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Gif Un grand vent d'éspoir pour les travailleurs Ukrainiens handicapés


C'est ce 3 décembre qu'a lieu la Journée internationale des personnes handicapées. En Ukraine, l'un des pays européens où le taux de handicaps est le plus élevé, ce jour correspond aussi au premier anniversaire du centre de formation professionnelle pour travailleurs handicapés de Lutizh, près de Kiev. Il est l'un des plus modernes d'Europe et redonne espoir à des centaines de familles ukrainiennes. Le BIT a joué un rôle important dans sa création.

Selon les estimations du BIT, 14% de la population ukrainienne, soit 8 millions de personnes, sont handicapés (les estimations officielles parlent de 2,6 millions). C'est presque le double de la moyenne globale des pays industrialisés. Ce chiffre a plusieurs explications : certains handicapés sont des anciens combattants de la guerre d'Afghanistan, d'autres sont des victimes de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl ou des accidents qui surviennent très fréquemment dans les mines du bassin du Donbass. Comme partout ailleurs, il est difficile pour les travailleurs handicapés de décrocher un emploi en Ukraine, un pays où la pauvreté est sans cesse croissante. Les formations professionnelles adaptées à leurs handicaps étaient, jusqu'il y a peu, extrêmement réduites, et ils demeuraient donc à la charge de familles qui ont bien de la peine à joindre les deux bouts.

Ces sombres perspectives s'embellissent depuis la création du Centre ukrainien de formation professionnelle des personnes handicapées à Lutizh, dans la région de Vishgorod, à 40 km de la capitale, Kiev. Situé au milieu d'un bois, il peut accueillir simultanément 130 personnes handicapées sur le plan moteur. Différents types de métiers y sont enseignés : dactylo, secrétaire, assistant social, apiculteur, opérateur informatique, etc. Les formations, qui durent entre deux mois (métiers d'artisanat) et cinq mois et demi (informatique), sont entièrement gratuites pour la personne handicapée. Son logement, son alimentation, ses soins médicaux sont pris en charge par le centre, qui n'a pas lésiné sur la qualité : chambres hyper propres et confortables, matériel médical très moderne, aménagements en tous genres pour faciliter la vie des pensionnaires (toilettes adaptées, rampes dans tous les couloirs, chemins couverts pour permettre le déplacement entre les bâtiments même en hiver, etc.). Une piscine a aussi été aménagée dans le centre, avec élévateur spécial pour que tous les pensionnaires puissent y avoir accès.

C'est le gouvernement ukrainien qui a financé la plus grande partie des travaux d'aménagement du centre ainsi que le coût de son fonctionnement actuel. Le BIT a apporté une contribution substantielle en équipant deux classes d'informatique et en achetant trois minibus adaptés pour le transport des personnes handicapées, ainsi qu'une voiture. Une autre source de financement importante est venue d'un projet BIT-PNUD (Programme des Nations Unies pour le développement) financé par le gouvernement suisse, qui a développé des programmes modulaires de formation professionnelle. Le BIT a aussi facilité la création du centre ukrainien en finançant diverses expertises quant à sa faisabilité et plusieurs voyages de ses promoteurs à Linz, en Autriche, où un centre de rééducation professionnelle très performant existe depuis longtemps. Une vingtaine de formateurs actuellement employés à Lutizh ont par ailleurs été eux-mêmes formés à Linz, en partie grâce au soutien du BIT et du gouvernement autrichien. Ils disséminent à présent leur savoir à travers une série de centres moins modernes situés à travers toute l'Ukraine. « Il en existe plusieurs dizaines dans tout le pays, mais leurs méthodes de travail et de fonctionnement ne sont pas unifiées car ils sont gérés par différents types d'organisations (ONG, gouvernement régionaux, etc.), explique le Dr Mycola Avramenko, directeur du centre de Lutizh. L'idée est de les organiser en réseau ». Lutizh devient ainsi petit à petit une référence pour les professionnels de la santé ukrainiens spécialisés dans le suivi des personnes handicapées.

Trouver un emploi
L'une des priorités du centre de Lutizh est d'aider la personne handicapée à décrocher un emploi à l'issue de sa formation. « Nous travaillons avec les services gouvernementaux pour l'emploi des chômeurs, mais aussi directement avec les employeurs, souligne son directeur. Si, par exemple, un ancien mineur est amputé et que nous lui offrons une formation en informatique, nous pourrions contacter son ex-employeur et négocier afin qu'il lui trouve un poste adapté. Mais d'une façon générale, assurer l'embauche de nos pensionnaires est plutôt la tâche des services régionaux pour l'emploi, qui doivent avoir trouvé un futur employeur à la personne handicapée qui est envoyée chez nous par l'administration régionale correspondante ». Cette tâche est quelque peu facilitée par la législation qui accorde une réduction de taxe aux employeurs de travailleurs handicapés.

