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Comment réduire le chômage
Libéralisation des échanges: création d'emplois dans le Nord
Stratégies du Sud: une double démarche
La déréglementation n'est pas une panacée
La marginalisation de l'Afrique
Europe de l'Est: difficile transition

LIBERALISATION DES ECHANGES: CREATION D'EMPLOIS DANS LE NORD

La libéralisation des échanges, souvent citée comme une cause importante de désinvestissement et de perte d'emplois dans les économies à fort secteur manufacturier, constitue l'un des principaux remèdes contre le ralentissement de la croissance, lui-même générateur de chômage, déclare le BIT dans son rapport intitulé L'emploi dans le monde 1995.

Une montée du protectionnisme, estiment les auteurs du rapport, «ne ferait qu'empêcher la globalisation, repousser le développement des pays peu industrialisés et priver l'OCDE de l'une des plus prometteuses solutions à la persistance du chômage et à l'insuffisance de la croissance: les immenses marchés du Sud et de l'Est».

De préférence à des mesures défensives, protectionnistes, il faut appliquer des mesures d'ajustement positives à l'intention des groupes les plus durement touchés: les travailleurs faiblement qualifiés et faiblement rémunérés, ainsi que les chômeurs de longue durée.

Les auteurs soutiennent que «l'acheminement progressif vers une économie mondiale plus ouverte et plus productive passe par la pleine exécution des décisions de l'Uruguay Round». La libéralisation des échanges qui en résultera sera favorable à l'emploi, mais la redistribution des flux commerciaux et des investissements aggravera les problèmes immédiats d'ajustement et pourrait de ce fait avoir des répercussions sociales et économiques néfastes. Selon le BIT, ne pas remédier aux conséquences sociales risque de diminuer, voire d'anéantir la volonté politique nécessaire pour garantir l'ouverture des marchés et stimuler la productivité.

Le rapport met aussi en évidence un certain nombre de préoccupations suscitées par la globalisation et ses incidences sur l'emploi dans les pays industrialisés.

Certains craignent, entre autres, que l'accroissement des importations provenant des pays en développement ne ravisse des emplois aux nations industrialisées tout en détournant les investissements créateurs d'emplois vers les pays en développement par le biais de la «délocalisation». Une étude soutient que, de 1960 à 1990, l'augmentation des importations en provenance du Sud a réduit la demande de travailleurs non qualifiés dans le Nord d'au moins 20 pour cent. Une autre étude impute aux importations une réduction de 6 pour cent de la demande de travailleurs non qualifiés dans l'industrie, aux Etats-Unis. Une estimation non moins alarmiste prévoit que «plus d'un million d'emplois seraient menacés en France à la suite des délocalisations vers l'Asie et l'Europe orientale», principalement dans les secteurs de l'électronique, du vêtement et de la chaussure.

Le BIT admet que ces craintes ne sont pas sans fondement (surtout pour les secteurs mentionnés) mais soutient que, d'une manière générale, la peur de perdre des emplois du fait de l'accroissement des importations est exagérée et ne tient pas compte des débouchés que la globalisation ouvre aux exportations des pays industrialisés. A moyen terme, si les bons choix politiques sont effectués, les avantages de la globalistion - à la fois pour la création d'emplois et l'investissement - l'emportent de loin sur les inconvénients tels que celui de la perte d'emplois dans le secteur manufacturier.

Le BIT conclut que les progrès réalisés dans les domaines du commerce, de la technologie et des finances, continueront à déplacer les emplois à fort coefficient de main-d'oeuvre vers les économies à faible rémunération où la main-d'oeuvre abonde. Dans les pays industrialisés, l'emploi continuera à déserter l'agriculture (qui ne représente plus que 4 pour cent de la production mondiale) et l'industrie manufacturière (qui représente en gros 20 pour cent de la production tant dans les pays industrialisés que dans les pays en développement) pour se concentrer de plus en plus dans le secteur des services (qui représente environ 65 pour cent de la production dans les économies industrielles).

La mutation structurelle de la production n'est cependant pas aussi spectaculaire qu'il y parait. Des études démontrent que les importations de produits manufacturés en provenance de pays en développement ne représentent toujours qu'une part relativement faible (environ 14 pour cent) des importations des pays de l'OCDE et moins de 4 pour cent du PIB. Malgré la concurrence des pays nouvellement industrialisés d'Asie et d'autres pays, les pays industrialisés produisent encore 69 pour cent de la production mondiale, soit à peu près le même volume qu'en 1965. En outre, malgré la délocalisation favorisée par les entreprises multinationales, sur les 73 millions de personnes occupées dans le monde entier par ces entreprises, 16 pour cent seulement travaillent dans des pays en développement et les autres dans le Nord, souvent dans des emplois à rémunération élevée.

Selon le rapport, «la plupart des pays du Sud consacrent toutes leurs devises à l'importation de biens d'équipement et à l'achat de services commerciaux et de produits de consommation sous marque fournis par le Nord». Ainsi, alors que la globalisation provoquera une diminution des emplois industriels peu qualifiés, «le commerce Nord-Sud ne devrait avoir que peu d'effets sur l'emploi global dans le Nord». La réaffectation de la main-d'oeuvre employée jusqu'ici dans des industries à faible coefficient de qualification, et en compétition avec les importations, à des industries et services à fort coefficient de qualification, devrait - si des mesures d'ajustement positif sont adoptées - «relever la qualité moyenne des emplois ainsi que les salaires moyens».

