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L'exclusion sociale au Cameroun
CHAPITRE 4: Accès à la terre et exclusion sociale

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L'attachement à la terre pour plusieurs groupes ethniques camerounais a un caractère mythique et sacré. Ainsi, tout individu qui meurt doit être inhumé dans son terroir d'origine, même s'il est né en dehors de celui-ci. Par conséquent, cette personne doit, de son vivant, pour éviter de se voir refuser ce droit, cet honneur et ce privilège, maintenir des rapports étroits avec son village. Dès lors, pour ces peuples-là, se séparer définitivement ou temporairement de leurs terres équivaut à une rupture du lien social et à une exclusion.

Mais, cette perception sociale et traditionnelle de la terre est presque toujours accompagnée d'une perception économique selon laquelle la terre est un facteur de production, une source de vie, surtout dans le monde rural. En effet, l'écrasante majorité des ruraux camerounais (Endnote 81) tirent leur subsistance de la terre. Dès lors, pour un groupe ethnique ou une composante de ce dernier, il existe une tentation de s'accaparer des terres disponibles ­ ou du moins des meilleures ­ par des moyens variés ­ force, négociation, etc. En cas de réussite, il en résulte une concentration de celles-ci entre les mains de quelques personnes ou groupes de personnes puissantes ­ puissance guerrière, politique, financière ­ avec pour corollaire une diversification des modes d'exploitation ­ à titre définitif, temporaire ou autre ­ génératrice de spécialisation accrue de l'activité des ménages ruraux.

Dans ce contexte, la présente recherche se propose, en s'appuyant particulièrement sur les investigations empiriques réalisées, d'appréhender le phénomène d'exclusion de la terre par rapport, d'une part, à certains groupes ethniques autochtones et allogènes des provinces du Centre (Béti) et de l'Ouest (Bamiléké et Bamoun) et, d'autre part, au mode d'exploitation de la terre ­ planteur, cultivateur, éleveurs et autres.

I. Appartenance ethnique, occupation et exclusion

1. Disponibilité des terres et exclusion

A. Disponibilité des terres et appartenance ethnique

Au Cameroun, la disponibilité de la terre varie selon les provinces et les groupes ethniques. Ainsi, la terre est relativement plus abondante dans la province du Centre ­ zone de forêt secondaire à faible densité de population ­ que dans la province de l'Ouest ­ zone de savane à forte densité de population. En outre, dans la province du Centre, les Eton et les Manguissa ­ groupe ethnique Béti ­ vivant dans le département de la Lékié caractérisé par les fortes densités de population, souffrent beaucoup plus du manque de terres que les autres groupes ethniques se trouvant dans cette même province. De même, dans la province de l'Ouest, les Bamoun, occupant surtout de grandes exploitations agricoles où la terre est la propriété du sultan, sont relativement plus défavorisés en termes de terres que les Bamiléké.

Les résultats de l'enquête confirment cette structure; en effet, si 60,6 pour cent des individus interrogés déclarent disposer de suffisamment de terres, parmi ces derniers la répartition est de 74,3 pour cent, 64,3 pour cent et 57,1 pour cent, respectivement, pour les Bamiléké, les Béti et les Bamoun. Mais, au sein de ces groupes ethniques, on observe une exclusion plus prononcée pour les allogènes, les jeunes et les femmes. L'indisponibilité des terres dont sont victimes ces deux derniers groupes s'explique par le fait que celles-ci appartiennent au chef de famille, généralement le père. Le jeune, ne pouvant hériter de ce dernier qu'après la mort de celui-ci, doit continuer à travailler avec le chef de ménage. De même, la femme, ne devenant pas automatiquement héritière des terres de son mari après la mort de celui-ci, est exclue de l'opportunité d'exercer des activités agraires. Dans ces conditions, ces trois catégories de personnes ­ allogènes, jeunes et femmes ­ sont incitées à recourir à d'autres moyens pour accéder à la terre, malgré sa relative abondance.

B. Disponibilité des terres et occupation

Au Cameroun, comme dans maints pays d'Afrique, trois modes d'exploitation de la terre dominent: i) la plantation pour exploiter des cultures de rente; ii) le champ pour produire des vivres d'origine agricole; iii) les zones de pâturage pour l'élevage. Par conséquent, dans le secteur rural, la structuration des statuts est organisée selon les planteurs, les cultivateurs et les éleveurs. Nécessairement, le problème de la disponibilité des terres est plus aigu pour les planteurs, compte tenu de la nature de leur activité. Il en est de même pour les éleveurs ­ localisés surtout à l'ouest ­ dont l'activité dans les fermes requiert une disponibilité et abondance des terres sur une période relativement longue. Par contre, les cultivateurs sont moins exposés au problème de la disponibilité des terres, dans la mesure où ils ont la possibilité de pratiquer des cultures de courte durée (Endnote 82)

.

