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Dossiers de Presse: Index
Les femmes et le monde du travail: les coûts sociaux d'un réel progrès
Rétribution du travail des femmes: un curieux paradoxe
Féminisation de la pauvreté
Les conventions et les recommandations de l'OIT: une révolution silencieuse

LES FEMMES ET LE MONDE DU TRAVAIL: LES COUTS SOCIAUX D'UN REEL PROGRES

1. Ce sont les femmes qui ont assumé les inconvénients et la plus grosse part des coûts inhérents aux grands changements provoqués par l'événement majeur de la décennie, à savoir la mondialisation de l'économie.

2. La croissance économique, au Nord comme au Sud, ainsi que l'essor remarquable des nouvelles zones industrielles d'exportation, n'auraient pu s'accomplir sans la capacité d'adaptation des femmes travailleuses aux mutations rapides de l'économie mondiale.

3. La paupérisation croissante de nombreuses régions du Sud (l'Afrique en particulier), marginalisées par une compétition économique internationale impitoyable et l'ajustement structurel, aurait provoqué des famines d'une extrême gravité si les femmes n'avaient pas doublé leurs efforts de production dans le secteur agricole et en particulier dans le secteur de l'économie informelle.


Conquêtes

Depuis vingt ans, le taux de participation des femmes à la main-d'oeuvre est en augmentation constante, à tel point que l'on peut parler d'un véritable phénomène de féminisation de la main d'oeuvre et de l'emploi à l'échelle mondiale. En 1994, 45% environ des femmes âgées de 15 à 64 ans étaient économiquement actives.

Le taux d'activité des femmes a toujours été très inférieur à celui des hommes; il s'est cependant accru, et d'une façon significative dans certaines régions du monde, tandis que celui des hommes diminuait légèrement. Si autrefois, elles étaient avant tout femmes au foyer et accessoirement travailleuses, cet état de choses s'est profondément modifié ces dernières années et tout porte à penser que ce processus est désormais irréversible. En dépit de cette tendance générale, il existe des variations régionales.

Dans les pays de l'OCDE Note1, de 1983 à 1992, le taux annuel moyen de croissance de la population féminine économiquement active a été de 2,1%, soit le double de la progression du taux d'activité des hommes (0,8%). Le taux d'activité des femmes se rapproche rapidement de celui des hommes. L'accroissement a été le plus remarquable dans les pays, comme l'Espagne et les Pays-Bas, où les femmes étaient moins présentes dans la main-d'oeuvre au début des années 80. Aux Etats-Unis, au Canada et dans les pays nordiques, les femmes constituent d'ores et déjà près de la moitié de la population active avec des taux d'activité qui dépassent 70% pour certains groupes d'âge.

En Europe centrale et orientale, malgré la récession et les réformes entreprises pour assurer la transition vers l'économie de marché, la participation des femmes à la vie active n'a pas baissé, dans l'ensemble, plus que celle des hommes. Ainsi, il ressort des données concernant la Fédération de Russie, l'Ukraine et le Bélarus que la part des femmes dans l'emploi salarié n'a pas diminué depuis le début des années quatre-vingt-dix.

En Asie du Sud-Est, la main-d'oeuvre féminine représente jusqu'à 80% de la main d'oeuvre des zones industrielles d'exportation. En Chine, le taux d'activité des femmes de 15 à 64 ans est resté élevé pendant les deux dernières décennies (environ 70%).

