Document de travail
2. DEFINITION ET BREF HISTORIQUE DE LA GLOBALISATION
2.1 Historique et définition
2.1.1. Historique
2.1.2. Définitions et concepts
2.1.3. Les dimensions de la globalisation
2.2 Les tendances économiques internationales
2.2.1. Globalisation économique et commerciale
2.2.2. Libéralisation du commerce (libre-échange)
2.2.3. Libéralisation et rôle accru au secteur privé
2.2.4. Développement des flux financiers
2.2.5. Les facteurs influençant les investissements étrangers
2.2.6. La délocalisation
2.2.7. Globalisation technologique
2.3 Evaluation critique du concept et des retombées de la globalisation
2.3.1. Confusion entre moyen et fin
2.3.2. Mythe de la force du marché
2.3.3. Minimiser le phénomène de la globalisation
2.3.4. L'accentuation des inégalités
2.3.5. Emergence du régionalisme
2.3.6. Autodestruction du système
2.3.7. Dégradation de l'emploi et des conditions de travail
2.3.8. Réduction du rôle de l'Etat
3. L'IMPACT DE LA GLOBALISATION DANS L'OCEAN INDIEN
3.1 La globalisation dans le contexte socio-économique de l'Afrique
3.1.1. Différences entre pays développés et PVD
3.1.2. Différences entre groupes de PVD
3.1.3. Différences entre pays d'Afrique
3.1.4. Différences à l'intérieur même des pays d'Afrique
3.1.5. Optimiser les retombées de la globalisation
3.2. Les conséquences économiques dans les pays de l'Océan indien.
3.3. Les Pays de l'Océan indien
3.3.1. Impacts socio-économiques sur les Comores
3.3.2. Impacts socio-économiques sur Madagascar
3.3.3. Impacts socio-économiques sur Maurice
3.3.4. Impacts socio-économiques sur les Seychelles
3.3.5. Les politiques des salaires et sécurité de l'emploi
4. L'AVENIR
4.1 Les futures relations Nord-Sud dans la perspective de la globalisation
4.1.1. Qu'est-ce qui va changer avec la globalisation?
4.1.2. Quel rôle pour la société civile?
4.2. Les défis majeurs à être relevés par les organisations syndicales
4.2.1. Etablir auprès des travailleurs la nécessité d'un mouvement syndical fort
4.2.2. Insister pour la création d'instances de dialogue
4.2.3. Travailler à la réduction des disparités entre les salaires
4.2.4. Conditions de travail selon les normes internationalement acceptées
4.2.5. Que l'Etat continue à pourvoir les services sociaux
4.2.6. Priorité à la formation
L'objectif qui sous-tend la réalisation de ce document est de présenter d'une manière aussi claire que possible les définitions et enjeux de la globalisation ainsi que ses implications pour les économies des îles du sud-ouest de l'Océan indien, notamment Madagascar, les Comores, les Seychelles et Maurice.
Ce document s'adresse avant tout aux responsables syndicaux et de ce fait met l'accent essentiellement sur les retombées économiques, sociales et culturelles du processus de la globalisation sur les travailleurs et les organisations ouvrières dans les pays nommés ci-dessus.
Dans la première partie du travail, nous avons surtout exposé les différents concepts et les définitions importantes dans la compréhension du phénomène de globalisation. Même si, à force d'entendre parler de ces termes, ceux-ci peuvent nous sembler familiers et évidents, les enjeux sont trop importants pour que nous puissions nous contenter d'approximations et de flous.
Dans la deuxième partie de ce document, nous avons privilégié une approche basée surtout sur la construction d'un certain nombre d'outils analytiques. Cette approche permet ainsi au lecteur de développer sa propre autonomie d'analyse en fonction des réalités propres de chaque pays.
Le dernier volet de ce travail explore les perspectives et marges de manoeuvre des organisations syndicales et les autres organisations de la société civile dans le but d'induire une réflexion sur des stratégies de moyen et court termes.
2. DEFINITION ET BREF HISTORIQUE DE LA GLOBALISATION
On s'accorde à dire que le phénomène de la globalisation - ou mondialisation pour les francophones - tel que nous le connaissons actuellement date de la fin des années 70 et début des années 80.
