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Conférence sur L'avenir du travail, de l'emploi et de la protection sociale
Annecy, 18-19 janvier, 2001

Back to the main page of the conference * Programme
* Liste des participants
* Introduction au Colloque par Mme Guigou
* Allocutions par M. Somavía
* Document de base
* Documents de la conférence d'Annecy
* Communiqué de presse du BIT

Consequences des transformations sur le travail et la societe


Erbès-Seguin, Sabine
Directrice de Recherches
CNRS
GRASS IRESCO
59, rue Poucher
75849 PARIS Cedex 7
France

Voici plusieurs décennies que le travail et l'emploi se transforment profondément, mais ce phénomène est beaucoup plus complexe qu'on ne le croit souvent. La présentation de Raymond-Pierre Bodin met en évidence une série de paradoxes apparents, qui résultent de la rencontre entre une tendance lourde et commune vers des emplois de plus en plus flexibles en Europe occidentale, mais aussi au Japon et aux Etats-Unis, et des différences, souvent fortes, entre les formes que prend la flexibilité selon le pays, le secteur d'activité, le sexe, la qualification. « Les ingrédients sont les mêmes, mais ils sont utilisés différemment. » Ce double constat est important, à la fois pour comprendre la signification des évolutions en cours, et pour faire apparaître la polysémie des notions utilisées pour définir les composantes de l'emploi. La discussion a permis de faire avancer une nécessaire remise en question des modes de pensée et d'analyse.

Depuis le milieu des années 1990, et dans toute l'Europe des quinze, les recherches de la Fondation européenne de Dublin ont montré qu'il existe d'une part une apparente stabilité dans la distribution entre les emplois permanents et non permanents, salariés et non salariés, mais de l'autre qu'apparaît une précarité croissante des trajectoires et des modes d'entrée et de sortie de l'emploi. Cette analyse doit d'abord être nuancée, en raison des différences entre les pays, ceux où les emplois précaires, pris globalement, sont très développés (entre 20% et 35% de l'emploi total) et ceux où ils sont les plus faibles (10 à 14%). Mais la stabilité de la distribution globale n'en reste pas moins surprenante, et conduit à un premier constat : celui du brouillage des frontières, en particulier entre les différentes formes d'emploi instable, avec la montée en puissance de situations d'emploi difficiles à classer, qualifiées, faute de mieux, d'emplois « autres », les travailleurs eux-mêmes ne sachant pas précisément où se situer. C'est la complexité du mouvement de précarisation qui contribue à expliquer la stabilisation, apparemment paradoxale, des statuts d'emploi : il se crée des différenciations internes à ce processus, avec des formes variables d'emploi précaire (contrats à durée déterminée, intérim, self-employment, stages...) et des modes différents de flexibilité temporelle (plusieurs types de temps partiel ou au contraire de recours aux heures supplémentaires).

Des phénomènes parallèles de différenciation interne se produisent également au Japon, où l'on note, comme en Europe et aux Etats-Unis, une diminution de la proportion d'emplois de longue durée et un accroissement de l'emploi des femmes, joints à une diversification des modalités d'emploi. Le Japon se différencie toutefois de la plupart des autres pays industrialisés par un important retour à l'emploi de travailleurs âgés, phénomène que contribue à expliquer l'évolution démographique.

Un autre élément de réflexion indique qu'il est important de renouveler les cadres d'analyse : le cas des réseaux de commerce électronique, où l'on peut constater un « déplacement du centre de gravité du changement », dans la mesure où l'optimisation de la gestion cesse de revêtir un caractère stable et univoque. Cela conduit, notamment, les économistes à s'interroger sur les cycles économiques en relation avec les changements techniques. S'il n'existe plus de repères fixes, de lois économiques, ni donc de certitudes, il faut réfléchir à la définition des objets mesurés et à la façon de les mesurer. De plus, la discussion sur « la nouvelle économie » éclaire le débat sur l'économie traditionnelle, et sur le choix, par exemple, de modèles stratégiques de lutte contre les spirales inflationnistes.

Une autre façon d'analyser les évolutions à la lumière des jeux entre tendances lourdes similaires et différences internes au processus : le rôle des pouvoirs publics et de la négociation collective. A partir de la distinction, faite par le rapporteur, entre formes de flexibilité individualisée, d'impulsion étatique et négociée, la discussion révèle plusieurs points importants. Un niveau fort et centralisé de négociation tripartite, en particulier en Suède, joue un rôle certain dans la mise en place et le maintien, dans des situations de crise, d'un niveau élevé d'acquis sociaux. Dans d'autres cas, en particulier en France, le cadre législatif et réglementaire contribue fortement à assurer des protections sociales, tout en constituant un appui paradoxal au développement des formes de flexibilité et du temps partiel, à travers le jeu sur les protections - relatives - attachées à ces formes d'emploi.

La diversification des formes de flexibilité contribue à expliquer la montée de l'insécurité ressentie par les travailleurs, mise en évidence par plusieurs recherches, et qui n'est pas toujours directement liée à l'insécurité effective dans l'emploi. La discussion de l'ensemble de ces points, ainsi que de deux aspects peu abordés dans cette table ronde, mais qui le seront dans les suivantes - le rôle essentiel de la formation tout au long de la vie dans l'évolution de l'emploi et les relations entre marchés du travail et protection sociale - ouvrent des voies prometteuses à de futures recherches sur le traitement des problèmes d'emploi et de protection sociale.

Mise à jour par VR. Approuvée par AP. Dernière modification: 21 février 2001.