| L'exclusion sociale au Cameroun |
| CHAPITRE 5: Stratégies de lutte contre l'exclusion sociale |
La protection sociale au Cameroun se trouve aujourd'hui confrontée à un dilemme. D'un côté, on note une incapacité des pouvoirs publics à étendre cette protection sociale à toute la population, malgré les efforts accomplis
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. D'un autre côté, les effets pervers de la crise économique limitent l'efficacité des différents groupes ethniques qui tentent de s'organiser pour assurer eux-mêmes leur protection. Par ailleurs, les disparités entre les différentes institutions chargées de la politique sociale caractérisées notamment par un manque de cohérence et de coordination , et l'incapacité des entreprises privées à offrir des emplois stables et durables, rendent aléatoires, dans un avenir prévisible, les perspectives d'intégration sociale.
Dans ces conditions, il importe d'évaluer les politiques sociales actuelles afin d'esquisser une stratégie alternative, source d'intégration sociale plus efficace.
I. Ambiguïté et incertitudes des stratégies actuelles
Après avoir examiné les principales mesures législatives, quelques actions visant plus particulièrement l'insertion sociale de certains groupes vulnérables seront présentées.
1. La dimension réglementaire et législative
Les actions ayant pour objectif de modifier les processus d'accès au marché du travail, à la terre et aux droits sociaux seront successivement analysées.
A. L'accès au marché du travail
Malgré l'intérêt des premiers textes administratifs visant à réglementer les processus d'accès aux emplois du secteur moderne, il importe de s'attacher aux options récentes de l'Etat en matière de politiques sociales
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.
a) Les politiques d'accès à l'emploi public
En premier lieu, examinons les politiques menées par l'Etat. Pendant plusieurs années, l'Etat camerounais a absorbé l'essentiel de l'emploi moderne. Ainsi, entre 1975 et 1990, les emplois civils et militaires tous statuts confondus sont passés de 83.930 à 180.000. En effet, à partir du IVeme plan quinquennal (1976-1981), l'Etat camerounais a entrepris une politique vigoureuse de recrutement dans l'administration publique, malgré un manque de diversification des emplois offerts. Par la suite, cette politique a été poursuivie au cours du Veme plan (1981-1986) pour faire face à la persistance du chômage des diplômés de l'enseignement supérieur. En particulier, l'Etat procéda à un recrutement spécial de 1.500 diplômés de l'enseignement supérieur en 1982. Il est vrai que cette forme de chômage, jusqu'alors inconnue au Cameroun, constituait une menace pour l'équilibre social, en partie fondé sur des rapports de confiance entre l'Etat et la société civile depuis l'indépendance. Néanmoins, l'écart croissant entre la demande et l'offre de travail conduisit le nouveau Président du Cameroun en 1985, à procéder à un nouveau recrutement instantané de 1.700 diplômés. En fait, ce deuxième recrutement, fondé sur les mêmes raisons que celui de 1982, commençait à faire douter de la capacité du système administratif à résorber le chômage, en particulier celui des jeunes diplômés
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.
En réalité, même dans un contexte de croissance économique soutenue, entre 1970 et 1987 ces dispositions n'ont pas été en mesure de réduire le niveau du chômage, comme cela a été précédemment montré. A cet égard, certaines analyses attribuent cette absence de performance sociale à plusieurs facteurs: absence de dynamique endogène; investissement improductif et interventionnisme excessif de l'Etat. En effet, la forte croissance constatée n'a pas été générée par une dynamique économique endogène. Elle a plutôt été liée à une accentuation du prélèvement d'une richesse naturelle le pétrole dont les revenus ont été largement affectés à l'équipement public improductif, et non à la création de richesses par la promotion de petites ou moyennes entreprises. De plus, par ses multiples interventions, l'Etat a faussé l'allocation des ressources.
Ce contexte a expliqué la mise en uvre des politiques d'ajustement structurel et la recherche de politiques plus globales de promotion de l'emploi. Dans cette optique, deux options ont été retenues: la promotion de l'auto-emploi et la dynamisation de l'emploi à haute intensité de main-d'uvre. La première orientation étant développée ultérieurement, la seconde appelle quelques observations.
L'emploi à haute intensité de main-d'uvre (HIMO) consiste à développer des projets pour lesquels la distribution de salaires est au moins égale à 60 pour cent des fonds engagés; de ce fait, la mécanisation est sensiblement réduite. La première application de la méthode HIMO a été le Programme social d'urgence (PSU), qui est lui-même une composante de la dimension sociale de l'ajustement structurel. Le PSU se propose d'intervenir dans plusieurs domaines, notamment l'aménagement des villes au Cameroun. Ce programme a débuté en novembre 1994 par le ramassage des ordures à Yaoundé et Douala. Dans ce contexte, il est proposé de créer 4.920 emplois parmi la population cible ayant entre 18-30 ans.
En second lieu, une impulsion a été donnée aux politiques sociales municipales en faveur de l'emploi. Jusqu'en 1985, les communes avaient un impact très négligeable sur le marché du travail. Leur offre d'emploi ne représentait environ que 13,7 pour cent de l'offre totale de l'emploi public. Cette part des communes dans l'offre d'emploi a d'ailleurs progressivement baissé dans le temps. Ainsi, le ministre chargé de l'Administration territoriale a incité les municipalités à jouer un rôle plus décisif quant à la résorption du chômage.
Cette nouvelle impulsion, définie par une circulaire du 10 juin 1992
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adressée aux magistrats municipaux, a pour cible les jeunes. Les emplois susceptibles d'être confiés à cette catégorie de personnes concerneront tous les secteurs d'activité des municipalités. A cet égard, on note que, dans la province du Centre, les communes ont voté des crédits d'un montant total supérieur à 66 millions de FCFA pour la mise en uvre de ce programme. Cette mesure, combinée avec la plus grande autonomie des finances publiques communales, risque de donner à la politique locale de l'emploi une nouvelle réalité. Néanmoins, cette possibilité est liée à la capacité des communes à réaliser des prélèvements obligatoires substantiels et à mieux rentabiliser les services et équipements municipaux.
b) Les politiques d'accès à l'emploi privé et para-public
La crise économique a considérablement freiné la progression de l'emploi salarié, dans le mesure où les secteurs les plus touchés secondaire et tertiaire sont précisément ceux où la concentration de salariés est la plus forte. Ainsi, dans le secteur privé moderne, de nombreux emplois ont été supprimés à la suite de licenciements, fermetures d'entreprises et départs à la retraite anticipée
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. Par ailleurs, la révision des salaires à la baisse
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, les changements de l'âge de départ à la retraite et la limitation drastique des recrutements ont eu pour objectif de réduire la masse salariale dans le secteur public. Dès lors, le pouvoir d'achat des ménages a été réduit et, pour maints salariés, le niveau de vie est proche du seuil de pauvreté
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.
