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DOCUMENT DE BASE
LA CONFÉRENCE D'AMSTERDAM SUR LE TRAVAIL DES ENFANTS
Bureau international du Travail, Genève. Première edition 1997

Table des matières
Introduction
1. Les termes du défi

1.1 Ampleur et distribution du travail des enfants
1.2 Conditions de travail des enfants et leurs conséquences
1.3 Causes du travail des enfants
2. Comment relever le défi ? Repères pour l'action National et Internationale
2.1 Remarques introductives
2.2 Approfondir la connaissance des problèmes du travail des enfants
2.3 Assigner des objectifs réalistes à l'action nationale
2.4 Informer et sensibiliser
2.5 Attaquer le travail des enfants sur de nombreux fronts
2.6 Créer une large alliance sociale contre le travail des enfants
2.7 Organiser, former et coordonner
Remarques finales sur l'IPEC

Introduction
1. Jusqu'à une époque récente, les problèmes liés au travail des enfants retenaient fort peu l'attention sur le plan national et international. Dans les régions en développement où ils se posent avec le plus d'acuité, les autorités de certains pays allaient même jusqu'à nier qu'ils pussent exister. Le plus souvent, c'est une attitude de laisser-faire qui prévalait, à savoir une attitude consistant à considérer ces problèmes comme une conséquence inéluctable de la pauvreté ou à les accepter comme faisant partie du cours naturel des choses. Une idée largement répandue était qu'à la longue, la croissance économique et les législations protectrices finiraient bien par leur donner une solution.

2. Cette idée s'est avérée fausse. Aujourd'hui encore, l'exploitation économique du travail des enfants et leur emploi à des tâches ou dans des conditions préjudiciables à leur développement physique, intellectuel ou émotionnel continuent de sévir avec force. Cette triste réalité n'a pas de quoi surprendre vraiment. L'expérience nous enseigne, en effet, que la croissance économique n'est pas toujours au rendez-vous; au cours des années quatre-vingt, elle a même été négative dans nombre de pays en développement, en particulier en Afrique. Par ailleurs, la croissance ne contribue vraiment à réduire le besoin économique qu'ont les familles pauvres de mettre leurs enfants au travail que si elle s'accompagne de mesures actives leur permettant de recevoir une juste part du surplus de richesse ainsi créé; or, cela n'a été que rarement le cas. On s'est rendu compte aussi que l'offre et la demande de main-d'oeuvre enfantine ne relèvent pas exclusivement d'une logique économique, que la tradition - à savoir des façons de faire jugées depuis longtemps "normales" - les influence fortement et qu'il n'y a pas de progrès possible dans la lutte contre le travail des enfants sans un changement profond des mentalités et des attitudes aux divers échelons de la société. L'expérience nous enseigne enfin que les législations qui interdisent l'emploi des enfants en deça d'un certain âge n'ont un impact que là où existe, dans de larges couches de la société civile et parmi les sphères dirigeantes, une réelle volonté de les faire appliquer; or, cette volonté a fait longtemps défaut dans maints pays en développement.

3. Depuis le début des années quatre-vingt-dix, les problèmes du travail des enfants font l'objet d'une actualité de plus en plus grande. A l'attitude de laisser-faire signalée précédemment a succédé dans divers pays une attitude plus volontariste, c'est-à-dire basée sur une volonté politique et sociale plus marquée d'affronter ces problèmes. Trois facteurs semblent avoir favorisé cette évolution;

- en premier lieu, une prise de conscience par les pays en développement des graves répercussions du travail des enfants sur la société, l'économie et le développement. Ces pays sont de plus en plus nombreux à reconnaître que l'exploitation économique du travail des enfants et leur emploi à des travaux ou dans des conditions portant atteinte à leur sécurité, à leur santé, à leur éducation, à leur dignité ou à leur moralité compromettent gravement la réalisation des objectifs économiques et sociaux du développement. Ils réalisent que dans un monde caractérisé par une concurrence de plus en plus vive entre les nations, la prospérité nationale dépend pour beaucoup des qualifications des hommes et des femmes, et donc des investissements dans les ressources humaines, lesquels sont incompatibles avec le travail des enfants. C'est pourquoi, soucieux d'assurer leur avenir, ces pays font preuve aujourd'hui d'une fermeté beaucoup plus grande à l'égard de ce phénomène et s'interrogent sur les moyens les plus efficaces de le combattre et, si possible, d'y mettre fin;

- en second lieu, une préoccupation s'exprimant de plus en plus fort dans les pays développés devant la possibilité qu'auraient les pays en développement de s'assurer, par l'utilisation d'une main-d'oeuvre enfantine à des âges et dans des conditions non conformes aux normes universelles communément admises, un avantage comparatif dans la sphère du commerce international par rapport à d'autres pays qui se soucient d'appliquer lesdites normes; en même temps, une meilleure compréhension dans les pays développés de la complexité des problèmes que le travail des enfants pose aux pays en développement et une plus grande disposition de leur part de contribuer à la recherche de solutions (cela est illustré par les donations généreuses que onze pays développés ont faites au Programme international pour l'élimination du travail des enfants (IPEC), un vaste programme d'assistance technique opérationnel au BIT depuis 1992);

- enfin, une adhésion de l'opinion publique plus forte que par le passé à la cause des droits de l'homme, et à celle des droits de l'enfant en particulier. Preuve en est le score de ratifications remarquable enregistré par la convention des droits de l'enfant adoptée en 1989 par les Nations Unies (195 au 31 juillet 1996).

4. Il y a donc des raisons d'être optimistes. Le monde est désormais plus sensible aux problèmes du travail des enfants, il en connaît mieux les tenants et les aboutissants et sa volonté d'y mettre fin s'est affermie. Par ailleurs, la croissance économique s'est accélérée ces dernières années au point d'atteindre 8 à 12 pour cent dans plusieurs pays d'Asie et d'Amérique Latine, et l'on s'attend à ce qu'elle soit d'un rythme respectable dans un certain nombre de pays africains. Les conditions semblent ainsi réunies à maints endroits pour une nette élévation des niveaux de vie et pour une offensive décisive contre l'exploitation de la main-d'oeuvre enfantine.

5. La question fondamentale posée à ces pays et à la communauté internationale est de savoir comment mener à bien cette offensive et relever le véritable défi qu'elle représente. A ce sujet, face à l'énormité des problèmes du travail des enfants et à la limitation sévère des ressources matérielles et humaines qui sont disponibles pour les affronter, on tend de plus en plus à penser que les efforts nationaux et internationaux ne devraient pas se disperser mais être axés, au contraire, sur les formes les plus intolérables de ce travail.

6. Les débats en cours au niveau international attestent de cette nouvelle approche réaliste. A l'OIT, par exemple, la Conférence internationale du Travail procédera, à sa session de juin 1998, à une première discussion de nouvelles normes internationales sur la proscription immédiate des formes extrêmes du travail des enfants; rappelons aussi qu'elle a adopté, en juin 1996, une résolution concernant l'élimination du travail des enfants dans laquelle elle invite notamment les gouvernements et les organisations d'employeurs et de travailleurs à "élaborer des politiques formelles et fixer des priorités afin d'oeuvrer immédiatement à l'abolition des formes les plus intolérables du travail des enfants, à savoir leur emploi dans des conditions d'esclavage ou de travail forcé et à des travaux dangereux et risqués, l'exploitation des enfants les plus jeunes, et l'exploitation sexuelle des enfants à des fins commerciales". En août 1996, s'est tenu à Stockholm, à l'invitation du gouvernement suédois, un Congrès mondial sur l'exploitation sexuelle des enfants à des fins commerciales. Par ailleurs, dans la perspective de l'exercice normatif prévu à l'OIT en 1998-99, deux conférences internationales seront organisées dans le courant de 1997, à l'initiative des gouvernements hollandais et norvégien respectivement, dans le but d'approfondir la réflexion sur les moyens propres à mettre fin aux formes les plus intolérables du travail des enfants.

7. Le présent document a été préparé par le BIT afin de servir de base aux discussions qui auront lieu lors de la conférence internationale organisée à l'invitation du gouvernement hollandais. Il se compose de deux parties. La première définit les termes du défi que posent aux pays et à la communauté internationale les problèmes du travail des enfants. La deuxième est une réflexion sur les actions jugées nécessaires pour relever ce défi et sur les responsabilités y afférentes. Elle examine aussi comment l'action internationale pourrait utilement renforcer l'action nationale dans la recherche et la mise en oeuvre de solutions appropriées.

8. Ce document est complété par trois brèves notes correspondant aux trois thèmes retenus pour les discussions qui auront lieu en atelier au cours du deuxième jour de la conférence d'Amsterdam, à savoir l'action normative qui est programmée à l'OIT en 1998-99 sur la question du travail des enfants , la coopération internationale et régionale en matière de lutte contre le travail des enfants et les incidences de la mondialisation de l'économie sur le travail des enfants.

1. LES TERMES DU DEFI
9. Le travail des enfants pose un véritable défi à l'imagination et au courage des nations et de la communauté internationale. Il s'agit d'abord d'un phénomène considérable par le nombre des enfants concernés. Il s'agit ensuite d'un phénomène préoccupant en raison des mauvaises conditions dans lesquelles une large fraction de la main-d'oeuvre enfantine est employée et de leurs conséquences négatives sur le développement personnel des enfants et le devenir des sociétés.

1.1 Ampleur et distribution du travail des enfants
10. Le travail des enfants est fondamentalement un problème de sous-développement. Une récente estimation du BIT établit à 250 millions le nombre d'enfants de 5 à 14 ans qui exercent une activité économique dans les pays en développement. Il n'est pas étonnant que ce soit l'Afrique, la région la plus pauvre, qui ait le taux le plus élevé de participation des enfants à l'activité économique, de l'ordre de 40 pour cent (ce taux est estimé à 20 pour cent environ en Asie et en Amérique Latine). En chiffres absolus, c'est évidemment l'Asie, la région la plus peuplée, qui abrite le plus grand nombre de travailleurs enfants. Selon l'estimation précitée du BIT, les 250 millions de travailleurs enfants se répartissent comme suit: 61 pour cent en Asie, 32 pour cent en Afrique et 7 pour cent en Amérique Latine.

11. Dans les pays développés, le travail des enfants existe toujours bel et bien. Dans les pays de l'Europe du Sud, les enfants ont toujours été relativement nombreux à travailler contre rémunération, en particulier dans les activités à caractère saisonnier, les métiers de la rue, les petits ateliers ou dans le cadre du travail à domicile. Le travail des enfants n'a pas non plus disparu complètement en Europe du Nord. Une forte recrudescence de ce travail est aussi observée dans plusieurs pays d'Europe centrale et orientale à la suite des difficultés que la transition d'une économie planifiée vers une économie de marché à causées à de larges couches de la population. Aux Etats-Unis, le nombre des jeunes de 12 à 17 ans qui travaillent est estimé à 5,5 millions, soit à 27 pour cent du total des enfants appartenant à ce groupe d'âge; a ce chiffre, il convient d'ajouter les nombreux enfants de moins de 12 ans employés illégalement dans diverses activités, par exemple dans les ateliers de confection urbains, comme vendeurs à la sauvette et surtout comme travailleurs saisonniers et migrants dans les grandes exploitations agricoles .

12. L'absence de séries statistiques fiables et comparables à l'échelle nationale ne permet pas de savoir quelle a été l'évolution dans le temps du travail des enfants sur le plan quantitatif. Selon certains experts, la proportion d'enfants économiquement actifs serait aujourd'hui supérieure à ce qu'elle était en 1980 dans nombre de pays en développement, particulièrement en Afrique et en Amérique Latine, à la suite de divers facteurs jugés avoir stimulé l'offre de main-d'oeuvre enfantine, notamment une forte croissance démographique, la stagnation, voire la dégradation, des niveaux de vie causées par la récession économique des années quatre-vingt, l'insuffisance de l'investissement public destiné à l'éducation et, par voie de conséquence, l'incapacité de plus en plus notoire des systèmes éducatifs d'accueillir tous les enfants en âge de fréquenter l'école et de leur dispenser un enseignement de qualité. D'autres experts pensent aussi que la mondialisation en cours de l'économie pourrait s'être déjà traduite par une plus grande incidence du travail des enfants dans plusieurs pays d'Asie. Mais on ne trouve guère de chiffres qui viennent étayer les opinions d'experts signalées ci-dessus .

13. Dans les pays en développement, la lutte contre le travail des enfants est rendue difficile par deux caractéristiques fondamentales de ce travail:

- en premier lieu, même si la part des villes dans le volume total de travail des enfants augmente régulièrement à la suite de l'urbanisation rapide de ces pays, c'est dans les zones rurales que la propension des enfants à travailler reste la plus élevée. On estime que les deux tiers des travailleurs enfants vivent à la campagne où il est évidemment plus difficile de les atteindre. Dans une proportion de 90 pour cent, en moyenne, les travailleurs enfants de la campagne sont occupés à des activités agricoles et assimilées, c'est-à-dire dans un secteur considéré par les experts de la sécurité et de la santé au travail comme l'un des plus dangereux et des plus difficiles de protéger;

- en deuxième lieu, le secteur moderne de l'économie joue un rôle relativement mineur comme source d'absorption de la main-d'oeuvre enfantine. La très grande majorité des travailleurs enfants se rencontrent, en effet, dans les innombrables et minuscules établissements, souvent de type familial, du secteur rural traditionnel et du secteur urbain informel, au domicile des particuliers comme travailleurs domestiques et, quoique dans une mesure beaucoup moindre, dans la rue comme travailleurs indépendants. A de rares exceptions près, le travail des enfants se présente donc, non pas sous la forme de grandes concentrations d'enfants en un lieu bien circonscrit et d'accès facile, mais comme un phénomène dispersé dans une myriade de lieux de travail qu'il est particulièrement difficile d'identifier et d'atteindre.


14. Les enquêtes statistiques disponibles dans quelques pays font apparaître que les garçons sont plus nombreux que les filles à exercer une activité économique - trois garçons pour deux filles en moyenne. Toutefois, ces enquêtes sous-estiment généralement la participation des filles à l'activité économique dans la mesure où elles ne prennent pas en considération les travaux ménagers que de nombreux enfants, surtout des filles, sont astreints d'effectuer à plein temps au domicile de leurs parents afin que ceux-ci puissent exercer un métier en dehors du foyer.

15. De nombreux enfants sont mis très jeunes au travail, en particulier dans les zones rurales où il n'est pas rare de les voir travailler dès l'âge de 5 ou 6 ans. Certes, la grande majorité des enfants économiquement actifs appartiennent au groupe d'âge des 10 à 14 ans. Cependant, la part de ceux qui sont âgés de moins de 10 ans dans le volume total de travail des enfants est loin d'être négligeable; elle a été estimée à 20 pour cent dans plusieurs pays (Brésil, Ghana et Sénégal, par exemple). L'emploi d'enfants très jeunes est un problème inquiétant; en effet, plus l'enfant est jeune, plus il est vulnérable aux risques physiques, chimiques et autres présents sur les lieux de travail, aux mauvais traitements et à la violence et, bien sûr, à l'exploitation économique de son travail.

16. Sur le plan international, l'attention se porte principalement sur les travailleurs enfants qui, dans les pays en développement, sont occupés dans des secteurs principalement axés sur l'exportation tels que les plantations et les industries textiles, de la confection, du tapis, de la chaussure et des articles de sport. En fait, les travailleurs enfants produisant pour l'exportation sont beaucoup moins nombreux que ceux employés dans les secteurs destinés surtout à satisfaire la consommation intérieure. On aurait tort, pourtant, de les tenir pour quantité négligeable. En effet, leur nombre ne se réduit pas à ceux employés directement par les entreprises d'exportation; il inclut aussi ceux, souvent plus nombreux, occupés indirectement par ces entreprises dans le cadre du travail à domicile et d'autres systèmes de sous-traitance.

1.2 Conditions de travail des enfants et leurs conséquences
17. Lorsque l'on parle du travail des enfants, le nombre et la proportion des enfants concernés ne sont pas le seul paramètre à considérer. Les types de travaux confiés aux enfants, les conditions dans lesquelles ces derniers travaillent et les risques professionnels auxquels ils sont exposés constituent un autre paramètre de toute première importance.

18. Bien qu'elle soit généralement surestimée, il y a dans le travail des enfants une frange de travail inoffensif, voire même socialisant. On peut ainsi raisonnablement penser, et même plus, espérer que dans les entreprises de type familial et dans les services domestiques il y a passablement de parents ou de particuliers soucieux du bien-être des enfants et veillant à ce que ceux-ci soient utilisés à des travaux et dans des conditions adaptés à leur âge.

19. Mais il y a aussi dans le travail des enfants une frange importante de travail préjudiciable. Bien sûr, la nature et la gravité des préjudices subis par les enfants varient grandement d'une situation de travail à l'autre. Par ailleurs, une situation de travail donnée est le plus souvent caractérisée par la présence simultanée de risques divers (physiques, chimiques, biologiques, psychologiques, etc.) dont les effets ne s'additionnent pas simplement mais s'amplifient mutuellement. Les paragraphes qui suivent évoquent quelques formes du travail des enfants qui portent gravement atteinte au développement normal des enfants, notamment à leur dignité, à leur intégrité physique, à leur développement psychologique et affectif et à leur développement intellectuel.

Atteintes à la dignité de l'enfant 20. Esclavage et pratiques similaires. Les plus menacés des travailleurs enfants sont incontestablement ceux exploités par des systèmes d'esclavage ou de travail forcé dans lesquels ils cessent d'être considérés comme des êtres humains et deviennent un bien ou une chose que l'on peut, sans retenue, utiliser directement à son service ou mettre à la disposition d'une tierce personne moyennant rétribution.

21. Le plus répandu de ces systèmes est la servitude pour dettes: les enfants travaillent pour acquitter une dette ou une autre obligation contractée par la famille. Dans les pays d'Asie du Sud, on estime à plusieurs dizaines de millions le nombre des enfants employés dans ces conditions. Les créanciers, dans leur très grande majorité des grands propriétaires dont les terres sont cultivées par des paysans extrêmement pauvres, manipulent le plus souvent les choses de telle sorte qu'il est très difficile ou même impossible à ces paysans de régler leur dette; ils s'assurent ainsi une main-d'oeuvre pratiquement gratuite à perpétuité. Les familles paysannes peuvent ainsi rester en servitude pendant des générations, les enfants prenant la relève des parents âgés ou infirmes.

22. Il existe aussi, dans toutes les régions en développement, des formes plus informelles ou plus subtiles d'esclavage ou de travail forcé des enfants. C'est notamment le cas lorsque dans les zones rurales, des parents indigents livrent leurs enfants à des personnes de la ville en quête de personnel domestique dans l'idée qu'ils vivront mieux comme domestiques non rémunérés dans un ménage prospère que dans leur propre famille; or, il en va rarement ainsi. C'est aussi le cas lorsque d'autres parents indigents - attirés par la modeste somme qu'acceptent de leur verser, à titre d'avance sur salaire, des rabatteurs de main-d'oeuvre à la solde d'employeurs du secteur manufacturier ou de l'industrie du sexe - confient un enfant pour un emploi en ville décrit comme honnête et rémunérateur; en réalité, la plupart de ces enfants se retrouvent pieds et mains liés à des gens sans scrupules qui les exploitent de façon éhontée.

