![]() ![]() |
|
|
|
LE TRAVAIL DES ENFANTS: QUE FAIRE?
Conclusions Que conclure des observations et propositions que nous avons formulées tout au long de ce rapport? Première conclusion: l'OIT et ses Etats Membres ont affaire, avec le travail des enfants, à un problème des plus préoccupants. Ce ne sont pas quelques milliers d'enfants qui sont concernés, mais des dizaines, voire des centaines, de millions. Par ailleurs, tel qu'il se pratique hélas trop souvent, le travail précoce exige trop des enfants, les exploite à bon compte, fait obstacle à leur éducation ou porte atteinte à leur santé, à leur sécurité ou à leur moralité. Ce travail des enfants-là a des coûts élevés: pour les enfants d'abord, qui arrivent à l'âge adulte diminués sur les plans physique, intellectuel ou affectif; pour la société ensuite, qui se voit privée d'une partie des ressources humaines qualifiées dont elle a besoin pour se développer. Deuxième conclusion: si la pauvreté est la cause première du travail des enfants, elle n'explique pas tout. Comment se fait-il, en effet, que certaines familles très pauvres envoient leurs enfants travailler alors que d'autres, tout aussi pauvres, les envoient à l'école? Les déficiences quantitatives et qualitatives des systèmes éducatifs, qui poussent tellement d'enfants à travailler, sont-elles le résultat du sous-développement et de la pauvreté, ou de priorités nationales mal placées? Pourquoi n'invoque-t-on pas la pauvreté et les contraintes budgétaires pour d'autres aspects des dépenses publiques, comme celles destinées à l'acquisition d'armements? En réalité, pour une large part, le travail des enfants existe et se développe tout simplement parce qu'il est ignoré ou toléré par la société, parfois même dans ses formes les plus abusives, comme s'il faisait partie de l'ordre naturel des choses. Changer l'état d'esprit ou les mentalités aux divers échelons de la société ou, autrement dit, faire en sorte que l'indifférence, la passivité ou la résignation actuelles cèdent la place à la compréhension, à la colère et à la volonté d'agir est donc un préalable nécessaire à l'obtention d'un progrès durable dans la lutte contre ce fléau. Troisième conclusion: quelle que soit sa situation sur le plan économique, une société a l'obligation morale de faire en sorte que sa jeunesse puisse accéder à son plus complet développement physique et mental(68) . La pauvreté ne peut en aucun cas servir d'excuse à ce que des enfants soient, parce qu'ils doivent travailler, agressés dans leur intégrité physique, retardés dans leur développement intellectuel et bafoués dans leur dignité. Certes, faire disparaître tout travail des enfants dans le court terme est hors de portée dans de nombreux pays. Toutefois, l'expérience démontre que des progrès significatifs peuvent être obtenus sur la voie de son abolition dès lors qu'existe, au niveau politique et dans la société, la volonté de le combattre avec détermination et que des priorités ont été clairement assignées à l'action nationale. Quelles doivent être ces priorités? Ce qu'il faut combattre d'abord et surtout, ce sont les formes les plus intolérables de travail des enfants, à savoir celles qui constituent une véritable atteinte aux droits de l'homme, comme le travail forcé, la servitude pour dettes et la prostitution, et celles qui comportent des risques particulièrement graves pour la sécurité ou la santé de l'enfant ou l'empêchent de s'instruire normalement. L'action nationale doit chercher à tirer sans délai les enfants des situations de travail de ce genre; elle doit, par ailleurs, empêcher que d'autres enfants ne se voient amenés à travailler dans de telles conditions. Quatrième conclusion: aucun acteur de la lutte contre le travail des enfants ne détient à lui seul la solution. Ce problème est tellement vaste et ses causes tellement profondes et diverses que c'est par la participation active et concertée de tous les groupes qui composent la société, et notamment des gouvernements aux niveaux central et local et des organisations d'employeurs et de travailleurs, que l'on pourra progresser sur la voie de sa solution. Cinquième conclusion: aucun type d'intervention n'est à lui seul suffisant et c'est sur de nombreux fronts que le travail des enfants doit être combattu. En premier lieu, il faut améliorer la connaissance du problème afin de déterminer le degré d'urgence ou de priorité, pour l'action nationale, des cas existants de travail des enfants. En second lieu, il faut