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Bibliographie sur l'exclusion dans les pays arabes du Maghreb et du Machreq
CHAPITRE I: Analyse bibliographique
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*I. L'exclusion dans le monde arabe; une analyse bibliographique

Le problème de l'exclusion sociale ou de la marginalisation a fait l'objet, récemment, de nombreux travaux de recherche aussi bien dans les pays industrialisés que dans les pays en voie de développement. C'est à la suite du constat de la persistance de la pauvreté dans le monde, voire même de son intensification dans certaines régions, et de l'apparition de couches sociales «fragilisées» ou «vulnérables» dans les pays industrialisés, que ce phénomène d'exclusion a connu un regain d'intérêt, non seulement parmi les anthropologues et les sociologues déjà anciennement intéressés à ce problème, mais aussi parmi les économistes et les politologues. De même, l'introduction de nombre de mesures de stabilisation et de promotion de la croissance, inscrites dans le cadre de programmes d'ajustement structurel (PAS) adoptés par les pays en voie de développement, a non seulement stimulé la recherche en termes de «équité et PAS» (C. Morisson, F. Bourguignon, G. Gornia, etc.), mais a aussi remis en cause un certain nombre de concepts qui sont devenus caducs et peu adaptés à l'analyse des nouvelles sociétés en pleine mutation.

C'est dans ce contexte général qu'on peut saisir la nature du phénomène de marginalisation et d'exclusion sociale dans les pays arabes et analyser la documentation qui s'y rapporte. Ceci est d'autant plus important que l'on assiste, tout particulièrement dans ces pays, depuis le début des années quatre-vingt, à une récession à la fois économique, sociale et politique qui fait suite aux années du «boom économique des années soixante-dix, et à la faillite du modèle de l'Etat-providence (trente ans de déficit social).

Schématiquement, toutes les recherches, tant académiques qu'administratives, sur le monde arabe peuvent être regroupées en deux catégories : celles qui ont une connotation sociologique et d'autres qui ont une connotation économique.

*1.1 A propos des études sociologiques sur l'exclusion sociale dans les pays arabes

Reflétant la conviction répandue selon laquelle : «il n' y a pas de société sans marginaux», les études sociologiques sur la marginalisation semblent adopter la définition selon laquelle, être marginal, c'est être à la marge de la société, c'est-à-dire être à la marge de ce qui fait une société, à savoir, ses lois, ses normes, ses coutumes, ses manières d'être, de faire et de penser. Ainsi, les études et les recherches sur la marginalisation dans les pays arabes peuvent être caractérisées par :

i) Une micro-vision du phénomène d'exclusion ou une atomisation du problème, dans la mesure ou dans presque toutes les études effectuées sur les pays arabes la problématique formulée porte sur un aspect du problème : le chômage, la pauvreté et ses répercussions, la discrimination envers les femmes, le secteur informel, les paysans sans terre, etc. Bien que tous ces travaux ne manquent pas d'importance et apportent un appoint à la compréhension des sociétés, ils demeurent dépourvus d'une vision globale et explicative du phénomène d'exclusion dans sa dimension générale.

C'est le cas par exemple de l'ouvrage édité par le Centre d'études et de recherches économiques et sociales (CERES) à Tunis (1993) et consacré à l'exclusion sociale et la marginalisation dans le monde arabe. L'ouvrage pose le problème de la marginalisation de nombre de gens :

a) les criminels, à travers deux articles dont l'un intitulé : «De l'anthropologie à la criminologie comparée», et l'autre «Analyse typologique de la population carcérale masculine de Tunis»;

b) les enfants, à travers deux articles aussi : «La pauvreté, ses répercussions sur les enfants et leur vécu au quotidien» et «Le secteur informel du point de vue de l'emploi des enfants»;

c) la femme, à travers l'article intitulé : «La marginalisation spécifique de la femme arabo-musulmane»;

d) les handicapés, à travers deux articles intitulés : «Changements sociaux et exclusion sociale des handicapés» et «L'handicap au quotidien - empirisme médical et société traditionnelle».

Les études sur la pauvreté constituent aussi un thème d'analyse de nombreux articles qui portent soit sur le calcul des seuils de pauvreté en Tunisie soit sur la pauvreté dans les régions : le sud-ouest Tunisien (cas de Gafsa), le nord-ouest, etc. Il en est de même pour l'ouvrage intitulé : «Etre marginal au Maghreb», publié par le CNRS en 1993 sous la responsabilité de Zakia Daoud et Fanny Colonna. La marginalisation est étudiée à partir de groupes ou même d'individus exclus, tels que la minorité noire de Tunis au XIX e siècle, les pêcheurs italiens à Mahdia, la folie en Mauritanie, la prostitution, le célibat des femmes en Algérie, les femmes et leur vie au nord de l'Aurès en Algérie, etc. L'exclusion est acceptée en tant que telle et les auteurs se sont limités à faire la description de l'évolution et des caractéristiques du groupe marginal étudié. Rares sont les articles qui évoquent les causes ou les perspectives de la marginalisation dans ces pays étudiés, encore moins ceux qui essaient d'établir une corrélation entre le phénomène étudié et le mode de fonctionnement de la société dans sa totalité ou avec le système productif mis en place. Cette situation nous a menés à classer les ouvrages par thèmes selon la liaison entre chaque phénomène et l'exclusion sociale ou économique.

