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Stratégies du Sud: une double démarche
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STRATEGIES DU SUD: UNE DOUBLE DEMARCHE

Grâce à la libéralisation des échanges internationaux, les pays en développement, et même les plus pauvres d'entre eux, devraient bénéficier des avantages de l'ouverture des marchés, estime le BIT dans son rapport intitulé L'emploi dans le monde 1995. C'est pourquoi «l'un des principaux objectifs de la politique économique des pays en développement devrait être de tirer le meilleur parti possible de l'essor des échanges et des flux d'investissement».


Pour exploiter au mieux les possibilités ouvertes par la conclusion des négociations de l'Uruguay Round, les pays en développement doivent adopter une stratégie équilibrée, à deux volets, visant, d'une part, la création d'un grand nombre d'emplois dans le secteur moderne et, d'autre part, l'amélioration des qualifications et du niveau de vie de la grande majorité de la main-d'oeuvre, qui est confinée dans un secteur rural et dans un secteur urbain informel à faible productivité.

Compte tenu de l'étendue de la pauvreté et du sous-emploi dont sont victimes les travailleurs des pays en développement, «il importe que les politiques de développement ne leur soient pas préjudiciables et que les mesures visant à réduire le sous-emploi et la pauvreté figurent en tête des programmes gouvernementaux». Parallèlement, il faut des mesures d'accompagnement destinées à promouvoir la croissance dans le secteur informel des villes et dans le secteur rural, et bien souvent des mesures directes propres à réduire la pauvreté et à créer des emplois.

Les auteurs du rapport attirent l'attention sur la nécessité d'une stratégie équilibrée. Les pays en développement qui obtiennent les meilleurs résultats sont ceux qui bénéficient d'importants investissements tant en capital physique qu'en capital humain. Cependant il ne suffit pas de stimuler l'investissment ou d'augmenter le volume de l'aide accordée aux pays pauvres, «il faut aussi accroître la productivité du capital et faire en sorte qu'il soit réparti entre les différents secteurs».

Dans les pays en développement, les marchés financiers sont souvent faussés, le marché du crédit étant difficilement accessible aux producteurs des secteurs rural et informel, ce qui engendre des dépenses de capital et réduit la productivité. Il en résulte un recul de la productivité et du niveau de vie. En revanche, le BIT cite l'exemple de systèmes de crédit novateurs destinés aux petits producteurs, qui ont abouti à «des résultats impressionnants dans un certain nombre de pays».

La réforme des marchés financiers favoriserait probablement une plus forte croissance de l'emploi puisque la dépréciation artificielle du capital est une caractéristique des marchés financiés faussés, «qui contribue à promouvoir une intensité de capital injustifiée dans la production».

Il faudrait appliquer des politiques économiques plus ouvertes, propres à orienter la production et les échanges vers des activités compatibles avec l'avantage comparatif de chaque pays. Cela supposera souvent l'adoption de politiques d'industrialisation axées sur l'exportation, tout en évitant «de promouvoir artificiellement ou de rotéger des activités qui n'ont aucune chance de soutenir la concurrence internationale». Pour les pays qui disposent d'abondantes ressources foncières et naturelles (ce qui est le cas en Amérique latine et en Afrique subsaharienne), l'avantage comparatif restera indissociable de la production du secteur primaire.

Les auteurs font observer que l'investissement étranger direct peut être un puissant accélérateur de l'industrialisation et de la création d'emplois. En 1993, les flux d'investissement vers les pays en développement ont atteint 70 milliards de dollars, dont la majeure partie (76 pour cent) est allée à des pays avancés et une part minime s'est répartie entre 47 PMA. Les variables dont les flux d'investissement direct à l'étranger subissent les effets sont, entres autres, la stabilité économique et politique, une attitude favorable envers le secteur privé et une transparence à l'égard des investisseurs, en particulier des entreprises multinationales. Pour de nombreux pays, créer un climat propice à l'investissement suppose des réformes extensives (et inévitables), notamment du marché du travail. Toutefois, le BIT avertit que «des programmes mal préparés et conçus à la hâte sont condamnés d'avance à l'échec et ne pourront qu'infliger des coûts sociaux inutilement élevés», affaiblissant ainsi un rouage essentiel du processus de réforme.