2.1.1. Historique
Le terme globalisation est apparu aux Etats-Unis dans les années 80 pour qualifier l'interdépendance économique croissante créée par le nouveau mode production délocalisée, la libre circulation des biens, des capitaux et de l'information.
Cependant, le concept, lui, existe depuis le XVIème siècle. Depuis cette époque le système capitaliste repose sur l'internationalisation de l'économie pour son développement. La quête des marchés extérieurs et la recherche des capacités productives à moindres coûts étaient à la base des grandes expéditions et des menées colonisatrices par de nombreux pays du Nord.
La mondialisation se développera, pour ensuite connaître un recul durant la première moitié du XXème siècle, marquée par les deux guerres mondiales, l'avènement du communisme et la grande dépression des années 30.
Le commerce international connaîtra un nouvel essor dans la foulée des décisions ou des événements constituant des réactions à ces phénomènes historiques. On peut ici rappeler les recettes keynésiennes appliquées pour relancer les activités après la dépression, le plan Marshall et l'établissement des institutions de Bretton Woods, ainsi que l'écroulement du système communiste.
Dans les années 80, les différentes étapes de la mondialisation étaient déjà accomplies: les flux d'exportation étaient conséquents, l'investissement étranger direct était devenu un moteur de développement et les réseaux de production et d'information fonctionnaient. Les autres éléments de l'histoire économique qui constituent la toile de fond à cette progression de l'intégration économique sont les suivants: le choc pétrolier des années 70, l'application des théories économiques néo-libérales, l'émergence des pays nouvellement industrialisés (PNI), la fin des discussions du cycle Uruguay du GATT, le formidable développement de la télécommunication et l'adoption de la délocalisation et l'implantation des Compagnies TransNationales (TNC) comme mode de production.
Ainsi, la signature des accords de Marrakech en 1994, l'émergence de nouveaux blocs économiques régionaux et l'avènement de la compétition à l'échelle mondiale, bref, la mondialisation telle que nous la connaissons aujourd'hui ne sont que l'aboutissement logique d'un processus enclenché depuis plus de trois décennies. Ce processus a connu une accélération dans les années 90, suite au triomphe de l'économie de marché, après la faillite du modèle communiste. Désormais l'ordre économique mondial est capitaliste et la logique financière s'impose à tous, partout. D'où les nouveaux credo que sont rentabilité et efficacité.
La globalisation n'est pas un phénomène naturel. Elle est le résultat d'un choix motivé par la recherche de profits pour les producteurs. La même motivation avait occasionné l'internationalisation de la production, il y a quatre siècles. Tout l'hémisphère sud avait subi les retombées néfastes d'un tel choix. Le même défi se pose aujourd'hui avec la globalisation. Il s'agit donc de réfléchir à des alternatives pouvant éviter aux plus faibles de connaître les mêmes déboires du passé. Il faudra aussi identifier les moyens permettant aux pays en développement de saisir les opportunités qui pourraient être offertes par la globalisation.
2.1.2. Définitions et concepts
La globalisation pourrait être définie comme étant "le processus d'intégration des marchés nationaux de biens, capitaux, financiers et des marchés en devises en un unique marché global fonctionnant selon des règles universelles".
Le Fonds Monétaire International définit la globalisation comme étant "l'interdépendance économique croissante de l'ensemble des pays du monde, provoquée par l'augmentation du volume et de la variété des transactions transfrontalières de biens et de services, ainsi que des flux internationaux de capitaux, en même temps que par la diffusion accélérée et généralisée de la technologie".
Deux grandes interprétations de la globalisation prévalent: l'une s'inspire d'une philosophie libérale du monde et l'autre d'une vision plus de gauche.
Libérale
Selon l'interprétation libérale des choses, la globalisation serait la résultante d'un déterminisme par les forces technologiques qui pousseraient à une intégration de toutes les parties du monde en une seule économie globale. Ce "village global" est censé être bénéfique pour tous ceux qui s'y intégreraient et accepteraient d'obéir aux règles, tandis que ceux qui y résistent seraient exclus de l'essor économique et du développement.
Socialiste
L'autre interprétation, qui s'inspire des théories plus socialistes de l'économie, considère la globalisation comme étant ni plus ni moins qu'une tentative de forcer les gouvernements et les Etats à se soumettre à une hégémonie néo-libérale. Ce ne serait en fin de compte qu'une nouvelle forme d'impérialisme.
