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TRAVAIL
No 42, Mars 2002


Vieillissement démographique:
Quelles solutions pour l'avenir?

Le vieillissement de la population risque-t-il réellement de causer la faillite des régimes de sécurité sociale des pays industrialisés? Et, si tel est le cas, que peut-on faire? Telles sont les grandes questions à l'ordre du jour de la deuxième Assemblée mondiale sur le vieillissement, qui se tiendra du 8 au 12 avril 2002 à Madrid. L'article qui suit est tiré d'un rapport de Ali Taqi sur le sujet, qui est publié dans la Revue internationale de sécurité sociale 1.

GENÈVE - Dans le monde industrialisé où les gens vivent plus longtemps, ont moins d'enfants et partent plus tôt à la retraite, la proportion de personnes âgées par rapport à la population active augmente rapidement. Résultat: la reconstitution des fonds de retraite et d'autres programmes de sécurité sociale est déséquilibrée puisque les bénéficiaires sont plus nombreux que les cotisants.

Les experts estiment que ce déséquilibre constitue une véritable bombe à retardement car s'il perdure, une grave crise des retraites pourrait survenir d'ici à 15 ou 20 ans.

La recherche de solutions permettant de prévenir cette crise en gestation est l'un des points essentiels de l'ordre du jour de la deuxième Assemblée mondiale sur le vieillissement, convoquée par l'Assemblée générale des Nations Unies en sa 54e session. Les participants passeront en revue l'évolution de la situation depuis la première Assemblée mondiale, tenue il y a vingt ans à Vienne, et envisageront, à la lumière des changements constatés, l'adoption d'une nouvelle stratégie à long terme.

La question des moyens à mettre en œuvre pour désamorcer cette bombe risque fort de donner lieu à controverse. La solution généralement préconisée consiste à prolonger la vie active au-delà de l'âge d'admission à la retraite, ou au moins au-delà de l'âge auquel les gens prennent effectivement leur retraite, qui est généralement inférieur. Les partisans de cette solution font valoir qu'en augmentant le ratio actifs-retraités, une telle mesure allégerait la charge des régimes de sécurité sociale.

De fait, beaucoup de gouvernements ont proposé d'augmenter le taux d'activité des personnes âgées. Les ministres du Travail réunis en novembre 2000 à l'occasion du Sommet du G-8 ont considéré que pour maîtriser l'impact économique de l'augmentation de la proportion de personnes âgées, il fallait «élever le plus possible le taux d'emploi de toutes les personnes en âge de travailler».

Dans un rapport publié après ce sommet, à la fin de l'année 2000, l'OCDE reprend cette idée: «Dans de nombreux pays, le principal enjeu a consisté à ralentir, puis inverser, la tendance au raccourcissement de la durée de la vie active et à l'allongement constant de la durée de la retraite…2 »

Vieillissement et travail

Ces dernières années, plusieurs gouvernements ont décidé de retarder l'âge d'admission à la pension de base versée par l'État. La plupart appliquent cette décision de manière progressive. Le Japon, par exemple, est en train de porter de 60 à 65 ans l'âge donnant droit à pension et les États-Unis de 65 à 67 ans. La Belgique, le Portugal et le Royaume-Uni sont en train d'aligner l'âge de la retraite des femmes sur celui des hommes.

La plupart des pays industrialisés semblent désormais admettre que la meilleure façon de prévenir la crise que pourrait provoquer le vieillissement démographique, consiste à inciter davantage les personnes âgées à prolonger leur vie active. À noter toutefois que cette solution omet la deuxième inconnue de l'équation, à savoir la demande, et qu'il faudrait, pour en tenir compte, inciter également les employeurs à retenir et à recruter des travailleurs âgés.

Dans un rapport spécialement préparé pour l'Assemblée mondiale sur le vieillissement, Ali Taqi affirme que retarder l'âge de retraite n'est pas suffisant: «En cas de récession économique brutale, de restructuration radicale, de réduction de la taille d'une entreprise ou de licenciements massifs, les plans de préretraite peuvent être, pour les gouvernements, les employeurs et les syndicats, un outil vital pour faire face aux conséquences de la diminution de la population active.»

Obliger les gens à rester plus longtemps sur le marché du travail pourrait sembler injuste et aller à l'encontre du but recherché si des mesures ne sont pas prises pour aplanir les obstacles qui s'opposent à l'emploi des personnes âgées.

L'action visant à améliorer les perspectives d'emploi des personnes âgées devra être menée sur trois fronts: renforcer la position des personnes âgées sur le marché de l'emploi, combattre les idées préconçues et rendre illégale la discrimination fondée sur l'âge.

Améliorer les qualifications des travailleurs âgés

Pour que la position des travailleurs d'âge mûr s'améliore, il faudrait généraliser la formation et l'apprentissage tout au long de la vie. Ici, il ne s'agit pas tant d'une question d'âge que d'une question d'adaptation à l'évolution de la technologie et des qualifications désormais exigées, ou d'acquisition de diplômes que beaucoup d'hommes et de femmes ne pouvaient obtenir facilement il y a 35 ou 40 ans.