Il est à remarquer qu'au début de la crise, les salaires dans le secteur privé ont connu une apparente rigidité à la baisse qui peut s'expliquer par deux phénomènes. D'une part, dès l'apparition des premières difficultés en 1986-87, les entreprises privées ont procédé à des licenciements, leur permettant de continuer à verser aux travailleurs ayant conservé leur emploi un salaire nominal acceptable. D'autre part, le respect des équilibres comptables permet de maintenir la rationalité privée. Néanmoins, au cours de la période considérée, les salaires du secteur privé ont aussi subi une diminution appréciable, surtout en termes réels.
c) Les politiques d'accès à l'auto-emploi
Au Cameroun, l'équilibre du marché du travail urbain et rural est réalisé grâce à l'auto-emploi, notamment dans le secteur informel. En effet, ce dernier assure près des deux tiers des emplois urbains. Malgré tout, la promotion de l'emploi à propre compte n'a pas toujours fait l'objet d'une volonté politique bien affirmée de la part des pouvoirs publics qui, jusqu'à l'avènement de la crise, avaient accordé leur priorité au développement du secteur moderne, considéré comme le moteur de la croissance.
De ce fait, malgré quelques actions mise en place d'institutions spécialisées, dispositions réglementaires, autres mesures incitatives les résultats escomptés n'ont pas été à la hauteur des besoins. A cet égard, plusieurs facteurs ont handicapé le développement de l'auto-emploi: i) pratiques du secteur informel non conformes aux dispositions de certaines lois, comme le code du travail; ii) exigences des banques inadaptées
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; iii) organisation des marchés publics accordant très peu de place à la sous-traitance et peu d'attention à l'utilisation des matériaux et produits locaux; iv) demande des administrations et des collectivités locales se portant rarement sur les produits et services des artisans locaux.
Mais, en excluant du marché du travail des individus quel que soit le niveau de leur capital humain, la profondeur de la crise économique a incité le gouvernement, avec l'aide de la communauté internationale, à promouvoir un certain nombre d'actions. Premièrement, sur le plan institutionnel, un Fonds national de l'emploi (FNE) a été créé en avril 1990 dans le cadre de la Dimension sociale d'ajustement
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. Le FNE vise à: i) accroître les possibilités d'emploi; ii) diffuser les informations aux chercheurs d'emploi; iii) favoriser l'insertion, dans le circuit de production, des jeunes à la recherche d'un premier emploi; iv) favoriser la réinsertion des travailleurs licenciés pour des raisons économiques des entreprises du secteur public ou privé; v) concevoir, financer et suivre des programmes ayant trait à la formation sur le tas et à l'apprentissage, la formation formelle, l'auto-création d'emploi, l'appui à la création des micro-entreprises et éventuellement tout autre programme en fonction des besoins du marché de l'emploi
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. Le FNE offre également la possibilité d'accès à un crédit pour la réalisation de micro et petits projets pour les jeunes diplômés et les demandeurs d'emploi dotés d'un esprit d'entreprise
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. En fait, il semble que l'action du FNE ait été quelque peu entravée par les difficultés de financement que connaît cet organisme et le manque de liberté dans la prise de décision.
Deuxièmement, avec le concours technique de l'OIT et financier de l'USAID, un cadre réglementaire plus souple a été élaboré et vulgarisé afin de promouvoir des groupes d'initiative commune (GIC) aux côtés des sociétés coopératives. Il s'agit d'organisations à caractère économique et social de personnes physiques volontaires, réalisant, à travers le groupe, des activités communes
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. Dans ce contexte, afin de favoriser l'émergence de coopératives et de GIC, un Fonds chargé d'apporter un appui financier à la structuration, l'organisation et la gestion des organisations rurales coopératives, GIC ruraux dénommé Fonds d'appui aux organisations rurales FONDAOR a été créé. Actuellement, environ 7000 GIC ont déjà été enregistrés dans l'ensemble du pays, tandis que plus de 3000 demandes de subventions ont été reçues au FONDAOR
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.
Ainsi, une attitude plus positive à l'égard de l'entreprise informelle semble prévaloir au Cameroun. Dans ces conditions, les actions envisageables pour promouvoir ce secteur, pourraient être orientées dans deux directions. D'une part, la réduction graduelle des coûts institutionnels de création et de fonctionnement des entreprises informelles, à savoir: i) mesures destinées à réduire les délais d'identification et de localisation des institutions gouvernementales impliquées dans l'application des conditions légales de création et de fonctionnement des entreprises; ii) mesures destinées à réduire les délais d'exécution des formalités; iii) mesures destinées à garantir une grande transparence dans l'évaluation des obligations fiscales des opérateurs économiques du secteur. D'autre part, une meilleure intégration du secteur dans la planification économique et sociale du pays: i) la mise en place et/ou le renforcement de structures s'occupant du développement du secteur; ii) la mise en uvre de programmes d'appui ciblés aux entreprises du secteur. A cet égard, les crédits au démarrage, l'appui institutionnel et les crédits de formation sont des domaines où des changements sont souhaités.
B. Les politiques sociales d'accès à la terre
Conformément aux dispositions du régime foncier et domanial, le territoire camerounais est divisé en propriétés privées et domaines national, public et privé
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. L'Etat est à la fois un défenseur des droits de propriété et un gardien de toutes les terres, dont il veille au bon usage
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. A ce titre, il doit veiller à ce que, d'une part, le titre foncier soit «inattaquable», «intangible» et «définitif»
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, d'autre part, les biens du domaine public soient «inaliénables», «imprescriptibles», «insaisissables» et «non susceptibles d'appropriation privée».
En d'autres termes, le rôle de l'Etat n'étant pas d'attribuer des terres aux personnes qui en désirent, il n'existe pas véritablement de politique publique en la matière. Tout au plus, en tant que propriétaire foncier, l'Etat peut se dessaisir d'une partie de ses droits au profit d'une personne physique ou morale, mais dans des conditions fixées par la loi. C'est ainsi que les dépendances du domaine national peuvent être attribuées par voie de concession, bail ou affectation. De même, le domaine privé de l'Etat peut être attribué en jouissance ou en propriété à des personnes physiques ou morales. Mais, généralement, ces situations de cession de terrains de l'Etat, bien circonscrites dans l'espace et dans le temps, interviennent pour résoudre des problèmes particuliers problèmes démographiques ou socio-économiques, redéploiement des populations et ne relèvent pas, par conséquent, d'une politique préalablement bien définie.