2.1.3. Les dimensions de la globalisation
Même si lorsqu'on parle de la globalisation on le fait souvent par référence à l'économique, nous devons constater que le phénomène n'affecte pas uniquement l'économie. Le commerce, les technologies, la vie sociale et culturelle ainsi que le fonctionnement des structures politiques dans les différentes parties du monde sont aussi affectés et soumis à un mécanisme d'uniformisation. Les media audiovisuels tendent à s'uniformiser aussi bien du point de vue de leur support physique (télévision) que de leur contenu (films et informations fonctionnent dans un marché restreint).
2.1.3.1. Economique
La globalisation économique signifie avant tout la tendance des différentes économies nationales à fusionner pour donner lieu à une unique structure économique globale. Elle implique une libéralisation des secteurs de l'économie qui n'obéiraient plus qu'aux seules forces du marché et des prix. Cette libéralisation de l'économie concerne les deux facteurs les plus importants d'une infrastructure économique: la circulation du capital et la circulation de la force du travail. L'un des dispositifs centraux de la globalisation est la Compagnie TransNationale (TNC).
Qu'est-ce qu'une TNC?
Une TransNational Corporation (TNC) ou, comme on le dénomme en français "compagnie transnationale", "multinationale" ou encore "firme globale" est une structure dont l'existence et les activités se situent à l'échelle planétaire. Une comparaison avec une firme internationale classique aide à mieux comprendre la TNC. La firme internationale fonctionne en prédominance dans un cadre national précis même si ses activités peuvent s'exercer en dehors des frontières nationales tandis que pour les TNC les frontières nationales et les Etats sont avant tout des obstacles à leur expansion.
Les TNC - issues d'annexions d'entreprises, de rachats, fusions et autres alliances stratégiques sont des conglomérats représentant une concentration énorme de capital. Ce sont aussi des structures à travers lesquelles se font des transferts de capitaux et de technologie, et en conséquence de nouveaux modes et normes de production.
La délocalisation
La délocalisation signifie le transfert de certaines activités de production des pays plus développés vers d'autres pays où les coûts de production sont moins élevés. Toutefois, ce sont surtout les unités de production, la distribution ou encore les services après-vente qui sont délocalisés; les fonctions essentielles des entreprises (recherche, conception, contrôle financier) restent souvent dans les pays du Nord. Les progrès technologiques (réseaux de communication, internet, etc.) ont grandement contribué à ce phénomène de délocalisation.
La libéralisation du marché de l'emploi
La libéralisation du marché de l'emploi découle de la libéralisation des mouvements de capitaux. L'ouverture des économies implique aussi une déréglementation de la structure du marché de l'emploi. La remise en cause de la sécurité d'emploi, la refonte des secteurs publics, la remise en cause des protections sociales, la liberté de licencier ou d'alignement des salaires par le bas, sont réclamées par les chefs d'entreprises afin de faire face à la concurrence.
On doit noter que si le GATS (General Treaty on Trade in Services) ou, en français, AGCS (Accord Général sur le Commerce des Services) se prononce pour la libre circulation des personnes physiques, l'Organisation internationale du Travail est de plus en plus indiquée comme étant l'organe compétent pour établir les normes de travail et s'en occuper.
Aussi, la globalisation implique l'application d'une politique économique inspirée du libéralisme et de ce fait minimise l'intervention de l'Etat, avec pour conséquence la privatisation de larges secteurs de l'économie.
2.1.3.2. Financière
C'est toutefois dans le secteur financier que la globalisation de l'économie a été le plus loin. Trois points-clé ont marqué la globalisation financière et monétaire:
La dérégulation
La dérégulation amorcée aux Etats-Unis fin 70, s'est poursuivie avec le Japon en 83/84, et l'Europe, qui en 1990 a créé un marché de capitaux (capital market) unique. Qu'est-ce que la dérégulation? La dérégulation signifie la libéralisation monétaire et financière. Cela se fait par le démantèlement progressif des divers règlements qui régissent les mouvements financiers et monétaires (contrôle de prix des services bancaires et des échanges de devises ainsi que le contrôle des intérêts à long terme).
L'élimination des intermédiaires
Les opérateurs internationaux n'ayant plus besoin de passer par des institutions, telles les banques, pour effectuer les transactions, ils ont un accès direct aux différents marchés financiers et boursiers.
