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Dossiers de Presse: Index

RAPPORT SUR L'EMPLOI DANS LE MONDE 1998-99

Tendances de l'emploi au niveau mondial: De sombres perspectives

Pendant les deux années écoulées depuis la parution du dernier rapport du BIT sur l'emploi dans le monde, la situation du marché du travail au niveau mondial n'est pas parvenue à se redresser. Même si les aspects positifs et négatifs semblent s'équilibrer dans l'évolution de l'économie mondiale, le chômage demeure élevé dans la plupart des régions du monde. Certes le nombre des emplois s'est accru dans certaines d'entre elles, mais cette croissance n'a pas permis de ramener le chômage à des niveaux moins élevés.

«A quelques exceptions près, les choses ne se sont guère améliorées sur le front de l'emploi et, dans beaucoup de parties du monde, le chômage reste un souci majeur. La situation reste globalement sombre et il est urgent, un peu partout dans le monde, de trouver de nouveaux moyens de promouvoir l'emploi», indique le Rapport du BIT sur l'emploi dans le monde 1998-99.

Selon les estimations du BIT, d'ici la fin de l'année 1998, environ un milliard de travailleurs - soit le tiers de la population active de la planète - seront sans emploi ou sous-employés. Le nombre de personnes effectivement au chômage, c'est-à-dire celles recherchant un emploi ou disponibles pour travailler, mais qui n'y parviennent pas, atteindra le seuil des 150 millions à la fin de cette année. De plus, 25 à 30% des travailleurs de la planète - soit entre 750 et 900 millions de personnes - sont sous-employés, c'est-à-dire qu'ils ne travaillent qu'un petit nombre d'heures, alors qu'ils souhaitent travailler davantage, ou qu'ils gagnent moins que le minimum vital.

Bien que les perspectives se soient un peu améliorées dans un certain nombre de pays industrialisés, l'Europe centrale et orientale reste en butte à des difficultés et la situation s'est dégradée en Asie de l'Est, signale le BIT. A elle seule, la crise financière qui secoue l'Asie devrait priver d'emploi 10 millions de travailleurs supplémentaires, qui iront s'ajouter aux 140 millions de chômeurs dénombrés avant la crise.

Ailleurs, en Asie du Sud et en Afrique, la situation de l'emploi n'a pas connu d'amélioration. En Amérique latine, le chômage ne parvient pas à refluer, même si la croissance économique a repris. Dans l'Union européenne, des réformes économiques récentes ont permis de réduire le taux moyen de chômage de 10,7% en mai 1997 à 10,2% en mai 1998. Les Etats-Unis constituent la seule exception au milieu de ce sombre panorama, puisque le taux de chômage y est à son plus bas niveau depuis le début des années soixante-dix.

Le BIT met en garde sur le fait que, «face à la persistance du chômage et du sous-emploi, la fracture sociale qui découle du manque d'emplois pour les jeunes et les personnes âgées, pour les travailleurs les moins qualifiés, pour les handicapés et pour les minorités ethniques devient de plus en plus inquiétante - les femmes étant, à l'intérieur de chacun de ces groupes, les plus désavantagées». Selon les estimations du BIT, environ 60 millions de jeunes de 15 à 24 ans recherchent vainement un emploi. 

Ce tableau de l'emploi dans le monde contraste nettement avec l'évolution escomptée après la publication du dernier REM en 1996. Avant que la crise financière asiatique ne se déclenche au milieu de l'année 1997, explique le BIT, plusieurs signes encourageants laissaient présager un redressement économique mondial. En fait, au cours du premier semestre de 1998, de nombreuses régions du globe ont enregistré une croissance économique, alors même que la crise s'accentuait en Asie de l'Est. Pourtant, dans la plupart des pays, ce redressement n'a pas permis de générer de nouveaux emplois, sauf aux Etats-Unis et, dans une moindre mesure, dans l'Union européenne.

Evolution par région: Tendance générale à la baisse

Avant le milieu de 1997, l'évolution du marché du travail en Asie avait été tantôt encourageante, tantôt spectaculaire. Les trois décennies de croissance soutenue - en moyenne, près de 8% par an (5,5% par habitant) - qu'ont connues quelques pays et territoires de l'est et du sud-est de l'Asie sont sans précédent dans l'histoire économique. Pourtant, la situation économique de cette région s'est inversée de façon impressionnante au cours de l'année dernière. Qui plus est, le BIT redoute que les marchés du travail de l'Inde, du Pakistan et du Bangladesh, qui jusqu'à présent n'ont pas été trop touchés par la crise, connaissent maintenant des difficultés si l'environnement économique externe devient hostile.

