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Deuxième Symposium France/OIT

L'avenir du travail, de l'emploi et de la protection sociale:
dynamique du changement et protection des travailleurs
(Lyon, 17/18 janvier 2002)



Second France/ILO Symposium * Page de présentation
* Synthèse générale du colloque
* Programme
* Allocution d'ouverture par M. Collomb
* Allocution d'ouverture par M. Somavia
* Introduction au colloque par Peter Auer et Bernard Gazier
* Documents de la Conférence de Lyon
* Liste des participants

Discours de Monsieur Gérard COLLOMB

Sénateur-Maire de Lyon

Monsieur le Directeur Général, (Juan SOMAVIA)

Messieurs les Parlementaires, (M. Claude EVIN, M. Jean-Pierre DELALANDE, M. Bruno TRENTIN)

Madame la Déléguée générale, Monsieur le Délégué général (Mme Catherine BARBAROUX, M. Jean LAVERGNE)

Messieurs les Elus,

Mesdames, Messieurs,

Je suis très heureux de vous accueillir à Lyon pour ces deuxièmes rencontres FRANCE-O.I.T. sur "L'avenir du travail, de l'emploi et de la protection sociale". La série de conférences qui nous réunit aujourd'hui est née d'une volonté commune de l'Organisation Internationale du Travail et du Ministère français de l'Emploi et de la Solidarité de créer un nouvel espace de recherche et d'échanges sur les conséquences sociales de l'économie mondialisée.

Je veux d'abord remercier M. Juan SOMAVIA, Directeur Général de l'Organisation Internationale du Travail, d'avoir mobilisé tant d'intelligence à promouvoir les coopérations internationales sur ces questions déterminantes pour l'avenir de nos sociétés: le travail, l'emploi et les systèmes de protection sociale.

Je remercie aussi tous ceux qui, à l'Institut International d'Etudes Sociales, au Bureau International du Travail et au Ministère de l'Emploi et de la Solidarité, ont contribué à l'organisation des ces rencontres. Je salue tout particulièrement M. Peter AUER et M. Bernard GAZIER, qui présenteront tout à l'heure en détail les enjeux de ce colloque.

Je remercie enfin les chercheurs et spécialistes de toutes les disciplines en sciences sociales qui feront part de leurs travaux au cours des différentes sessions de cette journée et demi de conférences.

Je voudrais vous dire d'abord combien nous sommes heureux d'accueillir à Lyon, ce colloque organisé conjointement par l'OIT et le Ministère de l'Emploi et de la Solidarité. C'est à vrai dire beaucoup plus qu'un colloque; suite à la première rencontre d'Annecy, il a vocation à devenir un lieu international de réflexion annuelle sur les problèmes d'emploi, d'organisation de travail et de protection sociale, sur leurs mutations en cours dans le contexte de mondialisation que nous connaissons. Bref pour reprendre l'expression qu'avait utilisée Elisabeth GUIGOU à Lyon, il s'agit d'organiser un "Davos social" face ou au côté du Davos économique. Je conçois donc l'importance que revêt aujourd'hui la tenue de votre colloque à Lyon et l'honneur qui est fait à notre ville de pouvoir l'accueillir.

Lyon a peut être quelque vocation à le faire. Historiquement d'abord du fait de son histoire sociale riche. Avec les Canuts elle a illustré l'une des pages de l'histoire ouvrière, et parce que la pensée sociale, celle sur l'organisation de l'entreprise, sur la défense du salariat, fait partie de l'histoire intellectuelle de notre ville. Il y a eu historiquement à Lyon, comme vous le savez, une pensée sociale riche, qu'elle appartienne à la pensée saint-simonienne, à la pensée fouriériste ou au catholicisme social.

Cet enracinement d'une réflexion sociale dans la ville perdure fortement aujourd'hui. Lyon est en effet riche en organismes ou institutions dont le centre de réflexion tourne autour des problématiques du travail, de l'emploi ou de la protection sociale.

Il y a d'abord l'Institut national du travail, de l'emploi et de la formation professionnelle dont il y a deux mois, je participais aux travaux en compagnie déjà de Madame Elisabeth GUIGOU. Il y a l'ANACT - l'agence Nationale pour l'amélioration des conditions de travail; il y a également LASAIRE - le laboratoire social d'action, d'innovation, de réflexions et d'échanges animés par notre ami Pierre HERITIER. Présidée par notre ami Jean PEYRELEVADE, il y a l'association Aravis (association originale puisque fondée paritairement) pour aider à l'aménagement, à la réorganisation et à l'enrichissement du travail; on trouve aussi de nombreux départements universitaires réfléchissant au problème du travail, par exemple le CNRS, l'université Lyon II, ainsi que de nombreux cabinets de forme associative ou privée réfléchissant sur ces problématiques.