ii) Une approche souvent historique : souvent, les études sur l'exclusion sociale ne se réfèrent pas à la société actuelle mais analysent le problème dans les sociétés anciennes. Le XIX e siècle était la période favorite des études, avec la période coloniale évidemment. C'est le cas des études sur «La minorité noire de Tunis au XIX e siècle», sur «Les pêcheurs saisonniers italiens à Mahdia (1887-1945)», sur «L'histoire de la pauvreté et de la marginalité en Ifriquia médiévale». L'importance des études historiques et la nécessité d'étudier l'exclusion comme processus associé aux changements économiques et sociaux selon les caractéristiques de chaque période nous mènent à donner une importance particulière aux documents qui analysent l'évolution des modèles socio-économiques en étroite liaison avec l'analyse historique de la croissance économique et des spécificités de l'évolution des structures productives et sociales dans les pays arabes du Maghreb et du Machreq.

*1.2 A propos de l'approche économique de l'exclusion sociale dans les pays arabes

Comme partout dans le monde, le phénomène de pauvreté a été au centre des études sur le développement. Durant quelques décennies, la pensée économique a été enfermée dans un champ d'analyse étroit dans lequel le développement se réduisait à une élévation des taux de croissance et par conséquent à une amélioration du revenu national. Ce n'est qu'après l'adoption de programmes d'ajustement structurel par quelques pays arabes (Tunisie, Maroc, Egypte, Jordanie, etc.) que les économistes se sont penchés sur l'étude de la pauvreté. La documentation sur ce thème est riche dans les pays arabes. Plusieurs indices sont utilisés par des études pour mesurer la pauvreté dans les pays : Maroc, Tunisie, Egypte, etc. Comme la nature sociale des besoins diffère d'une société à une autre, les études adoptent différentes méthodes de calcul : les unes ont choisi la méthode de la BIRD qui consiste à définir un niveau de revenu correspondant à un seuil de pauvreté absolu défini sur la base d'une évaluation monétaire des besoins énergétiques indispensables : c'est le cas des études de l'Institut national des statistiques en Tunisie et de quelques études sur le Maroc. D'autres études ont suivi la méthode du BIT qui retient un minimum de besoin énergétique évalué à 2 200 calories par personne et par jour, et cherche à le réaliser à partir d'un panier constitué de produits couramment consommés dans la société.

Cherchant à évaluer le développement humain atteint par les sociétés, les études du PNUD utilisent les indices de développement humains (IDH) qui comprennent les trois indicateurs suivants : l'espérance de vie à la naissance; le taux d'alphabétisation; et le niveau du revenu réel par tête.

Mais il faut remarquer à ce propos, que plusieurs autres études sur la pauvreté dans les pays arabes ont été menées par la Banque Mondiale ou par d'autres organismes internationaux.

Ces travaux ont essayé notamment d'analyser l'évolution de la pauvreté, ses dimensions régionales et ses rapports avec les stratégies de développement poursuivies. Une deuxième lecture de cette documentation permettrait d'établir une meilleure corrélation entre pauvreté et exclusion. En effet les études récentes sur la pauvreté et les stratégies de lutte contre ce phénomène, conduites par les experts du BIT en Tunisie, au Maroc et en Mauritanie ont le mérite d'identifier les groupes vulnérables des «pauvres absolus» vivant en marge de la société et les groupes en difficultés qui ne sont pas totalement exclus mais qui nécessitent une intervention urgente pour mieux les réinsérer dans la vie active et dans le tissu social. Le mécanisme de traitement actif de la pauvreté proposé dans ces stratégies permettrait de créer une rupture dans l'évolution de la situation des pauvres vers l'exclusion. Cette rupture est le point de départ pour un effort soutenu d'insertion. Par ailleurs, en dépit de l'importance de tous ces travaux de recherche, on peut remarquer la rareté, voire l'absence de recherches empiriques systématiques faites sur les liens entre l'évolution de la pauvreté, ou de l'exclusion sociale en général, et l'action des pouvoirs publics dans certains domaines, notamment l'impact des réformes adoptées en matière d'emploi, ou de sécurité sociale sur l'exclusion. L'enquête qui est en train de s'effectuer au Maroc avec la Direction de la planification entend combler ces lacunes en matière d'analyse. En effet, adoptant une approche globale du phénomène d'exclusion sociale, l'enquête tente d'appréhender les causes de l'exclusion dans le pays et d'évaluer les résultats des politiques adoptées en matière de sécurité sociale et d'aides aux marginaux économiques. De même les études de préparation d'un plan d'action de lutte contre la pauvreté en Tunisie, qui ont été initiées en 1992, s'inscrivent dans la perspective d'intégrer les efforts déployés jusqu'ici dans un plan cohérent de lutte contre la marginalisation. L'enquête actuelle sur la pauvreté en Tunisie constitue la première étape de ce plan. En Egypte, les études de préparation à la création du fonds social ont essayé d'établir un diagnostic global de la situation des couches marginalisées et ont identifié les grandes lignes d'une stratégie de lutte contre la marginalisation. La sécurité sociale a été considérée comme la principale composante de cette stratégie. Quant aux travaux actuels portant sur les «territoires occupés» en Palestine, ils révèlent aussi un souci d'identification d'un plan d'action global pour le développement humain et d'intégration. La stratégie de lutte contre la pauvreté proposée pour la Mauritanie (1993) vise les mêmes objectifs.