informer le grand public, le sensibiliser à la gravité du problème et à l'urgence d'œuvrer à sa solution, obtenir qu'il exerce la pression nécessaire sur les pouvoirs publics et le maintenir mobilisé. En troisième lieu, il faut disposer d'une législation s'appliquant aux types d'emploi, de travail ou d'activité dans lesquels sont occupés la plupart des enfants exposés à l'exploitation économique ou à des conditions de travail dangereuses. En quatrième lieu, il faut renforcer les moyens et l'efficacité des services chargés d'assurer le respect de la réglementation nationale sur le travail des enfants, y compris en associant les collectivités locales au contrôle des conditions dans lesquelles travaillent leurs propres enfants. En cinquième lieu, il faut mettre en œuvre des projets pilotes visant à tirer les enfants des situations de travail qui leur sont particulièrement préjudiciables en leur offrant, dans un premier temps, les services essentiels dont ils peuvent avoir besoin (hébergement, nourriture, soins de santé) et en leur fournissant ensuite des alternatives viables (comme un supplément d'éducation leur permettant de réintégrer l'école, des services d'apprentissage ou de formation préprofessionnelle ou une autre activité rémunérée dans un centre de production protégé), évaluer les résultats de ces projets, adapter leur contenu et promouvoir leur application sur une plus grande échelle. Enfin, il faut dispenser une formation appropriée aux divers acteurs de la lutte contre le travail des enfants, notamment au personnel des ministères et des municipalités, aux inspecteurs du travail, aux syndicalistes, aux représentants des organisations d'employeurs et au personnel des ONG directement impliquées. Sixième conclusion: outre des mesures immédiates cherchant à mettre fin aux formes les plus intolérables de travail des enfants, la politique nationale doit comporter un volet d'actions axées sur le long terme et visant à agir sur les causes profondes de ce travail, à en décourager la demande et à en limiter l'offre. Il s'agit cette fois d'actions visant à promouvoir la croissance économique et, plus important encore, un type de croissance se souciant davantage du sort des couches les plus démunies de la population, facilitant leur accès à des emplois productifs et suffisamment rémunérateurs ainsi qu'à un minimum de protection sociale, et contribuant ainsi à réduire la nécessité économique du travail des enfants. Il s'agit aussi d'actions portant sur les services d'éducation destinés aux enfants. L'éducation est probablement la meilleure arme contre le travail des enfants. Il n'y aura pas de solution satisfaisante à ce problème sans un système d'éducation de base qui rende l'école physiquement accessible à tous les enfants en âge d'y aller, financièrement à la portée de toutes les familles, même des plus pauvres, et suffisamment attractive en termes de débouchés ou de promesses pour l'avenir. Le combat contre le travail des enfants est un véritable défi pour de nombreux Etats Membres de l'OIT. Ce défi vaut la peine d'être relevé; ce qui est en cause, en effet, c'est le devenir de la jeunesse et donc de la société tout entière. Ce combat est également un défi pour l'OIT. Le temps est venu pour notre Organisation de s'interroger sur son rôle et ses priorités dans ce domaine et de se demander comment améliorer la pertinence de son action sur le plan des normes, de la recherche et de la coopération technique. Le Bureau espère que la réunion informelle tripartite au niveau ministériel du 12 juin prochain apportera sur ce plan d'utiles éclairages. Endnotes 1. Les montants disponibles en dollars des Etats-Unis par biennium étaient les suivants: 1986-87: 115 547; 1988-89: 210 656; 1990-91: 301 550; 1992-93: 2 268 602; 1994-95: 901 680; 1996-97: 908 382. 2. Ces pays ont déjà apporté ou confirmé qu'ils apporteront les montants suivants: Allemagne: 50 millions de marks pour la période 1992-1996 et la même somme pour la période 1997-2001; Australie: 100 000 dollars des Etats-Unis; Belgique: 3 millions de francs belges; Canada: 700 000 dollars canadiens; Espagne: 12,5 millions de dollars des Etats-Unis; Etats-Unis: 2,1 millions de dollars; France: 1,3 million de francs français; Luxembourg: 350 000 de francs luxembourgeois; Norvège: 300 000 dollars des Etats-Unis. 3. Document GB.264/ESP/1, 264e session, nov. 1995. 