L'ouverture des marchés financiers nationaux
L'élimination des intermédiaires, institutions bancaires, a ouvert les différents marchés financiers nationaux et les a amenés une plus grande interpénétration.
2.1.3.3. Commerciale
La globalisation commerciale est fondamentalement le processus par lequel les barrières commerciales entre Etats-nations sont démantelées tendant à faire du globe un unique marché où biens et services circulent librement. Dans ce processus, il y a eu deux étapes importantes: le GATT et l'OMC.
GATT - General Agreement on Tariffs and Trade
Le GATT, Accord Général sur les Tarifs douaniers et le Commerce est un ensemble d'accords visant à l'élimination graduelle des barrières douanières et commerciales. Le premier GATT a été signé en 1947 (entré en vigueur en 1948) et celui de 1994 à Marrakech a institué l'OMC. Ces accords sont basés sur la reconnaissance de la suprématie des forces du marché et des prix dans le commerce international. Ils couvrent différents domaines commerciaux à travers des dispositifs spécifiques tels le GATS (General Agreement on Trade in Services) pour le secteur des services, le TRIP (Trade-Related Intellectual Property rights Agreement) sur la propriété intellectuelle, le TRIM (Trade-Related Investment Measures) sur la protection des investissements, l'AMI (l'Accord Multilatéral sur l'Investissement)
OMC - Organisation Mondiale du Commerce
L'OMC, institué par les Accords de Marrakech, est entrée en opération au début de 1995. Elle est chargée de la programmation de la mise en oeuvre de ces accords. Elle veille à leur mise en application et est habilitée à prendre des sanctions contre les Etats contrevenants. Elle est aussi l'instance où sont réglés les litiges entre pays signataires.
2.1.3.4. Technologique
On peut dire que la globalisation technologique, soit la diffusion accélérée et généralisée du progrès technologique, est l'une des composantes essentielles du processus de globalisation.
Le poids de ces avancées technologiques se fait plus particulièrement sentir dans le domaine de la communication (téléphonie, informatique, autoroutes de l'information et internet). Les parties du globe tendent à être ramenées en un unique réseau de communication qui ignore les frontières nationales et où l'information circule très vite - en temps réel. Le transfert de technologies, autres que celle de la communication, se fait aussi par le biais des délocalisations d'entreprises.
2.1.3.5. Socioculturelle
Le développement d'un système économique au niveau planétaire ne peut pas ne pas avoir de retombées sociales et culturelles. Une homogénéisation est aussi en train de s'opérer chez l'individu dans trois domaines-clé de son identité:
Son rôle de producteur
Les techniques et conditions de travail ainsi que les produits fabriqués tendent à être presque les mêmes dans tous les coins du globe.
Son rôle de consommateur
Avec l'émergence des TNC, les produits disponibles sur les marchés du monde entier tendent à être les mêmes - jeans Levis, baladeurs Sony, etc. - ce qui influe sur les pratiques culturelles des populations. On parle de plus en plus du consommateur global.
Son rôle d'information/formation
Avec les nouvelles technologies de communication et l'émergence de gigantesques groupes mondiaux de presse exerçant au niveau planétaire, les informations reçues aux quatre coins du monde sont les mêmes (CNN, MTV, etc.).
Ainsi, avec le transfert de modèle technologique, c'est aussi un transfert de modèle culturel qui s'est opéré. Au niveau plus social et politique, nous constatons aussi une diminution du rôle et souveraineté des Etats, qui sont dépassés par les grands groupes financiers et par l'OMC qui a annexé de vastes portions de légitimité nationale.
Avant de passer plus spécifiquement aux différents domaines de la globalisation, il est important que nous résumions quelques points importants à retenir:
La globalisation n'est pas un processus "naturel" en ce sens que même si la globalisation technologique la rend possible elle ne la déclenche pas. D'autres facteurs interviennent pour que la globalisation technologique se transforme en globalisation tout court.
La globalisation se distingue des autres phénomènes d'internationalisation précédents. Ces autres phénomènes poussaient à une intensification des relations entre nations alors qu'ici nous assistons à une réelle interpénétration des nations.
Les TransNational Corporations (TNC) qui sont les dispositifs essentiels de la globalisation diffèrent de la firme internationale en ce sens que cette dernière fonctionne dans un cadre national précis tandis que pour les TNC les frontières nationales et les Etats sont plus des obstacles à leur expansion.
