De nouvelles sécurités pour un monde incertain
Une conférence internationale organisée conjointement par le BIT et le ministère français de l'Emploi et de la Solidarité
Programme Liste des participants Introduction au Colloque par Mme Guigou Allocutions par M. Somavía Document de base Documents de la conférence d'Annecy Communiqué de presse du BIT |
Les mutations économiques, sociales et technologiques des vingt-cinq dernières années affectent en profondeur les débats sur le travail, l'emploi et les systèmes de protection sociale des pays industrialisés. Le rôle du travail comme facteur de sécurité économique et de cohésion sociale est à redéfinir et doit être également redéfini dans le contexte plus large des changements économiques, politiques et sociaux
Les économies nationales connaissent des transformations profondes : les systèmes productifs deviennent plus globaux, plus flexibles ; ils sont de plus en plus dépendants des aléas des marchés mondiaux ainsi que des fluctuations des marchés financiers ; les services y occupent une place croissante. Le progrès technique continu et le développement de nouveaux moyens d'information et de communication définissent les contours d'une " nouvelle économie " où le travail est de plus en plus flexible. Dans le même temps, les politiques de privatisation et de dérégulation ont eu de lourdes conséquences sur le marché du travail et sur l'emploi. Les transformations démographiques et sociologiques - le vieillissement de la population, l'accroissement des taux d'activité féminine, les transformations des structures familiales B conjuguées à ces évolutions économiques et technologiques, sont à l'origine de défis radicalement nouveaux pour les responsables politiques. Par ailleurs, ces facteurs structurels de transformations sont également affectés par des changements de conjoncture sur les marchés du travail B qui modifient les diagnostics portés sur les évolutions de l'emploi et du chômage.
Les implications de ces changements sur la quantité et la qualité des emplois demeurent controversées. Certains affirment qu'ils sont aujourd'hui le principal facteur de création d'emplois et d'autres considèrent qu'ils se traduisent plutôt par un rythme ralenti de création d'emploi et surtout par une dégradation des emplois créés. Les débats portent également sur les politiques à conduire ou les effets de ces transformations : est-il nécessaire d'avoir une plus grande flexibilité pour favoriser la création d'emplois ? L'accroissement des inégalités est-il le corollaire inévitable de cette création d'emplois ? Les débats sur ces questions ne sont pas clos, mais c'est un fait que nous sommes chaque jour confrontés à la précarité croissante des emplois, aux licenciements, à l'exclusion sociale, et plus largement à un sentiment général d'insécurité. La garantie de l'emploi n'existe plus ; elle laisse de plus en plus la place à une exigence permanente d'employabilité B destinée à répondre aux fluctuations permanentes du marché du travail.
Les changements dans l'emploi vont de pair avec des réformes et des débats sur la protection sociale B qui contribuent encore à renforcer ce sentiment d'insécurité. Outre les systèmes de retraites, l'ensemble des dispositifs de protection sociale des pays industrialisés ont été réformés ou sont en train de l'être, afin de favoriser des mesures " actives " : une part croissante des prestations est soumise à des contreparties en termes d'emploi et de formation ; l'organisation des services collectifs et l'architecture des prestations sont également revues, avec pour objectif de favoriser au maximum la progression des taux d'activité.
La rapidité de ces transformations, en particulier dans le secteur des services et dans la " nouvelle économie " est telle que le risque d'être rejeté à l'extérieur du système et marginalisé ne cesse de s'accentuer. Dès lors, la recherche de solutions aux problèmes d'emploi, de stabilité du revenu et de protection sociale devient vitale pour les gouvernements et leur survie. L'accroissement de l'insécurité et des inégalités menace directement la démocratie. C'est pourquoi la " gestion des transformations " résultant de cette incertitude croissante n'est pas seulement nécessaire d'un point de vue économique ; c'est aussi une question politique de première importance et la mise en place de nouvelles régulations encadrant le fonctionnement des marchés est à nouveau à l'ordre du jour. Si la globalisation et les changements technologiques apparaissent comme des évolutions inéluctables, les institutions et les politiques peuvent, elles, être infléchies et modifiées, pour favoriser la prospérité économique, la flexibilité mais aussi la sécurité lors des ajustements économiques et ainsi garantir la cohésion sociale.
Les Rencontres France/BIT devraient s'attacher à identifier les mutations à l'œuvre et tenter d'en prévoir les évolutions futures. Elles devraient aussi conduire à formuler des propositions intégrant les dimensions sociales et économiques.
Ces analyses doivent prendre en compte toutes les dimensions du travail : non seulement la protection sociale et la sécurité du revenu, mais également la qualité de l'insertion sur le marché du travail et dans la société. C'est ce que le BIT entend par le terme - difficilement traduisible en français - de "decent work", qui intègre les différentes composantes du travail : sa qualité, sa stabilité, les droits afférents, la protection, la représentation dans l'entreprise, la sécurité économique, etc.
Quelques précisions sur les Rencontres France/BIT
Cette conférence internationale est organisée dans le cadre de l'accord de coopération technique signé entre le gouvernement français et le BIT. Elle a été personnellement lancée en mars 2000 par la ministre française de l'Emploi et de la Solidarité, Martine Aubry, et par le directeur général du BIT, Juan Somavia. L'objectif est de débattre des transformations du travail, de l'emploi et de la protection sociale et de la façon dont ces transformations affectent l'action politique, les politiques des entreprises et la société en général. La dimension internationale de ces rencontres est centrale et devrait favoriser des échanges entre points de vue différents, qui dépassent le cadre européen et permettent notamment d'établir une comparaison avec les évolutions observées aux Etats-Unis et au Japon. Les conclusions des débats devront contribuer à élaborer des propositions permettant de saisir les aspects positifs de ces transformations et à atténuer leurs conséquences négatives. Ces rencontres France/OIT sont les premières d'une série qui sera programmée sur ces thèmes. Elles pourront par la suite être étendues, aussi bien d'un point géographique (la première rencontre est consacrée aux pays industrialisés) que d'un point de vue thématique.
Nous sommes particulièrement attachés au format restreint de ces rencontres, qui rassembleront environ une soixantaine de personnalités B des chercheurs(ses), des représentant(e)s des salariés et des employeurs, des chefs d'entreprise et des responsables politiques. Celles-ci ont été invitées en raison de leur expertise sur les questions en débat et non pour assurer la représentation de différentes institutions. Pour chaque table ronde, des participants ont été sollicités comme intervenants, discutants et rapporteurs, mais l'objectif est d'avoir une discussion générale la plus ouverte possible plutôt que de longs exposés. En conséquence, les tables rondes ont été organisées pour permettre un débat ouvert entre tous les participants. Il nous semble également important que les participants à ces rencontres y soient présents pendant toute la durée des débats qui commenceront par un dîner le soir du mercredi 17 janvier et dureront une journée et demie le 18 et 19 janvier 2001. Le lieu de ces rencontres -l'hôtel Impérial à Annecy- a été choisi pour faciliter un climat d'échanges entre les participants. La date de ces rencontres a été fixée juste avant l'important Forum économique mondial de Davos en Suisse. Bien qu'il n'y ait pas de lien entre ces deux événements, nous espérons que les conclusions de ces premières rencontres France/OIT pourront être entendues dans cet autre cadre B afin de nourrir les débats sur les aspects sociaux des transformations économiques auxquelles les pays industrialisés sont confrontés.