Cette situation explique que plusieurs zones du pays soient vides zones de forêt notamment alors que d'autres sont surpeuplées. En effet, les zones de forêt étant généralement peu habitées, il est quasiment impossible pour un non autochtone d'y acquérir un lopin de terre en s'appuyant sur le fait que les zones en question relèvent du domaine national; il en est ainsi parce qu'il ne pourra pas prouver qu'il occupe le terrain avant août 1974. De plus, il faut noter la réticence de la plupart des habitants de la forêt à vendre leur terre. Il est probable que la construction d'infrastructures routières, en permettant de désenclaver des telles zones, induirait un nouveau dynamisme du développement et un changement quant aux processus d'accès à la terre.
C. Les politiques d'accès aux droits sociaux
L'éducation, la santé et le logement constituent des domaines privilégiés de toute action visant à lutter contre l'exclusion.
En premier lieu, l'éducation. Au Cameroun, le gouvernement a mené une politique d'expansion quantitative et qualitative de l'offre d'éducation afin de réduire les inégalités. Elle s'est concrétisée par la construction d'écoles et d'établissements secondaires et supérieurs, et par l'autorisation donnée à l'ouverture d'établissements d'enseignement privé. Toutefois, on observe que l'offre d'éducation est encore quantitativement insuffisante par rapport à la demande. En outre, des effets pervers en termes d'équité et d'efficacité ont été enregistrés à différents niveaux. Ainsi, le développement des écoles maternelles en milieu urbain, dû surtout à l'instigation du secteur privé, a accentué les disparités entre les couches sociales, les enfants en milieu rural n'ayant pas l'opportunité de bénéficier des disciplines d'éveil offertes à ce niveau par l'enseignement. De même, l'absence d'une planification et de distribution spatio-temporelle des écoles au niveau de l'enseignement primaire, a favorisé l'implantation incohérente d'établissements publics. Par ailleurs, les mesures de restructuration d'effectifs de l'enseignement n'ayant pas été appliquées (ces mesures prévoyaient la stricte scolarisation des enfants, au niveau primaire, de l'âge de 6 jusqu'à 14 ans), l'offre en ce domaine est restée insuffisance et inadéquate. Enfin, au niveau secondaire, la pléthore d'établissements publics dans les chefs-lieux de départements et d'arrondissements a porté préjudice à l'enseignement privé. La multiplication des collèges d'enseignement secondaire offrant plus de classes de 6eme et plus de places à pourvoir, a amené le secteur privé à fermer des écoles dans la mesure où le nombre limité des élèves inscrits a réduit les possibilités d'autofinancement.
Le financement public du secteur éducatif appelle des développements particuliers. Entre 1985-86 et 1989-90, le financement public vis-à-vis de l'éducation formelle a diminué de 20,5 pour cent; au cours de cette période, les dépenses de l'enseignement primaire, secondaire et supérieur ont baissé, respectivement, de 25,3 pour cent, 40,1 pour cent et 18,5 pour cent. A cet égard, des écarts sensibles apparaissent entre les différentes filières: effort financier important dans la filière science et technique du supérieur; effort financier accru vers l'enseignement secondaire général par rapport à l'enseignement secondaire technique. Or, l'enseignement secondaire technique étant essentiellement assuré par le secteur privé, l'offre reste limitée à cause du faible niveau des investissements
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.
S'agissant des conditions d'accès au système éducatif, il faut noter que l'enseignement public est resté gratuit à tous les niveaux jusqu'en janvier 1993, date à laquelle un taux forfaitaire d'inscription de 50.000 FCFA a été institué pour l'entrée à l'université. Quant à l'enseignement privé, il a appliqué une politique de libéralisation des prix et, jusqu'en 1976, chaque établissement de ce type fixait librement le montant de participation de chaque élève admis à s'inscrire. En 1981, la soumission de l'enseignement privé au régime fiscal entraîna une discrimination entre les différents types d'enseignement privé. Alors que l'enseignement privé confessionnel était exonéré de tous les droits, le gouvernement n'accordait ce privilège à l'enseignement privé laïc que pour deux impôts: la taxe d'apprentissage et l'impôt sur le chiffre d'affaires intérieur. Il leur restait à supporter les autres impôts patente, timbre proportionnel, taxe proportionnelle, surtaxe progressive; en outre, une grille de prix fut instaurée pour les établissements privés. L'intervention de l'Etat a eu pour conséquence de diminuer l'offre d'éducation assurée par l'enseignement privé. En effet, plusieurs établissements privés confessionnels ne pouvant plus supporter leurs charges ont transmis la gestion de leurs établissements à l'Etat pendant que ceux de l'enseignement privé laïc fermaient leurs portes. Pour le secteur public, la demande d'éducation devenait ainsi plus pressante. Les charges des personnels transférés et la maintenance des infrastructures appartenant à l'enseignement privé confessionnel accentuèrent le déficit du financement de l'éducation.
Depuis 1990, la crise économique a incité le gouvernement à réorienter sa politique de prix. La politique de recouvrement des coûts s'est caractérisée par une relative libéralisation des prix. Dans ce contexte, les associations de parents d'élèves, opérationnelles depuis longtemps et en avance sur les dispositions officielles, participent de plus en plus à la gestion du système par le biais des investigations multiples et des interventions dans le fonctionnement des établissements. L'Etat les a laissé évoluer en ONG autonomes, tout en prévoyant de renforcer le partenariat, au niveau de chaque structure décentralisée.
En ce qui concerne la formation professionnelle, l'offre semble avoir diminué régulièrement depuis 1987-88, tant dans le secteur public que dans le secteur privé où les institutions de formation sont localisées dans les entreprises. Mais, en l'absence de statistiques et de suivi dans les différentes administrations intéressées, il n'est pas aisé de dresser un bilan de l'éducation non formelle au Cameroun en 1995.
Conscient de l'inadéquation entre les structures scolaires et les structures de production, le gouvernement a cherché à favoriser l'accès à la vie active à chaque niveau d'enseignement. Dès 1971, une réforme des programmes de l'enseignement primaire "ruralisation de l'enseignement" fut lancée
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. Toutefois, cette réforme, dont le premier objectif était de faire de l'enseignement primaire un enseignement de masse pour toutes les couches sociales et tenant compte de la prépondérance de l'agriculture dans l'économie, ne fut acceptée ni par les partenaires internes du système enseignants et inspecteurs , ni par les parents; ces derniers estimaient que cette école formerait des sous-citoyens ou que cette orientation vers la vie active était précoce pour les jeunes de ce niveau d'enseignement.