4. L'expression «activité économique» désigne la production de biens et services, comme définie par le système de comptabilité nationale des Nations Unies. Selon ce système, la production de biens et services comprend toute la production et la transformation des produits primaires, que ceux-ci soient destinés au marché, au troc ou à l'autoconsommation, ainsi que la production pour le marché de tous les autres biens et services et, dans le cas de ménages produisant de tels biens et services pour le marché, la production correspondante qui fait l'objet d'une autoconsommation (voir Recommandations internationales en vigueur sur les statistiques du travail (BIT, 1988), p. 57). 5. Il ne faut pas induire de cette définition que tout travail des enfants de moins de 15 ans est interdit au regard des instruments internationaux. Cela ne serait ni réalisable ni souhaitable. On rappellera à ce sujet que la convention (no 138) de l'OIT sur l'âge minimum, 1973, autorise, sous certaines conditions, l'emploi des enfants à des travaux légers et permet d'exclure temporairement de son champ d'application certaines branches d'activité et certains types d'entreprise. 6. Child labour surveys: Results of methodological experiments in four countries, 1992-93 (BIT, Genève, 1996). 7. UNESCO: Education pour tous: situation et tendances (Paris, 1993). 8. L'intensification de la participation des enfants à l'activité économique est illustrée par l'exemple de l'Equateur où les recensements de population de 1982 et de 1990 indiquent que le nombre des enfants travailleurs âgés de 12 et 13 ans s'est accru de 55 pour cent entre ces deux années alors que la proportion des enfants de ce groupe d'âge mis au travail passait de 13,5 à 15,7 pour cent. Dans les zones urbaines de ce même pays, le taux de participation des enfants à l'activité économique aurait été multiplié par trois entre 1990 et 1993. (Mauricio García Moreno: Bases para la formulación de una polítíca nacional en materia de trabajo infantil en Ecuador, document de travail pour le Séminaire national sur le travail des enfants organisé par le BIT et l'UNICEF en mai 1994.) 99. Au Zimbabwe, par exemple, le taux de participation à l'activité économique des enfants de 10 à 14 ans a été chiffré à 40 pour cent en 1990 (Central Statistical Office: Income, Consumption and Expenditure Survey Report 1990-91, 1994). 10. En Turquie, le seul pays industrialisé à avoir récemment mené une enquête sur le travail des enfants à l'échelle nationale (avec l'assistance technique du BIT), plus d'un million d'enfants (1 008 019) âgés de 6 à 14 ans, soit 8,4 pour cent d'entre eux, étaient économiquement actifs en 1994. (Tuncer Bulutay: Child Labour in Turkey, State Institute of Statistics and International Labour Office, sept. 1995.) 11. Cette enquête a été réalisée par des chercheurs de l'Université de Paisley dans un petit nombre d'écoles primaires et secondaires du sud de l'Ecosse et du nord de l'Angleterre. Bien que ses résultats ne puissent pas être considérés comme représentatifs à l'échelle nationale, ils n'en sont pas moins intéressants. Ainsi sept étudiants sur dix ont reconnu avoir, antérieurement à l'enquête, exercé au moins une fois un travail contre rémunération et trois ou quatre étudiants sur dix, selon l'école, le faisaient au moment où l'enquête a eu lieu. 12. On pouvait lire ce qui suit dans une récente publication parue aux Etats-Unis: «Les spécialistes de la protection de l'enfance estiment le nombre des jeunes qui travaillent, dans le groupe d'âge des 12 à 17 ans, à 5,5 millions, soit 27 pour cent. Ce chiffre n'inclut pas les enfants âgés de moins de 12 ans employés illégalement, dans les ateliers de confection urbains, comme vendeurs à la sauvette ou comme travailleurs saisonniers et migrants dans les exploitations agricoles du pays, par exemple.» (Golodner, L.F.: «Child labor in 1994: An old problem that hasn't gone away», dans Child labor in the 90's: How far have we come?, A compilation of essays by leaders in the field, National Child Labor Committee, 1994). 