Les résultats de l'enquête montrent que 64,9 pour cent des Béti interrogés sont planteurs, contre 27 pour cent pour les Bamiléké et 6,4 pour cent pour les Bamoun (tableau A12). Cette répartition peut s'expliquer, en partie, par la plus ou moins grande disponibilité des terres observée selon les groupes ethniques. Toutefois, d'autres éléments doivent être pris en compte. D'une part, en ce qui concerne les Béti, il est à remarquer qu'ils sont très attachés au cacao et, dans une moindre mesure, au café, cultures de rente par excellence. Dans ces conditions, ne pas disposer d'une cacaoyère pour un Béti signifie être un «raté». D'autre part, le fait que l'enquête ait touché uniquement des ménages marginaux et que la plupart des terres appartiennent aux grands exploitants pour les Bamoun, expliquent leur très faible proportion en tant que planteurs. En fait, malgré cette réserve, il semble exister une certaine relation entre la disponibilité de terre, l'appartenance ethnique et l'occupation.

Ainsi, les planteurs, majoritairement Béti, disposent de plus de terres par rapport aux Bamiléké et aux Bamoun, qui eux sont cultivateurs ou éleveurs. Or, être planteur, généralement synonyme de propriétaire terrien, confère un statut envié de tous. En effet, l'enquête montre que, parmi les planteurs actuels, 43,2 pour cent seulement avaient auparavant ce statut, ce qui dénote dans le milieu rural une volonté de devenir propriétaire.

2. Accès à la terre et exclusion

Au Cameroun, l'acquisition de la terre peut être principalement réalisée par héritage, achat ou location.

A. Héritage, appartenance ethnique et occupation

Quelle que soit l'ethnie, l'héritage demeure le mode d'accès privilégié à la terre. Il est presque unique pour les Béti et majoritaire pour les Bamiléké et les Bamoun (tableau A13). L'héritage étant naturellement lié à la l'appartenance familiale et tribale, ce mode d'accès à la terre exclut les populations allogènes qui ne peuvent justifier leur descendance de telle ou telle famille d'une tribu autochtone donnée. L'exclusion des allogènes est quasi-définitive, alors que celle des jeunes est temporaire puisqu'elle cesse avec le décès du père. L'enquête montre que l'accès à la terre s'est fait essentiellement par héritage, aussi bien pour les planteurs ­ 90 pour cent ­ que pour les cultivateurs ­ 69 pour cent. Par contre, les éleveurs, issus généralement de parents nomades et non-propriétaires de terres, se trouvent être les plus exclus de ce mode d'accès. Finalement, un autre fait mérite d'être souligné: la majorité des cultivateurs Bamiléké et Bamoun sont propriétaires ­ 60,2 pour cent ont hérité d'un père propriétaire terrien. Ceci pourrait signifier que le choix du métier de «cultivateur» était libre et non dicté par certaines contraintes sociales, le facteur déterminant de ce choix étant la rentabilité de l'activité.

B. Vente, location, appartenance ethnique et occupation

La terre étant un facteur de production, toute personne vivant en milieu rural s'efforce d'en disposer, définitivement ou temporairement. Mais, compte tenu de l'importance de l'héritage, certains groupes ­ allogènes, femmes, jeunes ­ doivent recourir à d'autres modes d'accès de la terre tels que l'achat et/ou la location. Toutefois, si les Béti ont une forte propension à la vente des terres, il n'en est pas de même pour les Bamiléké et les Bamoun.

Ainsi, d'après l'enquête, 68 pour cent des Bamiléké et 71 pour cent des Bamoun louent, totalement ou en partie, les terres qu'ils cultivent contre seulement 7 pour cent des Béti. Cette situation résulte des structures sociales diversifiées qui prévalent, très centralisée à l'ouest du Cameroun ­ pour les Bamiléké et les Bamoun ­ où la terre est la propriété de l'autorité centrale ­ chef ou sultan ­, contrairement à la province du Centre ­ Béti ­ où la société est presque acéphale.