En outre, des mesures visant à rendre le travail attrayant et le milieu dans lequel il s'exerce plus accueillant à l'égard des personnes âgées devraient constituer un facteur de motivation supplémentaire. On pourrait, par exemple, multiplier les possibilités de travail à temps partiel et, d'une manière générale, assouplir les conditions de travail. Sur ce point, M. Taqi recommande toutefois une certaine prudence: «La mise en œuvre de telles mesures pourrait exiger un niveau d'intervention des autorités ou des institutions publiques, qui n'entre pas dans les mœurs de nombreux pays.» À ses yeux, c'est sans doute le deuxième point - combattre les idées préconçues - qui est le plus important.

Les préjugés concernant les personnes âgés sont nombreux. M. Taqi cite, entre autres, les idées selon lesquelles ces personnes seraient moins productives, seraient plus exposées à la maladie et aux accidents, seraient réfractaires au changement et leur curiosité intellectuelle serait amoindrie.

La plupart de ces idées sont fausses. Et même celles qui ne sont pas tout à fait dénuées de fondement sont sans rapport avec les exigences professionnelles. Beaucoup portent sur des traits de personnalité qui diffèrent d'un individu à l'autre et ne peuvent en aucun cas être généralisés.

Plusieurs initiatives prises par des gouvernements, des employeurs et des syndicats visent à lutter contre les idées préconçues. Au Royaume-Uni, par exemple, une organisation financée par les employeurs, L'Employers Forum on Age, fournit aux entreprises des informations et des services visant à promouvoir la pluralité des âges et à abolir la discrimination fondée sur l'âge.

Éliminer la discrimination

L'opportunité de légiférer pour protéger les travailleurs âgés est encore très contestée dans de nombreux pays et rares sont ceux dont la législation interdit la discrimination fondée sur l'âge. Celle des États-Unis est la plus avancée: la principale loi fédérale sur le sujet est la loi de 1967 sur la discrimination fondée sur l'âge dans l'emploi (Age Discrimination in Employment Act), qui proscrit cette forme de discrimination dans pratiquement tous les aspects de l'emploi et notamment en matière d'embauchage et de licenciement, et ne prévoit qu'un nombre très restreint d'exceptions.

À l'heure actuelle, cependant, la plupart des pays n'offrent aucune protection légale contre la discrimination fondée sur l'âge. En revanche, la question de l'âge qu'il faut avoir à tel ou tel stade de la vie professionnelle fait l'objet d'idées très arrêtées: les postes de débutant ou les contrats d'apprentissage sont pour les jeunes; les emplois de cadres moyens sont pour les personnes entre deux âges, la formation est inutile pour les travailleurs âgés puisqu'ils vont bientôt partir à la retraite.

M. Taqi rappelle que l'interdiction de la discrimination fondée sur la race et sur le sexe a démontré que, de par son effet dissuasif, la loi pouvait modifier les comportements.

Préparer l'avenir

Mettre en place des mesures pour lutter contre la discrimination, développer la formation, assouplir les modalités du travail et changer les mentalités par l'éducation et l'information, contribueraient à améliorer la position des personnes âgées sur le marché de l'emploi et à doper les taux d'activité.

Or les solutions de ce type sont loin de faire l'unanimité, tant elles touchent des questions qui sont, de fait, très délicates. Une chose est cependant généralement admise: si l'évolution qui se dessine depuis quelques dizaines d'années se poursuit, la sécurité sociale et plus particulièrement les régimes de retraite et l'assurance maladie se trouveront dans une situation de plus en plus difficile.

Pour l'heure, le problème se pose surtout dans les pays industrialisés car plusieurs des phénomènes qui en sont à l'origine - faible taux de natalité, avancement de l'âge de la retraite et allongement de l'espérance de vie - sont moins prononcés dans les autres pays. Mais cela pourrait changer avec le temps.

L'Assemblée mondiale sur le vieillissement offre à tous les acteurs concernés - gouvernements, employeurs, travailleurs et personnes âgées - une occasion à nulle autre pareille de réévaluer l'ampleur du problème et de débattre des solutions à lui apporter.

Si les pessimistes ont raison et si le vieillissement démographique constitue véritablement une bombe à retardement - le plus tôt seront prises des mesures de désamorçage, sera le mieux. La minuterie est d'ores et déjà en marche.

* * *

1 "Les personnes âgées, le travail et l'égalité des chances", Ali Taqi, Revue internationale de Sécurité sociale, vol.55, 2002.

2 Des réformes pour une société vieillissante, Organisation de coopération et de développement économiques, 2000.

Mise à jour par RP. Approuvée par KMK. Dernière modification: 14 juin 2002.