23. Prostitution et pornographie enfantines. L'utilisation d'enfants par des adultes comme partenaires de leurs relations sexuelles et la production et la diffusion de matériel pornographique représentant des actes sexuels réalisés avec des enfants constituent l'une des formes les plus brutales de la violence qui s'exerce aujourd'hui contre les enfants dans le monde.

24. L'exploitation sexuelle des enfants à des fins commerciales est devenue ces dernières années un problème mondial. De plus en plus d'enfants, en particulier des fillettes, sont achetés et revendus par des réseaux pédophiles parfaitement organisés sur le plan national et international. Un rapport de 1996 du Rapporteur Spécial des Nations Unies sur la vente d'enfants, la prostitution d'enfants et la pornographie impliquant des enfants fait état de l'existence en Asie d'un million d'enfants victimes du commerce du sexe. On trouve dans les maisons de passe de Thaïlande de nombreuses fillettes originaires du Cambodge, du Laos et du Myanmar et dans celles de l'Inde des fillettes recrutées au Bangladesh et au Népal. L'utilisation d'enfants dans l'industrie du sexe prospère également en Afrique et en Amérique Latine. Des voyages organisés permettent à des désaxés sexuels originaires des pays riches d'aller satisfaire leurs mauvais penchants dans certains pays pauvres; par ailleurs, des déplacements d'enfants ont lieu des pays en développement vers l'Europe et l'Amérique du Nord afin de satisfaire sur place la demande pédophile.

25. Le développement de l'exploitation sexuelle mercantile des enfants a diverses causes. La principale cause est probablement le laxisme des autorités responsables, soucieuses qu'elles sont de ne rien faire qui puisse tarir l'importante source de revenus que constitue le tourisme national et international. L'épidémie de SIDA n'est pas non plus étrangère à cette évolution, l'utilisation d'enfants dans les relations sexuelles apparaissant aux adultes, à tort d'ailleurs, comme le meilleur moyen de se prémunir contre cette maladie. L'exploitation sexuelle des enfants à des fins commerciales est enfin une affaire particulièrement lucrative pour ceux qui l'organisent.

26. Les conséquences pour les enfants forcés de se prostituer ou de participer à la production de matériel ou de spectacles pornographiques sont désastreuses. Les filles risquent des grossesses précoces et connaissent un taux élevé de mortalité maternelle et de maladies sexuellement transmissibles. Par ailleurs, elles sont sujettes à de graves problèmes d'ordre psychologique en raison des conditions de vie quasiment carcérales qui leur sont souvent imposées et du fait que beaucoup d'entre elles, originaires de zones rurales éloignées ou de pays limitrophes, n'ont plus aucun lien avec leurs familles. Les monographies et les témoignages des victimes révèlent des traumatismes si profonds chez ces enfants que, dans bien des cas, le retour à une vie normale est impossible. Beaucoup de victimes meurent avant d'avoir atteint l'âge adulte.

27. Utilisation d'enfants dans la production et le trafic de drogues et à d'autres activités illicites. Il est bien connu que beaucoup d'enfants participent à la culture des plantes qui servent de matière première pour la fabrication de drogues. Par contre, l'utilisation d'enfants à des fins de distribution de drogues est moins bien documentée. On sait que dans les grandes villes d'Asie et d'Amérique Latine, certains enfants de la rue, eux-mêmes souvent toxicomanes, participent au commerce de la drogue mais leur nombre semble limité. Ce commerce est organisé par des adultes, qui peuvent d'ailleurs se servir des enfants pour d'autres activités illicites comme les vols à la tire ou les vols de voiture. On a observé récemment dans plusieurs villes d'Europe centrale et orientale l'apparition de bandes de gamins organisées en sous-main par des adultes pour de telles activités. La violence fait partie de la vie de ces enfants et elle émane, non seulement des adultes qui les manipulent, mais aussi des services de police. A ce sujet, la presse écrite et parlée s'est fait l'écho depuis quelques années des graves sévices exercés sur les enfants de la rue dans plusieurs grandes villes d'Amérique Latine.

Atteintes à l'intégrité physique des enfants
28. Des dizaines de millions de travailleurs enfants sont exposés à des risques graves du point de vue de leur santé et de leur sécurité. Ces risques peuvent être liés à la nature des travaux qui leur sont confiés ou aux mauvaises conditions dans lesquelles ils doivent travailler. Les enquêtes abondent sur les atteintes graves portées par le travail précoce à l'intégrité physique des enfants. Elles montrent ainsi que l'exposition aux pesticides est, dans maints pays en développement, la principale cause de mortalité infantile en milieu rural; au Sri Lanka, par exemple, on a observé que l'intoxication par les pesticides tuait plus d'enfants que le paludisme, le tétanos, la diphtérie, la poliomyélite et la coqueluche mis ensemble. Aux Philippines, une grande enquête du BIT a dévoilé que plus de 60 pour cent des travailleurs enfants étaient exposés à des risques chimiques et biologiques et que 40 pour cent avaient subi de graves lésions ou maladies allant jusqu'à l'amputation ou d'autres mutilations. On a aussi fréquemment observé que les accidents du travail étaient en général plus graves pour les enfants et les jeunes travailleurs que pour les adultes.

29. Il ne fait aucun doute que les enfants sont plus vulnérables que les adultes aux dangers présents dans le milieu de travail. Cela tient à des différences anatomiques et physiologiques entre les uns et les autres. Par exemple, le travail de force, la manutention de lourdes charges et la station prolongée dans des positions inconfortables risquent de provoquer chez les enfants dont les épiphyses ne sont pas encore soudées des déformations du squelette, en particulier de la colonne vertébrale et parfois du pelvis, ainsi que des retards de croissance. Les enfants souffrent plus que les adultes de l'exposition aux produits chimiques dangereux et aux rayonnements. Ils ne peuvent pas se concentrer aussi longtemps que les adultes. Ils ne sont pas non plus physiquement capables de supporter de longues heures de travail dur ou monotone et ressentent les effets de la fatigue plus vite que les adultes, cela d'autant plus quand ils souffrent de malnutrition, ce qui est relativement fréquent. Ils sont moins conscients des dangers et plus ignorants des précautions à prendre. Il faut donc, s'agissant des travailleurs enfants, dépasser le concept relativement limité de risque professionnel tel qu'il s'applique aux adultes et tenir compte du fait qu'il s'agit d'êtres qui n'ont pas achevé leur croissance. Dit autrement, les travailleurs enfants ont des besoins et des caractéristiques spécifiques qui doivent être pris en considération quand on définit les dangers que présente pour eux le milieu de travail.

Atteintes au développement psychologique et affectif des enfants
30. Plusieurs enquêtes ont également montré que les travailleurs enfants sont plus vulnérables que les travailleurs adultes aux mauvais traitements physiques et psychologiques. Ces mauvais traitements sont fréquents, en particulier chez les enfants dans la prostitution, ceux occupés à leur compte dans les rues des grandes villes et ceux employés en qualité de gens de maison.

31. Les enfants domestiques méritent sur ce plan une attention particulière. D'abord parce qu'ils sont très nombreux. L'emploi d'enfants domestiques est une pratique courante chez les classes moyennes et supérieures des pays en développement où ils seraient plusieurs dizaines de millions . Les filles prédominent largement dans ce groupe de travailleurs enfants.

32. Une opinion largement répandue est que l' utilisation d'enfants en qualité de gens de maison est une illustration de la solidarité qui existe entre les familles relativement aisées des villes et les familles extrêmement pauvres des campagnes. Toutefois, l'observation des conditions de travail et de vie des enfants domestiques montre que cette vision bucolique des choses est souvent fort éloignée des réalités. En effet, le sort de ces enfants n'est guère enviable. Ils ont généralement des horaires de travail excessifs . Ils sont souvent privés d'affection Enfin, beaucoup subissent des mauvais traitements physiques et psychologiques; les coups, les injures, les punitions sous forme de privation de nourriture et les sévices sexuels commis sur eux par le maître de maison, ses fils ou d'autres personnes sont monnaie courante. Il n'est pas rare, dans ces conditions, que les fillettes domestiques s'enfuient du domicile de leurs patrons pour échapper à de tels traitements. On les retrouve souvent dans des situations tout aussi dramatiques comme la prostitution. Cela a été observé notamment dans plusieurs grandes villes d'Afrique occidentale où un emploi de domestique est souvent l'antichambre de la prostitution pour les filles pauvres originaires des zones rurales ou de pays voisins.

Atteintes au développement intellectuel des enfants
33. Dans les pays en développement, l'activité économique est souvent l'activité principale ou exclusive des enfants. Elle les occupe chaque jour pendant de longues heures et est, dès lors, difficilement compatible avec leur maintien à l'école ou la poursuite de leurs études dans des conditions satisfaisantes. Contrairement aux travailleurs enfants des pays développés qui souvent n'exercent une activité économique que durant une ou deux heures par jour, ou seulement pendant les fins de semaine ou les vacances scolaires, en vue de gagner un peu d'argent de poche, les travailleurs enfants des pays en développement sont en grand nombre confrontés chaque jour à la nécessité impérieuse de consacrer la majeure partie de leur temps à gagner de quoi vivre ou survivre.

34. On s'interroge souvent sur les relations qui existent entre le travail des enfants et leur fréquentation scolaire. A ce sujet, s'il est vrai que beaucoup d'enfants qui travaillent continuent d'étudier, il est tout aussi vrai que beaucoup d'autres ne vont plus du tout à l'école. Des 250 millions de travailleurs enfants de 5 à 14 ans recensés par le BIT dans les pays en développement, 120 millions avaient purement et simplement abandonné leurs études. Dans plusieurs enquêtes disponibles sur le travail des enfants à l'échelle nationale (Brésil, Colombie, Equateur, Ghana, Inde, Indonésie, Sénégal, Turquie), les taux d'abandon scolaire observés varient entre 30 et 50 pour cent. Ces enquêtes révèlent aussi que l'abandon des études est moins fréquent chez les enfants en âge d'aller à l'école primaire que chez ceux en âge de poursuivre des études secondaires. En milieu rural, toutefois, l'abandon scolaire est d'habitude très élevé parmi tous les travailleurs enfants, et cela même au niveau de l'enseignement primaire.

35. Il existe une grande analogie entre les statistiques du BIT sur la main-d'oeuvre enfantine et celles de l'UNESCO sur la fréquentation scolaire des enfants. Selon l'UNESCO, près de 20 pour cent des enfants en âge de fréquenter l'école primaire, soit 128 millions, en étaient exclus en 1990 et la proportion d'enfants en âge de fréquenter l'école secondaire mais exclus de celle-ci était de l'ordre de 50 pour cent . On peut raisonnablement penser que beaucoup d'enfants exclus de l'école exercent une activité économique, en particulier parmi les exclus de l'école secondaire. En tout cas, le chiffre avancé par le BIT de 120 millions d'enfants exerçant une activité économique à plein temps le confirme dans une large mesure. Il reste bien évidemment à savoir si les enfants quittent l'école parce qu'ils sont obligés de travailler ou s'ils travaillent parce qu'ils ont quitté l'école pour d'autres raisons.

36. On a observé également que passé un certain seuil de durée - qui varie en fonction de l'âge et du type d'activité -, l'exercice d'une activité économique nuit gravement à la capacité d'apprendre des enfants. Selon des chercheurs américains, le rendement scolaire des jeunes de 12 à 17 ans serait généralement affecté après plus de 15 heures consacrées par semaine à une telle activité. Or, ce seuil est souvent très largement dépassé dans les pays en développement, même chez les travailleurs enfants âgés de moins de 12 ans. Dans ces pays, les rares données disponibles sur les relations entre le travail précoce et le rendement scolaire des enfants signalent que l'impact du premier sur le second est très négatif.

37. On le voit, de nombreux enfants sont, parce qu'ils exercent une activité économique, privés de la possibilité de recevoir une éducation élémentaire. Cela est d'autant plus grave qu'il est, à notre époque, plus que jamais nécessaire de savoir lire, écrire et compter ainsi que d'avoir acquis un certain sens de la réflexion critique pour pouvoir s'intégrer raisonnablement bien dans la société.

1.3 Causes du travail des enfants
38. Les paragraphes qui précèdent ont cherché à décrire le désarroi des dizaines de millions d'enfants qui, de nos jours encore, sont exploités au travail ou soumis à des conditions de travail dangereuses. La question qui vient ensuite tout naturellement à l'esprit est: "Comment en est-on arrivé là?". Comment se fait-il qu'à l'aube du 21e siècle, tant de personnes continuent d'exploiter économiquement le travail des enfants ou d'employer ceux-ci à des travaux ou dans des conditions manifestement incompatibles avec leur âge? Comment les parents peuvent-ils accepter que leurs enfants soient exploités et abusés de la sorte?

39. La recherche sur les causes du travail des enfants est généralement axée sur les facteurs agissant sur l'offre de ce travail. Cette optique s'explique par la préoccupation que suscitent à juste titre les victimes, à savoir les enfants, et par l'idée communément répandue que la pauvreté est le facteur déterminant de l'emploi de la main-d'oeuvre enfantine. Or, c'est principalement la demande qui détermine l'emploi des enfants dans des conditions dangereuses ou abusives.

Facteurs agissant sur la demande
40. Coût de la main-d'oeuvre enfantine. On considère généralement que la main-d'oeuvre enfantine est recherchée parce qu'elle coûte moins cher que la main-d'oeuvre adulte. Qu'en est-il exactement?

41. On observera d'abord que les travailleurs enfants ne coûtent absolument rien ou presque rien dans plusieurs cas. Il en va d'abord ainsi dans les entreprises de type familial qui sont les plus grands employeurs de main-d'oeuvre enfantine. Des enquêtes statistiques expérimentales conduites en 1992-93, avec l'appui du BIT, au Ghana, en Inde, en Indonésie et au Sénégal ont révélé que plus des trois quarts des enfants exerçant une activité économique le faisaient dans le cadre d'une entreprise familiale . La viabilité économique des entreprises de ce type dépend souvent de cette main-d'oeuvre non rémunérée que sont les enfants. On a souvent une vision bucolique de l'activité économique des enfants lorsqu'elle s'exerce dans le cadre familial, une vision selon laquelle ces enfants travaillent sous l'oeil bienveillant et protecteur de parents soucieux de ne les employer qu'en dehors des heures d'école à des travaux qui ne sont pas dangereux. Malheureusement, la réalité est toute autre dans bien des cas.

42. Des considérations de coût entrent également en jeu dans le cas des petits établissements non déclarés, sous-capitalisés, dépendant de marchés instables ou saisonniers et soumis à la concurrence d'entreprises plus grandes et plus mécanisées, ou liées à celles-ci par des contrats de sous-traitance, que l'on rencontre en masse dans le secteur informel des pays en développement. Sous le prétexte que la possibilité leur est donnée d'apprendre les rudiments d'un métier, la paie des enfants recrutés par ces établissements se réduit souvent à un peu d'argent de poche consenti occasionnellement par l'employeur. Dans les services domestiques, le toit et le couvert sont fréquemment la seule rétribution du travail effectué par les enfants; par ailleurs les conditions de logement et d'alimentation de ces enfants n'ont rien de commun avec celles des maîtres de maison. Il en va de même pour les enfants forcés de vivre et de travailler chez un grand propriétaire terrien pour rembourser une dette contractée par leurs familles (servitude pour dettes). On sait très peu sur les gains des enfants utilisés dans la prostitution et pour la production de matériel ou de spectacles pornographiques; il est clair, par contre, que les revenus découlant de ces activités illicites vont très largement dans les poches des gestionnaires de l'industrie du sexe, les enfants concernés et leurs familles n'en recevant que des miettes.

43. Que les enfants soient moins bien payés que les adultes est donc vrai dans la plupart des cas. Cela ressort d'ailleurs clairement des enquêtes statistiques expérimentales du BIT citées précédemment. Au Ghana, par exemple, les trois quarts des enfants interviewés avaient perçu moins de 2.000 cédis par mois, alors que le salaire minimum légal était à l'époque (1993) de 12.000 cédis. En Indonésie, les enfants travaillant en entreprise touchaient approximativement les trois quarts du salaire des adultes non qualifiés. Des enquêtes auprès des ménages réalisées en Colombie et en Equateur dans les années 1992 à 1994 confirment la faiblesse des gains perçus par les travailleurs enfants. En Colombie, ils étaient en moyenne inférieurs à 15.000 pesos (20 dollars E.U.) par mois pour ceux âgés de 12 et 13 ans, alors que le salaire minimum légal pour les travailleurs adultes non qualifiés s'élevait à 65.000 pesos . En Equateur, dans le groupe des enfants salariés, deux tiers de ceux âgés de 10 et 11 ans et plus du quart de ceux âgés de 12 et 13 ans percevaient moins que l'équivalent de 15 dollars E.U. par mois .

44. On prétend souvent que les enfants sont, pour des raisons économiques, irremplaçables dans certaines industries d'exportation qui cesseraient d'être compétitives si elles se voyaient privées de la possibilité de recourir à la main-d'oeuvre enfantine. Voulant en avoir le coeur net, le BIT a appuyé la réalisation d'une étude dans l'industrie des tapis tissés à la main en Inde . La principale conclusion de cette étude est que le travail des enfants n'est pas indispensable à la survie économique de cette industrie. En effet, les économies réalisées sur le coût de la main-d'oeuvre par l'emploi d'enfants en lieu et place d'adultes sont étonnamment modestes en proportion du prix auquel les tapis sont vendus dans les pays importateurs: entre 5 et 10 pour cent. Vendeurs et acheteurs de tapis n'auraient donc aucun mal à absorber les surcoûts qu'entraînerait le recrutement exclusif d'adultes. Dans ces conditions, pourquoi faire travailler les enfants, d'autant plus que les campagnes de boycottage des produits fabriqués par des enfants se multiplient un peu partout dans le monde? La réponse doit être recherchée là où sont réalisés les profits découlant de cette pratique. Dans l'industrie du tapis, les bénéficiaires directs sont les propriétaires de métiers, qui supervisent le tissage. Nombreux, souvent pauvres eux-mêmes, ce sont de petits entrepreneurs qui, en général, ne possèdent qu'un ou deux métiers et travaillent avec une marge bénéficiaire très faible. En employant des enfants, ils peuvent doubler leurs revenus. Ceux-ci sont si modestes qu'une augmentation négligeable du prix des tapis à la consommation suffirait à compenser le coût supplémentaire résultant de l'emploi exclusif d'adultes, à condition que cette augmentation se répercute sur eux. Il suffirait donc de modifier légèrement la répartition des profits entre propriétaires de métiers, exportateurs et importateurs pour dissuader les premiers de recourir à la main-d'oeuvre enfantine.

45. Ces conclusions, qui s'appliquent à un secteur d'activités extrêmement concurrentiel et à forte intensité de main-d'oeuvre, que d'aucuns considèrent comme l'un des plus tributaires du travail des enfants, amènent à se demander s'il existe vraiment des industries dont la compétitivité repose sur le travail des enfants. En tout cas, c'est à ceux qui le prétendent d'en apporter la preuve. Toutefois, dans un marché mondial ouvert, l'abolition du travail des enfants dans un pays donné pourrait avoir simplement pour effet de transférer l'activité vers d'autres pays qui n'auraient pas encore abandonné cette pratique. Encore une fois, le cas des tapis tissés à la main est instructif. Une enquête réalisée dans une ville des Etats Unis a montré que les importateurs de tapis cesseraient de s'approvisionner en Inde si le prix auquel ils achètent les tapis fabriqués dans ce pays augmentait de plus de 15 pour cent. On constate, à la lumière de cet exemple, que la demande de main-d'oeuvre enfantine a effectivement une composante internationale et que les mesures prises pour la décourager doivent impliquer l'ensemble des grands producteurs afin d'éviter une guerre commerciale.