Une analyse en composantes principales semble corroborer ces observations. Les variables ont été choisies de manière à pouvoir appréhender l'exclusion de la terre et de certains besoins essentiels (Endnote 83) . Les cinq premiers axes expliquent 66 pour cent de l'inertie. L'examen de la matrice de corrélation et du premier plan factoriel révèle l'exclusion mutuelle des groupes suivants: Bamiléké et Béti; Bamoun et Bamiléké; Béti et Bamoun. En effet, se reportant au premier axe factoriel, on remarque l'opposition entre les Béti et les autres tribus; les Béti sont correlés positivement aux variables «planteur» et «vente de terre», mais négativement au variables «location de terre» et «non-accès aux besoins essentiels». Sur le deuxième axe, les Bamiléké s'opposent aux Bamoun; les Bamiléké sont correlés positivement à la variable «disponibilité de suffisamment de terre» et négativement à «vente de terre» et «non-accès aux besoins essentiels». Par contre les Bamoun sont correlés positivement à «non accès aux besoins essentiels», «location de terre», «cultivateur» et négativement à «vente de terre».

En termes d'occupation, il est à noter que la majorité des planteurs ne louent pas les terres qu'ils cultivent à cause de la pérennité de leurs cultures; il en est de même des éleveurs pour les raisons déjà évoquées.

Ainsi, les planteurs et les éleveurs accèdent à la terre essentiellement par héritage et achat. Quant aux cultivateurs, ils disposent de terres majoritairement par héritage, dans une moindre mesure par location et exceptionnellement en les achetant. Mais, quel que soit le type d'occupation, la vente et la location de terres sont très limitées.

II. Les processus d'exclusion sociale en milieu rural

Comte tenu de ce qui a été précédemment indiqué, il s'agit d'expliciter les processus d'exclusion de la terre en milieu rural.

1. Refus de vente et/ou de location

Les enquêtes appréhendent plusieurs raisons au refus de vente de la terre en milieu rural. En premier lieu, les raisons coutumières. Dans certaines familles ou ethnies, il existe des lois coutumières qui interdisent totalement la vente d'un lopin de terre, ce dernier étant considéré non seulement comme un patrimoine collectif mais encore et surtout comme le siège des aïeux. Mais, si cette vente devait être autorisée, elle devrait profiter à un autochtone et non à un «allogène». Par ailleurs, ce refus de vente est également lié au souci des villageois de léguer un patrimoine à leurs enfants. Ces raisons coutumières prévalent quel que soit le groupe ethnique et l'occupation.

En second lieu, l'indisponibilité des terres est une autre raison invoquée pour ne pas vendre ou louer de la terre. Cela peut provenir, d'une part, de l'étroitesse du domaine hérité ­ Bamiléké et Bamoun ­ la majorité des terres ayant été auparavant octroyées aux grands exploitants ­ Bamoun ­ et, d'autre part, du souci des exploitants actuels de laisser un patrimoine consistant à leurs enfants ­ Béti en particulier.

En troisième lieu, le refus de vendre ou de louer une terre à quelqu'un peut tout simplement provenir du fait que l'actuel exploitant n'en a que le droit de jouissance, le droit de propriété appartenant à une autre personne ­ chef ­ ou un groupe de personnes ­ famille, communauté. Cette raison est davantage invoquée à l'ouest par les Bamiléké et les Bamoun où la société est très hiérarchisée.

2. Limitation des surfaces cédées

La limitation des surfaces vendues, louées ou cédées gratuitement est une autre source d'exclusion de la terre observé en milieu rural camerounais.

La raison majeure est la volonté de limiter des conflits éventuels intervenant après la cession. En effet, pour la majorité des personnes interrogées, il est nécessaire de ne céder que de toutes petites parcelles pour mieux se défendre en cas de conflits survenant après la cession, conflits généralement dus au non-respect des clauses de cession par l'acquéreur.

Mais, dans une moindre mesure, d'autres facteurs influencent la limitation des surfaces cédées: disponibilité insuffisante des terres, nécessité de laisser un héritage, existence d'un droit d'usage, etc. Il est à remarquer que les cultivateurs et les planteurs sont moins enclins que les éleveurs à céder de la terre.

3. Vente ou location conditionnelles

Ce mécanisme est observé aussi bien à l'ouest qu'au centre. Dans le premier cas, la terre étant généralement la propriété de toute la famille, il importe de requérir l'avis de celle-ci lors de toute transaction. Dans le second cas, la condition de vente ou de location souvent imposée est l'appartenance à l'ethnie ou du moins l'adoption par celle-ci dans le cadre du mariage avec résidence locale. L'avis de la famille est requis pour prévenir tout risque de conflit. En outre, la condition d'autochtone ou d'adopté obéit quant à elle au besoin de préserver le patrimoine laissé par les aïeux.

