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TRAVAIL
No. 25, juin / juillet 1998




Des perspectives encourageantes
pour le secteur des télécommunications

La naissance d'entreprises, l'apparition de technologies nouvelles
et l'Internet laissent présager une croissance durable de l'emploi

Dans le monde entier, la concurrence du secteur privé, les nouveaux moyens de communication, l'élimination des monopoles et l'essor de nouveaux médias tels que l'Internet posent des défis majeurs aux travailleurs des services des postes et des télécommunications. Selon les auteurs d'un récent rapport du BIT, la rapidité des communications et l'amélioration des performances dans ce secteur modifieront la nature des emplois de millions de travailleurs, et des femmes en particulier.



La révolution des télécommunications permettra-t-elle de créer des emplois de qualité? «A long terme, oui», répondent les auteurs du rapport 1 préparé en vue de la réunion tripartite sur les services des postes et des télécommunications, qui s'est tenue du 20 au 24 avril 1998 au siège de l'OIT, à Genève.

Ils font observer que ces dix dernières années, la privatisation de ces services traditionnellement organisés autour de monopoles publics ou - plus rarement - de quasi-monopoles privés, s'est en général traduite par des suppressions d'emplois, mais que l'essor de nouveaux services et de nouvelles entreprises - souvent de création récente ou filiales de sociétés existantes - ouvrira certainement des débouchés dans le secteur, surtout pour les femmes.

Au cours de cette réunion, les gouvernements de 20 pays ont débattu de l'évolution de la situation avec des représentants des syndicats et des employeurs de services de postes et de télécommunications privatisés et publics. Ils se sont notamment penchés sur les questions de la libéralisation et de la déréglementation, de l'incidence sociale des privatisations et des restructurations, des relations professionnelles, des conditions de travail, de la mise en valeur des ressources humaines et de la formation.



Des retombées à la mesure des dimensions du secteur

Sur la base des chiffres parus dans le Rapport sur le développement des télécommunications dans le monde 1995, les auteurs montrent que l'emploi dans le secteur des services publics de télécommunications a diminué de 6% depuis 1982, la baisse ayant été particulièrement sensible dans la région de l'Asie et du Pacifique (-25%) et en Amérique du Nord (-23%).

Chez les opérateurs publics de services postaux, l'emploi a légèrement augmenté dans certains pays industrialisés tels que les Etats-Unis ou le Royaume-Uni au cours de la période 1990-1995. Dans la plupart des autres pays développés, les effectifs sont restés stables ou ont diminué.

«On s'attend à ce que l'emploi dans la plupart de services postaux publics de l'Union européenne diminue jusqu'en l'an 2000», peut-on lire dans le rapport. «La plupart des suppressions d'emplois ont touché les livraisons postales, les services de guichet, le tri des lettres et des colis et les services de transport.»

Du fait de la rapidité du changement qui se produit dans le secteur des télécommunications, on assiste à une mutation de l'emploi en deux phases. Durant la première phase, les opérateurs historiques peuvent perdre de 25 à 50% de leurs effectifs, essentiellement dans les métiers dépassés par la technologie ou «externalisés» à la suite d'un recentrage des opérateurs sur les services commerciaux et à forte valeur ajoutée. Les auteurs du rapport citent les résultats d'une étude réalisée par BIPE Conseil pour le compte de la Commission européenne, selon laquelle British Telecom, par exemple, «perdra encore entre 45 000 et 55 000 emplois selon les scénarios, d'ici la fin du siècle».

La seconde phase correspond à un changement de la nature même de l'emploi (comme c'est déjà le cas aux Etats-Unis, par exemple), qui se manifeste par «une succession rapide d'ajustements permanents et de redéploiements». Pour ce qui est des services postaux, les auteurs citent l'exemple de la Suède où, après la libéralisation survenue au début des années quatre-vingt-dix, environ 1 000 emplois furent créés par de nouvelles entreprises.

Cependant, ce scénario en deux phases ne se déroulera pas forcément partout de la même façon: «Il est loisible d'imaginer au contraire que ce mouvement en phases de l'évolution de l'emploi pourrait être accéléré - voire escamoté dans sa première phase - par de nouvelles techniques (satellites, téléphone mobile, structures d'entreprise différentes) de nature à permettre à certaines régions de faire l'économie d'infrastructures filaires complètes, ainsi que par une volonté de désengagement rapide des Etats pour des raisons budgétaires.»



«Destruction créatrice» et «érosion destructrice»

Les auteurs décrivent l'évolution des métiers comme une «destruction créatrice». Ils font observer que dès le début des années quatre-vingt-dix, divers métiers étaient en voie de disparition: opérateurs des centraux téléphoniques manuels, techniciens des installations et lignes traditionnelles, personnel des centres de renseignements téléphoniques touché par l'informatisation et l'invention de l'annuaire électronique, agents des centres de tri manuels, employés de bureau supplantés par la bureautique.

«L'évolution des métiers s'est accélérée depuis le début des années quatre-vingt-dix, et des fonctions totalement nouvelles apparaissent, notamment liées aux services d'accès à l'Internet ou au multimédia.»

Non seulement de nouveaux métiers sont créés, mais le clivage entre divers métiers et certaines branches s'estompe, l'informatisation des postes de travail favorisant la polyvalence et le travail à distance. A Telecom Italia, par exemple, un accord d'entreprise négocié et signé en 1995 a permis le redéploiement de salariés menacés de licenciement, à leur domicile d'où ils peuvent travailler à temps partiel.