En Indonésie, la montée en flèche du chômage et du sous-emploi est accompagnée par des pénuries alimentaires causées par une sécheresse. Selon les prévisions du BIT, «en 1998, les salaires réels risquent fort de baisser davantage encore que le PIB par habitant (15% environ). Le chômage pourrait frapper entre 9 et 12% de la main-d'œuvre, contre 4% environ en 1996. Toutefois, c'est plus le sous-emploi que le chômage déclaré qui augmentera».

En Thaïlande, le chômage pourrait atteindre en 1998 environ 6% de la main-d'œuvre, soit près de deux millions de personnes (contre 1-2% ou 0,4-0,7 million en 1996). Du fait que de nombreux Thaïlandais comptent sur le 'filet de sécurité' que constitue traditionnellement la famille élargie, le sous-emploi risque de quadrupler, voire de quintupler. Selon le BIT, les répercussions de ces tendances se feront sentir bien au-delà des centres urbains, car «de nombreux habitants des zones rurales, notamment les personnes âgées, vivent en partie de l'argent qui leur est envoyé par les membres de leur famille travaillant à Bangkok».

La République de Corée a connu un déclin similaire. Depuis le début de 1998, la contraction de l'emploi s'accélère: le taux de chômage a presque doublé entre novembre 1997 et février 1998 dépassant ainsi les 5% et, en juin 1998, il était de 7%. A Hong-kong (Chine), le taux de chômage a aussi beaucoup augmenté: il était de 4,5% à la fin du deuxième trimestre de 1998, contre 2,9% en 1997.

Dans les pays en transition (Cambodge, Chine, République démocratique populaire lao, Mongolie, Viet Nam), de graves difficultés du marché de l'emploi entravent le passage à l'économie de marché. En Chine, on estime que 3,5 millions de travailleurs seront licenciés en 1998, ce qui pourrait porter le taux de chômage à 5-6%. On compte sur le développement des entreprises privées, notamment des PME, pour stimuler l'emploi productif.

La situation de l'emploi dans la plupart des économies en transition d'Europe centrale et orientale est loin d'être bonne et le taux de chômage demeure élevé. Malgré la prospérité dont jouit une petite minorité, la plus grande partie de la population de cette région continue de subir les douloureuses conséquences de la baisse vertigineuse de son niveau de vie. Selon le BIT, «en l'espace de très peu de temps, sous l'effet de la restructuration de l'économie et des entreprises, on a vu le taux moyen de chômage passer de pratiquement zéro à plus de 9%, les salaires réels ont baissé et les disparités de revenus se sont accentuées». On a pu observer récemment certains signes de reprise économique, mais cela ne s'est pas encore traduit par une amélioration réelle de la situation de l'emploi.

L'effondrement de la production a entraîné une contraction considérable de la demande de travail, un recul de l'emploi et, dans certains pays, une diminution des salaires réels. Bien que les salaires réels aient presque retrouvé leur niveau d'avant 1989 en République tchèque et en Hongrie, dans les autres pays ils restent généralement bien inférieurs à ce qu'ils étaient avant la chute du communisme.

Dans la Fédération de Russie, le chaos économique qui ne cesse de s'aggraver a entraîné une croissance négative des salaires réels, actuellement à moins de 60% de leur valeur de 1989, voire, dans un nombre croissant de cas, la suspension pure et simple du paiement des salaires. Le rapport signale que, bien que le PIB de la Russie ait augmenté à un rythme de 0,4% en 1997 après huit années de récession et que l'inflation ait baissé à 15%, contre 48% en 1996, la crise économique actuelle risque d'aggraver encore la situation. La tourmente qui a secoué récemment les marchés financiers russes, en partie en réaction à des taux d'intérêt beaucoup trop élevés, pourrait aboutir à une situation semblable à celle de l'Indonésie il y a quelques mois. Le taux de change a chuté considérablement et l'on redoute que l'inflation ne s'emballe. Malheureusement, cette situation ne peut qu'aggraver la pauvreté. Cependant, à la différence de l'Indonésie, un programme économique alternatif a été proposé qui limite la libéralisation des marchés. Un partage du pouvoir politique pourrait permettre de le mettre en œuvre.