46. Autres facteurs. Des facteurs autres qu'économiques influencent la demande de main-d'oeuvre enfantine. Le plus important de ces facteurs est que les enfants sont moins conscients de leurs droits; ils font moins d'histoires, sont plus disciplinés, s'absentent moins, sont plus fiables et acceptent plus facilement un travail monotone sans se plaindre (on leur confie d'ailleurs souvent des tâches que beaucoup d'adultes jugent trop subalternes pour eux). Leur activité étant le plus souvent illégale, ils ne risquent pas d'aller se plaindre aux autorités ou de s'affilier à un syndicat. Le recours à la main-d'oeuvre enfantine est particulièrement intéressant pour les employeurs du secteur informel de l'économie. En effet, ceux-ci font souvent face à de fortes fluctuations de la demande de leurs produits. Lors des pointes d'activité, les enfants constituent un précieux réservoir de main-d'oeuvre occasionnelle. En cas de baisse de l'activité, ils peuvent être renvoyés plus facilement que les adultes.

47. Il y a aussi à l'origine de la demande de travail des enfants des facteurs d'ordre culturel ou sociologique qui interviennent. Ainsi, certains employeurs peuvent avoir l'impression de rendre service aux familles pauvres en donnant du travail à leurs enfants. Par ailleurs, il existe dans certaines familles et régions une tradition selon laquelle les enfants succèdent à leurs parents; dans une famille qui exerce traditionnellement un métier dangereux (par exemple la tannerie), les enfants risquent d'y travailler aussi. Dans beaucoup d'activités rémunérées aux pièces, il est de tradition que les enfants "aident leurs parents", par exemple sur des chantiers de construction ou dans le travail à domicile.

Facteurs agissant sur l'offre
48. Travail des enfants et pauvreté. C'est une lapalissade de dire que la pauvreté est la cause première de l'offre de main-d'oeuvre enfantine. Il est évident, par exemple, que les enfants des paysans sans terre ont davantage de probabilités de se retrouver sur le marché du travail que ceux des paysans propriétaires. De même, les taux de participation à l'activité économique risquent d'être plus élevés chez les enfants dont les parents ont un emploi intermittent ou précaire que chez ceux qui ont la chance d'avoir des parents disposant d'un emploi stable.

49. Les ménages affectés par le chômage ou le sous-emploi de leurs membres adultes - ils sont légion dans les pays en développement - ont souvent besoin de ce que gagnent leurs enfants. Le gain monétaire généré par le travail des enfants peut représenter jusqu'à 20 ou 25 pour cent du revenu familial dans le cas des ménages vivant en situation de pauvreté absolue. Etant donné que ces ménages consacrent l'essentiel de leurs revenus à l'alimentation - comme l'atteste le fait que dans un pays pauvre tel que l'Inde le seuil de pauvreté est fixé à 120 pour cent seulement du revenu nécessaire pour acheter de quoi satisfaire les besoins nutritionnels minimums de la famille -, l'apport monétaire résultant de l'activité économique des enfants constitue dans de nombreux cas la condition même de leur survie.

50. Toutefois, on ne peut pas dire que la pauvreté entraîne nécessairement le travail des enfants. Dans maints pays en développement, des familles pauvres qui font travailler certains de leurs enfants - les filles d'habitude - envoient les autres à l'école; ou encore certaines familles pauvres obligent leurs enfants à exercer une activité économique alors que d'autres familles, tout aussi pauvres, acceptent de se priver un peu plus en vue de les maintenir à l'école. La proportion des enfants qui travaillent varie souvent selon les régions d'un même pays, même si l'incidence du paupérisme est la même: l'Etat de Kérala (Inde), malgré sa pauvreté, a réussi à pratiquement éliminer l'activité économique à temps complet des enfants. Enfin, les comparaisons internationales révèlent que l'incidence du travail des enfants peut varier fortement dans des pays également pauvres.

51. Outre le chômage, le sous-emploi et la précarité des revenus des ménages, il y a donc à l'origine du travail des enfants d'autres facteurs qui expliquent pourquoi les enfants de certaines familles, de certaines zones et de certains pays sont plus que d'autres disponibles pour exercer une activité économique, même si celle-ci est synonyme d'exploitation économique ou les expose à des risques professionnels graves. A ce sujet, on observe que les enfants assujettis à des formes extrêmes de travail proviennent généralement de familles ou de groupes, non seulement particulièrement vulnérables sur le plan économique, mais aussi culturellement et socialement désavantagés tels que les populations indigènes et tribales et d'autres groupes discriminés pour des raisons de caste ou de race, les familles de migrants et les familles monoparentales.

52. On dit souvent que pauvreté et participation des enfants à l'activité économique se renforcent mutuellement, la pauvreté engendrant le travail des enfants et celui-ci perpétuant celle-là. Il semble raisonnable de penser qu'effectivement, dans la mesure où il exclut ou limite l'accès à l'éducation et compromet les possibilités d'ascension sociale, le travail des enfants perpétue la pauvreté puisque le manque d'instruction se ressent sur les gains de toute une vie . On peut penser que cela vaut aussi pour tout travail qui nuit à la santé, à la sécurité et à la socialisation de l'enfant. Du point de vue macroéconomique, en compromettant le développement de l'enfant, le travail perpétue la pauvreté parce qu'il dévalorise le capital humain nécessaire au développement économique et social.

53. On entend souvent dire, par ailleurs, que la participation des enfants à l'activité économique aggrave la pauvreté parce qu'elle fait augmenter le chômage et le sous-emploi des adultes. Toutefois, il est difficile de généraliser car cela dépend du type de travail exercé par les enfants. En ce qui concerne le travail salarié, en usine par exemple, la substitution des enfants aux adultes peut effectivement avoir un effet négatif sur l'emploi, les salaires et les autres conditions de travail de ces derniers. A l'autre extrême, cependant, le travail des enfants peut faciliter celui des adultes, encore que le prix à payer soit souvent d'avoir à fermer les yeux sur l'exploitation des premiers: nombre d'adultes, en particulier des femmes, peuvent par exemple accéder au marché de l'emploi parce que leurs enfants s'occupent des tâches ménagères essentielles. De même, de nombreux exploitants agricoles et petits entrepreneurs préservent la viabilité de leur entreprise, et donc l'emploi des adultes, en faisant travailler leurs enfants sans les rémunérer. Les enfants travaillant à leur compte dans le secteur informel n'ont probablement guère d'incidence sur l'emploi des adultes car ils occupent des créneaux qui n'intéressent pas ces derniers: par exemple, ils portent les sacs à provisions sur les marchés, cirent les chaussures, etc. Enfin, beaucoup de filles travaillent comme employées de maison pour des familles qui n'auraient pas les moyens de payer un adulte pour cela.

54. Ce sont généralement les ménages pauvres qui ont le plus d'enfants; or on sait que la taille de la famille a une incidence déterminante sur le travail des enfants. Les statistiques montrent que plus une famille est nombreuse, plus il y a de probabilités que les enfants travaillent et que les taux de fréquentation et de réussite scolaires baissent. C'est pourquoi d'aucuns estiment qu'une politique consistant à limiter ou à réduire progressivement la taille moyenne des familles est susceptible de contribuer fortement à la réduction de l'incidence du travail des enfants.

55. Travail des enfants et éducation. Pour une large part, l'offre de travail des enfants est générée aussi par les déficiences quantitatives et qualitatives de l'infrastructure éducative. Dans beaucoup de pays en développement, de nombreuses familles pauvres ne peuvent financer la scolarité de leurs enfants. L'école peut en effet coûter très cher. L'enseignement public "gratuit" représente en général un très lourd investissement pour une famille pauvre qui doit prendre à sa charge livres, uniformes et autres fournitures scolaires, frais de transport, voire verser de l'argent aux enseignants. Parfois, le coût d'un élève du primaire représente le tiers du revenu en espèces de la famille et beaucoup de ménages comptent plus d'un enfant d'âge scolaire. En outre, ce chiffre ne tient pas compte du manque à gagner pour la famille lorsque l'enfant va à l'école au lieu de travailler. Cela explique pourquoi, bien souvent, c'est avant tout pour payer leurs frais de scolarité que les enfants travaillent.

56. Outre que la famille n'a pas les moyens d'envoyer les enfants à l'école, beaucoup d'entre eux vivent dans des communautés où il n'y a pas d'écoles, et par conséquent ils travaillent. Là où il y a des écoles, le coût de la scolarité est tel pour une famille pauvre qu'il faut que l'investissement soit rentable. Or, c'est rarement le cas. L'enseignement offert aux enfants pauvres est souvent exécrable. Il offre si peu d'espoir de promotion sociale qu'il ne justifie pas de si lourds sacrifices. Les témoignages abondent de familles qui voudraient que leurs enfants acquièrent de l'instruction et qui, soit n'en ont pas les moyens, soit jugent que l'école coûte trop cher pour ce qu'elle est. S'il est vrai que de nombreux enfants quittent l'école parce qu'ils doivent aller travailler, il est vrai également que beaucoup sont si découragés par l'école qu'ils préfèrent travailler. Compte tenu de ces difficultés, seulement 68 pour cent des enfants dans le monde achèvent le cycle d'éducation primaire (jusqu'à l'âge de 11 ans). Les taux de rétention jusqu'à la dernière année du primaire varient énormément d'une région à l'autre, allant de 96 pour cent dans les pays industrialisés à seulement 48 pour cent en Afrique subsaharienne. Ces enfants risquent de rester analphabètes et de ne jamais acquérir les compétences dont ils auraient besoin pour trouver un emploi et contribuer au développement d'une économie moderne dans leur pays.

57. Enfin, on entend souvent dire que l'exercice d'une activité économique peut, mieux que l'école, permettre aux enfants d'acquérir des qualifications qui leur seront plus tard utiles. En réalité, les travailleurs enfants n'acquièrent que rarement une expérience professionnelle digne de ce nom car ils sont généralement assignés à des tâches simples, non qualifiées et n'offrant que peu de possibilités de passer un jour à d'autres activités mieux rémunérées, plus sûres et plus intéressantes. La situation est souvent aggravée là où s'exercent contre les enfants des discriminations basées sur le sexe, la caste, la race ou d'autres critères.

2. COMMENT RELEVER LE DEFI? REPERES POUR L'ACTION NATIONALE ET INTERNATIONALE

2.1 Remarques introductives
58. La principale conclusion qui ressort de la première partie de ce document est que les pays et la communauté internationale ont, avec le travail des enfants, affaire à un phénomène particulièrement préoccupant. En effet, ce ne sont pas quelques milliers, mais de nombreuses dizaines de millions d'enfants qui, un peu partout dans le monde, sont exploités au travail ou employés dans des conditions qui portent gravement atteinte à leur santé, à leur sécurité, à leur éducation, à leur moralité ou à leur dignité. Ce travail des enfants-là a des coûts élevés: pour les enfants d'abord, qui arrivent nombreux à l'âge adulte, non seulement diminués sur le plan physique, mais aussi déstabilisés sur le plan émotionnel et retardés sur le plan intellectuel; pour la société ensuite, qui se voit ainsi privée d'une partie importante des ressources humaines qualifiées dont elle a besoin pour se développer.

59. Comment relever l'énorme défi posé par le travail des enfants? A ce sujet, il convient d'admettre d'emblée que c'est aux pays ayant des problèmes de travail des enfants qu'incombe d'abord et surtout la responsabilité de leur donner des solutions. Il y a deux raisons principales à cela:

- des raisons d'éthique, d'abord. Les enfants sont, en effet, l'avenir des sociétés. Toute société a donc l'obligation morale, quelles que soient les difficultés économiques du moment, de faire tout pour que ses enfants puissent accéder à leur plus complet développement physique et mental. En tout état de cause, la pauvreté ne devrait jamais servir d'excuse à ce que des enfants soient, parce qu'ils doivent travailler, agressés dans leur intégrité physique ou bafoués dans leur dignité;

- des raisons pratiques, ensuite. Les problèmes du travail des enfants sont fortement influencés par le contexte économique et socio-culturel qui est propre à chaque pays. L'ampleur et la nature de ces problèmes ainsi que les ressources humaines et matérielles qui peuvent être mobilisées contre eux varient d'un pays à l'autre. Chaque pays doit donc mettre en oeuvre des interventions originales adaptées à ses besoins, à ses possibilités et à ses circonstances spécifiques. Le grand défi qui lui est posé est de parvenir, le plus vite possible, à assurer une protection efficace au plus grand nombre possible d'enfants se trouvant ou risquant de se trouver dans des situations de travail préjudiciables, et ce par le biais d'interventions susceptibles de promouvoir des changements bénéfiques avec le minimum d'investissements.

60. La communauté internationale a, pour sa part, le devoir d'encourager et d'aider les pays pauvres qui s'engagent à lutter contre le travail des enfants. Il y a aussi deux raisons principales à cela:

- des raisons d'éthique, d'abord. Dans certaines de ses formes (esclavage, travail forcé, etc.), le travail des enfants constitue, en effet, une atteinte flagrante aux droits de l'homme. Par ailleurs, là où il alourdit le fardeau et les handicaps qui pèsent sur des groupes déjà socialement exclus et profite à d'autres groupes déjà privilégiés, ce travail est incompatible avec la démocratie et la justice sociale. Ces atteintes, en relation avec le travail des enfants, aux droits de l'homme, à la démocratie et à la justice sociale interpellent la communauté internationale qui se doit d'intervenir, en particulier lorsque son assistance est désirée;

- des raisons matérielles, ensuite. La lutte contre le travail des enfants exige des investissements très lourds, souvent hors de portée des possibilités financières des pays pauvres. C'est pourquoi l'opinion se répand que le lien établi entre le travail des enfants et le respect des droits de l'homme, la démocratie et la justice sociale apparaîtrait plus crédible si les pays riches acceptaient de partager plus largement avec les pays pauvres le coût des mesures correctives nécessaires.

61. C'est par la coopération, bilatérale et multilatérale, financière et technique, que la communauté internationale se doit de manifester sa solidarité avec les pays pauvres. Cette coopération devrait être largement ouverte aux gouvernements qui expriment une réelle volonté politique d'affronter les problèmes du travail des enfants en collaboration étroite avec les groupes intéressés de la société civile (organisations d'employeurs et de travailleurs, ONG, etc.). Elle devrait, non pas supplanter, mais encourager et appuyer les efforts nationaux entrepris à cette fin et viser, en particulier, à renforcer la capacité de chaque pays d'identifier les cas les plus urgents et les plus graves de travail des enfants et de leur apporter des solutions adaptées à ses conditions économiques et socio-culturelles spécifiques. Enfin, la coopération internationale devrait s'étaler sur une période suffisamment longue de façon à garantir que les préoccupations relatives au travail des enfants soient durablement incorporées dans les politiques, les programmes et les budgets de toutes les institutions nationales compétentes.

62. L'expérience pratique accumulée jusqu'à présent dans la lutte contre le travail des enfants apparaît singulièrement limitée au niveau national et international. La raison en est qu'elle est récente. Ce n'est que depuis quelques années, en effet, que quelques pays en développement mènent contre ce fléau une politique nationale digne de ce nom et qu'ils ont sollicité à cette fin le concours de la coopération internationale. Le BIT, par exemple, n'avait été saisi de demandes d'assistance technique que par deux pays - l'Inde et les Philippines - avant de lancer en 1991 son Programme international pour l'abolition du travail des enfants (IPEC). En fait, les pays en développement étaient autrefois peu enclins à s'adresser à la coopération internationale, car peu enclins à reconnaître qu'ils avaient de sérieux problèmes de travail des enfants, en violation des législations adoptées pour l'interdire et de conventions internationales parfois ratifiées. Heureusement, leurs réticences à le faire s'estompent et ils sont aujourd'hui de plus en plus nombreux à demander le concours des organisations internationales compétentes, en particulier celui du BIT.

63. Cette évolution est la bienvenue mais elle oblige les pays et la communauté internationale à approfondir leur réflexion sur les interventions les plus appropriées pour obtenir des progrès durables dans la lutte contre le travail des enfants. En particulier, les pays pauvres, qui ne peuvent se permettre de disperser leurs efforts et leurs ressources, veulent savoir quelles sont les interventions les plus susceptibles d'être suivies d'effets et comment les combiner pour obtenir un impact maximal.

64. C'est dans le but d'avancer dans la réflexion sur ces interventions que la Conférence d'Amsterdam a été organisée et que les sections qui suivent présentent un certain nombre d'idées et de suggestions tirées pour la plupart de l'expérience des actions sur le terrain menées par le BIT dans le cadre de l'IPEC. Ces idées et suggestions sont articulées autour des six grands thèmes suivants: approfondir la connaissance des problèmes du travail des enfants; assigner des objectifs réalistes à l'action nationale; informer et sensibiliser; affronter le travail des enfants sur de nombreux fronts; créer une large alliance sociale contre le travail des enfants; enfin, organiser et coordonner les interventions contre le travail des enfants et fournir la formation nécessaire aux acteurs de la lutte contre ce fléau.

2.2 Approfondir la connaissance des problèmes du travail des enfants
51. 65. Bien que se posant depuis longtemps, les problèmes du travail des enfants restent relativement mal connus dans les pays qui en sont le plus affectés. En effet, les données disponibles à leur sujet souffrent généralement des carences suivantes:

- en premier lieu, l'information est particulièrement défectueuse sur le nombre réel de travailleurs enfants, sur leur distribution selon les branches d'activité et les localités et régions du pays, ou encore sur leur répartition selon le statut dans l'emploi, le sexe, l'âge ou l'origine sociale. Dans beaucoup de pays, le travail des enfants n'est pas recensé statistiquement. Là où des statistiques sont disponibles, elles donnent généralement une vue très partielle du phénomène, soit qu'elles ne recensent que les enfants dont l'activité économique constitue l'activité principale - excluant ainsi les nombreux enfants qui travaillent et étudient en même temps -, soit qu'elles n'enregistrent que les enfants employés comme salariés - qui ne représentent qu'une petite fraction de la main-d'oeuvre enfantine totale -, soit encore qu'elles se limitent aux enfants du groupe d'âge des 10 à 14 ans - ce qui laisse de côté ceux âgés de moins de 10 ans dont le nombre est loin d'être négligeable;

- en deuxième lieu, les informations fiables sont rares sur les conditions dans lesquelles le travail des enfants est pratiqué (types de travaux effectués; charge, cadence et durée du travail; conditions d'ambiance; etc.) et sur les dangers auxquels celles-ci exposent les enfants. Les statistiques officielles sont très pauvres dans ce domaine et les renseignements éparses que l'on détient proviennent d'études et de rapports officieux de qualité et d'objectivité variables. Certains groupes de travailleurs enfants ont été plus étudiés que d'autres; il existe, par exemple, une littérature fournie sur les enfants des rues, mais on en sait beaucoup moins sur les conditions de travail et de vie des enfants, beaucoup plus nombreux, qui travaillent dans l'agriculture et les services domestiques.Si les risques physiques auxquels les travailleurs enfants sont exposés ont été relativement bien documentés dans certaines branches d'activité, par contre les données disponibles sur les risques psycho-sociaux de leur travail sont rares et manquent souvent de rigueur scientifique;

- en troisième lieu, les causes du travail des enfants sont analysées d'habitude sans prendre en considération les diverses formes que ce travail peut revêtir. Il reste ainsi beaucoup à apprendre des raisons pour lesquelles de si nombreux enfants sont occupés à des tâches ou dans des conditions dangereuses ou abusives;

- enfin, la recherche orientée vers l'action est pour ainsi dire inexistante. L'analyse critique des différentes interventions menées contre le travail des enfants est restée rudimentaire, en particulier en ce qui concerne la mesure de leur impact en termes de réduction de l'incidence de ce travail ou d'amélioration du sort des travailleurs enfants.