Pour faire face à cette exclusion de la terre, les options offertes aux individus consistent à changer d'occupation ­ surtout à l'ouest ­, rechercher des terres hors du village (Endnote 84) ou émigrer pour trouver un nouvel emploi. Cette dernière alternative est surtout pratiquée par les Bamiléké et les Bamoun, ainsi que par les éleveurs et les cultivateurs.

Alors que le mode dominant d'acquisition de la terre est l'héritage, l'essor démographique accroît les héritiers potentiels et réduit les surfaces transmises par individu. Cette modicité de l'héritage, associée à la généralisation et au renforcement des considérations économiques des populations rurales, ont accentué la rareté des terres, surtout pour les allogènes. En effet, lors des transactions, outre les considérations de limitation des superficies, la prise en compte de critères tribaux, tels que la descendance et le statut d'autochtone, constituent très souvent des barrières difficilement franchissables pour les allogènes. Cependant, alors que le statut de propriétaire met définitivement l'autochtone à l'abri de l'exclusion, l'allogène qui acquiert de la terre n'est protégé que de l'exclusion économique. En effet, au niveau social, il demeurera toujours un exclu sauf s'il accepte de s'intégrer définitivement dans la famille ou la tribu qui l'a accueilli (Endnote 85) .

III. Exclusion de la terre et accès aux droits sociaux

Les paragraphes précédents décrivent une situation économique précaire en milieu rural, due à la dimension réduite des exploitations et à la difficulté de disposer, même à titre locatif, d'une portion de terre pour les allogènes. Cette limitation quant à la terre disponible induit une insuffisante satisfaction des besoins de base.

1. Exclusion de la terre et accès aux besoins de base

En premier lieu, la santé. Les difficultés d'accès à la santé s'expliquent à la fois en termes de faibles revenus et en termes de non-existence ou d'insuffisance quantitative et qualitative d'établissements sanitaires. D'après les résultats de l'enquête, la couverture des besoins de santé n'est vraiment significative que pour les Bamiléké, les moins bien lotis en la matière étant les Bamoun. Cette situation serait due au fait que ces derniers exercent par ailleurs des activités non agricoles. Cette exclusion de l'accès à la santé (Endnote 86) , conduit les populations rurales à l'auto-diagnostic de leur maladie, à l'automédication et surtout au recours à la pharmacopée traditionnelle, cette dernière étant génératrice de risques importants. D'après l'enquête, ce sont surtout les Bamiléké et les Bamoun qui utilisent les médicaments de la pharmacopée traditionnelle. Ceci confirme l'attachement presque viscéral de ces deux groupes ethniques à leurs traditions.

En second lieu, l'éducation. Un droit fondamental que la collectivité doit assurer est l'éducation des enfants. Or, les données disponibles tendent à montrer que maints ménages ne sont pas en mesure d'envoyer les enfants à l'école, faute de moyens financiers. Cette situation prévaut surtout pour les Bamiléké, les Béti et les Bamoun. Par contre, pour les autres ethnies, le handicap est plutôt lié à l'exercice d'une activité d'élevage et à la non-maîtrise de la langue d'enseignement.

L'enquête montre que les enfants Bamiléké accèdent le moins à l'école. Il en est ainsi parce que dans les zones rurales de l'ouest, l'enfant est très tôt assimilé à un facteur de production utile dans la vie économique et domestique de la famille. D'ailleurs, le travail des enfants semble plus répandu parmi les Bamiléké que pour les autres groupes ethniques. En outre, l'absence de scolarisation varie selon le statut du chef de ménage: 67 pour cent, 44 pour cent et 35 pour cent des enfants, respectivement, pour les éleveurs, les cultivateurs et les planteurs. Il est évident que l'activité non sédentaire des éleveurs ne favorise pas la scolarisation de leurs enfants.

En troisième lieu, la satisfaction des autres besoins de base exhibe quelques différences selon les groupes ethniques. Ainsi, alors que l'électricité est absente dans 82 pour cent des ménages, ce sont les Béti qui en sont le plus pourvus. En outre, si le revenu est suffisant pour couvrir les besoins alimentaires dans 68 pour cent des ménages, on note une forte disparité. Par exemple, l'insuffisance de revenu en termes d'accès à la consommation alimentaire s'observe pour les trois quarts dans les ménages Bamoun, mais dans aucun des ménages Bamiléké.