13. Les enquêtes statistiques expérimentales précitées conduites au Ghana, en Inde, en Indonésie et au Sénégal montrent que la propension des enfants à exercer une activité économique est en moyenne deux fois plus élevée dans les zones rurales que dans les zones urbaines. Les chiffres disponibles pour d'autres pays confirment cette plus forte intensité du travail des enfants en milieu rural. En Egypte, par exemple, les taux de participation à l'activité économique dans le groupe d'âge des 6 à 14 ans étaient en 1993 de 16,5 pour cent dans les zones urbaines et de 40,4 pour cent dans les zones rurales (National Population Council: Survey of Demography and Health, 1993). En Equateur, 38,3 pour cent des enfants de 10 et 11 ans et 61,2 pour cent des enfants de 12 à 14 ans étaient économiquement actifs dans les zones rurales en 1994, alors que les taux de participation à l'activité économique de ces mêmes groupes d'âge étaient de 12,7 pour cent et de 23 pour cent respectivement dans les zones urbaines (Servicio Ecuatoriano de Capacitación Profesional, Ministerio del Trabajo, Encuesta de Condiciones de Vida, 1994). 14. C'était, par exemple, le cas pour plus de 90 pour cent de la main-d'œuvre enfantine de 6 à 14 ans recensée en 1992 en Colombie (Departamento Administrativo Nacional de Estadística: Encuesta Nacional de Hogares 76/1992). En Equateur, 65 pour cent des personnes économiquement actives recensées en 1994 dans le groupe d'âge des 10 à 17 ans étaient employées par des établissements ayant moins de cinq personnes à leur service et 4 pour cent seulement d'entre elles l'étaient par des établissements occupant plus de 30 travailleurs (Encuesta de Condiciones de Vida, 1994, op. cit.). 15. Les enquêtes statistiques expérimentales précitées sur le Ghana, l'Inde, l'Indonésie et le Sénégal indiquent que l'activité économique de plus des trois quarts des enfants âgés de 5 à 14 ans s'exerçait dans le cadre d'une entreprise de type familial. 16. A titre illustratif, en Equateur, l'enquête de 1994 sur les conditions de vie signale que, dans le groupe d'âge des 12 à 14 ans, le travail familial non rémunéré était pratiqué par 77 pour cent des enfants travailleurs des zones rurales et par 49,4 pour cent de ceux des zones urbaines. 17. A titre illustratif, en pourcentage de l'effectif total d'enfants travailleurs, ceux occupés à leur propre compte représentent 5 pour cent au Sénégal, 8 pour cent au Ghana et 10 pour cent en Colombie. 18. Une enquête menée au Brésil dans le groupe des enfants travailleurs de 10 à 14 ans établit cette part à 47,4 pour cent (Institut brésilien de géographie et de statistique: Criança -- Indicadores Sociais, 1992). 19. Cette évolution est, par exemple, très nette en Colombie où les enfants de 12 à 14 ans travaillant en dehors du cadre familial -- comme salariés, domestiques ou travailleurs indépendants -- représentaient en 1992 près de 60 pour cent du total des enfants travailleurs appartenant à ce groupe d'âge (Encuesta Nacional de Hogares, 76/1992, op. cit.). 20. En Equateur, par exemple, dans le groupe d'âge des 12 à 14 ans, 45,5 pour cent des garçons et 26,6 pour cent des filles exerçaient une activité économique en 1994 (Encuesta de Condiciones de Vida, op. cit.). 21. Au Bangladesh, par exemple, 75 000 enfants âgés de moins de 14 ans, des filles dans leur très grande majorité, étaient employés dans les quelque 1 500 fabriques recensées à la fin de 1992 dans le secteur de la confection. 22. Selon les enquêtes statistiques expérimentales précitées, 14 pour cent des enfants travailleurs en Turquie et 20 pour cent au Ghana et au Sénégal avaient moins de 10 ans. Au Brésil, une enquête conduite en 1988 par l'Institut de géographie et de statistique auprès d'un échantillon représentatif de la population adulte révèle que 66 pour cent des personnes interrogées avaient reconnu avoir exercé une activité économique avant d'avoir l'âge de 14 ans, et 20 pour cent avant l'âge de 10 ans. Au Maroc, une enquête menée récemment par la Ligue marocaine pour la protection de l'enfance avec la collaboration du ministère de la Santé auprès d'un échantillon de 450 enfants domestiques dans les principales villes du pays indique que 27 pour cent de ces enfants avaient moins de 10 ans, et 73 pour cent moins de 12 ans. 23. Dans les zones urbaines de l'Equateur, par exemple, le travail est une activité permanente pour près de 60 pour cent des enfants exerçant une activité économique (Encuesta de Condiciones de Vida, 1994, op. cit.). 24. Au Brésil, une enquête menée en 1993 avec l'assistance de l'IPEC sur les conditions du travail des enfants de moins de 14 ans occupés dans l'industrie de la chaussure de la ville de Franca, dans l'Etat de São Paulo, a révélé que le tiers de ces enfants travaillaient plus de six heures par jour, six jours par semaine. En Colombie, 75 pour cent des enfants travailleurs de 12 et 13 ans effectuaient en 1992 plus de 24 heures de travail par semaine, c'est-à-dire plus que le maximum permis par la loi dans les cas où celle-ci n'interdit pas le travail des enfants (Encuesta Nacional de Hogares, 76/1992, op. cit.). En Equateur, plus de 30 pour cent des enfants travailleurs de 10 et 11 ans et plus de 60 pour cent de ceux âgés de 12 et 13 ans avaient effectué plus de 20 heures de travail par semaine en 1994; la durée hebdomadaire moyenne du travail avait été pour les premiers de 18,1 heures et pour les seconds de 29,2 heures (Encuesta de Condiciones de Vida, 1994, op. cit.). 