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L'exclusion sociale au Cameroun
CHAPITRE 6: Conclusion
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L'exclusion sociale est devenue un véritable fléau qui frappe tous les pays, quel que soit leur niveau de développement, et son ampleur exige de la part des gouvernants une action urgente, concertée et efficace. Dans les pays développés, la lutte contre l'exclusion constitue l'un des objectifs principaux de la politique économique et sociale; les actions pour l'insertion et la réinsertion sur le marché du travail constituent encore le moyen le plus efficace pour garantir l'accès à un revenu compatible avec le coût de la vie, pendant et après la vie active. Dans les pays sous-développés, notamment ceux d'Afrique subsaharienne, cette lutte est axée sur l'amélioration de certains indicateurs sociaux. Ainsi, le Cameroun semble mettre l'accent sur l'amélioration des emplois, ainsi que sur l'accès à la terre et aux droits et services sociaux.

La réduction de la pauvreté et de l'exclusion sociale impliquent la création d'emplois productifs dans des proportions importantes, tant aux niveaux urbain que rural. Or, la contrainte majeure de l'économie camerounaise est la faiblesse du taux de croissance économique, et par conséquent celle des possibilités de dynamisation du marché du travail. De plus, la globalisation de l'économie impose aujourd'hui de nouvelles règles de compétitivité. Dans ces conditions, les petites et moyennes entreprises, en particulier celles orientées vers l'économie rurale encore dominante au Cameroun et les activités à forte intensité de main-d'uvre, sont amenées à jouer un rôle majeur en termes de valeur ajoutée et d'emploi.

Mais, l'accès aux emplois nécessite un rehaussement du niveau de capital humain. Les questions d'éducation et de formation professionnelle de la main-d'uvre, en général, et de la jeunesse, en particulier, doivent bénéficier d'une attention spéciale. A cet effet, le cadre institutionnel appelle la mise en uvre d'un certain nombre de mécanismes favorisant l'accès des plus vulnérables aux institutions de formation du secteur public. En outre, il faut ajouter que la longue tradition de monolithisme politique a contribué, par le passé, à réduire la compétitivité au sein du marché du travail et a favorisé les recrutements sur une base ethnique ou régionale, générant de ce fait une utilisation sous optimale des potentialités réelles de la main-d'uvre. Ces phénomènes n'ont pas disparu aujourd'hui, et beaucoup d'imagination et de ténacité sont encore nécessaires pour assurer un accès équitable au marché du travail.

Pour ce qui est de l'accès au capital financier, une meilleure politique de financement des petites entreprises devrait être mise en place afin de permettre à tous les groupes ethniques, selon leurs capacités réelles, d'investir dans le secteur socio-économique de leur choix. En particulier, un réaménagement des cadres réglementaire et législatif au niveau de certains secteurs de l'économie devrait être envisagé en faveur des femmes, en vue d'une meilleure participation de ces dernières au marché du travail.

Dans le secteur rural, la terre étant de plus en plus un facteur de production, l'Etat devrait favoriser l'installation des personnes «sans terre» sur des parcelles aménagées par ses soins ­ terres (hors marché) vacantes du domaine national ou du domaine privé de l'Etat.

L'Etat doit par conséquent avoir un rôle principal et devrait notamment s'engager davantage sur le plan de la redistribution du revenu et de la richesse nationale, en mettant un accent particulier sur la situation des plus pauvres. Il est , par ailleurs, probable que la vulnérabilité sur le marché du travail et l'ampleur de la pauvreté impliquent un réexamen des programmes de dépenses publiques à court terme [Lachaud, 1994]. Malgré le contrepoids des systèmes traditionnels de sécurité sociale, la réduction des dépenses sociales a été un facteur d'aggravation de la pauvreté. Il importe à présent, dans le cadre des contraintes macro-économiques, de prévoir le développement d'un ensemble de mesures d'ajustement des dépenses publiques permettant de cibler davantage les groupes les plus pauvres ­ chroniquement ou temporairement ­ tout en établissant des priorités en fonction des interactions entres divers secteurs des besoins essentiels. Dans cette optique, si le secteur rural demeure prioritaire compte tenu de sa capacité à réduire la pauvreté nationale, il est également nécessaire d'orienter une part importante de la dépense en direction des villes dans plusieurs secteurs clés: infrastructures ­ logement, transport, eau, hygiène, etc. ­ éducation ­ en particulier l'accès à l'éducation primaire des filles ­ et santé.

Bien que la mise en uvre d'un tel filet de sécurité pour les plus pauvres soit fonction des ressources disponibles et de la capacité administrative à les gérer, le facteur de blocage est aussi souvent l'absence de pouvoir politique. Cette absence est d'autant plus préjudiciable que, malgré les nouvelles orientations des stratégies de développement, l'Etat occupe une place essentielle en matière d'investissements, et que l'incidence actuelle de la pauvreté et de l'exclusion sociale appelle un renforcement de son rôle en matière de redistribution. Ainsi, si la réduction de la pauvreté urbaine et rurale dépend, en partie, de la mise en uvre de stratégies étatiques, il reste à déterminer quelles sont les formes d'organisation des Etats les plus aptes à promouvoir des politiques appropriées, indépendantes des intérêts économiques immédiats des élites au pouvoir, de la préoccupation de survie des régimes politiques et de l'action prédatrice des groupes de pression [Lachaud, 1994]. Le contexte socio-politique du Cameroun montre que la pauvreté n'a pas diminué avec plus de démocratie. La réforme constitutionnelle en cours devrait prendre en considération l'ensemble de ces enseignements.

En période d'ajustement, toutes les politiques sociales sont soumises à une contrainte financière majeure qui est susceptible de limiter, et même de compromettre, leur succès. En effet, le poids de la dette réduit considérablement la marge de manuvre financière des programmes de lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale. D'ailleurs, aujourd'hui, l'apport extérieur prédomine dans le financement de ces programmes. Il devient urgent que les pays africains au sud du Sahara se mobilisent pour accroître leur autonomie en termes de moyens de lutte contre l'exclusion sociale. Quant au fonctionnement de l'environnement socio-économique des pays africains, une nouvelle concertation à différents niveaux apparaît indispensable (Endnote 120) .

L'expérience quotidienne montre que la démocratie naissante n'a ni supprimé les groupes de pression et leurs intérêts, ni amélioré la structure de la répartition des revenus et des richesses. C'est pour cette raison que l'encouragement à la création de réseaux d'organisation des exclus urbains et ruraux par le biais de la législation, des coopératives, des groupes d'initiatives communes, des groupes d'intérêts économiques ou d'associations ad hoc, locales ou régionales, doit être soutenu. Dans le cas spécifique du Cameroun, ce soutien doit renforcer le pouvoir de négociation des groupes exclus et contribuer à surmonter le phénomène de discrimination ethnique, élément particulièrement incitatif d'exclusion sociale dans ce pays.

Finalement, une lutte efficace contre l'exclusion suggère également un développement de la recherche en sciences sociales, un décryptage systématique des dynamiques sociales porteuses des mécanismes d'exclusion, la prise en compte du vécu psychologique des exclus et une institutionnalisation de l'évaluation des programmes en cours d'exécution. En définitive, la mise en uvre de politiques d'intégration sociale au Cameroun nécessite une profonde réflexion.

Endnote 120:
Par exemple, une nouvelle approche du marché du travail où la détermination du revenu résulterait d'une concertation tripartite entre employeurs, syndicats de travailleurs sous l'arbitrage des pouvoirs publics constitue une piste de réflexion.

Mise à jour par RS. Approuvée par AVJ. Dernière modification: 19 juillet 2004.