En Pologne, par contre, les salaires réels ont amorcé une lente récupération et sont actuellement à un peu moins de 80% de leur niveau d'avant 1989. Parmi les autres problèmes auxquels sont confrontées les économies en transition d'Europe et de la Communauté d'Etats indépendants, il faut aussi mentionner le déclin du revenu des ménages dû au déplacement des femmes, des jeunes non scolarisés et des personnes âgées, ainsi que l'inadéquation des qualifications des personnes jadis employées dans la production industrielle, à qui une économie de plus en plus dominée par les services ne permet pas de retrouver un emploi.

Dans cette région, la récente amélioration des indicateurs économiques ne s'est pas répercutée sur les marchés du travail. Bien que la croissance globale ait atteint 5% en 1997 et que, dans plusieurs pays, l'inflation galopante ait été maîtrisée et les salaires réels aient augmenté, le BIT indique que, de 1991 à 1996, le taux de chômage régional a augmenté et a atteint 7,4% en 1997.

Le cas de l'Argentine illustre bien cette situation. Après un programme de stabilisation et d'ajustement structurel, sa croissance a été en moyenne de 5,8% par an entre 1991 et 1997. Or la situation de l'emploi s'est détériorée et le taux de chômage a augmenté de 6,3% en 1991 à 15% en 1997, après avoir culminé à 17,5% en 1995. Dans d'autres pays, le chômage n'a cessé de s'aggraver parallèlement à la diminution du PIB.

«Incapables de trouver du travail dans le secteur formel, où la productivité est élevée et les salaires relativement bons, beaucoup de gens doivent se rabattre sur un certain nombre d'activités qui, parfois, leur permettent tout juste de survivre», explique le rapport. Certains travaillent à leur compte, d'autres sont domestiques, d'autres encore trouvent un emploi dans des microentreprises.

Après une longue période de croissance lente de l'économie et de dégradation de la situation du marché du travail, l'emploi s'est légèrement amélioré dans beaucoup de pays de l'Afrique subsaharienne. La hausse des taux de croissance a plusieurs causes: des conditions climatiques plus favorables après plusieurs sécheresses, l'augmentation du prix des produits d'exportation, la dévaluation du franc CFA qui a stimulé la compétitivité et, enfin, les réformes structurelles et les changements politiques qui ont créé un environnement plus propice aux investissements directs étrangers.

La reprise observée en Afrique est encourageante, note le rapport du BIT, mais «il faut se garder d'un optimisme excessif. Comme la main-d'œuvre croît de près de 3% par an et que le secteur moderne crée peu d'emplois, la population doit surtout compter pour gagner sa vie sur le secteur informel et sur une agriculture peu productive». En outre, comme on s'attend à ce que la population active africaine augmente de 2,9% par an entre 1997 et 2010 (contre 1,9% pour l'Asie du Sud-Est et 1,8% pour l'Amérique latine), cela signifie que le marché du travail comptera chaque année 8,7 millions de demandeurs d'emploi de plus.

La croissance dans les pays avancés a été encourageante, mais inégale. «Entre 1993 et 1997, elle a été assez vigoureuse au Canada, aux Etats-Unis, au Royaume-Uni et dans quelques autres pays, signale le rapport, mais beaucoup moins soutenue en Allemagne, en France et en Italie. Quant au Japon, son économie tourne au ralenti depuis plusieurs années.»

Dans l'Union européenne, on dénombre aujourd'hui plus de 18 millions de chômeurs, constate le rapport du BIT tout en précisant que «ce chiffre ne tient pas compte du très grand nombre de travailleurs 'découragés' et de personnes contraintes de travailler à temps partiel». Toutefois, on a observé des signes de reprise de la production et de l'emploi en Europe vers le milieu de 1998, ce qui s'est d'ailleurs traduit dans l'Union européenne par une diminution du taux moyen de chômage, qui a été ramené de 10,7% en mai 1997 à 10,2% en mai 1998. Au Japon, le taux de chômage demeure plus faible que dans la plupart des autres pays développés, mais il est en forte hausse du fait de la stagnation de l'économie japonaise depuis le milieu des années quatre-vingt-dix.