Certes, l'ensemble des documents cités sur l'exclusion sociale dans les pays arabes reflètent en réalité la prise de conscience de l'importance de la participation de toutes les forces vives et, notamment, de la force de travail, dans le développement. L'exclusion sociale n'est plus considérée comme une tare personnelle, ou un handicap hérité par l'individu (ne méritant donc pas l'intérêt du chercheur) mais comme un phénomène lié à des choix politiques et socio-économiques nécessitant une action multidimensionnelle et cohérente (lutte contre l'analphabétisation, lutte contre la pauvreté, lutte contre le chômage, lutte contre la discrimination envers les femmes, etc.).

En effet, appréhender l'exclusion c'est mieux comprendre, analyser et cerner les causes qui mènent à l'exclusion pour pouvoir identifier et définir une stratégie de lutte contre ce phénomène, en s'attaquant aux causes réelles et en adoptant une vision globale et cohérente.

Cette approche nous mène, dans le cadre de la présentation de cette bibliographie, à exposer les documents selon l'importance des phénomènes d'exclusion en étroite liaison avec l'analphabétisme, le chômage, la discrimination envers les femmes, les inégalités économiques internes et externes.

Tous ces aspects sont expliqués par plusieurs courants intellectuels en se basant généralement sur deux fondements essentiels.

Le premier concerne la loi (droits sociaux et politiques) et ses répercussions sur la régulation sociale et la participation de la population dans la vie économique, politique et sociale. En effet, on pourrait remarquer, à partir de l'étude de l'histoire de l'exclusion dans les pays arabes, que la situation aujourd'hui est caractérisée, dans quelques sociétés, par une certaine crise de confiance ou une certaine recherche d'un nouvel équilibre répondant à une situation contemporaine nouvelle. «La loi étatique moderne semble quelque fois délégitimée car les élites qui la gèrent sont illégitimes et la loi ancienne dite traditionnelle ou coutumière l'est également parce que ceux qui la «disent» ou «l'interprètent» sont soit «dépassés» ou inefficaces, soit illégitimes, voire inexistants». Cette situation est décrite dans la majorité des chapitres des documents cités et concerne surtout les aspects femme et exclusion/droits sociaux et exclusion/droits politiques et exclusion.

Le second fondement est l'histoire du développement de la pensée arabe. Ainsi toute analyse bibliographique devrait pouvoir permettre aux lecteurs d'établir un cheminement cohérent dans l'évolution des idées et de revenir aux aspects historiques du vécu contemporain dans les sociétés arabes.

En effet la tension actuelle entre conformité et innovation nous mène à interroger le passé et à saisir l'importance du choc brutal de la «tradition» et de la «modernité» qui détermine la configuration générale de la société arabe avec ses pesanteurs, ses distorsions, ses perspectives et ses blocages, ses recherches et ses fantasmes. Toute analyse d'une situation nouvelle nécessite une nouvelle lecture de la structuration économique, sociale et idéologique de la société arabe, sans perdre de vue les fondements historiques qui se répercutent sur la manière de vivre le changement et sur la manière de l'organiser et en même temps sur la manière de sécréter les marginaux et sur la manière de les récupérer en liaison avec la transformation des lois et le changement dans les structures socio-économiques.

Enfin, deux approches sont présentées dans la documentation exposée. La première dans chaque pays ou dans l'ensemble des pays arabes explique les phénomènes du point de vue général et essaie de tracer des lignes d'évolution assez schématique de la société. Cette approche favorise la définition des stratégies globalisantes, souvent autoritaires et permet à l'Etat d'être omniprésent bousculant la société quelquefois et la faisant évoluer dans la majorité des cas.

La seconde s'intéresse aux positions et aux formes d'expression individuelles où le discours social sur l'exclusion tient d'abord à identifier les exclus les plus visibles : les personnes âgées, les handicapés, les inadaptés sociaux, les pauvres absolus, les délinquants, les isolés, les drogués, etc. C'est donc la forme manifeste «du cumul des handicaps». Le constat important, à la lecture de cette catégorie de documents, est l'extrême complexité des sociétés arabes dans les pays du Maghreb et du Machreq et la diversité des groupes vulnérables concernés par l'exclusion; ce qui rend plus complexe la définition des stratégies appropriées et spécifiques pour chaque catégorie, surtout que les grandes institutions collectives d'insertion sont finalement apparues comme des institutions gérant, répartissant et reproduisant les mécanismes de rejet sans parvenir à les enrayer.

