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TRAVAIL
No 37, Décembre 2000


S.O.S stress

Le coût du stress professionnel augmente, et la dépression
est une pathologie de plus en plus courante

 

Vous travaillez plus et en tirez de moins de plaisir ? Vous n'êtes pas seul. Selon une récente étude du BIT 1 , la santé mentale dans le monde du travail est en danger. Les salariés sont déprimés, surmenés, angoissés, stressés à tel point qu'ils en perdent parfois leur emploi. Les employeurs se plaignent d'une baisse de productivité et des profits, et de taux de renouvellement du personnel plus élevés. Et pour les gouvernements, cette épidémie se traduit par une hausse des dépenses de santé et un manque à gagner pour la nation. L'article qui suit traite de la santé mentale au travil et des solutions possibles.

GENÈVE - En Finlande, la montée du chômage, la précarisation de l'emploi ainsi que le raccourcissement de la durée des contrats et des délais impartis pour l'exécution des tâches se sont accompagnés d'une dégradation notable du bien-être psychologique de la population active.

En Allemagne, les travailleurs aux prises avec la rationalisation et l'introduction rapide de la technologie, ainsi qu'avec l'augmentation du chômage, souffrent de stress résultant de l'accélération du rythme de travail, des contraintes de délai et des exigences nouvelles concernant la qualité et la quantité de la production.

Aux États-Unis et au Royaume-Uni, une multitude de nouvelles technologies et méthodes d'organisation du travail, introduites pour faire face à la montée des exigences de productivité provoquent davantage de cas de dépression et de stress dus au travail.

Et en Pologne, la mutation politique et la transformation sociale et économique qui en sont résultés ont de graves répercussions sur le marché du travail et sur le bien-être mental des travailleurs.

Ces conclusions sont tirées du rapport Mental Health in the Workplace: Introduction, préparé par le BIT. Les auteurs font observer que si les causes de l'instabilité mentale sont complexes et tant les pratiques en vigueur sur les lieux de travail que les structures des revenus et de l'emploi diffèrent considérablement d'un pays étudié à un autre, certains traits communs semblent relier la forte prévalence du stress, du surmenage et de la dépression aux changements qui se produisent sur le marché du travail et qui sont en partie la conséquence de la mondialisation de l'économie.

L'étude des politiques et programmes d'hygiène mentale conçus à l'intention des travailleurs de l'Allemagne, des États-Unis, de la Finlande, de la Pologne et du Royaume-Uni, montre que les troubles psychiques sont de plus en plus fréquents. En effet, un travailleur sur dix souffre de dépression,d'anxiété, de stress ou de surmenage, et risque de ce fait l'hospitalisation et le chômage.

Ces pays ont été sélectionnés non pas parce que les cas de maladie mentale y sont anormalement nombreux, mais parce qu'ils incarnent des modes d'organisation du travail et des régimes de protection sociale qui sont représentatifs sur les plans de la législation, des services de santé et des solutions apportées aux problèmes de santé mentale.

Une évolution inquiétante

Phyllis Gabriel, spécialiste de la réinsertion professionnelle et membre de l'équipe qui a rédigé le rapport, s'inquiète du coût considérable de cette inquiétante évolution:

« Les salariés sont déprimés, surmenés, angoissés, stressés; ils perdent leurs revenus, voire se retrouvent au chômage, victimes du discrédit qu'engendre inévitablement la mala-die mentale. Les employeurs, eux, subissent la baisse de la productivité et des profits, doivent renouveler plus souvent leur personnel, avec les frais de recrutement et de formation que cela comporte. Pour les gouvernements, ce coût est celui des soins de santé et des prestations d'assurance, sans parler du manque à gagner pour la nation.»

Pour chaque pays sont étudiées des questions telles que la productivité au travail, le préjudice financier, les dépenses de santé et de sécurité sociale, l'accès aux services de santé mentale et les politiques de l'emploi pour les malades mentaux. Mme Gabriel explique que le BIT s'est lancé dans cette étude parce que «le lieu de travail est un lieu adéquat pour éduquer les individus et leur faire mieux prendre conscience des questions d'hygiène mentale dans le but de prévenir les troubles mentaux».