L'évolution de l'emploi a également varié selon les pays. Entre 1993 et 1997, le taux de chômage a baissé dans beaucoup de pays de l'OCDE, tandis qu'il a augmenté en Allemagne, en France, en Italie et au Japon. «Toutefois, les perspectives s'améliorent légèrement sur le marché du travail en Europe occidentale et on observe notamment un redressement en Allemagne et en France», fait remarquer le rapport, tout en ajoutant que l'attention accordée au chômage par les pays de l'Union européenne «devrait contribuer dans une certaine mesure à accroître l'intensité d'emplois de la croissance». C'est la «structure du chômage» qui pose d'énormes problèmes, les femmes et les jeunes étant généralement les plus touchés en Europe. «Les chômeurs de longue durée n'ont guère de chance de pouvoir retrouver un emploi, même en cas d'embellie macroéconomique», fait observer le rapport. «Les conséquences sociales de cette situation sont désastreuses. Elles exigent que l'on adopte des mesures et programmes propres à faciliter la réinsertion des chômeurs de longue durée sur le marché du travail.»

Un autre aspect préoccupant est la relative disparité dans l'évolution des salaires réels au cours des années quatre-vingt-dix. Après avoir plus ou moins stagné au milieu et à la fin des années quatre-vingt, les salaires réels ont recommencé à augmenter dans beaucoup de pays de l'OCDE. Toutefois, cette augmentation est relativement lente et, en tout cas, beaucoup moins rapide qu'à la fin des années soixante et au début des années soixante-dix. Le rapport révèle que, «en pourcentage du PIB, les salaires ont diminué presque partout». Aux Etats-Unis, par exemple, la baisse des salaires réels contraste nettement avec le dynamisme de la production. Dans d'autres pays, comme l'Allemagne, leur augmentation a dépassé de loin une croissance de la production généralement plus faible. Naturellement, les marchés du travail varient beaucoup selon les pays. Aux Etats-Unis, l'emploi a augmenté plus que la moyenne alors que les salaires réels ont plus ou moins stagné, mais cela ne signifie pas que ce pays n'a créé que des emplois de qualité médiocre. Au contraire, explique le rapport, «même si les disparités de salaires observées pendant les années quatre-vingt ont continué à s'accroître durant les années quatre-vingt-dix, il est clair qu'aux Etats-Unis l'économie ne s'est pas limitée à créer des emplois bon marché».

La mondialisation, l'évolution technique et la demande de personnel qualifié

La mondialisation et l'accélération du progrès technique se sont avérées une arme à double tranchant. D'un côté, elles offrent de nouvelles possibilités pour la croissance économique et la création d'emplois. La mondialisation s'est traduite par «une tendance générale à la libéralisation des échanges, la suppression des barrières non tarifaires et l'abaissement des droits de douane, une plus grande liberté de circulation des capitaux, ainsi que par le progrès des communications qui transforment notre planète en un vaste marché mondial», note le rapport.

D'un autre côté, «la mondialisation donne aussi naissance à de nouveaux problèmes auxquels aucun pays n'échappe. L'exacerbation de la concurrence et les autres changements qui résultent à la fois de l'intégration économique mondiale et des mutations technologiques peuvent être une cause d'instabilité et risquent de compromettre l'employabilité d'une bonne partie de la main-d'œuvre d'un pays. Plus le niveau d'instruction et de formation de sa population est élevé et plus une nation a de chance de pouvoir saisir ces possibilités et de minimiser le coût social des mutations technologiques et de la transition vers une économie plus ouverte».

Progression de la demande de personnel qualifié

Les chiffres de l'emploi font apparaître dans les pays développés comme dans les pays en développement une augmentation du personnel qualifié. Entre 1981 et 1996, c'est dans les professions scientifiques, techniques et libérales que la progression de l'emploi a été la plus forte dans les pays développés. Dans les pays en développement, ces mêmes catégories professionnelles ont également enregistré une progression importante, mais dans des proportions plus faibles. Par contre, aussi bien dans les pays développés que dans les pays en développement, l'emploi a peu augmenté, quand il n'a pas diminué, chez les ouvriers et les manœuvres non agricoles (groupe qui comprend principalement, à côté des ouvriers qualifiés ou professionnels, des ouvriers spécialisés ou non qualifiés). La vente et les services représentent une exception: la progression de l'emploi de personnel peu qualifié dans ce secteur traduit, dans les pays développés, un déplacement de la main-d'œuvre vers le tertiaire, ainsi qu'une tendance à la polarisation des qualifications exigées pour obtenir un emploi dans le secteur des services.