Avant la création de l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC), les mécanismes de régulation du commerce, tels le GATT 47, géraient un paradigme de frontières - et d'échanges aux frontières - tout en laissant la souveraineté aux Etat-nations. L'OMC pour sa part intervient au sein des Etat-nations et s'en annexe des parts importantes de souveraineté.
Aussi, la globalisation implique une diminution du rôle de l'Etat: il cède une partie de ses prérogatives, au niveau extérieur, aux organisations internationales ou régionales, et, à l'intérieur, au secteur privé.
2.2. Les tendances économiques internationales
2.2.1. Globalisation économique et commerciale
La globalisation économique et commerciale est marquée par les faits suivants: une libéralisation des échanges de biens et des services; l'accroissement multilatéral du flux financier; la délocalisation de la production; l'implantation des transnationales.
2.2.2. Libéralisation du commerce (libre-échange)
La conclusion du Cycle Uruguay a ouvert les portes à une plus grande pratique de libre échange dans le commerce international. La signature des Accords de Marrakech engage les parties contractantes à réduire les barrières tarifaires et non tarifaires qui pourraient entraver la libre circulation des biens et des services. Ce concept de libre-échange aura des conséquences pour les pays en voie de développement. Par exemple les produits de ces pays ne bénéficieront plus d'accès préférentiel à certains marchés comme c'est le cas actuellement; ces Etats seront aussi contraints d'ouvrir leurs marchés aux produits étrangers alors que leurs propres industries ne sont pas encore prêtes pour la compétition. Cependant la mondialisation offre aussi des opportunités au pays en développement. On peut ici mentionner la possibilité de bénéficier du flux des capitaux et du transfert de technologie, en plus du libre accès à de nouveaux marchés.
2.2.3. Libéralisation et rôle accru au secteur privé
Le triomphe des théories néo-libérales en économie ont influencé dans une grande mesure les décisions macro-économiques prises par les états. Dans les pays du Nord, sous la poussée du thatchérisme et de la reaganomics de nombreux secteurs ont été privatisés. En Europe de l'Est, les pays communistes se sont convertis au libéralisme. Les pays émergents d'Asie, pour leur part, basent leur stratégie de développement économique sur cette même logique libérale. Ici l'investissement étranger direct est un instrument majeur de développement. Cette même démarche a été adoptée par les pays en développement sous l'impulsion des institutions de Bretton Woods dans le cadre des programmes de réformes structurelles de leurs économies. Ainsi, de nos jours, la tendance mondiale en économie est à la libéralisation. Les économies sont plus ouvertes et un rôle fondamental est dévolu aux investissements étrangers et au secteur privé.
2.2.4. Développement des flux financiers
C'est dans le secteur des mouvements des capitaux que le processus de globalisation économique a connu une plus grande avancée. La déréglementation du marché des capitaux commencée il y a trente ans, a assuré une plus grande mobilité des capitaux. Aujourd'hui les financiers déterminent les cours des événements, car avec la libéralisation et la privatisation les états doivent s'astreindre à offrir les meilleures conditions aux investisseurs potentiels. Par conséquent, des considérations relevant davantage de la logique financière déterminent les politiques de développement économique. Ainsi lors de la définition des politiques fiscales et monétaires par les états, le poids des exigences du marché des capitaux est considérable.
2.2.5. Les facteurs influençant les investissements étrangers
L'investissement dans un pays étranger étant une décision relevant du privé, la décision repose sur la possibilité pour l'investisseur d'avoir un retour rapide, conséquent et assuré pour ses capitaux. Ainsi prendra-t-il en considération les éléments suivants: les facteurs économiques, l'environnement socio-politique, la qualité de l'infrastructure existant.
Les facteurs économiques sont, entre autres, le retour sur l'investissement, la sécurité offerte par le pays hôte, le taux de croissance économique, la politique fiscale et monétaire pratiquée.
La stabilité sociale et politique, la bonne gouvernance, ainsi qu'une conception de l'Etat facilitateur sont des caractéristiques politiques de plus en plus recherchés par les investisseurs. D'autre part, le prix et la qualité de la main-d'oeuvre demeurent des éléments déterminant la décision.