66. L'absence d'informations détaillées et fiables rend difficile la détermination du degré d'urgence et de priorité, pour l'action nationale, des cas existants de travail des enfants. Elle gêne de même la mise au point d'interventions efficaces contre les cas les plus graves de ce travail, par exemple des actions de sensibilisation auprès des enfants, des familles et de l'opinion publique. Il est donc extrêmement important que tous les pays se dotent de bons systèmes de collecte d'informations sur le travail des enfants. Un premier pas dans la bonne direction serait que chaque pays mène, à l'aide d'un échantillon représentatif de ménages et d'entreprises, une enquête statistique qui permette de dresser un tableau général mais suffisamment précis du travail des enfants au niveau national. Parallèlement, il conviendrait d'étudier de près certains groupes de travailleurs enfants astreints à des situations de travail présumées dangereuses ou abusives de façon à identifier avec précision les risques auxquels ils sont exposés. L'expérience qu'a le BIT de ces enquêtes statistiques et analyses de situation indique qu'elles peuvent être entreprises à un coût raisonnable.

67. La coopération internationale peut utilement contribuer à l'amélioration des capacités nationales de produire des informations détaillées et fiables sur le travail des enfants. Elle le peut d'abord en mettant au point, après expérimentation, des méthodologies d'enquête statistique ou d'analyse de situation qui soient relativement peu sophistiquées et peu coûteuses et en formant à leur utilisation des statisticiens ou chercheurs originaires des pays affectés par de graves problèmes de travail des enfants. Ces dernières années, le BIT a été très actif dans ce domaine. C'est ainsi qu'il a mis au point, après l'avoir expérimentée dans quatre pays, une nouvelle méthodologie d'enquête statistique . Parallèlement, il a fourni à une dizaine de pays une asistance technique et financière qui leur a permis d'appliquer cette méthodologie. En collaboration avec l'UNICEF, le BIT a également travaillé à l'établissement d'une technique d'évaluation rapide dont l'objectif est d'aider les institutions désireuses de s'engager dans la lutte contre le travail des enfants à déterminer avec discernement et en peu de temps les principaux problèmes du groupe de travailleurs enfants qu'elles ont pris pour cible ainsi que les ressources qui peuvent être mobilisées contre ces problèmes dans les collectivités locales où ils se posent.

68. La coopération internationale pourrait aussi aider utilement les pays en développement en tirant les leçons des recherches et des programmes d'action directe menés sur le plan national et international et en les diffusant, sous une forme qui puisse leur être utile, aux divers acteurs de la lutte contre le travail des enfants. On signalera, à ce sujet, que le BIT projette de créer une banque internationale de données sur le travail des enfants. Utilisant les technologies d'information les plus modernes, cette banque de données pourrait devenir un outil précieux pour ceux qui, confrontés à une situation de travail des enfants déterminée, désireraient savoir comment la même situation a été affrontée ailleurs dans le monde.

69. La coopération internationale pourrait enfin faire oeuvre utile en finançant et en supervisant des recherches sur des aspects du travail des enfants peu explorés mais importants, en particulier lorsque le coût de ces recherches est élevé ou que leur réalisation nécessite l'intervention d'experts venant d'horizons différents. Quatre sujets de recherches mériteraient d'être approfondis à brève échéance:

- en premier lieu, la mesure de l'impact des politiques et des programmes d'action contre le travail des enfants. La recherche suggérée viserait à établir une série d'indicateurs permettant, d'une part, d'évaluer de manière objective les effets des différents types de programmes menés pour réduire l'incidence du travail des enfants dans une localité ou dans une branche d'activité donnée et, d'autre part, de préciser les facteurs qui contribuent au succès ou, au contraire, à l'échec de ces programmes;

- en second lieu, les aspects économiques du travail des enfants. Il conviendrait de consolider les quelques progrès obtenus dans la connaissance des avantages économiques tirés du recrutement d'enfants, de préférence à des adultes, et dans l'analyse des relations qui existent entre le recours à la main-d'oeuvre enfantine et la compétitivité des entreprises. Il s'avère, par ailleurs, nécessaire d'approfondir l'examen des effets des stimulants positifs appliqués de l'intérieur pour réduire l'offre de main-d'oeuvre enfantine (subventions scolaires, repas gratuits pour les écoliers, etc.) et des stimulants négatifs appliqués de l'extérieur pour en restreindre la demande (restrictions mises à l'importation de produits fabriqués par des enfants, codes de conduite appliqués par des compagnies multinationales dans leurs relations d'affaires avec les pays en développement, étiquetage des produits garantissant que ceux-ci ont été fabriqués sans recourir à des enfants, etc.);

- en troisième lieu, l'intégration des préoccupations relatives au travail des enfants lors de la planification du développement économique et social. En raison de ses causes profondes (chômage et sous-emploi des adultes, déficiences de l'infrastructure éducative, discriminations basées sur le sexe ou l'origine ethnique, etc.), le travail des enfants ne peut être combattu de façon efficace et durable que si son abolition est reconnue comme étant un objectif naturel des divers programmes de développement tels que ceux qui concernent la création d'emplois productifs, l'éducation, la promotion des petite entreprises ou l'amélioration des techniques de production. Comment réussir cette intégration? Cela exige d'apporter des modifications aux modèles traditionnels de planification économique, sociale et administrative, modifications que la recherche suggérée s'efforcerait d'approfondir;

- enfin, le travail des enfants et l'exclusion sociale. On a observé que certains groupes oubliés ou rejetés par la société (minorités ethniques, populations indigènes ou tribales, castes inférieurs, familles de migrants, familles monoparentales, etc.) figurent parmi les plus grands pourvoyeurs de main-d'oeuvre enfantine, en particulier dans les formes extrêmes que revêt l'utilisation de celle-ci (travail en servitude, prostitution, travaux dangereux, etc.). Cette situation, qui aggrave la discrimination s'exerçant déjà à l'encontre de ces groupes défavorisés de la société, exige une profonde réflexion sur les mesures d'ordre économique, social et culturel les mieux à même de la corriger.


2.2 Approfondir la connaissance des problèmes du travail des enfants
70. Pour avoir un impact significatif, les interventions contre le travail des enfants devraient s'inscrire dans le cadre d'une politique nationale qui fixe des objectifs précis, détermine les mesures concrètes à prendre en vue de les atteindre ainsi que le calendrier de leur réalisation, prévoit les financements requis et définit clairement les responsabilités des différents protagonistes. L'existence même d'une telle politique est le signe qu'il y a, chez les dirigeants politiques et au sein de la société civile, un engagement de s'attaquer avec détermination aux problèmes du travail des enfants. C'est aux gouvernements qu'incombe la responsabilité première de la définir et de fournir les moyens nécessaires à sa mise en oeuvre. Mais, à eux seuls, les gouvernements ne pourront jamais venir à bout du travail des enfants. C'est pourquoi il est indispensable qu'il associent étroitement à la définition et à l'application de cette politique toutes les institutions intéressées de la société civile, au premier rang desquelles les organisations d'employeurs et de travailleurs ainsi que les organisations qui oeuvrent à la défense des droits de l'homme ou à la protection de l'enfance.

71. La politique nationale précitée devrait s'inscrire résolument dans une perspective d'abolition du travail des enfants mais assigner en même temps des objectifs réalistes à l'action nationale. Il serait, en effet, illusoire de croire que les problèmes du travail des enfants, qui existent depuis si longtemps, peuvent être résolus du jour au lendemain ou que tous les enfants exerçant une activité économique peuvent en être affranchis immédiatement. Le nombre des enfants qui travaillent, même si l'on ne considère que ceux qui le font dans des conditions préjudiciables à leur développement physique, intellectuel ou émotionnel, est tellement élevé, et les ressources disponibles pour combattre ce fléau tellement restreintes, qu'il est indispensable de faire des choix, de fixer des priorités. Il convient donc que les politiques nationales adoptent une approche progressive de l'abolition du travail des enfants. Tout en réaffirmant que l'objectif ultime du pays est de mettre fin à toutes les formes de travail, d'emploi ou d'activité susceptibles de nuire à la santé, à la sécurité, à l'éducation, à la moralité ou à la dignité de l'enfant, ces politiques devraient axer l'effort national en priorité sur les situations de travail des enfants qui sont dégradantes ou particulièrement dangereuses, celles qui constituent un réel affront à la conscience des hommes et qu'une société humaine digne d'être ainsi qualifiée ne peut en aucun cas tolérer, quel que soit son niveau de développement économique.

72. Les autorités nationales ont à répondre à une question stratégique, celle de savoir comment investir les rares ressources disponibles d'une façon qui permette d'obtenir les résultats les meilleurs. La réponse se doit d'être pragmatique. Il n'y a pas de temps à perdre avec le travail des enfants socialisant ou ne présentant guère de dangers. Il n'y a pas non plus de temps à perdre avec des arguties du style: la vente par des enfants de journaux après l'école en vue de gagner un peu d'argent de poche constitue-t-elle ou non du travail? Ce qu'il faut, c'est parer au plus pressé sans toutefois perdre de vue la dimension d'ensemble. Vue de cette façon, la politique nationale contre le travail des enfants devient plus crédible pour l'opinion publique et parvient plus facilement à recueillir l'adhésion et la participation des familles et de la collectivité à sa mise en oeuvre.

73. Quelles sont ces formes dégradantes ou particulièrement dangereuses du travail des enfants? Le travail des enfants dégradant est celui qui constitue une véritable offense aux droits de l'homme et une atteinte inadmissible à la dignité de la personne. Ses formes les plus connues sont l'esclavage, le travail forcé et le travail en servitude; la vente ou la traite d'enfants à des fins d'exploitation de leur travail; la prostitution et la pornographie enfantines; enfin, l'utilisation d'enfants pour la production et le trafic de drogues ou à d'autres activités illicites.

74. Il est plus difficile de déterminer les formes particulièrement dangereuses du travail des enfants. Il existe, en effet, d'innombrables situations de travail susceptibles de nuire plus ou moins gravement à l'intégrité physique des enfants. Les risques pour ceux-ci peuvent découler du fait que les travaux qui leur sont assignés sont par nature dangereux; citons, à titre illustratif, la manipulation de pesticides et la coupe manuelle de la canne à sucre dans l'agriculture; les travaux souterrains dans l'industrie extractive; la pêche muro-ami qui se pratique dans plusieurs pays d'Asie du Sud-Est et au cours de laquelle de nombreux enfants sont utilisés en plongée pour chasser les poissons vers les filets de pêche; les travaux effectués à haute altitude ou ceux utilisant de l'amiante dans l'industrie de la construction; dans les industries manufacturières, les procédés de travail dans lesquels des substances toxiques ou cancérogènes (benzène, colles et solvants, plomb, rayonnements ionisants, etc.) sont utilisées; ou encore la récupération et le recyclage des ordures ménagères disposées dans les décharges publiques. Dans d'autres cas, les travaux confiés aux enfants ne sont pas intrinsèquement dangereux mais ils le deviennent en raison des mauvaises conditions dans lesquelles ils sont effectués. Il en va ainsi, par exemple, lorsque les enfants doivent travailler dans des conditions d'ambiance difficiles (forte humidité, chaleur ou froid intense, niveau élevé de bruit et de vibrations, présence de poussières, etc.), selon des cadences trop rapides et pendant des durées trop longues. C'est aussi le cas des travaux exigeant des enfants la manipulation de charges trop lourdes ou la station prolongée dans des positions inconfortables ou de ceux pour lesquels les équipements, les outils et les sièges utilisés ne sont pas adaptés à la taille et aux autres caractéristiques morphologiques des enfants. C'est enfin le cas lorsque les enfants sont, en cours de travail, exposés à des vexations, coups et autres sévices ou mauvais traitements.

75. Comment dès lors déterminer, parmi ces innombrables travaux dangereux, ceux qui sont particulièrement préjudiciables à la santé et à la sécurité des enfants? A ce sujet, il est certes utile de dresser des listes de secteurs, activités et conditions de travail reconnus dangereux pour les enfants, mais des informations générales de ce type ne renseignent pas forcément sur les cas les plus graves. Comment évaluer des préjudices de différente nature? Comment comparer risque physique et risque psychosocial, effets à court terme et effets à long terme? Pour fixer des priorités, il est indispensable de répondre à ces questions. Cela n'est pas facile. Il n'y a pas en effet de réponse purement technique. Heureusement, il est généralement plus facile de désigner les enfants les plus à risque dans la pratique qu'en théorie. Ainsi, on a pu observer souvent que des gens bien informés, provenant d'institutions diverses et ayant des perspectives différentes, parvenaient sans trop de difficultés à se mettre d'accord sur la question de savoir quels sont les travailleurs enfants les plus menacés .

76. L'abolition du travail des enfants effectué dans des conditions dégradantes ou particulièrement dangereuses ne consiste pas seulement à soustraire les enfants à des situations de travail caractérisées par de telles conditions. Elle consiste aussi à leur offrir - ou à leurs familles - des alternatives viables comme une aide financière facilitant la réincorporation dans le système scolaire ou la fourniture d'un autre emploi qui soit compatible avec leur âge. En l'absence de telles alternatives, ces enfants risqueraient fort de se retrouver rapidement dans d'autres activités économiques tout aussi dégradantes ou dangereuses. Enfin, l'approche abolitionniste requiert aussi que des mesures soient prises afin que les enfants affranchis du travail ne soient pas remplacés par d'autres enfants qui, jusque là, n'avaient pas exercé une activité économique.

77. Conformément à l'article 3 de la convention des Nations Unies sur les droits de l'enfant, c'est le meilleur intérêt de l'enfant, et non d'autres intérêts, qui devrait toujours guider la sélection des priorités nationales. C'est ainsi que la destination des biens et des services produits avec de la main-d'oeuvre enfantine - exportation ou consommation domestique -importe peu. Ce qui est capital, par contre, c'est que l'action nationale porte sur tous les secteurs d'activité dans lesquels des enfants sont employés dans des conditions dégradantes ou particulièrement dangereuses. De même, le travail des enfants ne devrait pas être vu seulement comme une violation de la législation sur l'âge minimum d'admission à l'emploi ou au travail. C'est une vue plus globale des besoins de l'enfant qui doit être adoptée; il convient, en effet, de répondre non seulement au besoin de celui-ci d'être protégé contre les formes de travail préjudiciables à son développement normal, mais aussi à ses autres besoins, en particulier à celui d'être éduqué et formé pour sa vie d'adulte.

78. En indiquant la voie à suivre dans les instruments juridiques adoptés par les organisations qui la représentent, la communauté internationale peut contribuer à la formulation d'objectifs réalistes au plan national. C'est ce que l'OIT s'est efforcée de faire depuis sa création en 1919. Se plaçant dans une perspective d'abolition du travail des enfants, elle a adopté une série de conventions sur l'âge minimum d'admission à l'emploi ou au travail. La plus récente et la plus importante de celles-ci, la convention (no 138) sur l'âge minimum, 1973, prescrit aux Membres qui la ratifient de s'engager à poursuivre une politique nationale visant à assurer l'abolition effective du travail des enfants en dessous d'un certain âge et à élever progressivement l'âge minimum d'admission à l'emploi ou au travail à un niveau permettant aux adolescents d'atteindre leur plus complet développement physique et mental. Elle fixe à 15 ans l'âge minimum de base, à 13 ans l'âge minimum d'admission à des travaux légers et à 18 ans celui d'admission à des travaux dangereux . Cette convention, qui a été ratifiée par 52 pays, dont 24 pays en développement, n'a rien perdu de son actualité. En effet, aujourd'hui comme hier, et demain comme aujourd'hui, la fixation par voie législative d'un âge en dessous duquel les enfants ne devraient pas être autorisés à travailler est et restera l'un des instruments fondamentaux d'une stratégie d'action cohérente contre le travail des enfants. Toutefois, on peut reprocher à la convention no 138 de ne pas assigner de priorités à l'action nationale. Certes, la convention (no 29) sur le travail forcé, 1930, qui a été ratifiée par 136 pays, donne à l'OIT la possibilité d'examiner et de dénoncer les pratiques en matière de travail des enfants qui correspondent à un travail forcé. Toutefois, le recours à cette convention pour lutter contre les formes dégradantes ou particulièrement dangereuses du travail des enfants est restreint par son objet: celles-ci ne se limitent pas, en effet, au travail forcé tel que défini à l'article 2 de la convention.

79. Pour la raison signalée ci-dessus, le Conseil d'administration du BIT a décidé en mars 1996 d'inscrire la question du travail des enfants à l'ordre du jour de la session de 1998 de la Conférence internationale du Travail en vue de l'adoption, selon la procédure de la double discussion, de nouvelles normes internationales sur le travail des enfants. Le but recherché est essentiellement d'amener la communauté mondiale à manifester sa volonté d'agir solidairement en adoptant une convention internationale sur les formes extrêmes du travail des enfants. Une telle convention viendrait compléter les instruments internationaux qui traitent des enfants et de leurs droits. Elle s'appliquerait à tous les enfants de moins de 18 ans et obligerait les Etats Membres à mettre immédiatement un terme à toutes les formes extrêmes du travail des enfants, à savoir notamment: toutes les formes d'esclavage et pratiques assimilables; la vente et la traite d'enfants; le travail forcé ou obligatoire, y compris la servitude pour dettes et le servage; l'utilisation des enfants pour la prostitution, pour la production de matériel ou de spectacles pornographiques, pour la production ou le trafic de drogues ou pour d'autres activités illégales; l'emploi d'enfants à tout type de travail qui, par sa nature ou en raison des conditions dans lesquelles il est effectué, risque de compromettre leur santé, leur sécurité ou leur moralité. La convention exigerait que soient prévues et strictement appliquées des peines appropriées. Chose importante aussi, elle encouragerait les Etats Membres à s'aider les uns les autres par une assistance judiciaire et technique internationale ou par d'autres types de coopération visant à combattre l'intolérable.

80. La convention des Nations Unies sur les droits de l'enfant (entrée en vigueur le 2 septembre 1990 et ratifiée par 195 Etats au 31 juillet 1996) mérite également une mention spéciale. Cette convention vise à défendre toute une série de droits de l'enfant, dont celui d'être protégé contre l'exploitation économique et de n'être astreint à aucun travail comportant des risques ou susceptible de compromettre son éducation ou de nuire à sa santé ou à son développement physique, mental, spirituel, moral ou social (article 32). Elle fait obligation aux Etats parties de prendre des mesures législatives, administratives, sociales et éducatives en vue de son application, et en particulier de fixer un âge minimum ou des âges minimums d'admission à l'emploi, d'adopter une réglementation appropriée des horaires de travail et des conditions d'emploi et de prévoir des peines ou autres sanctions appropriées pour assurer l'application effective de ses dispositions.

