputo, Gaza, Sofala, Manica, Tete et Nampula.
Cette ONG a formé 1 598 personnes, distribué 1 215 trousses et subventionné 653 emplois.
Une autre ONG italienne, le Comitato di coordinamento delle organizzazioni per il servizio (COSV), a centré ses activités sur la formation et la distribution de trousses aux militaires souffrant de déficiences, à Maputo. Cette ONG a contribué à la formation de 149 militaires souffrant de déficiences.
Lorsque le mandat de la CORE est arrivé à son terme, la coordination des activités menées par les divers agents a été confiée à l’INEFP, par l’intermédiaire de l’UCP (Unité de coordination des programmes) au niveau central, et des UCPP (Unités de coordination des programmes au niveau provincial), à l’échelon provincial.
L’UCP avait pour mandat d’assurer une coordination et une complémentarité aussi efficaces que possible pour éviter que les différents projets de réinsertion professionnelle des démobilisés ne fassent double emploi, en vue de l’établissement d’un programme de réinsertion.
En décembre 1993, le ministère du Travail, pour l’INEFP, a signé un accord avec l’ambassade d’Italie portant sur la promotion de l’emploi, non seulement pour les anciens combattants mais aussi pour d’autres groupes de la population, couvrant six des onze provinces du pays et reposant sur une stratégie de formation professionnelle et de gestion des petites entreprises, essentiellement pour les professions se prêtant à un travail indépendant. Une fois leur formation achevée, les personnes aptes et déterminées à mener une activité rémunératrice indépendante ont reçu une trousse d’outils professionnels, les autres étant dirigées vers le secteur structuré de l’économie, que ce soit par le processus habituel consistant à répondre à la demande par l’offre disponible ou par des incitations aux entreprises (emploi subventionné).
Ce projet a été entièrement dirigé par l’INEFP, sa mise en œuvre étant assumée par les Centres de l’emploi pour ce qui est du recrutement, de la sélection et de la réinsertion professionnelle dans les deux secteurs et, enfin, l’accompagnement des personnes ayant trouvé un emploi. Pour la formation professionnelle, l’INEFP a recouru aux six Centres de formation professionnelle dont il disposait alors et a passé des contrats avec d’autres entités publiques ou privées lorsque cela s’est révélé nécessaire.
Le projet mené avec l’ISCOS – également cofinancé par l’ambassade d’Italie (les donateurs étant peu enclins à financer uniquement des institutions gouvernementales, ils les associent le plus souvent à une ONG de leur pays) – s’est surtout attaché aux aspects logistiques, s’occupant notamment d’acquérir du matériel (véhicules, ordinateurs, trousses et autres), l’exécution du projet incombant aux organes de l’administration du travail, du niveau central à l’échelle des provinces.
Il convient de mentionner le rôle consultatif joué par l’ISCOS dans des domaines dépassant les compétences de l’INEFP, notamment en matière de promotion de l’emploi, cet organe relativement récent n’ayant alors pas encore toutes les capacités requises.
Le projet mené conjointement avec l’ISCOS a acquis un certain nombre de véhicules et d’ordinateurs et a financé la remise en état de quelques Centres de l’emploi afin d’améliorer les conditions de travail des fonctionnaires du ministère du Travail.
Les 22 Centres de l’emploi de l’INEFP, répartis sur l’ensemble du territoire national, ont évidemment continué à assumer leur activité de placements sur le marché du travail pour le projet mentionné ci-dessus ou pour le DAFP ainsi que dans d’autres situations, que ce soit dans le cadre du processus de réinsertion des anciens combattants ou dans le contexte normal de leur fonctionnement.
Le gouvernement s’est fait représenter à la Commission de réinsertion par une délégation dont faisaient alors partie M. Guilherme Mavila, Vice-ministre du Travail, M. Alcino Dias, Coordonnateur général de l’INEFP, et M. Francisco David Jovo, Chef du Département de la formation professionnelle.
Le ministère du Travail s’est fait représenter au sein des Commissions provinciales de réinsertion par les Directeurs provinciaux du travail.
Un cadre du ministère du Travail a été intégré, au niveau de chaque province, dans les structures parallèles au ministère du Travail, créées durant la mission des Nations Unies (par exemple, le SIR), afin d’assurer la continuité des activités menées par lesdites structures.
Lorsque le mandat de la CORE est arrivé à son terme, le DAFP a été confié à l’INEFP dans le cadre duquel un programme similaire avait déjà été établi, conjointement avec l’ISCOS financé par le gouvernement italien.
En tant que programme financé par la communauté internationale dans le cadre de la CORE, le DAFP a fait l’objet de nombreuses pressions pour qu’il présente le plus grand nombre de militaires démobilisés dans les plus brefs délais possibles, ce afin de réduire les tensions entre les démobilisés et de garantir la pérennité du processus de paix encore relativement fragile. Ces pressions ont, dans une certaine mesure, entravé le processus normal d’étude, de planification, de réalisation et d’évaluation.
Le déroulement général du processus était le suivant:
Si, globalement, le processus de réinsertion des militaires démobilisés peut être considéré comme une réussite, les réflexions suivantes s’imposent toutefois:
1 L’INEFP, entité dotée d’une personnalité juridique, ainsi que d’une autonomie financière et administrative, a été instituée par le décret-loi no 37/92 du 27 octobre 1992 du Conseil des ministres (Boletim da República, octobre 1992, no 42, pp. 26-29). L’INEFP relève du ministère du Travail et exerce ses activités sur l’ensemble du territoire mozambicain.