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Gif Entretien avec M. Guillaume Attigbe
Membre adjoint du Conseil d'administration du Bureau international du Travail et porte-parole du groupe des travailleurs sur les questions de coopération technique.
M. Attigbe est Président de l'Organisation régionale africaine de la Confédération internationale des syndicats libres (Oraf/CISL) et Secrétaire général de la Confédération des syndicats autonomes du Bénin (CSA).de la CSA-Bénin.

La coopération technique est l'un des principaux postes de dépenses du BIT. Comment son évolution récente est-elle perçue par le groupe des travailleurs?

Nous regrettons que les moyens mis à la disposition du BIT s'amenuisent d'année en année, si bien que son budget ordinaire n'arrive plus à satisfaire les demandes en coopération technique. Le BIT est dès lors contraint de faire appel à des donateurs, mais ceux-ci ont leurs exigences, ils précisent généralement dans quels domaines ou pays ils veulent intervenir et choisissent le groupe cible: travailleurs, employeurs ou gouvernements. Le fait que le BIT ait pu trouver un palliatif via ces donateurs est une bonne chose, mais cela ne lui donne pas toujours les moyens de mettre en pratique sa propre politique. Il faudrait que les donateurs alimentent le budget ordinaire du BIT.

Nous remarquons ainsi que le programme IPEC de lutte contre le travail des enfants, pour lequel tous les gouvernements marquent un certain engouement, représente l'essentiel de la coopération technique aujourd'hui, à tel point que les actions en faveur du respect des normes fondamentales sont reléguées pratiquement au dernier rang, alors qu'elles sous-tendent le reste des activités. Nous souhaitons que les gouvernements s'intéressent autant aux conventions sur la liberté syndicale, et la négociation collective, qu'à la Convention 182 sur les pires formes de travail d'enfants. La liberté syndicale est un élément essentiel pour mettre fin au travail des enfants.

Quels sont les principaux besoins en coopération technique pour les syndicats des pays du Sud?

Nous réagissons par rapport aux thèmes d'actualité. L'un d'entre eux est la nécessité de faire reculer la pauvreté et dans ce cadre, il est question aujourd'hui de remettre une partie des dettes des pays en voie de développement. Cette remise de dette est assortie de conditions, notamment l'élaboration par les pays bénéficiaires de plans stratégiques de réduction de la pauvreté (PSRP). Les partenaires sociaux interviennent dans ce processus d'élaboration. Il s'agit donc de renforcer la capacité des syndicats à participer de la façon la plus efficace possible dans cette discussion.

Une autre priorité pour les syndicats est celle de l'emploi. Dans les pays en développement, l'économie informelle prend de l'ampleur, et seuls quelques pour cent de la population sont couverts par la sécurité sociale. La politique de l'emploi est un domaine où les syndicats du Sud désirent un maximum d'aide de la part de la coopération technique du BIT.

Les syndicats du Sud ont donc besoin, par exemple, de formateurs en matières économiques...

Oui, entre autres. Les besoins sont à différents niveaux: les syndicats doivent disposer d'un bon niveau d'expertise pour être de bons partenaires sociaux, mais ils doivent aussi former leur base pour assurer une relève.

On peut s'attendre à ce que le militant, une fois formé, quitte le syndicat pour gagner plus dans le secteur privé...

Nous ne pouvons pas empêcher les gens d'évoluer, mais il faut trouver un moyen pour qu'ils continuent à servir le mouvement syndical. Les syndicats vivent de leurs cotisations et n'ont généralement pas les moyens d'entretenir des experts, mais si nous les maintenons dans notre giron, nous pouvons faire appel à eux de temps en temps. Souvent, dans les pays du Sud, les syndicats n'emploient pas beaucoup de permanents, il s'agit plutôt de militants qui on un travail dans l'un ou l'autre domaine et qui, à côté, s'investissent dans le syndicalisme. Nous devons les accompagner dans ces efforts, notamment en négociant avec leurs employeurs afin qu'ils ne leur fassent pas trop la chasse.

A côté des syndicats, les ONG occupent une place de plus en plus grande dans la société civile, notamment dans l'économie informelle. Est-ce une bonne chose pour les travailleurs?

Au Bénin, ma confédération a été l'une des premières à s'intéresser à l'économie informelle, où nous avons fait du bon travail. Nous ne faisons pas systématiquement la guerre aux ONG: nous les acceptons pour autant qu'elles soient crédibles. Le problème est qu'aujourd'hui, le monde des ONG est une nébuleuse, un fourre-tout alors qu'au niveau des syndicats, il existe des critères pour évaluer ce que vaut telle ou telle organisation, notamment sur le plan de la représentativité et de la démocratie interne. Parmi toutes les ONG, il est difficile de savoir qui est qui, mais nous ne sommes pas gênés d'agir avec celles qui se distinguent, celles que nous voyons agir sur le terrain.

Etes-vous d'accord que les ONG bénéficient de la coopération technique du BIT?

De plus en plus, les ONG bénéficient davantage de la coopération technique que les syndicats. C'est le cas notamment dans le cadre du programme pour l'élimination du travail des enfants (IPEC). En tant que partenaire social et mandant de l'OIT, nous voulons être mieux considérés. Dans l'économie informelle par exemple, les syndicats ont une politique à long terme, ils oeuvrent pour que, à terme, les acteurs puissent mieux se prendre en charge. Les ONG interviennent de façon plus ponctuelle, pour satisfaire des besoins immédiats. Nous pouvons travailler avec elles, mais à l'heure actuelle, nous ne disposons pas du vingtième des moyens offerts globalement aux ONG.

D'où vient cet engouement pour les ONG?

Les décideurs trouvent que les syndicats sont des empêcheurs de tourner en rond, ils préfèrent aller là où ils ont moins de difficultés, où l'esprit critique est moins développé.

Les grandes orientations prises récemment par l'OIT correspondent-elles aux demandes des syndicats, notamment dans la coopération technique?

Nous déplorons un recul dans la prise en compte des préoccupations des syndicats, mais aussi des employeurs. Cette tendance se reflète par exemple dans les activités en faveur des partenaires sociaux du Centre international de formation du BIT à Turin: en 2000, elles ne représentaient que 13 pour cent du total des activités. Elles sont passées à 17 pour cent en 2001, mais c'est encore en deçà de nos attentes. Nous voulons que dans chaque domaine stratégique du BIT, il y ait une certaine visibilité des activités des travailleurs et des employeurs. L' «approche intégrée» dont on parle tellement au BIT devrait permettre de prendre en compte les préoccupations des partenaires sociaux, mais ce n'est pas toujours le cas.





Propos recueillis par M. Samuel Grumiau, Novembre 2002.



Mis à jour par LO. Approuvée par MS. Dernière modification: 19 juin 2003.