La sécurité de revenu
pour les personnes âgées
«Même dans les pays industrialisés, malgré le développement extraordinaire des systèmes de pension de la sécurité sociale, la vieillesse fait toujours peser la menace de l’insécurité sur certains et surtout sur les femmes», peut-on lire dans le Rapport sur le travail dans le monde 2000. Et les auteurs de préciser: «Les droits des femmes en matière de pension sont généralement très inférieurs à ceux des hommes, alors que leur espérance de vie est supérieure.»
Le problème de la pauvreté à l’âge de la retraite est particulièrement grave dans les pays en développement d’Afrique subsaharienne et dans certaines régions du monde en développement, où moins de 10% de la population active sont affiliés à des régimes de retraites de la sécurité
sociale
Les travailleurs du secteur non structuré risquent eux aussi de tomber dans la pauvreté ou de dépendre de l’assistance sociale à cause de la modicité des salaires et de l’absence quasi générale d’assurance vieillesse.
«Il est donc évident que, en dépit de leurs succès impressionnants, les systèmes de pension sont encore loin d’avoir atteint leur but. En outre, il leur faut s’adapter à l’allongement de l’espérance de vie et à l’évolution des marchés du travail et des rôles respectifs des hommes et des femmes», estiment les auteurs.
«Dans la plupart des pays en développement, il est urgent de garantir une plus grande sécurité de revenu aux personnes âgées.» Deux possibilités sont envisagées dans le rapport: les régimes non contributifs qui sont des régimes universels, financés par l’État et qui versent des prestations à tous les résidents d’un certain âge, et les régimes contributifs qui sont alimentés par les revenus du travail.
Les régimes non contributifs se heurtent à de nombreux obstacles dans les pays en développement en raison de la rareté des ressources budgétaires et de l’insuffisance chronique des systèmes fiscaux. Le BIT insiste néanmoins sur le fait que «ces régimes ne sont pas nécessairement ruineux si l’âge de la pension est suffisamment élevé». Dans la majorité des cas, ils servent des prestations très modiques qui sont loin de remplacer les gains de la vie active, mais «peuvent néanmoins être d’un grand secours pour ceux qui en bénéficient».
En Afrique du Sud, les prestations, qui sont soumises à condition de ressources, sont accordées aux femmes à partir de 60 ans et aux hommes à partir de 65 ans. Le montant maximum est légèrement inférieur à 100 dollars des États-Unis par mois, soit environ 10% d’un revenu moyen dans l’industrie manufacturière. Bien qu’à l’origine, le régime ait été conçu à l’intention d’une certaine catégorie sociale, essentiellement les «petits Blancs», il n’est plus lié à la race et les prestations sont versées jusque dans les régions rurales grâce à des distributeurs automatiques de billets et des dispositifs de sécurité très modernes.
Les régimes de retraite universels sont coûteux pour l’État mais présentent un certain nombre d’avantages: ils sont faciles à administrer, ils bénéficient de l’appui politique de toutes les composantes de la société et ont la confiance de la population.
Les régimes contributifs ne couvrent pas les personnes qui ne tirent pas leur revenu de leur travail. En outre, beaucoup de travailleurs préfèrent ne pas cotiser à la sécurité sociale. Selon le BIT, «dans beaucoup de pays en développement, la gestion des régimes de sécurité sociale est souvent si désastreuse qu’ils ne protègent même pas les travailleurs, pourtant peu nombreux, qui sont censés en bénéficier».
Dernièrement, l’épargne retraite obligatoire a suscité un grand intérêt, mais le problème est que, à l’instar d’autres régimes contributifs, elle n’a pas suffisamment de bénéficiaires. Et, ce qui est plus grave, c’est que le montant des prestations n’est pas prévisible, que les femmes perçoivent des prestations moins élevées à cause de leur plus grande longévité et que les frais administratifs sont extrêmement élevés. Le rapport montre que les travailleurs d’un pays latino-américain doté d’un tel régime doivent en moyenne payer 36 cents de frais administratifs pour chaque dollar épargné et que la charge est encore plus lourde pour les catégories ayant les revenus les plus faibles. Malgré ces problèmes, des systèmes d’épargne obligatoire ont maintenant été adoptés par divers pays d’Amérique latine et d’Europe centrale et orientale, souvent avec les encouragements des institutions financières internationales.