81. Assigner des objectifs réalistes à l'action nationale est une tâche que la coopération internationale peut aussi faciliter en encourageant et en facilitant le dialogue qui doit nécessairement l'accompagner. La fixation de ces objectifs et des interventions requises pour les atteindre exige, en effet, une concertation étroite et régulière entre les autorités nationales compétentes et les groupes intéressés de la société civile (organisations d'employeurs et de travailleurs, ONG, universités, etc.). Elle requiert que l'on ait digéré au préalable toute l'information disponible sur les cas existants de travail des enfants et sur leurs incidences, que l'on écoute attentivement tous ceux qui, sur le terrain, oeuvrent quotidiennement à l'amélioration du sort des travailleurs enfants, enfin que l'on réfléchisse longuement aux interventions les plus à même de mettre fin rapidement aux formes les plus intolérables du travail des enfants. Un tel processus de concertation exige de fréquentes réunions, la participation à celles-ci de nombreuses personnes et, par voie de conséquence, des dépenses relativement élevées que certains gouvernements peuvent avoir des difficultés à financer. Un enseignement important tiré des activités opérationnelles de l'IPEC est que l'une des meilleures façons qu'a ce programme d'être utile à ses pays cibles est de créer les conditions matérielles d'un dialogue permanent entre toutes les parties intéressées à la lutte contre le travail des enfants.


2.4 Informer et sensibiliser
82. Dans une section précédente, nous avons insisté sur la nécessité pour les pays engagés dans la lutte contre le travail des enfants d'améliorer rapidement leurs systèmes de collecte d'informations. Des données plus fiables et plus détaillées sont, en effet, un préalable nécessaire à l'obtention d'un progrès durable contre les formes dégradantes ou particulièrement dangereuses du travail des enfants. Elles fournissent la connaissance qui est nécessaire pour fixer des objectifs réalistes à l'action nationale ainsi que la matière première à partir de laquelle des actions d'information et de sensibilisation pourront être menées efficacement.

83. Ces actions d'information et de sensibilisation sont nécessaires pour deux raisons:

- d'abord, en raison de l'ignorance qui existe autour des problèmes posés par le travail des enfants. Cette ignorance est observée dans de larges couches de la société, y compris parmi les enfants et leurs parents. Les enfants qui entrent sur le marché du travail ne sont pas préparés à affronter les risques présents sur les lieux de travail; ils n'ont pas été informés de ces risques et on ne leur a pas dit comment s'en prémunir. Les parents sont eux-mêmes souvent ignorants des dangers que le travail prématuré fait courir à leurs enfants. Le grand public a peut-être entendu parler des enfants de la rue mais il n'a, par contre, qu'une très vague idée du sort des travailleurs enfants, beaucoup plus nombreux, qui sont occupés dans l'agriculture, dans les petits établissements industriels ou commerciaux du secteur informel urbain ou au domicile des particuliers comme personnel domestique. L'ignorance du grand public s'explique en partie par le fait que le travail des enfants est effectué le plus souvent à l'abri de ses regards. La maltraitance des enfants au travail est, en effet, un phénomène invisible dans la majorité des cas. Dans les formes dégradantes ou particulièrement dangereuses du travail des enfants, cette invisibilité est généralement voulue et entretenue, car des intérêts économiques importants sont en jeu et des mécanismes puissants veillent au maintien du statu quo (dans le cas de la servitude pour dettes, par exemple);

- ensuite, en raison des mentalités et des attitudes sociales qui prévalent dans la plupart des pays en développement. Dans ces pays, une culture de la pauvreté s'est solidement implantée et conduit de nombreuses familles à donner plus de valeur au travail qu'à l'éducation. Beaucoup de parents, ayant eux-mêmes travaillé lorsqu'ils étaient enfants, ont tendance à considérer que mieux que l'école ne pourrait le faire, la participation précoce de leurs enfants à l'activité économique permet à ceux-ci d'acquérir certaines compétences qui leur seront plus tard utiles ainsi que le sens de la discipline. C'est là une attitude très répandue chez les parents ayant eux-mêmes une scolarité incomplète. Par ailleurs, même si l'on a pu observer ces dernières années des changements d'attitude qui vont dans la bonne direction, les décideurs politiques sont restés en général très réticents à l'idée de mettre sur la table des problèmes de travail des enfants qui, n'existant pas en droit, ne devraient pas exister dans la pratique. Qui plus est, nombre d'hommes politiques et d'élites de la société civile vont jusqu'à considérer que le travail des enfants n'est pas un problème mais la solution à certaines difficultés causées par le sous-développement, comme la pauvreté absolue des familles ou les insuffisances de l'infrastructure éducative. Bref, le travail des enfants, même dans ses formes dégradantes ou particulièrement dangereuses, tend à être accepté ou toléré comme un mal nécessaire qui fait partie de la vie des pauvres.


84. On le voit, le travail des enfants plonge, pour une large part, ses racines dans les conditions culturelles des sociétés. Ces conditions expliquent pourquoi les opinions publiques nationales réagissent souvent avec indifférence, passivité ou résignation, voire avec un certain cynisme, face aux dangers auxquels ce travail expose les enfants. Il en résulte que dans la plupart des cas, il n'y a pas de réelle pression exercée par la société civile sur les gouvernements pour que ceux-ci interviennent plus activement et assument leurs responsabilités.

85. Il est impératif, pour cette raison, de créer dans chaque pays un climat social et politique qui soit plus propice à l'action contre le travail des enfants. Pour cela, il convient de mettre sur la place publique les cas les plus graves d'exploitation du travail des enfants ou d'utilisation de ce travail dans des conditions particulièrement dangereuses. Il doit s'agir de cas qui ont été identifiés dans le pays dont il s'agit et dont l'authenticité peut être vérifiée. Le but recherché devrait être de choquer l'opinion publique, de l'amener à se poser la question "Comment est-ce possible que des choses pareilles se passent chez nous?" et donc de la pousser à réagir. L'information ne devrait pas porter uniquement sur les dangers ou les abus auxquels ces travailleurs enfants sont exposés et sur les conséquences qui peuvent en découler pour eux; elle devrait aussi expliquer les origines de ces cas abusifs et chercher à convaincre qu'il est possible de traiter les enfants différemment.

86. Les activités d'information et de sensibilisation sont indispensables, non seulement pour faire avancer politiquement la cause du travail des enfants, mais aussi pour créer un large appui social autour des objectifs de la politique nationale et des mesures proposées pour les atteindre. Elles sont un puissant levier pour mobiliser les citoyens et pour les faire participer activement, par le biais de leurs institutions représentatives, à la mise en oeuvre de cette politique.

87. Les activités d'information et de sensibilisation devraient se faire en direction de divers groupes et être adaptées aux besoins de chacun de ceux-ci. D'abord, bien sûr, en direction des enfants qui travaillent, de ceux qui sont menacés de devoir le faire et de leurs parents. On a dit souvent que la famille est la première ligne de défense des enfants. Cela est particulièrement pertinent pour leur défense contre les formes de travail dégradantes ou particulièrement dangereuses mais encore faut-il pour cela que les enfants et les parents aient à leur portée toutes les données du problème. Ensuite, en direction des employeurs, des travailleurs, des parlementaires et autres politiciens, du personnel des administrations de l'Etat au niveau central et local, du personnel de l'appareil judiciaire et des services de police. Enfin, en direction de l'opinion publique.

88. Les organisations communautaires, sociales ou religieuses, sont d'habitude les mieux outillées pour intervenir auprès des familles. Les organisations patronales et syndicales sont, bien évidemment, les plus indiquées pour informer et sensibiliser les employeurs et les travailleurs respectivement. A condition qu'elle soit libre, la presse écrite et parlée est le meilleur instrument pour informer le grand public de la réalité du travail des enfants et pour rendre visible ce qui avait été caché jusqu'alors. La radio, en particulier, est un moyen efficace et peu coûteux d'atteindre les collectivités pauvres et isolées des zones rurales, dès lors qu'elle diffuse ses messages en langage simple et dans les dialectes locaux.

89. Comme le montre l'expérience de l'IPEC, d'autres moyens novateurs peuvent être utilisés pour informer et sensibiliser les enfants et leurs parents. Ici, par exemple, des mères dont les enfants étaient occupés à des tâches dangereuses ont été invitées à visiter par groupes les petits établissements industriels dans lesquels ceux-ci travaillaient; ayant pu constater les risques auxquels leurs enfants étaient exposés, la plupart d'entre elles les ont retirés du travail. Là, des représentations théâtrales ont été organisées dans les écoles, avec pour interprètes des travailleurs enfants en activité ou ex-travailleurs enfants ayant réintégré le système scolaire. Ailleurs encore, des bandes dessinées et livres d'images sur le thème du travail des enfants ont été préparés à l'intention des écoliers. On se rend compte, en effet, que l'école est un endroit privilégié pour l'information et la sensibilisation des enfants et d'aucuns en viennent même à proposer l'introduction dans les programmes d'enseignement d'éléments d'information sur les risques professionnels les plus courants auxquels les enfants sont exposés, les moyens de se protéger contre ces risques, la signification dans la pratique des lois sur le travail des enfants et les interventions possibles contre les employeurs récalcitrants. Dans les zones rurales en particulier, on a pu observer combien les éducateurs pouvaient être utiles pour mettre en garde, non seulement les enfants et leurs familles, mais aussi les responsables des collectivités locales contre les dangers du travail prématuré des enfants.

90. La communauté internationale a aussi un rôle à jouer en matière d'information et de sensibilisation. D'abord auprès des opinions publiques des pays développés qui sont restées mal informées de la réalité des problèmes du travail des enfants dans les pays en développement. Ces dernières années, des initiatives ont été prises en vue de les sensibiliser mais elles leur ont donné une vue très partielle de cette réalité dès lors qu'elles ne portaient que sur le travail des enfants dans quelques secteurs d'exportation, en particulier dans l'industrie du tapis, et qu'elles visaient surtout à inciter les consommateurs à n'acheter que des produits garantis n'avoir pas été fabriqués par des enfants. Par l'entremise de ses organisations représentatives, la communauté internationale devrait aider les opinions publiques des pays riches à appréhender cette réalité plus globalement et dans toute sa complexité, à en comprendre mieux les tenants et les aboutissants, et à devenir ainsi plus réceptives à une approche constructive de la coopération internationale, à savoir une approche qui soutient sans réserve les pays pauvres dans les efforts qu'ils déploient contre le travail des enfants. Le BIT en collaboration avec l'UNICEF dispose des moyens nécessaires pour promouvoir dans les pays développés cette meilleure compréhension des problèmes du travail des enfants: organisation de réunions internationales, production de films, publications, contacts avec la presse internationale, écrite et parlée, etc.

91. La communauté internationale a aussi la possibilité de sensibiliser les responsables politiques au niveau national à la nécessité et à l'urgence d'assumer plus correctement leurs responsabilités en matière de travail des enfants. Elle dispose pour cela de plusieurs tribunes. C'est ainsi qu'il y a depuis 1975, au sein de la Commission des droits de l'homme de l'ONU, un Groupe de travail sur les formes contemporaines d'esclavage chargé de la surveillance des deux conventions des Nations Unies sur l'esclavage (1926) et sur l'abolition de l'esclavage (1956). Le Comité des droits de l'enfant de l'ONU contrôle de son côté l'application de la convention sur les droits de l'enfant, notamment de son Article 32 qui énonce le droit de l'enfant d'être protégé contre l'exploitation économique et contre les travaux susceptibles de lui être préjudiciables. L'OIT a elle-même une commission chargée de contrôler l'application des conventions ratifiées et de recommander des mesures correctives aux gouvernements récalcitrants; ces dernières années, cette commission, qui se réunit chaque année au cours de la Conférence internationale du Travail, a fermement encouragé plusieurs gouvernements de pays affligés par de graves problèmes de travail en servitude des enfants et de prostitution enfantine d'assumer plus correctement les responsabilités qui découlent de leur ratification de la convention (no 29) sur le travail forcé, 1930.

92. Par leurs activités d'assistance technique, les organisations internationales intergouvernementales peuvent aussi contribuer à changer les mentalités et les attitudes sociales à l'égard du travail des enfants dans un sens qui les rendent plus réceptives aux actions prises pour mettre fin aux formes dégradantes ou particulièrement dangereuses de ce travail. L'IPEC, par exemple, consacre une très large part des ressources dont il dispose à des activités d'information et de sensibilisation dans ses pays cibles. Outre des interventions faites avec ce seul objectif en vue, ce programme finance de multiples interventions de petite taille, au niveau des collectivités locales et auprès de groupes très diversifiés de travailleurs enfants, dont le but n'est pas seulement d'affranchir ceux-ci des situations de travail dans lesquelles ils se trouvent, mais aussi et surtout de démontrer qu'il est possible de modifier le cours des choses. Par ailleurs, un autre objectif majeur de l'IPEC est de favoriser l'émergence et le développement d'un mouvement mondial contre le travail des enfants et d'associer à celui-ci les autres organisations internationales intergouvernementales, les organisations internationales d'employeurs et de travailleurs et les ONG internationales impliquées dans la lutte contre ce fléau.

93. Les organisations d'employeurs et de travailleurs au niveau international et régional peuvent utilement intervenir pour sensibiliser les dirigeants des organisations nationales qui leur sont affiliées. Ces dirigeants ont en général prêté fort peu d'attention aux problèmes du travail des enfants et changer leur état d'esprit est un préalable nécessaire à une participation plus active de leur organisations à l'effort national contre le travail des enfants. Par les résolutions sur le travail des enfants qu'elle a adoptées lors de ses congrès mondiaux de Caracas et de Melbourne et surtout par la campagne mondiale contre le travail des enfants qu'elle a lancée en 1994, la Confédération internationale des syndicats libres (CISL) a cherché, entre autres choses, à promouvoir cette prise de conscience syndicale au niveau national. L'Organisation internationale des Employeurs (OIE) a, elle aussi, décidé d'intervenir pour sensibiliser ses organisations nationales affiliées aux problèmes du travail des enfants; la résolution sur le travail des enfants qui a été adoptée le 3 juin 1996 par son Conseil général contient une série de recommandations à l'intention des employeurs et de leurs organisations nationales et invite le comité exécutif de l'OIE à entreprendre un programme proactif dans ce domaine particulier. De leur côté, la Fédération universelle des associations d'agences de voyages (FUAAV) et la Fédération hôtelière mondiale luttent contre la prostitution enfantine liée au tourisme sexuel au moyen de campagnes d'information. En 1994, la FUAAV a adopté une Charte en vertu de laquelle les agences de voyages signataires s'engagent à combattre ce fléau et à sensibiliser la profession; à ce jour, 60 agences ont signé cette Charte. Il ne fait aucun doute que ces initiatives syndicales et patronales au niveau international ouvrent la voie à une collaboration plus étroite avec l'OIT, en particulier dans le cadre de l'IPEC.

94. D'autres organisations internationales non gouvernementales contribuent aussi utilement à l'information et à la sensibilisation des opinions publiques dans les pays en développement et développés. C'est ainsi que dans la lutte contre l'esclavage, le travail forcé et le travail en servitude, Anti-Slavery International s'est taillé une réputation inégalée au niveau mondial. Sur le plan régional, la South Asian Coalition on Child Servitude entreprend avec l'aide de nombreuses ONG locales des activités de sensibilisation aux problèmes des travailleurs enfants en servitude. Dans l'industrie du tapis en Inde, par exemple, elle appuie un intense effort d'éducation auprès des parents afin de leur faire prendre conscience des dangers courus par leurs enfants dans les ateliers de tissage de l'Etat d'Uttar Pradesh; par ailleurs, elle forme, parmi les enfants rescapés du travail en servitude, des activistes qu'elle renvoie ensuite dans leurs communautés rurales d'origine en vue d'y raconter ce qu'ils ont vécu.

95. On n'insistera jamais assez sur l'importance et sur la nécessité des actions d'information et de sensibilisation signalées dans les paragraphes qui précèdent. En effet, aussi longtemps que l'opinion publique en général et les classes moyennes et supérieures de la société en particulier considéreront que le travail des enfants est une dure réalité qui répond à une logique économique, il sera impossible de faire bouger les choses. En revanche, à partir du moment où ces catégories sociales et la société dans son ensemble auront pris conscience du problème et commenceront à exercer une pression marquée sur les gouvernements, tous les éléments seront réunis pour que soient rejetées les formes les plus choquantes du travail des enfants.

2.5 Attaquer le travail des enfants sur de nombreux fronts

Le besoin d'une approche multidimensionnelle
96. Une fois assignés des objectifs réalistes à l'action nationale, il faut alors déterminer les interventions qui permettront de les atteindre. Sur ce plan également, chaque pays est unique et la nature et l'intensité des interventions requises varieront nécessairement d'un pays à l'autre. C'est aux autorités nationales qu'il incombe, après consultation des représentants de la société civile, de décider d'un ensemble d'interventions appropriées. De même, la mise en oeuvre de celles-ci est du ressort des institutions nationales. La coopération internationale peut certes aider, mais seulement par la voie de conseils consultatifs techniques et en finançant certaines des interventions qui auront été décidées nationalement.

97. La première partie de ce document a montré que le travail des enfants est une question vaste et complexe qui plonge ses racines dans les conditions économiques et socio-culturelles de chaque pays. Tenter de la résoudre exige des gouvernements qu'ils ne limitent pas leurs interventions - comme la plupart d'entre eux l'ont fait jusqu'à présent - à l'adoption d'une législation protectrice et à un contrôle timide de son application mais qu'ils agissent aussi sur les fronts économique, social, éducationnel et culturel. C'est donc un ensemble bien pensé et bien intégré d'interventions qu'il convient de mettre au point. Cet ensemble devrait comporter deux grands types d'interventions: d'une part, des interventions axées sur le court terme et dont l'objectif est d'affranchir le plus grand nombre possible d'enfants des situations de travail dégradantes ou particulièrement dangereuses dans lesquelles ils se trouvent, et de les réadapter (interventions curatives); d'autre part, des interventions qui agissent sur les facteurs économiques et socio-culturels qui produisent le travail des enfants et l'emploi de ceux-ci dans des conditions abusives ou dangereuses et dont les effets ne se manifestent, pour cette raison, qu'à plus longue échéance (interventions préventives). Ces deux types d'interventions sont complémentaires: les interventions préventives visent à lutter contre les causes de la situation actuelle alors que les interventions curatives cherchent à protéger sans retard les enfants qui souffrent le plus de cette situation.

