| EXCLUSION SOCIALE ET STRATEGIES DE LUTTE CONTRE LA PAUVRETE |
| Préface |
Cette publication constitue le rapport final d'une recherche réalisée par l'Institut international d'études sociales du BIT, grâce au soutien financier du Programme des Nations Unies pour le développement. Des résultats préliminaires furent présentés au Sommet mondial pour le développement social en mars 1995. Le but du projet était de mener à bien une recherche expérimentale sur les politiques visant à éradiquer la pauvreté et à favoriser l'intégration sociale.
Cette publication est une synthèse des résultats du travail de conceptualisation, de l'évidence empirique présentée dans les études de cas, et de l'identification initiale des implications au niveau des politiques en faveur de l'inclusion sociale.
La notion d'exclusion sociale entra dans le discours dominant lorsque le chômage de longue durée et la 'nouvelle pauvreté' devinrent monnaie courante dans le monde industrialisé. Depuis, elle a intégré des débats plus larges comme les effets de la mondialisation ou les conséquences de la crise fiscale sur l'avenir de la Sécurité sociale dans le Nord, et des programmes de développement dans le Sud.
Ce rapport traite deux questions fondamentales :
La première est l'apport du concept d'exclusion sociale à la compréhension actuelle de la pauvreté. Les conclusions du projet suggèrent que le concept d'exclusion sociale présente d'indéniables avantages. Il offre une perspective intégrée et dynamique qui met en évidence les processus, les agents d'intervention, ainsi que le caractère multidimensionnel du désavantage social. Il offre un cadre permettant d'analyser les relations entre les moyens de subsistance, le bien-être et les droits. De plus, en liant le statut social et économique à la notion de citoyenneté, il engendre une responsabilité morale collective vis-à-vis de l'intégration sociale.
La seconde question concerne la validité opérationnelle du concept pour les stratégies de lutte contre la pauvreté, particulièrement dans les pays en voie de développement et les pays en transition. La recherche de base fut réalisée par des équipes multidisciplinaires locales et six monographies présentant des études empiriques détaillées sur l'exclusion sociale en Inde, au Pérou, en Russie, en Tanzanie, en Thaïlande et au Yémen ont été publiées. D'autres études de pays portent sur le Brésil, le Cameroun, le Mexique, la Tunisie et le Venezuela.
Ces études, ainsi que les revues régionales de la littérature publiée sur la pauvreté, les privations et l'exclusion sociale en Amérique latine, dans les Etats arabes et en Asie, démontrent que le concept est applicable à des pays passant par des stades de développement différents et présentant des caractéristiques économiques et sociales diverses.
Les conclusions de ce projet ont permis à l'Institut de promouvoir un large débat au sein de la communauté internationale et dans les pays en voie de développement. Des conférences régionales ou nationales ont été organisées à Bangkok, Lima et Santiago. Des réunions globales se sont tenues à New York, à Roskilde et à Genève.
Le rapport a été préparé par mes collègues Charles Gore et José B. Figueiredo qui, avec Gerry Rodgers, coordonnèrent le projet global. Je voudrais également adresser nos remerciements au PNUD pour son soutien financier et ses encouragements. Nous espérons que ce travail sera le point de départ d'une série d'études plus larges et détaillées qui traiteront des défis majeurs de notre époque: la création de sociétés civiles libres, prospères et justes.
Padmanabha Gopinath
Directeur,
Institut international d'études sociales