Parallèlement, les salariés sont victimes d'une «érosion destructrice» de leur statut. Par exemple, la sécurité de l'emploi a été sacrifiée dans le processus de réforme structurelle, la précarité de l'emploi s'étant considérablement aggravée du fait de l'abandon d'une logique de développement technologique et de la notion de service public au profit d'une logique commerciale.

«L'organisation des entreprises (y compris les services postaux) par type de marché reflète la priorité accordée au client par rapport aux fonctions d'intérêt général», constatent les auteurs. Et d'ajouter que les missions de service public et la satisfaction d'une clientèle peuvent certes coexister, mais que «les conséquences d'une telle évolution sont considérables pour le statut des salariés et la manière dont ceux-ci exercent leur métier.»

Ils citent l'exemple de Deutsche Telekom où le recrutement de fonctionnaires a été stoppé depuis 1995 alors que ses dirigeants manifestaient la volonté de la faire passer du statut d'administration à celui de multinationale sur des marchés ouverts à la concurrence.

Lors de la transformation en entreprise du Département des télécommunications de Malaisie ( Telekom Malaysia) dans les années quatre-vingt, l'ensemble des effectifs a été transféré dans la nouvelle société à capitaux majoritairement publics, la stabilité de l'emploi leur étant garantie pendant cinq ans. Par la suite, dans les années quatre-vingt-dix, les salariés dont les tâches étaient devenues obsolètes (opérateurs manuels, comptables) ont été reclassés tandis que des analystes et des programmateurs étaient recrutés.



L'impact des changements sur l'emploi féminin

La nouvelle donne devrait surtout profiter aux femmes qui, bien que nombreuses, sont souvent confinées dans des emplois faiblement rémunérés et peu qualifiés.

Prenant la Malaisie comme un exemple assez caractéristique de l'évolution générale de l'emploi féminin dans le secteur des télécommunications, les auteurs du rapport constatent que les femmes commencent à occuper des emplois techniques ou des postes d'encadrement. En 1990, environ 25% des salariés de Telekom Malaysia étaient des femmes qui se voyaient essentiellement confier la saisie de données, des tâches administratives ou des emplois d'opératrices, mais par la suite la direction s'est mise à rechercher des femmes ayant des compétences techniques ou commerciales.

La situation est la même dans les services postaux où les systèmes de tri automatisé et les communications électroniques de tous types sont de plus en plus courants. Ainsi, dans l'Union européenne, la part des femmes dans l'emploi est passée de 18,9% en 1990 à 24,6% en 1995 dans les services postaux publics. Cette proportion a augmenté dans tous les Etats membres, sauf en Finlande.

«L'aménagement du temps de travail et le développement d'une société de l'information qui repose dans une très large mesure sur la compétence, l'expérience et le talent individuels, devraient favoriser le travail féminin dans les nouveaux services qui ont déjà fait leur apparition ou qui verront prochainement le jour.»



L'essor du secteur des télécommunications et de l'Internet

Selon des études citées dans le rapport, un nombre non négligeable d'emplois devraient être créés par les nouveaux opérateurs de réseaux, nés de l'ouverture progressive des marchés à la concurrence, et par les prestataires de services de télécommunications. On estime que dans l'Union européenne 114 000 à 162 000 emplois seront ainsi créés d'ici l'an 2005, une telle croissance ne suffisant toutefois pas à compenser les suppressions d'emplois survenues chez les opérateurs traditionnels.

«C'est surtout dans des secteurs liés à celui des communications, dans les diverses activités ayant trait à la convergence multimédia et à la société de l'information, que sont créés des emplois. Les services postaux, du fait qu'ils ont recours à des techniques nouvelles et qu'ils offrent fréquemment des produits financiers ou d'épargne, devraient être plus ou moins directement touchés par cette tendance.»

Alors que dans les pays industrialisés la perte d'emplois subie par les opérateurs traditionnels peut être dans une certaine mesure compensée par la «création d'entreprises dynamiques et par des initiatives individuelles génératrices d'emplois», la majeure partie des nouveaux emplois devrait être le fait de nouveaux arrivés, soit que ceux-ci bâtissent leur propre réseau ou utilisent les réseaux d'infrastructures existantes ou alternatives, soit qu'ils offrent de nouveaux services grâce à une main-d'œuvre recrutée spécialement au prix du marché ou temporairement.

«Le succès des fournisseurs d'accès à l'Internet (qui connaissent une expansion rapide) et plus généralement des prestataires de services d'information est notamment dû à l'essor de l'informatique à domicile et dans les petites et moyennes entreprises. Par ailleurs, de nombreuses entreprises qui 'reconditionnent' des informations et les véhiculent par serveurs seront de plus en plus sollicitées, de même que les éditeurs de contenu ou les sociétés d'intermédiation qui agencent des centres commerciaux virtuels.»

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1 Changements structurels et réglementaires et mondialisation dans les services des postes et télécommunications: répercussions sur les ressources humaines. Rapport soumis aux fins de discussion à la Réunion tripartite sur les répercussions sur les ressources humaines des changements structurels et réglementaires et de la mondialisation dans les services des postes et télécommunications. Bureau international du Travail, Genève, 1998. ISBN 92-2-210966-X.

Mise à jour par CL. Approuvée par KMK. Dernière modification: 2 septembre 1998.