Le niveau et la qualité des infrastructures, surtout celles de communication et de télécommunications constituent un élément-clé pour attirer l'investissement étranger. Les avantages comparatifs sont anéantis si les moyens de communication sont inadéquats.
2.2.6. La délocalisation
Durant les deux dernières décennies du XX siècle, la recherche des avantages comparatifs a poussé les grosses sociétés du Nord à délocaliser leurs productions dans des pays où la croissance économique est importante et les coûts de production relativement bas. Cependant cette opération s'effectue après maintes considérations, entre autres, les conditions socio-économiques existant dans les pays ciblés par les sociétés candidates à la délocalisation.
2.2.7. Globalisation technologique
La technologie est d'un apport fondamental au processus de globalisation. L'intégration ne peut se réaliser si les communications sont impossibles. C'est pourquoi le secteur des communications et des télécommunications sont les plus concernés par une implantation globale. Dans la foulée de la libéralisation tous azimuts, le développement de ces deux secteurs était indispensable. Ce processus a lui-même bénéficié de la vague de privatisations. Ces secteurs, longtemps contrôlés par des monopoles d'Etat, ont connu une croissance exponentielle dès leur privatisation. Le développement de ces moyens de communication permet la transmission d'informations et le transport des biens aux confins les plus lointains. Par conséquent, les possibilités de délocalisation sont multipliées et les transferts technologiques plus rapides.
2.3. Evaluation critique du concept et des retombées de la globalisation
2.3.1. Confusion entre moyen et fin
L'une des critiques de fond que nous pouvons émettre est le fait que pour les principaux acteurs de la globalisation il existe une confusion entre moyen et fin. Ainsi, c'est l'idée de libre circulation qui est érigée en finalité du processus de globalisation alors que la notion d'intérêt public est minimisée: l'intérêt public est censé s'adapter à la nouvelle réalité de la globalisation.
Parlant du plan de travail de l'OMC, son Directeur général déclare: "Mais plus que d'un simple plan, c'est d'une idée directrice dont nous avons besoin. Cette idée, c'est la réalisation du libre-échange mondial, la démolition des derniers murs de l'ordre économique ancien."
2.3.2. Mythe de la force du marché
Une deuxième critique de fond qu'il faut émettre est que tout le processus de la globalisation est censé reposer uniquement sur la suprématie des forces économiques - sans intervention politique. Cette idée rejoint celle qui fait de la globalisation un processus naturel et inéluctable, découlant d'une poussée technologique irrésistible.
Or, on constate que s'inscrire dans la globalisation est le résultat d'un choix politique car, pour beaucoup de pays, la question n'est pas simplement une ouverture des frontières, mais elle implique des transformations de leur structure économique et des modifications à leurs législations, et cela est une action politique. M. Renato Ruggiero: "Ce qui a la plus forte incidence sur la forme et l'orientation de l'activité économique aujourd'hui - règles de la concurrence et flux d'investissement mondiaux, en particulier - ce n'est pas tant les obstacles à la frontière que les structures de l'économie intérieure. Là, il y a de plus en plus de risques de frictions commerciales, en raison non pas de divergences au sujet des règles, mais de l'absence de règles".
2.3.3. Minimiser le phénomène de la globalisation
Au delà de ces deux critiques sur la nature du phénomène lui-même, il nous faut aussi le replacer dans sa dimension réelle exacte.
De vastes zones et leurs populations ne se situent pas dans ce courant mondial: la Chine avec son milliard d'habitants n'est pas en économie de marché et la Russie ne fait pas partie de l'OMC. De même, on constate que les subsides sur la production agricole en Europe et les restrictions d'accès pour le textile sur le marché américain, rendent douteuses leurs affirmations libre-échangistes.
En ce qui concerne les TNC, les délocalisations n'affectent que certains pans des entreprises, les activités "sensibles" restant dans les pays du Nord contredisant leur image transnationale. D'ailleurs, 5 pays seulement (G5) sont responsables de 75% des investissements directs étrangers dans le monde.
2.3.4. L'accentuation des inégalités
Evaluer les retombées du processus de la globalisation nécessite qu'on précise sur quelle entité (blocs de pays, pays individuels, ou catégories de population).