Un autre argument erroné consiste à reprocher à la libéralisation des échanges de réduire, en accélérant les investissements étrangers directs, les investissements dans les pays du Nord et de contribuer à la «désindustrialisation». Le BIT estime que «ce n'est pas nécessairement le cas» et que «les investissements à l'étranger peuvent être réalisés sans qu'il en résulte aucun préjudice pour les investissements dans le pays d'origine». En effet, les investissements à l'étranger sont généralement réalisés dans des industries particulières, émanent d'entreprises multinationales et trouvent leur justification dans des avantages «incorporels» tels que les marques de fabriques, le savoir-faire technique et les capacités de gestion. Loin de porter préjudice à l'investissement dans le pays d'origine, cette forme d'échanges permet une expansion avantageuse à l'étranger lorsque le marché domestique est saturé. En outre, les investissements réalisés à l'étranger par des multinationales déplacent généralement la production de certains biens vers des pays en développement (où la main-d'oeuvre est abondante et faiblement rémunérée), surtout au stade final du cycle du produit. Il en résulte l'ouverture de nouveaux débouchés, l'allongement du cycle du produit et la réaliation de gains de productivité qui, à long terme, stimulent l'investissement. «Tant que les innovations se poursuivent dans les pays industriels, ce déplacement de la production comporte des avantages aussi bien pour les pays exportateurs de capitaux que pour les pays bénéficiaires.»

Le Sud pose certes un défi, reconnaît le BIT, mais il «renferme aussi d'innombrables possibilités commerciales pour le Nord». Même si les pays industrialisés «risquent, à court terme, de subir des pertes d'emplois et de salaires dans les activités manufacturières peu qualifiées, cette répartition des avantages ne devrait pas être considérée comme statique». Grâce aux avantages produits par l'accroissement des investissements à l'étranger, «le bien-être et l'efficacité en général sont accrus», le résultat net étant «une division internationale du travail plus efficace» et la création de débouchés intéressants pour les exportations de produits industriels. En d'autres termes, «le flux des investissements directs à l'étranger peut très bien s'écouler dans une direction ou dans l'autre».

S'agissant de l'offre, le Nord tire profit, d'une part de la concurrence et de l'accroissement de la productivité et, d'autre part, de l'influence anti-inflationniste de la baisse du coût des importations. Par exemple, aux Etats-Unis, le prix de biens de consommation tels que les chaussures et les vêtements a baissé de 20 pour cent ces dernières années, ce qui a gonflé les revenus réels et permis de contenir l'inflation. Depuis plusieurs dizaines d'années, alors que la création de produits manufacturés s'est déplacée vers les pays en développement (surtout les pays nouvellement industrialisés d'Asie), la part du Nord dans la production mondiale est plus importante. Toutefois, certaines régions telles que l'Europe orientale et l'Afrique ont connu une baisse spectaculaire de leur production.

Le prétendu potentiel de suppression d'emplois des techniques de l'information et de la communication est également la source de nombreux malentendus. Selon le rapport, «il serait tout aussi naïf de prétendre que la technologie de l'information et des télécomuunications n'est pas autre chose qu'un processus d'automatisation et de suppression des emplois que de soutenir que cette technologie n'a que des effets positifs sur l'emploi». Ce que le BIT veut dire, c'est qu'il n'est pas question de faire un bilan des emplois créés et des emplois détruits par la technologie, mais de comprendre comment la technologie peut «préparer le terrain pour l'avènement d'un 'cercle vertueux' de croissance impliquant de gros investissements, une croissance rapide de la productivité et une croissance encore plus accentuée de la production». «Une bonne coordination entre la technologie, les politiques et les institutions» est plus nécessaire qu'une automatisation très poussée pour accroître la productivité, la richesse et l'emploi.

Pour les pays industrialisés, la difficulté consiste à concilier la nécessité de déplacer la production en aval dans les secteurs de pointe et à forte valeur ajoutée, tout en réduisant au minimum les conséquences sociales de la suppression d'emplois faiblement qualifiés grâce au recyclage et au maintien des revenus. Plutôt que sur la réduction des salaires, les licenciements et la stratégie du «laissez-faire» sur le plan social, le BIT propose de mettre l'accent sur la formation afin d'améliorer les compétences, la réforme des prestations de chômage afin de leur redonner leur fonction véritable (qui est de pallier l'absence de revenu entre deux emplois) et la réduction des coûts non salariaux afin de stimuler l'emploi des chômeurs et des travailleurs faiblement qualifiés.

Le BIT préconise, entre autres «l'adoption de mesures macroéconomiques destinées à stimule la croissance, la réalisation de réformes des systèmes de financement des prestations sociales, la réalisation de transferts destinés à redistribuer les gains résultant de la libéralisation des échanges commerciaux aux secteurs d'activité ou aux travailleurs directement touchés et la réalisation d'investissements publics dans le capital matériel et humain».

Mise à jour par BB. Approuvée par KMK. Dernière modification: 16 octobre 1996.