2. Exclusion de la terre et stratégies d'intégration

L'exclusion de l'accès à la terre limite considérablement les moyens d'existence des individus. De ce fait, les différents acteurs du monde rural sont amenés à développer des stratégies d'intégration.

L'une d'entre elles consiste à se regrouper en associations civiles et/ou religieuses, option très développée par les Bamoun et les Bamiléké mais également répandue parmi les autres ethnies. Mais, la participation à la vie politique est plus intense pour les Bamoun et les Béti que pour les autres groupes ethniques; par exemple, le taux de participation des Bamiléké n'est que de 40 pour cent. L'explication de cette situation semble liée au caractère très hiérarchisé de la société Bamoun, où chaque chef de village est un représentant personnel du Sultan à qui la majorité de la population doit respect, dévotion et fidélité. Mais, alors que l'appartenance massive des Bamoun à un parti politique ou à une association professionnelle peut être plus ou moins forcée, celle des Béti revêt un caractère plus volontaire, en partie lié au souci de soutenir un de leurs fils, le Président de la République. Par contre, leur absence des associations professionnelles s'explique à la fois par le manque de tradition associative ­ les Béti étant très individualistes ­, et la forte présence de l'administration qui empêchait toute initiative de la part de ces derniers.

Si l'appartenance aux associations selon l'occupation n'exhibe pas de différences significatives, il n'en est pas de même lorsque l'on considère les associations ethniques. En effet, dans ce cas, la participation des cultivateurs et des éleveurs (Endnote 87) semble plus marquée que pour les planteurs. Cette différence s'explique par une forte appartenance des Béti à l'occupation de planteur et au fait que ces formes d'associations connaissent un début de développement dans l'ouest du Cameroun.

Le non-accès à la terre est une réalité historique. Avant l'arrivée des européens, cette exclusion se manifestait par de nombreux mouvements migratoires des populations chassées de leurs territoires habituels par d'autres tribus plus puissantes. Pendant la période coloniale, des migrations forcées de populations se sont poursuivies pour des raisons précédemment évoquées. Avec l'indépendance, l'exclusion de l'accès à la terre n'a pas disparue, mais elle se manifeste plutôt par des attitudes et des processus qui impliquent soit la disponibilité de lopins de terre exigus, soit l'émigration. Mais, si ce cheminement du développement n'était perceptible que dans des zones à forte densité humaine ­ zone de savane de l'ouest notamment ­ aujourd'hui, la pression démographique et le développement des infrastructures tendent à généraliser l'exclusion de l'accès à la terre en milieu rural.

Le groupe des privilégiés est constitué de populations autochtones, généralement masculines, qui exhibent les droits d'héritage de leurs parents, grands-parents ou ancêtres, ces derniers ayant été les premiers à occuper les terres qu'ils exploitent aujourd'hui. Le groupe des défavorisés comprend tous ceux qui ne peuvent justifier de leurs droits d'héritage, à savoir les allogènes, les femmes et les enfants. Sans aucun doute, le développement de ce phénomène a accentué la paupérisation des populations rurales.

Endnote 81:
97 pour cent d'après les enquêtes.

Endnote 82:
Leur permettant par exemple de respecter les exigences de délais de contrats de location des terres.

Endnote 83:
Les variables dichotomiques utilisées sont les suivantes: ethnie Bamiléké, ethnie Béti, ethnie Bamoun, vente antérieure de terre, planteur, cultivateur et autre, scolarisation de tous les enfants, disponibilité de suffisamment de terre, location de la terre, ressources en cas de sinistre, existence de WC et salle de bain, existence de radio, maison non-crépie et non accès aux besoins essentiels.

Endnote 84:
Au Centre, les Eton et les Manguissa de Sa'a s'orientent de plus en plus vers Ntui dans le Mbam et Kim.

Endnote 85:
Mariage avec une autochtone, installation définitive dans le village, adoption de la langue et des coutumes locales pour soi-même et ses enfants.

Endnote 86:
En particulier, les difficultés d'accès aux médicaments vendus en officines et aux médecins.

Endnote 87:
La participation au sein d'associations professionnelles et religieuses montre aussi un engagement plus poussé des éleveurs.

Mise à jour par RS. Approuvée par AVJ. Dernière modification: 19 juillet 2004.