Dans le secondaire, le gouvernement a également opté pour une orientation de la majorité des jeunes vers l'enseignement technique et la formation professionnelle, afin de former des agents de maîtrise. A cet égard, malgré son développement, l'enseignement technique est demeuré assez peu performant pour plusieurs raisons: i) couverture par le secteur privé encadrant plus de 80 pour cent des effectifs sans équipements appropriés; ii) maintien des filières traditionnelles préparant essentiellement à des emplois dans la fonction publique; iii) inexistence des plans de carrière et manque d'approche prospective, permettant d'identifier à l'avance des besoins en personnel et de planifier une formation professionnelle adéquat aboutissant à un déficit de personnel dans certains secteurs ou catégories.
Ainsi, l'insertion sur le marché du travail des jeunes formés dans le secteur non formel de l'éducation n'est pas aisée. Comme pour les diplômés de l'enseignement supérieur, les employeurs exigent d'eux une certaine expérience qu'ils n'ont pas. La formation technique et professionnelle, essentiellement dispensée dans le cadre scolaire, les prive d'une expérience que la formation en alternance (école/entreprise) aurait pu leur conférer. Les programmes de formation au niveau technique n'ont pas développé auprès des élèves le goût de l'initiative. Ils ont toujours été formés pour être des exécutants, des demandeurs d'emploi et non des promoteurs
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.
En deuxième lieu, la santé. Depuis l'indépendance, l'Etat camerounais a réalisé de nombreux efforts dans le domaine de la santé: formation du personnel médical et paramédical; augmentation constante du budget du ministère en charge de la santé publique; création de programmes de formation sanitaire
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. Ces efforts ont abouti à un recul notable de la morbidité et de la mortalité.
Cependant, compte tenu de la crise économique, le rôle de l'Etat dans le secteur de la santé tend à être confiné à celui d'administration, d'encadrement et d'orientation des programmes, élaborés par les organisations internationales au niveau régional ou national
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. Dans ce contexte, la médecine traditionnelle et l'automédication constituent des stratégies sanitaires particulièrement développées par les pauvres.
En vérité, il semble que l'Etat ait tenté de mettre sur pied une politique sectorielle de santé ayant plusieurs dimensions: i) intégration des soins à tous les niveaux du système; ii) rationalisation de la gestion des infrastructures, des équipements et du personnel; iii) accès à tous aux médicaments de base; iv) gestion décentralisée des services de santé et implication des communautés [PNUD, 1993]. En outre, à côté de ces stratégies conjoncturelles et transitoires, certaines initiatives ont permis de réorienter, de concevoir et de réaliser des programmes pratiques tels que la Santé maternelle et infantile (SMI), le Programme de vaccination élargi (PVE), la Réhydratation par voie orale, les Infections respiratoires aiguës (IRA), etc. A l'heure actuelle, le concept de «district de santé» est un aspect important de la politique nationale de santé.
En troisième lieu, le logement. D'après l'étude de Noisette, en 1989 les problèmes majeurs en matière de logement sont: i) l'accès au titre foncier lorsque l'on dispose d'un logement 36,1 pour cent de la population; ii) l'accès à la propriété lorsque l'on n'a pas de logement 40,5 pour cent de la population [Noisette et col., 1989]. Dans le premier cas, aucune véritable action n'a été engagée. En 1993, le rapport sur le développement humain au Cameroun, relevait encore l'insuffisance d'accès au titre foncier comme étant l'un des facteurs majeurs des dysfonctionnements urbains au Cameroun
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. L''insuffisance des parcelles loties et titrées favorise l'habitat spontané. Par contre, dans le second cas, deux actions permettant de réduire l'ampleur de la location ont été développées: l'auto-production et la logique de marché. L'auto-production est la réalisation du logement par le propriétaire, avec l'appui de sa famille ou de techniciens occasionnels. C'est la formule dominante dans la production de logements
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. La logique de marché comporte une double orientation, publique et privée. L'orientation publique est menée par un ensemble d'institutions
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; bien qu'ayant beaucoup de valeur, elle est jusqu'alors faible et sans impact majeur. L'orientation privée reste quant à elle insignifiante et ne concerne que quelques organismes.
2. Groupes vulnérables et intégration sociale
Au Cameroun, la lutte contre l'exclusion sociale a toujours été considérée comme une action dévolue à l'Etat, en particulier le ministère chargé des Affaires sociales et de la condition féminine (MINASCOF). Avant l'avènement des plans d'ajustement structurel, cette politique était motivée et déterminée par des considérations idéologico-politiques. Mais, la récession économique implique qu'elle puisse répondre à des besoins de plus en plus pressants et croissants avec des ressources de moins en moins appropriées. A cet égard, trois domaines ont fait l'objet d'une intervention particulière: la protection de l'individu et de la famille; la promotion féminine; la réinsertion sociale.
A. Ciblage et action
Les exclus sociaux faisant l'objet de programmes d'intégration sociale peuvent être regroupés en quatre catégories: i) les exclus du fait d'une tare congénitale ou acquise les handicapés; ii) les exclus du fait de l'adoption ou du maintien d'un mode de vie les Montagnards et les Pygmées; iii) les jeunes de la rue; iv) les femmes. Dans ce contexte, les différents programmes d'intégration sociale sont les suivants: i) mesures législatives et réglementaires visant à rectifier les dispositions discriminatoires et à octroyer des avantages aux exclus; ii) promotion socio-économique matérialisée par la mise sur pied de programmes spéciaux d'appui encadrement, subvention aux activités des groupes cibles, de manière à promouvoir leur autonomie et leur intégration dans les circuits de production; iii) action sur les préjugés développés par les exclus sur leurs conditions, dans la mesure où ils sont aussi des facteurs d'exclusion.
B. Moyens d'intervention et efficacité
En ce qui concerne les programmes de lutte contre l'exclusion, l'aide des Services territoriaux, le MINASCOF semble assurer une couverture acceptable du territoire national. Malgré la difficulté à quantifier les moyens, on notera que les assistants sociaux, les animatrices rurales et le personnel d'appui mis à disposition par d'autres administrations constituent l'essentiel des ressources humaines. Les aspects financiers sont couverts par le budget de l'Etat, les subventions et l'aide multilatérale et bilatérale. Cependant, on observe une réduction progressive des moyens nationaux; par exemple, la seule institution de formation des assistants sociaux est fermée depuis 1990 et, pour l'exercice en cours, le budget a été réduit d'environ 35 pour cent. Dans ces conditions, la lutte contre l'exclusion sociale au Cameroun sera de plus en plus dépendante des financements extérieurs.