Selon le BIT, avec la diffusion mondiale des nouvelles technologies, des emplois disparaissent, d'autres se créent et l'organisation du travail se transforme. C'est ainsi que les entreprises réclament un plus grand engagement des travailleurs, notamment les moins qualifiés. Dans le même temps, les employés se doivent d'être plus qualifiés et polyvalents. Les entreprises sont donc appelées à accroître leur effort de formation, pour un apprentissage qui devra se poursuivre tout au long de la vie active. Plutôt que de développer la formation et la requalification, beaucoup d'entreprises choisissent de faire appel à du personnel auxiliaire, temporaire ou à temps partiel, ou de sous-traiter certaines opérations. Le travail peu rémunérateur à temps partiel progresse aussi dans les activités peu qualifiées du commerce, de la vente et des services. Ceci a pour conséquence que «le phénomène de bipolarisation de l'emploi se manifeste, dans le travail peu qualifié, par l'abaissement des rémunérations ou l'aggravation du chômage».

Tout ceci montre, comme le souligne le BIT, que «la qualification conditionne de plus en plus l'employabilité des individus et, au niveau macroéconomique, la compétitivité des économies nationales. C'est dire l'importance de la politique de formation, qui doit à la fois répondre à l'accroissement de la demande de personnel qualifié et venir en aide à ceux que l'évolution actuelle du marché de l'emploi pénalise».

Perspectives

Quelles sont donc les perspectives pour l'emploi dans la nouvelle économie mondiale ? Selon le RME, elles devraient être influencées par les cinq grands facteurs suivants.

D'abord, les retombées de la crise en cours en Asie: il y a lieu de considérer, premièrement, les très graves répercussions d'une croissance négative et des restructurations brutales opérées par les entreprises sur l'emploi, la pauvreté et la situation sociale dans les pays directement touchés et, deuxièmement, la baisse des exportations en direction des pays asiatiques et la hausse des exportations de ces pays en direction du reste du monde, évolution ayant pour conséquence d'orienter les prix à la baisse sur les marchés des pays développés. «Ces changements sont liés non seulement à la contraction de la demande intérieure, qui freine l'importation et encourage l'exportation, mais aussi à l'évolution notable du pouvoir d'achat et des taux de change réels», fait observer le rapport. «Une nouvelle série de dévaluations destinées à restaurer la compétitivité des pays n'est pas à exclure; l'attitude de la Chine sera à cet égard déterminante.» La suite des événements dépend en grande mesure de l'efficacité des politiques adoptées par le Japon pour éviter la récession et rendre confiance aux épargnants.

Deuxièmement, les bas prix des produits de base: cela favorise le pouvoir d'achat dans les pays importateurs, mais réduit les rentrées d'argent dans les pays exportateurs. Même si cette incidence peut avoir des conséquences graves, le BIT affirme que «les effets de cette situation sur la production et l'emploi ne sont pas tous négatifs». Par le passé, observe le BIT, le prix élevé des matières premières a peut-être dans certains cas fait obstacle aux changements structurels et à la création d'emplois. «Le bas prix des produits de base, ajoute-t-il, a donc des effets inégaux mais, globalement, il devrait accroître la polarisation des revenus dans le monde.»

Quant au troisième grand facteur, l'entrée en vigueur de l'Union monétaire européenne (UME) et du pacte de stabilité de l'UE, le BIT estime qu'il est difficile de prévoir ses effets. «La mise en circulation en 2002 de l'euro, dont les taux sont déjà fixés, pourrait, en rendant plus transparente la fixation des prix, stimuler la compétitivité et l'efficience et, ainsi, faire augmenter l'emploi», note le rapport. Toutefois, reconnaît le BIT, on craint aussi que «la politique de la Banque centrale européenne (BCE) n'ait des effets négatifs sur les pays membres dont l'économie n'est pas en phase avec celles des pays qui constituent le noyau dur de l'Union européenne».

Par ailleurs, redoute le BIT, il y a actuellement le risque que la déflation se propage et, «si l'on insiste trop sur la stabilité des prix et que les investissements des entreprises ralentissent, des mesures allant au-delà des politiques approuvées au Sommet du G8 en mai 1998 pourraient être nécessaires».

Le quatrième facteur a trait au prix des actifs: selon le BIT, «le haut niveau de ces prix peut créer un effet positif de richesse qui stimule les dépenses de consommation et peut temporairement justifier que beaucoup de banques consentent des prêts qui seraient autrement risqués. L'érosion du prix des actifs peut non seulement enrayer une hausse de la consommation, mais aussi avoir de très graves retombées sur les institutions financières, ce qui se répercute inévitablement sur les prêts aux entreprises, lesquelles risquent alors de faire faillite».