Bref, Lyon est une ville où l'on réfléchit sur l'évolution du travail dans nos sociétés, et compte tenu de cette ressource intellectuelle, compte tenu aussi du caractère ouvert - je crois - des relations entre les partenaires patronaux et syndicaux, si vous deviez pérenniser un Davos social permanent, je postulerai volontiers pour que son siège puisse être à Lyon. Si la proximité du siège du BIT qui est à Genève pouvait de surcroît y aider, ce serait tout à fait extraordinaire. J'y serai d'autant plus sensible que les sujets que vous traitez sont des sujets qui m'intéressent, qui intéressent notre municipalité dont plusieurs membres sont impliqués dans ce type d'étude et de recherche. Je pense à Pierre Alain MUET, mon adjoint aux affaires économiques, ancien directeur de l'OFCE qui a beaucoup écrit sur la société du plein emploi. Je pense à Henri JACOT, universitaire spécialisé dans les problèmes du travail et qui aujourd'hui a la lourde charge à la municipalité de Lyon de traduire les 35 heures en application pratique.

C'est un sujet qui, moi-même m'intéresse et sur lequel en tant que secrétaire national de la fondation Jean Jaurès, j'ai eu l'occasion d'organiser de nombreux colloques de réflexion en France et en Europe, mais aussi dans un certain nombre de pays émergents ou de pays du tiers monde.

C'est dire que sur ce problème j'ai au moins conscience de l'extrême diversité des situations, de la diversité des approches, voire du caractère apparemment antagonique de ces approches.

Et il est vrai que dans l'économie globalisée que nous connaissons, les intérêts des uns et des autres peuvent paraître largement différents, voire contradictoires.

Il y a peu de choses en commun en apparence entre l'économie informelle qui représente une part majeure de l'économie dans un certain nombre de pays du Sud et l'économie des pays industrialisés.

On entend dire parfois de la part de dirigeants de ces pays que les mesures sociales que souhaitent mettre dans l'organisation du commerce les pays industrialisés ont en fait une visée - ou en tout cas un effet - de protectionnisme avéré.

Parallèlement, les salariés des pays industrialisés voient les nouveaux marchés du travail qui s'ouvrent et vont concurrencer les nôtres, à la fois peser sur les niveaux de salaire et de protection sociale, et créer du chômage par le phénomène de délocalisation.

Devant ces ruptures qu'introduit la mondialisation, quelle réflexion avoir? Peut-on à la fois défendre le niveau de salaire, de formation, de protection sociale des salaires des pays industrialisés et se soucier en même temps de promouvoir ceux du tiers monde. Dans le même temps on voit bien que nos systèmes de protection sociale sont aussi menacés par le vieillissement démographique des populations des pays industrialisés.

Ce sont de vrais sujets, même si la pensée néo-libérale en vogue dans un certain nombre de cercle en conclut que cela doit se traduire dans les sociétés industrialisées par une réduction drastique de la voilure et par une remise en cause de ce qui s'était construit en matière de droit du travail et de la protection sociale au cours des cinquante dernières années, et que par exemple l'Etat providence doit être remisé aux oubliettes de l'Histoire.

Face à de telles évolutions, le pire - évidemment pour tous ceux qui souhaitent que le monde s'engage non pas dans une régression sociale généralisée mais qu'au contraire les salariés des pays émergents acquièrent progressivement un certain nombre de droits - serait l'immobilisme.

On ne peut vouloir arrêter l'histoire et le mouvement, pour se figer sur la défense des acquis passés.

Il faut donc bouger, reprendre l'offensive intellectuelle, ce que vous faites au travers de votre colloque. Je fais partie des optimistes qui pensent que nos sociétés occidentales ont une capacité d'énergie et de rebond absolument extraordinaire. Pendant toute la période de la crise économique que nous avons traversée, tout un courant de pensée analysait la fin du travail et donc la nécessité de répartir de manière spartiate un travail de plus en plus rare. On a vu alors que nos sociétés industrialisées étaient capables de réagir et, progressivement, la perspective d'une société de plein emploi s'est à nouveau imposée à nous. Certes il y a eu le 11 septembre, certes il y a aujourd'hui un passage à vide des économies industrialisées mais je pense qu'il ne s'agit là que d'une rechute temporaire. Je ne crois pas que nos sociétés industrialisées soient forcement demain des sociétés de travail dual, de travail précarisé, et donc la lutte de l'OIT pour un travail décent me semble un thème autour duquel il faut se mobiliser dans les sociétés industrialisées mais aussi dans les économies des pays émergents ou à main d'œuvre moins chère. Il n'y a pas de fatalité du retard social. On a vu dans l'union Européenne la tendance au rattrapage sur les plans économiques et sociaux des pays qui avaient au départ le développement le plus faible. Le rattrapage va se faire avec les pays les plus en avance de l'Europe centrale. Je crois que le progrès social ne peut, même si c'est avec retard, que se diffuser avec le progrès économique.

Il en va de même dans les pays émergents dans lesquels on voit - dans les pays les plus avancés - se mettre en place progressivement une législation et des normes sociales. Cette législation, ces normes sociales, c'est le plus souvent à l'instigation de l'OIT qu'elle progresse au cours des réunions internationales.

Je pense donc que l'action que mène l'OIT n'est pas une action autocentrée mais qu'elle tend à diffuser l'innovation sociale dans l'ensemble des pays. Ce qui se passe dans des colloques comme celui-ci est donc fondamental car tout ceci se reconstruit ensuite en proposition et en action.

C'est pourquoi je tiens à vous redire encore combien je suis heureux d'accueillir aujourd'hui et demain à Lyon l'ensemble de vos travaux.

Mise à jour par VR. Approuvée par CK. Dernière modification: 5 décembre 2002.