25. Dans les zones urbaines de Colombie, par exemple, la durée hebdomadaire moyenne du travail des enfants de 12 et 13 ans était en 1992 de 41,3 heures pour les filles et de 29,6 heures pour les garçons (Encuesta Nacional de Hogares, 76/1992, op. cit.). 26. Selon des enquêtes récentes, la proportion d'enfants de 12 et 13 ans qui travaillent tout en continuant d'étudier serait de 30 pour cent en Colombie et de 40 pour cent en Equateur. 27. Dans les zones rurales de Colombie, une enquête a montré que plus de la moitié des enfants travailleurs âgés de 10 et 11 ans ne vont plus du tout à l'école. 28. Steinberg, L., et Dornbush, S.M.: «Negative correlates of part-time employment during adolescence: Replication and evaluation», Developmental Psychology, 1991, vol. 27, no 2, pp. 304-313. 29. Au Pérou, par exemple, la proportion des enfants de 6 à 14 ans qui ont du retard dans leurs études serait de 61 pour cent chez les enfants qui travaillent et de 39 pour cent chez ceux qui ne font qu'étudier (Walter Alarcón Glasinovich: Trabajo y Educación de niño y adolescentes en el Perú, 1995). En Colombie, le nombre moyen d'années d'école primaire réussies par les enfants de 12 à 14 ans n'était que de 3,6 chez ceux ayant une activité économique, contre 5 chez les autres (Encuesta Nacional de Hogares, 96/1992, op. cit.). En Equateur, les enfants travailleurs de 10 et 11 ans n'avaient, en moyenne, que 3,8 années d'école primaire réussies à leur actif; parmi ceux qui avaient abandonné l'école, la situation était pire puisqu'ils n'avaient passé avec succès que 2,3 années (Encuesta de Condiciones de Vida, 1994, op. cit.). 30. Gunn, S.E., et Ostos, Z.: «Le multiple dilemme du travail des enfants: le cas des petits trieurs d'ordures aux Philippines», Revue internationale du Travail, vol. 131, 1992, no 6, pp. 681-702. 31. Bonnet, M.: «Le travail des enfants en Afrique», Revue internationale du Travail, vol. 132, 1993, no 3, pp. 422 et 423. 32. En Colombie, par exemple, une enquête récente a montré que les employés de maison de moins de 15 ans travaillent en moyenne 50 heures par semaine, ce qui est bien davantage que les autres catégories d'enfants travailleurs. Parmi les enfants qui effectuent plus de 60 heures par semaine, on trouve une majorité de filles employées comme domestiques. [Knaul, F.M.: Young workers, street life and gendre: The effect of education and work experience on earnings in Colombia, thèse de doctorat (Cambridge, Massachusetts, Université de Harvard, mai 1995).] 33. Organisation mondiale de la santé: Santé de l'enfant au travail: risques particuliers (Genève, 1987). 34. Boyden, J.: The relationship between education and child work, Innocenti Occasional Papers, Child Rights Series, no 9, Centre international de l'UNICEF pour le développement de l'enfant, Florence, Italie, sept. 1994. 35. UNICEF: Le progrès des nations, 1993. Ces pourcentages sont calculés à partir de données de l'UNESCO (principalement 1988-1990). 36. Banque interaméricaine de développement: Mejoramiento de la calidad de educación primaria en América Latina y El Caribe. Hacia el siglo XXI, Informe no 28, Programa de estudios regionales, 1993. 37. Grootaer, C., et Kanbur, R.: «Le travail des enfants: un point de vue économique», Revue internationale du Travail, vol. 134, no 2; Siddiqi, F., et Patrinos, H.: Child labour: Causes and interventions, document à usage interne du Département de l'éducation et de la politique sociale, Banque mondiale, Washington D.C., déc. 1994. 38. Cela ressort clairement d'une enquête statistique réalisée en 1992-93 avec l'appui de l'OIT dans certains pays en développement. Au Ghana, par exemple, les trois quarts environ des enfants touchaient moins de 2 000 cedis par mois, alors que le minimum légal est de 12 000 cedis. Au Sénégal, on a constaté des écarts similaires de salaire entre adultes et enfants, mais, en Indonésie, les enfants travaillant dans des entreprises touchaient approximativement les trois quarts du salaire des adultes. Comme il ressort d'enquêtes sur les ménages, en Colombie et en Equateur aussi, les gains des enfants qui travaillent sont faibles, moins de 15 000 pesos par mois (moins de 20 dollars E.