Par ailleurs, plusieurs types de collaborateurs et de partenaires sont impliqués: i) les agences des Nations Unies qui financent des programmes et fournissent une expertise technique
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; ii) des organismes non gouvernementaux et autres uvres sociales privées, des organismes missionnaires et des réseaux de volontariat internationaux qui financent et apportent l'expertise technique
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; iii) des organismes non gouvernementaux et des associations locales, dépendant des financements locaux et étrangers, qui jouent un rôle fondamental de relais entre le MINASCOF et ses cibles; iv) des administrations et autres organismes publics.
L'absence d'une tradition d'évaluation des programmes au MINASCOF ne permet pas une appréciation précise
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. Mais, le dynamisme de certains programmes d'insertion sociale handicapés et intégration des femmes au développement contraste avec la faible ampleur des autres actions Pygmées, Montagnards et jeunes de la rue.
Dans les pays assujettis aux programmes d'ajustement, le défi majeur de la lutte contre l'exclusion sociale dans les années 2000 sera de résoudre les problèmes de financement. Actuellement, compte tenu de son irrégularité et sa condition, la prédominance du financement extérieur est quelque peu inquiétante. A cet égard, il apparaît urgent de développer des formes de concertation entre les partenaires des programmes. Par ailleurs, la lutte contre l'exclusion sociale devra aller au-delà des aspects instrumentaux de l'exclusion de manière à prendre en charge également le vécu psychologique des exclus et surtout de procéder au décryptage systématique des dynamiques sociales porteuses des mécanismes d'exclusion. Cette nouvelle approche est susceptible d'apporter un nouveau souffle aux programmes actuels.
II. Esquisse de stratégies alternatives d'intégration sociale
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Si la réduction de la pauvreté implique une croissance économique rapide, cette dernière doit être suffisamment équitable pour ne pas entraîner la marginalisation des couches défavorisées de la population. La création d'emplois nouveaux, ainsi que la protection de ceux déjà disponibles, sont des éléments clés de cette stratégie. Le plus important est de déclencher un processus de croissance répondant à des critères précis et d'investir dans les ressources humaines pour un véritable développement à la base, agissant sur la satisfaction des besoins fondamentaux d'éducation et de formation pour tous, d'emplois pour la majorité, de bien-être général.
1. Moyens d'existence et intégration sociale
Les stratégies destinées à réduire la pauvreté et à créer un environnement propice à la promotion de l'emploi devraient englober un certain nombre d'aspects de la politique nationale aux niveaux rural et urbain.
A. Intensification du développement rural
La pauvreté au Cameroun étant dans une large mesure un phénomène rural, les stratégies qui visent à la réduire passent par une répartition équitable des terres et des ressources agricoles. L'accès à la terre est difficile pour certains groupes, les jeunes et les femmes notamment. Ceux-ci héritent difficilement, et les jeunes n'accèdent à la propriété foncière qu'au décès des aînés. Certains régions denses connaissent aussi une surexploitation des terres. Toutes ces questions méritent d'être examinées dans le cadre d'une réforme agraire.
A moyen et à long terme, la lutte contre le chômage et le sous-emploi en milieu rural suppose que l'on réexamine la modernisation de l'agriculture et la création d'emplois productifs à travers les petites et moyennes entreprises rurales. Si le Cameroun possède d'énormes potentialités dans le secteur rural, des problèmes matériels et humains limitent les réalisations.
a) Le développement des petites et moyennes entreprises rurales
Le recul de la pauvreté dans les zones rurales implique une prise de conscience, aussi bien des pouvoirs publics que de la société tout entière, du rôle fondamental pour l'avenir de ces zones et de leur capacité d'y faire vivre dans de bonnes conditions les générations futures.
Pour soutenir le développement des petites et moyennes entreprises rurales, il serait nécessaire d'avoir des orientations prioritaires portant sur la mécanisation agricole petites et moyennes entreprises de production de matériel agricole et de services , la transformation, le stockage et le conditionnement, en liaison avec les centres ruraux de technologie. En outre, une simplification et une amélioration de l'information concernant les mesures fiscales et les procédures d'obtention des crédits sont indispensables. En effet, dans ce domaine, les politiques devraient avoir pour objectifs de: i) revaloriser le métier d'agriculteur en lui donnant sa noblesse et sa fierté; ii) former le paysan aux différentes fonctions complémentaires de l'agriculture; iii) faire émerger de véritables responsables paysans dans le cadre d'organisations rurales professionnelles; iv) créer un cade institutionnel et réglementaire approprié, susceptible de favoriser le développement et l'épanouissement des organisations rurales professionnelles; v) faciliter la coordination des actions au profit des organisations rurales professionnelles.
C'est une politique qui devrait s'efforcer de promouvoir une véritable professionnalisation du monde rural dans un environnement caractérisé par la connaissance. Cette professionnalisation se définirait à la fois comme une bonne maîtrise des filières dans lesquelles on évolue maîtrise des techniques de production de transformation et de la distribution et une bonne capacité de défense de ses intérêts.
Dans ces conditions, plusieurs actions prioritaires pourraient être engagées. Premièrement, une meilleure information et formation des membres des organisations rurales groupes d'initiative commune, petites et moyennes entreprises, coopératives qui, comme toute structure socio-économique, ont besoin de données multiples environnement socio-économique et législatif, marchés, prix, techniques de production, existence et capacités des services d'appui, etc. Deuxièmement, une formation adéquate de membres de ces organisations, dans tous les domaines, permettra de mieux asseoir et rentabiliser leurs activités
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. Troisièmement, la recherche d'autres voies de financement institutions et procédures adaptées aux besoins du monde rural est rendue nécessaire, compte tenu des réticences du système bancaire classique à investir dans le domaine agricole dont il estime la gestion onéreuse et les risques élevés. Quatrièmement, une amélioration de la productivité agro-pastorale, passe par la création de programmes de recherche de variétés de semences et des pesticides, ainsi que par la vulgarisation des techniques d'utilisation actuelles et à venir: stockage, conditionnement et conservation des produits.
b) Le rehaussement de la productivité agricole
Malgré l'existence de techniques améliorées, la productivité rurale reste très faible au Cameroun, comparativement à celle des pays du Sud-Est asiatique et même à celle de certains pays africains. Dans ces conditions, favoriser l'augmentation de la productivité agro-pastorale constitue une orientation clé en matière de développement.
Compte tenu d'importantes pertes observées avant, pendant et après les récoltes des produits agricoles, en général, et des produits vivriers, en particulier, une des actions à envisager consisterait à vulgariser les techniques de stockage, de conditionnement et de conservation des produits agricoles, afin de promouvoir des techniques plus rentables et adaptées. De même, le faible rendement de la plupart des variétés actuellement cultivées implique une vulgarisation des semences améliorées, plus adaptées à l'environnement, aux habitudes et aux besoins alimentaires des populations. De plus, de manière à réduire la destruction des champs par les parasites, il importe de vulgariser les techniques d'utilisation des pesticides et celles de surveillance de leurs effets néfastes sur la production agricole et l'environnement.