Selon le rapport, les pays de l'Union européenne consacreraient entre 3 et 4% de leur PIB aux problèmes de santé mentale. Aux États-Unis, les dépenses publiques occasionnées par le traitement de la dépression se situent entre 30 et 44 milliards de dollars. Dans de nombreux pays, l'anticipation du départ à la retraite pour cause de troubles mentaux est de plus en plus courante, à tel point que ces troubles sont en train de devenir le premier motif de versement des pensions d'invalidité.


 

Congrès sur la santé mentale dans le monde du travail

Le BIT a accueilli les 9 et 10 octobre un congrès sur la santé mentale dans le monde du travail. Ce congrès était organisé par World Strategic partners, réseau international de l'industrie de la santé basé aux Etats-Unis, dont le but est de stimuler le réflexion sur la politiques et les services de santé, et la Fédération mondiale pour l'hygiène mentale, organisation non gouvernementale qui a son siège aux pays-Bas, dont les buts sont de lutter contre les préjugés relatifs à la maladie mentale et d'améliorer les perspectives sociales et économiques des malades. A la fin du congrès, pour célébrer la Journée mondiale de la santé mentale, le 10 octobre, le BIT a organisé un colloque sur la santé mentale et le travail avec l'Organisation mondiale de la Santé et la Fédération. Le Directeur général du BIT, Juan Somavia, a pronnoncé une allocution à cette occasion.


Cinq exemples

Dans ce rapport, qui met en garde contre l'augmentation du coût de l'invalidité due à des troubles mentaux, les auteurs concluent à une aggravation générale des problèmes personnels et psychiques dont souffre la population active de tous les pays étudiés. Par exemple:

Des progrès

Le rapport du BIT indique que dans tous les pays étudiés, des progrès ont été accomplis dans la prise en charge des problèmes de santé mentale au travail. Ainsi, «aux États-Unis, les dirigeants d'entreprises de toutes tailles commencent à admettre que les maladies dépressives représentent le gros des dépenses occasionnées par les problèmes (médicaux) de santé mentale et d'invalidité. Beaucoup d'employeurs, conscients du rapport qui existe entre santé et productivité, enrichissent leurs stratégies de gestion de programmes qui aident les travailleurs à résoudre leurs problèmes professionnels, familiaux et existentiels.»

La Finlande s'intéresse désormais de près aux questions de santé mentale, tant à l'échelon national que sur le plan international. «La promotion de la santé mentale progresse dans le monde du travail: le concept finlandais d'aptitude au travail englobe non seulement la protection de la santé physique, mais aussi celle de la santé mentale des salariés dans des systSmes d'organisation du travail sains.»

En Allemagne, pays dans lequel les services de santé mentale bénéficient déjà d'un fort soutien institutionnel et gouvernemental, une importance croissante est accordée à la promotion de la santé dans les entreprises. Il y existe depuis longtemps des programmes efficaces de lutte contre le stress, qui comportent «des techniques de relaxation, des jeux de rôles et une formation de type comportemental destinée à développer la confiance en soi et à améliorer les relations interpersonnelles».

Au Royaume-Uni, les organisations de salariés et d'employeurs s'occupent activement des problèmes d'hygiène mentale tandis que, dans l'ensemble, le gouvernement et les institutions ont une démarche préventive. Certaines entreprises ont déjà adopté des stratégies en matière de santé mentale au travail, dont l'analyse a permis de dégager quelques éléments de bonne pratique. Les auteurs du rapport notent à ce sujet que l'essentiel est de «reconnaître et accepter que la santé mentale constitue un enjeu important ainsi que d'avoir la volonté d'ouvrer en faveur d'une meilleure hygiène mentale».

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1 Mental health in the workplace: Introduction. Phyllis Gabriel et Marjo Riitta Liimatainen. Bureau international du Travail, Genève, oct. 2000. ISBN 92-2-112223-9.

Mise à jour par RP. Approuvée par KMK. Dernière modification: 5 Janvier 2001.