Dans les pays en développement, selon les estimations provisoires du BIT concernant la population économiquement active, le taux d'activité des femmes était de 44% en 1994. Néanmoins ce taux ne tient pas pleinement compte du fait que, dans ces pays, beaucoup de femmes économiquement actives travaillent dans le secteur informel urbain et rural. Les études méthodologiques du BIT montrent qu'avec des questionnaires de main-d'oeuvre comportant une définition plus large de l'«activité économique», qui englobe le secteur informel et les activités non commerciales, les taux d'activité des femmes augmentent de façon spectaculaire, passant par exemple de 13 à 88% en Inde et de 11 à 63% au Bangladesh. En Afrique subsaharienne, les femmes constituent 80% des producteurs de denrées alimentaires dans quelques pays. En Amérique latine, bien qu'elle soit en augmentation et rejoigne celle des hommes dans certains pays et pour certains groupes d'âge, la participation des femmes à l'activité économique demeure l'une des plus faible (de l'ordre de 30% pour les femmes âgées de 15 à 64 ans). Les taux d'activité les plus faibles sont enregistrés dans les pays arabes.


Coûts sociaux

Ces conquêtes ont été accompagnées de coûts très lourds sur le plan social. En effet, si les femmes ont plus profité que les hommes des nouveaux emplois créés, les inégalités salariales persistent et la qualité de l'emploi s'est dégradée. Dans les pays industrialisés, l'augmentation de la participation des femmes à la population active résulte de l'extension du travail à temps partiel. Dans tous les pays, la recherche de l'efficacité économique imposée par la concurrence sur le marché mondial s'est accompagnée de la recherche parmi les femmes d'une main-d'oeuvre souple et bon marché et a limité la création d'emplois salariés stables et à plein temps. L'évolution technologique a réduit le nombre des emplois les moins qualifiés dans lesquels les femmes prédominent. Certaines professions traditionnellement féminines deviennent obsolètes: travaux de bureau, travaux de montage dans l'industrie, travaux agricoles manuels. De cette façon, a été favorisée l'apparition d'autres formes de travail atypiques telles que le travail temporaire, occasionnel, à domicile ou en sous-traitance. Ces formes de travail sont généralement précaires, faiblement rémunérées, offrent peu de possibilités de formation et comportent peu de perspectives de carrière. Qui plus est, ces emplois échappent à la protection de la loi, des conventions collectives et des régimes de sécurité sociale. C'est par exemple le cas du travail à domicile, en général effectué par des femmes qui ont des enfants en bas âge. Etant invisibles et difficiles à organiser, les travailleuses à domicile sont particulièrement exposées à l'exploitation et sont souvent exclues de la protection et des avantages offerts par la législation du travail.

En règle générale, ces formes de travail sont imposées, soit par le fait que les crises économiques et l'ajustement structurel ont réduit les possibilités d'emploi à temps plein et permanent dans le secteur structuré et ont rendu indispensable une contribution supplémentaire au revenu familial, soit parce qu'il n'existe pas de services d'accueil pour les enfants. En Afrique, en Asie, en Amérique latine, mais également dans les pays industrialisés, le secteur informel est «l'employeur du dernier recours».


Contraintes et perspectives

Le coût humain de la féminisation de l'emploi n'est pas uniquement imputable aux transformations économiques récentes, mais également à des préjugés sociaux et culturels toujours présents, à des degrés différents, dans tous les pays. Malgré l'existence de nombreuses conventions internationales garantissant l'égalité des chances et de traitement, la discrimination entre les sexes persiste dans es faits. Pourtant, l'arrivée massive des femmes sur le marché du travail a amené l'opinion publique et les gouvernements de la plupart des régions du monde à comprendre la nécessité de lutter contre les inégalités et à adopter une législation qui reflète une véritable volonté politique d'abolir ces inégalités dans l'emploi.

  • les femmes assument encore dans l'ensemble le double fardeau des obligations familiales et professionnelles;
  • leurs salaires demeurent inférieurs à ceux des hommes;
  • elles demeurent minoritaires dans les postes de direction et de prise de décisions;
  • elles sont en majorité cantonnées dans une gamme étroite d'emplois dits «féminins» (emplois de bureau, services, ventes et professions libérales de niveau moyen) généralement moins bien rémunérés et moins valorisés que les emplois «masculins».
  • Des succès incontestables ont été remportés en ce qui concerne l'accès à l'éducation et à la formation professionnelle. On ne peut donc plus affirmer que les femmes qui arrivent sur le marché du travail ont un niveau d'instruction inférieur à celui des hommes. Malheureusement, les jeunes filles continuent d'être orientées vers des domaines d'étude et des professions traditionnellement féminines, ce qui limite leur capacité d'acquérir les compétences scientifiques et technologiques nécessaires pour pouvoir s'adapter aux nouvelles exigences du marché de l'emploi.