Enfin, une intensification des infrastructures rurales de transport est à promouvoir. En effet, un des facteurs de démobilisation des populations rurales est l'absence d'un système de transport et de communication en bon état, facilitant la collecte et la distribution des produits agricoles. L'existence de ces infrastructures faciliterait les échanges commerciaux entre les zones de production et celles de consommation.
c) Le développement de l'auto-emploi
La promotion de l'auto-emploi appelle des actions spécifiques en matière de formation des formateurs tant en quantité qu'en qualité et de localisation des nouveaux établissements dans les zones rurales, permettant à la formation agricole d'allier étroitement savoir et savoir-faire et d'amorcer la restauration des services de vulgarisation agricole. De même pour les jeunes diplômés sans emploi, un ensemble de mesures pourraient être prises dans la perspective de la création d'entreprises: bourses pour la mise au point des projets, par exemple.
Dans cette perspective, l'Etat devra consolider la performance du secteur informel, car l'emploi indépendant offre actuellement de réelles possibilités de lutte contre le chômage. A cet égard, l'esprit coopératif doit être suscité chez les différents acteurs, afin qu'ils puissent rapidement s'organiser pour accéder facilement au crédit.
Par ailleurs, l'Etat devrait se désengager du secteur productif et ne jouer qu'un rôle de régulateur; en particulier, l'Etat pourrait contribuer à développer une nouvelle approche de coopération internationale ou régionale en matière d'emploi, en ayant pour cible les organisations non gouvernementales nationales et/ou internationales. En outre, il conviendrait de favoriser la création, le cas échéant, d'un corps de volontaires camerounais à même de communiquer leurs expériences aux jeunes et d'appuyer les initiatives à la base.
d) La dynamisation de l'activité des femmes
Le meilleur moyen pour la femme camerounaise de lutter contre la pauvreté et l'exclusion est de participer davantage aux activités économiques et aux instances de décisions. Dans cette optique, lutter contre les facteurs qui limitent la participation implique, notamment, l'allégement des tâches domestiques et ménagères, la maîtrise de la maternité, l'amélioration des qualifications professionnelles et enfin l'élimination de certains préjugés de la société.
Premièrement, sur le plan de la maternité, un renforcement du programme de planification familiale permettrait un meilleur espacement des naissances, un suivi des grossesses et un développement des soins maternels et infantiles. En effet, accroître le taux d'activité des femmes suppose faciliter leur accès à la santé et les libérer partiellement des soins consacrés aux enfants.
Deuxièmement, sur le plan éducatif, des actions doivent être menées de manière à faire évoluer l'image que la société a de la femme, à élever le niveau d'instruction de celle-ci et à éliminer la discrimination sexuelle.
Troisièmement, la participation active des femmes aux activités économiques en milieu rural peut être rehaussée en réduisant progressivement les difficultés d'accès aux moyens de production terre, technologie, intrants et capital. A cet égard, deux orientations peuvent être envisagées: i) améliorer l'approvisionnement en eau et en électricité en milieu rural, tant pour l'irrigation que pour la consommation, en tenant compte du fardeau que représente le transport quotidien de l'eau; et ii) faciliter l'accès des femmes aux crédits en vue de l'acquisition des moyens de production nécessaires à l'augmentation de la production agricole.
B. Dynamisation des marchés du travail urbain et rural
La dynamisation des marchés du travail urbain et rural appelle la mise en uvre de politiques à court, moyen et à long terme.
a) Les stratégies à court terme
A court terme, les nouvelles politiques économiques devront contribuer à fournir des revenus minima aux groupes vulnérables sur le marché du travail, notamment pendant la période de transition inhérente à l'ajustement structurel.
En premier lieu, il s'agit de créer des emplois nouveaux, même si ces derniers sont temporaires
(Endnote 117)
. A cet effet, le secteur informel peut jouer un certain rôle, tout comme les travaux d'intérêt communautaire et à haute intensité de main-d'uvre, tant au niveau des collectivités publiques locales qu'au niveau des entreprises privées. Mais, les possibilités du secteur informel ne doivent pas être surestimées, dans la mesure où il englobe maintes activités marginales. Dans ce contexte, il est probable que les activités de transformation et de réparation ont davantage la capacité d'absorber une partie des diplômés et des sortants du système de formation que les autres activités pour la plupart saturées.
En second lieu, les mesures à court terme devront contribuer à une meilleure protection du marché du travail et à la maîtrise des effectifs de la fonction publique et de la masse salariale. A cet effet, plusieurs orientations sont souhaitables: i) systématisation des contrats à durée limitée pour les expatriés; ii) poursuite du gel des recrutements dans la fonction publique, sauf pour les secteurs sensibles éducation, santé , les jeunes encore en formation devant être orientés vers les professions libérales et le travail indépendant; iii) automatisation des retraites en fonction de l'âge et de la durée d'activité, avec pour corollaire la disparition des maintiens en poste pour nécessité impérieuse de service; iv) encourager les départs en retraite, même volontaires
(Endnote 118)
.
b) Les stratégies à moyen et long terme
Il apparaît nécessaire de dynamiser les secteurs clés du plan directeur d'industrialisation agriculture, exploitation minière et transformation du bois.
Par ailleurs, il importe de renforcer les activités du Fonds national de l'emploi, le système de formation technique et la professionnalisation de l'enseignement. Dans ce dernier cas, les déperditions scolaires doivent s'insérer sur le marché du travail, grâce à une formation adaptée à leur environnement; à cet égard, la "ruralisation de l'enseignement", qui constituait une des réformes des années soixante-dix, devra être repensée et soutenue. En outre, l'identification des filières techniques, en fonction des zones agro-écologiques, devront contribuer à la création des structures de formation bois dans la zone forestière, cuir dans la région de savane, etc.
2. Droits humains et intégration sociale
Compte tenu de la nature de l'exclusion sociale au Cameroun, les politiques de santé et d'éducation présentent un vif intérêt.
A. Promouvoir l'accès à la santé
Sur le plan sanitaire, de nombreuses politiques ont été mises en place pour essayer de corriger les disparités d'accès aux prestations médicales ou pour augmenter la couverture sanitaire des populations. Mais, les mutations socio-économiques récentes rendent incertain le succès de telles initiatives. Il est désormais urgent de proposer de nouvelles stratégies pour limiter l'exclusion sanitaire des couches sociales défavorisées. Dans ce secteur du développement humain, quelques solutions peuvent être proposées.
