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Les politiques de lutte contre l'exclusion sociale en Tunisie
Préface
Table des matières Next

Depuis 1993 ­ et en vue de la réalisation du Sommet mondial sur le développement social ­ l'IIES ­ organisme autonome de recherche et de formation de l'OIT ­ a conduit avec l'appui financier du PNUD, un projet de recherche sur l'exclusion sociale. Alors que cette notion a été largement appliquée a la politique sociale des pays industrialises, il existait moins d'informations et d'analyses a ce sujet pour les pays a faible revenu et c'est précisément cette lacune que la présente recherche se proposait de combler. L'objectif final du projet était de renforcer les fondements de l'action contre l'exclusion dans ces sociétés et d'améliorer les modalités selon lesquelles l'insertion ou l'intégration ont lieu. Avec le concours d'un réseau international d'experts, l'Institut a effectué des études sur l'exclusion sociale dans plus de dix pays, situés dans les différentes régions du monde caractérisées par un grand nombre de pays en développement ou traversant une phase critique de transition économique. Le texte qui suit est le rapport final de l'étude sur l'exclusion sociale en Tunisie. Cette étude a été menée par une équipe locale sous la direction des auteurs de cette publication, laquelle a été révisée et finalisée par l'Institut, et en particulier par le Professeur Jean-Pierre Lachaud de l'Université Bordeaux.

L'ampleur de l'exclusion sociale, de la pauvreté et du chômage n'échappe à personne. La tenue du Sommet mondial sur le développement social, du 6 au 12 mars 1995 à Copenhague, auquel ont participé 118 chefs d'Etat et de Gouvernement, 184 pays et près de 15.000 invités, constitue une preuve évidente de l'intérêt sans cesse croissant porté aux problèmes actuels et futurs des conditions de vie humaine, notamment la pauvreté et le chômage.

Cet engouement collectif pour le traitement de cette trilogie (Endnote 1) est né de plusieurs constats alarmants. En effet, près de 600 millions de personnes souffrent de sous-alimentation, plus d'un milliard vivent dans des conditions inhumaines, 700 millions occupent des emplois qui ne correspondent pas à leurs qualifications professionnelles et 400 millions de familles souffrent de séparation et de désunion. En outre, à ces difficultés s'ajoute celle du volume de la dette des pays en développement, qui a atteint près de 1.400 milliards de dollars des Etats unis au début des années 1990.

Ce contexte affecte les sociétés et les individus, et génère un sentiment de frustration ressenti par les pauvres, les chômeurs et les exclus à l'égard «des autres» (Endnote 2) , qui finit par provoquer de violentes réactions susceptibles de porter préjudice à la paix sociale. Par ailleurs, cette situation particulièrement préoccupante risque de s'aggraver ultérieurement avec la tendance universelle d'abolir les frontières économiques. Bien que l'ouverture des marchés favorise l'effort de production et la productivité, elle risque d'engendrer, faute de mesures adéquates permettant de soutenir les pays, les sociétés et les personnes les plus démunis, un accroissement de l'écart déjà existant entre les riches et les pauvres. Les riches deviendront encore plus riches et les pauvres encore plus pauvres. Ainsi, le Sommet de Copenhague devait permettre d'arrêter une stratégie internationale commune de lutte contre la pauvreté ­ principal facteur de l'exclusion sociale ­ et d'esquisser des objectifs clairs qui constitueront les bases d'une mobilisation générale de toutes les forces vives de la planète, dans un élan commun de progrès technologique et de prospérité de l'individu, ce dernier étant à la fois l'outil du développement et son objectif suprême.

La déclaration issue de ce Sommet (Endnote 3) aura fédéré la communauté mondiale autour d'objectifs que chacun des pays signataires s'est engagé à mettre en œuvre. En substance, ces objectifs s'articulent autour des dix axes suivants: i) créer les conditions économiques, politiques, sociales, culturelles et législatives, permettant aux populations d'atteindre le développement social; ii) contribuer par les moyens nécessaires à la réalisation de l'objectif de résorption de la pauvreté absolue dans le monde, avant 1998 ­ année déclarée comme celle de la lutte contre la pauvreté; iii) continuer à uvrer pour réaliser l'objectif de plein emploi, ce dernier devant être considéré parmi les objectifs prioritaires des politiques économiques et sociales, tout en respectant les conventions de l'Organisation internationale du Travail (OIT) et, en particulier, celles relatives à la liberté du travail, au travail des enfants, à la garantie de la liberté de participation, à la représentation des organisations et aux négociations sociales; iv) faciliter l'insertion sociale sur la base des droits de l'homme, sans discrimination, avec tolérance, en respectant la diversité, en favorisant l'égalité des chances et la solidarité et en garantissant la paix et la participation pour tous, y compris les groupes et les individus les plus démunis; v) uvrer pour le respect de la dignité humaine, garantir l'égalité et la justice entre les hommes et les femmes et reconnaître à la femme son rôle dans la vie politique, civile, économique, sociale et culturelle; vi) uvrer pour garantir à tous et de manière équitable un enseignement de qualité; vii) encourager le développement économique et social, et la promotion des ressources humaines en Afrique et dans les pays les moins développés; viii) intégrer aux programmes d'ajustement structurel des objectifs de développement social; ix) augmenter les contributions en faveur du développement social, veiller à leur meilleur emploi et uvrer pour réaliser l'objectif de réserver 0,7 pour cent du PIB aux programmes de soutien au développement et à l'application des conventions relatives à la diminution de l'endettement, dans les meilleurs délais, tout en engageant des initiatives pour de nouvelles négociations dans ce cadre; x) améliorer et renforcer le cadre de la coopération internationale et régionale en direction d'un meilleur développement social par le biais des Nations Unies et d'autres organisations multilatérales.

Ainsi, ce Sommet a tracé une voie consensuelle pour la lutte contre l'exclusion et les principaux facteurs qui peuvent la générer. Toutefois, pour réaliser les objectifs fixés, il est impératif d'adopter des solutions spécifiques qui tiennent compte des réalités complexes de la conjoncture et de la multiplicité de ses dimensions ­ internationales, nationales, régionales et locales ­ ainsi que de la diversité de ses composantes ­ politiques, culturelles, sociales, économiques, ethniques, religieuses, etc.

La présente étude est une première tentative d'identification des facteurs qui, dans le cas Tunisien, contribuent à l'exclusion sociale et des liaisons que cette dernière a avec d'autres fléaux sociaux ­ en particulier la pauvreté et le chômage. Dans ce sens, le projet sur la Tunisie a été axé autour de deux éléments. D'une part, il s'intéresse aux aspects qui caractérisent l'exclusion sociale dans le cas Tunisien, et en paticulier quels en sont les processus et les institutions-clés. D'autre part, il cherche à identifier quelles sont les implications et les solutions particulières sur le plan des politiques, notamment au travers de l'analyse des interactions entre les politiques d'ajustement structurel et celles de développement social.

Endnote 1:
Trilogie : pauvreté - chômage - exclusion.

Endnote 2:
Notamment les riches, surtout lorsque ces derniers ne ménagent aucun effort pour faire étalage de leur bien-être, comme c'est souvent le cas dans les sociétés aujourd'hui.

Endnote 3:
Signée par les 184 représentants des pays présents.

Mise à jour par RS. Approuvée par AVJ. Dernière modification: 19 juillet 2004.