-U.) en Colombie, en 1992 pour des enfants de 12 et 13 ans, alors que le minimum légal pour les adultes non qualifiés s'élevait à 65 000 pesos (Encuesta Nacional de Hogares, 96/1992, op. cit.); en Equateur, dans le groupe des enfants salariés, deux tiers de ceux de 10 et 11 ans et plus d'un quart de ceux de 12 et 13 ans touchaient moins que l'équivalent de 15 dollars E.-U. par mois en 1994 (Encuesta de Condiciones de Vida, 1994, op. cit.). 39. Commencée en 1992, cette enquête s'est conclue par un séminaire tenu en Inde (26-28 juillet 1995), dont les principaux documents seront prochainement publiés. Anker, R., et Barge, S.: Economics of child labour in indian industries, à paraître. 40. Levison, D., Anker, R., Ashraf, S., et Barge, S.: Is child labour really necessary in India's carpet industry?, document de travail no 6, Centre for Operations Research and Training (CORT), Baroda, Inde, juillet 1995. 41. Levison, D., et coll., op. cit. 42. La Commission économique pour l'Amérique latine et les Caraïbes (ONU) a observé que les enfants et adolescents de 13 à 17 ans qui travaillent ont, à 18 ans, un retard scolaire de plus de deux ans par rapport aux jeunes qui entrent dans la vie active entre 18 et 24 ans. Elle estime que ce retard se traduit, dans la vie adulte, par une réduction de 20 pour cent du revenu mensuel (CEPAL: Panorama social de América Latina, Edición 1995, Nations Unies, Santiago du Chili). 43. Pour mieux cerner le problème, le BIT a mis au point deux instruments: une technique d'évaluation rapide, expérimentée au Bangladesh, et une méthodologie d'enquête statistique, expérimentée au Ghana, en Inde, en Indonésie et au Sénégal. La technique d'évaluation rapide vise à permettre aux organisations d'identifier les caractéristiques des principaux problèmes des enfants qui travaillent, ainsi que les ressources qui pourraient être mobilisées pour y faire face. Un projet de manuel décrivant cette technique a été établi. La méthode d'enquête statistique peut être appliquée pour obtenir soit des statistiques générales sur le travail des enfants, soit des statistiques sur certaines variables fondamentales. Avec l'appui de l'IPEC, le Bureau de statistique du BIT met la dernière main à un guide technique qui aidera les pays à mener des enquêtes par sondage pour établir des statistiques sur tous les aspects du problème. Ce guide sera publié sous le titre suivant: Surveys of child labour and activities of children: An ILO manual on concepts, methods and procedure. Parallèlement, un appui financier et technique est fourni aux bureaux de statistique et aux ministères du Travail de plusieurs pays participant au programme IPEC (Bangladesh, Népal, Pakistan, Philippines, Thaïlande, Turquie) pour la réalisation d'enquêtes nationales et l'établissement de données détaillées et fiables sur la situation des enfants qui travaillent dans ces pays. 44. Bequele, A., et Myers, W.E.: First things first in child labour -- Eliminating work detrimental to children, publication BIT-UNICEF, collection Child labour (Genève, BIT, 1995), pp. 26-27. 45. Il ressort d'une enquête sur les enfants qui travaillent, réalisée récemment au Brésil, qu'il existe une corrélation étroite entre le niveau d'instruction des parents et le taux de participation de leurs enfants à la vie active: 80 pour cent des enfants ayant participé à l'enquête avaient des parents comptant moins de quatre années de scolarisation primaire (Trabalho infantil no Brasil, Um estudo das estratégias et políticas para sua eliminaçao, Rodrigues dos Stantos, B., Pereira, I., Azevedo, J., et Becker, M.J., document établi pour le Groupe de travail international sur le travail des enfants, déc. 1995). 46. L'IPEC a montré que tout plan national doit prévoir des campagnes bien conçues de sensibilisation dans les médias. Les messages diffusés par les médias doivent être à la fois simples et clairs, se référer à des situations concrètes identifiées dans le pays dont il s'agit, et être adaptés au public visé. Pour atteindre le grand public, il faut faire appel aux grands médias: radio diffusée en langue locale, télévision, films, vidéocassettes. Bandes dessinées et livres d'images sont aussi un bon moyen de sensibiliser parents et enfants et d'informer les enfants qui travaillent de leurs droits. En milieu rural, les enseignants peuvent contribuer avec beaucoup d'efficacité à mettre en garde les enfants, leurs familles et la collectivité dans son ensemble. Enfin, on a constaté que, dans les pays où le travail des enfants est largement répandu dans les couches les plus pauvres et considéré comme inévitable, les arguments économiques qui plaident en faveur de l'abolition du travail des enfants sont plus efficaces que ceux qui font appel à la sensibilité ou à la morale. 