Premièrement, il s'agit de réduire les déséquilibres dans la répartition des infrastructures de santé, non seulement en augmentant la capacité du parc sanitaire national, mais également en s'assurant que la localisation géographique de ces infrastructures est rationnelle. De même, il importe de réduire les déséquilibres régionaux ou urbains/ruraux dans la répartition des lieux de soins. Dans cet esprit, la nouvelle répartition géographique des formations sanitaires ne devrait pas tenir compte uniquement de leur rentabilité financière, mais également de la taille de la population totale de la localité.
Deuxièmement, la maîtrise de la dégradation de l'environnement est une nécessité. Le développement de l'hygiène et la gestion des déchets sont des éléments susceptibles de favoriser un meilleur environnement sanitaire.
Troisièmement, l'intervention du secteur privé dans le domaine de la santé doit être encouragée. Avec l'augmentation des taux de morbidité générale, il existe une forte pression de la demande sur l'offre médicale. Or, actuellement, très peu de formations sanitaires publiques bénéficient de subventions de l'Etat et, de ce fait, leurs services sont désormais payants. L'objectif est de favoriser les possibilités d'accès aux soins à moindre coût des couches sociales vulnérables. Des recherches récentes sur le phénomène des «pharmacies de rue» montrent la dynamique des stratégies informelles d'accès aux médicaments, même si des réserves sont émises par les professionnels de la pharmacopée sur la qualité et l'efficacité thérapeutiques de ces produits, parfois distribués sans grande précaution. De telles stratégies devraient être encouragées si l'on considère qu'elles représentent pour les patients sans ressources importantes un moyen d'accéder plus aisément aux médicaments. D'ailleurs, si ces «pharmacies de rue» répondent aux besoins sanitaires de nombreux malades démunis, elles sont également pour les chômeurs, les jeunes ruraux et la jeunesse diplômée ou déscolarisée, une source de revenus.
B. Promouvoir l'accès à l'éducation
En premier lieu, en matière d'éducation formelle, plusieurs orientations peuvent être suggérées. Tout d'abord, la désarticulation de la planification et de l'administration scolaire altère le fonctionnement actuel du système éducatif et exige une décentralisation de l'administration. De plus, il semble indispensable de dynamiser le secteur privé pour créer des établissements et de faciliter l'accès des formateurs du secteur privé aux écoles normales du secteur public.
Ensuite, afin de limiter le déclin des rendements interne et externe de l'éducation, il importe de prévenir tout risque d'affaiblissement du taux actuel de scolarisation au niveau primaire; en outre, pour améliorer progressivement la qualité intrinsèque de l'enseignement, une refonte du système d'évaluation ainsi que des cours de recyclage des enseignants semblent indispensables. Mais, une synergie doit exister entre l'éducation formelle et l'éducation non formelle. A cette fin, il pourrait être opportun de professionnaliser les différents niveaux d'enseignement, en institutionnalisant une formation en alternance entre l'école et l'entreprise, en assurant une révision périodique des programmes et en mettant sur pied une politique de maintenance permanente des infrastructures et équipements des établissements, en liaison avec les programmes de formation technique et professionnelle. Le maintien de l'offre d'éducation passe par l'élaboration d'une politique de formation des formateurs tenant compte des besoins des employeurs. Ajoutons que des mesures incitatives pour faciliter l'accès des filles à l'école doivent être prises.
Enfin, la faible participation des différents agents économiques au financement de l'éducation nécessite une refonte de la politique actuelle en la matière. En effet, les bourses devraient être attribuées sous forme d'assistance aux étudiants, à la fois performants et d'origine sociale défavorisée, et apparaître comme un élément incitatif de promotion de l'expertise nationale dans les domaines prioritaires du développement économique. La politique de financement des établissements scolaires doit encourager les initiatives des associations partenaires. Afin de favoriser le marché de l'éducation, des conditions particulières doivent être aménagées auprès d'institutions financières nationales pour le financement de l'éducation par les ménages et les entreprises. En outre, l'amélioration de l'efficacité de l'enseignement implique une plus grande coordination entre la politique de financement, les organisations non gouvernementales et les bailleurs de fonds. L'obtention d'un coût optimal collectif de l'éducation exige un renforcement des mesures de restructuration des effectifs à tous les niveaux d'enseignement, ainsi que l'uniformisation des critères techniques des constructions à partir des matériaux locaux. L'inégalité des ressources entre les niveaux d'enseignement demande un réaménagement des dépenses entre les différents niveaux et une affectation judicieuse des ressources financières selon les différents postes.
En second lieu, l'éducation non formelle exige des mesures particulières. Dans ce domaine, la réorganisation de la formation professionnelle n'étant pas encore finalisée, le ministère du Travail a adopté des mesures transitoires en vue d'apporter une solution à la rigidité des textes en vigueur
(Endnote 119)
. A cet égard, l'une des idées est de libéraliser le secteur de la formation professionnelle et de faciliter l'ouverture des centres privés de formation professionnelle. L'octroi d'agréments au secteur privé élargit le panel des acteurs de la formation professionnelle et se justifie par la réalité du marché du travail, caractérisé par la régression de l'emploi salarié. La politique actuelle tend à permettre à chacun de se former à un métier et à s'installer à son propre compte.
Outre cette perspective à court terme, il importe de considérer que le développement industriel repose sur la maîtrise des technologies de plus en plus diversifiées, et que la main-d'uvre camerounaise est très mal formée pour occuper des emplois industriels. Dans ces conditions, à plus long terme, l'une des actions prioritaires en matière de formation et d'emploi devrait être le développement de la formation technique et professionnelle industrielle et l'orientation des jeunes vers les filières d'enseignement industriel.
Pour y parvenir, trois étapes semblent indispensables. Tout d'abord, collecte et divulgation d'informations sur l'emploi et la formation. En effet, une meilleure connaissance des relations entre la formation et l'emploi nécessite la diffusion régulière d'informations par le biais d'investigations systématiques et la mise en place de dispositifs de suivi et d'exploitation des sources traditionnelles d'informations. Ensuite, la création d'une commission permanente de la formation et de l'emploi. En l'absence d'une structure nationale qui serait étendue au secteur privé de concertation en matière d'emploi, de formation technique et professionnelle, la Commission nationale de «camerounisation» des emplois et le Conseil national de la formation professionnelle mériteraient d'être redynamisés. Ces institutions pourraient contribuer au développement d'une réflexion sur la promotion et la valorisation des compétences, acquises par la population, et sur la formulation d'orientations en matière de politiques de formation et d'emploi des nationaux. Enfin, les capacités de planification des structures, chargées de la gestion du marché du travail et de la formation professionnelle, mériteraient d'être renforcées. En effet, l'administration chargée de la gestion du marché du travail et de la formation professionnelle a une connaissance limitée de ces domaines, en particulier au niveau du secteur privé, et ne contrôle qu'une part des flux du recrutement. Le secteur rural, le secteur informel et une partie non négligeable du secteur moderne privé sont ignorés de cette administration. De ce fait, les moyens financiers, matériels et humains devraient être mis à la disposition de ces structures, afin d'améliorer l'état de l'information, de permettre la formulation de politiques et de programmes d'action et d'évaluer leurs résultats. Dans ce contexte, la création d'un organe de gestion de la formation professionnelle tripartite pourrait s'avérer utile.