Enfin, on peut s'attendre à de nouvelles mesures de libéralisation et à une concurrence accrue dans le monde entier. Des mesures de libéralisation dans des secteurs comme les communications ou les marchés publics, les modifications de la politique agricole, le recours de moins en moins fréquent à des mesures antidumping et protectionnistes, tous ces changements «devraient favoriser la croissance dans les pays développés, le cas échéant après un redéploiement de l'emploi».

Le rapport conclut que «la croissance des échanges et la gravité de la crise en Asie font qu'il est plus que jamais nécessaire de trouver des réponses socialement acceptables aux problèmes posés par les effets sur l'emploi de la restructuration des entreprises. Toutefois, les événements survenus en Asie de l'Est ne remettent pas en cause l'idée que l'expansion des échanges et des flux d'investissements offre à tous les pays la possibilité d'accélérer le rythme de la croissance économique et de la création d'emplois». En outre, l'exacerbation de la concurrence internationale et les pressions sur les coûts ne conduisent pas nécessairement à amputer les salaires et à rogner sur les avantages sociaux. Comme le suggère le BIT, «le moyen à privilégier pour devenir plus compétitif consiste à accroître la productivité du travail et les revenus en utilisant des méthodes de formation souples et efficaces et en investissant davantage dans l'amélioration des compétences».
Taux de chômage (1998)  
       
  1998   1998
Pays industrialisés    
Allemagne 3 10.7 Kirghizistan 3.7
Australie 8.4 Lettonie 7.0
Autriche 4.0 Lituanie 6.9
Belgique 2 8.9 Moldova 2.2
Canada 8.6 Fédération de Russie 8.3
Danemark 7.0 Tadjikistan 2.9
Espagne 18.9 Ukraine 3.3
Etats-Unis 4.7 Ouzbékistan 0.4
Finlande 13.6  
France 12.0 Europe centrale et orientale
Irlande 9.3 Albanie 11.7
Islande 3.4 Bulgarie 13.0
Italie 1 12.0 Croatie 17.6
Japon 4.0 Hongrie 8.4
Luxembourg 3.4 Macédoine ERY 43.0
Norvège 2.6 Pologne 10.4
Nouvelle-Zélande 7.5 Roumanie 9.2
Pays-Bas 4.6 Slovaquie 13.2
Portugal 6.5 Slovénie 14.7
Royaume-Uni 6.2 République tchèque 5.4
Suède 6.7 Yougoslavie 26.5
Suisse 4.2    
  Moyen Orient, Asie et Afrique
Amérique latine et Caraïbes Afrique du Sud 5.4
Argentine 13.2 Bangladesh 4.2
Barbade 13.2 Chine 3.1
Brésil 7.9 Corée, Rép. de 3 7.6
Chili 5.7 Ghana 3.3
Colombie 15.2 Hong Kong, Chine 4.8
Mexique 3.4 Indonésie 5.0
Panama 15.4 Israël 8.1
Pérou 9.5 Malaisie 6.7
Uruguay 10.0 Maurice 6.0
Venezuela 11.3 Nigéria 3.2
  Pakistan 5.3
Ex-URSS Philippines 13.3
Arménie 8.8 Singapour 3 2.3
Azerbaïdjan 1.4 Sri Lanka 10.1
Bélarus 2.5 Taiwan 2, Chine 2.4
Estonie 5.1 Thaïlande 4.4
Géorgie 2.0 Turquie 6.4
Kazakstan 4.1 Viet Nam 6.0
     
   
Notes:    
Sauf lorsque précisé, les chiffres se réfèrent à la moyenne pour le premier trimestre ou les six premiers mois de 1998. En ce qui concerne l'ex-URSS et les pays d'Europe centrale et orientale, les chiffres correspondent à avril 1998. Les chiffres pour l'Afrique du Sud, le Ghana, l'Indonésie, Maurice, le Nigéria et le Viet Nam correspondent à 1997.
1 janvier 1998 - 2 mai 1998 - 3 juin 1998.      
Source: BIT; OCDE: Principaux indicateurs économiques (Paris, août 1998); Nations Unies: Commission économique pour l'Europe: Economic Survey of Europe (Genève, 1998).

Mise à jour par BB. Approuvée par KMK. Dernière modification: 24 Septembre 1998.