Les pays industrialisés font de plus en plus intervenir à la fois le secteur public et le secteur privé, mais «les retraites professionnelles privées ne jouent un rôle important que dans une douzaine de pays à haut revenu, en particulier les États-Unis, le Japon, les Pays-Bas et le Royaume-Uni, et, même dans ces pays, elles sont moins importantes que les prestations de la sécurité sociale pour la plupart des retraités. Certains pays comme la Suisse ont fait de ces régimes un complément obligatoire de la sécurité sociale pour l’ensemble des salariés».
Les pensions occupent la première place dans les dépenses de protection sociale de la plupart des pays, et leur coût dépasse généralement le montant des dépenses de santé. Néanmoins, le pourcentage du PIB consacré aux pensions varie considérablement d’un pays à l’autre. Dans presque tous les pays, les régimes de retraite parviennent à maturité lorsque de plus en plus de personnes perçoivent des prestations et que le niveau de celles-ci augmente. En outre, la population vieillit en raison de la baisse de natalité et, dans une moindre proportion, de l’allongement de l’espérance de vie.
Afin d’équilibrer les obligations des régimes de retraite et les ressources dont ceux-ci disposeront, plusieurs possibilités de réforme sont à l’étude, par exemple: augmenter le taux des cotisations, diminuer le taux des prestations, modifier les conditions ouvrant droit aux prestations en augmentant l’âge de la retraite ou le nombre d’années de cotisation requis ou encore en soumettant les prestations à condition de ressources.
La question de l’égalité entre hommes et femmes requiert un examen particulier dans le contexte des réformes envisagées. En effet, beaucoup de femmes se retrouvent à l’âge de la retraite sans avoir aucun droit ou des droits restreints parce qu’elles ont travaillé toute leur vie sans être rémunérées ou pour des raisons liées au caractère souvent marginal, temporaire ou informel de l’emploi féminin.
Alors que, dans l’ensemble, les régimes de protection sociale traitent encore les femmes au foyer comme des personnes à la charge du chef de famille, le BIT cite différentes mesures prises pour améliorer la protection sociale des personnes exerçant une activité non rémunérée, c’est-à-dire en majorité des femmes. Dans certains pays européens tels que l’Allemagne, la Norvège et la Suède, les comptes de retraite sont crédités des cotisations correspondant aux périodes de travail à la maison. En Irlande et au Royaume-Uni, une variante de ce système consiste à ne pas prendre en compte les années durant lesquelles les gains ont été faibles ou nuls pour le calcul du montant de la pension. En outre, la discrimination inhérente aux pensions de survivant a été éliminée dans les systèmes de sécurité sociale de beaucoup de pays, notamment des États-Unis et de la plupart des États Membres de l’Union européenne.
Le BIT conclut son analyse en affirmant que si la sécurité de revenu durant la vieillesse pose souvent un problème beaucoup plus sérieux aux femmes qu’aux hommes, «l’égalité de traitement des hommes et des femmes s’impose progressivement dans les systèmes de protection sociale». Mais beaucoup reste à faire et certaines mesures visant à promouvoir l’égalité ont en fait aggravé la situation des femmes.
En ce qui concerne l’arrivée à échéance des régimes de retraite, le BIT met en garde contre «des réformes radicales visant à remplacer l’assurance sociale par des systèmes d’épargne retraite obligatoire gérés par le secteur privé», arguant que «de tels systèmes sont sans doute plutôt destinés à compléter l’assurance sociale qu’à s’y substituer».
«Les gouvernements doivent reconnaître la responsabilité qui leur incombe d’assurer un minimum social aux personnes âgées n’ayant pas d’autre revenu et de mettre en place un cadre permettant à chacun de conclure ses propres arrangements en vue de disposer d’un revenu complémentaire durant sa vieillesse», affirment les auteurs.
Et de conclure: «Les régimes contributifs de sécurité sociale demeurent l’instrument le mieux adapté comme principale source de revenu des travailleurs retraités dans la grande majorité des pays.» Les deux grandes priorités sont l’élargissement de la couverture et l’amélioration de la gestion.
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