Puisque le système est basé sur des accès libres et réciproques de produits, biens et services, les retombées positives pour un pays précis seront fonction des capacités d'exportation de ce pays: ceux ayant un fort potentiel bénéficieront plus tandis que ceux ayant peu de potentiel d'exportation seront des perdants. Jusqu'ici, seuls quelques pays du sud (d'Asie principalement) ont su tirer profit des éliminations de barrières, tandis que les pays africains n'ont rien perçu comme bénéfice.
En ce qui concerne l'investissement direct étranger, l'Asie en a bénéficié 65% de la totalité, l'Amérique latine 27% et l'Afrique moins de 13%. Les facteurs, tel le manque d'infrastructure routière ou de communication, ont beaucoup pesé. La moitié des pays en développement n'ont pratiquement pas perçu d'investissements directs.
Nous devons aussi noter que les retombées ne se font pas d'une manière uniforme sur toutes les catégories d'une même société. Dans un même pays, des écarts se creusent aussi bien à l'intérieur des pays développés que dans les pays en voie de développement. La dégradation des conditions de l'emploi et le démantèlement des régimes de protection sociale pour faire face à la compétition ont généré chômage et exclusion dans les pays en voie de développement ainsi que dans les pays développés. Ces pays ont à faire face à un essor économique sans création d'emploi (jobless growth).
2.3.5. Emergence du régionalisme
Face à la globalisation, de nombreux pays se sont constitués en blocs régionaux, qui ont vu un accroissement des échanges intra-zone, comme une première étape vers l'intégration dans un ordre économique mondial. Il est à noter que les échanges inter-zones sont aussi en augmentation.
2.3.6. Autodestruction du système
En dernier lieu, nous devons faire remarquer que certains estiment que le processus de globalisation va vers son autodestruction. L'accroissement du flux financier circulant dans le monde relève plus de mouvements spéculatifs que de réels investissements dans la production. Le secteur financier se déconnecte de l'économie réelle et se présente de plus en plus comme une économie virtuelle. Un crash financier pourrait faire boule de neige et amener l'écroulement de tout le système.
2.3.7. Dégradation de l'emploi et des conditions de travail
La recherche des profits étant l'une des principales motivations de la délocalisation, les entreprises décentralisent certaines étapes de la production dans des pays offrant la possibilité de réduire les coûts. Ainsi des implantations sont effectués dans des pays pouvant fournir une main-d'oeuvre de qualité à bon marché. Comme de nombreux pays du Sud connaissent un taux de chômage élevé, leurs ressortissants acceptent de travailler pour un salaire relativement bas et bien souvent dans des conditions difficiles - longues heures de travail, manque de sécurité, couverture sociale inadéquate. Cette tendance comporte une faiblesse inhérente au raisonnement libéral, à savoir que le marché se régularise automatiquement. Ainsi dès que la situation de plein emploi est atteinte la main-d'oeuvre se raréfie et devient chère. Dans ce cas, les entreprises étrangères, perdant leur compétitivité, s'en vont ailleurs. Afin de préserver leur compétitivité, des TNC' s choisissent de favoriser la sous-traitance. On aboutit alors à une situation ou plusieurs sous-traitants sont en compétition pour décrocher des contrats. Par conséquent les conditions de travail plus pénibles pour les travailleurs prédominent. Il est d'autant plus difficile pour les travailleurs de faire valoir leur droits car la syndicalisation est faible en raison de la petite taille des unités les employants. D'autre part, les entreprises optent pour un développement à utilisation intensive de capital. Cela amène une sélection dans le recrutement avec pour résultat que de larges sections des populations dans les pays du Sud n'arrivent pas à trouver de l'emploi et sont marginalisées.
2.3.8. Réduction du rôle de l'Etat
Dans le cadre de la libéralisation, l'Etat limite son rôle à celui d'un facilitateur. Ce concept a été imposé aux PVD par les bailleurs de fonds internationaux dans le cadre de PAS. Cette politique aura à court et à moyen terme des conséquences néfastes dans certains pays du Sud. D'abord sur le plan socio-politique certains grands équilibres peuvent être bouleversés dans des pays ayant des clivages très prononcés. Cela pourra être cause d'instabilité.
Ensuite, sur le plan social, la privatisation de certains secteurs sociaux privera bon nombre de citoyens des services sociaux essentiels.
Enfin, le recul de l'Etat aboutira à une perte de souveraineté, car sur le plan interne des décisions économiques majeures seront prises par des privés, alors que des orientations macro-économiques seront tributaires des exigences des institutions internationales.