Endnote 88:
Même si les arbitrages budgétaires n'ont toujours pas été réalistes; en 1994, le rapport dépenses militaires/dépenses d'éducation et de santé était de 51 pour cent.
Endnote 89:
D'une part, l'accès aux emplois de la fonction publique a été réglementé en fixant des quotas par ethnie lors du recrutement des fonctionnaires et des agents de l'Etat. Ces quotas, fixés au prorata des populations de chaque ethnie, ont pour but de s'assurer que toutes les ethnies ont équitablement accès aux emplois de la fonction publique. Or, cette politique d'intégration dans la fonction publique a montré ses limites, les recrutements, notamment pour les emplois subalternes, étant fortement dépendants de lobbies ethniques et autres associations tribales. D'autre part, l'Etat a fixé des salaires minima, par rapport au diplôme obtenu, en ayant le souci d'assurer à toutes les populations un accès au bien-être dans une économie dominée dans les premiers temps de l'industrialisation par le capital étranger.
Endnote 90:
On peut signaler qu'au cours de la période de planification de l'économie (1960-1986), l'emploi n'a pas été considéré comme un objectif de développement, mais plutôt comme un sous-produit de la croissance.
Endnote 91:
Lettre-circulaire n3366/LC/MINAT/SG du 10 juin 1992.
Endnote 92:
On estime approximativement que le secteur privé moderne a perdu 20.000 emplois; ce chiffre peut en pratique être assimilé au nombre d'emplois perdus depuis la crise.
Endnote 93:
Cette mesure, appliquée dans le cadre de la politique contractuelle mise en place par le gouvernement, vise à sauver les emplois (article 40 du code du travail).
Endnote 94:
La dévaluation du franc de Janvier 1994 est venue amplifier la baisse du pouvoir d'achat des salariés.
Endnote 95:
Seul, le groupe Bamiléké grâce à son système de tontines a réussi à contourner cet handicap.
Endnote 96:
Avec le financement de la Banque mondiale et de la Banque africaine de développement.
Endnote 97:
Les activités de formation du Fonds se font essentiellement à travers l'utilisation payante des centres publics ou privés existants.
Endnote 98:
Environ 1,5 à 20 millions de francs.
Endnote 99:
Outre la loi de 1990 sur les régimes privilégiés du code des investissements, il s'agit de la loi n92/006 du 14 août 1992 relative aux sociétés coopératives et aux groupes d'initiative commune.
Endnote 100:
Et environ 80 millions de FCFA de subventions accordées.
Endnote 101:
Etat et autres personnes morales du droit public.
Endnote 102:
L'article 1er de l'ordonnance fixant le régime foncier dispose: i) l'Etat garantit à toutes les personnes physiques ou morales possédant des terrains en propriété, le droit d'en jouir et d'en disposer librement; ii) l'Etat est le gardien de toutes les terres; il peut, à ce titre, intervenir en vue d'assurer un usage national ou pour tenir compte des impératifs de la défense ou des options économiques de la nation.
Endnote 103:
Article 1er du décret n°76-165 du 27 avril 1976, fixant conditions d'obtention du titre foncier.
Endnote 104:
Bien que ces dernières années, l'Etat ait consacré d'importants moyens pour la construction de six lycées techniques et la formation d'enseignants.
Endnote 105:
Elle visait à faire de «l'école primaire un lieu qui prépare les enfants à affronter les réalités de la vie professionnelle ou technique, ou qui permette d'accéder à des niveaux de connaissances élevés». Les programmes furent retouchés, les enseignants recyclés pour le premier niveau de l'école primaire, les livres solaires produits localement.
Endnote 106:
Ajoutons que la formation professionnelle dans le secteur public n'a pas tenu compte du gel des recrutements dans la fonction publique, ce qui explique la fermeture de certaines écoles. A cet égard, la législation camerounaise réglemente la formation professionnelle en prélevant une taxe sur l'apprentissage, collectée par l'Etat mais versée intégralement aux Centres de formation professionnelle.
Endnote 107:
A titre d'exemple, le nombre des structures de santé est passé de 1.533 formations hospitalières en 1971 à 2.038 en 1991 [PNUD, 1993].
Endnote 108:
PNUD, UNICEF, Banque mondiale, OMS.
Endnote 109:
PNUD [1993]. Le problème de l'accès au titre foncier est également important en milieu rural: 85,3 pour cent de la population rurale. Cette exclusion s'explique par les mêmes raisons que celles évoquées à propos du milieu urbain.
Endnote 110:
Noisette estime qu'elle couvre à peine 10 pour cent de la demande d'accès à la propriété.
Endnote 111:
Société immobilière du Cameroun, Mission d'aménagement des terrains urbains et ruraux, etc.
Endnote 112:
BIT, PNUD, UNICEF, UNIFEM.
Endnote 113:
GTZ (Allemagne), SNV (Hollande), AFVP (France), ACDI/OSDE (Canada).
Endnote 114:
C'est seulement depuis 1993 que la Cellule statistique et informatique de la Division des études de la planification et des projets publie des données encore très parcellaires sur la demande et l'offre des services.
Endnote 115:
Certaines des stratégies proposées sont inspirées de ministère du Travail-OIT [1995] et ministère de l'Agriculture-OIT [1995].
Endnote 116:
D'ailleurs, devant le désengagement amorcé de l'Etat du monde rural, la nécessité de favoriser l'émergence des structures privées d'appui et d'encadrement s'impose.
Endnote 117:
Par exemple, le «Programme social d'urgence».
Endnote 118:
Ce qui nécessite: (i) la revue des principes de calcul des pensions pour que la retraite soit un facteur d'élimination de la pauvreté; (ii) un attrait des primes de départ à la retraite (surtout volontaire) en mettant sur pied une structure appropriée de reconversion efficace, susceptible d'encourager l'emploi indépendant.
Endnote 119:
Arrêté nº 022/Mtps/Dmo/Sdfop/Stc du 28 mai 1993.
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