98. On a observé dans de nombreux pays une tendance à privilégier les interventions curatives au détriment des interventions préventives. Or, l'expérience montre, celle de l'IPEC en particulier, qu'il est plus facile, moins coûteux et plus rentable de prévenir le travail des enfants que d'en affranchir ceux qui y sont astreints et de les réadapter. Dans les régions en développement, les enfants exploités au travail ou employés dans des conditions dangereuses sont, en effet, particulièrement nombreux et difficiles à atteindre (comme c'est le cas, par exemple, des millions d'enfants travaillant en Asie du Sud dans le cadre de la servitude pour dettes); les soustraire à leur travail et mettre à leur disposition des alternatives viables exigent des pays une infrastructure importante qui n'existe pas pour le moment. Les interventions curatives n'ont pu, pour cette raison, que toucher une infime minorité de ces enfants; par ailleurs, elles ne sont pas parvenues à endiguer le flot des enfants vers les formes extrêmes de travail. En fait, privilégier l'approche curative revient à traiter surtout des symptômes du travail des enfants, et pas suffisamment de ses causes. Il est donc urgent d'inverser la tendance. S'il est certes nécessaire de faire davantage en vue de pouvoir affranchir un plus grand nombre d'enfants des formes de travail qui leur sont particulièrement préjudiciables, il convient de faire beaucoup plus encore pour prévenir que des enfants qui ne travaillent pas encore se trouvent prochainement piégés dans de telles formes de travail. On pourrait même dire que les interventions curatives n'auront des effets durables que si elles s'inscrivent dans une stratégie qui donne clairement la priorité à la prévention.

99. Avant d'aborder l'examen de ces deux grands types d'interventions, on fera observer que s'il est relativement facile de formuler une politique fixant des objectifs réalistes à l'action nationale, il est, par contre, bougrement difficile de matérialiser les bonnes intentions contenues dans celle-ci. En effet, l'existence d'une politique nationale ne conduit pas automatiquement à une pleine compréhension du processus de changement ainsi enclenché par toutes les parties intéressées et à leur plein engagement, ni aux réformes politiques que cette politique requiert pas plus qu'à l'incorporation des préoccupations relatives au travail des enfants dans les politiques et les programmes de développement économique et social. Des changements politiques peuvent intervenir et affecter dans un sens négatif la volonté du secteur public de combattre le travail des enfants ou la détermination des autres organisations partenaires. Le chemin à parcourir par les acteurs de ce combat est long et semé d'embûches et les détours ou les marches en arrière ne sont pas à exclure. Il convient donc en permanence de consolider et de renforcer les tendances positives observées, de palier aux carences de certains acteurs et de multiplier les interventions individuelles des organisations partenaires. En fait, l'obtention d'un progrès durable dans la lutte contre le travail des enfants dépendra pour une large part de la motivation, de la détermination et de l'initiative qui auront été démontrées dans chaque pays. C'est en s'efforçant de les maintenir à un haut niveau que la coopération internationale pourra être particulièrement utile.

Les interventions préventives
100. Les interventions préventives abordent le travail des enfants dans son contexte économique, social et culturel et agissent surtout contre les facteurs qui déterminent l'offre de main-d'oeuvre enfantine. Comme leur nom l'indique, leur objectif est de prévenir que des enfants qui ne travaillent pas encore ne soient amenés à le faire dans des conditions abusives ou dangereuses.

101. Les interventions préventives sont de divers ordres. En premier lieu, il y a celles qui, en cherchant à améliorer la législation protectrice en matière de travail des enfants et le contrôle de son application, visent à réguler les comportements des employeurs. En deuxième lieu, il y a celles qui s'efforcent d'atténuer la pauvreté des familles, et donc le besoin de celles-ci de mettre leurs enfants au travail, en facilitant l'accès de leurs membres adultes à des emplois productifs et rémunérateurs ainsi qu'en mettant à leur disposition, gratuitement ou à un coût très bas, des services essentiels de bien-être (en matière de santé, par exemple). En troisième lieu, celles qui visent à donner à tous les enfants en âge d'aller à l'école la possibilité d'y aller effectivement en fournissant un nombre suffisant d'établissements d'enseignement qui soient d'un prix abordable, et même gratuits pour les enfants des familles les plus pauvres, et qui dispensent une éducation non seulement de qualité mais aussi attractive du point de vue des perspectives qu'elle ouvre en termes de débouchés professionnels et de promotion sociale. En quatrième lieu, celles qui cherchent à modifier les mentalités et les attitudes sociales vis-à-vis du travail des enfants en sensibilisant les diverses couches de la société aux dangers et aux abus qu'il comporte; ce type d'interventions a été examiné dans la section qui précède. Enfin, il y a les interventions qui, en cherchant à améliorer les techniques de production dans les secteurs ou les travaux dans lesquels le travail des enfants est fréquent, rendent plus nécessaire l'emploi d'adultes qualifiés et moins rentable l'utilisation d'une main-d'oeuvre enfantine abondante.

102. Les interventions signalées ci-dessus sont, pour la plupart, du ressort des autorités gouvernementales. Ce n'est qu'indirectement qu'elles contribuent à prévenir le travail des enfants et leurs effets, de ce point de vue, risquent de se faire attendre très longtemps et, en fin de compte, de ne pas se manifester nécessairement dans les localités du pays les plus affligées par l'emploi d'enfants dans des conditions dégradantes ou particulièrement dangereuses. Or, les enfants sur qui pèse aujourd'hui la menace de devoir prochainement travailler dans ces conditions ne peuvent pas attendre. Afin d'écarter d'eux cette menace, il est absolument impératif que les programmes nationaux de développement économique et social, en particulier ceux adoptés pour créer des emplois générateurs de revenus ou pour améliorer l'infrastructure éducative, soient réaménagés et coordonnés étroitement avec le programme national d'action contre le travail des enfants de façon à ce qu'ils puissent contribuer rapidement et efficacement à la réalisation des objectifs assignés à celui-ci.

103. Les interventions préventives devraient constituer un domaine d'action privilégié pour la coopération internationale, et ce tant pour l'assistance bilatérale que pour les organisations internationales intergouvernementales. Les réformes profondes qu'elles impliquent exigent des pays pauvres des investissements extrêmement lourds au financement desquels les pays riches, à titre individuel, et les institutions financières internationales seraient bien avisés de participer largement. Par ailleurs, plusieurs organisations spécialisées des Nations Unies pourraient utilement, par leurs activités d'assistance technique, aider à l'intégration effective des préoccupations relatives au travail des enfants dans les politiques et les programmes de développement économique et social. Ainsi, le BIT semble particulièrement bien équipé pour conseiller les gouvernements sur l'intégration de ces préoccupations dans leurs politiques de l'emploi comme le sont aussi l'UNESCO et l'OMS pour faciliter cette intégration dans les politiques de l'éducation et de la santé respectivement.

104. Améliorer la législation sur le travail des enfants et son application. La législation est l'un des instruments les plus puissants à la disposition des gouvernements pour lutter contre le travail des enfants. Certes, elle ne peut pas, à elle seule, mettre fin à toute forme de travail des enfants. Elle est toutefois essentielle car elle indique ce qui est permissible et ce qui ne l'est pas et, grâce à elle, les interventions contre le travail des enfants bénéficient de tout le poids de l'autorité de l'Etat. La question fondamentale qui se pose au législateur et à ceux chargés de faire appliquer la loi est de savoir comment protéger le plus grand nombre possible d'enfants des abus et des risques liés au travail prématuré tout en donnant aux politiques de développement économique et social le temps requis pour supprimer la nécessité économique du travail des enfants.

105. Dans la très grande majorité des pays, la législation du travail a interdit l'emploi des enfants en deça d'un certain âge - celui-ci est généralement plus élevé dans le cas des travaux dangereux (18 ans d'habitude) - et réglementé les conditions du travail des enfants au-delà de cet âge. Une analyse faite par le BIT des législations en vigueur dans 155 Etats Membres signale l'existence de dispositions limitant strictement les possibilités d'utiliser des enfants dans des conditions ou à des travaux dangereux dans la quasi-totalité des cas, ce qui montre que le monde est conscient de la nécessité d'agir contre cette forme de travail des enfants. Le travail forcé et le travail en servitude ont aussi été interdits, tant pour les adultes que pour les enfants, par la Constitution ou par la législation du travail dans la quasi-totalité des pays. En Inde et au Pakistan, une législation spécifique a même été adoptée pour proscrire le travail en servitude et réhabiliter les travailleurs qui y sont soumis. Quant à l'utilisation d'enfants à des fins de prostitution ou de production de matériel ou de spectacles pornographiques, elle est interdite généralement par des dispositions du droit pénal. Le contrôle de l'application de ces législations protectrices relève partout de la responsabilité d'un service public habilité à inspecter les lieux de travail ainsi qu'à proposer ou à imposer des sanctions. Dans le cas des dispositions de la législation du travail, l'inspection du travail est l'institution compétente pour assurer ce contrôle. Lorsqu'il s'agit du droit pénal, ce sont d'habitude les services de police qui en sont chargés.

106. On ne peut pas dire que dans les pays en développement, l'approche juridique du travail des enfants ait eu jusqu'à présent un impact significatif. En fait, cet impact s'est limité aux entreprises du secteur structuré urbain; à de très rares exceptions près, celles-ci n'occupent plus aujourd'hui que très peu d'enfants. Cet impact limité s'explique largement par le fait que les mesures législatives n'ont pas été accompagnées des mesures économiques, sociales, éducationnelles et culturelles qui auraient été nécessaires pour réduire l'offre et la demande de travail des enfants. Il découle aussi des insuffisances tant de la législation protectrice que des services chargés de la faire appliquer.

107. S'agissant des insuffisances de la législation protectrice, les législations du travail excluent fréquemment de leur champ d'application certaines branches d'activité où la main-d'oeuvre enfantine est non seulement abondante mais aussi exposée à des conditions de travail abusives ou dangereuses. L'analyse précitée du BIT a ainsi montré que les services domestiques, l'agriculture et le secteur du commerce sont exclus dans 43, 38 et 17 pays respectivement. Ailleurs, l'exclusion touche certains types d'entreprise; il s'agit le plus souvent des entreprises familiales (60 pays) et, plus rarement, des entreprises occupant un petit nombre de travailleurs (moins de dix habituellement). Ailleurs encore, l'exclusion est déterminée en fonction du genre d'emploi occupé par les travailleurs enfants; elle concerne, par exemple, les enfants occupés à leur propre compte, les apprentis, les enfants travaillant de façon temporaire ou occasionnelle ou encore ceux occupés comme travailleurs à domicile. Parmi les autres insuffisances relativement fréquentes de la législation, on citera les sanctions prévues à l'encontre des contrevenants, qui sont généralement trop légères pour avoir un effet dissuasif, et le fait que l'interdiction légale d'occuper des enfants à des travaux susceptibles de nuire à leur santé ou à leur sécurité n'est pas partout accompagnée des dispositions réglementaires qui permettraient de savoir avec précision en quoi consistent ces travaux.

108. Des améliorations de la législation protectrice sont donc nécessaires dans de nombreux pays. La plus nécessaire d'entre elles est d'assurer qu'au minimum, cette législation proscrive formellement, dans tous les secteurs d'activité et dans tous les types d'entreprise ou d'emploi, l'exercice d'une activité économique aux enfants âgés de moins de 12 ans et, jusqu'à un âge plus élevé, l'utilisation d'enfants à des travaux ou dans des conditions susceptibles de porter atteinte à leur santé, à leur sécurité, à leur éducation, à leur moralité ou à leur dignité. Une liste détaillée des travaux ou conditions de travail à proscrire devrait être annexée à la législation.

109. Dans les pays en développement, les carences des services d'inspection à faire appliquer la législation protectrice sont dues d'abord aux caractéristiques du travail des enfants et au contexte économique et socio-culturel dans lequel il s'effectue. Les établissements où le travail des enfants est d'habitude pratiqué sont extrêmement nombreux et dispersés (petites exploitations agricoles, ateliers artisanaux et petits commerces du secteur informel urbain, propriétés privées dans le cas des entreprises familiales, des enfants domestiques et des enfants occupés comme travailleurs à domicile). Ce travail est souvent clandestin; beaucoup d'enfants travaillent dans des établissements qui n'ont pas d'existence officielle. Les enfants, leurs parents et les petits entrepreneurs ne connaissent pas les dispositions légales pertinentes; les parents, en particulier, ne sont généralement pas conscients du caractère illégal de l'emploi occupé par leurs enfants et cette ignorance, s'ajoutant à leur désir de conserver le revenu généré par cet emploi, explique la quasi-absence de plaintes pour cause d'utilisation d'enfants dans des conditions abusives ou dangereuses . Par ailleurs, les services d'inspection opèrent dans un environnement particulièrement défavorable; l'indifférence du public, l'apathie de l'appareil judiciaire, les pressions exercées par des intérêts économiques puissants et les attitudes des enfants et de leurs parents - beaucoup d'enfants préfèrent travailler que d'étudier et beaucoup de parents attachent une valeur économique plus grande au travail de leurs enfants qu'à leur éducation - sont quelques unes des données de cet environnement. Enfin, et ce n'est pas le moins important, il manque souvent une réelle volonté politique de faire appliquer la loi.

110. Les carences des services d'inspection à faire appliquer la loi s'expliquent également par l'insuffisance des ressources, humaines et matérielles, mises à leur disposition. Le nombre des inspecteurs du travail est ridiculement bas comparativement à celui des lieux de travail à contrôler; en Indonésie, par exemple, chaque inspecteur (il y en a 800 en total) est supposé contrôler l'application de l'ensemble de la législation du travail - et pas seulement des dispositions de celle-ci sur le travail des enfants - dans 4000 établissements en moyenne. Par ailleurs, les tâches de l'inspection du travail sont multiples et le travail des enfants, considéré parfois comme une question mineure, n'absorbe qu'une très faible partie de son temps. Les moyens de transport disponibles sont dérisoires et tout juste suffisants pour contrôler les grandes et moyennes entreprises situées dans les villes d'une certaine importance. Les méthodes d'inspection utilisées dans le secteur moderne de l'économie s'avèrent peu efficaces pour contrôler les établissements du secteur informel urbain et les petites exploitations agricoles où se trouvent la plupart des travailleurs enfants. De sérieuses limitations sont aussi mises à l'action des inspecteurs: à titre illustratif, ceux-ci ne peuvent pas inspecter certains lieux de travail (par exemple, les résidences privées dans le cas des enfants domestiques), ou ils ne peuvent effectuer des visites d'inspection qu'à l'intérieur d'une certaine période de la journée, ou encore ces visites ne peuvent intervenir qu'à l'issue d'une période de préavis donnée à l'employeur (ce qui donne à celui-ci amplement de temps pour éloigner les enfants de son établissement). La rémunération du personnel d'inspection est habituellement très faible - ce qui le rend parfois sensible aux tentatives de corruption -, sa position hiérarchique très basse et son travail peu apprécié, ce qui explique le peu de motivation et le sentiment de frustration observés souvent parmi ses membres. Les pressions politiques visant à ce qu'il n'intervienne pas dans telle ou telle entreprise ou qu'il ferme les yeux sur ce qui s'y passe ne sont pas absentes non plus. Outre ces difficultés, les inspecteurs du travail se trouvent souvent dans la position inconfortable de devoir faire appliquer les interdictions légales d'employer des enfants alors qu'il n'y a pas d'alternatives offertes pour compenser la perte du revenu qui en résulte pour la famille, qu'il n'y a pas d'écoles pour les accueillir ou que les écoles existantes sont déjà surpeuplées ou d'un coût inabordable pour les parents. De nombreux inspecteurs vivent cette situation comme un véritable dilemme et choisissent souvent de ne pas intervenir.

111. Après cette description des difficultés rencontrés par les services chargés de faire appliquer la législation protectrice en matière de travail des enfants, on est porté à considérer que la seule solution à ces difficultés est d'augmenter considérablement le personnel de ces services, de le doter de plus grands moyens de transport et de le motiver, notamment par une amélioration de ses rémunérations. Une telle solution est-elle à la portée des pays en développement et serait-elle efficace? Certains experts sont d'avis qu'elle ne serait pas un moyen rentable de protéger les travailleurs enfants qui en ont le plus besoin. Par exemple, une étude fameuse a conclu à propos de l'Inde qu'investir lourdement dans l'extension du champ d'application de la législation régissant le travail des enfants et dans le renforcement du contrôle de son application serait un gaspillage de ressources et que les mêmes sommes consacrées à promouvoir l'éducation élémentaire universelle affranchiraient un plus grand nombre d'enfants des formes de travail les plus avilissantes.

112. Le BIT estime cependant que beaucoup peut être fait pour améliorer l'efficacité des mécanismes de contrôle de l'application de la loi, même si l'on tient compte des limitations actuelles en termes de ressources financières, de personnel et de moyens de transport disponibles. Pour ce faire et dès lors que la lutte contre le travail des enfants est reconnue comme l'une des priorités de l'action gouvernementale, les mesures suivantes pourraient être prises:

- en premier lieu, obliger le personnel des services d'inspection à consacrer d'avantage de temps au contrôle de l'application des dispositions législatives interdisant l'emploi des enfants dans des conditions dangereuses ou abusives et lui dispenser une formation lui permettant d'identifier et de traiter les cas les plus graves et les plus urgents de travail des enfants;

- en deuxième lieu, encourager la participation active des collectivités locales à la surveillance des conditions dans lesquelles leurs propres enfants travaillent et à la dénonciation systématique des abus constatés. A ce sujet, de plus en plus nombreux sont ceux qui pensent que cette participation au niveau local est la seule façon d'assurer un certain respect de la loi dans les petites exploitations agricoles, dans les établissements du secteur informel urbain et dans le cas des enfants travaillant comme domestiques au domicile de particuliers. Il est par ailleurs suggéré que les services d'inspection la favorisent, par exemple en formant des auxiliaires de l'inspection du travail des enfants dans les collectivités locales et en mettant au point, à l'intention de ceux-ci, un système simplifié d'enregistrement et de notification des infractions à la loi;

- en troisième lieu, faire connaître la législation qui protège les enfants contre les conditions de travail dangereuses ou abusives, notamment en la traduisant dans les dialectes locaux et en la diffusant largement;

- enfin, fournir une assistance judiciaire aux familles des enfants victimes de mauvais traitements en cours de travail et simplifier les procédures d'enregistrement des plaintes et de poursuite des contrevenants.


113. La coopération internationale peut utilement participer à l'élaboration et à la mise en oeuvre des lois nationales qui assurent aux enfants une protection appropriée contre les travaux dangereux ou les conditions de travail dégradantes. Dans le système des Nations Unie, l'OIT est l'organisation spécialement mandatée pour aider les gouvernements à améliorer leurs législations du travail et le contrôle de leur application. C'est pour cette raison que l'un des axes d'intervention de l'IPEC dans ses pays cibles est l'amélioration de l'arsenal juridique disponible contre les formes intolérables du travail des enfants et la formation des inspecteurs du travail (un module de formation à l'inspection du travail des enfants a été mis au point).

114. La coopération internationale est particulièrement nécessaire pour lutter juridiquement contre la prostitution enfantine, la pédophilie et l'utilisation d'enfants pour la production de matériel pornographique. Dans les pays développés, les gouvernements sont de plus en plus nombreux à modifier leurs législations afin de pouvoir punir leurs ressortissants pour des actes sexuels commis sur des enfants à l'étranger et certains ont même détaché des agents dans certains pays en développement pour faciliter les enquêtes relatives à tels actes. Dans ces mêmes pays, des mesures ont parfois été prises contre les organisateurs de voyages ayant pour but l'exploitation sexuelle des enfants. Interpol (Organisation internationale de police criminelle) centralise l'information sur les pédophiles condamnés et alerte les autorités nationales de leurs déplacements. Pour mieux répertorier les délits sexuels commis contre des enfants, 64 pays ont mis au point un système d'agents de liaison grâce auquel ils échangent des informations, en particulier sur les enquêtes en cours; ces informations sont aussi communiqués au secrétariat d'Interpol.

