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Les dépenses de sécurité sociale et l’économie



Dans son Rapport sur le travail dans le monde 2000, le BIT constate que dans la plupart des pays, les dépenses de sécurité sociale ont augmenté par rapport au produit intérieur brut (PIB) au cours de ces dernières décennies. Moins que par des facteurs économiques, cette augmentation s’explique par l’attitude des citoyens, ceux des sociétés prospères étant davantage disposés à accepter qu’une fraction relativement importante du revenu soit redistribuée en vue de couvrir les risques sociaux.

 

Il ressort du rapport que – dans une certaine mesure au moins – protection sociale, productivité et prospérité se renforcent mutuellement. Les auteurs font en effet observer qu’«une protection sociale bien conçue est à long terme une condition primordiale de la croissance dans une économie mondiale ouverte».

Les projections confirment le fait que le pourcentage du PIB consacré aux dépenses de sécurité sociale augmentera au cours des cinquante prochaines années et que cette augmentation représentera 20% environ de celle des gains moyens (en termes réels).

En Afrique toutefois, le niveau de protection sociale demeure faible tandis qu’en Asie et en Amérique latine, cette protection a tendance à s’étendre, mais certaines régions font exception à la règle. Dans l’ensemble, les pays africains n’ont aucune assurance chômage et l’aide sociale y est peu répandue, voire inconnue. La plupart des pays latino-américains ont une forme ou une autre d’assurance vieillesse et de sécurité sociale, mais dans certains pays, moins de 15% de la population active bénéficient de cette protection qui, en tout état de cause, touche rarement plus de la moitié de la population.

Dans les pays arabes, la sécurité sociale couvre en général les risques à long terme ainsi que les accidents du travail et les maladies professionnelles, mais seuls quelques pays ont des régimes d’assurance maladie et maternité. La plupart des régimes d’assurance sociale ont été créés au milieu des années soixante-dix et ne couvrent généralement que les salariés du secteur structuré et uniquement les ressortissants nationaux. Dans l’ensemble, le volume des dépenses de sécurité sociale est resté très faible par rapport au PIB.


En Asie, il existe une grande variété de régimes de protection sociale, mais peu de pays offrent des prestations de chômage et, généralement, peu de personnes bénéficient des garanties de la sécurité sociale: celles-ci représentent, par exemple, 8% de la population active en Inde, 10% en Thaïlande et 18% en Chine. Dans l’ensemble, les dépenses de sécurité sociale demeurent faibles par rapport au PIB, mais dans les pays à revenu élevé et intermédiaire (République de Corée, Malaisie, Singapour et Thaïlande), la fraction du PIB affectée à la sécurité sociale a augmenté en termes réels et la protection a été élargie.

Dans les pays de l’OCDE, les dépenses de sécurité sociale ont presque doublé de 1960 à 1990 pour ensuite progresser plus lentement. En Europe, ce sont 20 à 30% du PIB qui sont consacrés à la sécurité sociale, pourcentages de loin les plus élevés du monde, les retraites et la santé représentant respectivement 40 et 25% des dépenses.

En Europe centrale et orientale, les dépenses sociales représentent 10 à 20% du PIB. A noter toutefois que ce pourcentage est en augmentation depuis 1989. Ces dépenses sont essentiellement consacrées aux retraites et bien que leur structure se soit quelque peu modifiée avec la montée du chômage, l’indemnisation du chômage et l’aide sociale en constituent toujours une très petite part.

Les auteurs du rapport étudient ces énormes écarts nationaux de dépenses sociales afin de déterminer s’il existe des liens entre les niveaux de protection sociale et d’activité économique et, le cas échéant, les enseignements à en tirer pour réformer la protection sociale.

Ils concluent que «la protection sociale a, dans le domaine économique, des effets aussi bien positifs que négatifs».

Par exemple, «les régimes d’assurance sociale peuvent encourager les gens à prendre un emploi dans le secteur formel mais retarder leur retour au travail en cas de maladie ou de chômage. L’aide peut dissuader les parents sans conjoint d’exercer une activité lucrative si elle prend la forme de prestations sous condition de ressources, mais servir de stimulant si elle prend celle d’allocations spéciales exemptes de conditions».

«Contrairement à ce que l’on croit communément, il n’est pas possible de déceler de relations systématiques entre les dépenses de protection sociale et des paramètres de l’activité économique tels que le chômage et la productivité du travail», précisent toutefois les auteurs. Ces derniers citent des travaux de recherche qui montrent que les cotisations de sécurité sociale ou les impôts sur les rémunérations n’ont aucun effet durable sur l’emploi.

Ils constatent que les pays ayant les meilleurs régimes de protection sociale sont aussi ceux qui ont une très forte productivité et font observer que les sociétés à revenu élevé accordent souvent une grande importance à la sécurité. Mais ils suggèrent qu’en offrant une bonne protection à leurs travailleurs, ces pays augmentent aussi le potentiel de productivité de leurs économies. Cela est en particulier le cas des régimes d’assurance maladie ainsi que des prestations et services qui aident les chômeurs à prendre en main leur situation et à retrouver des emplois.

Garantir davantage de sécurité peut aussi contribuer à l’amélioration de la compétitivité et à une meilleure adaptation à la nécessaire évolution des modes de production et de la technologie. Lorsque les travailleurs sont bien assurés contre le chômage, les changements techniques et structurels suscitent moins de suspicion et moins de résistance. Lorsqu’ils jouissent de la garantie d’un revenu minimum, les tensions sociales risquent moins d’aboutir à un conflit et de perturber l’activité économique normale. Selon le rapport, les prédictions alarmistes concernant le coût de la protection sociale sont dans une large mesure «injustifiées».

Toute réforme de la protection sociale devrait donc essentiellement «viser à atténuer les dispositions qui ont un effet de frein et à renforcer au contraire celles qui ont un impact positif sur l’activité économique».


Mise à jour par PV. Approuvée par KMK. Dernière modification: 22 juin 2000.