A partir de tout ce qui précède, on peut conclure que la documentation sur l'exclusion dans les pays arabes du Maghreb et du Machreq (Afrique du Nord et Moyen-Orient) n'est analysable qu'en suivant une approche de classification de l'exclusion selon la causalité certaine avec les phénomènes d'analphabétisme, du chômage et des inégalités économiques et sociales et de discrimination envers les femmes. Ces trois phénomènes importants permettent d'analyser le processus d'exclusion et donnent l'occasion de mieux appréhender les relations entre les différents problèmes; la nécessité d'une stratégie multidimensionnelle pour pouvoir lutter contre l'exclusion est ainsi dégagée.

*II. Analphabétisme et exclusion

Les pays arabes du Maghreb et du Machreq forment l'espace où la croissance démographique a été et continuera d'être la plus forte du monde (entre 2,3 et 4,2 pour cent) (Endnote 1) , ce qui engendre une pression sociale très grande, dépassant la capacité d'accueillir tous les enfants en âge de scolarité et de mener des actions de lutte contre l'analphabétisme de grande envergure au profit des adultes.

Certes l'effort de lutte contre l'analphabétisme a caractérisé les politiques des pays arabes durant les deux dernières décennies, mais en dépit des résultats obtenus, près de 49,5 pour cent des populations restent analphabètes (1989). Ce taux décroîtra certainement vers l'an 2000 pour atteindre 38 pour cent seulement. Mais malgré cette baisse du taux, le nombre d'analphabètes passera de 59 millions à 66 millions entre 1989 et l'an 2000 (selon les prévisions)

Ce phénomène est beaucoup plus marqué chez les femmes que chez les hommes puisque leur nombre, en 1989, dépasse les 37 millions (soit 63 pour cent du total) alors que le nombre des hommes analphabètes n'atteint que 22 millions (soit 37 pour cent du total). Ce taux est considéré parmi les taux les plus élevés dans le monde et cela ne pourra pas s'expliquer seulement par les faiblesses des systèmes éducatifs mais aussi par les conditions culturelles et sociales. Ainsi peuvent être constatées des différences entre les taux d'analphabétisme selon les pays : 19,9 pour cent pour le Liban et la Jordanie, 50,6 pour cent pour l'Algérie, 51,6 pour cent pour l'Egypte et 34,7 pour cent pour la Tunisie.

Le tableau 1 récapitule ces différences de taux d'analphabétisme selon les pays et le sexe.

Si ces données reflètent les différences entre les pays, elles ne traduisent pas les différences entre les régions d'un même pays (milieu urbain et milieu rural) et même entre les couches sociales de la même région.

Mais comme nous l'avons déjà mentionné, ces taux restent généralement élevés malgré les efforts déployés par les gouvernements. En effet plusieurs facteurs limitent l'efficacité des mesures prises en faveur de la lutte contre ce phénomène dont principalement :

Tableau 1. Taux d'analphabétisme dans les pays arabes par sexe, 1990 (population de 15 ans et plus, en pourcentage)

Pays Chez les hommes Chez les femmes Total
Algérie 36,6 4,2 50,6
Egypte 37,1 66,2 51,6
Iraq 30,2 50,7 40,3
Jordanie 10,6 29,7 19,9
Liban 12,3 26,9 19,9
Libye 24,6 49,6 36,2
Tunisie 25,8 43,7 34,7
Syrie 21,7 49,2 35,5
Maroc 38,7 62,0 50,5
Source : Tableau constitué à partir des rapports mondiaux sur le développement humain 1990 et 1993 PNUD, Economica.

i) l'incapacité de l'enseignement primaire et de base d'absorber la totalité des enfants en âge de scolarisation dans quelques pays arabes : près du quart des enfants entre six et onze ans n'y trouvent pas de place;

ii) le taux de redoublement élevé dans l'enseignement privé;

iii) la faiblesse du taux de scolarité dans le milieu rural, surtout pour les filles;

iv) l'insuffisance des efforts déployés pour limiter l'analphabétisme : problème de budget, de culture, etc.

Il est évident que toute politique d'encouragement de la scolarisation dans les pays arabes doit tenir compte de ces obstacles. Elle contribuera par là à élever la productivité du facteur travail dans les pays et à augmenter, par la même, le revenu des couches les plus démunies surtout dans le milieu rural. Elle permettra par ailleurs d'accroître la maîtrise technologique et l'assimilation des technologies modernes. En effet il est facile d'établir une relation causale entre exclusion et analphabétisme dans les pays arabes, et ce, en se fondant sur la comparaison des différents indicateurs :

- les chômeurs exclus du marché du travail dans les pays arabes sont pour 60 à 85 pour cent (selon les pays) d'entre eux des analphabètes et des personnes n'ayant pas dépassé le niveau éducatif de l'école primaire;

- les femmes qui sont exclues du tissu social et du monde du travail sont pour 40 à 66 pour cent d'entre elles des analphabètes et ceci est le cas en pour l'Algérie, Egypte, l'Iraq, la Libye, la Tunisie, et le Maroc;

- les enfants qui trouvent des difficultés d'insertion à l'école ont généralement des parents analphabètes. En effet, l'harmonisation entre l'éducation familiale et l'éducation dans le jardin d'enfants et l'école est impossible dans cette situation et l'implication des parents dans le processus éducatif des enfants est difficile.