    De toute évidence, la solution des nombreux problèmes mentionnés requiert une action à plusieurs niveaux. C'est pourquoi l'OIT recommande l'adoption d'une approche intégrée globale (voir encadré). Cette stratégie suppose que gouvernements, organisations d'employeurs et syndicats soient associés à la réalisation des objectifs prioritaires que l'Organisation elle-même s'est fixés: renforcement de la démocratie, atténuation de la pauvreté et amélioration des conditions de travail et de la protection des travailleurs.


  • L'accroissement de la compétition économique à l'échelle internationale et ses répercussions négatives, y compris la marginalisation économique de nombreux pays à faible revenu, pour les populations les plus vulnérables.
  • l'ajustement structurel et ses effets pervers sur le plan social.
  • La déréglementation des marchés et la précarisation de l'emploi.
  • La détérioration de la qualité de l'emploi; l'instabilité et l'insécurité des gains.
  • La réduction des moyens destinés à la protection sociale.

  • L'OIT: une stratégie intégrée

    Pour apporter une véritable solution aux problèmes des femmes qui travaillent, combler les fossés qui persistent, répondre aux nouveaux défis qui émergent en matière d'égalité entre les sexes dans le monde du travail, et pour accélérer le progrès, il faut adopter d'urgence une stratégie intégrée, globale et proactive aux niveaux national, régional et mondial, estime l'OIT.

  • un cadre législatif s'appuyant sur la ratification et la mise en oeuvre des normes internationales du travail pertinentes;
  • une politique active du marché du travail qui tienne compte des questions d'égalité;
  • une politique de formation également favorable aux deux sexes qui mette l'accent sur la diversification des compétences des femmes et la flexibilité nécessaire pour saisir les nouvelles opportunités;
  • une amélioration de l'accès des femmes aux ressources productives telles que le crédit, aux techniques nouvelles et aux marchés;
  • une amélioration de la sécurité de l'emploi, de la rémunération, des conditions de travail;
  • l'octroi d'une protection et d'une sécurité sociale appropriées;
  • le partage équitable des responsabilités familiales entre hommes et femmes et l'adoption de nouvelles mesures permettant de concilier les activités de production et de reproduction;
  • une mobilisation accrue des femmes, ainsi que leur participation à la prise des décisions;
  • a coopération et la coordination des efforts de tous les acteurs économiques et sociaux concernés;
  • la production de données et d'analyses statistiques tenant compte des questions d'égalité.
  • __________

    Sources principales:

    - Les travailleuses dans un environnement mondial en évolution, Document de travail établi par l'Institut international d'études sociales en vue du «Forum international sur l'égalité des femmes dans le monde du travail: Les défis pour l'avenir», Genève, 1-3 juin 1994. IIES (Genève, 1994).

    - Le travail dans le monde, 1994. BIT (Genève, 1994).

    - Evaluations et projections de la population active, 1950-2010. Bureau de Statistique, BIT (Genève, 1994).


    Note1

    Allemagne, Australie, Autriche, Belgique, Canada, Danemark, Espagne, Etats-Unis, Finlande, France, Grèce, Irlande, Islande, Italie, Japon, Luxembourg, Mexique, Norvège, Nouvelle-Zélande, Pays-Bas, Portugal, Royaume-Uni, Suède, Suisse, Turquie.


    Mise à jour par BB. Approuvée par KMK. Dernière modification: 20 octobre 1996.