47. Heureusement, dans plusieurs pays en développement, les partenaires tripartites jouent aujourd'hui un rôle plus actif, parfois avec le concours du BIT. Le Brésil en offre l'illustration. Le gouvernement s'intéresse de très près au travail des enfants et, avec l'aide de l'IPEC, travaille actuellement à renforcer sa propre capacité d'action ainsi que celle de près de 5 000 municipalités chargées de veiller à la protection des enfants. Les syndicats s'attaquent aujourd'hui avec vigueur à toute une série de problèmes soulevés par le travail des enfants. C'est ainsi que, dans un grand centre manufacturier, ils ont fait pression pour que l'industrie de la chaussure cesse d'employer des enfants. Ils ont diffusé des messages radiophoniques pour dénoncer dans des zones rurales reculées le travail des enfants. Une association nationale de fabricants de jouets a organisé une campagne d'information. 48. On trouvera plus d'informations à ce sujet dans un document à paraître de Fyfe, A., et Jankanish, M.: Trade union and child labour: A guide to action, Genève, BIT. 49. L'IPEC a essayé d'encourager les pouvoirs publics et la société dans son ensemble à réfléchir aux différents problèmes soulevés par le travail des enfants et aux solutions que l'on pourrait leur apporter. Les comités directeurs nationaux qui ont été mis en place ont permis aux partenaires sociaux et à d'autres organisations intéressées d'unir leurs efforts dans le cadre de stratégies cohérentes de lutte contre le travail des enfants. Ces comités ont beaucoup fait pour motiver les participants, en forgeant des liens entre eux et en facilitant des actions concrètes visant un objectif commun. L'expérience de l'IPEC montre aussi que ce genre de collaboration s'impose non seulement au niveau central, mais aussi à la base. Elle montre qu'à ce dernier niveau, pour entreprendre une action qui soit à la fois efficace, durable et transposable, il faut mobiliser et obtenir la collaboration de tous les protagonistes intéressés, à savoir les enfants et leurs parents, les employeurs, les travailleurs ainsi que leurs organisations respectives, et, si elles existent, les institutions locales, officielles ou informelles. 50. Depuis quelques années, la Commission d'experts pour l'application des conventions et recommandations internationales du travail rappelle l'importance, pour les partenaires sociaux, de participer aux organes nationaux chargés de promouvoir l'application de la Convention des Nations Unies relative aux droits de l'enfant et de proposer des mesures en vue de résoudre les difficultés quant à son application, notamment en matière d'exploitation des enfants au travail (BIT: Rapport de la Commission d'experts pour l'application des conventions et recommandations, Conférence internationale du Travail, 82e session, Genève, 1995, rapport III (partie 4A), paragr. 44; idem, 83e session, 1996, rapport III (partie 4A), paragr. 37). 51. Créer une capacité institutionnelle pour lutter contre le travail des enfants est une priorité de l'IPEC. A cette fin, une assistance a été fournie à plusieurs pays pour créer dans le ministère chargé des questions du travail une unité de coordination sur le travail des enfants. En outre, l'IPEC a mis au point un module de formation sur la conception, la gestion et l'évaluation des projets de lutte contre le travail des enfants. Tous pays participant à l'IPEC ont adapté le module et l'ont traduit en langue locale, et une formation a été dispensée aux organisations partenaires. Cette formation sera renforcée pour améliorer la gestion et l'évaluation des programmes d'action. 52. Weiner, M.: The child and the State in India: Child labor and education policy in comparative perspective (Princeton, Princeton University Press, 1991). 53. Bequele, A., et Myers, W.E.: First things first in child labour, op. cit., pp. 68-69, 106-107. 54. UNESCO: Education pour tous: situation et tendances, op. cit., p. 34. 55. Anker, R., et Melkas, H.: Economic incentives for children and families intended to eliminate or reduce child labour, Genève, BIT, 1996. 