115. Augmenter la capacité et améliorer la pertinence des services d'éducation accessibles aux enfants des familles les plus pauvres. L'un des meilleurs moyens de renforcer l'efficacité de l'approche juridique du travail des enfant signalée ci-dessus est de mettre à la disposition des enfants des familles les plus pauvres une infrastructure éducative qui leur soit accessible du point de vue des distances à parcourir, qui soit gratuite ou en tout cas libérée de tout coût direct, et qui dispense un enseignement pertinent, c'est-à-dire adapté à l'environnement économique et social de ces enfants et leur donnant de bonnes chances de s'y insérer professionnellement par la suite. Fournir une telle infrastructure est, bien sûr, l'une des responsabilités fondamentales de l'Etat.

116. Du point de vue de la lutte contre le travail des enfants, les bénéfices retirés d'un effort accru de l'Etat en faveur de l'éducation des enfants des familles les plus pauvres sont substantiels. En premier lieu, des enfants mieux éduqués deviendront des travailleurs plus productifs, plus utiles à la société et en même temps plus capables financièrement de subvenir aux besoins essentiels de leurs familles. En deuxième lieu, des enfants mieux éduqués deviendront aussi des parents plus conscients des bénéfices de l'éducation pour le bien-être futur de leurs propres enfants. En troisième lieu, lorsqu'elle est géographiquement et économiquement accessible et lorsqu'en plus elle motive par la pertinence de son enseignement, l'école a le potentiel de retenir les enfants en dehors du marché du travail pendant une partie de la journée ou de la semaine; certes, elle n'empêche pas le travail à temps partiel des enfants mais il devient difficile de les employer dans certains secteurs d'activités dangereux exigeant une présence continue durant tous les jours ouvrables de la semaine. Enfin, l'école est un excellent endroit pour déceler et remédier à temps à des signes de détresse liés à un travail prématuré et pour sensibiliser les enfants à la nécessité de mener leurs études à bon terme. L'éducation a donc une rentabilité sociale élevée qui va bien au-delà des bienfaits qui en découlent pour l'individu. Les analyses macro-économiques le démontrent clairement, en particulier pour les investissements faits en faveur de l'enseignement primaire.

117. On entend souvent dire qu'il faudrait rendre l'école obligatoire jusqu'à un certain âge pour décourager le travail des enfants. En fait, une période de scolarité obligatoire a été instaurée par la loi dans la plupart des pays. Selon l'UNESCO, elle existait dans 152 des 173 pays pour lesquels des informations étaient disponibles en 1995 . Cette période se termine à 13, 14, 15 ou 16 ans dans 23, 26, 39 et 27 pays respectivement. Des âges de 10, 11 ou 12 ans sont beaucoup plus rares (dans 3, 7 et 16 pays respectivement) comme le sont aussi les cas où la période de scolarité obligatoire se termine à 17 ou 18 ans (dans 8 et 3 pays respectivement) . Dans les législations sur la scolarité obligatoire, l'obligation s'adresse aux parents qui sont tenus d'envoyer leurs enfants à l'école jusqu'à un âge déterminé. Bien évidemment, cette obligation n'est cohérente que là où l'Etat a mis une école à la disposition de tous les enfants en âge de la fréquenter. Or, cela n'est que rarement le cas dans les pays en développement. En réalité, le principal obstacle à l'accès universel à l'éducation jusqu'à un certain âge réside moins dans une prétendue résistance des familles ou des enfants que dans l'incapacité des pouvoirs publics de répondre à la demande, notamment des plus pauvres, en milieu rural et dans les bidonvilles surpeuplés, et cela même au niveau de l'enseignement primaire. Dans les années quatre-vingt et au début des années quatre-vingt-dix, les ressources consacrées à l'éducation ont régulièrement diminué dans beaucoup de pays, ce qui a été généralement imputé à la mauvaise conjoncture économique et aux politiques d'ajustement structurel appliquées pour y faire face. Toutefois, cet argument n'est guère convaincant; en effet, dans un tiers des 116 pays pour lesquels des informations étaient disponibles en 1989-90, les dépenses militaires avaient été supérieures à celles faites en faveur de l'éducation .

118. Un autre problème est constitué par les divergences qui existent dans beaucoup de pays entre l'âge auquel se termine la période de scolarité obligatoire et l'âge minimum d'admission à l'emploi ou au travail. Dans plusieurs cas, le premier est supérieur au second, ce qui ouvre aux enfants l'accès à l'emploi ou au travail avant d'avoir complété le nombre minimum requis d'années de scolarité obligatoire; il est clair que là où la loi les autorise à travailler, les enfants des familles déshéritées abandonnent l'école en grand nombre. Le cas inverse pose aussi des difficultés; en effet, là où l'âge minimum d'admission à l'emploi ou au travail est plus tardif que l'âge de la fin de la scolarité obligatoire, les enfants qui quittent l'école à l'âge réglementaire doivent attendre une, deux, voire trois années avant d'être autorisés à exercer une activité économique; en fait, beaucoup de ces enfants travailleront, mais dans l'illégalité. C'est pourquoi la convention no. 138 de l'OIT a établi un lien entre l'âge minimum d'admission à l'emploi ou au travail et celui de la fin de la scolarité obligatoire. Il est donc nécessaire, là où elle n'existe pas, d'établir une parfaite concordance entre ces deux âges.

119. Certains experts estiment que pour assurer une présence régulière à l'école des enfants des familles les plus pauvres, la politique nationale en matière d'éducation devrait prévoir au bénéfice de ces familles le versement d'allocations correspondant au manque à gagner résultant du fait que l'enfant étudie au lieu de travailler. L'application de ce type d'allocations ne serait sans doute pas réaliste dans beaucoup de pays en développement en raison des engagements financiers considérables qu'il pourrait signifier pour l'Etat. Qui déterminerait, par ailleurs, les familles bénéficiaires de ces allocations? Des influences politiques ne seraient pas sur ce plan à exclure. C'est pourquoi d'autres experts considèrent plus approprié de rendre l'éducation, du moins au niveau du primaire, libre de tout coût direct pour les enfants des familles les plus pauvres et de fournir en plus à ceux-ci des services gratuits d'alimentation scolaire. Plusieurs gouvernements se sont engagés dernièrement sur cette voie.

120. Les politiques nationales adoptées en matière d'éducation et de travail des enfants devraient travailler en tandem. Ce qui est essentiel, c'est que les programmes d'éducation gouvernementaux intègrent comme l'un de leurs objectifs importants la prévention du travail des enfants et qu'ils se manifestent activement et concrètement dans les localités ou zones géographique où le gouvernement a décidé de faire porter en priorité l'action nationale contre les formes dégradantes ou particulièrement dangereuses du travail des enfants. Par ailleurs, les autorités chargés de l'éducation devraient attacher plus d'attention à la réincorporation dans le système scolaire des enfants qui ont été affranchis de ces formes de travail.

121. Faire une réalité de cette école accessible à tous les enfants des familles les plus pauvres et plus motivante sur le plan des perspectives d'emploi qu'elle ouvre représente des coûts importants pour l'Etat. Ces coûts devraient être assumés car l'éducation est un droit fondamental de tous les enfants en même temps qu'elle est un devoir essentiel de l'Etat. La coopération internationale devrait être particulièrement généreuse et, par l'entremise de ses organisations les plus concernées (Banque Mondiale, UNESCO, etc.), appuyer financièrement et techniquement les pays pauvres qui s'efforcent de créer une telle école. Le BIT n'a pas bien sûr les moyens financiers de construire des écoles ou de payer des enseignants. Il peut toutefois aider, par l'entremise de l'IPEC, à optimiser le rôle des systèmes éducatifs pour prévenir le travail des enfants qui leur est préjudiciable et pour adresser les besoins éducatifs et de formation des enfants qui ont été soustraits à un tel travail.

122. Créer des emplois générateurs de revenus pour les familles les plus pauvres. Ce n'est pas parce qu'il y aura a proximité une école gratuite et pertinente que tous les enfants des familles les plus pauvres cesseront d'exercer une activité économique. Nombre d'entre eux continueront à le faire par pure nécessité économique.

123. Sortir les familles de la pauvreté absolue requiert une politique active de croissance économique qui profite largement, c'est-à-dire une croissance dont les fruits profitent amplement aux couches les plus défavorisées de la population. Réduite à une augmentation de produit national brut moyen par tête d'habitant, la croissance ne résout rien en termes de travail des enfants. Par contre, là où elle parvient à soulager les familles les plus pauvres des pressions économiques qui les obligent à mettre leurs enfants au travail, son influence devient décisive.

124. Ces pressions économiques sont elles-même liées au fait que les membre adultes des familles vivant en état de pauvreté absolue sont au chômage ou sous-employés. Les autorités nationales devraient donc veiller à ce que la croissance économique se traduise par la création d'emplois productifs et suffisamment rémunérateurs au bénéfice de ces familles. L'expansion des infrastructures en milieu rural (routes, hôpitaux, écoles, travaux d'irrigation, etc.) au moyen de travaux à forte intensité de main-d'oeuvre est l'une des voies à suivre pour y parvenir. L'accès des familles les plus pauvres à la propriété des ressources productives (terre arable, savoir faire professionnel, etc.), au crédit, à des techniques de production améliorées et aux circuits commerciaux constitue une autre voie indispensable.

125. Les programmes de création d'emplois générateurs de revenus devraient être articulés avec les programmes d'action contre le travail des enfants dangereux ou abusif. Dit autrement, les premiers devraient bénéficier le plus largement possible aux collectivités locales d'ou proviennent les enfants dont les seconds se préoccupent. Affranchir ces enfants du travail et les réincorporer dans le système scolaire ne sont possibles, en effet, que si l'on adresse simultanément leur besoin d'être éduqués et celui de leurs familles de disposer d'un revenu insuffisant. La coordination et la complémentarité entre ces deux types de programmes est d'autant plus nécessaire que les programmes de création d'emplois productifs pour des adultes risquent, dans certains cas, de renforcer l'incidence du travail des enfants au lieu de la réduire. On a observé, par exemple, que des systèmes de crédit destinés à faciliter la création ou la consolidation de petites entreprises, familiales ou autres, pouvaient inciter celles-ci à recourir davantage à la main-d'oeuvre enfantine, parfois dans des conditions dangereuses, en vue d'assurer leur viabilité économique.

68. 126. La lutte contre les formes extrêmes du travail des enfants devrait s'accompagner d'un programme de coopération internationale dans le domaine socio-économique. On ne peut améliorer le sort des enfants sans lutter contre la pauvreté. La loi et l'école ont un rôle important et nécessaire à jouer mais leur action échouera si la communauté internationale ne s'engage pas à combattre la pauvreté dans tous les pays par un programme d'action solidaire. Le combat contre le travail des enfants doit s'accompagner d'une campagne visant à établir le plein emploi, productif et librement choisi, qui doit être considéré comme un impératif éthique, social, politique et économique de l'humanité. Le défi est, pour les gouvernements des pays en développement, de répondre aux besoins des plus pauvres parmi les pauvres et, pour ceux des pays riches, de fournir, pour lutter contre la misère dans le monde, des ressources qui soient à la mesure de l'insistance qu'ils mettent à réclamer l'application de normes universelles.

Interventions curatives
127. Les interventions curatives portent sur les enfants qui sont déjà sur le marché du travail. Elles visent à affranchir ces enfants du travail. Dans ce domaine, il convient d'être prudent. En effet, si l'on n'y prend garde, les mesures prises pour soustraire des enfants à une situation de travail abusive ou dangereuse pourraient avoir pour effet de rendre leur travail clandestin ou de les diriger vers une autre situation de travail tout aussi abusive ou dangereuse. Dit autrement, les interventions curatives ne consistent pas seulement à mettre fin à l'activité économique des enfants; elles doivent aussi les maintenir en dehors du marché du travail et empêcher qu'ils ne soient remplacés par d'autres enfants.

128. Pour atteindre leur but, les interventions curatives doivent être bien ciblées et concerner un groupe de travailleurs enfants vivant dans un endroit déterminé et employés dans une activité donnée, connue pour occuper dans de mauvaises conditions une main-d'oeuvre enfantine abondante. Pour que ces interventions puissent se manifester simultanément dans un grand nombre de localités et dans divers types de situations de travail des enfants, l'appui financier des pouvoirs publics leur est indispensable et celui-ci ne devrait pas leur être compté. Elles sont, en effet, un bon moyen de démontrer qu'il est possible d'enregistrer des succès dans la lutte contre le travail des enfants. Cet effet de démonstration peut lui-même contribuer à une meilleure prise de conscience par les collectivités locales que l'activité économique n'est pas la seule option ouverte à leurs enfants.

129. Incitations économiques destinées aux familles. Depuis quelques années, à l'initiative surtout des ONG, sont expérimentés ça et là des programmes de stimulants économiques en vue d'encourager les parents à mettre fin volontairement à l'activité économique de leurs enfants. Ces programmes consistent à fournir à la famille des prestations, en espèces ou en nature, qui compensent partiellement la perte de revenu qu'elle subit en retirant un enfant du travail. Les incitations économiques peuvent comporter des allocations monétaires versées aux parents pendant une certaine période, l'octroi de bourses d'études, la gratuité des livres, des uniformes, de la cantine et d'autres équipements scolaires, l'exemption des droits d'immatriculation scolaire, ou encore l'organisation pour les enfants de programmes d'apprentissage ou d'autres formules combinant études et travail dans des conditions surveillées.

72. The procedures for filing complaints and prosecuting offenders are another obstacle. They are so lengthy and complicated that they deter poor, and often illiterate, families from using them. Also, the authorities responsible for registering complaints generally lack the necessary resources to investigate the cases of abuse of child labour that have been reported to them or to take legal action against the offenders. Moreover, the inspection authorities operate in a particularly unfavourable environment. Some of the problems involved are public indifference, the apathy of the legal machinery, pressure from powerful economic interests and the complicity of children and their parents. Last but not least, a genuine political will to enforce the law is often lacking.

73. The shortcomings of the inspection services with regard to enforcing the law can also be explained by the shortage of human and material resources at their disposal. The number of labour inspectors is exceedingly low compared with the number of workplaces to be inspected. Moreover, since the duties of labour inspectors are many and varied, child labour, which is often considered to be of minor importance, occupies only a very small proportion of their time. The transport available is derisory and barely sufficient for them to inspect the large and medium-sized enterprises in the major cities. The inspection methods used in the modern sector of the economy are virtually ineffective when it comes to inspecting establishments in the urban informal sector and the small farms, where the majority of child workers are to be found.

74. Serious limitations are imposed on the inspectors' action. For example, they may not inspect certain workplaces (e.g. private residences in the case of child domestic workers), or they may conduct their inspection only during certain hours of the day. Labour inspection personnel are poorly paid, and this sometimes makes them susceptible to attempts to bribe them. They have a very low position in the hierarchy, and their work is not particularly appreciated. All of this explains their frequently observed lack of motivation and sense of frustration. Political pressure is sometimes brought to bear to prevent them from intervening in a particular establishment or to persuade them to turn a blind eye to what is going on there. In addition to these difficulties, labour inspectors are often in the awkward position of having to enforce regulations prohibiting the employment of children, when there are no means of compensating for the loss of earnings to the family, and no schools to take the children. Where there are schools, they are already overcrowded or cost more than the family can afford. This situation poses a dilemma for many inspectors, and they often prefer not to intervene at all.

75. Much, however, can be done to improve the efficiency of law enforcement machinery, despite present limitations in terms of financial resources, personnel and transport. Thus, once combating child labour has been recognized as one of the priorities of government policy, the following measures could be taken:

(i) obliging labour inspectors and other concerned parties such as the police to devote more time to monitoring the application of laws prohibiting the employment of children in exploitative or hazardous conditions; and providing them with training to enable them to identify and deal with the most serious and most urgent cases of child labour;

(ii) encouraging local communities to participate in monitoring the conditions in which their own children are working and in systematically reporting abuses. It is increasingly believed that this kind of participation is the only way to ensure a certain respect for the law on farms, in establishments in the urban informal sector and in the case of children working in domestic service in private households. Moreover, it has been suggested that the inspection authorities should encourage it, for example, by training auxiliaries for the inspection of child labour in local communities and by developing for them a simplified system of registering and reporting breaches of the law;

(iii) publicizing the legislation protecting children against exploitative or hazardous working conditions, particularly by translating it into local dialects and disseminating it widely;

(iv) providing legal aid to the families of children who have been ill-treated in their work; and simplifying procedures for filing complaints and prosecuting offenders.

76. International cooperation could make a greater contribution through technical cooperation to framing and implementing national laws for the proper protection of children against dangerous work or degrading working conditions, especially child bondage and prostitution, sex tourism and the use of children in the production of pornographic material, and for ensuring international compliance with accepted norms. More and more governments in industrialized countries are amending their legislation so as to punish their nationals for sexual acts committed with children in other countries. Some have even seconded agents to a number of developing countries to facilitate investigations concerning such acts. In these same countries, action has been taken against travel agencies that organize tours for the purpose of the sexual exploitation of children. Interpol (the International Criminal Police Organization) keeps a central file on convicted paedophiles and notifies national authorities of their movements. As many as 64 countries have developed a system of liaison agents, through which they exchange information, particularly about ongoing investigations. This information is also communicated to the Interpol secretariat.

77. Education and training. One of the best means of strengthening the effectiveness of the legal approach to child labour referred to above is to provide children from the poorest families with an appropriate educational infrastructure. This means that it should be accessible to them as regards distance to be travelled, and should be free of charge or at least involve no direct costs. Moreover, it should provide a relevant education, i.e. one that is suited to the children's economic and social environment, and offers good chances of subsequent integration into the labour market. The provision of such an infrastructure is one of the State's basic responsibilities.

78. To discourage child labour, school should be made compulsory up to a certain age. Most countries, in fact, make legal provision for a period of compulsory school attendance. According to UNESCO, this existed in 152 of the 173 countries for which information was available in 1995, the minimum school-leaving age being between 13 and 16. Minimum ages of 10 to 12 are much rarer, as are cases where the period of compulsory schooling does not end until the age of 17 or 18. In compulsory school attendance legislations, the onus is on parents to send their children to school up to a specified age. This makes sense, obviously, in places where the State has put schooling at the disposal of all children of an age to attend school. However, this is seldom the case in developing countries. In fact, the main obstacle to universal access to education up to a certain age lies not so much in the alleged resistance of families or children as in the inability of the public authorities to meet demand. This is especially true of the demand of the poorest families in rural areas or overcrowded slums, even at primary school level. In the 1980s and early 1990s, the resources allocated to education consistently decreased in many countries. This was widely attributed to the unfavourable economic situation and the structural adjustment policies introduced to remedy it. This argument is not very convincing, however. In fact, in one-third of the 116 countries for which information was available in 1989-90, military spending far exceeded spending on education.