L'ampleur de l'analphabétisme dans les pays arabes et son évolution future exigent une multiplication de l'effort à fournir pour mieux maîtriser le développement de ce phénomène qui représente le point de départ n o 1 pour le processus d'exclusion d'une personne de l'école, de la vie active, de la vie sociale et enfin l'exclure de l'espace contemporain en l'isolant des moyens de communication dans les pays (tableau 2).

Tableau 2. Evolution du taux d'analphabétisme dans les pays développés et les pays en voie de développement (en pourcentage)
1970 1980 1990 2000
Taux mondial 38,5 29,4 26,5 21,8
Pays en voie de développement 54,7 39,3 34,9 28,1
Pays développés 6,2 4,6 3,3 1,5
Pays arabes 73,5 54,5 48,7 38,0
Pays les moins développés dans le monde 77,5 65,2 60,4 51,0
Source : Rapport de l'UNESCO, 1991.

*III. Chômage et exclusion

Le chômage constitue aussi la seconde cause de la pauvreté et de l'exclusion sociale dans les pays arabes. En effet le chômage dans les pays Arabes constitue un élément important dans l'exclusion des jeunes de la vie active. La difficulté d'accès au travail constitue une barrière pour les jeunes et empêche leur insertion économique et sociale. Le taux des jeunes (de moins de vingt-cinq ans) parmi les chômeurs est de 70 pour cent en Algérie, 50 pour cent en Tunisie, 51 pour cent au Maroc, etc.

Cependant, il reste à préciser tout d'abord que la connaissance des caractéristiques du marché du travail et de l'intensité du chômage souffre dans les pays arabes de l'imprécision et de la variabilité des concepts et indicateurs utilisés. Elle est aussi limitée par la difficulté de recourir à d'autres moyens de collecte de l'information, pour compléter et rendre plus fiables les données des recensements généraux de la population qui constituent la principale référence en la matière.

En dépit de cela, il est à remarquer que les problèmes de l'emploi et du chômage ont pris partout dans les pays une importance grandissante, car ils constituent des indicateurs sur les résultats des politiques économiques et sociales poursuivies.

Comme la situation de l'emploi subit les effets combinés de plusieurs facteurs : forte croissance démographique, renforcement du poids de la population active, accès de la femme au travail, évolution de l'économie internationale... le taux de chômage dans les pays arabes dépasse le taux maximum atteint par les pays développés au moment du paroxysme de la crise, soit 12 pour cent. Le tableau suivant illustre bien ce phénomène (tableau 3).

Si des spécificités nationales existent en ce qui concerne le chômage, nombre de traits communs peuvent toutefois être relevés :

i) L'importance du taux de chômage dans le milieu rural par rapport à ce qu'il est dans le milieu urbain, avec une tendance plus rapide d'augmentation du taux dans ce dernier.

ii) Le chômage touche essentiellement les plus jeunes.

iii) Le chômage touche essentiellement les analphabètes et les catégories à niveau d'instruction intermédiaire.

iv) La forte sous-évaluation du taux d'activité de la femme arabe. En effet, les taux de chômage retenus officiellement par les différents recensements effectués dans les pays ne reflètent pas la réalité du phénomène, ne serait-ce que parce qu'ils sont fondés sur une sous-estimation flagrante du taux d'activité féminine (à titre d'exemple, en Algérie, on estime à seulement moins de cinq femmes sur cent celles qui travailleraient ou chercheraient à travailler). Le taux de participation de la femme dans la vie active est entre 12 et 24 pour cent.

Tableau 3. Taux de chômage dans les pays arabes, 1992

(en pourcentage de la population active)
Pays Taux de chômage Population active Nombre de chômeurs
Algérie 18,6% 6.022.000 1.120.000
Jordanie 23,4 % 828.000 194.000
Egypte 14,0 % 17.283.000 2.420.000
Maroc 14,7 % 8.387.000 1.233.000
Tunisie 15,3 % 2.812.000 316.000
Source : Emploi et émigration dans les pays arabes. Etablissement arabe de l'emploi - Tanger - septembre 1991 (en arabe).

Cette sous-évaluation des taux d'activité féminine tient certainement au fait que les indicateurs retenus dans la plupart des cas, ne rendent pas compte de la complexité de la réalité de l'activité féminine. Elle est due également à des facteurs socioculturels et politiques qui continuent à tenir le rôle de la femme pour secondaire.

Enfin, si actuellement le chômage dans le monde arabe est le résultat d'une combinaison de plusieurs facteurs - notamment ceux relatifs aux voies de développement poursuivies - cette situation dans le futur sera sans nul doute la source de défis majeurs, surtout que les pays arabes du Maghreb et du Machreq sont, le plus souvent sans ressources matérielles suffisantes, incapables de faire face à de lourdes contraintes humaines et incapables, en même temps, de maîtriser dans une moyenne durée un accroissement démographique très élevé.