56. La convention no 138 admet des âges minima plus bas (14 ans en général, 12 ans pour les travaux légers) dans le cas de pays dont l'économie et les institutions scolaires ne sont pas suffisamment développées (aussi longtemps que cette situation subsiste). 57. Algérie, Allemagne, Antigua-et-Barbuda, Azerbaïdjan, Bélarus, Belgique, Bosnie-Herzégovine, Bulgarie, Costa Rica, Croatie, Cuba, Dominique, El Salvador, Espagne, Finlande, France, Grèce, Guatemala, Guinée équatoriale, Honduras, Iraq, Irlande, Israël, Italie, Kenya, Kirghizistan, Jamahiriya arabe libyenne, Luxembourg, Malte, Maurice, Nicaragua, Niger, Norvège, Pays-Bas, Pologne, Roumanie, Fédération de Russie, Rwanda, Saint-Marin, Slovénie, Suède, Tadjikistan, Togo, Tunisie, Ukraine, Uruguay, Venezuela, Yougoslavie, Zambie. 58. Au cours de la période 1970-1974, dix conventions ont été adoptées ou révisées. Avec 49 ratifications enregistrées à ce jour, la convention no 138 n'est dépassée que par la convention (no 135) concernant les représentants des travailleurs, 1971, qui en a recueilli 53. Elle dépasse elle-même sur ce plan d'autres conventions importantes comme la convention (no 131) sur la fixation des salaires minima, 1970 (39 ratifications), la convention (no 132) sur les congés payés (révisée), 1970 (24 ratifications), la convention (no 136) sur le benzène, 1971 (34 ratifications) et la convention (no 139) sur le cancer professionnel, 1974 (30 ratifications). 59. Voir les documents GB.264/LILS/5 et GB.264/LILS/5 (Add.), 264e session, nov. 1995. 60. Argentine, Barbade, Bénin, Burkina Faso, Burundi, République centrafricaine, Chypre, Côte d'Ivoire, Danemark, Estonie, Guinée-Bissau, Hongrie, Lituanie, Mongolie, Portugal, Sierra Leone, République tchèque, Zaïre. 61. Autriche, Bangladesh, Brésil, Cambodge, Chili, Egypte, Emirats arabes unis, Guyana, Islande, Jordanie, République démocratique lao, Slovaquie, Suriname, Viet Nam. 62. La convention (no 87) sur la liberté syndicale et la protection du droit syndical, 1948, et la convention (no 98) sur le droit d'organisation et de négociation collective, 1949, ont recueilli 113 et 125 ratifications respectivement. Les conventions nos 29 et 105 relatives au travail forcé, de 1930 et 1957, en ont obtenu 136 et 115 respectivement. Les ratifications se chiffrent à 124 pour la convention (no 100) sur l'égalité de rémunération, 1951, et à 119 pour la convention (no 111) concernant la discrimination (emploi et profession), 1958. 63. Document GB.265/2, Genève, mars 1996. 64. Pour plus de détails, voir IPEC: Implementation Report: Review of IPEC experience 1992-1995 (Genève, BIT, oct. 1995), et Programme and Budget for 1996-97 (Genève, BIT, oct. 1995). 65. Cette première étape s'achève avec l'engagement formel que prend le gouvernement, dans un protocole d'entente qu'il conclut avec le BIT, de collaborer avec l'IPEC. 66. En principe, il y a création d'un comité directeur national composé des ministères, organisations de travailleurs et d'employeurs et ONG concernés, qui est chargé de donner des conseils sur l'application des politiques. 67. L'IPEC n'a fait que déclencher ces changements positifs, et de plus en plus de pays commencent à s'attaquer au problème à une échelle qui dépasse de loin les possibilités du programme. C'est ainsi qu'en 1994 le Premier ministre de l'Inde a déclaré que son gouvernement était déterminé à éliminer le travail des enfants dans les métiers et procédés dangereux, et ce dans un délai précis. Un office national pour l'élimination du travail des enfants placé sous la tutelle du ministre du Travail et où sont représentés neuf ministères du gouvernement central a été chargé d'exécuter et de coordonner plusieurs projets importants de lutte contre le travail des enfants qui requièrent une étroite coopération entre le secteur public et certains groupements. Près de 300 millions de dollars des Etats-Unis ont été affectés à cette tâche. 68. Il s'agit aussi d'une obligation en vertu du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels et de la Convention des Nations Unies relatives aux droits de l'enfant.
|
|
Pour tout renseignement complémentaire, s'adresser au Département des conditions et du milieu de travail (TRAVAIL). Tél: +41.22.799.6198 ou Fax: +41.22.799.6349 ou E-MAIL: travail@ilo.org Cette page a été réalisée par BC, et approuvée par AB. Dernière mise à jour: 06 mai 1999. |
![]() Copyright © 1998 Organisation internationale du Travail (OIT) Déni de responsabilité webinfo@ilo.org |