79. The discrepancies in many countries between the minimum school-leaving age and the minimum age for admission to employment give rise to a further problem. In a number of cases, the former is higher than the latter. This allows children access to employment or work before they have completed the required minimum number of years of schooling. In countries where the law permits them to work, a great many children from deprived families therefore stop going to school. The converse also creates problems. In countries where the minimum age for admission to employment or work is higher than the minimum school-leaving age, children who leave school at the statutory age have to wait one, two or even three years before they are allowed to engage in economic activity. Many of these children, however, will start work - illegally - before then. This is why ILO Convention No. 138 establishes a link between the minimum age for admission to employment and the minimum school-leaving age.

80. National education and child labour policies should work in tandem. It is essential that prevention of child labour be one of the major objectives of state education programmes. It is also essential that these programmes operate actively and concretely in those areas or districts to which the government has decided to direct its national action against degrading and particularly hazardous forms of child labour. Furthermore, the education authorities should devote greater attention to reintegrating into the school system those children who have been freed from these forms of work.

81. Making a reality of the school system described above may entail considerable costs for the State. These must be accepted, because quality education is both a basic right of all children and an essential duty of the State. International cooperation should be particularly generous. It should provide for financial and technical support to poorer countries endeavouring to establish such a system.

82. More and better jobs for adults, and social protection. Rescuing families from absolute poverty requires active economic growth and social protection policies which result in benefits for the most deprived sections of the population and relieves them of the economic pressures that oblige them to put their children to work.

83. These pressures are themselves linked to the fact that adult members of families living in a state of absolute poverty are unemployed or under-employed. National authorities should therefore ensure that economic growth results in creation of productive and adequately paid jobs for these families. The expansion of infrastructures in rural areas through labour-intensive work methods is one important way of achieving this. Another is providing the poorest men and women with access to ownership of productive resources, and to credit, improved production techniques and commercial networks. Old-age parents, the disabled and others not able to engage in productive employment should be provided with adequate social protection programmes. Job creation and social safety net programmes should be linked to programmes of action to combat dangerous or exploitative child labour. In other words, they should be designed to benefit those local communities with a high concentration of child labour or even explicitly target families prone to engage their children in bondage or prostitution.

84. Here again there is a major role for international cooperation. It is not possible to improve children's lot without combating poverty. Legislation and education have an important and necessary role to play, but they will fail unless the international community is committed to combating poverty through supportive action.

Removal and rehabilitation
85. Removal and rehabilitation measures are intended for children already in the labour market. Their aim is to free them from work. Care needs to be taken, however, that such measures do not drive them underground or result in their taking another job which is just as demeaning or dangerous.

86. Children successfully removed from work often need assistance in various areas. This is particularly so if they have been stunted in their development because they were bonded, exploited practically since they were toddlers, are being prostituted or are living and working on the streets without their families or any stable social environment. They might, for example, be suffering from an occupational or sexually transmitted disease, or from malnutrition, or be completely illiterate or considerably behind in their schooling. They therefore require special assistance, intensive follow-up, counselling and often legal aid.

87. Evidence from IPEC-supported programmes has shown that these children require assistance from a team of specialists, such as social workers, paediatricians and psychologists. Volunteers and community workers can also contribute to their rehabilitation, but they must receive proper training. Cooperation with the police is also needed, so that "rehabilitated" children are not stigmatized or persecuted. Some action programmes try in addition to reunite children with their families from whom they have been separated on account of their work. These programmes have met with success if they provided additional support to the family. Although the cost of rehabilitation programmes is very high, they are vital if former child workers are to be satisfactorily reintegrated into society and the school system.

88. Incentives for families. The removal and rehabilitation of child workers should be complemented with measures or incentives which provide support to poor families. IPEC-supported programmes and other initiatives have shown that families are willing to make financial sacrifices if viable alternatives to child labour are provided to them. In several programmes, the family is provided with benefits, in cash and/or in kind, which partially compensate for its loss of income if a child stops working. Economic incentives may include monthly allowances paid to parents for a specific period, study grants, free books, uniforms, school meals and other school requisites. They may also include exemption from registration fees and, last but not least, practical skills training or other schemes for children which combine studies and training for work under supervised conditions.

89. An ILO survey on the impact of these economic incentives in 18 developing countries concluded that poverty makes such incentives necessary, but that in order to be effective they must be combined with other activities - for example, the setting up of schools, improvements in teaching, awareness-raising and community development. The organizations involved pointed to a number of problems, such as risks of corruption and cheating; creation of family dependency on the programme concerned; and a danger that parents might make their children work in order to benefit from the programme or put them back to work when the benefits ceased. Care must be taken because these incentives can absorb a never-ending stream of funds. They may, however, sometimes be the only way to break the vicious circle, especially in extreme cases of child labour such as bonded labour and prostitution.

90. The experience acquired with this type of programme seems to indicate that the type of economic incentive in each particular situation needs to be carefully selected, and families must be asked to help in the rehabilitation of their children, so as to prevent them from becoming dependent. Even more significant is the fact that these experiments have shown that economic incentives are vital for child workers whose survival is threatened once they have been removed from work. This is an area of work of potential significance, which calls for international cooperation and assistance.

91. Incentives for employers. The liberalization of international trade has prompted various religious, trade union, consumer and human rights organizations in the industrialized countries to put pressure on consumers, importers and multinational enterprises to give attention to the conditions under which the products they buy or import are manufactured, and especially to the question of whether they use child labour.

92. Four types of trade incentives have come to the fore in recent years.

(i) Labelling. This consists in putting a label on an item - or in the shop where it is sold - which guarantees to consumers in industrialized countries that the product has been manufactured without child labour. Labelling has been used particularly for carpets and, to a lesser extent, garments. The main idea is to encourage consumers to opt for labelled products rather than others. Its promoters hope that consumer pressures will influence exporters and producers in developing countries to change their methods of production and to stop using child labour, both now and in the future. The best known labelling campaigns are those conducted in the carpet industry by the Rugmark foundations in Germany, India, Nepal and the United States.

(ii) Codes of conduct. Such codes, increasingly adopted by multinational enterprises or importers in industrialized countries in Western Europe and the United States, require that branches and suppliers of these multinationals and importers in developing countries respect a number of basic workers' rights, including the right of children not to be forced to work before a certain age.

(iii) Generalized system of preferences. In the United States, this system provides exporting countries with privileged access to American markets or other trade advantages if they can prove that they respect certain basic workers' rights, including a minimum age for admission to employment. The revised generalized system of preferences in the European Union has the same aim. It contains provisions on the ban on child labour which will enter into force in 1998.

(iv) Trade restrictions. The link between trade and the use of child labour has been the subject of increasing debate in national and international fora. In the United States, a bill has been introduced by Senator Harkin (US Child Labor Deterrence Act, 1993) which would ban the entry into the United States of any goods manufactured with child labour. At the multilateral level, provision to restrict the international trade in goods produced under conditions infringing workers' basic rights is contained in the North American Agreement on Labor Cooperation annexed to the North American Free Trade Agreement (NAFTA).

93. The impact of trade incentives or sanctions is a matter of considerable debate. The mere threat of trade sanctions is known to lead employers to abruptly dismiss tens of thousands of children. According to an ILO based on a sample of the children laid off, the working children concerned shifted to other occupations, which were often more hazardous, and there were no instances of children returning to school. This example shows that where measures concentrate solely on the export sector, children are removed from work only for an extremely short period. This is because they rapidly shift to other domestic economic sectors, which are often illegal and thus less well regulated. Evidence therefore suggests the need for caution and to move children away from the workplace in a phased and planned manner.

94. Labelling campaigns and codes of conduct are extremely recent, and the lack of reliable evaluations makes it difficult to measure their impact. However, it may reasonably be believed that they have increased the interest of the general public, particularly consumers and importers, and have influenced them to take a stand on the problem of child labour in developing countries. Moreover, it may be assumed that they have encouraged governments and international business groups to take a more active stand against child labour than they would normally have done.

2.5 Creating a broad social alliance against child labour
95. The importance of raising the level of social concern cannot be overstated, for experience over many years and from around the world clearly demonstrates that significant public pressure is often required to make progress on the child labour issue politically possible. Both the public and private sectors can play an important role in public awareness-raising. Historically, this has been an activity in which the independence and single-minded commitment of non-governmental organizations have made them the crucial element. But there is ample room for both the public and private sector to act in complementary and cooperative ways. In fact, it is difficult to envisage a successful campaign against child labour in general, and against hazardous work in particular, without ample participation by both governmental and non-governmental organizations. These should act in collaboration even though their particular roles may be different. Each has its strengths and weaknesses. What is required is to arrive at a formula - clearly suited to national conditions - which can reinforce and build on their respective strengths. Non-governmental organizations can, for example, be effective in advocacy, organizing communities and implementing local projects. Governments can focus on the establishment of an appropriate legislative and policy climate, the provision of universal compulsory education, increasing the access of poor households to employment and income, and ensuring strict adherence to certain minimum labour standards such as the prohibition of work in exploitative and hazardous occupations or activities, and of work before the completion of primary school.

Governments
96. This said, the attitude of governments towards the needs and rights of children is decisive for their protection and the promotion of their welfare. This is especially so in developing countries where the presence of the State is strongly felt in practically all aspects of national life. Thus, government policy is crucial for eliminating child labour, particularly its most intolerable forms. It represents the official commitment of government to the protection of children from economic exploitation and, when vigorously pursued, places the authority of the State behind this objective. Furthermore, it can exert a powerful influence on national values and public opinion, mobilizing financial and institutional resources on a scale unattainable by the private sector and community organizations. The role of government is so central that the mere absence of a national policy, or even a sign of ambivalence towards the protection of working children tends to be interpreted as tacit consent to their exploitation.

Employers and their organizations
97. Progressive and far-sighted employers have often perceived the evils of child labour, and have lent their support to its control and abolition. It could not have been so dramatically reduced in the formal sector without their concurrence. As key contributors to the economic development of their countries and communities, employers need to be aware of their effect on human resource development. According to the labour practices they follow, they can either delay or advance the development of human capacities for the future. By abandoning dependence on child labour, and by carefully protecting the development of children who do work, employers can benefit their society and the long-term health of business and industry.

98. Employers' organizations can encourage progressive child labour practices by making employers in the formal and informal sectors sensitive to the special needs of children, informing them about child labour laws, educating them about the greater long-term benefits of non-exploitative personnel management approaches, and assuming leadership in working with governmental and non-governmental organizations to reduce violations of child labour law.

Workers and their organizations
99. Workers' organizations are increasingly involved in child labour issues, and that participation should be increased. Some have issued public statements against child labour. Others are directly defending children's rights through action programmes of protection and prevention. Rising to the defence of working children would be consistent with the social ideals underlying the origins of most labour movements, lifting their vision beyond the pocketbook interests of their membership. Workers' organizations could be especially useful in documenting child labour abuses, monitoring the effectiveness of enforcement mechanisms, educating working children about their rights and how to exercise them, and receiving and referring complaints about violations of child labour law. They could also successfully undertake to organize children, homeworkers, domestic servants and other exploited workers much in need of protection.

Non-governmental organizations and voluntary groups
100. NGOs and voluntary groups have always played an essential role in the protection of child workers by advocating effective laws and enforcement mechanisms, and by pressing government to implement those laws effectively. Determined "watchdog" groups can aggressively investigate both abuses of children in the workplace and official dereliction of duty in containing those abuses. They can also take critical issues to the courts, and have an important role to play in organizing children, their parents and communities in taking a stand against child labour.

101. Unfortunately, many countries with significant child labour problems do not have the benefit of strong, organized advocacy groups. There is thus an urgent need for the establishment of such groups where they do not exist, and for technical and financial support to them where they do. The international NGOs, drawing on experience and human resources the world over, could be especially useful in promoting, training and supporting national groups of young and adult citizens dedicated to the protection of working children and the abolition of child labour.

Other segments of society
102. Other members of civil society have an extremely important contribution to make in the fight against child labour. Professional media organizations have a special responsibility in informing the public about child labour issues. Universities are also valuable allies, particularly for researching specific aspects of the child labour problem, training the staff involved in field activities and assessing the impact of pilot action programmes undertaken on behalf of working children. Because political resolve is essential in order to tackle child labour problems, parliamentarians are also important partners. Last, but not least, are the millions of teachers and educators, and health, population and other extension workers, who can be motivated to participate in the prevention of child labour at the local and national levels. Their role in efforts to combat child labour has been little explored, and their potential for being mobilized in the campaign against this scourge is only beginning to be tapped. The integration of child labour issues into the school curriculum, for instance, concerning the dangers of specific types of work, the alternatives to work, the rights afforded to working children under national law, and the means of defending them can prevent many children from entering work. Teachers can influence the community by informing families about the costs and dangers of child labour; acting as child labour monitors to help survey the extent of school non-attendance and its relationship to child labour in the community; and supporting community participation in planning formal and non-formal education programmes to ensure that all child workers and potential child workers are reached. Last but not least, former working children are a powerful tool in convincing other children and society at large of the need to fight child labour. Their experience should be used and their potential harnessed in designing and implementing strategies against it.

2.6 Building institutional capacity
103. Anyone examining what has been done so far in the various countries in attempts to combat child labour would be struck by the lack of organization and coordination of policies and programmes. Indeed, child labour seems to be a matter for everyone and no one. In the public sector, the measures taken by a small number of ministries or other institutions seem few and far between and rarely connected. In the private sector, organizations frequently work in a dispersed way and sometimes in competition with each other. Exceptions exist, most notably at the municipal level, but cooperation between the public and private sectors is a difficult process. The central bodies know little of what organizations are doing at grass-roots level or mistrust their involvement in this area, and vice versa. Much needs to be done to improve both horizontal and vertical cooperation between public and private sector organizations.

104. Organizing action against child labour and coordinating measures between the various bodies requires setting up, within the government apparatus, institutional mechanisms provided with the necessary financial powers and means to carry out such tasks as setting priorities for action; promoting and increasing public initiatives, including those by municipal authorities; and coordinating action in both the public and the private sector.

105. Creating institutional capacity to cope with child labour problems is a long-term task which opens up a particularly wide scope for international cooperation. IPEC experience in this regard is worth noting. In most of its participating countries, it has encouraged the setting up of National Steering Committees on Child Labour to identify appropriate measures and the organizations responsible for implementing them. These committees, which are normally chaired by the minister responsible for labour affairs, include representatives from other ministries directly concerned, national employers' and workers' organizations, and NGOs with expertise in defending children's rights . They often constitute the first stepping-stone towards an institutional mechanism allowing high-level authorities from various backgrounds to examine the issue of child labour, which was not previously on the agenda of matters for discussion. These committees and regular partner meetings of IPEC implementing agencies have done much to promote the exchange of experience, eliminate bottlenecks, share successes and forge bonds between them. Another strategy concerns the setting up of focal points or coordinating units in key partner organizations to ensure the smooth implementation of work. Cooperation between the actors in combating child labour is necessary and useful not only at the national level but also at grass-roots level. There is ample evidence that if action is to be efficient, lasting and transferable, it must mobilize and secure the support of all those concerned, i.e. children and their parents, employers, employees and their respective organizations, as well as local, official or semi-official institutions.

106. Cooperation between the various actors to combat child labour, as well as the coordination of their respective interventions, is necessary both nationally and internationally, and should extend beyond the ILO and UNICEF. Some of the actions required in order to come to grips with the deep-seated causes of child labour require the participation of other international organizations (the Bretton Woods institutions and UNESCO in particular) and bilateral assistance from the rich countries. The United Nations Committee on the Rights of the Child and its national committees set up in many countries should be major participants, since it is responsible for supervising the application of the United Nations Convention on the Rights of the Child, including the right of the child to be protected against dangerous work and economic exploitation. The need to harness various spheres of competence in the fight against child labour must therefore be reflected in active cooperation between the various international organizations.

CONCLUSIONS
107. The plight of many millions of children working under conditions harmful to their development cries out for action. This appeal is starting to resonate around the world. In recent years child labour has been placed firmly on the global agenda. Conflicting views exist but are slowly giving way to a growing consensus that the exploitation of child labour can and must end. In accordance with Article 3 of the United Nations Convention on the Rights of the Child, it is the child's best interest, and not other interests, that should guide the setting of national priorities.

108. An essential start towards this end is the development of a time-bound programme of action. Such a programme should make the immediate elimination as well as the prevention of the most intolerable forms of child labour its highest priority. Special attention must be given to children who are grossly exploited because of their specific vulnerability. These include the very young and girls, whose work is not recognized and often invisible. Girls in particular are denied access to education and suffer from detrimental cultural practices. The complete prohibition of child labour under 12 years of age and the protection of girls are therefore priority areas of action.

109. Removal and rehabilitation measures are vital for those groups of children currently engaged in harmful and dangerous work. But investment in the prevention of child labour is by far the most effective and economical method in the long run and should be an explicit aim in all initiatives.

110. Action is needed on various fronts. Care needs to be taken to ensure that all measures act in synergy and lead to the desired aim. Much work is still needed in the field of data collection and the identification of "best practices". Children suffering under the most intolerable conditions are difficult to reach. In industries and many occupations the work hazards are known, but have only recently been addressed. In other areas, little is still known about the work hazards and effective strategies to counteract them. There is therefore a need for a comprehensive mechanism which provides for statistics, and exchange of experience, to promote and monitor progress in the elimination of the most intolerable forms of child labour.

111. A shift in attitudes is needed within countries, both among those directly concerned with the problem - children, parents and employers - and in society at large. Experience has shown that such a shift does not come about easily or quickly, but remarkable changes can be achieved through extensive awareness-raising and social mobilization. The resulting change in social attitudes then creates a public demand for urgently needed policy reforms.

112. These must be translated into programmes, institutional structures and budgets in a number of key fields. The improvement in education and training systems is, of course, essential for any long-lasting, sustainable solution. More resources need to be made available to increase affordable, relevant and quality education and training opportunities for children, first of all by providing compulsory education. But this is not enough. The worst child labour problems are found among the children of the poorest adults, many of them female-headed households, the lower classes and castes, migrants and indigenous people - in other words, among the most disadvantaged socio-economic groups in society. These groups rely on child labour for their survival. Interventions in the field of education therefore need to be matched by interventions in the labour market and in the field of social protection, if programmes to eliminate child labour are to be effective and successful.

113. Many actors need to start taking concerted action. No one party can solve the child labour problem on its own. Governments have the prime responsibility for setting national standards, mobilizing financial resources and improving the institutional mechanisms in the above-mentioned technical fields. But many others - employers, workers, NGOs and voluntary groups - play a key role in promoting socially responsible entrepreneurship, in defending children's rights, in enabling children and their parents to organize against child labour, and in playing a watchdog role in communities, workplaces and society.

114. While child labour is essentially a national problem which calls for national solutions, there is an important role for the international community and indeed international solidarity and cooperation. First and foremost, there should be a worldwide commitment to the immediate elimination of the extreme forms of child labour. Without joint action and international cooperation it would be virtually impossible to stop the trafficking and economic exploitation of children in forced and hazardous work, in prostitution and in pornography. Indeed, the world community should manifest its commitment to act in solidarity by working towards the adoption of a new international Convention prohibiting all extreme forms of child labour. Such international standards would reinforce current international legal instruments dealing with children and their rights, and set clear priorities for national and international action. In addition, just as governments of developing countries must address the needs of the poorest of their poor, governments of rich countries should pledge themselves to providing assistance to governments committed to attacking poverty and the scourge of child labour.


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