*IV. Discrimination à l'égard des femmes et exclusion

Si l'on se base sur les recensements et enquêtes effectués dans quelques pays arabes on peut remarquer que la participation de la femme dans la vie économique reste limitée et même marginale. En effet, selon quelques études et indicateurs, cette participation ne dépasse pas 3,6 pour cent pour les uns alors qu'elle atteint 22 pour cent pour les autres : 10,8 pour cent pour l'Algérie, 15,5 pour cent pour l'Egypte, 17,50 pour cent pour la Tunisie, et 22, 8 pour cent pour la Jordanie. Ainsi le taux moyen pour l'ensemble des pays est estimé à 9 pour cent environ.

Par ailleurs, cette contribution de la femme arabe à la vie économique se concentre plus ou moins dans le secteur primaire (agriculture), puisque ce taux atteint 80 pour cent dans quelques pays. Il s'agit généralement d'aide aux maris donc sans rémunération aucune. La participation des femmes dans la vie active dans l'agriculture n'engendre généralement aucune participation sociale.

Sa contribution dans les industries manufacturières varie aussi d'un pays à l'autre puisqu'elle est estimée à 26 pour cent chez les uns et 5 pour cent chez les autres et varie selon le niveau de développement des activités industrielles dans les pays : 26 pour cent pour la Tunisie, 23,6 pour cent pour le Maroc, 17,5 pour cent pour le Liban, 13 pour cent pour l'Egypte, 5,5 pour cent pour la Syrie, 3,8 pour cent pour l'Algérie. Le secteur du textile et de l'habillement attire particulièrement la main d'oeuvre féminine. Mais en général, seules quelques activités attirent les femmes : enseignement, santé, travaux informels de l'artisanat, administration et services comme le commerce, les banques et assurances, l'hôtellerie, etc. Par ailleurs, son orientation vers les activités à haut niveau technologique depuis quelques années est expliquée par les efforts de scolarisation et de formation des filles dans presque l'ensemble des pays. Le secteur des services exerce, de plus en plus, une force d'attraction sur la main

Tableau 4. Pourcentage d'adultes sachant lire et écrire par sexe, de 1970 à 2000

dans les pays industrialisés et les pays en voie de développement

Total Hommes Femmes
1970 1990 2000 1970 1990 2000 1970 1990 2000
Ensemble des pays dans le monde 61,5 73,5 78,2 69,6 80,6 84,6 53,5 66,4 71,8
Pays en développement 45,3 65,1 71,9 57,8 74,9 80,3 32,6 55,0 63,2
Pays développés 93,8 96,7 98,5 95,0 97,4 99,0 92,7 96,1 98,0
Pays arabes 26,5 51,3 62,0 39,5 64,3 73,1 13,7 38,0 50,6
Pays très sous-développés 22,5 39,6 49,0 31,9 51,4 60,8 13 27,9 37,3
Source : Rapport de l'UNESCO, 1991, p. 97, tableau R. 8.

d'œuvre féminine. La gratuité et les encouragements pour l'enseignement ont contribué à réduire le taux d'analphabétisme féminin et à intégrer les femmes dans la vie économique. En effet, le taux d'analphabétisme n'a cessé de se comprimer pour l'ensemble des pays arabes passant de 85,7 pour cent en 1975 à 70,5 pour cent en 1985 et à 64 pour cent en 1990. Il est prévu que ce taux ne dépassera pas 51 pour cent à la fin du siècle.

Il est certain que l'enseignement reste le facteur principal de réduction des écarts entre les deux sexes puisqu'il était considéré comme le principal moyen de promouvoir socialement les femmes et de moderniser les structures du travail. Ainsi, on remarquera que dans quelque pays le taux des étudiantes bénéficiant de l'enseignement supérieur est nettement supérieur à celui des garçons. Mais en dépit de tout cela et des efforts déployés, le taux général de l'éducation et de l'alphabétisation des femmes demeure en dessous de la moyenne dans les pays en voie de développement , comme l'illustre le tableau 4.

De même les efforts déployés en matière de formation professionnelle et technique ont contribué à l'amélioration de la situation de la femme et à restructurer le marché de l'emploi.

Selon quelques sources (recensement de l'organisation arabe du travail en 1990) la part dont bénéficient les femmes dans les programmes de formation professionnelle ne dépasse pas 12,6 pour cent en Libye et 10 pour cent en Mauritanie alors qu'il dépasse 36,5 pour cent en Algérie et 25,4 pour cent au Maroc. Mais cela ne signifie certainement pas, pour le cas de quelques pays arabes, une meilleure intégration de la femme dans la vie sociale et politique et à la prise des décisions puisque généralement plus de 40 pour cent de la capacité d'accueil en formation professionnelle féminine concerne une formation sociale non qualifiable, ne permettant donc pas d'intégrer la vie active.