Le centre de Litizh ne souhaite pas que tout soit offert sur un plateau aux travailleurs handicapés : à côté du grand coup de pouce qui leur est donné, ils doivent aussi y mettre du leur pour que leur intégration professionnelle soit réussie. Il faut changer les mentalités héritées de l'ex-URSS, où l'Etat donnait l'argent et rien d'autre. « Certains pourraient jouer sur la compassion de la population ukrainienne et attendre de l'Etat qu'il fasse tout à leur place, prévient le Dr Avramenko. Nous leurs disons le contraire : en leur offrant cette formation, l'Etat leur donne une chance, à eux de la saisir. Nous ne voulons pas qu'ils se voient comme quémandeurs mais comme des contributeurs à la société ». Pour les pensionnaires qui désirent poursuivre leur formation de façons plus poussée, le centre a établi des contacts avec des écoles supérieures qui pourront les accueillir. Tout un réseau de relations s'est donc tissé pour assurer un meilleur avenir aux personnes handicapées en Ukraine. « Il s'agit d'un excellent exemple de collaboration entre le BIT, le gouvernement, les partenaires sociaux et les ONG spécialisées dans le suivi des personnes handicapées », se félicite Vasyl Kostrytsya, correspondant national pour le BIT en Ukraine, qui a beaucoup oeuvré pour la création du centre. A noter aussi que l'Ukraine est sur le chemin de la ratification de la Convention n°159 de l'OIT, sur la réadaptation professionnelle et l'emploi des personnes handicapées.

Personnel très motivé
Un total de 200 travailleurs veillent au bon fonctionnement du centre de Lutizh. Trente pour cent d'entre eux sont des enseignants, les autres sont des thérapeutes, gardiens, cuisiniers, etc. « La grande majorité sont très enthousiastes et motivés par leur tâche, note le Dr Avramenko. On en voit qui viennent même le week-end tant ils se sentent impliqués dans la formation des pensionnaires ». L'un des problèmes auxquels se trouve confrontés le centre est qu'il est situé hors de Kiev, où la plupart des institutions scientifiques sont basées, et n'est pas accessible par les transports en commun. Il n'est donc pas facile d'y attirer les spécialistes de la capitale. Les minibus payés par le BIT permettent de remédier à cette difficulté en offrant le transport à ce personnel hautement qualifié. Ils servent aussi à transporter les pensionnaires à Kiev pour des visites médicales ou autres, ou pour les amener vers les gares ou l'aéroport s'ils viennent de loin.

Vu le nombre de personnes handicapées en Ukraine, il est nécessaire de sélectionner celles qui auront la chance d'y séjourner. Ce sont les différentes administrations régionales qui effectuent ce tri, en tenant compte notamment des possibilités de transporter ces personnes, de leur type de handicap ou encore de leurs chances de trouver un emploi après telle ou telle formation. Tout comme dans d'autres centres du même type ailleurs, la grande majorité des pensionnaires de Lutizh ont moins de 40 ans. « Nous aimerions aussi former des personnes handicapées plus âgées, mais elles manquent souvent de motivation, notamment parce qu'elles approchent de la pension, note le directeur du centre. Les jeunes ont plus d'ambition pour améliorer leur niveau de vie, pour devenir financièrement indépendants ». Les « à-côtés » de la formation n'ont pas été négligés. Outre les activités sportives, le centre organise différentes activités culturelles durant les week-ends : chansons, théâtre, invitations d'artistes, soirées musicales, ou encore des visites à Kiev. Quelques murs du centre sont par ailleurs recouverts de posters mettant en valeur les normes fondamentales de l'OIT ainsi que son programme pour l'élimination du travail des enfants, IPEC.

Dans le futur, le centre de Lutizh aimerait procéder à des échanges d'étudiants avec son homologue de Linz, qui continue à lui prodiguer de bons conseils. L'énergique Dr Avramenko voudrait également équiper son centre pour la formation professionnelle des personnes aveugles. Il doit, pour cela, trouver l'argent nécessaire à l'achat de matériel en braille. Idem pour l'analyse des tendances sur le marché du travail, qui pourrait aider à mieux cibler les types de formation. « Je rêve aussi de développer des installations sportives complètes pour personnes handicapées. Nous avons déjà une piscine, une salle de fitness et nous sommes entourés d'une forêt, je voudrais maintenant trouver les fonds pour créer des terrains pour les sports de ballon et le tennis. Qui sait, peut-être l'un de nos pensionnaires participera-t-il un jour aux Jeux paralympiques ? Ce serait un formidable encouragement pour tous les autres »

En attendant, des formations en couture et en mécanique automobile verront le jour sous peu, tout comme des cours sur la gestion quotidienne de petites entreprises pour ceux qui désirent démarrer une activité en tant qu'indépendant. Autant de nouvelles lueurs d'espoir pour des milliers d'Ukrainiens handicapés.

Samuel Grumiau
©BIT/ Bureau des activités pour les travailleurs

Déclaration du BIT à l'occasion de la Journée internationale des personnes handicapées





Luc Demaret
BIT/Bureau des activités pour les travailleurs (ACTRAV)


Mis-à-jour par LO. Approuvée par MS. Dernière modification: 3 décembre 2002.