Selon les auteurs du rapport, le marché du travail de nombreux pays doit subir des réformes, en particulier lorsque des réglementations qui ne sont plus adaptées ont creusé davantage l'écart entre un secteur structuré déjà bien protégé et le secteur informel. Cependant, ajoutent-ils, «il serait erroné de supposer que la réglementation du marché du travail constitue le plus gros obstacle au changement». La réussite des économies dynamiques d'Asie réside davantage dans l'application de stratégies d'industrialisation efficaces et axées sur l'exportation que dans l'absence de réglementations sur le marché du travail. La principale difficulté à laquelle se heurtent les pays en développement réside dans la transformation radicale d'une structure industrielle non compétitive et d'un modèle de développement jusqu'à présent introverti. Souvent, la présence de puissantes institutions du marché du travail facilite ce changement et réduit au minimum les coûts sociaux.

La libéralisation - des échanges internationaux, des marchés financiers et, lorsque cela est nécessaire, des marchés du travail - constitue un facteur essentiel d'accroissement de l'investissement, de la productivité et de l'emploi dans les pays en développement. Il convient d'abandonner les politiques périmées de substitution des importations et de supprimer les distorsions, en particulier en ce qui concerne la répartition des investissements publics. Mais les pays en développement doivent tenir pleinement compte de la pauvreté et du sous-emploi, en particulier dans les zones rurales, et doivent faire fructifier leur capital humain en investissant dans les secteurs de l'enseignement de base, des soins de santé primaires, de la nutrition et de la population.

En Afrique, 70 pour cent de la population active de la zone subsaharienne était encore employée dans le secteur agricole en 1992. En Asie du Sud, la proportion de la main-d'oeuvre travaillant dans le secteur rural (où est concentrée la pauvreté) était de 65 pour cent alors qu'en Chine et en Indonésie, elle était respectivement de 60 et 65 pour cent.

En Amérique latine où 50 pour cent seulement de la population vit dans les zones rurales, le secteur urbain non structuré a pris une ampleur telle qu'il absorbe désormais un cinquième de l'emploi total. D'importantes poches de pauvreté persistent dans les zones rurales de pays tels que le Pérou où, selon les estimations, 60 à 70 pour cent de la population active est sous-employ)El Salvador (39 à 47 pour cent) et le Brésil (29 pour cent).

Le BIT préconise l'apport d'un soutien direct de l'Etat aux petits exploitants agricoles et la mise en oeuvre de programmes de travaux publics à fort coefficient de main-d'oeuvre afin de produire un revenu supplémentaire et de créer des biens productifs. Pour le secteur urbain informel (qui s'accroît au fur et à mesure que le secteur moderne décline), le BIT préconise une série de réformes microéconomiques propres notamment à faciliter l'accès des petites entreprises au crédit, à réduire les frais de premier établissement et à lever autant que possible les obstacles administratifs. Lorsque les coûts et la réglementation sont excessifs, ils encouragent l'émergence d'un secteur illégal qui contourne les réglementations. Parmi les autres mesures susceptibles de dynamiser le secteur urbain informel, il convient de mentionner l'amélioration des compétences techniques, la mise en place d'infrastructures et l'accès à l'information qui, dans de nombreux pays en développement, semble être réservée au secteur structuré.

L'application de mesures économiques fondées sur la philosophie du «laissez-faire» ne suffira pas. Qui plus est, aucune politique ne réussira si elle ignore les difficultés et les avantages que présente la globalisation. Le BIT soutient «qu'il est important d'assurer un minimum de sécurité économique aux pauvres qui sont dans l'incapacité d'y pourvoir par eux-mêmes». Cela ne suppose pas forcément un financement supplémentaire de la part des pouvoirs publics car «les dépenses destinées à permettre aux pauvres d'accéder plus facilement aux services sociaux tels que les soins de santé et les services éducatifs, revêtent une importance particulière et sont souvent couvertes par des ressources publiques réaffectées qui étaient auparavant utilisées à des fins improductives et peu équitables».

L'amélioration du bien-être et des compétences qui en résulte est également porteuse d'avantages économiques qui prennent la forme d'un accroissement de la productivité et des possibilités d'emploi: de fait, les pays en développement les plus performants de ces vingt dernières années «sont ceux qui accordent un rang de priorité élevé au capital humain et pas seulement à l'investissement matériel».

Mise à jour par BB. Approuvée par KMK. Dernière modification: 16 octobre 1996.