A cela, il conviendra d'ajouter la précarité et les difficultés des conditions de travail des femmes arabes qui travaillent simultanément au foyer et à l'extérieur. Généralement la participation de la femme au travail est dictée par le besoin de compléter le salaire du partenaire suite au renchérissement du coût de la vie résultant pour partie de la mutation du modèle de consommation de la famille arabe. Ce besoin explique en grande partie le fait que les femmes acceptent en général le travail offert quelques soient les conditions : faiblesse de couverture sociale, inégalité du traitement, inégalité dans les chances de bénéficier des programmes de formation professionnelle et dans les chances de promotion et de progression dans la carrière.

La faiblesse de l'accès de la femme à la propriété foncière agricole (terre) constitue aussi un obstacle majeur à la promotion de la femme arabe. D'autant plus que les politiques de distribution des terres dans quelques pays privilégient les hommes. Ainsi la majorité des femmes dans les campagnes sont privées de la propriété (26 pour cent seulement du total des femmes paysannes en Egypte accède à la terre) et travaillent alors comme aides familiales ou comme employées.

A cette difficulté d'accès à la terre, il convient d'ajouter la faiblesse de l'accès de la femme arabe à la maîtrise technologique qui pourrait lui faciliter les tâches aussi bien au foyer que dans le travail. Les difficultés d'accès aux crédits bancaires constituent aussi une autre nature d'obstacles à la promotion et à l'intégration de la femme arabe. L'importance du phénomène d'analphabétisation est un obstacle à une meilleure utilisation des crédits octroyés par les systèmes bancaires.

De même le travail de la femme dans le secteur industriel demeure freiné par nombre d'obstacles dont principalement :

i) le cumul de deux fonctions et la difficulté de réussir la combinaison des deux : au foyer et à l'usine;

ii) l'absence de facilité ou «d'accommodation» du travail à l'usine pour la femme,

iii) avec la crise et le chômage, l'offre d'emploi s'oriente de plus en plus vers la main-d'œuvre masculine;

iv) l'exigence de plus en plus grande du niveau technologique par l'industrie moderne ce qui accroît la difficulté pour la femme de trouver ou même de garder son emploi ;

v) Les divers obstacles socioculturels et familiaux qui freinent l'accès de la femme arabe au travail industriel.

D'importantes dispositions législatives ont été prises pour une réduction des inégalités de droit et de fait aux pays arabes dans les relations entre hommes et femmes. A titre indicatif, des reformes concernant l'âge légal du mariage, la polygamie, la participation aux élections politiques, l'instruction obligatoire, l'accès au travail salarié de type moderne, etc. Mais toutes ces reformes libératrices ont leurs limites dans une société où un arabe sur deux ne sait ni lire ni écrire en cette fin de deuxième millénaire contre 35 pour cent dans l'ensemble du tiers monde et 1 pour cent dans le monde industriel.

*V. Inégalités économiques internes et externes

et mécanismes d'exclusion

Il est à remarquer que plusieurs pays arabes ont déjà entamé à partir du milieu des années quatre-vingt l'application de programmes d'ajustement structurel (PAS) visant l'ajustement et la restructuration des économies. Et les autres pays seront appelés à en faire autant durant cette décennie sous la pression de la dette extérieure et de la crise économique persistante.

Toutefois, si l'on analyse les résultats des réformes économiques dans les pays arabes à partir de l'évolution de la dette extérieure, nous pouvons conclure que la situation ne s'est pas améliorée durant les dernières années. En effet le nombre des pays arabes qui recourent à l'endettement extérieur a atteint, pour la première fois en 1988, quatorze pays. La dette extérieure a atteint alors 123 milliards de dollars (près du tiers pour l'Egypte). Les dix pays les plus endettés totalisent près de 120 milliards de dollars dont 48,8 pour l'Egypte, 26 pour l'Algérie, 21 pour le Maroc, 13 pour le Soudan, 6,9 pour la Tunisie, 7,5 pour la Jordanie.

Cette détérioration de la situation de la dette extérieure des pays se traduit aussi par une nette détérioration des taux de couverture des intérêts payés par les ressources en devises des exportations, et des taux de la dette par rapport aux PIB des pays. Le tableau 5 récapitule ces taux pour quelques pays dont les données sont disponibles.

Tableau 5. Indicateurs de la dette extérieure des pays arabes

Taux d'endettement/Dette/PIB Intérêts/exportations Remboursement/exportations
1980 1990 1980 1990 1980 1990
Egypte 95,0 159,0 9,0 10,3 20,8 20,5
Maroc 53,1 98,5 17,0 18,4 32,7 32,2
Syrie 21,0 47,1 4,7 -- 11,4 --
Tunisie 41,6 71,9 6,9 8,5 14,8 22,6
Jordanie -- 181,2 4,3 11,7 8,4 19,6
Algérie 47,1 56,8 10,4 19,1 27,1 68,9
Source : Banque mondiale, rapport 1991.

A partir de ce tableau, force est de constater la détérioration de la situation entre le début et la fin des années 80 presque partout dans les pays arabes, soit en se référant aux paiements des intérêts qui représentent une part croissante des exportations des biens et services, soit en se référant au total des remboursements par rapport aux exportations; ce qui reflète la supériorité du taux de croissance de la dette sur celui des PIB enregistrés entre 1980 et 1990. Le taux d'augmentation de la dette arabe était estimé à 75 pour cent alors que le taux de croissance des PIB. durant cette période n'était que d'environ 57 pour cent.

Or, cet alourdissement du poids de la dette aura des répercussions sur les structures économiques et sociales et cela d'autant plus que les facteurs responsables de la dette et de la détérioration de la situation sont généralement étrangers aux sociétés (exogènes); on peut en énumérer quelques-uns :

i) la détérioration des termes de l'échange entre les pays en raison essentiellement de la baisse des prix des matières premières exportées par les pays;

ii) l'augmentation des taux d'intérêt dans les pays créanciers surtout pour les prêts privés;

iii) l'augmentation des prix des biens d'équipement et de consommation de luxe importés par les pays arabes en aggravant la situation et le déséquilibre des balances commerciales de ces pays.

Quant aux facteurs endogènes de l'aggravation de la dette extérieure, ils sont principalement :

i) la croissance rapide des dépenses publiques;

ii) les politiques internes de développement adoptées et qui sont responsables de l'alourdissement et de l'aggravation de la dette extérieure des pays.

Les réformes économiques, dans le cadre des programmes d'ajustement structurel, ont entraîné la suppression de nombreux emplois salariés dans le secteur public et para-public. Or, on sait que toute société marchande généralisée souffre d'une contradiction fondamentale. Il faut que la main d'œuvre soit obligée de se vendre sur le marché qui devient de plus en plus restreint et d'en accepter le prix, et pour cela elle n'ait pas d'autres moyens d'existence sûrs». La solution pour la société arabe est le recours vers l'informel sur le plan économique et vers les réseaux de parenté, d'alliance, de droits et d'obligations réciproques qui structurent les solidarités familiales et communautaires.

Tableau 6. La population active employée dans le secteur informel se répartit comme suit dans les pays arabes (en milliers)
Pays Population active employée dans le secteur informel Population active
Algérie 777 5.588
Egypte 2.997 13.610
Maroc 1.771 6.700
Mauritanie 368 586
Tunisie 577 2.200
Source : J. Charmes : L'emploi et le secteur informel dans les pays du Maghreb et du Machreq, 1991.

Mais on constate, à partir des différentes études, sur les effets des reformes économiques sur l'emploi, le revenu, la pauvreté en Egypte, au Maroc, en Tunisie, que les moyens sociaux de solidarité sont largement mis à mal par la mobilité imposée par les localisations de productivité, par l'extension du travail salarié féminin et par la dynamique de la rente foncière des années de grande mobilisation.

Sur le plan économique le nombre des travailleurs dans l'informel ne cesse de s'accroître; Ce secteur devient un refuge obligatoire pour les chômeurs non indemnisés (tableau 6).

Le développement de ce secteur nous laisse donc en présence d'une économie à deux vitesses. Pour parler d'exclusion économique, on pourrait conclure que les économies nationales arabes sont aussi exclues de l'économie mondiale (Relation plus de dépendance que d'intégration) et les économies traditionnelles informelles sont encore exclues de la comptabilité nationale du secteur «moderne».

*VI. Conclusion

En conclusion, on peut noter au travers des différentes évolutions de l'économie et de la société arabes, que l'exclusion a toujours été une constante dans les pays arabes et a fait l'objet de nombreuses études .

Tous les documents, cités en annexe, ont, chacun à sa manière, étudié ce phénomène et proposent des approches de lutte contre l'exclusion.

Le regain d'intérêt que voit ce phénomène de nos jours, a amené les pays arabes à mettre en place des politiques sociales actives pour lutter contre l'exclusion et débarrasser la société de la mentalité de l'éternel assisté par les pouvoirs publics.

Des stratégies similaires sont adoptées dans les différents pays arabes : le fonds social en Egypte : février 1991; le fonds de l'emploi en Jordanie : mars 1991; le fonds d'insertion et d'adaptation professionnelle en Tunisie : février 1990; le programme de promotion nationale au Maroc : 1977.

Ces politiques tendent à atténuer les répercussions des reformes économiques sur la situation sociale et à créer une rupture dans le processus du chômage et de pauvreté pour qu'il ne mène plus à l'exclusion. En effet,

- si on est condamné à avoir des chômeurs, il ne faut pas que cela soit les mêmes d'une année à l'autre (lutter contre le chômage de longue durée);

- la lutte contre la pauvreté, dans un contexte de restrictions budgétaires, implique que l'on assure en priorité les besoins essentiels des plus démunis, mais aussi que l'on mobilise des moyens dans le cadre d'une politique d'intégration.

*Endnote 1:
A part la Tunisie, où le taux de croissance démographique est de 1,9 pour cent à partir de 1990.

Mise à jour par RS. Approuvée par AVJ. Dernière modification: 19 juillet 2004.